La plaquette était claire, aussi claire que la lumière projetée par les milliers de petites lampes brisant le voile noire de la nuit qui s’étend sur notre futur terrain de jeu : pour amateurs éclairés. Etions nous vraiment lucides de nous élancer sur ce circuit détrempé, ou plutôt amateur dans notre décision de participer. Décision dans la précipitation, comme la pluie de ces derniers jours, précipitation de s’inscrire avant que les dossards ne soient tout attribués. Pourtant les expressions du forum semblaient traduire une certaine nervosité sur la météo et la qualité du terrain. Quelques trublions, non content de troubler nos nuits précédentes, en rajoutaient avec quelques photos dignes du plus profond des forêts exotique : l’humidité oui, mais sans les températures clémentes.
Je quittais Villeurbanne par la navette vers 18h30 avec Florent, copain trailer et fondeur, assez perturbé par la mauvaise nouvelle tombée à 18h : le décès brutal de la mère de mon assistant, qui ne pouvait assurer la dépose de chaussures et vêtements secs sur le relais de Soucieu. Mais ce petit souci était bien sans importance, comparé au désarroi vécu par mon assistant….
Lyon/stétienne réalisé sans effort, en un temps record : facile dans une navette remontant le bas de la vallée du Gier. Le retour par le haut sera une autre paire de manches.
Après retrait du dossard dans un hall de départ quasi désert, notre chauffeur stéphanois nous attend pour nous conduire en un lieu douillet afin de gérer notre préparation. A son domicile, pâtes et même Côtes du Rhône, je déclinerais la seconde offre par sagesse, laissant Florent apprécié raisonnablement le breuvage rhôdannien.
La tenue de combat est enfilée, contrôle du matos : tout est prêt pour filer vers la ligne de départ. Vers 23 h, je retrouve nos chères têtes rouges des kikoureurs. Un groupe impressionnant vite salué car déjà les premiers rangs semblent se charger sur la ligne de départ, l’absence de pluie expliquant cette installation presque matinale. La tension de la grande salle se déplace vers la ligne de départ, tension déjà générée par le difficile exercice de la remise des sacs de sport dans les autobus retournant sur Lyon. Il semble qu’aucun concurrent ne soit resté prisonnier d’une telle nasse, seule la porte avant des autobus étant accessible. « monter par l’avant » est habituel sur les transports en commun, en descendre à contresens des coureurs encombrés de sacs de sport est beaucoup plus périlleux.
Alors au diable le péril, et filons vers l’avant, à la faveur d’une porte ouverte sur le sas de départ proche de la ligne. Dans une haie de relayeurs devant attendre encore une heure pour se mettre à la table des festivités, la colonne s’élance, nous créditant déjà de 47 secondes lors du passage sous l’arche de départ. Ensuite c’est la lente remontée au travers de la banlieue stéphanoise sur 9 km de larges avenues, piégeant quelques noctambules ignorant la date de la stélyon, spectateurs forcés de cette danse nocturne. 9 km de bitume, surtout ne pas se mettre en surchauffe, risque inhérent sur de telles avenues.
Enfin la vraie nuit, celle que l’on vient chercher, la nuit non policée des chemins de terre, des lointains lampadaires, ces chiens de ferme troublés par cet étrange remue-ménage. Le ménage il y en aura à l’arrivée, car les récentes pluies ont bien gorgé les chemins terreux. Et s’il est possible de gérer les petites flaques, d’autres, bien plus imposantes ne nous laisseront guère le choix. Et le remède, dégager par le côté d’un champ cultivé et boueux à souhait, est pire que le mal. Les jambes sont déjà lourdes, lourdes des blocs de terre collées sous les semelles.
Déjà St Christo en Jarrest, premier ravitaillement et zone de relais, et un temps de .. ;
Nous avons géré notre effort, et Florent a fait un peu le yoyo, me laissant le soin, pour sa première participation, de gérer le rythme de la première section . Nous sommes dans la cadence, mais avons peu rencontré de kikourous. Avec mon buff sur la tête et mon sigle kikourou fixé à l’arrière du sac, mon appartenance est pourtant facilitée.
Nous voilà parti sur la deuxième section, succession de petites montées et descendes, alternant bitume et chemin ou sentier, en fonction des hameaux et village endormis (où essayant de la rester ?) et des zones plus isolées, pour amorcer la phase descendante sur Ste Catherine par petits paquets de coureurs. Soudain au 26ième km, je vois surgir en face de moi deux colonnes de 4 frontales, remontant la course à contresens Dans ma fatigue nocturne, je pense à une évacuation en civière et file sur le côté pour laisser le passage. Point de civière heureusement, tout simplement le groupe de devant ayant filé tout droit, et conscient de l’erreur, rebroussant chemin. L’état de vigilance s’amoindrit avec l’effort et la nuit , et on peut très vite sortir du circuit. Donc vigilance accrue en tête de groupe, et bien penser à vérifier régulièrement les symboles du circuit.
A ma grande surprise, le stade de Ste Catherine est déjà là, en 2 h45 ?. Et toujours pas de relayeurs :en l’absence de gêne, la nouvelle formule semble donc privilégier les individuels.
Grosse déception pour Mathias, qui doit jeter l’éponge suite à blessure. Quelques petits mots pour panser la plaie morale,car pour les dégâts physiques, la sagesse dicte l’arrêt de sa course.
Estive 73 est là, quelques échanges et nous voilà parti, Estive73, Florent et moi sur un bon rythme, évitant un regard envieux sur les confortables bus des relayeurs stationnés à proximité du stade. La température est correcte à cette altitude pour une nuit de décembre, mais sans vent ni pluie. Au centre de Ste Catherine, nous laissons filer Estive73, rebroussant chemin de quelques dizaines de mètres pour récupérer un objet perdu par Florent. C’est un déchet, et je me félicite du peu de rejet rencontré sur le début de la course. Le message du respect des circuits en pleine nature est-t-il en train de s’incrire dans nos pauvres têtes fatiguées ?
Au centre du village le raidard qui nous informe de la longue montée pour dévaler ensuite le fameux bois d’Arfeuilles. Gérer l’effort, alterner marche rapide et petite relance. Un premier avion nous dépasse : au 30ième km, nous courrons depuis 3heures, ce qui fait que la distance par le relais 4 est couverte à 15km/h. A ce rythme, le dernier relayeur à l’arrivée en 4 h40 !! Il dispose d’une belle avance sur les suivants qui pointeront bientôt leur bout des chaussures.
La descente dans le bois d’Arfeuilles est euphorique, un peu trop puisqu’au premier « coup de cul » je laisse filer 5 gars d’un coup, un petit coup de mou « dans les carreaux ». j’ai passé Estive73 dans la montée sans m’en apercevoir, selon ses dires à l’arrivée.
Grimper jusqu’à St Genoux, sans finir à genoux ! je ne percutes pas de suite et m’engage sur une périlleuse trace pour me glisser sous la tente du ravito: encore un thé chaud, eu peu de pain d’épice et c’est reparti. Florent a fait l’impasse sur ce ravito, bonne décision et je comprends qu’il doit filer devant. Côté ravitaillement, j’ai pris régulièrement une boisson chaude, alternant avec une boisson Maxim dans le camel-bag, et un gel Fenioux toutes les heures (alternant « bleu » anti-oxydant et rouge « coup de fouet ».
Maintenant gérer la longue descente sur Soucieu, destructrice pour les cuisses, arrivée « assez frais » (la température nous facilite la tâche) sur Soucieu, un passage d’anxiété car Soucieu est souvent signe d’abandon, le corps et l’esprit cassés, plus de ressort. Toujours du monde sur ces sections pour vous encourager, avec la surprise de voir les petits points orangés des warning, annonciateurs des « assistants » ou des amis bravant la nuit et la campagne, pour être là au bon moment, pour secouer nos cerveaux endoloris. Toujours remercier, un petit signe de la main, un petit merci chuchoté, ça ne vous épuise pas…
23 km encore, les plus dur, la section du bitume et de quelques chemins parmi les verges, les bosses régulières, mais bien présentes. Je dépasse yannik74 qui s’identifie, et m’apprend qu’il gère au mieux, un genou cloué par une tendinite. Pour ma part c’est un peu mieux côté reins, le mal semble s’éloigner, pour laisser place un plus tard à un genou douloureux. C’est la section de la souffrance, des doutes, des renonciations à se battre. Et toujours de plus en plus nombreux, presque insolent de facilité (apparente car ils souffrent aussi) les relayeurs, beaucoup de jeunes. Le relais c’est le bon truc pour leur mettre le pied à l’étrier.
Plonger dans le trou du Garon, et après chaque rivière, se hisser hors du creux.
Chaponost, tout va (un peu) mieux dans ma tête, trouvant la lucidité d’indiquer à mes poursuivants la présence des aqueducs tapis dans la nuit. Un peu avant un bavard a tenté d’engager une longue conversation. Je l’ai doucement laissé filer car j’avoue craindre de perdre le peu de jus qu’il me reste dans un long bavardage. Un bosse et nouvelle plongée sur Beaunant. J’y retrouve les au ravito Hervé du club de Feyzin, deuxième relayeur qui me passera dans la montée de Ste Foy , encore les aqueducs romains . La fameuse de st’ Foy. Ne pas l’attaquer, juste « flirter » avec elle et l’abandonner un peu plus haut. Excusez moi Madame de mon manque de galanterie ! Hervé passe, je ne trépasse, et après quelques petits tours sur le plateau, on plonge vers la Saône. Ah cette longue descente sur la Saône, fausse délivrance avec ses escaliers et sa petite rue raide pour glisser jusqu’au quai.
Mais bonne surprise par rapport à l’an passé : je ne suis pas à l’agonie et nous remontons les quais pour bifurquer sur Bellecour. Le circuit nous gratifie d’une superbe vue sur le quartier St Georges et St Jean, en remplacement des tristes quais de l’an passé lorsque nous filions plein sud sur l’arrivée de Gerland. Quelques regards ahuris de lyonnais non initiés au grand bal de la Stélyon, ou endormis d’une sortie de boîtes, face à ces zombies de la nuit, traits tirés, masques et cernes sous les yeux.
Bellecour, la grande place centrale, et Badgone sournoisement tapi dans le noir, qui ne pourra cibler ses proies because mauvaises lumières. Ayant affronté lui aussi la longue veille matinale et la froid, et le brouillard. A chacun ses affres de la Stélyon, et merci Badgone de cette belle initiative, même si je te tournerais impoliment le dos pour aller prendre un dernier verre au troquet d’en face (j’ai nommé le dernier ravit, non le bar du coin…). Maintenant je sais : le Rhône et les quais nouvellement aménagés qui vont nous conduire jusqu’au parc de la Tête d’or, circuit qu’emprunte le marathon et le semi marathon de Lyon.
Chapeau l’organisation pour nous troquer les tristes quais (en l’attente de Confluence) des quais de Saône contre les nouveaux quais du Rhône, arrachés à la vérocité de l’automobile pour la rendre aux déplacements doux. Je passe une féminine qui tourne bien et terminera sur un beau chrono. Tout doux pour l’instant, bien gérer le plaisir de cette nouvelle arrivée, même en faux plat montant. Le parc sur la droite, la cité internationale sur la gauche, fruit du travail de l’architecte Renzo Piano. Même les martiens semblent nous regarder passer depuis la grande soucoupe de la salle des 3000 places. Allez vite pas le temps de faire du tourisme, il faut rentrer sous les 7 heures. Encore une petit raidard un peu traite, les barrières, la chicane et Stélyon oblige, un peu de terre et de pelouse et un concurrent me passe. Peu importe le virage et la ligne : 7h00 à la montre (mais presque une trentaine de secondes de plus au résultat officiel). Et le bonheur d’avoir bouclé dans un chrono proche de l’an dernier (6h55) mais avec un peu plus de distance. Tounik est là derrière la ligne, régulièrement averti des messages du speaker ciblant les kikourous. Jdébize est déjà arrivé en 6h08 : avec 65 km en entraînement quelques jours avant : je dis bravo.
Les douches sont annoncées froides : je fais l’impasse, malgré l’excellence d’une douche froide sur nos muscles endoloris.
Plus tard la grande famille kikourou est dans la salle, nouvelles rencontres, nouveaux échanges avant de quitter le grand cirque de la Stélyon.
Repos bien mérité avec un petit roupillon l’après midi. J’avoue avoir renoncé à me rendre au loto organisé par mon club de Feyzin : aurais-je eu la force de lire les numéros ? Même avec la frontale, pas sûre….
Ps je suis toujours aussi doué avec les nouvelles technologies et n’ait pas pu encore extraire de ma montre GPS tous mes temps de passage de la course. Désolé pour l’imprécision des mes heures de passages
Commentaires
c'est un excellent temps pour un finisher !!
trés bon CR j'ai pris du plaisir en le lisant...
a Bientot
bsx
Cyril_a_kan_en_solo?
Et premier récit !! Ca c'est la classe ;-)
Allez repose toi bien.
David.
Et super récit, qui me donne vraiment envie de tenter le coup l'année prochaine.
Bonne recup.
bravo pour la gestion qui te conduis en 7h sur la ligne d'arrivée..belle perf et merci pour ton récit..un plaisir à lire.
bonne récup à toi
Pat
A bientot. christophe
En ce qui me concerne, c'était ma première Saintelyon. Je m'attendais à un parcours plus facile. Bien content de franchir la ligne.
A+
a+
pierre
sympa d'avoir fais ta connaissance
ça donne envie de le refaire mais en solo cette fois
bonne recup
a+
laurent
Et en plus, un récit en primeur !
A la prochaine, avec plaisir.
Alain
Ravie de t'avoir revu et merci pour ce récit complet.
Ca donne envie de la faire en solo, quand on te lit... Eh !?!
L'escargot
bravo pour ta perf et ce recit érit si rapidement... Je suis encore cassé et fatigué par le voyage et la course...
Juste une erreur j'ai mis 10min de moins;-) Je finis en 6h08min
Allé bonne récup à la prochaine dans la réion lyonnaise.
Jérome
Chapeau michel....
J'ai mis exactement le même temps que toi (temps pour aller a bellecour, 5H de photos et temps pour aller à la doua....en voiture !)
(lol !)
j'aurais aimé finir comme ça...
Je ne suis sur le site que depuis 3 jours et j'adore tous ces récits : ça donne envie d'aller courir juste pour pouvoir nous relire ensuite (rires) ; Ton texte est particulièrement clair.
Il m'a fait penser que nous avons juste oublié de raconter le chant des hiboux (Peut être était-ce un mirage tous ces "ouh ouh" que j'ai entendu ?...)
Que d'envolées lyriques qui illustrent une gestion impeccable de cette saintélyon! Je me disais avec ta préparation que tu serais bien, j'étais loin du compte!
Chapeau très bon chrono. A bientôt.
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