Récit de la course : L'Echappée Belle - Intégrale - 145 km 2018, par Benman

L'auteur : Benman

La course : L'Echappée Belle - Intégrale - 145 km

Date : 31/8/2018

Lieu : Vizille (Isère)

Affichage : 779 vues

Distance : 144km

Objectif : Pas d'objectif

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Comment devenir finisher de l’échappée Belle ?

Comment devenir finisher de l’échappée Belle ?

Oui, je me la pète. Je viens de finir l’échappée belle en profitant d’un parcours un peu raccourci et de barrières horaires qui n’ont pas bougé… Je me sens donc très légitime pour faire un guide du finisher de l’échappée belle sur la base de ma trèees large expérience.

Voici le guide ultime des points à ne pas manquer si tu veux terminer l’Echappée belle avant d’avoir 50 ans, et éviter ainsi de rater ta vie…

 

1-      S’inscrire à la course.


 

Oui, cela a l’air tout bête, mais il faut déjà une sacrée dose d’inconscience pour s’inscrire sur cette course de 144 km et 11000 D+

Il faudrait faire une étude sociologique sérieuse sur les causes qui ont poussé des sapiens sapiens d’apparence normale à s’inscrire à ce genre de petit délire sado maso.

En ce qui me concerne, la décision a été murement réfléchie à partir du mois de février, avec le soutien amical (non dénué d’une certaine pression) d’un certain Xavier, mais nous en reparlerons.

Quand même, je me renseigne auprès des bipèdes lyonnais qui ont réussi un taux de 100% de finisher l’année précédente. Ils me disent tous que cela ne sert à rien d‘aller d’abord sur le 85 km. Il faut s’inscrire directement sur la grande. Qui ne saute pas le pas n’est pas lyonnais… je sais.

Ils me disent que les plus beaux paysages sont sur la 1ere partie, celle de la grande, et que par beau temps, c’est juste féérique… mais nous en reparlerons…

Bon, quand je regarde l’œil qui brille encore de mes interlocuteurs à l’évocation de leurs souvenirs, cette lueur qui manquait vient éclairer mon cerveau un peu comme on éclaire une grotte vide. Je suis à point pour cliquer. Et je clique.

Mon dieu…

 

2-      Se trouver un copain compréhensif qui va te supporter plus longtemps que ta femme en une fois


 

Oui, tu sais, le genre de gars sympa à qui tu vas faire croire qu’on a le même niveau, et que ça va être une formalité de faire ça en duo. Je scrute autour de moi, évidemment, Xavier est tout indiqué pour remplir ce rôle. Nous avons déjà fini une TDS l’année dernière ensemble, et avions apprécié cette expérience de franchir la ligne main dans la main.

Evidemment comme tous les couillons qui s’inscrivent tous les ans sur ce genre de parcours un peu long, nous avons pris le temps de faire le tri dans nos souvenirs, et ne garder que les bons, en évacuant ces moments de torpeur au petit matin, ou ces flamboyantes épopées sur une route en léger faux plat descendant à 4km/h, douleurs et bâtons compris.

Bon Xavier est partant, voire même moteur, donc tout roule. On ne prend pas l’option duo pour se laisser la possibilité de ne pas être tout le temps ensemble. Effectivement, je produis en général vers 13h des gaz puissants qui me permettent habituellement d’être seul sur mes terrains d’entrainements, et qui ne sont pas toujours compatibles avec une course d’équipe.

T'es sûr qu'on a cliqué là?


Nous allons faire une prépa de 6 mois à base de SMS à échanger nos peurs, nos doutes, nos satisfactions, nos envies, nos attentes… la vie quoi !

 

3-      Faire des recos de préférence dès que la neige est partie


 

Bon, pour ça, rien de bien difficile, il suffit juste de te planifier des jours entre le 1er août, date officielle du début du recul des glaciers cette année (avant cette date, le caillou  belledonnien tant chéri dans tes rêves se fait rare. Il se cache derrière une large couche de neige qui le rend impassable… ), et le 8 aout, début de ta période d’affutage…

Oui oui, j'y suis! - photo Matthieu Rieux


Accessoirement le 1er aout est le « jour du dépassement », c'est-à-dire le jour de l’année où l’homme a consommé plus de ressources que la terre ne peut en produire…Toi aussi, tu l’attends ton jour de dépassement. Tu as encore de la ressource, tu ne produits déjà plus grand-chose au boulot depuis un moment, mais tu sais qu’une petite lumière s’est allumée dans ton cerveau le jour où tu as eu l’idée bizarre de cliquer.

Tu fais donc des recos qui te permettent de découvrir les parcours de replis de la course.
Tu te trouves en Baudouin un compagnon fidèle pour ces recos.

photo Matthieu Rieux

Tu planifies même de superbes traversées sur les pas des héros, en laissant une voiture à chaque bout, jusqu’à ce que tu t’aperçoives au milieu que tu as laissé les clés de la 2ème voiture dans la 1ere…

 

4-      Ne penser à peu près plus qu’à ça 4 mois avant.


 

Ca c’est le plus facile. Ca vient tout seul sans qu’on n’y fasse rien.
Il y a plein d’avantages. Tu deviens expert en compte-rendus, tu apprends ton Bubulle par cœur (la référence du CR caillou par caillou), tu mates sur YouTube tout ce qui te passe sous la main et qui contient le terme Echappée Belle. Tu ne fais même plus attention au bout d’un moment qu’en fait tu regardes simplement une émission de télé à orientation voyage.
Attention, ce truc est puissant et te bouffe vite le temps de cerveau disponible. Tu peux vite devenir un poil pénible pour ton entourage qui n’a pas forcément choisi ton petit délire.

 

5-      Tester le matos avant



Tu fais plein de tests : tu cours dans la neige à la fin de l’hiver avec des grandes chaussettes et , pour voir, tu attends frénétiquement les grosses pluies de printemps pour aller tester ta nouvelle veste 40 000 shmerbers qui t’a coûté un rein.
La date approche. Ton équipement est décidément insuffisant. L’armoire que tu t’es octroyée pour tes affaires de sport déborde déjà des affaires « d’avant l’Echappée Belle ». Là, tu va faire un truc sérieux, donc il te faut du matos sérieux.
 Tu as fini par refaire ton équipement à coup de doudoune extra light, de bâtons pliants extra carbonés, de poncho extra-dry ou de nourriture à base d’eau extra lyophilisée… mais tu as fini tes emplettes en rentrant de vacances, et il te reste juste une semaine pour tester tout ça… C’est extra…

Donc, tu organises une sortie de nuit dans les bois de Francheville, avec un courageux voisin d’origine baujue, et tout ça évidemment le jour de plus forte chaleur de l’été. Cela te permet de tester la résistance aux effets de la canicule du corps humain couvert d’un poncho et d’une doudoune. Oui, cet été, les canicules s’emballent dans les bois.

 

6-      Préparer le terrain au boulot et en famille avant


 

Tu repères des collègues de boulot qui ont le même délire que toi et tu les embringues dans une autre course dans les Bauges (GR73), ce qui te permet de faire prendre conscience à ton patron qu’il n’a pas le choix, vous êtes plus nombreux que lui !
Ensuite tu glisses l’adresse du suivi live dans ta signature de mail.

Tu commences à pourrir les pauses café de tes autres collègues (ceux qui courent juste le dimanche matin, comme ça, pour se dépenser)

Tu utilises Echappée Belle en mot de passe du matin sur ton PC, mais comme tu es famille avant tout, et qu’il faut des chiffres à ton mot de passe, tu ajoutes la date de naissance de ta fille.

Tu te trouves une famille à peu près compréhensive qui va être capable de supporter tes petits délires préparatoires, comme…

…organiser un petit we entre potes autour d’une course montagn’hard début juillet en préparation, juste le jour de ton anniversaire de mariage…

Tu le sais, mais c’est pour le bien du couple que tu fais ça. Il faut savoir ne pas être trop fusionnel après 21 ans de vie commune… ben voyons.

  

7-      Essayer de se blesser avant la fin de la prépa pour arriver frais.


 

De préférence, tu découvres que tu as un talon d’Achille qui peut aussi devenir un allié plus précieux que ta propre famille pour te limiter un peu dans le toujours plus sur la fin. D’ailleurs, tu pourras le mater ce talon d’Achille en lui expliquant qu’il a le droit pendant la course de te faire mal pendant 20 heures, mais une fois le 20h passé, il n’a plus droit de cité en prime time. Et puis 20 heures avec ton sale plan talon, c’est plutôt propre. Pense à toutes les souffrances infligées à ces femmes qui avec leur talon aiguillent le monde autour d’elles.

 

8-      S’échauffer soigneusement avant la course.



La veille, tu fais un resto sympa avec les  kikous, ce qui te permet de connaitre eejit et davidsmfc, enfin, Jérémie et David, quoi. Le lendemain matin, de préférence, tu te lèves au dernier moment, ce qui te permet de chercher une place de parking pour 3 jours dans le centre de Vizille à 5h50, alors que la départ de la course est à 6h. Petit échauffement assuré pour arriver à temps sur la ligne.

DavidSMFC - un bénévole au coeur de la course

9-      Démarrer cool


 

D’abord parce que le speaker il a dit « gestion gestion gestion ». Et toi tu as digestion de ton petit dej’ avalé dans la voiture, une main sur le volant, l’autre sur ton gatosport roulé à la main sous la faisselle.

Ensuite parce que ce même speaker a annoncé du brouillard vendredi (ça tu savais, depuis le temps que tu actualisais le site météo France), mais aussi le samedi, et ça ce n’était pas prévu… Ah mince, t’as pas eu beaucoup de brouillard cet été pour t’entrainer, c’est bête hein.

 

10-   Ne pas dépasser F …


 

Bon alors OK, l’année dernière, la consigne à respecter, c’était « tu dépasses pas Franck ». Je ne sais pas si Franck en a eu marre d’être pris pour un étalon, mais cette année, il a décidé de poser ses valises, sa famille, son oncle et sa tente au col d’Arpingon, au km 111.5. Donc l’objectif cette année sera bien de dépasser Franck… (sauf que le pauvre Franck a dû faire appel à EB assistance pour rapatrier ses enfants qui commençaient à refermer la banquise en haut du col.)

 Donc cette année, la consigne, c’était « tu dépasses par Fred ». Fred, c’est courotaf, le plus barbu des mecs sympas, ou le plus sympa des mecs barbus, je sais pas. En tous cas tout le monde le connait et le reconnait, c’est pour ça qu’il s’est proposé pour les reconnaissances, et que du coup il est devenu un peu à son tour une référence à ne pas dépasser.

Photo Matthieu Rieux


Fred est un très bon compagnon. Dès que tu le rattrapes au ravito, il a la délicatesse d’en repartir pour te laisser la place.
Même quand il décide d’abandonner, Fred fait ça bien : chevaleresque, il va sauver la veuve et l’orphelin en perdition dans le col de la vache et les ramène à l’étable pendant que tu le doubles sans t’en rendre compte, tout ça juste avant d’abandonner. Donc je n’ai dépassé ni Fred, ni Franck. Je me suis dépassé tout seul.

 

11-   Optimiser la météo et adapter ton équipement


 

Si la météo s’annonce pleine de surprises, tu te la joues philosophe et tu entraines ton petit mental à penser positif :

S’il fait beau, plutôt que de dire que tu vas crever de chaud, tu penses que c’est super, tu vas avoir une belle vue.

Col de la Botte (crédit : Thomas Vigliano)

Col de la Botte (crédit photo : Thomas Vigliano)


S’il fait froid, tu peux avoir une pensée positive pour les ours blancs qui vont bientôt recoloniser Belledonne (en tous cas, c’est ce que je me suis demandé pendant toute la course).

S’il fait brouillard et qu’il y a un risque de neige, ben tu te forces à te réjouir car, du coup ils vont activer une partie de parcours de repli, et ce sera plus facile d’aller au bout.

Et paf, c’est pile ce qu’il s’est passé, avec le shunt de la croix de Belledonne, du col de l’Aigleton et du col du Moretan.
Grosse opportunité pour finir dans les temps, si évidemment les barrières horaires ne sont pas changées.


Bon, tous les astres étaient alignés cette année : le temps a été dégueulasse, avec froid, brouillard, pluie et même un peu de neige en haut du col de la Vache.
Cela a permis plein de belles choses : faire une revue complète du matériel grand froid : doudoune, polaire, gore-tex + la veste de pluie… oui oui, je suis un poil frileux.
J’ai également vu plein d’ours blancs dès la deuxième nuit (je ne comprends pas pourquoi ils ne sont pas arrivés plus tôt) … mais nous reviendrons plus tard sur les charmes hallucinatoires de la 2ème nuit.


Enfin,  j’ai également testé la semelle de mes chaussures sur le caillou glissant, et la solidité de mon crâne quand on se fracasse sur un rocher (oui oui,  merci la batterie déportée de la lampe frontale qui a absorbé tout le choc sans broncher. Quand je vous dis que Petzl c’est du solide...)
Bref, un coup derrière la tête qui se transforme en choc frontale, il n’y a qu’à un gars du 69 que ce genre d’aventure peut arriver…

 

12-   Faire le dos rond dans les difficultés et compter les cailloux pour t’occuper


 

Au Habert de Aiguebelle, nous prenons un peu de bon temps avec bip-bip , katman, ewi (Baudouin) et évidemment Xavier. Fred est déjà sur le départ, tout délicat qu’il est pour qu’on ne le passe pas (voir au-dessus).
Bipbip, un copain toujours joyeux, à la voix douce et mélodieuse, nous rattrape, et va se poser quelques minutes après nous.

Ce passage vient après la traversée col de la mine de fer-pas de la coche, qui est quand même un sommet du caillou pas bien rangé. Direction maintenant le col de la vache. Tu te dis, allez, un peu de vache, et ça va aller, je vais envoyer du steack. Tu te réjouis du paysage lunaire qui s’annonce, Ben oui, Il faut flatter la vache avant que de la traire, c’est bien connu.


Sauf que la vache, elle est enragée, et les cailloux, plus que dérangés. Nous nous perdons tous de vue dans la montée, bref on n’a pas gardé la vache ensemble…

Arrivés au col, ceux comme moi qui n’ont pas pris la peine de sortir la frontale ou le pull dans la montée (ben oui, t’avais pas pensé que tu mettrais 2 heures…) sont bons pour un happening en plein vent…

Et puis… quand la vache, elle est vénère, ben elle te balance de la neige avec ses naseaux tout nazes, puis elle t’enfume d’un brouillard épais.

Du coup, tu n’es plus copain du tout avec elle, tu avances comme un veau avec tes gros sabots.

Certes, tu sais que c’est quand la foire est finie qu'on compte les bouses, mais là t’es à 4 pattes, tu cherches les fanions d’anniversaire que les organisateurs ont patiemment disséminés dans la montagne, et tu dois t’approcher à 3 mètres pour les voir tellement on y voit rien.
Arrivé en bas à la vitesse supersonique de 500 m/ heure, sous la pluie, tu sais que t’as encore à t’enfiler dans le cul de la vieille (désolé, c’est le nom du passage après les 7 Laux) avant de rejoindre le plancher de la Vache.

Rapidement tu vois que c’est pas propre ici, et qu’il pleut comme vache qui pisse.
Tu es seul sans tes potes, c’est vache maigre. Tu galères grave, tu gueule comme un boeuf : « mort aux vaches », tu te demandes pourquoi t’es là, tu pestes, tu te dis que rien ne justifie de telles souffrances, tu rêves de ton lit, de ta femme, de revoir tes enfants avant d’être mangé par les ours blancs qui ne vont pas tarder à débarquer… et… et tu te souviens que t’as lu plein de truc sur l’ultra, où on te raconte qu’il y’a pas 50 solutions : un pied devant l’autre et tu attends que ça passe.

 Ce genre de truc est là pour te forger un mental encore plus en béton que tes cuisses tétanisées. Tu vas y arriver, tu vas y arriver, tu vas y arriver…

 

13-   Te trouver un ou deux copains avec qui passer le temps, et plus si affinité.



Bon, reprenons, tu te fais rattraper dans le cul de la vieille par un groupe avec un gars à la voie douce et mélodieuse qui déclame sa joie d’être là. Tu soupçonnes même que c’est lui qui a gueulé dans le col au milieu du chaos « elle est pas belle la vie ? » quand tu voulais hurler mort aux vaches, et que toi, tu broies du noir depuis tout à l’heure.
Mais ce copain, quand tu te ramasses sur le rocher, il te ramasse, il te masse… puis il te passe, sans qu’il te reconnasse.

Arrivé à la base-vie du Pleynet, tu es assis avec Xavier et Katman à table devant tes pâtes bolo ; et qui voilà : un garçon à la voie douce et mélodieuse qui déclame sa joie d’être là… tu as reconnu bip bip qui, lui, ne t’a pas remis. Tu lui expliques que le gars qui s’est ramassé devant lui, c’était toi etc etc… ; ah ok… je suis pas physio blabla.

T'es motivé, toi, pour continuer?


Et puis la vie est ainsi faite qu’on se perd de vue au détour d’un massage ou d’un dodo sur une base vie. Alors tu repars avec le compagnon officiel, celui du départ : Xavier, pour une petite montée de 1000 D+ dans une forêt immonde, à crapahuter dans le ruisseau avec les fougères et la mousse.


Là, ton corps dit stop. Tu dis à Xavier qui veut se presser pour aller dormir au prochain ravito de te laisser, car tu vas trop le ralentir. Tu broies à nouveau des idées noires, tu penses que jamais tu vas arriver à monter ce truc infâme, tu sais que la fin de la nuit est toujours un moment difficile. Alors tu t’accroches à tes bâtons come le vieillard à son déambulateur. Tu commences à rêver de faire installer un monte-escalier Stannah le long du chemin, juste pour toi.

Aidez moi...


 Tu arrives à un pointage intermédiaire au niveau du refuge de la grande Valloire. Le bénévole te sert un remontant caféiné. Surgit alors du néant une voie douce et mélodieuse qui demande simplement si on peut se poser dans la cabane juste en-dessous pour dormir…
Ton sang ne fait qu’un tour, tu l’accompagnes, il ne faut jamais laisser les optimistes seuls, ils sont contagieux.

Tu t’installes sur le matelas, déplies la couette unique que tu t’apprêtes à partager… mais comme tu es quand même meilleur physionomiste que bip bip, qui ne t’a à nouveau pas reconnu, tu prends la peine de te représenter à nouveau, histoire que le garçon ne se réveille pas le lendemain matin sans savoir avec qui il a bien pu passer la nuit.  


14-   Avoir des moments d’extase après l’orage.


 

Ton compagnon de chambrée semble bouger une oreille. Tu tires la couette parce que ça pèle un peu sa belle-mère dès qu’on met une extrémité dehors. Et tu commences à entendre devant la porte du refuge passer des enfants en courant. Il fait jour ! ça doit bien faire une bonne heure et quart qu’on dort (enfin, moi !). tu mets le nez dehors. Les pas d’enfants sont en fait les 1ers du 85km qui déboulent à toute blinde. On sort vite pour chopper leur aspiration. Et là, tu as enfin l’inspiration qui va te permettre de rejoindre les Gleizins et faire un bon bout de chemin, en discutant de tout et de rien comme des vieux copains qu’on n’est pas encore. Bipbip est fromager, et avant de le rencontrer, je me caillais, j’étais tout moisi, les pattes molles et plein de trous dans la tête… me voici maintenant au petit matin, affiné et moulé à la louche, avec mes pattes pressées d’aller le plus loin possible. Jamais je ne lait cru, pourtant les fromagers sont des magiciens.


 


La suite : Gleysins une demi-heure avant la BH, quelques montées avec les 85, rejoindre Xavier, se faire doubler par tout le troupeau et faire la bise à Alba qui vient coudepiéuter son frère (le fameux bipbip)… quelle extase que cette reprise. Le dodo c’est magique. Ça lave tout, aussi bien la tête que les maux du corps. Je n’ai pas de mots pour l’écrire.

Bipbip et Xavier

 

15-   S’acrocher au mental pour continuer d’avancer



Tu sais que tu as fait une bonne partie des moments les plus durs. Tu viens de te carrer la montée de la Pierre du Carre. Tu as largement pris le temps à Super Collet de te reposer, tu as encore les yeux super collés d’ailleurs, mais tu es large sur les BH.

Alors tu fais ton bonhomme de chemin en profitant du paysage qui se dégage enfin un peu au bas de la descente du col de Claran. Tu croises les 2 jeunes femmes qui ont passé toute la journée au refuge pour pointer des pauvres zigs comme nous. Elles sont un peu dans le zag et réfrigérées sous leur parapluie. Mais elles sont contentes de voir du monde, d’avoir une preuve de vie. Tu sais qu’après ça, il faut finir de descendre puis remonter aux Férices et au col d’Arpingon.

Une éclaircie...


Oui, ton mental, va falloir le travailler, car cette course, c’est des grosses montées, suivies de grosses descentes dans des terrains souvent pourris, et ainsi de suite cinq fois, dix fois, pour t’user, pour entamer la belle confiance en toi que tu as mis des mois et des années à constituer. Tu ne t’étonnes même plus quand on te dit que pour remonter aux Férices, c’est un kilomètre vertical avec un peu de plat au milieu. Mais vous êtes d’un banal , là…

Photo Vik  - planetcaravan.net

 

Sauf que le KV, il va vite te gaver. A ce stade, ce qui te fait tenir c’est de savoir que Franck et Caro t’attendent là-haut. Est-ce que Caro, qui est Kiné, acceptera de te masser au col (c’est un massage de la tête dont tu as pourtant besoin à ce moment). La montée est rude mais elle passe en faisant le yoyo avec quelques coureurs de fond de peloton du 85 et du 144.


A Arpingon, pas de Caro ni de Franck. Ils ont dû descendre pour réchauffer un peu les enfants qui étaient gelés. Comme ils ont dû se cailler et être déçus. Là tu te dis que ce n’est pas possible que des bénévoles fassent des trucs pareils pour toi, sans que toi tu puisses tout donner pour terminer cette course en leur honneur…  et tu avances, pas après pas.


Les crètes des Férices sont un endroit grandiose dont nous devinons la beauté malgré le brouillard et la pénombre qui s’installent. Les Férices sont féroces en fait. Tu te concentres sur tes pieds pour descendre ce p… de chemin qui n’est pas mieux que tous ceux faits avant, et qui vient beaucoup plus tard, quand tu commences à en avoir vraiment assez.

 

16-   T’inventer un monde parallèle pour oublier tes souffrances.


 

La fin de la descente et la longue arrivée sur Val Pelouse se fait complétement de nuit, avec la brume qui empêche la lampe de bien éclairer. Et là, c’est le début du festival des hallus.
Les cailloux commencent à me regarder avec des yeux toujours plus nombreux, puis ils prennent des formes étranges : scream, têtes de dessins animée etc… Il y a des inscriptions dessus que je peine à déchiffrer.

Photo Matthieu Rieux

 

J’imagine Val Pelouse comme un village avec une pelouse pour arriver. Le ravin sur le côté commence à se transformer à la lueur de ma loupiote en aimable prairie. Les conifères deviennent toute sorte d’arbres fantastiques, les rochers se transforment en chalets. Ça y’est je pense que j’ai inventé le Val Pelouse de Heidi, celui dont je rêvais pour me poser. Je veux vite pouvoir dire que j’ai fumé Val Pelouse, mais les psychotropes sont trop puissants, le voyage continue vers le Pontet.
Tes souffrances ne sont pas finies, et ton cerveau va continuer à te faire voyager. Tu veux être finisher ? Il va te falloir passer dans le monde parallèle, la matrice de la forêt enchantée que tu vas looonguement traverser avant de rejoindre le Pontet.


Ça fait déjà un moment que je n’adresse plus la parole aux cailloux. Ils me fatiguent à me parler comme ça, si fort, alors que je ne rêve que de calme et de silence. Ça fait un moment aussi que les fanions orange réfléchissants de balisage du parcours se sont transformés, à la lueur de ma frontale, en danseuses de flamenco, en marionnettes rouges de toutes les formes avec des chapeaux pointus, en cônes de signalisation routière, ou en personnage de Harry Potter dansant au vent et prêts à jouer une partie endiablée de Quiddish.

Petit fanion... attends la nuit pour réfléchir!


J’ai accepté que si les fanions réfléchissaient, il fallait que j’arrête de penser pour laisser mon esprit librement divaguer et libérer mes jambes.

Je suis seul. Xavier a résisté à l’attraction terrestre et est en train de décrocher la lune.

Je suis le hobbit des bois du Pontet. Un décor fantastique défile autour de moi. Je ne sais plus si je rêve ou si je suis vivant.  Je découvre un magnifique château miniature à mes pieds, avec des chevaliers sculptés dessus et plein de merveilleux dessins en couleur sur un fond couleur d’albâtre.  Il y en aura tout le long. Je me dis qu’une école a dû décorer ce chemin avec des enfants très talentueux.

J'hallucine...


N’y tenant plus, je m’approche à moins d’un mètre d’une de ces merveilles pour admirer de près ces traits ciselés… pour m’apercevoir au dernier moment qie les chevaliers battent en retraite et le château de cartes s’effondre : ce n’était que la souche d’un arbre déchiqueté par le vent.

Je me console vite en voyant un petit ravito sauvage sur le côté de la piste. Plusieurs trailers sont là, ils ont une bière à la main. Je vais enfin pouvoir me mettre bien, car je suis seul depuis peut-être une heure. Je m’approche de ce ravito qui me parait irréel tellement je l’ai rêvé, puis qui me parait un rêve totalement irréel au moment où je le dépasse et il se transforme d’un coup en un vulgaire tronc d’arbre. Je souris, et attends la prochaine rencontre.

Une dame m’attend, assise sur un tronc d’arbre. Elle va me remonter le moral et faire retomber mes absences. Mais cette dame s’absente. Elle peuple mes rêves uniquement. Je suis libéré de mon esprit qui est parti en ballade à l’autre bout de mes rêves. Sur des courses, il faut aussi savoir poser le cerveau. Les hallucinations de la 2ème nuit pourront t’y aider.

 

17-   Retrouver en chemin des copains ou des bénévoles qui, après de rudes côtes, proposent des remontants pour te redonner un boost étonnant.



Les merveilleux bénévoles qui se sont fadé une nuit sous la tente ont bien du mérite. Ils ont passé ensuite une journée complète à pointer des coureurs plus ou moins en état de comprendre là où ils étaient, puis une 2ème nuit qui commence dans le brouillard. Je suis très admiratif de leur patience et leur dévouement. Alors, pas le choix, en plus, quand c’est des copains, je dois m’arrêter et satisfaire aux coutumes locales.

Avec 2 grands champions locaux : Franck et Teddy

Bubulle: un pacer de luxe

Bubulle a couru avec moi comme pacer sur 3 kilomètres jusqu’à Jean Collet (il a remonté le flot pour me retrouver, alors qu’il avait sa course de 57 km le lendemain...),

Avec loiseau et Cyss


Cyss m’a initié à la bière à Jean Collet, Cédric m’a accompagné une partie du chemin vers Freydane tout en me ravitaillant. Nous nous découvrons plein de lieux d’habitation et de connaissances communes.

Vik, lui, nous attend au sommet du col de la Perche. Je suis à la dérive depuis un moment, à essayer de suivre Xavier qui mène l’allure d’un train impérial, tandis que je me traîne. Vik a préparé un festin de roi : vin rouge, liqueur de mélèze, merguez, travers de porc, feuilletés aux fruits et j’en passe… Il est juste déçu de ne pas avoir pu faire de feu. La merguez-mélèze passe hyper bien. Je suis remonté comme un coucou suisse après ça, et passe en tête toute la crête jusqu’au Grand Chat, avec une extase poétique sur la lune qui domine la mer de nuages, avec les sommets de Maurienne en face.

Autre ambiance, autres plaisirs : nous sommes accueillis par Julien au fort de Montgilbert, le dernier ravito avant l’arrivée. Tout est prévu pour passer une bonne journée : le jeu de Molky, la caisse aux canettes et le génépi. Seul un tchèque a pour l’instant torché le combo choc, c’est à dire le génépi avec la bière. Je me découvre une âme slave et m’enfile les deux sans coup férir, tchik. Là, mon corps se lave de toutes ses souffrances, et nous ferons la dernière descente comme des dératés avec Xavier, pour plein de raisons, mais nous y reviendrons.

18-   Découvrir chez ton copain un caractère et un esprit d’entraide exceptionnels.



Xavier aura été exemplaire de bout en bout. Nous avons fait un énorme bout de chemin ensemble. Je n’ai jamais ou presque été devant. Parfois, Xavier est parti au train. Il m’a toujours attendu pour qu’on finisse ensemble. Cette présence est un énorme plus sur cette course. Je lui dois intégralement ou presque le fait d’être allé au bout.

 Quand tu as un tel phénomène avec toi, il est impossible de renoncer. Il sait partir devant pour te piquer et te forcer à avancer, t’attendre quand tu as besoin, te rappeler que tu as peut-être intérêt à trouver le fameux « flow » et mettre tes écouteurs dans cette montée du col de la Perche où tu te traines à 1.5km/h… Il a toujours un mot sympa, une bonne blague avec les signaleurs ou les autres concurrents, de quoi te redonner la banane. Il a plein de sujets de discussion et refait le monde avec toi jour et nuit, et jour, et nuit…

Xavier - alias xsbgv -photo Vik planetcaracan.net


La clé de ta réussite sur cette course tient aussi dans ta capacité à inventer quelque chose de beau pendant toutes ces heures. Notre binôme qui avait déjà accroché une première étoile au firmament, lors de la TDS 2017 pourra très vite accrocher une 2ème étoile, que nos rêves éveillés et toutes ces heures de préparation avaient imaginée depuis 6 mois.

 

19-   Te donner de bonnes raisons d’accélérer.



Alors là, j’hésite quand même à livrer les vraies raisons qui nous ont fait gagner au moins 2 fois une heure… elles sont inavouables.
Reprenons les faits. Nous sommes affalés sur un banc avec Xavier au ravito de Val Pelouse. Une concurrente plutôt sympathique nous explique comment elle a sauvé la vie de dizaines de trailers en rebalisant le sentier sur un pont… nous sommes hagards mais l’écoutons bien volontiers entre une tranche de saucisson et un cookie à la banane. Le ronron se met à déraper quand son copain arrive dans la pièce. Il n’est pas content car elle n’a pas attendu une concurrente en difficulté avec qui elle était et qui avait du mal descendre.

Et là commence une scène de ménage devant tout le monde où le mec se fait mettre minable en public par la gentille dame, qui, pleine de tact, nous prend bruyamment à parti. Nous sommes tous fatigués, et ce petit intermède est pénible. Nous nous levons de table pour prendre des trucs ou des tucs au ravito.

Nous nous regardons en cape avec Xavier qui me confirme ce que l’on pensait tous les deux : la dame est surement une grande sportive, mais aussi une sacré castratrice. L’affaire se poursuit avec la dame qui prend une bouteille de coca, la renverse sur la table du ravito, puis remplit ses gourdes juste au-dessus de nos sacs… la castrafiore est là.

Elle est maintenant assise à notre place. Nous essayons de récupérer nos affaires posées sur la table pour repartir… mais il me manque un gant. Je cherche partout et évidemment commence à laisser planer un doute sur le fait que la castrafiore ne l’avait pas fait valdinguer avec sa grâce pachydermique. La pauvre me regarde d’un oeil torve en essayant de murmurer que j’ai un gant à la main, et que c’est peut-être celui-là. Je commence à ouvertement me foutre de sa tronche… oui, après 40h d’efforts et 2 nuits sans dormir, on ne prend plus de pincettes. L’étiquette est coupée.
Je lui apprends très sûr de moi et moqueur que les gants marchent par paire, et que si j’en ai effectivement un dans la main, cela ne veut pas dire que j’ai trouvé l’autre. La castrafiore devient un peu blanche. Je crois que son mec a dû intervenir, car elle finit par s’en aller.

Quelques instants plus tard, je découvrirai que j’avais effectivement mon 2ème gant déjà enfilé dans ma main… bref. Oups. Je me sens un peu con. Comment expliquer maintenant à la miss que je me suis comporté comme un crétin, et que je me suis peut-être un peu emporté dans mes jugements, la fatigue aidant?

Nous sortons du ravito, commençons à marcher vite dans la nuit. Nous voyons derrière nous 2 frontales et des éclats de voix bien connus qui s’approchent. Nous entendons parler d’une histoire de gants blabla… puis la suite de la scène de ménage de tout à l’heure… ni Xavier ni moi n’avons envie de savoir la fin de l’histoire, et là commence une formidable motivation pour se bouger les fesses et semer Castrafiore et son pauvre animal de compagnie, qui durera au moins 15 kilomètres, avec un Xavier remonté comme un coucou dans la nuit, et moi derrière à courir en essayant de le rattraper et pestant contre les cailloux qui recommencent à avoir des messages indéchiffrables à me soumettre.

Ouf, nous pouvons nous poser un peu au col de la Perche avec Vik, plus de bruit, le couple est loin.
Une dizaine d’heures plus tard, après notamment un gros dodo au Pontet, nous quittons Julien et son combo génépi-bière au dernier ravito du fort de Montgilbert. Il ne nous reste plus que 6 kilomètres de descente avant de devenir des héros, à jamais les premiers dans nos têtes. Nous entendons un groupe derrière nous bien bruyant qui s’encourage avec une voix braillarde que nous reconnaissons très vite. La castrafiore a dû reconnaitre mes chaussettes jaune fluo et hurle qu’elle va nous rattraper… et là commence la plus belle échappée de cette échappée belle. Castrafiore est partie tout en adrénaline pour nous mater. Nous ne la laisserons pas briser… nos rêves d’arriver libres.
Magique, nous retrouvons nos jambes et déroulons jusqu’à l’arrivée. Au final, nous lui devons beaucoup. Nous mettrons toute cette histoire sur le compte de la fatigue, hein…

 

Ne pas lui jeter la pierre...


20-   Dormir au Pontet pour pointer en forme à l’arrivée



Oui, voici le conseil ultime quand tu n’as plus d’objectif horaire et que tu sais que tu es large au niveau des barrières horaires : s’arrêter sous la yourte au Pontet et dormir, pour faire une arrivée de gala et en profiter totalement sans être un gros zombie. L’arrivée au pontet est donc une énorme purge qui te vide la tête. J’y arrive ½ heure après Xavier qui n’avait pas la moindre idée de là où j’étais. Xavier faisait le train dans la descente en courant, j’essayais de suivre, puis à un moment, le chemin devient plat, et j’ai une grosse panne de tout : batteries, mental, jambes, envie.

Je marche, puis je me traine, je me fais doubler par le petit groupe avec qui nous étions en chasse-patate depuis le Grand Chat. J’essaye des techniques pour dormir debout en marchant. Le problème est que je n’arrive pas à aller droit. Je finis par me poser sur le rare carré d’herbe plate au bord de la route pour dormir un peu. Evidemment, les 3 coureurs suivants viendront me réveiller en me demandant si tout va bien. Quand les mères veillent sur nous…

Après ce qui m’a semblé être des heures de lutte sans fin pour aller d’un fanion à l’autre sur ce pauvre chemin forestier, à vivre des hallucinations de tous les instants, je suis donc enfin au Pontet. Je sais que Xavier veut terminer rapidement. Il m’attend cool sur une chaise et propose de repartir tout de suite sans faire de pause ravito.

Nous repartons, mais l’appel de la yourte et du sommeil sont plus forts. Nous nous posons pour dormir, et arriver ainsi frais à Aiguebelle. L’ambiance est tamisée et il est devenu facile de dormir quand on est ici, la fatigue aidant. Xavier me réveille au bout d’un moment, je ne sais plus où ni qui je suis. Nous perdrons une bonne heure dans l’affaire, mais pour la regagner largement ensuite tant la fin sera intense et jouissive. C’était finalement LA bonne idée de cette fin de course.

 

21-   Faire une arrivé de gala pour sonner la cloche



Je l’ai déjà expliqué, nous avons quitté Julien et son génépi-bière, nous entendons des éclats castrafioresques derrière nous.
Arrive maintenant l’heure de gloire de notre course. Le jour s’est levé une deuxième fois sur notre course. Nous avons une grande descente jusqu’à Aiguebelle. 1100 D- sur 6 kilomètres, avec du chemin, du bitume, un retour programmé à la civilisation. Bref, tout d’une nouvelle purge possible sauf si…

Sauf si l’adrénaline et l’excitation l’emportent.
Nous commençons à la 1ère descente à dérouler les jambes. Juste avant, une grande lassitude nous avait envahis. Les jambes hurlaient au supplice.

La lumière est au bout...


Là, tout nickel. Pas une douleur. C’est parti en petites foulées. Nous faisons notre jogging du dimanche matin. Nous redoublons quelques concurrents avec qui nous faisons le yoyo depuis des heures. A chaque fois, nous leur hurlons des histoires improbables de cloche à faire péter. Nous sommes des fous, nous avons 8 ans. Dans quelques minutes, nous allons finir cette incroyable aventure.

Au passage, nous doublons Stéphanie qui est engagée sur le 85 km. Nous avons rencontré Stéphanie à Val Pelouse. Une bénévole lui proposait d’abandonner car elle était lasse et n’arrivait plus à s’alimenter, même après avoir dormi. Nous avons alors fait un grosse opération mentale de remotivation de la Stéphanie, à base de « on n’arrête pas quand on est si loin », « essaye et avise », « oublie que tu n’as aucune chance et fonce » etc…

Et là, de doubler Stéphanie, qui descend cool jusqu’à son arrivé triomphale, avec une énorme banane, c’est un moment de pure joie. Elle nous remercie pour le soutien, et nous avons une nouvelle fois la preuve que le corps humain est capable de choses exceptionnelles.
Nous entrons dans Aiguebelle. Xavier accélère même un coup. Les rares personnes présentes sur le parking ou dans les maisons nous applaudissent.


Je prends la main de Xavier. Je lui dit que c’est grâce à lui que j’ai réussi tout ça, il me dit que c’est un sacré pari, car il avait bien senti que j’hésitais avant de m’inscrire. Nous sommes sur un nuage. L’arrivé, la cloche, tout se bouscule.

C’est gigantesque cette arrivée. Seul ce sport peut procurer des moments pareils. Une naissance d’enfants peut-être… sauf que pour une naissance, c’est le début. Là, c’est juste fini… toutes les souffrances endurées sont effacées. La grande machine à laver dans les souvenirs va bientôt faire le tri pour ne garder que le meilleur et effacer ces moments de très grande lassitude, de doute, de ras-le bol.


Baudouin est là, il nous prend en photo. Il m’apprend l’exploit qu’il a réussi, lui aussi, en arrivant depuis plusieurs heures. Toutes les reco que nous avons faites ensemble ont payé. Bravo Baudouin. Cela ajoute à mon bonheur immense.

Xavier et Baudouin, mes anges gardiens... top guns, top guys


Evidemment, l’émotion va vite monter, mais je dois attendre de me poser un peu autour d’une bière. Bubulle nous a rejoints. Il a sprinté comme un fou depuis Allevard pour voir notre arrivée, mais nous sommes allés trop vite ! Je fais connaissance avec sa maman qui est une personne délicieuse, pleine de malice et d’humour.

 

Finalement, nous n’aurons pas eu des paysages fous dans cette Echappée Belle. Le brouillard a permis d'en faire une course plus intime, introspective, à analyser vraiment pourquoi nous étions là.

 

Le parcours de repli en partie déployé, assorti de barrières horaires inchangées a permis de finir cette course dans de bonnes conditions en ayant le temps de se poser et se reposer. Cela n’aurait pas été le cas avec un parcours complet, même si nous aurions certainement passé moins de temps dans la Vache.


Après un peu plus de 51h (un horaire anisé…), nous sommes finisher pour l’éternité.

Nous avons réussi à trouver les failles spatio-temporelles dans notre mental pour terminer ce truc. Le classement est anecdotique. Les meilleurs nous ont mis une raclée, mais nous avons mis une raclée à nos peurs, à nos doutes, à nos défaillances. Nous sommes vivants et nous hurlons et pleurons.

 

 

61 commentaires

Commentaire de bubulle posté le 08-09-2018 à 20:11:36

Prems au commentaire.....:-)

Evidemment, j'ai triché, j'ai lu les 2 premiers paragraphes seulement.

Grande et Belle Course !

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 00:35:09

Moi aussi j'ai triché, je viens de réussir à insérer mes photos...

Commentaire de bipbip73 posté le 08-09-2018 à 21:49:47

On s'est croisé au refuge d'Aiguebelle???
t'es sûr? je m'en souviens pas.
bon en même temps je suis pas physionomiste.

et sinon, tu prends quoi comme drogue.
en même temps, de l' EB c'est de la bonne.
BRAVO, BRAVO, BRAVO.

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 00:37:01

On se connait?

Commentaire de Mazouth posté le 08-09-2018 à 22:15:22

Juste wahou ! Les mots me manquent. Respect, admiration et fromage. Voila.

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 00:39:11

Ajouter plénitude...

Commentaire de shef posté le 08-09-2018 à 22:17:31

Bravo ! Super CR !

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 00:39:53

Merci. Je vais aller lire les autres maintenant!

Commentaire de cyss posté le 08-09-2018 à 22:54:58

super CR!! Vraiment bravo!

Et bien sur, bravo pour ta course. C'était un plaisir de voir tous les kikou à Jean Collet :-))

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 00:40:25

Oui. J'ai rajouté les photos là-haut.

Commentaire de Arclusaz posté le 09-09-2018 à 00:47:53

Ton bonheur d'avoir fini ce truc de dingue ressort à chaque ligne de ce magnifique récit. Tu as fait un rêve et tu t'es donné les moyens de le réaliser. Quel exploit ! Que de rencontres ! Nos étés divergents ne nous ont pas permis de belledoniser ensemble mais j'ai bon espoir d'être avec toi pour ta première montée à la Croix. Notre sortie "test de matos" restera un super souvenir, on a bien rigolé..... et on n'a pas croisé de cannibales dans les bois ! Merci pour ce moment de lecture douce et mélodieuse.

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 00:41:24

Merci le sauveur des organisations un peu limite...

Commentaire de fildar posté le 09-09-2018 à 07:33:07

Hallucinant ce récit, j'ai l'impression d'avoir fait la course.
Vivement ton prochain ultra pour te lire.
Merci

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 00:42:03

Non, tu l'as fait l'an dernier, il faisait beau...

Commentaire de Katman posté le 09-09-2018 à 08:14:32

Dernière fois que je t’ai vu tu abandonnais après ton second plat de pâtes au Pleynet... si ton sms m’avait réveillé à 3h du mat j’aurais pu vivre une partie de la route avec Xavier et toi. Malheureusement je l’ai vu au delà de la BH. C’est ainsi, et grâce à ton récit je serai plus informé sur les méandres du cerveau après 35h de course! Merci pour le partage de cette aventure et un immense bravo pour avoir atteint et dépassé les limites du corps humain. Cette course n’est pas humaine, elle est surhumaine, et tu fais partie de son histoire!

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 00:43:31

Mince, je ne savais pas... On aurait dû insister un peu autour des pâtes, mais la lucidité était faible... et le massage m'a fait du bien.

Commentaire de Katman posté le 29-09-2018 à 22:18:56

Oh la vache la tronche que je me trimbale au resto du Pleynet!! Et encore: tu m’as pas pris en photo quand je dormais assis lol

Commentaire de Ewi posté le 09-09-2018 à 10:38:12

Super CR, et super course. Quand je t'ai vu au Habert, tu étais tout éteins... sacré contraste avec cette arrivée en fanfare a Aiguebelle... Chapeau pour ce mental en beton.

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 00:44:08

A qui le dis-tu...

Commentaire de patrovite69 posté le 09-09-2018 à 11:18:44

Bravo pour ta course, c'est vraiment un truc de malade.
Vraiment dégoutée de ne pas avoir pu rester au col d'Arpaingon jusqu'à ton passage pour t'encourager mais les faits nous ont montré qu'on avait fait le bon choix.
Encore bravo

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 00:45:28

Vous avez été grands dans tous les sens du terme, et la force de l'EB c'est aussi d'avoir pu vous trouver des remplaçants.

Commentaire de Leseb posté le 09-09-2018 à 17:53:16

Une bien belle histoire fort joliment racontée! Bravo pour ton aventure!

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 00:47:18

Quand on prend son temps...

Commentaire de Arcelle posté le 09-09-2018 à 19:38:58

Super récit comme toujours, et surtout super perf,quelle abnégation, bravo !

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 00:48:02

oui, et savoir le soutien fidèle de la communauté, c'est précieux.

Commentaire de polosh posté le 09-09-2018 à 19:40:17

Bravo , c'est inhumain ce truc !!!
Pour une si belle épreuve, il fallait une belle plume pour que les poireaux comme moi puisse rêvasser le temps d'un récit :) Merci !

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 00:51:21

On est tous des poireaux. et pas besoin de faire de l'ultra pour prendre beaucoup de plaisir en montagne.

Commentaire de Albacor38 posté le 09-09-2018 à 20:57:33

Un récit de Benman c'est toujours la perspective d'un bon moment.

Je vais faire comme pour Jeff : Je vais attendre que la maison soit calme, les enfants couchés pour le déguster comme il le mérite. J'ai comme le sentiment que quelques éclats de rires vont transpercer la nuit Ismérusienne...

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 00:52:19

Merci! J'ai écrit plus sérieux. Pas facile de plaisanter sur des moments compliqués.

Commentaire de PhilKiKou posté le 09-09-2018 à 21:24:30

Tu l'as Echappée Belle !! Les cailloux de la Castafiore : une hallucination ? Je pense que pas mal de coureurs qui ont lu ton récit penseront à elle s'ils ont les barrières horaires aux fesses ou s'ils sont au fond du fait-tout !!!!
Préparation physique et matériel : OK pour toi mais as-tu fait quelque chose avant en préparation mentale, pour être prêt à ne pas lâcher l'affaire après 2 nuits ( et jours à crapahuter ) ?
Merci pour le récit Benmanien, peut-être moins de doses d'humour que d'autres de tes récits, mais un sacré voyage au bout de toi-même.. et cette Belledonne, qui ne se découvre et ne se donne pas au premier venu ;-)

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 00:53:46

J'ai fait cette course après quelques autres, et quelques échecs. Le mental, on se le construit, puis en chemin, on n'a plus le choix.

Commentaire de tidgi posté le 09-09-2018 à 21:28:13

Joli récit sur une course que je ne ferai jamais ;-)
Donc doublement bravo ! Respect man :)

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 00:54:32

Pourquoi? tu fais des trucs plus dingues. Les Monts d'Or préparent à tout

Commentaire de xsbgv posté le 09-09-2018 à 22:18:11

Alors... comment vous dire... en plus d'aider à rallier l'arrivée de l'EB je guéris aussi par imposition des mains... je fais revenir l'amour... et peut vous aider à gagner au loto... à part ça faut pas prendre au pied de la lettre tout ce qu'écrit (si bien) Benoît...
merci à Kikourou de permettre ces belles rencontres... je ne regrette pas ces heures passées avant pour préparer et là-haut à endurer... à bientôt l'ami

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 00:55:20

Messie. Euh, merci.

Commentaire de truklimb posté le 10-09-2018 à 09:59:34

Bravo Benoît, c'est vraiment un truc de malade cette course ; en lisant ton récit, j'arrive pas à décider si ça me fait envie ou peur cette histoire !
Et félicitations pour ce superbe compte-rendu qui laisse transparaitre beaucoup d'émotions tout au long de la course. Chapeau l'artiste !

Commentaire de Benman posté le 11-09-2018 à 23:55:04

Mais si, vas y. Tu as la caisse pour. La deuxième nuit, c'est rigolo, et ça te donnera plein d'idées pour faire un super CR!

Commentaire de Ze Man posté le 10-09-2018 à 11:36:12

Top CR et top performance, bravo ! Ca donne envie de faire ce genre de courses rien que pour écrire des CR aussi croustillants. Et puis j'adore les contrepétries (merci pour ça).

Commentaire de Arclusaz posté le 10-09-2018 à 11:47:05

C'est quand même un peu facile, Ben, de faire venir ton grand frère Ze, pour dire du bien de toi. En plus, franchement, t'as pas besoin de ça....

Commentaire de Mazouth posté le 10-09-2018 à 11:51:26

Les frères Ben Ze... et leur mère c'est Dess ?

Commentaire de Ze Man posté le 10-09-2018 à 16:56:21

bah non c'est Ben Ze Mam (n°9, Chanel)

Commentaire de Benman posté le 10-09-2018 à 19:17:58

Ça rime Ben Ze Mam?

Commentaire de Ze Man posté le 11-09-2018 à 11:38:32

non mais ça marque des Ben Ze Buts ! ok, ok, j'arrête... Je vois bien que ça ne fait rire que moi (et encore) :)

Commentaire de Mazouth posté le 11-09-2018 à 11:44:30

Je suis Ben Ze But, je suis un bouc, je suis en rut :))

Commentaire de Free Wheelin' Nat posté le 10-09-2018 à 22:14:56

Benoît ne veut-il pas dire "béni des Dieux?" (j'en sais quelque chose , j'ai comme un frangin adoré qui s'appelle comme ça)
Moui, ce doit être ça... En tout cas, bravo pour tes hallus, je n'ai pas réussi à en avoir même après deux nuits sans dormir.
La boule à la gorge n'était pas loin, très beau récit, dégusté comme il se doit.
Chapeau bas monsieur et prends soin de toi!

Commentaire de Benman posté le 11-09-2018 à 23:57:07

Mince, t'as pas d'hallu... t'es allée voir un docteur? T'as droit à tes hallus.

Commentaire de Jean-Phi posté le 11-09-2018 à 09:49:58

Immense respect devant cette entreprise ! Un grand bravo pour être allé au bout ! Et même avec un tel mode d'emploi, je ne risque pas de m'aligner un jour sur cette EB. C'est pour les grands garçons comme toi, pas les enfants. Bonne récup !

Commentaire de Benman posté le 11-09-2018 à 23:57:48

Tsss tees. Tu as déjà fait des trucs au moins aussi durs... et tu y reviendras.

Commentaire de rico69 posté le 11-09-2018 à 13:37:04

Rha lala quel beau récit heureusement que les inscriptions 2019 ne sont pas ouvertes ca donnerait presque envie de cliquer...

Commentaire de Benman posté le 11-09-2018 à 23:58:46

Ben clique. C'est un truc à vivre, et puis tu peux laaargement le faire.

Commentaire de L'Dingo posté le 11-09-2018 à 21:37:42

2eme lecture, mais cette fois agrémentée d un panel de photos. Mettre des visages sur des pseudos, c'est bien sympa.

Quant au récit, c'est du pur CR d'ultra: des descriptions alternant aux émotions.;-)

quant à l'affaire de l'escalier Stannah ça m'a rappelé lorsque ,sur un utmb entre Bovine et Trient, on avait installé de la moquette sur mon sentier ( arfff!) :-))


Commentaire de Benman posté le 13-09-2018 à 05:51:38

A la 3ème lecture, tu auras peut-être des hallu?!

Commentaire de BOUK honte-du-sport posté le 12-09-2018 à 12:59:31

Tu es un grand champion!!

Commentaire de Benman posté le 13-09-2018 à 05:51:50

Même pas...

Commentaire de chococaro posté le 12-09-2018 à 15:25:06

Je savais bien qu'après avoir fait l'assistance d'une gazelle sur les cols en 2015, si je lisais le récit de Benman je la mettrais à mon calendrier 2019. Je me suis retenue quelques jours, effrayée par le défi, mais hier j'ai craqué....
Quel récit, mêlant émotion et performance. Encore une fois, merci pour m'avoir faite voyager et chapeau pour n'avoir rien lâché!

Commentaire de Benman posté le 13-09-2018 à 05:52:56

Tu vas te régaler. Bon, faut un peu se préparer à Belledonne quand même, mais tu le sais. Merci pour ce commentaire!

Commentaire de Gazel posté le 13-09-2018 à 19:35:11

Bien raconté. Je comprends pourquoi tu m'as dépassé dans les 2 derniers kilomètres : bière + génépi, je ne pouvais pas lutter

Commentaire de Benman posté le 13-09-2018 à 20:16:05

Surtout qu'on était partis ensemble du Pontet, et que j'ai passé plus d'un quart d'heure au pointage en haut Après une montée poussive!

Commentaire de franck de Brignais posté le 16-09-2018 à 16:49:38

Quel plume !... la joie, la douleur, l'humour... tout y est pour cette grande traversée ! Bravo pour votre amitié. C'est elle qui vous a porté à Aiguebelle !! Bon c'est quoi la prochaine étape ??

Commentaire de Benman posté le 19-09-2018 à 21:41:17

C'est un peu de repos (sinon Caro pas contente)... mais pas que !

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

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