Récit de la course : La Montagn'Hard - 106 km 2019, par bubulle

L'auteur : bubulle

La course : La Montagn'Hard - 106 km

Date : 6/7/2019

Lieu : St Nicolas De Veroce (Haute-Savoie)

Affichage : 445 vues

Distance : 106km

Objectif : Pas d'objectif

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La demi-revanche

Après une année 2018 compliquée, j’avais pris une résolution : pas d’ultra en 2019.

Enfin…

 

 

En fait, le problème, c’est qu’Olivier m’a parlé du nouveau parcours prévu cette année, vraiment très très tôt. Il voulait un avis. Alors, j’ai mis le nez dans ma carte du Val Montjoie (celle dont je connais tous les replis), j’ai suivi toutes les options qui étaient alors évaluées et….. ça faisait diablement envie.

Et puis, surtout, les 20 kilomètres de l’an dernier, sur une édition qui est devenue historique (« La Boucherie du Val Montjoie »), que seuls de grands guerriers vikings poilus ont terminée, avec quatre exceptions féminines indestructibles…. eh bien, ces 20 kilomètres, ils sont restés là….. « On » nous avait fait un parcours de dingue, un truc dantesque…. et j’ai bâché ça en 5 heures. Bien sûr, y’avait des circonstances, tout ça, des histories de cartilages niqués, des « faudrait arrêter les conneries », des trucs pas bien sur les condyles, mais je t’en foutrai, moi : j’ai bâché, épissétou. Fait chier.

Donc, le programme de cette année, c’est la Revanche du Fils du Cousin de Genou de Miel, le Retour du Savachié, la bave aux lèvres et les mains de fer crispées aux bâtons en titane. Rogntudju.

En gros, ce n’est pas comme si ce n’était pas un objectif. D’ailleurs, en pratique, tout est orienté en direction de cette course : montée en puissance fin avril à Madère en mode « bon, finalement, ça donne quoi ce genou maintenant » (la réponse étant « aucun problème »), coup de boost en mai avec un enchaînement sérieux NFL/UBS/GR73, mois de juin en mode routinier mais dense à aligner mes 14km quotidiens vers le boulot, agrémenté de visites à notre Sainte Colline du Mordor.

Pour être dans l’ambiance et parce qu’une Montagn’hard ça se savoure en prenant son temps, j’ai prévu d’arriver le jeudi précédant la course et ne repartir que le mardi. Et, dès janvier, la réservation pour « Le Petit Chalet » du Coin du Feu est en place, ce qui permettra d’être…. à 50 mètres de la ligne de départ.


C’est aussi ce que j’aime en venant à St-Nicolas : commencer par retrouver un village tout calme, tout tranquille, profiter d’une soirée superbe à dîner au Coin du Feu (qui deviendra notre cantine) face aux Dômes de Miage, avoir tout le vendredi pour glander tranquillement, faire coucou à Alice et Olivier (et Soso), trouver un truc à faire pour donner un coup de main (ce sera la préparation des sacs d’allègement du 100km), aller traîner aux dossards, retrouver des amis à tous les coins de rue, saisir chaque occasion d’aligner boisson de préparation après boisson de préparation (le houblon ou le Malto, c’est pareil).


Dans tout cela, le Petit Chalet s’est rempli :Bart/trailaulongcours, Loïc (qui amène un petit bout de Steph le Givré avec lui), David/dca, Vincent/Cabri_89, on s’active le vendredi soir à préparer les sacs.


Et, privilège du chalet à côté du départ…. le réveil est mis à 4 heures ! Amusant de penser qu’au moment où nous émergeons, les amis présents à Verbier sont déjà en route depuis 1 heure.

4h45 sur la ligne de départ, on a juste le temps de poser le sac d’allègement. Elisabeth n’est pas encore là, elle me retrouvera au Pontet, n’ayant pu « descendre » que le vendredi soir en 2 étapes. Mais notre appart/ « base vie » va être mis à profit par Blandine, « Madame Yves_94 » pour pouvoir se poser en attendant de nous retrouver… au Pontet, évidemment. Optimisation totale !

Un long briefing : Olivier insiste sur la chaleur prévue, sur la vigilance face à la déshydratation (« si vous pissez foncé ou rouge, c’est mauvais signe »…..je croirais entendre le « tant que le surines sont claires » de zeze69 au Puy-Firminy).

Le sac est très léger : je pars en short/débardeur avec juste des manchettes, la veste de pluie, le pantalon de pluie ultra-léger, des gants imperméables, 200ml dans la poche à eau et 2 flasques. Plus, évidemment, l’indispensable : frontale et frontale de secours (même si la frontale est à peine utile au départ…. et qu’on retrouvera le sac d’allègement avant la nuit, en principe).

Dernier coup d’œil au roadbook : j’estime à 2h49 le temps nécessaire pour atteindre le premier ravito au télésiège des Tierces.

Et c’est parti….. à l’envers du départ usuel : c’est une mini innovation que de partir du dessus du village en commençant par un long dévers bien casse-gueule dans un pré. Par habitude, je respecte la convention des éditions précédentes : pas de bâtons avant le Déchappieu. Ce n’est pas vraiment dans le règlement, mais c’est une tentative de concession au confort de tous. Concession bien inutile car à peu près tout le monde qui en a, a sorti les bâtons…mais j’ai mes principes.

On retrouve vite la montée habituelle est ses petites relances….. au début. Car, quand on arrive le long de la piste de ski, fini de rigoler : c’est « dré dedans » et pour un sacré moment. Faut bien les faire, les 1400D+ jusqu’au tas d’ardoises, là-haut.


J’ai enclenché un petit pacman afin de me replacer progressivement. Nous étions bien à l’arrière au départ et je ne veux pas trop m’enfermer dans un faux rythme. Sans faire le « on va voir qui c’est Raoul », je remonte doucettement. Un petit coucou, en passant, à l’inamovible Françoise que je gratifie d’un fort aimable « Madame Escargot ». La frontale est restée allumée mais est plutôt inutile, le jour pointe déjà nettement.

Comme d’habitude, je cours tout seul, je suis rentré dans ma bulle confortable. Je vois yves_94 pas loin devant, c’est le début d’un long yoyo entre nous.


Arrivés au Déchappieu c’est la limite que je me suis fixé pour les bâtons. Le chemin de 4x4 jusqu’au haut du télésiège des Chattrix permet de changer un peu de rythme, tout en rigolant un petit peu en voyant certains relancer en courant à cet endroit (à part les premiers, honnêtement, quel intérêt ?) ….ce qui est surtout rigolo est d’aller à leur vitesse, d’ailleurs.


Le début de la crête annonce les choses sérieuses, la pente se raidit, je passe en double-appui des bâtons, ça grimpe toujours bien et…. ah, tiens, coucou Yves…..


Bifurcation (qui n’en est plus une), chalets du Mottey et bim, la montée de la piste pour l’Epaule. C’est quand même bien, comme l’an dernier, de ne pas monter ce truc à l’agonie en n’espérant qu’une chose : pouvoir se poser un cul en haut du télésiège et respirer. Je pense quand même ponctuellement à faire des photos : la lumière est magique vers les Aiguilles de Chamonix et le Mont-Blanc (qu’on voit vraiment à partir du Mottey, Jean-Luc !), c’est encore plus beau avec quelques nuages.


Je lève un pied le pied sur l’ascension du Mont Géroux (pour moi plus difficile que le Joly lui-même, surtout au début), quelques coureurs repassent mais la file indienne est déjà un peu cassée. Grosse relance en marche nordique sur les sympathiques singles du replat entre le Géroux et le Joly…puis  l’ascension finale qui se passe sans difficultés (deux jours plus tard, j’aurai surtout du mal à trouver mon chemin pour passer : le balisage, ça a du bon !).


Et voilà, le tout se termine en 1h48 pour 1h50 prévues. Pas mal. Mais j’ignore ma montre et mon roadbook. Ne pas se mettre de pression.


Toute la crête jusqu’à l’Aiguille Croche est un vrai bonheur. C’est quand même autre chose que de faire ce single très amusant en n’ayant mal nulle part, donc en courant très souvent (sauf quand ça monte : ne pas oublier le mantra du Bubulle « ne pas se battre contre le terrain, c’est toujours lui qui gagne »). Les « terribles » passages vertigineux de mon souvenir sont….. eh bien nulle part. Il n’y a que quelques endroits avec un peu de vide à droite, mais le tout n’est absolument pas flippant. Donc, dès que c’est plat, que ça descend, voire même quand ça monte un peu…. je cours tranquillement. Et pas de bâtons sur les parties descendantes.


Bref, en confiance je suis. Ce passage de la crête, face au massif du Mont-Blanc est fabuleux. Même un peu caché dans quelques nuages qui, justement, révèlent par moment tel ou tel sommet, que je m’amuse à égrener dans ma tête : Aiguille de Bionnassay, Col et Dômes de Miage, Aiguille de Tré la Tête. Et de l’autre côté, des Aravis et des Fiz un peu vertigineux. Et même au loin, les Bauges chères à Arclu, dont on voit les sommets du Nord du massif. Et même la Vanoise qu’on devine dans le lointain, au-delà du Beaufortain qui se révèle lors de l’ascension finale à l’ex-putain d’Aiguille Croche.




Je suis totalement absorbé par tout cela que je ne me rends pas compte que je dois courir pas loin de la grande Lisa Borzani, vainqueur du Tor des Géants il y a 3 ans et qui vient renouer avec l’ultra ici après deux saisons plus difficiles. Petite pensée a posteriori pour ma copine Caroline (oui, celle-là…) qui arrête les courses de haut niveau et qui avait gagné une Montagn’hard il y a 6 ans…. et aussi pour une autre copine qui se débat un peu avec des soucis qui l’empêchent de courir….pour le moment.

Bref, même si ce n’est pas à cela que je pense à ce moment-là, un tel moment de bonheur que cette première partie de Montagn’hard, après la déconvenue de l’an dernier, c’est déjà une course réussie. Et, pour la postérité (et mes calculs futurs) : 2h43 pour 2h30 prévues. Jamais très facile de calculer une vitesse sur un terrain qui n’est roulant…que sur le papier.


Mais ce n’est pas le tout, il faut penser à alimenter la bête. Cela tombe bien, la fine équipe du Monument nous accueille pas loin de son quartier général habituel, au pied du télésiège des Tierces. C’est même Ponpon qui au lieu de couper des oranges et des bananes, sonne la cloche pour mettre l’ambiance. Il sait bien y faire, le bougre et il incite tout le monde à aller souhaiter l’anniversaire de l’inamovible Daniel pendant qu’il remplit flasque sur flasque.


C’est qu’ils ne rigolent pas, les amis aux Tierces. Alors que, l’an dernier, ils avaient vu passer 47 coureurs en une douzaine d’heures (après avoir attendu le premier trèèèèès longtemps), là c’est un défilé continu des 3 courses, qu’ils vont avoir, en 4 ou 5 heures.

C’est à peine si j’arrive à faire coucou à Alice, qui fera moins de photos que d’habitude….

Au bout de quelques minutes (j’en avais prévu 7), je repars, en 2h45 de course (pour 2h49 prévues), pile en même temps que Yves qui m’a retrouvé au ravito. Nous sommes donc bien dans nos roadbooks respectifs et nous savons déjà que nos fidèles Elisabeth et Blandine seront là, en bas, au Pontet.

Sauf que, bon, c’est loin, le Pontet. 1000 mètres plus bas et à environ 10km de distance. Un parcours « globalement descendant » bien sûr. C’est une des rares sections de la course où je ne sois jamais passé, du moins sur le début. On commence par descendre environ 200 mètres de dénivelé sur un chemin de 4x4 avant d’attaquer, entre 1900 et 2000 mètres, une section à flanc de montagne, sur un chemin facile qui monte et descend alternativement, au fil des petites combes que l’on passe. Yves est à quelques dizaines de mètres devant, je fais le yoyo avec un petit groupe de coureurs dont deux féminines où l’une est Isabelle Lambert, vainqueur de l’UT4M 2018, que j’ai mise, comme Lisa Borzani, dans mon pronostic Kikourou pour le podium. Mais que font-elles bien là ? Je sais quand même que je suis à peu près au milieu du peloton…. ça sent quand même son pronostic pourri, cette affaire.

Quand ça monte, je reviens sur ceux de devant…. et quand ça descend ils reprennent de la distance : ce sera une constante de la course.

On finit enfin par retrouver le « chemin habituel » : celui par lequel on descend du Joly sur le parcours « classique » (mon petit doigt me dit que ce parcours sera désormais plutôt « l’ancien parcours » et qu’on ne risque pas de le refaire de sitôt). Une descente bien régulière en direction du hameau de Colombaz puis des Tappes. Je laisse passer quelques grappes de coureurs car l’objectif est de rester à l’économie, j’ai un genou à préserver et il sera bien temps, plus tard, de faire le pacman. La fin est d’ailleurs toujours aussi raide et elle « tape » bien.

Les traditions sont respectées : à la petite route de Colombaz, le Monsieur que j’y ai toujours vu est là avec sa petite table et ses quelques bouteilles de Coca. Je me dois bien sûr d’y faire honneur et, de toute façon, on ne boit jamais assez. L’occasion d’échanger quelques mots et le remercier pour sa fidélité. Occasion aussi de papoter jusqu’au fond du ravin sous les Tappes avec un Belge qui s’étonne (en bien) de la belle ambiance qu’on a sur les courses françaises. Ponpon y est pour beaucoup en fait, il l’a marqué avec sa cloche !

Le bout de remontée avant et après les Tappes va être l’occasion de corriger un peu mon classement (oui, on s’en fout…mais quand même !). J’envoie un peu le pâté avec mes pas de 4 mètres et je reprends une bonne dizaine de coureurs, non mais….

Cela avant de basculer sur l’ultime descente, sur ND de la Gorge. Pour une fois, ça change, on ne fait pas ça dans une lumière glauque de fin de journée mais c’est toujours bien raide. Raide, s’ailleurs, au point que j’ai le genou qui couine. Mais…. le genou droit ! Bon, ce n’est pas grand-chose, juste une douleur diffuse, mais j’y suis forcément sensible…. le temps de me raisonner et de me dire que si je repars à l’écoute du moindre bobo, je n’ai aucune chance de terminer. Donc, on gomme le genou, on ralentit un poil (en fait je suis deux coureurs dont le rythme me convient bien)  et j’arrive comme ça à la route de la vallée. Plus que 1km et je revois ma Super Suiveuse au ravito du Pontet.

Je vais même courir, tiens, ça ira plus vite (et puis, bon, ça « descend »).

Et bien sûr, ça ne loupe pas, Elisabeth est bien là, avec son tee-shirt « Team Bubulle / Suiveuse officielle » de rigueur. Evidemment, ça fait hyper plaisir de se retrouver : on s’est donné rendez-vous pour se retrouver ici…. Mais c’était il y a 6 jours !

Toujours pour la postérité des chiffres (et les futures participations !) : 4h15 pour 4h26 prévues. Donc une descente plus rapide que je ne pensais, sans pour autant vraiment avoir l’impression d’avoir foncé (1400m/h sur la partie avant Colombaz).

J’ai prévu large au Pontet : il y a de quoi se poser et prendre le temps. Ce seront donc deux soupes de pâtes, parmi mes aliments de ravito préférés, ainsi que du fromage, du jambon (évidemment) et la fidèle banane (sinon je me fais râler par ma fille). Elisabeth me raconte son trajet de la veille, on retrouve Yves (qui avait quelques minutes d’avance puisque lui ne descend pas comme un randonneur)…. qui attend Blandine. Cela lui donne l’occasion de prendre son temps sur le ravito avant qu’elle n’arrive finalement. Elle et Elisabeth vont ensuite passer la journée ensemble, mais c’est une autre histoire. Je vais rester entre 12 et 15 minutes au Pontet, comme prévu…

…et nous repartons ensemble avec Yves et un autre coureur.

Tout de suite, je râle : on nous fait repartir en direction des Contamines sur un bête faux-plat descendant (parcours UTMB à l’envers) pour aller rechercher une passerelle sur le torrent 600m plus loin alors qu’il y en a une au camping. Ajouter du plat pour le plaisir sur la Montagn’hard, mais quelle mouche « les » a piqués ?

Dès qu’on revient dans l’autre sens (qui monte), je respecte mon mantra : « ne pas se battre contre le terrain ». Et donc j’enclenche la marche nordique pour 2,1km qui seront parcourus en 17 minutes : 7,5km/h, voilà qui est assez efficace. D’ailleurs je vois Yves qui trottine avec l’autre coureur et ils me prennent à tout casser 1 minute, ainsi qu’une jeune coureuse à queue de cheval qui va tout faire en trottinant. Quel bel acharnement à s’épuiser. Bien évidemment, je me joue intérieurement le vieux sage et je me dis que sur la montée à la Buche Croisée, on va voir ce qu’on va voir…. J

On voit. En 500 mètres environ, je vois l’écart se réduire à toute allure et je passe notre trottineuse en quelques lacets (évidemment, j’en rajoute un peu). Et l’écart avec Yves et son compagnon (apparemment l’autre coureur lui a emboîté le pas, bien content d’avoir trouvé un lièvre) se réduire lentement mais sûrement dans la montée en forêt vers la Chenalettaz (section que l’on parcourait dans ce sens sur le parcours « classique »).

Là aussi, c’est bien sympa de faire cette partie en cours de matinée alors que sur mes deux MH100 classiques, c’était le moment où on partait, en général dans une solitude absolue, de ND de la Gorge, en direction de la Fenêtre et de la pampa du Beaufortain, dans une lumière déclinante annonçant une nuit longue et très solitaire.

Là, on profite bien de cette longue et régulière montée. La partie en forêt est bien raide en moyenne. On finit par abandonner l’ancien parcours, qui repique vers Nant-Borrant, pour prendre sur quelque temps le parcours de la TDS à l’envers, en direction du Col du Joly. Ce chemin est finalement laissé de côté pour remonter via un single sympa au milieu des bruyères en direction du haut du télésiège de la Bûche Croisée, sous l’Aiguille de Roselette.

J’ai beaucoup aimé cette section (j’avais peur d’un parcours au milieu des pistes sur des chemins de 4x4) : elle ressemble en fait un peu à la fin de la montée du Tricot depuis la passerelle de Bionnassay. Il y fait d’ailleurs aussi chaud (il est à peu près 10h30/11h du matin).

J’ai récupéré un compagnon en route : Nicolas. C’est lui qui avait emboîté le pas à Yves au début de la montée. On discute pas mal ensemble (fait rarissime chez moi…je me suis déshuîtrifié). Nicolas, qui débute les ultras de montagne, est assez avide d’apprendre de la longue expérience du trailer chenu qu’il a choisi comme lièvre. Le pauvre va y gagner le droit d’avoir la description de l’histoire du moindre caillou rencontré en route…il ne savait pas ce qu’il faisait…et en plus, il m’encourageait à continuer à radoter. Le pauvre. Il a dû se payer la comparaison des parcours de toutes les éditions de la Montagn’hard, j’espère qu’il avait une carte IGN dans la tête.

Cette longue montée de 857D+ sera avalée en 1h18. Cette vitesse de 660m/h est un bon repère et me confirme a posteriori que tout allait bien : je montais à bonne vitesse sans forcer outre mesure. En pratique, hormis le premier du 60km qui nous a dépassés dans cette section-là, un seul coureur nous a passés, il me semble. Mais quel « coureur », puisqu’il s’agit en fait de notre Free Wheelin Nat nationale qui montait avec une aisance confondante. Nat m’avait expliqué qu’elle avait suivi un entraînement programmé ciblé pour cette course…. eh bien, je peux vous dire que ça paie car elle était bluffante.

Cela a d’ailleurs continué ensuite, sur les 150D- qui nous ramenaient au Bolchu : on la voyait gambader sur le « sentier » (qui n’a de sentier que le nom : c’est une vague trace dans les bruyères qui n’existe que dans la tête du traceur de la course), voletant de caillou en caillou, c’était superbe.

Et donc, je vais vous faire une révélation, qui s’est offerte à moi après avoir débouché sous Roselette, sur cette crête à un peu moins de 2100m : eh bien, le Beaufortain ce n’est pas une espèce de géant trou noir avec juste une petite tente orange perdue au milieu et une cloche qui appelle les pauvres coureurs lettons égarés (ceci est une référence à mon récit de 2016 : vous pouvez vous rapporter à cette épique aventure….enfin surtout si vous aimez lire des tissus de délires).

Donc, il y a de la *vie* dans ce qui est en fait un écrin de verdure qui s’étend au loin jusqu’au Col de la Gitte (écrin quand même bien parsemé de cailloux). Le lac de la Girotte, ce n’est pas qu’une espèce d’abîme sans fond où glougloute une eau invisible, caché dans un brouillard à ne pas mettre son Letton dehors. C’est un lac avec de l’eau bleue au milieu de la verdure (et des cailloux). Par contre, une confirmation de mes souvenirs des éditions précédentes : il est foutrement loin surtout quand on sait qu’on devait passer aux Rochers des Enclaves, qu’on devine à environ 300 kilomètres à l’horizon. Faudra quand même un jour revenir voir ce chantier de jour (oui, François, ça fait 12 fois que je dis que je viendrai à l’UTB !).

Bon, bref, Bolchu. Ah c’est sûr que ce n’est pas le mouroir habituel où quelque pauvres cadavres livides essaient de se motiver à mettre le nez dehors dans la nuit au lieu d’aller poser leur auguste postérieur dans le 4x4 qui trône à côté de la tente. C’est dingue, c’est un ravito normal.

En fait, ce sera un ravito « menthe à l’eau ». Parce qu’en fait, y’a de le menthe à l’eau. Et quand tu atterris en état de déssechement avancé sur un ravito où il y a de la menthe à l’eau, bin tu bois comme un trou.

Trois trous, en fait. On est trois trailers autour de ce pichet et on se le vide consciencieusement. Le truc bien, c’est qu’il se remplit tout seul…et hop, on le revide. Trois fois qu’on va leur faire le coup, aux bénévoles, on dirait patfinisher devant un fût de bière.

Le tout évidemment agrémenté d’une tomme de sa mère et de jambon qui déchire sa race, wesh. On y passerait l’après-midi au Bolchu, mais bon, y’a du boulot.

Et des taons.

Parce que les alpages champêtres avec les vaches de carte postale qui broutent gentiment le futur Beaufort d’Eté, bin ça a un défaut….que tu vois pas sur les cartes postales « Savoie » avec le petit ramoneur dans le coin. Y’a des mega-tonnes de putain de saloperies d’enfants de putes à la graisse de couille de kangourou de taons de merde (spéciale dédicace Jacques, pour l’imprécation). Les bénévoles du ravito ont dû finir la journée en bibendums…à moins que le taon savoyard ne préférasse le cuir moins tanné des monchus trailers. On notera pour la petite histoire (et de manière totalement inutile dans un récit de trail) que la page Wikipedia idoine nous apprend que contrairement à un lieu commun répandu, les taons mordent, ils ne piquent pas. Ils arrachent ou découpent la chair de leur victime au moyen de mandibules. La plaie ainsi ouverte laisse perler le sang que le taon pourra alors sucer à loisir. Il lui arrive même parfois de détacher un morceau entier de chair pour le digérer lentement.

Bref, sales bêtes vicieuses, on se tire de là, pendant qu’il nous digèrent la barbaque.

Après ces quelques digressions sur l’état de la population de diptères des alpages savoyards, revenons à nos mathématiques roadbookatoires : le Bolchu fut atteint en 6h21 et nous avons mis 9 minutes à descendre les 3 pichets de menthe à l’eau. Le roadbook, d’une précision redoutable annonçait une arrivée en 6h17 et un arrêt de 10 minutes….par contre, il n’anticipait pas la menthe à l’eau. Mais l’un dans l’autre, 3 minutes de retard, on est quand même dans de la précision de haute tenue, je ne suis pas petit-fils de cheminot pour rien.

Sur ce, le train bubulle s’ébranle, en ré-embarquant  mon wagon-Nicolas (il doit aimer ça, les histoires de cailloux). Direction la Fenêtre.

Et d’abord, bien sûr, le « verrou sous la fenêtre » ou, plus précisément, la « putain de côte de merde pleine de caillasses pourries que pourquoi on remonte en tournant le dos au Joly où on entend la sono du ravito » (c’est le nom que cette petite côte porte sur la TDS). Autre nom de cette côte, depuis 2014 : « Bubulle porte la Sainte Parole aux vaches ». Un oratoire a, depuis, été érigé par les pieux savoyards en souvenir du rocher sur lequel, posé sur Nostre Auguste Cul, Nous demandâmes avec entrain des nouvelles de sa santé à un bovidé marron qui, il faut bien le dire, n’en avait strictement rien à foutre.

Le pauvre Nicolas a droit à toute l’histoire, je reste encore surpris qu’il ne se soit pas enfui en courant. C’est presque décevant, d’ailleurs, de découvrir que cette terrifiante côte qui m’a achevé et laissé hors d’haleine à 3h du matin est un ridicule petit ressaut qu’on avale presque en rigolant. Une autre approche de la Théorie de la Relativité, en quelque sorte.


Et le Col de la Fenêtre, là-haut, en paraîtrait presque proche. On s’y retrouve presque sans s’en rendre compte. Et là aussi, encore une fois, c’est le bordel. Normalement, le Col de la Fenêtre, c’est trois cailloux glauques sous un vague clair de lune, avec d’un côté, à 4 ou 5 kilomètres, la frontale du mec qui te suit, et de l’autre, à environ 12 kilomètres, la tente orange du Bolchu et le bruit de la cloche (les cloches, oui, oui, ça s’entend à 12 kilomètres). Et là, non, c’est un joli petit colounet tout mignon, avec des humains au sommet qui te parlent (donc de vrais humains, pas des rochers à forme humaine) et un petit Mont Blanc des Familles qui se dévoile tout gentiment en mode malatresque.


Bref, c’est un bien bel endroit où il devrait être interdit de passer de nuit (en fait, c’est facile si on s’appelle Sangé Sherpa ou Luca Papi… ou Sangé Papi : tiens, d’ailleurs, juste pour le fun et parce que ça n’a aucun rapport avec ma course, essayez une fois, si vous déprimez sur une course, d’imaginer ce que donnerait un Sangé Sherpa avec la tignasse d’un Luca….normalement avec cette vision dans la tête, tu repars pour ne nuit entière).

Bon, bref, je m’égare quelque peu. Je vous rassure, Nicolas ne s’en rend pas compte. Par contre, on a 2 minutes de retard de plus, ça ne va pas.

Autre scoop que je vous livre : et d’une la Fenêtre, du moins le début, a un petit côté belledonnesque sur le plan cailloux. Sauf qu’en Haute-Savoie (on est revenus dans le 7-4), ce ne sont pas des bourrins isérois : et d’une, les cailloux, ils les cassent un peu….et de deux, ils les rangent pour faire ce que, décemment on peut appeler un sentier. Qu’est-ce qu’ils ne feraient pas pour faire plaisir aux monchus qui s’entraînent sur des tas d’ordures de 60m de haut pour croire qu’ils sont bons en montée !

La prudence reste toutefois de mise et je descends en mode « marché-couru », histoire de ménager les genoux. Ce qui me vaut évidemment un ènième dépassement par Yves, qui ne peut pas résister à se payer la fiole des « randonneurs ». T’a-ar ta gueule à Tré-la-Tête, toi !

Encore un scoop : descendre ça va quand même rudement plus vite que monter. Du coup (dédicace à mon québécois de fiston !), du coup, donc, en moins de deux on est sur le chemin de la Balme et on fait 20 mètres d’UTMB à l’envers (même à ça, Nicolas il y a droit…il l’a voulu, il l’a eu !).

700 mètres de D-, 42 minutes…tout pile 1000 m/h, c’est joli, non ?

On se fait une petite pause au bel abreuvoir de La Giettaz avec une démo de « ma tête dans l’abreuvoir » en mode « 80km du MB revival » même si c’est encore plus rigolo dans les abreuvoirs suisses qu’on dirait qu’ils les passent à la cire tous les matins.

Nous voilà au pied de Tré-la-Tête. J’annonce « une petite heure » à Nicolas en pensant que, quand même ça serait cool de faire ça en 3/4h…et que si, en prime, on remettait une mine à ce pénible de Yves, je n’en serais point marri, non mais.

On va y faire un joli pacman sur cette montée. On sent que ça commence à marquer dans les chaumières. « None shall pass ». Même pas les types du 60, nomého. Au final, ça va se résumer en 470 mètres en 44 minutes. Bon, ce n’est quand même pas le record olympique de la montée, ces 650m/h mais à ce stade de course, ça le fait. Le seul souci, c’est que c’était à peu près prévu par le roadbook et donc, de 12 minutes de retard en bas, on en a toujours 9 en haut (8h30 pour 8h21 prévues).

Mais comme on a dans l’affaire poutré Yves, tout va bien !


Et j’arrive même à respecter le timing de durée d’arrêt, à TLT. Pas facile quand tu y retrouves les potos et que tu te dois de déguster ta mouss^W bière.



Par contre, c’est là qu’on apprend la nouvelle : arrêté préfectoral, avis d’orages, « vous allez probablement être déroutés sur le 60 ». Ah bin crotte, alors.

En fait, pour être franc, tout le monde le prend bien. « C’est la vie » sera le mantra de la descente qui suit. Je ne m’empêche pas, pour autant, de m’y économiser. C’est que ça commence à tirer un peu. Donc, si jamais, finalement l’arrêt était annulé…. il faudrait en avoir gardé sous le pied.

Nous repartons donc tranquillement, toujours avec Nicolas. On marche plus qu’on ne court, sur la première traversée, avant de repartir en courant sur la première descente….et continuer sur la deuxième traversée. Très courte, d’ailleurs, cette traversée, nous voilà déjà arrivés à la combe d’Armancette où on commence à descendre avec une première traversée de ruisseau. Je replie les bâtons et j’annonce une longue descente en zigzag à Nicolas. Cette section qui paraît si longue dans l’autre sens a été ultra-courte, ça change !

Normal.

Andouille, crétin, il a l’air malin l’As de la carte IGN. On n’est pas du tout dans la Vraie Combe d’Armancette ! Ca remonte…..en traversée. Et c’est loooooong. Je me disais aussi….

D’ailleurs, la preuve que ça monte, on rattrape à nouveau Yves. En fait, avec Yves, c’est facile : quand il te dépasse, c’est que ça descend, quand tu le rattrapes, c’est que ça monte. Donc, le tee-shirt jaune se rapproche. Pas vite, cela dit. C’est que nous ne respirons pas la forme éclatante, tous les deux. Je marque un peu le pas, y’a comme une lassitude. Et, en plus, l’incertitude sur ce qu’il va se passer ensuite est toujours là.

Bref, je le trouve interminable, cette traversée. Autant que dans l’autre sens, ce qui, somme toute, est assez logique. Il fait aussi assez lourd et nous attendons avec impatience la combe afin d’y retrouver le ruisseau et pouvoir y faire quelques trempages de casquette.

Nous y prenons un rythme prudent, je veux ménager le genou car même si on finit sur le 60km, il reste encore de la descente à faire. Nous lambinons donc un peu, même après avoir passé le pont qui marque la fin de la combe : on marche un peu dans la descente sur le chemin de 4x4, qui est assez raide par endroits, avant d’arriver à La Frasse. J’appréhende franchement la remontée vers le Truc qui, dans ce sens, n’est pas rien (400 mètres de dénivelé, tout de même).

Mais, voilà…..en arrivant près de La Frasse, on voit déjà quelques spectateurs près d’un chalet, avec un coureur, qui nous lancent « ah, désolés pour vous ». Il ne me faut pas longtemps pour comprendre que la course va s’arrêter là et qu’on ne nous laissera même pas continuer en direction des Chalets de Miage. Ce que confirme l’attroupement au bas de la descente, là où nous devrions repiquer pour la difficile remontée de la route 4x4.

C’est confirmé par les bénévoles : on s’arrête là, donc, au bout de 47km. Bien sûr, nous sommes déçus mais, comme tous les coureurs ici, cela est pris avec calme. Nous n’avons pas de chance et puis c’est tout.

On retrouve Yves qui est déjà en train de coordonner le retour des troupes avec Elisabeth et Blandine. De leur côté, elles auront passé 3h à Miage pour voir…..40 coureurs et, à un moment o elles ne voyaient plus passer personne, aller prendre des nouvelles au ravito, pour apprendre l’arrêt de la course.

Sentiment étrange après cela, en redescendant. D’un côté, je sentais que je levais assez clairement le pied et que la montée vers le Truc et celle du Tricot (si on était resté sur le parcours prévu), n’auraient pas été des parties de plaisir. Bref, je « calais » un peu mais n’est-ce pas tout simplement attendu au bout de 10h de course ? Ce qui est certain, c’est que si on m’avait dit au bout de 15-20 minutes d’arrêt, qu’on pouvait repartir….eh bien, ça n’aurait pas été facile du tout !

Cela prouve bien la difficulté de cette course et le changement de sens n’y change pas grand-chose. Terminer ces 106km aurait été une sacré partie de manivelle et aurait certainement réclamé du mental. Mais….ça devait passer et il reste quand même une grosse déception de ne pas avoir pu, à nouveau terminer cette Montagn’hard.

Et donc, là où je me disais que je devrais un peu varier mes débuts de mois de juillet, il ne me reste guère d’option que de revenir l’an prochain….encore. Ce sera peut-être sur le 60km : non pas que le 100km m’effraie (le nouveau parcours est vraiment un beau choix)….mais, surtout cela me permettrait de « doubler » avec l’Ultra-Tour du Beaufortain qu’il faut bien que j’arrive à faire ! Dans la famille « challenge », à 2 semaines d’écart, ce n’est pas mal, non ?

Voilà, donc, je dois à nouveau terminer un récit sur un goût d’inachevé en un certain sens….mais, vu d’un autre côté, la course s’est parfaitement déroulée pour moi et je pense que j’avais même moyen de faire un beau résultat car j’étais resté bien sage sur le début.

Quant à l’organisation, il n’y a qu’un mot à dire, comme toujours : un grand coup de chapeau pour la gestion des événements. C’est difficile à vivre pour une équipe, de voir le travail d’u an anéanti en quelques heures…. mais il fallait continuer à assurer et ils ont assuré, Olivier en tête.

Finalement, ce qui m’a le plus manqué, sur cette Montagn’hard, c’est l’ambiance si particulière du dimanche, pendant les dernières arrivées….et la belle convivialité sur la ligne d’arrivée. C’est assez certainement le plus décevant mais, en un certain sens, c’est plutôt bon signe, non ?

Et donc, probablement rendez-vous en 2020 pour la 12ème édition….et peut-être bien en 2021 pour la 13ème…. J

Merci à tous !

 

7 commentaires

Commentaire de Tonton Traileur posté le 14-07-2019 à 20:58:48

t'es sûr pour le Mt-Blanc, Bubulle ? j'ai (encore) un doute ?... hi hi hi ;-)

Commentaire de shef posté le 14-07-2019 à 21:13:53

Merci pour ton CR.
A part le 1er du 60 je pense que tout le monde était déjà un peu entamé :) Si la course n'avait pas été arrêtée, on se serait motivés pour finir dans tous les cas, mais à partir du moment où on te dit stop, le mental se met en vacances :)

Commentaire de Mazouth posté le 14-07-2019 à 22:13:18

J'ai encore appris plein de choses en lisant ce récit raccourci (ben oui il était à peine détaillé ^^). Et comme tout le monde veut y retourner l'an prochain sur cette coursette, il va falloir que je clique vite car tu m'a donné vachement envie. En attendant j'ai un UTB à faire, moi ;p

Commentaire de Arclusaz posté le 15-07-2019 à 18:17:43

Un taon ça mord ???? juste pour ça, ce récit vaut le coup. Pour le reste aussi, mais faut pas que je sois trop gentil, ça te perturberait !
Peut être à l'année prochaine là bas ....

Commentaire de Mazouth posté le 15-07-2019 à 18:30:30

Je demande un taon mord !

Commentaire de TomTrailRunner posté le 15-07-2019 à 23:01:32

Cela prouve bien la difficulté de cette course et le changement de sens n’y change pas grand-chose....
Pourquoi tu pensais qu'il y avait plis de D- dans ce sens là ?
Sinon,le gars Nicolas doit avoir une licence en géographie des parcours comparés non ??

Commentaire de Benman posté le 17-07-2019 à 08:16:45

Toujours aussi plaisant ce récit. Et puis au moins, je découvre un parcours que j'ai fait sans guide...mais moi j'ai pris mon taon.

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