Récit de la course : La Course du Sanglier 2014, par Le Lutin d'Ecouves

L'auteur : Le Lutin d'Ecouves

La course : La Course du Sanglier

Date : 8/5/2014

Lieu : Cerny (Essonne)

Affichage : 932 vues

Distance : 21.1km

Objectif : Pas d'objectif

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DEUX SANGLIERS POUR LE PRIX D'UN

Cette année, nous sommes allés en couple à la Course du Sanglier pour galoper durant 21km100 dans les champs et bois de l'Essonne, oui en couple : le pessimiste et l'optimiste. N'ayant pas pu les départager, je laisse la parole aux deux.
 
 
Essonne, morne plaine. Mais quelle idée ridicule de me traîner là ! L'Autre, il voulait absolument revenir chez JLW et sa bande de copains sympas du CE d'Altis. C'est vrai qu'il nous a accueillis royalement, nous nourrissant comme si on  était au resto. Je vais faire quoi, moi, s'il débarque un jour chez moi ? Je vais avoir l'air de quoi avec mes nouilles et ma vaisselle ébréchée ?
 
Magie de la course à pied, je traverse la France ou juste le Bassin Parisien et je suis accueilli comme le Messie par des gens qui vont se mettre en quatre pour me faire plaisir. Le JLW, je l'ai rencontré pour la première fois en 2007 à Versailles et il est déjà venu en Ecouves. Depuis, nous correspondons épisodiquement et c'est la deuxième fois que j'assiste à la course qu'il organise avec ses chouettes copains du CE d'Altis.
 

Tiens, le Hay-David avec ses pompes à doigts de pieds, je ne le connaissais pas encore. Je le prends en photo avec JLW pour ma collection de Kikous. L'Autre nous a obligés à porter le T-shirt Kikouroù, résultat, je me suis fait interpeller par des types comme Machin 91 ou Bidule 77 que je ne connais ni des lèvres, ni des dents et auxquels je dois répondre avec un sourire comme si c'était des copains de longue date, c'est gênant.
 
Trop bien le David avec ses pompes ! Je le prends avec le JLW en photo. Ces courses sont toujours l'occasion de rencontrer de nouveaux kikous. La magie du site opère à nouveau, on se rencontre pour la première fois et c'est comme si on se connaissait depuis des lustres. La Communauté, y'a que ça de vrai ; j'ai bien fait de mettre le T-shirt Kikouroù, tous ces types qui te disent bonjour, ça fait chaud au cœur.
 

Ah la vache, toutes ces belles filles dans le peloton d'avant course. Je me mets derrière une des mieux fichues pour en admirer la plastique mais c'est nul comme attitude car les gens lisant mon blog vont réaliser que je suis un vieux cochon de presque 60 berges et de toute façon, à quoi ça me sert de baver sur des filles comme ça ? Regardez-la, elle fait une tête de plus que moi, elle a trente ans de moins et d'ailleurs, elle ne me voit même pas. Aux yeux de ces merveilleuses créatures, je n'existe pas. Je suis ri-di-cu-le.
 
Je sais, je ne suis plus très jeune mais j'apprécie toujours de courir avec d'aussi belles sportives qui ont la générosité de dévoiler une partie de leur anatomie pour le plaisir des vieux yeux. Tiens, ça va me donner de l'énergie pour les deux heures qui viennent ! 
 
 
On se croirait en Belgique ! Moi qui suis nul sur le plat ! Les premiers sont partis à 18 à l’heure, j'hallucine ! Il y a dix ans, je partais parfois devant les premières féminines, je me retrouve maintenant dans le dernier tiers de la course avec une bande de Parisiens poussifs comme moi et je vais devoir zigzaguer pour gagner quelques places ridicules. Enfin, si j'y arrive.
 
Je démarre doucement  car le trail d'Erquy couru cinq jours plus tôt m'a laissé quelques traces musculaires. Le train est tranquille bien qu'aux environs de onze à l'heure. Je laisse les jeunes s'amuser devant, moi je suis en compagnie de belles Parisiennes qui trottinent allègrement. Quand je serai chaud, je doublerai un peu mais juste pour le plaisir du sport.
 
 
Ah, enfin la forêt, y'en a marre de courir sur ces chemins sablonneux. Si ça se trouve, je vais me tordre une patte dans les sentiers boueux. De toute façon, c'est pas aussi beau qu'Ecouves leur forêt à Parisiens.
 
Toujours ce grand plaisir de courir dans la nature qu'elle soit domestiquée ou non. On s'apprête à entrer dans des bois histoire de faire un peu de dénivelé. Le site n'est pas aussi vaste qu'Ecouves mais sa modestie et sa difficulté modérée me conviennent.
 
 
Ces Parisiens, ils ont la passion du bouchon ! Dès la première difficulté, ils marchent et m'obligent à les suivre. Je ronge mon frein ! Avec ses 350 m de dénivelé sur un semi-marathon, on devrait pouvoir courir en permanence. Ben non, le Parisien, il ne sait pas monter. Ni descendre d'ailleurs car dès que ça dévale un peu, ils font leurs chochottes et je dois prendre des risques pour les doubler.

A part un bon mur jalonné de gros blocs de grès de Fontainebleau, les côtes sont modestes et l'on pourrait toutes les courir. Cependant, durant la première moitié de la course, je marche tranquillement derrière les concurrents peu habitués à la grimpette. Cela va me permettre de m'économiser et de mieux profiter des descentes lors desquelles je m'envole pour le plaisir de l'acrobatie.
 
 
Toujours pareil : des bois et des lisières. Si je poutre en descente et si je m'exprime enfin en montée après quelques bornes, je me fais trop souvent rattraper sur le plat. C'est normal, c'est leur pays à eux. J'ai gagné quelques places mais je vois bien que je ne vais pas faire le chrono d'il y a deux ans. Trop nul, il ne fallait pas courir un trail de 33 bornes cinq jours plus tôt !
 
Ah, je m'amuse bien dans ces petites côtes et ces descentes caillouteuses. 58 balais et toujours la forme le Lutin malgré un trail couru en Bretagne récemment. Je sais bien que je suis à peine à la moitié du classement mais j'ai gagné pas mal de places et, à mon âge, courir dans la nature et y prendre du plaisir, c'est faire la nique au destin, à la mort et à toutes les mauvaises choses de la vie. Je cours, donc je suis ; et c'est déjà beaucoup.
 
 
Quel supplice, à quatre bornes de l'arrivée, alors qu'on entend le haut-parleur, ils nous font faire une boucle supplémentaire avec une côte au dessert. Tiens, ça me rend fumasse et je cours tout du long, doublant au moins cinq types. Une jeune femme me suit dans cette remontée et descend ensuite avec moi. La pétasse profite du plat pour me distancer. Je suis vraiment une merde, plus possible de suivre une féminine.
 
Sympa, à quatre kilomètres de l'arrivée, une courte montée caillouteuse me permet de m'exprimer. Je double cinq coureurs accompagné d'une splendide jeune femme qui me sourit en arrivant à ma hauteur. Nous descendons ensuite à un bon 14 à l'heure puis je la laisse prendre de l'avance car j'ai besoin de récupérer un peu.
 
Photo JLW
 
 J'arrive bientôt sur le stade quand, soudain, un V3 accélère pour me doubler. C'est pas parce que je suis dans sa catégorie dans 18 mois que je vais me laisser faire ! Je lui colle aux bonbons, le type se retourne et remet une patate. Je le recolle et il me redécolle. Le barbu, il me fout les abeilles ! Je lui dis enfin : "On règle ça au sprint" et je te me lui lance un missile de derrière les fagots en poussant mon cri de guerre "Vieux Power !!!". Le gars ne peut pas résister et dans la foulée, je double un autre type sur la ligne d'arrivée. Seize à l'heure me dira mon GPS. C'est malin, je vais me casser pour des prunes, des V3, le classement m'indiquera qu'il y en a huit devant moi. Quant au premier V2, il finit 3ème et met 1h25 à 14,69 de moyenne. Avec mes 1h58'54", j'ai l'air d'un gland. 
 
Quand j'arrive près du stade, un gars barbu visiblement V3 vient me proposer de faire un beau finish. Tu parles que j'accepte, on n'est pas jeune mais on se marre bien. J'ai toujours fait du sport par goût du jeu. Le gars ne résiste pas à mon sprint final mais prend cela sportivement. Nous nous serrons la main en souriant. Je mets 4 min de plus qu'il y a deux ans sur le même parcours mais je suis très content de ma perf vu que j'avais couru un 33 km dans la semaine et que j'ai très bien fini, passant du dernier quart à la moitié du peloton.
 
*******
 
Voilà, ils se sont exprimés, ils vont peut-être me laisser tranquille un moment... Après la course et une super douche chaude, j'ai été invité par l'organisation à prendre l'apéro et partager leur repas. 230 km plus tard, j'apercevais les collines d'Ecouves au loin. J'étais de retour.
 
 
 
 
Précision : chez moi, un Parisien, c'est quelqu’un qui habite au sud d'Amiens et au Nord de Chartres.
 
 

15 commentaires

Commentaire de caro.s91 posté le 10-05-2014 à 18:07:10

J'adore ta double vision! Est ce un effet de l'âge?
J'adore ton récit.

Bises,
Caro

Commentaire de BOUK honte-du-sport posté le 10-05-2014 à 18:36:25

Moi aussi j'adore ton récit, enfin tes récits plutôt, et encore plus : tes photos collectors !!!

:-)
:-)
:-)

Le bouk-qui-n'est-pas-v2-mais-qui-aime-autant-que-le-lutin-les-cours-d'anatomie

Commentaire de Mustang posté le 10-05-2014 à 19:12:03

Hum très sympa ce coté Janus - je n'ai pas dit anus !
Bravo pour ta constance!

Commentaire de philtraverses posté le 10-05-2014 à 19:30:56

Bel exercice de style. Tu es le queneau du trail. impossible de départager le pessimiste et l’optimiste qui cohabitent en chacun de nous..

Commentaire de jepipote posté le 11-05-2014 à 06:59:51

j'ai quand même l'impression que c'est ton coté démon qui passe la ligne d'arrivée..... essayes pas de nous tromper, tu ne seras jamais un ange avec tes chaussettes rose aux pieds!!!

Commentaire de Arclusaz posté le 11-05-2014 à 08:11:07

C'est bien cette série le Lutin d'écouvre la France (ou plutôt redécouvre).

Allez t'en fait pas, t'as de beaux restes...

Commentaire de JLW posté le 11-05-2014 à 17:13:26

Je comprends mieux maintenant pourquoi tu as mangé comme deux à table ...
Et à deux on doit courir plus vite non ?
Je crois que je vais encadrer ton récit qui pour le 20eme anniversaire (2 fois 10 !) vaut son pesant de cacahuetes.

Commentaire de Françoise 84 posté le 11-05-2014 à 19:29:37

Excellent, merci à vous deux, donc! Bisous!

Commentaire de Vivien (100bornard1022) posté le 11-05-2014 à 22:35:43

Très beau récit ... mais le verre était-il à moitié vide ou à moitié plein ?

Commentaire de Benman posté le 12-05-2014 à 00:03:03

O: putain ce que c'est beau, on dirait du Vivaldi.
P: tasse en plein sprint un V3, et on te dit rien...
Ce récit est dopé à l'EPO: Energie Optimiste et Pessimiste.

Commentaire de Jean-Phi posté le 12-05-2014 à 13:40:50

Moi je croyais Brel qui disait que les vieux ne parlent plus ou alors seulement du bout des yeux. Visiblement les yeux du vieux en ont pris plein les mirettes (cf la photo) et le vieux pessimiste et optimiste avaient pas mal à raconter encore. Bel exercice, j'adore !!

Commentaire de Yvan11 posté le 14-05-2014 à 10:14:58

Toujours un plaisir de lire tes récits. Merci.

Commentaire de Mickey49 posté le 16-05-2014 à 14:49:39

Une (nouvelle) belle leçon pour tous ceux qui ralent de ne pas (ou plus) être aux places d'honneur...
Comme quoi on peut être presque V3, avoir toujours une très belle vue sur la course (et ses "merveilleuses" sportives profilées) et finir en se tirant la bourre avec un compère de course !

Commentaire de Deudeu87 posté le 16-05-2014 à 17:51:06

C'est toujours aussi plaisant de lire tes récits...
Ne serait-ce pas plutôt du Maupassant?

Commentaire de 2ni_57 posté le 24-05-2014 à 19:43:43

C'est marrant, j'ai parfois l'impression de me retrouver, dans tes récits, notamment celui-ci : moitié "vidé", juste après la course, et à moitié "plein", au moment de repartir chez soi... et après la bière de réconfort !
Et je ne parle pas de ta façon de "voir" (ou regarder...) les jeunes gazelles... tout comme celle de "traiter" les vieux briscards qui en veulent !
A bientôt, pour d'autres "aventures", toutes aussi palpitantes...
On se régale !
2ni

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