Récit de la course : Eco Trail de Paris Ile de France 2009, par Farfadet78

L'auteur : Farfadet78

La course : Eco Trail de Paris Ile de France

Date : 14/3/2009

Lieu : St Quentin En Yvelines (Yvelines)

Affichage : 1491 vues

Distance : 80km

Objectif : Pas d'objectif

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J’ai rêvé ou quoi ?

 Mais qu'est ce que je fais là ? Avant de partir, Chloé a lancé à sa soeur : ‘Quelle drôle d’idée de vouloir faire mal à son corps comme çà !’ et Daphné de surenchérir : ‘ Papa, il devient maso …’. A quelques minutes du départ, je suis à deux doigts de croire que ‘la vérité sort de la bouche des enfants’; je me demande en fait si ce n’est pas de la folie. M'attaquer à une course comme celle là, moi qui n'ai à mon actif qu'un marathon, en plus couru il y a quatre ans. Allez, foutaises tout çà ! J’ai un mental d’acier trempé; et les jambes vont suivre, elles vont suivre sans problème, c’est sûr ! Je me suis préparé, et bien préparé ! Ben quoi, on se rassure comme on peut... De toute façon, il est trop tard, je suis au pied du mur. 

Et c'est un gros chantier; on est près de 1200 à vouloir en découdre; en découdre avec les kilomètres, avec le chronomètre, avec soi-même et accessoirement avec les autres. Dans le lot, j’en connais quelques uns - mes compagnons d’entraînement bien sûr (surtout Laurent - dit Lolo - avec qui j’ai passé quelques belles grasses matinées) – et j’en reconnais certains autres – notamment une délégation ornaise venue découvrir les sentiers de l’Ile de France.  
A midi, les fauves sont enfin lâchés et quittent la base de loisirs de St Quentin pour 80 km et 1500m D+ (dénivelé positif dans le jargon). La météo est bonne : temps couvert, pas de pluie annoncée, pas trop chaud. Un début de course pas trop difficile sur un terrain connu et plat. Un début de course pas trop mal géré ; arrivée au 1er ravitaillement de Buc - le semi en 2h10 – toujours accompagné de mon fidèle Lolo ; Quelques sucreries, remplissage maxi de la poche d’eau et hop il est temps de repartir.  
Les choses sérieuses commencent … l’étape est longue, 30 km avant le prochain arrêt … l’étape est vallonnée – pour parler vrai, un véritable tape-cul avec ses montées face à la pente, ses relances au sommet, ses descentes où t’as plus qu’intérêt à regarder où tu poses chacun de tes pieds. Un parcours de trail quoi, et un régime qui à force de se répéter commence à devenir franchement fatigant … après avoir dépassé le marathon et les 5 h de course, je commence à souffrir comme beaucoup de mes compagnons d'infortune ; tiens, j’ai perdu mon Lolo. Enfin, on nous a pas forcés non plus, on a même payé pour être là … alors poupoune à ceu'sses qui se plaindraient. N'empêche, les jambes sont dures et les bras sont lourds. C'est le moment où on commence à gamberger : 'il m'en reste encore autant ... si ça continue comme ça, ça va être dur … taratata... Reprends toi, positive et serre les dents garçon !'. Enfin, le ravitaillement du 50 juste sous les 6h… Ouf ! Soupe, fromage, saucisson, , rien que du bon - un peu de coca, rien que du sucré - çà vous requinque un homme, tout çà - une petite discute avec Arnaud (un autre compagnon d’entraînement ) qui ne court pas - pour cause de blessure – mais qui nous a encouragés tout au long du parcours et passe d’étape en étape avec des moyens moins écologiques que nous qui sommes de vrais défenseurs de la nature - j'apprends au détour des conversations que le vainqueur de l'épreuve vient de franchir la ligne d'arrivée; bravo, il a pas chômé - un p'tit coup de téléphone à ma douce pour la rassurer - puis passage par la tente médicale ; 2 coureurs hagards et grelottants essayent de se réchauffer ; j'espère bien, être plus frais que ces deux là; vu leur tête, pas bien sûr qu'ils puissent repartir; j'explique mon cas et j’ai l'avantage d'être rapidement pris en main... par 2 jolies podologues. Début du traitement; un massage ... des bras. Je le concède, ce n’est pas commun pour une course à pied. Me voilà donc avec une masseuse pendue à chaque bras - pas commun non plus pour des podologues de s'attaquer aux membres... supérieurs (Attention garçon ! ne te laisse pas distraire, recentre toi sur ta course; la ligne est encore loin). En tout cas quelques minutes de détente dans cette course de brutes, c'est excellent, pour le physique comme pour le moral. En plus, pour repartir je retrouve mon Lolo. Rien que du bonheur ... 
Passage par la domaniale de Fausses Reposes avec un petit détour par les étangs de Ville d'Avray. On se serait bien arrêté faire une petite pause, tellement c'était joli - des vrais poètes ces deux là ... - mais pas de perte de gain temps ! Y'a un kikourou (coureur appartenant à la communauté éponyme des sports d'endurance) qu’est devant et qu'on voudrait bien taper - j'ai nommé Fred (compagnon d’entraînement aussi). 
Apres s’être équipé, on s’enfonce dans la nuit ; avec nos frontales, nous voilà lucioles. Le terrain est toujours difficile, mais le compteur du reste-à-courir diminue; on commence à revenir sur des bases plus humaines, des échelles plus lisibles. Encore une montée et nous débouchons aux haras de Jardy - on passe par les herbages, les barrières sont ouvertes, mais pas un seul cheval en vue (dommage). Petite pause au 63; un peu de tomme, des petits tucs salés, un verre de coca et hop c'est reparti.  
Direction cette fois ci le parc de St Cloud, resté ouvert pour l’occasion. Lolo annonce la couleur : 'je saute le ravito du 70 !'; la bête qui sommeille en lui, se réveille ; pour ma part, j'aviserai mon Lolo... pas envie de tomber en panne sèche sur les quais de Seine. Et le voilà parti mon compagnon du jour; il commence à tirer l'animal ; il est puissant, je m’accroche mais finis par le laisser filer – je tue le suspense, mais je le ne reverrai qu’après l'arrivée - Je m’arrête au 70, dernier point culminant du parcours; dans les chaumières, c’est le début du film sur le service public; je grignote, un dernier p’tit coca pour la route … puis du haut de ce belvédère, un p’tit pipi ... vue panoramique sur la capitale avec en point de mire la grande demoiselle, l’objectif de cette course de fous. Elle est pas belle la vie ? 
Désormais, je sais que c'est bon ; y'a plus qu'à se laisser glisser jusqu'au fleuve et dérouler. 
Sur les quais, je remonte tranquillement sur des raiders esseulés ; un petit mot d'encouragement quand je double. Au fil des kilomètres, le peloton du début de course s’est sacrement effiloché ; désormais nous courons seuls ou par paquets de 2 ou 3, éloignés d'une centaine de mètres les uns des autres. Une cohorte en pleine débandade. Tout le monde a le même objectif maintenant : rejoindre la tour au plus vite ; mais la foulée est plus rasante, moins longue, le souffle plus court, preuve que la fatigue continue inexorablement son travail de sape. L’île St Germain, le front de Seine. On s’approche, le bruit de la ville commence à résonner et à s’amplifier. Je sens que je vais bientôt quitter cette ambiance irréelle dans laquelle je me trouve plutôt bien, en définitive; il va falloir se préparer pour l’arrivée, moment tant attendu et maintenant un peu redouté. Chaque foulée me rapproche. Et d’un coup, je sors de l'ombre et suis projeté en pleine lumière et plein bruit. Je traverse le boulevard protégé des voitures par la sécurité de course, et c’est sous les applaudissements que se terminent les derniers mètres … instants magiques qui valaient bien ce petit déplacement - un passage express sur la scène du chapiteau où se restaurent tous ceux qui sont déjà arrivés, lavés, massés - puis direction le pilier sud-ouest avec ENFIN… l’ascension des marches (même pas mal) pour aller couper la ligne au 1er étage de la dame de fer toute offerte à ses champions ...  
Mais tout cela n’aurait-il été qu’un mauvais rêve ? Le lendemain j'ai eu beau regarder … impossible de trouver mon nom dans le classement final. La dame de fer n'avait donc pas voulu me reconnaître. La bougresse ! Alors les supporters qui m'avaient vu à ses pieds avaient rêvé eux aussi ? Ils allaient surtout me prendre pour un gros fainéant, voire un dégonflé; arriver si près du but pour se dérober... Mais j’ai peut être une explication : depuis, j’ai vu une photo de l’arrivée et je pense que la technique a ses limites : les lecteurs de puce électronique c’est bien, mais ils ne sont pas encore fin prêts pour reconnaître les ectoplasmes...
 
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Je vous rassure, depuis tout est rentré dans l’ordre; j’ai repris figure humaine et je suis classé.

Ce n’était donc pas un mauvais rêve … C’était tout simplement un véritable cauchemar …

Mais fichtre, qu’est ce que c’était bon !

  Résultat final : 413eme en 9h47’

1 commentaire

Commentaire de Bikoon posté le 26-03-2009 à 17:15:00

Merci pour ton récit, et bravo pour ta course.
On sent que tu as pris du plaisir toi aussi à parcourir ces charmants chemins ;o)

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