Récit de la course : Eco-Trail de Paris® Ile de France - 50 km 2014, par dg2

L'auteur : dg2

La course : Eco-Trail de Paris® Ile de France - 50 km

Date : 29/3/2014

Lieu : Versailles (Yvelines)

Affichage : 1260 vues

Distance : 50km

Matos : RAS

Objectif : Pas d'objectif

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Pourquoi pas moi ?

L'Éco Trail, je l'ai rencontré l'an dernier quand je me suis mis à la course à pied. Pour ma deuxième ou troisième sortie (un peu moins de 6 kilomètres en... 41 minutes ; on ne rit pas), j'avais croisé ceux du 30. Une petite discussion avec un bénévole et j'apprenais qui étaient ces gens étrangement harnachés pour le béotien que j'étais.

 

30 kilomètres ? Impensable à l'époque. Puis à la fin de l'été, c'était chose faite, quoique sur route. L'étape suivante serait donc le 50 km auquel je m'inscrivais hâtivement à l'automne. Un peu trop hâtivement, d'ailleurs, car le temps et les entraînements aidant, l'idée de tenter le 80 comme baptême du trail prenait peu à peu forme. Mais était-ce raisonnable pour un baptême ? Je ne le saurai jamais. La veille au soir, je me disais qu'à défaut du 80 cette année, je pourrais quasiment le faire en semi-off en allant à pied de chez moi à Versailles, puis en revenant à pied... mais bon, cela attendra.

 

Ma dernière — et quasi unique — référence en longue distance était le marathon de Cernay la Ville (4h19, 345 m D+), ce qui d'après les savantes extrapolations de softrun me prédisait un meilleur temps optimiste vers 6h20 pour les 50 km de l'Éco Trail. Mais l'entraînement de l'hiver était sévère pour moi (un peu plus de 500 km ; oui, je sais c'est nul au jeu des 365 h), et les espoirs de faire mieux réels. Confiance objective, mais quelques nuages à l'horizon, avec en dix jours de février, un tarse bossu (à gauche), puis un syndrôme de l'essui-glace (à droite), puis une entorse bien douloureuse en tentant de changer de posture à cause du syndrôme sus nommé. Deux semaines d'arrêt complet plus tard à cause de l'entorse, les sensations sont plutôt bonnes, et la cheville ne fait plus mal sur route (mais, curieusement, fait mal quand je marche). Par contre lors d'un appui extérieur un peu violent, la douleur vive revient. Il y a quelque chose qui ne va pas là. Depuis plus d'un mois, je cours donc avec la hantise de la grosse, grosse entorse qui mettra fin à mes rêves d'Éco Trail, mais il faut enchaîner les kilomètres, alors je prends le risque.

 

La dernière semaine se passe bien, avec une unique sortie l'avant-veille, sans doute trop tard, mais décalée du fait d'une grosse rhinopharyngite contractée le week-end d'avant. Il est franchement désagréable de courir dans ces conditions, mais au vu du rythme trail un peu plus lent que mes sorties (qui ressemblent quand même pas mal à du trail !), je me dis que cela ira peut-être, sans tant est que je ne sois pas pris de quintes de toux incontrôlables dont j'ai le secret.

 

C'est donc avec un optimisme prudent que je me lève le matin. Je poursuis mon orgie de pâtes de la veille, et comme je suis en avance, je sors humer l'air du matin pour acheter deux tartes au chocolat au marché. Si j'arrive au bout du truc, je les aurai bien méritées. L'emplette faite, la première question du matin est bien sûr de savoir à quel moment je vais croiser le premier trailer. La réponse ne tarde pas : en fermant la porte de mon appartement pour partir pour de bon, je tombe sur mon voisin de palier qui part lui pour le 80. Un ami à lui est là aussi, inscrit sur le 50. "On se verra là-bas", se dit-on, sans trop y croire. Et à raison : on ne se reverra pas.

 

Contrairement à mes deux marathons, il n'y a pas d'imprévu qui me fait arriver à la bourre : pas d'attentat terroriste sur le bus 171, pas d'invasion extraterrestre devant le château de Versailles, et pas de cyclone soudain qui dévaste le parc du château. C'est donc avec une petite heure d'avance que j'arrive sur la ligne de départ, déjà bien peuplée. Il faut dire que le temps est idéal, et beaucoup sont venus en famille. Dans Éco Trail, il y a "Éco", pour écologie. C'est donc un trail nature, et pas question de polluer. Les petits pipis contre les arbres du château sont proscrits... ce qui n'empêche pas les resquilleurs. Il faut dire que quand on voit les abords du grand canal constellés de déjections de cygnes, on se dit qu'il faudrait aussi éduquer les cygnes, mais bon, ça n'a pas d'importance. La foule est joyeuse, et même si je ne me sens pas aussi intrus que lors de mon baptême du marathon, je suis dans mes petits souliers (façon de parler). Les discussions savante sur le site afin de savoir lesquelles des chaussures de route ou de trail seront les plus appropriées me fait penser aux commentaires sur les choix de pneus lors des courses de Formule 1. Tout cela me passe complètement au-dessus de la tête. De paires de chaussures, je n'en ai qu'une et je n'en connais ni la marque et encore moins le nom.

L'aire de départ. Pour les petits pipis, interdit de faire contre les arbres. Les toilettes sèches (tout au fond à droite) sont obligatoires.

A l'Ecotrail, on n'a pas intérêt à se tromper de poubelle

La question qui se pose à moi est celle de l'allure à adopter. Je me sens nettement meilleur que début janvier, et l'objectif des 6h me semble possible, même si je n'ai jamais fait autant de distance ou de dénivelé. Mais plus concrètement ? Quelle allure adopter sur le plat, en montée, en descente ? Pas la moindre idée, n'ayant jamais fait de vrai trail. Je me dis qu'un jour de grande forme les 5h30 seraient un objectif (très) optimiste mais jouable, mais je suis malade, et je ne sais pas trop comment je vais gérer ce temps largement plus chaud que celui avec lequel j'ai fait mes entraînements. Et puis, si tout va bien, il y a un rêve grandiose, mais sans doute hors de portée. Je discute un peu le bout de gras avec une personne croisée dans le bus, mais il ne m'est guère d'un grand secours. Avec plusieurs marathons à son actif, il n'a pour ainsi dire jamais fait de trails, et j'ai surtout l'impression qu'il est un peu optimiste en n'ayant pris qu'un bidon d'un litre. Ma poche à eau en fait deux, et je sais que ce sera suffisant. Enfin, ça, c'est avant le départ... Bref, je cale ma montre en mode allure moyenne. L'objectif est de rester en-dessous des 6'40" au kilomètre en moyenne. On verra bien.

 

Dans un trail écolo, on ne tond pas la pelouse sur l'aire de départ. Tant pis pour les chevilles fragiles.

Le départ est donné à l'heure, sur une grande allée herbeuse non tondue : un trail écolo se fait sur de l'herbe non tondu, c'est évident. Tout le monde se rue donc immédiatement sur la contre allée en terre. Comme le début correspond à un tour du Grand Canal effectué dans le sens des aiguilles d'une montre, je choisis la contre allée de droite, c'est toujours ça de pris. Je suis étonné du bruit que j'entends. Ce n'est pas le claquement des semelles sur le bitume, mais le flocfloc que font les 3 tonnes d'eau réparties dans les 1500 poches des concurrents. C'est assez dépaysant pour un débutant.

 

Je suis surpris de la vitesse à laquelle s'élancent les gens. Même à une allure de 5'30" au kilomètre atteinte après les bouchons du départ, je suis impressionné du nombre de personnes devant moi. Combien y en a-t-il ? 500 ? 800 ? 1000 ? Je n'arrive pas à évaluer, mais cela me paraît énorme. Ça n'est pas parti pour rigoler. L'avance qu'ont les premiers que l'on voit sur l'autre rive de la partie ouest du Grand Canal est hallucinante. Je n'ose pas me retourner pour voir si par hasard il y en a autant derrière, à la fois par peur de savoir que non, et aussi parce que j'ai terriblement peur de me retordre définitivement la cheville, une hantise qui va me poursuivre (et empirer) pendant la course... Je passerai au premier pointage à l'issue du tour du Grand Canal en 1000e position, ce que j'ignore à ce moment là, mais correspond effectivement à mon impression visuelle.

 

Nous sortons du parc du château, direction la pièce d'eau des Suisses que nous contournons pas le sud. Il n'y a pas vraiment eu de dénivelé jusque là, mais je remarque que les plus prudents se mettent à marcher dès les premières pentes, pourtant fort peu marquées jusque là. Après un bref passage sur une route, nous la traversons, de façon manifestement pas assez respectueuse de la circulation, ce qui fait pousser une impressionnante gueulante au bénévole en charge de la circulation (genre "Je communique à l'orga les numéros de dossards de ceux qui traversent sans autorisation !"), puis nous abordons le premier sentier étroit, et le premier bouchon arrive... dans une descente. En fait, ladite descente précède la première montée étroite et c'est là-bas que cela bouchonne. "Ça m'énerve, ça me fait perdre le rythme, ces bouchons dit une féminine à côté de moi. Je rigole doucement : au, hum, "rythme" où nous allons depuis le départ (un poil mieux que 6'/km), on ne va pas appeler ça un rythme, hein. Mais j'ai tort de réagir ainsi : l'épisode me déconcentre, et alors que nous marchons très lentement parla force des choses, je me tors la cheville gauche. Ce n'est certes pas droite (qui m'aurait amené à considérer la possibilité d'un abandon précoce), mais ça fait bien, bien mal.

 

Je décide donc à ce moment là que la marche lors des trails est une activité intrinsèquement dangereuse. Désormais, plat ou pas plat, je ne marcherai pas. On verra bien ce que cela donnera. Et on va vite voir, car cela se met à monter pas mal. Je trottine sur les côtés pour doubler un maximum de personnes, dont je suis surpris qu'elles marchent aussi lentement. Certes, il est fatiguant de se forcer à courir dans ce genre de montée, mais de là à aller aussi lentement... La première grosse montée est effectuée sans problème, à l'issue de quoi on redescend (forcément, hein) sur Buc puis dans le bois des Gonards. C'est la seule portion du parcours où je ne suis jamais allé, mais en gros, c'est comme tout le reste : à gauche, des arbres, à droite, des arbres, dessous, de la terre plus ou moins dure, et dessus, un ciel ensoleillé, chose atypique au vu du temps de la région depuis trois mois. Nous arrivons finalement à la gare du Petit Jouy les Loges. Je me demande combien de coureurs sont déjà tentés de faire un bout du trajet en train, et nous attaquons une deuxième grosse montée. Dans la portion la plus raide, on nous signale la présence de photographes officiels. De mon côté, je m'agace du sentier un peu trop étroit qui m'empêche de doubler. Juste avant les photographes, j'avise une petite place sur la droite, que j'emprunte vite. Je regarde un peu plus loin devant moi pour voir quand la montée devient moins raide afin de me remettre à courir. Grave erreur, que le terrain assez accidenté ne me pardonnera pas : mon pied gauche se retord à nouveau, pile au moment où, me semble-t-il, un des photographes déclenche alors que je tente maladroitement de ne pas tomber. Pas sûr que la photo soit à mon avantage, mais l'état de ma cheville reste ma préoccupation la plus importante. Jusqu'ici, je n'avais de l'appréhension qu'au moment de poser mon pied droit. Désormais, c'est à chaque pose de pied que je vais être inquiet, et ce avec encore 35 km à parcourir. La journée s'annonce longue...

 

C'est en haut de cette montée que nous rencontrons une première zone boueuse. Enfin, une zone d'un ou deux mètres, curieusement située pas très loin d'une route. "C'est les organisateurs qui sont venus cette nuit avec une citerne pour faire genre il y a de la boue sur le parcours", dit une coureuse, à laquelle plusieurs acquiessent en rigolant. C'est vrai que le terrain est très sec, ce qui n'arrange pas mes appuis peu sûrs. Nous nous éloignons de Jouy par le nord, jusqu'à arriver à la passerelle piétonne au-dessus de l'A86. Je m'étonne à nouveau de voir tant de gens marcher pour atteindre la passerelle, alors que cette montée-là n'est vraiment pas monstrueuse, loin s'en faut, mais finalement, cela me va car je n'arrête pas de doubler. Je m'étonne d'ailleurs de voir que je ne suis pas spécialement meilleur en vitesse pure que les gens que je double. Je ralentis simplement moins qu'eux dans les montées,  et c'est cela qui me fait gagner des places. Sur le plat, je ne double pas vraiment plus que je ne me fais doubler, et les gens que je double, c'est surtout parce que je suis un peu plus attentif qu'eux au terrain (à cause de mes chevilles), ce qui me fait prendre les zones les plus confortables, où je perds moins de temps. Et d'ailleurs, cela paie quand même un peu. Mon allure moyenne qui était montée à 6'13"/km après le bouchon du début est descendue peu à peu : 6'12", 6'10", 6'08". Merveilleux ! Le rêve est en route.

 

Peu après la passerelle de l'A86 se situe la seconde (et dernière) portion boueuse du parcours : facile dix mètres de terrain bien gras, qui cause une certaine perplexité chez les gens qui sont devant moi : on s'arrête, on essaie de contourner... et on arrive surtout à perdre du temps. Par solidarité ponctuelle et rétroactive avec ceux qui ont fait le trail des marcassins, je file droit dans le truc et en profite pour doubler 15 à 20 personnes, toujours sans être plus rapide que ces gens là.

 

Dans la forêt de Meudon, nous alternons comme le terrain l'oblige, une série de montées et de descentes. Je connais suffisamment bien le terrain pour savoir que certains sentier sont particulièrement piégeux, et je redouble d'attention. Pas assez. Alors que je regarde un coureur à terre dont je crains par identification qu'il ne se soit fait une entorse (en fait non : pose de Compeed), j'arrête quelques secondes de regarder le sol, et mon pied gauche se tord pour la troisième fois, cette fois dans une descente en devers. Le temps s'arrête quelques instants, mais non, par chance, la douleur n'est pas trop violente. Je l'ai échappé belle. Ne pas se déconcentrer, ne pas se déconcentrer surtout, ne pas marcher non plus. J'aborde d'un pas rageur une longue ligne droite au bout de laquelle on voit ce qui me semble être, entre les arbres, la tour hertzienne de Meudon. Il n'en est rien, on ne peut pas arriver dès maintenant à la tour hertzienne vu que l'on n'a pas encore  traversé la route du T6. Je m'agace de ce manque de lucidité, et me dis que je devrais peut-être souffler un peu. Au moment où j'envisage de m'arrêter de courir dans cette montée pas très raide mais assez longue, j'avise au loin un gars (qui ne m'a rien fait) avec un tee-shirt 6000D. Tiens, je vais essayer de le rattraper, celui-là, ce qui est chose faite peu avant la fin de la montée. Sur le plat qui suit, Monsieur 6000D me rattrappe et me dépasse, mais je le rejoins dans la descente qui suit (vers l'étang du Trou aux Gants, très joli). Je le repasse ensuite dans la nouvelle montée vers la zone d'activité de Meudon. Je me dis que ce monsieur a bien mal choisi son tee-shirt : quand on est meilleur sur le plat que dans les montées et les descentes, on court avec un tee-shirt de finisher de marathon, c'est plus logique, hein. Enfin, je rigolerai sans doute moins dans quatre mois...

 

Une fois près de la ZA de Meudon, je sais que le parcours redescend avec l'étang de l'Ursine, puis remonte vers la tour hertzienne, puis redescend vers le ravitaillement, puis remonte vers le pont de la ligne de chemin de fer de Montparnasse. Je connais la plupart des sentiers du coin, et j'espère que l'on ne prendra pas les plus casse-gueule. Pour le coup, les organisateurs ont plutôt été sympa, si on excepte une piste de VTT bien défoncée portant le balisage de la Sans Raison, mais globalement plate (heureusement).

 

Dans la dernière descente avant le ravitaillement, je vois une pancarte Kikourou, sans arriver à voir qui l'a signée, et j'évite de trrop tourner la tête pour le savoir car cela pourrait me coûter cher. Encore une route à traverser, et nous arrivons au premier ravitaillement, celui de Chaville, censément situé au 28e kilomètre, mais ma montre indique 26 et quelques. Il y a du monde, ce qui signifie... beaucoup de monde à doubler. Je ne m'attarde pas : mon allure est peu à peu montée à 6'20"/km, ce qui est déjà trop. Je m'empigoinfre de chocolat puis prend une bonne rasade de mon eau, et je repars. Ce faisant, je comment une erreur en ne remplissant pas ma poche à eau ni même en me déaltérant avec l'eau du ravitaillement. Tellement sûr de ma consommation d'eau habituelle par temps frais (800 ml pour 22 km, très stable), je suis certain d'arriver avec un peu de réserve à Saint Cloud. Grave erreur. Car non seulement le temps est chaud, mais mon nez bouché fait que je ne respire que par la bouche, ce qui l'assèche beaucoup, et me fait boire et reboire pour faire passer la sensation désagréable. D'ailleurs, j'aurais dû réaliser que je buvais trop : une sensation de ventre un peu trop plein m'accompagne depuis de 10e kilomètre, et ne me lâchera... que quand je serai à sec d'eau. Une autre raison de mes problèmes de consommation d'eau réside dans mon alimentation sucrée exclusivement à base de chocolat au lait : par temps frais, c'est très bon, mais par temps chaud, cela fait boire inutilement, je pense. Le redémarrage du ravitaillement commence par une descente malcommode. Les organisateurs auraient quand même pu nous trouver un truc plat pour repartir ! Mais il est vrai que a forêt de Meudon n'est pas connue pour sa platitude (à part du côté Vélizy, mais on en est loin). Nous traversons la route du Pavé des gardes, puis remontons à nouveau. Je sais que c'est la dernière montée avant de basculer sur la forêt des Fausses Reposes. C'est quand même commode de courir à domicile !

 

Le pont de la ligne de chemin de fer est franchi, avec comme bonus, une descente sur bitume. Pour la première fois, j'arrive à me lâcher un peu sur une descente, et double quelques personnes. Il faut dire que depuis quelques kilomètres avant le ravitaillement, les allures des uns et des autres sont de plus en plus disparates. La longueur du parcours (plus que la chaleur, à mon avis) commence peu à peu à faire des dégats. Nous traversons à nouveau une route (la N10, dans Chaville) où pour la énième fois j'arrive à suffisamment sprinter pour que le bénévole n'ait pas le courage de m'arrêter dans mon élan et continue à arrêter la circulation pour me laisser passer. Je n'ai pas compté, mais j'ai l'impression que rien qu'au niveau des traversées de routes, j'ai gagné des dizaines et des dizaines de places, rien qu'en adaptant l'allure pour passer quand cela était possible. La remontée dans Chaville vers les Fausses Reposes est bien raide, mais cela ne me dérange pas. Je connais suffisamment le coin pour adapter mon allure au maximum de ce que je peux faire pour aller au bout de la difficulté du moment. Une fois dans la forêt, la pente est moins raide, mais presque tout le monde marche lentement. Je me félicite ensuite que nous allions droit vers les étangs de Ville d'Avray. Les organisateurs auraient sans problème pu rallonger le parcours en distance et en dénivelé dans ce coin là. Le contournement des étangs se fait sous un soleil radieux, et, n'ayant pas grand monde devant moi, je prends le temps de profiter du paysage, même si je le connais bien. Nous bifurquons alors vers le nord et traversons (toujours sans perte de temps inutile) la rue de Versailles. J'avise un buff rouge au loin, et je me dépêche de rattrapper ce possible camarade kikoureur, mais non, il n'en est pas. Tant pis pour lui, je le double alors que nous contournons un cimetière. A ce mmoment là, je n'ai plus le parcours en tête et m'inquiète d'une malice des organisateurs qui pourraient nous envoyer vers une montée bien vacharge (genre celle qui mène au carrefour du Prieuré), mais non, on fait je suis un peu perdu et on a déjà traversé le nord de la forêt, ce qui fait que nous arrivons déjà, dix minutes plus vite que je ne pensais, dans les rues de Marnes la Coquette. J'avale la descente sur bitume vers la mairie et me réjouis de l'entrée dans le Parc de Saint Cloud. J'y cours deux à trois fois par semaine, je me sens chez moi.

 

Je fête ça avec une rasade d'eau... qui se transforme en deux ou tris gouttes seulement : la poche à eau est vide. Un coup d'oeil à la montre qui indique le km 35. Si le ravitaillement est comme annoncé au km 40, cela va être long. Mais d'après les dires des uns et des autres, il me semble me souvenir que l'on file en principe relativement droit le long de la partie sud du parc. Impossible d'arriver au bout en 5 kilomètres, il y en aura trois tout au plus. La logique veut donc qu'à l'instar du premier ravitaillement, le second sera aussi un ou deux kilomètres plus tôt que la marque prévue. Nous bifurquons vers le nord est du parc, et je me mets à espérer que l'on ne nous envoie pas faire le tour du Stade Français, mais non. On ne fait que le strict nécessaire pour passer un des rares ponts au-dessus de la D985 (où, là encore, tant de gens marchent alors que la montée n'est pas violente ; tant mieux, c'est toujours ça de gens doublés), puis on vire vers le sud du parc. On prend le chemin en contrebas de l'allée de la Broussaille qui ne passe pas très loin de chez moi. Je me dis que si je me retord la cheville, ce sera pour faire un aller simple chez moi. Espérons que ce ne sera pas le cas. J'essaie donc, entre autres, de me pas me laisser déconcentrer par les flocflocs des poches à eau des gens que je double ou qui me doublent, et qui, eux, ont mieux géré le truc que moi. Un petit coup d'oeil à la montre, qui indique 37 km aux 4 heures. Le rêve est passé. Quel rêve ? Celui d'égaler mon premier marathon lors de l'Ecotrail. C'était idiot d'y croire, mais cela m'aura aidé à avancer jusqu'ici.


 La Tour Eiffel approche. Dans mes souvenirs, elle était droite. Mon APN était sans doute plus fatigué que moi...

Un dernier micro raidillon pour atteindre le départ de l'allée de la Broussaille, bien souvent empruntée en début de sorties ou pour mes fractionnés (même si, je sais, ça n'est pas très plat donc un peu idiot de faire du fractionnée ici), et on se dirige vers le rond de la Balustrade. Où est le ravitaillement ? D'après la trace de l'organisation, il est censé être en contrebas de cet endroit, sur l'allée du Mail. Mais le bon sens et la vue superbe, de jour comme de nuit plaideraient pour le rond de la Balustrade. "Ravitaillement dans 200 m" crie un bénévole. C'est donc au rond de la Balustrade. Un autre, juste après égrenne : "425, 426, 427, 428". N'importe quoi ! Après les bénévoles qui truandent sur la distance à parcourir ("L'arrivée est au bout de la ligne droite !") ou sur le dénivelé ("Encore une petite montée et ce ne fait que descendre !", entendu vers le km 13), voici le bénévole qui pipote sur le classement. Je lui lance un regard noir désapprobateur... que fort heureusement il ne verra pas du fait de mes lunettes de soleil. Car, en réalité, ce monsieur a raison et c'est vers la place de 430e que je pointe au ravitaillement. Là, je ne me fais pas prier pour ravitailler. Je remplis complètement ma poche à eau (ce qui est idiot : 2 litres pour 10 kilomètres à tout casser, c'est un kilo de trop à transporter), et je bois facile 500 ml à mon gobelet. Mon allure moyenne, qui est désormais tombée à 6'30" au kilomètre va fixer la durée de mon arrêt : dès que j'arrive à 6'36", je repars. Je prends le temps de faire une ou deux photos, histoire de voir si la quantité d'eau ingurgitée passe, mais apparemment c'est bon.

 

Le ravitaillement de Saint Cloud.

C'est parti pour la dernière portion. Il existe plusieurs façon de descendre du rond de la Balustrade jusqu'au quais de la Seine. La plus casse-gueule est l'allée de la Balustrade au nord, mais les organisateurs sont gentils, on prend vers le sud, avec début sur bitume en ligne droite et légère descente (un régal), puis virage à gauche sur un sentier assez régulier. La fin de la descente est moins agréable (enfin, pour quelqu'un qui a peur de se tordre la cheville à chaque pas), mais je sais que ça ne dure pas longtemps.

 

Nous arrivons en bas du parc, avec quelques scènes attendrissantes de courageux coureurs embrassant femme et enfants avant d'aller seuls vers l'arrivée, et nous prenons la passerelle piéton du Pont de Sèvres, direction l'arrêt musée de Sèvres du tramway T2... où il est interdit de prendre le tramway (encore que personne ne soit là pour contrôler ; pourtant cela a dû en tenter plus d'un !). Le début des quais est à peu près agréable (ancien chemin de halage), puis c'est le passage le plus dangereux de toute la course, où l'on doit courir sur un trotoir très étroit le long de la D7 alors que les voitures arrivent à toute vitesse en face. Je me sens assez las. Je plains ceux qui avec 30 km de plus dans les pattes auront à passer cela de nuit !

 

Fort heureusement, ce passage dangereux ne dure pas (à mon avis, il serait plus sécurisant de faire traverser les gens et de les faire courir sur l'autre trottoir : de mon expérience, c'est quand même moins risqué), et nous arrivons au parc de l'Île Saint Germain à l'entrée duquel se trouvent les fameux panobert (mais pas le non moins fameux Bert', qui se réserve sans doute pour les vrais, les purs, les durs du 80, qui l'ont bien mérité). Je n'ai plus vraiment d'objectif, sinon de garder l'allure : de 6'36", je suis descendu à 6'35" (cela varie peu puisque c'est la moyenne sur plus de 40 km), et je décide que cela restera là coûte que coûte. À défaut d'atteindre le rêve, autant faire moins de 5h30.

 

Ceci étant, je ne sais pas trop si les indications de ma montre sont fiables. Les deux ravitaillements sont arrivés entre un kilomètres et demi et deux kilomètres trop tôt, tout comme les panneaux censés être au km 46 alors que ma montre dit 44. Quelques mots échangés avec d'autres coureurs me confirment que le parcours fait probablement deux kilomètres de moins qu'annoncé. Peu importe, l'objectif sera dans tous les cas de rester plus vite que les 6'40", soit 9 km/h. Quand je pense qu'il y a un an je ne tenais pas ça sur 40 minutes de plat...

 

L'entrée dans Paris est le passage le moins glamour de la course, avec à ma gauche, les silos à ciment du port d'Issy, et à ma droite la nouvelle usine de retraîtement de déchets. Comme l'Éco Trail est écologique, on nous fait passer du côté de l'usine et non du ciment. Logique, sauf que cela fait traverser deux fois la D7, mais au final, cela m'aide à gagner des places, toujours parce que j'arrive plutôt à bien m'y prendre.

 

En passant sous le pont du Garigliano, je me sens un peu mieux. La lassitude ressentie depuis le début des quais passe peu à peu, et je me remets à doubler plus que je ne suis doublé. Allez plus qu'un pont et c'est l'île aux Cygnes. Un pont ? Mais non, deux. Avant le le Pont de Grenelle, il y a le Pont Mirabeau que j'ai oublié. Et ça vit en région parisienne depuis 27 ans... Du coup, le pont de Grenelle paraît bien loin. Je finis par y arriver, mais un peu las. Une dernière montée pour passer du quai au pont ? Je cours un, deux pas, et puis non, je me mets à marcher, plus assez de force. Une fois sur le pont, c'est plat jusqu'à la descente sur l'île aux Cygnes. On court ? J'ai envie, mais pas assez, je continue de marcher. Allez, un dernier effort. La descente toute douce du pont de Grenelle à l'île m'aide à me remettre en marche, enfin, à me remettre à courir. Je regarde la taille de la Tour Eiffel. Non, décidément, elle est trop proche pour que le parcours fasse 50 km. À moins qu'on ne nous fasse faire un tour du Champ de Mars ? On verra. Un dernier escalier pour atteindre le pont de Bir Hakeim. Ne pas s'arrêter pour traverser. J'y arrive. "Arrivé à 400 m" hurle-t-on sur le quai Branly. Ben non, on ne fera pas le tour du Champ de Mars. Tant mieux.

 

À l'arrivée, j'ai donc un temps réel de 5h17 et quelques, pour 48.1 km. La règle de trois m'indique qu'à quelques secondes près, je rate l'objectif de 5h30 sur 50. On dira que je visais 5h31, en fait. Je rentre chez moi, non sans attendre de voir passer quelques uns des premiers du 80 au Pont de Sèvres. Le contraste avec les concurrents du 50 est saisissant. Je suis alors témoin d'une anecdote étonnante : alors que je discute avec une bénévole, un coureur du 50 s'approche d'elle en marchant et lui dit "Je reprends ma course". Je demande à la bénévole de quoi il s'agit. Elle me répond que ce monsieur est médecin et que du fait qu'il avait comme demandé son portable sur lui, il a été appelé en pleine course pour une urgence. Il a donc continué sa course jusqu'à la première personne de l'organisation rencontrée (elle-même), pour la prévenir qu'il arrêtait momentanément sa course pour raisons professionnelles, et une fois l'urgence terminée, il est donc revenu reprendre sa course à l'endroit où il l'avait arrêtée. Il m'est impossible de savoir si ce qu'a dit ce monsieur était vrai. Mais si ça l'est, chapeau bas.

 

Une fois à la maison (miam les tartes au chocolat), je découvre éberlué que je suis aux environs de le 400e place. Ainsi donc le bénévole du ravitaillement de Saint Cloud disait vrai ! Incroyable. Et j'ai même gagné 30 places sur la fin. Je garde l'impression, en fin de course, de gens largement plus à la dérive que lors de mon baptême du marathon en octobre dernier, et donc l'impression d'être dans une catégorie chronométrique comparablement tout aussi débutante et inexpérimentée. Pourtant, le résultat d'aujourd'hui me met quasiment dans le premier quart de la course (1528 finishers). Peut-être le niveau du 50 est-il finalement plutôt moyen, les vrais bons s'inscrivant sur le 80 ? Cela me laisse perplexe. Tout comme softrun, qui estime que mon temps d'aujourd'hui vaudrait dans les 3h30 sur un marathon plat. En même temps, il estime aussi que j'ai une VMA potentielle de 16,5 km/h, ce qui est clairement faux : je n'ai jamais réussi à descendre en-dessous des 4 minutes au kilomètre. Bref, je ne sais pas bien interpréter ce que j'ai fait. J'ai été globalement plutôt à l'aise dans les montées (peut-être doublé quatre ou cinq fois en tout et pour tout, et le gros des 600 personnes doublées l'a été dans les montées), j'ai limité la casse dans les descentes, et ai été globalement pas terrible sur le plat. Sans doute l'extrapolation à une course plate ne veut-elle rien dire. Après être passé de coureur du dimanche à marathonien du dimanche, me voilà donc traileur du samedi. Je ne sais pas trop à quel point c'est glorieux, mais pour la première fois, je suis un peu content de moi. C'est toujours ça de pris.

 

7 commentaires

Commentaire de bubulle posté le 31-03-2014 à 07:52:18

Eh bien, voilà un premier trail réussi...:-). Bon, à te lire, il y a encore à apprendre, certes... D'abord que la marche en montée, ce n'est pas Mal. En fait, cela permet de ne pas faire inutilement monter le rythme cardiaque trop haut et, avec un peu d'habitude, on avance très vite en marchant en côte. Bref, faut essayer...:-)

Bon, je retrouve aussi mon obsession du chrono de mes débuts en trail, aussi. Là aussi, je te rassure, ça passe vite et assez rapidement, on garde les minutes au kilo pour....les marathons et les semis... Là aussi, assez rapidement, tu devrais en venir aux courses "à la sensation", ce qui est toujours la bonne façon de faire.

Par contre, tu as eu clairement une très bonne gestion de la structure de course, avec un départ prudent.

J'aime aussi bien la précision du CR avec la mémoire des divers endroits. J'ai adoré la remarque sur le fait qu'on aurait pu en faire plus en forêt de Fausses-Reposes. C'est vrai et c'est mon souvenir du 50km de 2011 où on en faisait le tour intégral....pou run 50km qui en faisait 55...:-). Là, elle est quand même un peu zappée ce qui est intrinsèquement dommage même si on ne s'en plaint guère quand on termine lee 80...:-)

La gestion de l'eau, tu t'es bien débrouillé : le 50 est piégeux avec un premier ravito qui est loin, très loin. Le type que tu as croisé avec son bidon de 1 litre a du galérer sérieusement. Et la prochaine fois, tu rempliras ta poche à eau au ravito, je n'en doute pas..;-)

A bientôt sur un autre trail, tu as tout pour faire de belles perfs (pour mémoire, mon 50km -en fait, 55- de 2011 s'était terminé en 6h30, il avait été suivi d'un 3h50 sur marathon au MDP deux semaines plus tard).

Commentaire de dg2 posté le 02-04-2014 à 16:10:26

Pour être franc, il m'est arrivé de marcher dans les montées les plus raides (remontée après la RN 10, par exemple), mais jamais au rythme du troupeau situé devant. C'est idiot, mais la différence de rythme m'aide à me concentrer sur comment je pose le pied.

Mais sans doute m'assagirai-je avec le temps (je ne suis qu'un jeune V1). Quand on débute, on a toujours quelque chose à (se) prouver. Après, l'état d'esprit est différent. Et puis, franchement, je connaissais à peu près tous les sentiers empruntés, à part la portion pièce d'eau des Suisses - D446. Si j'avais été dans de plus grands espaces moins urbains et peu boisés, j'aurais sans doute pris le temps de regarder un peu plus loin que les semelles de ceux situés devant moi.

Pour le record du marathon, je ferai sans doute une tentative avant l'été (Sénart ?). Moins de 4 heures, je veux bien, mais certainement pas 3h30 !

Commentaire de ashitaka posté le 31-03-2014 à 08:30:40

J'ai aussi fait le 50km et j'ai bien aimé retrouvé ta description du parcours, j'ai encore les images dans la tête. Concernant les montées, j'ai choisi par exemple de marcher dans la plupart des côtes et d'assurer un rythme constant autour de 11km/h sur le plat. Comme dit Bubulle cela me permet de gérer le cardio en montée et d'en faire quasiment des phases de "récupération", facilité par les faibles pourcentages des pentes du parcours. Au final je termine pas trop entamé en 4h57.

Commentaire de caro.s91 posté le 31-03-2014 à 13:35:05

Mais c'est presque un récit à la Bubulle. Plein de précisions sur le parcours, un régal à lire.
Quant à ta perf, bravo. Pour une première (ou presque) sur du long, c'est une vraie réussite. Tu as même su analyser ce que tu devras améliorer pour la suite.
Encore bravo.
Caro

Commentaire de nicou2000 posté le 02-04-2014 à 14:32:17

Bravo à toi pour cette belle gestion de course! C'est toujours compliqué d'extrapoler un chrono trail vers un chrono route, tant l'effort est différent... ceci étant je ne pense pas que le niveau du 50km ait été tellement différent du 80... Tu as fait un vrai beau chrono!

Commentaire de Bert' posté le 10-04-2014 à 22:48:32

Et ben, voila des débuts prometteurs !!...
Bravo, bien gèré et pas de raison de te sous-estimer :-))

PS : étant à l'œuvre au même moment (30km marche nordique)... je ne peux être près des panneaux qu'un peu pour le 80...
Ton défi 2014 ?...

Commentaire de dg2 posté le 11-04-2014 à 14:19:04

J'ai repris la queue du peloton de la marche nordique sur les quais, donc je me doutais bien que vous ne seriez pas là, et ce n'était pas un reproche de ma part ! J'étais personnellement suffisamment bien au parc de l'île Saint Germain pour ne pas avoir besoin d'encouragements, mais j'imagine que ceux du 80 auront apprécié (et mérité) l'attention.

Pour ce qui est des, hum, défis de l'année (un bien grand mot), il y aura la 6000D cet été. Nous verrons bien si mon impression d'être plus à l'aise dans les montées que sur le plat y survit...

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