L'auteur : Bert'
La course : Eco Trail de Paris Ile de France - 80 km
Date : 20/3/2010
Lieu : St Quentin En Yvelines (Yvelines)
Affichage : 659 vues
Distance : 80km
Matos : Après 10h18 en 2008, l'objectif était 9h et moins si affinité...
Objectif : Faire un temps
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Après la formidable expérience 2008 de la première édition, j’ai hâte de remettre ça cette année… tout en visant de faire beaucoup mieux cette fois. Autant la première était sous le signe de la découverte, un nouveau défi avec l’envie de profiter de chaque instant, autant cette année, je suis beaucoup mieux préparé et vise la performance…
Déjà la dernière semaine. C’est l’occasion de faire finir la préparation par un trail nocturne, les « montagnes russes de Clamart », avec d’autres Kikoureurs (Insigna, MiniFranck, Forest Alex, VincentJ et Caro.s91). L’ambiance et très sympa et l’équipe de « haut vol ». J’adore ! C’est l’idéal pour une dernière sortie (malgré une cheville légèrement tordue dans la 1ère descente !).
Globalement, le repos physique me permet de me débarrasser de mes derniers bobos et surtout me concentrer sur tous les détails matériels pour le Jour J. L’emploi du temps surchargé m’empêche de me reposer comme espéré et j’ai des tous petits yeux le Vendredi…
Samedi 20 Mars : c’est le jour J. J’ai bien dormi et, outre le bazar apparent de dernière minute, le seul souci est de décider entre corsaire et cuissard. Avec le net changement climatique et sa forte instabilité annoncée, le dilemme reste entier jusqu’au dernier quart d’heure avant le départ… Finalement, je me rechange et opte pour le premier. Quelques photos, derniers détails et ça y est je suis enfin prêt : 12h26, il était temps !! 12h28 : petit appel téléphonique et encouragements de M. Hervé (G), futur Marathonien...
12h32 : c’est parti pour de bon ! ça file un bon train + je remarque un coureur que je surnomme aussitôt « Tortue Ninja ». Cela me vient aussitôt à l’esprit car il est trapu, avec une tenue longue intégrale qui parait bien chaude et un sac à dos énorme et bizarre, tel une carapace de tortue. Tout sauf le « look » du trailer. Je suis persuadé que c’est un coureur qui part trop vite et ne va pas aller loin… (à tort…)
Tour de l’étang, photo, tout va bien. Je « fonce » à 11,6km/h sans aucun effort ?!! et passe le 10e km en 52mn. Les quelques petits dénivelés sont avalés tranquille et je me sens très bien. Je mange (pain et fromage) et bois régulièrement. 10km de plus (54mn) et déjà le 20e km : ça va vraiment vite ! Trop facile pour être « honnête », surtout après tant d’erreurs par le passé. Je repense à New-York 2008 et m’interroge sur le moment où il faudra le payer ?...
Semi en 1h50 soit 20mn plus vite que prévu : folie ? J’ai pourtant vraiment l’impression d’y aller tout doux. En tout cas, c’est trop rapide pour mes supporters qui doivent renoncer à venir m’encourager. Ravitaillement avalé en moins d’une minute (un verre + plein d’eau) et c’est reparti.
Surprise dans une côte vers le 23e : Jean-Luc, alias « Tonton Trailer », me reconnaît et réciproquement et fait une bonne photo qui résume ma forme de l’instant. Cette rencontre me fait très plaisir. Sur les hauteurs de Buc, un coureur rote au moment où je le double et nous échangeons quelques blagues.
Dans la longue rue étroite et raide qui descend vers la grande route reliant Versailles, je donne des news sur Facebook à mes « supporters ». En bas, le bénévole me fais signe de ne pas rater le virage et, d’excellente humeur, j’imite le bruit du dérapage contrôlé…
Enchaînement sans souci jusqu’à Versailles où je sens quand même un premier léger signe de fatigue. Retour dans la forêt à Viroflay où la côte permet de récupérer un peu. Et c’est reparti… à « fond ». Le terrain est parfois bien boueux mais globalement très facile.
Je suis beaucoup plus ennuyé par la chaleur, par ce temps lourd, et m’inquiète au niveau eau : plus de 30km entre les ravitaillements et je ne dois avoir qu’un 1,2 litre en tout…
Dans la zone du Cimetière de Viroflay, je double toujours régulièrement du monde. Passage du gros rond-point et voilà la rentrée dans la forêt de Vélizy. On rejoint vite une grande clairière que tout le monde coupe, grattant 50m. Je trouve ça ridicule et suis le chemin normal. Arrive alors une formidable et longue descente : j’adore ça et coure comme un fou, allant pratiquement 2 fois plus vite que les autres. En même temps je sens un coureur qui me suit à la trace (et me doublerait bien ?). Ça dure plusieurs dizaines des secondes et en-bas, on rigole de la bonne bourre ! On discute un peu et « Tintinmar » m’avoue que malgré d’innombrables trails, il n’a jamais vu quelqu’un lui tenir tête en descente, même une célèbre française parmi les meilleures. J’apprécie le compliment de la part d’un « pro » qui avait fini l’an dernier 56e de la course, en moins de 8h ! On continue un peu mais au bout d’un moment je le laisse filer car, malgré félicitations et encouragements, ce n’est pas mon niveau (Il finira 36e en 7h47…). Je ne compte pas me griller.
J’ai l’impression de connaître le parcours par cœur tant les lieux me sont familiers. La confiance est d’autant plus grande et les difficultés du parcours sont appréhendées sans soucis. Je double beaucoup, avant qu’une jeune femme (Florence), qui a l’air particulièrement forte, me passe dans la dernière côte au fond de Clamart. C’est déjà le « passage du Marathon » (en 4h) et j’ai 1/4h d’avance sur le programme. Je guette en vain le tapis de chronométrage mais manifestement il n’est pas là.
Dans la descente, avec ma technique, je double Florence puis elle repasse devant. Scénario identique peu après, à l’approche des étangs, puis de nouveau près du cimetière de Trivaux. Elle semble bien meilleure que moi et je me demande si se faire doubler 3 fois ne doit pas finir par l’agacer ? A l’Observatoire de Meudon, elle me lâche pour de bon... (Elle finira 72e en 8h14 et 5e féminine).
J’ai chaud et soif, ne peut plus rien manger depuis longtemps et commence à sentir la fatigue. Je laisse un message sur Facebook tandis que des jeunes rigolent de me voir sur mon Iphone. Il pleut enfin 3 gouttes qui sont les bienvenues. Dans le Parc de l’Observatoire, on domine Paris et le panorama est splendide. La Tour Eiffel est sous un halo de soleil mais je ne suis pas d’humeur à faire du tourisme. Via un long escalier métallique d’un autre siècle, on rentre alors dans un domaine habituellement inaccessible et « mystérieux ».
Le temps de passer le tapis du 46e km, on s’enfonce dans le domaine et longe la muraille de clôture, par l’intérieur cette fois. Les chemins ne sont pas vraiment marqués, c’est assez sauvage, mais j’en ai vite un peu marre de ce mur interminable. Je marche un peu alors que c’est plat… Tout un signe…
Heureusement, le ravitaillement du 50e ne doit plus être loin… Erreur, il est en fait au 53e ! Slalom du côté de la Tour de Télévision. Sous un soleil déclinant, les couleurs sont très belles sur ce terrain idéalement souple, entouré de mousses et de bouleaux.
Pas le temps de flâner quand même, je gambade dans les descentes tout en étant impatient de pouvoir boire. J’ai tout le temps soif, rêve de bière et m’économise au mieux. Comme toujours, on ne va pas au plus court. Je reconnais bien le chemin, fait il y a peu en sens inverse, et c’est toujours très appréciable de se sentir en terrain connu et maîtrisé. Paradoxalement, je trouve que la course passe vite (!) et, avec la fatigue, quelques bouffées d’émotions me remontent aussi.
On descend bien bas et je comprends qu’il va falloir remonter sérieusement plus tard. Bientôt un gros virage et pleins de spectateurs qui nous encouragent. Ça réchauffe bien le cœur avant une montée de plusieurs centaines de mètres.
Vers le sommet, les encouragements sont énormes et donnent beaucoup d’énergie, au point de courir en côte et arriver enfin au 53e. Je reconnais tout de suite mes « supporters », Gnogno, Léo et Titouan, prêts pour l’assistance : changement de T. Shirt, de Garmin (faute d’autonomie suffisante) plein de boisson énergétique et… choix de bière fraîche, comme à la 1ère édition ! Génial : j’avale avec bonheur une Corona J. Bien en nage, je trempe aussi un T.shirt de secours pour m’éponger. Le temps passe vite (8/10mn) et il est plus que temps de repartir. 10 km d’enfer nous attendent : montées et descentes incessantes en perspective…
Je retrouve une énième fois… « Tortue Ninja »… toujours devant moi, mais rapidement je suis étrangement seul : personne à moins de 100m devant et absolument personne derrière. Il n’y a pas un bruit et j’ai tout sauf l’impression d’être en course. Je profite au maximum de ce moment de calme et solitude. J’ai l’impression que le « terrain de jeu » n’est plus qu’à moi !
Arrive un raidillon étroit que je surnomme la « côte de la mort ». Montée de nuit, il y a deux ans, je ne suis pas prêt de l’oublier. J’avais fini par la retrouver récemment à l’entraînement… mais en descente. Cette fois, c’est horrible. Je monte à deux à l’heure maxi et n’ai qu’une envie : m’arrêter ! S’il y avait un banc, je serais capable d’y poser mes fesses 1/4h… « Heureusement », il n’y a aucun endroit pour s’asseoir, même pas une souche !
Tout devient dur mais, comme expliqué à Marie, par téléphone, peu après le ravitaillement, les 27km à venir se feront au mental. Je me force donc à courir toujours plus que mon cerveau le souhaiterait. Je fixe toujours un point plus loin que prévu avant de marcher. « Allez, quelques de mètre de plus avant de souffler un peu…».
Tant bien que mal, la dernière côte avant le Haras de Jardy se profile. Ce ravitaillement est pour moi un symbole de « délivrance » après plus de 40km « casse-pattes ». Mais une fois entré dans le Haras, je me demande où ce fameux arrêt se trouve. Décidemment le parcours a sacrément changé en deux ans. Il faut encore courir et prendre la direction de la sortie… Comme la nuit vient juste de tomber, je crains sérieusement avoir manqué le point de contrôle ! En fait, il faut encore retraverser un immense terrain et nous y voilà !
Un peu d’eau, le plein de mes bidons, du coca, deux bout de bananes et assis sur une chaise, je sors la frontale. A peine la sortie de la tente franchie qu’un gros déluge tombe subitement. Demi-tour, je sors de mon sac le coupe-vent, la casquette et suis fin prêt. La pluie cesse aussitôt… et c’est vite l’étuve !
Je retrouve mes jambes et fonce pratiquement comme à l’entraînement. Juste avant d’entrer dans Marne la Coquette, je m’arrête et me soulage devant l’immense villa de Johnny Halliday, toujours fermée depuis des mois… Plus loin, les bénévoles assurent toujours et je ne manque pas une occasion de les remercier. Que ferait-on sans eux ?
Entrée dans le Parc de St Cloud. Absolument seul, je dévale une descente et rien ne peut m’arrêter… pas avant la toute petite remontée après le Stade Français où je récupère sur quelques mètres. Un coureur me rattrape et nous continuons ensemble jusqu’au ravitaillement tandis que des éclairs d’orage apparaissent au sud de Paris. On craint le pire tout en concluant qu’il ne faut pas traîner si on veut arriver entier !
Nous sommes désormais au 69e kilomètres et je m’arrête avaler un bouillon aux vermicelles. Après quelques secondes (30 ?) je repars déjà. La route descend mais les organisateurs se sont évertués à nous faire toutes sortes de détours. Pour m’économiser, sur terrain dur, je ferme les yeux plusieurs secondes et déconnecte le cerveau. Je teste le « dormir » en courant. Quand j’ouvre les yeux, ma frontale donne une étrange impression de flash photo.
Je sors du Parc sous des encouragements bienfaiteurs, puis, retrouve un chemin parcouru des dizaines et dizaines de fois. Ce n’est pas maintenant que je vais marcher !
A hauteur de l’île St Germain, au niveau de mon domicile, je ralentis quand même un peu. Un coureur très sympa (une autre Bertrand, dossard 2340 tandis que je porte le 2341) m’entraîne et on discute un peu. Je lui explique que mon comité d’accueil m’attend à l’entrée du prochain Parc. Les retrouvailles avec toute la famille et les 2 Guillaume s’avèrent courtes mais intense. Les autres coureurs sont contents pour moi !
La traversée de l’Ile St Germain démarre bien quand quelques gouttes commencent à tomber. Damned, sur l’ultime passage en terre du parcours (!), je marche dans une grande flaque et ai la chaussure pleine d’eau ! En quittant l’Ile, la pluie s’accélère et va désormais devenir constante et intense…Je n’en peux plus et, même si je garde le moral avec une avance qui devrait m’assurer les moins de 9h, il faut les faire ces 4 à 5 kilomètres restants ! Il y a deux ans, ça avait été interminable…
Sous la pluie, l’affichage sensitif de mon Garmin s’affole et il devient impossible d’afficher le chrono. C’est bête mais il faut absolument que je sache où j’en suis. A force de m’acharner plusieurs dizaines de fois, tenté d’essuyer ma montre avec mon T.shirt mouillé (!), le miracle finit par se produire.
« Tortue Ninja », encore lui, me double une dernière fois et sera, de toute évidence, définitivement devant. Tout en souriant, je me demande qui peut bien être ce coureur qui n’avait pas l’air… mais assure sacrément !
La route se poursuit, tandis que les bénévoles tentent de se protéger tant bien que mal. Les pauvres manquent de protection et doivent être transis. Toujours des petits détours sans fin et nous approchons. J’alterne course et marche, mais en ai vraiment plein les bottes. Il faut absolument que je m’accroche mais j’ai l’impression de décrocher. « Plus jamais ça ». « Pas question de faire des courses encore plus longues »… Bref, le moral n’y est vraiment pas ! Je stresse même à l’idée de ne pas passer sous les 9h. Si près du but, j’en serais malade…
Vers le dernier kilomètre, deux coureurs me doublent dont une jeune femme, Corinne, l’air bien décidée. Je redémarre et décide de les suivre. Ne plus marcher ! Ne pas les lâcher ! Sous aucun prétexte !
Tout semble interminable mais on finit par remonter les escaliers des quais, traverser la rue devant la Tour et traverser le chapiteau. Manqué à grand regret il y a 2 ans, je rêve de ce moment rare où les gens nous portent littéralement ! Le chemin vers le pilier sud est aussi un vrai bonheur : la foule nous hurle ses encouragements. Il faut en profiter car c’est très court. Mais l’esprit est tellement embrouillé que les images sont furtivement retenues.
Le ticket de la montée en poche et c’est parti. Mais dieu que c’est dur ! Je m’agrippe à la rampe et tire du bras à chaque pas. Corinne « la Savoyarde » est devant moi et semble aussi souffrir. Derrière des touristes allemands bavardent et leur facilité comparée à la notre est presque agaçante. La montée est interminable mais je m’efforce de ne pas penser. Bientôt la fin et les derniers bénévoles nous hurlent de foncer. Je lâche ma compagne d’ascension, finis la dernière rangée de marches en trombe et passe la ligne ! Les bras en V je peux alors poser fièrement devant les photographes.
Une nouvelle bière et j’appelle Marie pour lui annoncer fièrement la nouvelle. Puis je discute avec Bertrand et Corinne que je remercie bien. Corinne (qui finit 6e Féminine), m’annonce que nous avons mis 8h55 : cool !! Trempés jusqu’aux os, j’atterris rapidement. Je suis d’autant plus vite transis qu’il pleut encore et que c’est toujours le cirque interminable pour redescendre en ascenseur. De retour au chapiteau, je suis tremblant et tente de me réchauffer en mettant mon polo de finisher. J’ai faim et envie de rentrer au chaud.
Marie me récupère avec l’excellente idée de mettre les sièges chauffants de la voiture ! C’est de nouveau le déluge et, sur le chemin du retour, au niveau d’Issy, j’admire le courage de ceux qui en bavent encore. Une douche longue et bien chaude me ramène enfin à la vie…
Le lendemain, je découvre avoir mis 8h53mn25s et une autre très bonne surprise, mon classement : 127e sur 1560. Non, je ne rêve pas avec cette « perf » inespérée ! J
Maintenant, un peu de repos, et prochain RdV pour le Marathon d’Athènes en Octobre, pour les 2500 ans de cette légende, source de tant de défis… en attendant l’UTMB en 2011 ?
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6 commentaires
Commentaire de Badajoz posté le 29-03-2010 à 20:06:00
récit trés vivant et agréable à lire, bravo pour ta perf. tu m'as donné envie de courir ce trail.
Commentaire de Bert' posté le 30-03-2010 à 09:35:00
Merci et je t'encourage vivement à découvrir cette très belle course !
Au passage, j'aimerais bien rajouter quelques photos dans le texte mais n'ai pas trouvé le truc...
Commentaire de MiniFranck posté le 26-05-2010 à 10:43:00
Vu que je vais déguster avec toi prochainement... j'en ai profité pour jeter un coup d'oeil à ta fiche et lire ce CR de l'Ecotrail. Tu as fait une bonne perf, j'en parlerai à killian...
A bientôt
Commentaire de Bert' posté le 27-05-2010 à 10:05:00
Merci Franck !... mais n'en dis pas trop à Kilian car il va déjà assez nous bouffer comme ça ;-)
Commentaire de caro.s91 posté le 13-07-2010 à 15:21:00
D'en parler avec toi, m'a fait lire ton récit!
Bravo. Donc 2011, moins de 8h30? :-)
Caro
Commentaire de RAPH91 posté le 02-03-2011 à 17:10:00
Merci pour ce commentaire.
Je le lis une petite année après, mais j'imagine déjà l'émotion et la joie de vivire et terminer un tel truc.
Je ne ferai certainement pas une telle perf, mais ton récit me met déjà dans l'ambiance... et me fais monter la pression !
Bonne continuation et bravo pour ta progression !
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