Récit de la course : Courmayeur - Champex - Chamonix 2011, par leptitmichel

L'auteur : leptitmichel

La course : Courmayeur - Champex - Chamonix

Date : 26/8/2011

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 794 vues

Distance : 98km

Objectif : Pas d'objectif

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CCC 2011 - La chasse aux démons est ouverte !

L'UTMB... Une aventure extraordinaire.

3 pays - 166 km - dénivelé positif de 9600 m - 46 heures maxi ..

Sauf que cette année, je ne suis pas prêt à faire la grande boucle, mes épreuves 2011 n'étant pas assez orientées "montagne" pour que je puisse attaquer l'UTMB de façon fiable.

Du coup c'est sur la CCC que j'irai... 98km, 5600m de D+, 26 heures maxi.

Mais pourquoi la CCC cette année ?

Les courses de montagnes n'étaient pas à mon planning 2011. Je l'avais orienté sur une reprise de l'ultra, mais plat (Raid 28, Ecotrail, 24h... )

C'était sans compter sur la Bled Runner Team, et leur idée de s'inscrire à 12 sur la CCC (et un peu sur l'UTMB aussi). Persuadé de ne pas être tiré au sort, ... j'ai perdu. On est pris. Maintenant il va faloir assurer ce 4ème objectif de la saison.

Et puis je me dis que si ça passe ça me fera la course à 3 points pour m'inscrire à l'UTMB l'an prochain.

La chasse aux démons est ouverte !

Il y a des courses comme ça pour lesquelles on traine derrière nous de vieux démons.
Sur l'UTMB (et la CCC) les miens remontent à 2004, lors de la seconde édition, et se sont réveillés en 2007, 2008 et 2009... Autant dire que, même si cette année j'aborde la course avec à la fois beaucoup d'humilité, mais aussi de volonté, il y a forcément une petite part de doute qui subsiste.

De toutes façons, je n'avais théoriquement rien à faire ici. Après une saison 2010 dédiée totalement à l'orientation, j'ai eu envie sur 2011 de courir... d'où une orientation vers des épreuves roulantes. longues mais roulantes.

Raid28 en janvier (90km), Ecotrail de Paris en Mars (82km), 24 heures de feucherolles en Mai (155km), bref pas de quoi préparer une course de montagne.

Mais voilà, en décembre dernier, Phil, Guy, Malte, Steph et les autres se sont mis dans la tête d'aller à Cham, et il fallait un 12ème pour remplir la liste du tirage au sort... M'en fous, avec mon bol on ne sera pas tirés au sort, donc pas de montagne. Ouais, mais j'ai juste oublié que la liste était déposée par Guy "La main Heureuse" et que mi janvier, nous voilà inscrits et confirmés... Dont acte. Ce sera une ballade à Chamonix fin Aout.

De janvier à mai je ne change pas mon entrainement prévu uniquement sur du foncier, l'objectif étant les 150km à feucherolles, et non la CCC. Suite à Feucherolles, je vais faire un peu de renforcement musculaire, mais dans des côtes de 40m de D+, et surtout à l'altitude élevée de 74m au dessus du niveau de la mer...

A partir de là il faut bien voir dans quel esprit je pars à Chamonix.



Pas question de perf, mais une seule priorité, passer sous cette pµt@/n d'arche d'arrivée qui m'échappe depuis tant de temps.
Pour celà, pas question de fonctionner en me projetant sur toute la longueur de la course (délais max 26h). Je me contente de raisonner tronçon par tronçon, ravito par ravito. Rien d'autre ne va m'intéresser à un instant T que l'atteinte du ravito suivant, rien !

j'ai en tête le parcours. Une grosse montée au début, une section en plateau sur 2 ravitos, une grosse montée ensuite, puis très longue descente jusqu'à la base vie de champex.
La priorité est donc d'arriver frais en haut de la seconde montée pour pouvoir profiter pleinement de la longue descente sur la Fouly et Champex.

Je sais que si je passe champex avec un peu d'avance sur les barrières horaires, ensuite je passerai les 3 dernières difficultés à l'arrache, mais je passerai.

Pas de chrono ni de temps de passages non plus. Il est hors de question de me stresser comme en 2008 pour exploser en cogitant. Donc je vais courir aux sensations, sans me mettre "dans la seringue" comme dirait un de mes patrons actuels, c'est à dire sans me laisser rythmer par les autres ou par les évennements.

Cette course, je dois m'y imposer et non la subir.

D'ailleurs voilà une vue du parcours tel que prévu initialement, et qui sera modifié au moment du départ en raison des mauvaises conditions météo (alerte orange sur la haute savoie cette nuit là)

Le relief que j'ai corrigé par rapport aux modifications de parcours. Probablement pas exact à 100% mais pas très loin de la vérité quand même. Les 3 difficultés de la fin ont été arrasées car on ne pouvait pas monter plus haut, et du coup on a repris l'ancien final des premiers UTMB.

Jeudi 25 août

Départ tôt de Paris avec Eddy un voisin qui participe à sa première CCC et avec qui je fais du co-voiturage.
Arrivée à Cham un peu avant midi, ce qui me laisse le temps d'aller immédiatement récupérer mon dossard et finaliser la procédure de controle du matériel. Pour gagner du temps j'ai mis dans mon sac tout ce qui était sur la liste, comme ça le controle se fait plus vite.



Je sors du contrôle puis je rejoins l'équipe dans un resto du centre de Chamonix. Pizza en terrasse avec une bonne bière. Elle est pas belle la vie.
Je retrouve guy, stephane, franck,fais connaissance de Carole qui a fait le marathon des sables en avril dernier et de Lénaig, une amie de Carole.

L'après midi est consacrée à trainer tranquillement et à faire du jus. Je vais visiter le salon de l'ultra trail, histoire de croiser des connaissances.



J'en profite ensuite pour rejoindre Koko qui est en train de déjeuner en famille après son intervention dans les séminaires qui se déroulent autour de l'UTMB. Du coup on évoque une éventuelle prochaine course commune (pas aujourd'hui car elle est inscrite sur l'UTMB), mais il est encore trop tôt pour en parler. On gère une course à la fois, point barre.


On peut parler diététique et se faire plaisir quand même !



Je vais faire une petite heure de piscine tranquillement, sans forcer puis je retourne au salon de l'ultra trail car je veux profiter des promos sur les Hoka. Si l'amorti de ces chaussures ne me semble pas aller pour une course de montagne, je suis persuadé que dans l'objectif d'une de mes courses à venir c'est probablement le bon modèle. Quand à la CCC, je partirai comme prévu avec les Inov8 Roclite 319 qui pour le moment m'ont fait forte impression.


Les Hoka Mafate (à gauche) et les Inov8 Roclite 319 (à droite)



En fin de journée je retrouve l'équipe dans un appart de Cham. Normalement j'avais prévu de dormir dans la voiture comme d'habitude, mais comme il reste un lit de libre dans l'appart, cela me permettra de faire une vraie nuit avant d'attaquer la course. D'ailleur, ça tombe bien car la météo se charge un peu en cette fin de journée sur Cham.



Un repas à base de pates (original) et après avoir préparé les sacs pour demain matin, direction le lit... 22h30-6h15, ça laisse de quoi récupérer.

Vendredi 26 août

Le lendemain, le temps est de nouveau au beau, mais la météo annonce une forte dégradation en fin de journée et pour la nuit.

Je vais prendre le bus de 7h15 pour aller sur Courmayeur, le reste de l'équipe en a eu un à 8h30 (1 heure de sommeil en plus)


Arrivé sur Courmayeur je vais me poser dans un coin calme pour finir de me préparer (pose des straps aux pieds)

Côté tenue je suis en mode "été". La température est douce et le restera jusqu'à la nuit. Maillot manches courtes, cuissard mi long, booster, chaussures inov8, buff, batons.

30mn avant le départ je me rend dans le sas. Pas mal de modifications cette année.

Déjà le chemin emprunté habituellement a été touché par un glissement de terrain il y a quelques mois. Du coup, il n'est plus possible de monter sur le refuge Bertone en passant par Palud et Planpincieux. Le nouvel itinéraire doit nous faire monter directement à la Tête de la Tronche (2584m) le point culminant de la course pour ensuite nous faire revenir sur Bertone puis prendre le chemin de l'UTMB en direction de Bonati et d'Arnuva.

Le problème c'est qu'avec l'ancien parcours on avait quelques kilomètres qui permettaient d'étirer le peloton avant d'attaquer les sentiers. Là les sentiers vont arriver trop vite et pour limiter les bouchons il y aura 3 départs espacés de 10mn (10h00, 10h10 et 10h20). je suis dans le second groupe (10h10) avec steph, carole et franck. Malte lui est dans la première vague. Guy et Lénaig eux sont sur l'UTMB.


Carole dans le sas de départ


On profite du départ de la première vague. La musique de Vangelis, mais pas le même morceau que sur l'UTMB, les encouragements, les applaudissement puis notre sas vient se placer sur la ligne de départ.

Le speaker explique les modification de dernière minute, modifications dont on avait eu vent mais dont on attendait la confirmation officielle.

En raison du mauvais temps prévu (la haute savoie va être placée en vigilance orange par météo france), il est indispensable que tout le monde puisse passer le Grand Col Ferret avant la fin de la journée. Le départ va donc être raccourci en distance pour nous faire gagner 1h30 à 2h00 suivant les coureurs. On va monter directement sur Bertone sans contourner par la tête de la tronche, et donc emprunter uniquement le même parcours que l'UTMB.

A partir de là plus de changements jusqu'à Champex, par contre la fin de course sera totalement modifiée car on sera en plein dans l'épisode orageux. On en reparlera une fois à Champex.

10h10, le départ est donné !



Courmayeur - Refuge Bertone

On se lance dans les rues de Courmayeur. Très vite la section de bitume monte et je préfère dès à présent me mettre en mode marche... Ne pas se laisser entrainer, ne pas se cramer maintenant.

L'approche est de courte durée et on se retrouve rapidement sur le sentier monotrace qui attaque droit dans la pente. C'est parti pour un peu plus d'une heure de montée. L'encombrement lié au nombre de coureur va plutot me servir car la montée va se faire en régulation forcée. Ca ne va pas vite et donc ça me va bien. A cette petite allure mon problème d'altitude ne se fait pas sentir, et puis ce n'est pas sur ces premiers kilomètres que la course se joue.

Certains semblent avoir de mal à le comprendre car il faut absolument qu'ils essayent de doubler même quand il n'y a pas de place...


L'arrivée sur le refuge Bertone


J'arrive au refuge après 1h22 de montée. Jusque là tout va bien ! Le temps de prendre à la volée un verre de coca et hop, c'est reparti.

Refuge Bertone - Refuge Bonatti

Très courte montée puis on se lance dans un tracé monotrace en balcon le long de la vallée avec de l'autre côté la massif du mont blanc.

C'est pour moi le plus beau passage de la course et probablement le plus agréable. C'est juste vallonné, pas de vraie difficulté et avec la météo, c'est juste du plaisir.

Pour le moment je suis à l'aise, et ça me permet de trottiner tranquillement tant que le sentier le permet.

Petit "coup de cul" au dernier moment pour monter au refuge. 2h41 de course.


Le refuge Bonatti

Au ravito je devais faire le plein d'eau, mais il y a trop de monde. Comme j'ai de la réserve, je prend un verre de coca + un verre d'eau gazeuse et je repars après 2mn de pause direction Arnuva.

Refuge Bonatti - Arnuva

C'est reparti pour une section légèrement montante suivi par une belle descente de 400m de D- pour rejoindre Arnuva dans le fond de la vallée

Toujours aucune difficulté réelle sur ce passage et je reste attentif aux sensations. Dès que ça tire, je lève le pied, dès que ça passe je relance. Le truc ultime, est que j'arrive à faire totalement abstraction des autres coureurs et surtout de ceux qui me dépassent.

En face dans le massif le temps commence à se couvrir.

Je me lance dans la descente et pour la première fois je teste mes nouvelles chaussures Inov8 en conditions réelles. L'accroche est vraiement super bonne et les appuis très stables, alors que pourtant j'ai tendance à tout le temps me tordre les chevilles. Du coup je me surprend à courir là où d'habitude j'aurais probablement marché. Oh pas une vitesse de fusée, mais quand même, c'est toujours ça de pris.

Finalement je débarque à Arnuva après 3h38 de course. Il est 13h50 et la barrière horaire est située à 16h30. 40mn d'avance à peine, mais la seule chose qui compte c'est d'être devant la barrière... pas derrière ;-)


Le ravitaillement d'Arnuva

Cette fois ci je fais le plein de la poche à eau + 1 sachet de poudre. J'en profite pour manger un peu de solide (tuc, charcuterie, pain, fromage), mais que du salé en raison du caractère sucré de ma boisson. Je bois 2 verres de coca tranquillement à l'extérieur de la tente car il y fait trop chaud. Je remet tout en place dans le sac et hop, c'est parti pour le gros morceau du parcours, l'a montée du Grand Col Ferret.

Arnuva - Grand Col Ferret

La montée commence tout de suite après la sortie du ravito. 800m de D+ en à peine 5km !

Dès le début de la montée je sens que je n'ai aucun rythme. Dès que j'essaie d'accélérer un peu je m'étouffe. Pas musculairement, mais au niveau souffle et forme générale, un peu comme si la mécanique fonctionnait tip top mais que le moteur n'était plus alimenté.

La première partie de la monté est pénible et les idées noires commencent à arriver. Qu'est-ce que je fous là ? Ok c'est pas pour moi! Je m'arrête, regarde en arrière. Si je redescend à Arnuva, dans 20mn je suis sur le retour vers Chamonix... Pµt@/n, mais quel C#n ! ! ! hé ! réveille toi bonhomme. T'es pas venu ici pour pleurnicher, et puis pourquoi tu veux faire marche arrière... Ben j'en ai marre je ne suis pas fait pour la montagne... Ouais ben bouge toi les fesses. On a dit pas d'abandon. Tant qu'on a de l'avance sur les barrières horaires, on passe et c'est tou. Allez zou, en route...

Ce genre de discussion surréaliste je vais l'avoir à trois reprises dans la montée. A chaque fois je suis prêt à redescendre pour stopper . Plus on monte plus j'ai du mal à avancer. Je multiplie les pauses de 10-15 secondes pour récupérer , mais à chaque fois la tentation de redescendre est forte.

Finalement c'est l'expérience qui va avoir le dessus. Cette année la tête a été présente et j'arrive à ne pas lâcher prise. A chaque fois je fais le même constat. Je suis essouflé, j'avance lentement, mais... j'avance quand même et je n'ai mal nulle part. Alors pourquoi arrêter ?

Au bout du compte, alors que je monte en fixant mes pieds, un coureur me dit "regarde on voit le col et la tente de pointage ! Effectivement le col est là à quelques centaines de mètres. je termine l'ascension, et je me fait pointer.


Le Grand Col Ferret

Il est 15h37, et il m'a fallu 1h40 pour monter ces 5km... Cela fait maintenant 5h25 que je suis parti de Courmayeur.

Le plus étrange c'est qu'une fois en haut, le temps de boire un peu, la forme revient immédiatement. Fidèle à mon objectif, pendant la montée je suis resté concentré uniquement sur celle-ci, et là mon esprit vient de basculer sur la longue descente qui m'attend. Je sais que je devais arriver frais ici pour profiter de la suite et au final, je me sens bien... incroyablement bien. Je sais que je suis loin d'avoir fini, mais là j'ai envie de descendre. Et puis, le col est aussi la frontière avec la Suisse... J'attaque mon second pays...

Grand Col Ferret - La Fouly

C'est parti pour un gros 10km de descente... Dès le début je pars en petite foulée. Avec l'aide des batons, je me stabilise bien et même si je ne suis pas rapide, j'arrive à bien dérouler.

Les chemins sont propres et pas trop techniques.

Passage à La Peule où est installé un simple point d'eau mais j'ai encore de quoi faire.

On passe le village de Ferret où on a le droit à nos premiers ravitaillements sauvages. Il faut dire que ce doit être une activité nationale en Suisse car on va avoir sur le parcours un nombre impressionnant d'habitants qui vont nous mettre à disposition de l'eau, du café voir certaines boissons à bulles... avec un peu de mousse blanche au dessus.

la suite de cette section reste facile, et je déboule tranquillement dans La Fouly.

Un peu avant le ravitaillement officiel des jeunes attendent avec des bouteilles d'eau. Comme les points d'eau pour remplir les sac sont assez bordéliques et pas du tout pratiques, (probablement un des points à améliorer sur les ravitos) je décide de faire le plein avec les jeunes et d'aller ensuite seulement au ravito.

J'arrive au ravito, me fait pointer. il est 17h31. J'ai mis un peu moins de 2heures pour faire la descente et j'ai à ce moment là 1h15 d'avance sur les barrières horaires, ce qui veut dire que malgré ma montée difficile, j'ai gagné 1/2 heure sur les barrières. je dois dire que ça me fait plaisir et urtout je me dit que j'ai bien fait de tenir bon.

Je refais le plein avec uniquement de l'eau puis je vais manger à nouveau du solide (tuc, charcuterie, pain, fromage) et boire coca + eau gazeuse. Pour une fois je change mes habitudes et je vais manger assis à une table. Cela m'oblige à prendre le temps de bien m'alimenter. Généralement je fais ça rapidement debout, mais là comme je ne mange rien de solide entre les ravitos, je décide de faire ça calmement, posé, en récupérant.


Ravitaillement de La Fouly

Pendant que je mange le speaker annonce qu'il commence à pleuvoir. Du coup avant de partir je sors la gore tex du sac et je l'enfile sur le maillot.

Dernière gorgée de coca et c'est reparti. Pointage de sortie à 17h51. Ma pause a duré 20mn, ce qui fait que j'ai encore pratiquement une heure d'avance sur les barrières horaires.

La Fouly - Champex-Lac

Cette fois c'est parti de nouveau pour une dizaine de kilomètres de descente, puis environ 5km de remontée (450m de D+) pour atteindre le lac, montée que beaucoup de coureurs décrivent comme longue et difficile moralement.

Le redémarrage est facile, et je reprend mon petit rythme. La pause m'a bien reboosté.

Par contre, dehors c'est tout sec, et rapidement il faut que je m'arrête pour enlever la gore tex. Non seulement il ne pleut pas mais en plus on va descendre en sous bois et la chaleur risque de revenir.

Cette section va être agréable et j'arrive a bien dérouler jusqu'au pied de la remontée sur Champex.

Là je me suis préparé à un morceau dur, alors je monte tranquillement. Je sais qu'une fois en haut, ce sera bon pour moi... Le prend mon rythme, laisser filer quelques coureurs, et j'attend les raidillons.

J'avance, j'avance, mais les raidillons n'arrivent pas. Je suis sur une sentier en sous bois, super agréable et la faible pente (associée à la faible altitue (entre 1000 et 1500m) font que tout se passe bien.

Sans m'en rendre compte j'approche d'une zone animée. rapidement j'entend les commentaires du speaker, ce qui signifie que j'approche du ravito.


L'arrivée sur Champex-Lac

Juste avant d'y arriver, je suis surpris par l'Blueb qui m'attendais en haut. il est venu accompagner des copains de son club de triathlon. Ca fait plaisir de la voir ici. On va jusqu'à la tente de ravitaillement ensembles, je me fait pointer, il est 20h14, et j'ai mis 2h20 pour faire ces 15km , montée comprise.

La barrière horaire de Champex est à 22h15, ce qui fait que j'ai désormais 2heures d'avance. CooOOooOOooOOllll.....

Je croise Paulo, Isa et Boucanier qui sont sur la PTL. Drôle de surprise de les voir ici.

Direction le ravitaillement chaud. Bon je vais faire la queue 20mn (y'a du monde) mais je me fait un plat de pate bolognèses avec du fromage que je complète avec le ravitaillement habituel (tuc, charcuterie, pain, fromage) et de la boisson (coca + eau gazeuse)

Je fais le plein de la poche avec de l'eau + de la poudre

J'en profite pour passer en tenue de nuit, à savoir :
- remplacement du maillot manches courtes par le maillot manches longues
- remplacement du Buff par le bonnet
- sortie de la frontale. Hé oui la nuit va tomber pendant que je me ravitaille (ah la sournoise !)

Ici je me fait confirmer le nouveau tracé. Au lieu de monter sur Bovine comme prévu on va faire un détour par Martigny. Une fois là bas on remontera au col de la Forclaz puis on basculera sur Trient. Ensuite, toujours pour des raisons de météo on évitera Catogne pour rejoindre Vallorcine, puis on reprendra l'ancien tracé de l'UTMB pour le final avec un ravitaillement à Argentières.

21h02, je suis pointé à la sortie du ravitaillement. J'y suis resté 45mn (dont 20 pour avoir le plat chaud) mais je suis bien, et super content d'être là. les idées noires du Grand Col Ferret sont désormais bien loin derrirère moi.

Champex-Lac - Martigny

On nous annonce cette section comme une longue descente de 14km avec 1000m de D-

Je sors du ravito, contourne le lac. il fait un peu frais et un espèce de crachin commence à tomber. Je ne change pas ma tenue me disant que la fraicheur est liée à ma sortie du ravito où il faisait chaud et qu'avec la descente de toutes façons je vais me réchauffer. On commence à courir et assez vite le crachin se transforme en pluie de plus en plus soutenue.

Pause obligatoire pour enfiler la gore tex cette fois ci et je repars. On prend une longue descente sur une large piste et une jolie petite italienne vient se coller à moi. Quand j'accélère elle accélère, quand je ralenti elle ralenti, bref à un moment j'ai bien cru que c'était moi qui l'attirait de la sorte... Heu oui mais non... Ce n'est pas vraiment à mon corps qu'elle en voulait, mais surtout à l'éclairage de ma frontale. La sienne éclaire trop peu pour lui permettre de courir... Dommage, mais j'ai pu rêver pendant quelques kilomètres.

En fait cette descente va être interminable et pas super intéressante.

Le pire dans l'histoire c'est qu'on nous a dit 14km de descente et 1000m de D-, ce qui correspond à la différence entre Champex (1477m) et Martigny (475m), mais ils avaient juste oublié de nous dire que sur le dernier tiers, ce ne serait pas plat et qu'en fait on remonte pas mal par endroit

Le D+/D- final est plus important que ce qui a été annoncé.

Je passe dans les vignes, puis sur des passerelles parfois sécurisées par des chaines... tout ça de nuit, sous une pluie qui s'est intensifiée et qui se transforme en orage. les éclairs fusent. joli, mais bon en montagne quand ça claque on l'entend bien.

Je traverse une petite ville persuadé que c'est enfin martigny... Un bistro qui a monté un ravito sauvage sous la pluie nous propose eau et bière... Allez une petite gorgée ne me fera pas de mal... Là on m'indique que je suis encore à 3km de Martigny. Alors hop, ça repart sous la pluie...

Finalament j'arrive au ravito de Martigny sans avoir aucun repère. Il est minuit pile et cela fait mainteant 13h50 que je suis parti de Courmayeur. Il m'a fallu 3h00 pour cette section bien moins facile qu'annoncée, mais qui s'est quand même bien passée.

Je rentre dans la tente, elle est toute petite et surchargée. Un vrai boxon de campagne. J'attrappe un gobelet de coca, puis je décide de ne pas m'attarder, d'autant que le remplissage des poches à eau se fait dehors sous la pluie à une fontaine !

Côté tenue je remplace les gants de VTT par les gants étanches. L'arrêt n'a pas du durer plus de 5 mn.

Martigny - Col de la Forclaz - Trient

La section à venir est présentée comme une montée raide de 1000m de D+ sur 6-8km (suivant les sources...) ce qui reste long et raide !

La première partie est faite sur de petites routes très raides. Je monte doucement et préserve quelques pauses. Régulièrement, on coupe les lacets de la route par de petits bouts de chemins détrempés. La pluie continue et le vent s'est invité à la fête.

Plus on monte plus le vent se fait fort et le froid commence à peser. J'ai d'abord pensé que c'était à cause de la fatigue mais ça attaque de trop pour que ça ne vienne pas de l'extérieur.

La montée n'en fini pas. on monte presque face à la pente dans le dur avec finalement assez peu de lacets. Tout le monde autour de moi a l'air bien entammé mais on vanace tous comme on peut.

Je me dit que si j'arrive en haut c'est gagné. C'est la dernière grosse difficulté et si je peux conserver mon avance sur les barrière horaires à Trient sauf blessure, ça va le faire. Je me reconcentre sur ma montée.

Encore quelques sympathiques résidents helvétiques nous proposent café et boissons fermentées locales. il est 1h00 du mat, il pleut il fait froid, mais ils sont quand même là.

Impossible de décrire la suite de la montée. je ne me souviens que de mes pieds et de mon "allez avance, allez avance !"

Plus je monte plus j'ai froid, et ce malgré l'effort dans la montée. Le vent souffle parfois avec de très fortes rafales, et la pluie suit le mouvement.

Finalament après... je ne sais pas exactement combien de temps j'arrive au col. Je vois une tente blanche type organisation et je file dessous. là il y a plein de coureurs sauf que, ce n'est pas une tente de l'organisation, mais juste le barnum d'un resto local.

Ici je suis totalement frigorifié. On apprendra que les rafales soufflaient à plus de 100km/h et que la température était proche de 0° lors de notre passage.

Je décide de ne pas trainer ici et d'entamer tout de suite la descente sur Trient. Une fois là bas je ferai le point et en descendant la météo ne pourra que s'améliorer.

La descente commence par une section un peu technique. Avec la pluie et le vent je reste prudent. Voyant que 4 ou 5 coureurs sont derrière moi je m'arrête et me pousse sur le côté pour les laisser passer. Là réaction générale... "non, non continue, ça nous va bien comme allure !" Ca va pas mieux, c'est moi désormais qui donne le rythme dans les descentes...

La suite devient plus facile et le parcours un peu moins technique. Je profite pour dérouler un peu, et je suis surpris de voir que les jambes sont toujours là. Côté matos, les Inov8 sont grandiose même par temps de pluie. Accroche et tenue top de top, bien aidées par les bâton, il est vrai!

L'arrivée sur Trient est un vrai soulagement. je suis totalement frigorifié malgré mon équipement habituellement suffisant pour des épreuves hivernales.

Je me fait pointer à l'entrée de Trient à 2h42. il m'a fallu 2h40 pour gravir le col et faire la descente, et ça fait maintenant 16h30 que je suis parti de Courmayeur.

La barrière horaire est à 4h45, ce qui fait que j'ai toujours 2h d'avance. Ca commence à sentir bon, car aux dires de tout le monde cette section était réellement éprouvante.

D'ailleurs il suffit de voir l'état des coureurs pour comprendre. Moi le premier je n'ai envie que d'une chose... du chaud. Et là, alors que j'ai horreur de la soupe (mais horreur de chez horreur) je vais aller chercher un bol de bouillon au vermicel pour me réchauffer.

Je bois ma soupe (hé oui) et ensuite ravito solide habituel (tuc, charcuterie, pain, fromage) et deux verres de coca. Je suis trop frigorifié pour essayer de remplir ma poche à eau et comme j'ai encore de la réserve je décide de continuer comme ça.

Côté tenue, j'ai tellement froid que j'enfile le sur-pantalon, et que je place ma couverture de survie entre mon maillot et ma gore tex, c'est pour dire ! Je change aussi les piles de la frontale pour m'assurer un bon éclairage dans les descentes à venir, les autres étant passées en mode secours.

3h06, je quitte le ravito de Trient après un arrêt de 25mn, direction Vallorcine.

Trient - Vallorcine

Je ne me souviens plus exactement par où on est passé sur cette section. on se fait une jolie petite montée mais pas très difficile en fait. Après c'est le trou noir. J'ai probablement eu un coup de mou, contre coup de la Forclaz, et je me suis contenté de progresser sur le chemin. Sur cette section on va avoir un premier controle "volant" des dossards.

J'arrive finalement à Vallorcine à 5h35. Est-ce bon ou lent j'en sais rien. Simplement la barrière est annoncée à 7h50 et donc j'ai 2h15 d'avance. Je vais pouvoir finir sans stresser d'autant qu'on nous indique un final roulant jusqu'à Chamonix (mouais, comme celui de martigny ???)

Nouvelle pause car ce ravito là est bien fermé et il est ... chauffé. Je crois que si je n'avais pas été aussi proche de l'arrivée, jamais je ne me serais assis dans un ravito chauffé. trop dur de repartir ensuite.

J'ai moins froid. Je bois (coca + eau gazeuse) et ravitaillement classique (tuc, charcuterie, pain, fromage). Je me pose un peu car les sections précédentes m'ont obligé à piocher dans mes réserves. Avant de repartir j'ajoute un peu d'eau dans la poche afin de tenir jusqu'à l'arrivée.

Je pointe ma sortie de ravito à 5h54 ce qui fait un arrêt de 20mn, et du coup j'ai toujours pratiquement 2h d'avance sur les barrières.

Vallorcine - Argentière

Section courte avec le passage du col des Montets. en fait ce col on ne le sent même pas passer tellement il est doux. Belle piste, facile et praticable et un D+ raisonnable. La descente de l'autre côté est un vrai bonheur. Chemin aménagé en promenade et stabilisé. Je repars en courant et franchement ça fait du bien.

Dans le final j'éteins la frontale car le jour se lève. Ce geste anodin est un vrai regain d'énergie en fait.

L'arrivée sur le ravito d'argentière est gérée tip top. Je pointe à 7h10 et ça fait 20h57 que je suis en course.

Je prend juste un verre de coca au passage et je sors aussitôt de la tente. Maintenant je n'ai plus qu'une seule envie, c'est de finir.

Argentière - Chamonix

Paradoxalement, cette section qui devait être facile va s'avérer interminable. Pas très dur techniquement, le balcon sud est quand même loin de la descente non stop. Au contraire on va même sur le final se refaire une jolie montée au dessus de Chamonix.

Sur cette section je progresse avec prudence. Depuis le début de la course j'ai géré le physique au mieux et ce serait trop bête de se blesser maintenant. Mes 2h d'avance me permettent donc de progresser tranquillement, d'assurer le final en quelques sortes.

un dernier coup de cul puis on plonge sur Chamonix... Enfin ! On trouve les premières rues de la ville, il y a un peu de monde malgrè l'heure matinale, on serpente, jusqu'au moment où je trouve une zone que je connais. là ça y est je sais où je suis et surtout c'est gagné... A ce moment là je n'ai qu'une chose en tête... "profite du moment".

Ca fait tellement de temps que j'attend ce final dans Chamonix qu'il n'est pas question de ne pas en profiter à fond. Je trottine doucement, je répond aux encouragement des spectateurs, c'est un vrai moment de bonheur. Plus on approche du centre plus il y a de monde. Pas autant qu'en plein après midi, mais quand même, c'est bon !

Derniers serpentins dans les rues, passage dans la rue centrale, puis devant la taverne de Chamonix. je coure à nouveau, remontée par la poste, puis la fameuse dernière ligne droite face à l'arrivée.

Là je ne sais plus trop où j'en suis. je suis heureux d'être là, et c'est tout. Depuis le temps que j'attends ça.

Le final approche, je lève les bras et je passe sous l'arche à 09h11 après 22h59'07'' de course...

Ca y est c'est fait... les démons sont retournés dans leur tannière.

Je suis accueilli par le Bleub et par Guy, mais là encore j'ai un trou noir. Je me souviens ensuite m'être retrouvé assis à une terrasse avec guy et Stephane, mais rien concernant le Blueb, la remise de la puce, la prise de la veste de finisher... gros trou noir...

Je reprend mes esprits à la terrasse. Malgré l'heure matinale j'avais envie d'une bière. pas d'un café ou d'un chocolat... juste d'une bière. Celle de l'arrivée.

Après-course

Retour tranquille à l'appart. une bonne douche chaude, et je commence à sortir du trou.

Le constat est surprenant, je n'ai pas de blessures, pas même une ampoule. Tout juste un ongle explosé à cause des descentes. Et pas trop de courbatures (en fait elles apparaîtont plus tard)

A ma grande surprise, les cuisses n'ont pratiquement pas souffert. Musculairement tout était bon, mais c'est juste le turbo qui ne marchait pas. Très bien en descente, correct sur le plat et inexistant en côte

Je retrouve les copains. Malte fini 95ème de la CCC, ensuite c'est Carole, Steph, Franck et moi. Bref carton plein sur la CCC. Côté UTMB ce sera plus difficile car la réduction des barrière horaires fera beaucoup de dégats... C'était une édition avec une météo capricieuse. il sera temps de remettre ça une prochaine fois.

Déjeuner dans le centre de Cham histoire de profiter des arrivées suivi d'une petite sieste à l'appart puis un retour dans Cham pour suivre l'arrivée des premiers de l'UTMB... Un moment bien sympa avec l'arrivée de Sébastien Chaigneau à la troisième position... ça fait plaisir !

Retour sur Paris le lendemain matin, après une grosse nuit de sommeil

La semaine suivante a été dédiée à la récup, mais vu mon état de fraicheur physique, j'ai quand même fait 20mn d'élliptique tous les jours.

Voilà donc la page de Chamonix qui se tourne.

A la question "alors tu vas pouvoir faire l'UTMB l'année prochaine ?" la réponse est clairement non !

J'ai les points nécessaires pour les 2 prochaines années, mais franchement, la montagne ce n'est toujours pas mon truc. Trop de souffrance en altitude sauf à progresser à une allure de rando, mais pas en course. Je crois que je vais laisser les longues courses de montagne ... aux montagnards.

Pour ma part, dès la fin de la rédaction de ce CR, mon regard va se tourner vers mon prochain défi. ni plus dur, ni plus facile qu'un UTMB, juste différent (et un peu plus long). Mais on a le temps d'en reparler d'ici là.

Encore un grand merci à tous ceux qui m'ont soutenu, téléphoné, envoyer des tonnes de SMS (désolé si je n'ai pas pu répondre à toutes et tous) pendant ce périple. Certains savaient ce que ça représentait pour moi, d'autres imaginait ça comme une des multiples courses auquelles j'ai eu le plaisir de participer. peu importe, ce qui compte c'est que tout se soit bien passé...

Maintenant place aux vacances (hé oui, il était temps) et rendez-vous fin septembre pour la reprise.

Michel

3 commentaires

Commentaire de L'Dingo posté le 05-09-2011 à 10:10:57

Et voila la fin de la CCC au départ de Champex:

3La nuit promet d'être belle
Car voici qu'au fond du ciel
Apparaît la lune rousse
Saisi d'une sainte frousse
Tout le commun des mortels croit voir le diable à ses trousses.....

....Champagne !! "

Le démon est exorcisé ;-)

Well Done l'elec...

Commentaire de La Tortue posté le 05-09-2011 à 11:13:25

les 4 dernières photos sont superbes et reflètent bien cette quète du Graal après lequel tu cours depuis tant d'années. fatigue, joie, satisfaction, on y voit les sentiments que tu as du ressentir !
et maintenant, le tour complet ! hop ! il n'y a pas de raison qu'il te résiste encore !

Commentaire de leptitmichel posté le 05-09-2011 à 20:49:36

@ l'dingo... Je vois qu'on a les mêmes références musicales...

@ La tortue... Pas de tour complet au programme pour le moment. Même pas envie...

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