Récit de la course : Courmayeur - Champex - Chamonix 2018, par Shoto

L'auteur : Shoto

La course : Courmayeur - Champex - Chamonix

Date : 31/8/2018

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 222 vues

Distance : 101km

Matos : Bâtons Black Diamond
Sac RAIDLIGHT OLMO 12 litres
Salomon speed cross 4 aux pieds

Objectif : Terminer

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CCC 2018 : en mode négativ split*… mon 1er ultra.

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 * Négativ split : consiste à courir la première partie de course en relatif sous régime, garder du jus pour accélérer ensuite sur la seconde partie. Permet de gérer sa course de façon à ne pas se cramer parmi les traileurs partant trop vite en début de course.

  

« Ne foule pas la terre avec orgueil car tu ne seras jamais plus grand que les montagnes. »

 « Seul on va plus vite mais à plusieurs on va plus loin »

 

 De retour de l’INTEGRALE DES CAUSSES (Templiers) en octobre 2017, je constate que j’ai le nombre de points suffisants pour l’inscription CCC 2018. Je ne pensais participer à cette course qu’en 2019 … mais un « TILT » se fait dans mon cerveau … et pourquoi pas en 2018 finalement, après la TRANSJU 2018 en guise de trail préparatoire ?

 

Nous décidons avec d’autres amis de tenter ensemble le tirage au sort groupé CCC 2018 qui commence le 14 décembre …

 

Surprise … ô joie. Nous sommes retenus au tirage au sort CCC 2018 en groupe (Stéphanie, Guillaume, Olivier et moi) et double bingo, 4 autres potes sont retenus pour la TDS. … et c’est parti pour la course aux réservations de logements fin Août sur Chamonix.

Mon dieu … quelle joie, ça va être énorme !

 

Arriver sur la ligne de départ de la CCC sans blessure malgré un gros volume d’entrainement et après avoir affronté les sélections et le tirage au sort est déjà un EXPLOIT remarquable pour un traileur… et bien j’ai bien failli passer à côté de la correctionnelle en me blessant sur ma dernière sortie longue 15 jours avant la course ! Douleur aigue sous le pied droit, je croyais à une fracture de fatigue. Heureusement, il ne devait s’agir que d’une contusion peu grave. Finalement, plus aucune douleur le 31 août à Courmayeur… ouf !

 

Nous arrivons en famille à Chamonix 6 jours avant la CCC.

 

Comme le dit avec justesse et humour Ilgrad un Kikou dans le récit de sa CCC 2013 ;

« Parcourir les rues de Chamonix pendant la dernière semaine d’août quand on aime le trail, c’est un peu comme arriver à la convention des fans de Star Wars déguisé en Stormtrooper. On comprend qu’on vit au milieu d’une secte … »

C’est exactement çà !

 

On a vraiment l’impression d’être arrivé à la Mecque du trail. Ambiance générale très sympa excepté la dérive mercantiliste inévitable des magasins.

 

Rencontre des champions élites de trail sur le village. Tous souriants et accessibles, se prêtant aux jeux des nombreux selfies.

 

L’organisation UTMB est une vraie machine de guerre. Très pro et très internationale.

 

Serein en début de semaine, je sens la pression monter doucement au fil des jours et tente de rester calme. Nous encourageons et félicitons à l’arrivée de la TDS nos 3 copains ; Olaf, Alex et Marc qui sont finishers. Ils ont rencontré des conditions de course difficiles avec une météo pourrie mais leurs yeux brillent à l’arrivée avec des étoiles pleins dans les yeux. Leur état de fatigue me fait peur quand je les vois … le lendemain, ce sera notre tour !

 

6h15 à Chamonix le vendredi matin, nous prenons l’une des nombreuses navettes qui nous emmène vers COURMAYEUR (le lieu de départ), par le tunnel du Mont Blanc. Impression de partir à la guerre !

 

Guillaume est très en retard. Il n’a pas pris la même navette que nous car il loge au camping de la mer de glaces. La navette venue le chercher avait 1 heure de retard. En conséquence, nous laissons nos sacs de délestage à 8h30 passés … pour rejoindre le départ.

Grosse ambiance à proximité de la ligne de départ.

Le peloton est divisé en SAS bien distincts (classement selon cotes ITRA) permettant aux élites de ne pas être bloqués par la masse …

1er SAS ; dossards en série 3000 : les meilleurs côtes ITRA dont les élites (en 1ères lignes)

2ème SAS : série 4000

3ème SAS : série 5000 … nous sommes au fin fond du 3ème SAS ! (J’ai une cote ITRA à 473) … Stéphanie classée 4000 aurait dû être dans le sas précédent mais par solidarité elle souhaite rester avec nous. Merci à elle … mais cela va malheureusement lui coûter cher finalement ...

 

Départ toutes les 15 mn à partir de 9h.

 

COURMAYEUR à TETE DE LA TRONCHE (10ème km) –> 1 400 m de D+.

 

Nous partons donc dans la vague de 9h30 de Courmayeur en Italie au milieu d’une foule dense qui applaudit à tout rompre. La température est douce (environ 13 °C) – Pas de pluie… pour l’instant. La météo a prévu de belles éclaircies ce matin pour nous accompagner dans notre grimpette de 1 400 m D+ jusqu’à la tête de la tronche. 

 

Notre allure est très modérée car les traileurs qui nous accompagnent n’ont pas tous choisi la queue de peloton par hasard et partent en trottinant à la vitesse de l’escargot au galop. Ce qui dans un premier temps nous va très bien …. C’est notre 1er   100 km et nous voulons nous préserver pour cette course très longue.

 

Nous rejoignons assez vite un sous bois avec de belles grimpettes qui nous ravissent.

C’est dense, il y a beaucoup de monde !

 

3 marketeurs de la team Hoka assis sur un rocher repèrent la marque des chaussures pour leurs études concurrentielles statistiques. Ce qui fait bien marrer la troupe des traileurs se moquant ouvertement d’eux … un des 3 techniciens décline à haute voix dans une longue litanie monocorde la marque des chaussures qu’il voit défiler pendant que ses 2 acolytes prennent des notes. Les gars sont imperturbables malgré nos quolibets moqueurs.

 

Au moment où la forêt s’éclaircit et que nous allons attaquer la montagne clairsemée, nous tombons sur un gros bouchon … 20 mn à poireauter ! Guillaume, puriste montagne des grands espaces vierges et libres fait une sacrée grimace qui me fait bien marrer. Pour couronner le tout, un traileur juste derrière moi possède un dossard sur lequel est écrit FERMEUR … drôle de nom pour un traileur !  Juste derrière lui 2 autres types sont en train de débaliser le sentier ! … nous sommes donc en queue avec les serre fils !!!  Honte à nous ! … voilà ce que c’est de prendre son temps ! … notre coach va nous pourrir la vie quand on va lui raconter çà !

 

Passé le bouchon, la montée vers la tête de la tronche est de toute beauté. Le serpent humain qui progresse en montée raide exacerbe la grandiose montagne en révélant toute la dimension dantesque de cette belle CCC.

Je lève la tête et découvre bien loin au dessus de nous, tels des fourmis minuscules des traileurs progresser à la queue leu leu sur la crête aérienne entre la Tête de la tronche et le refuge Bertone.

En dessous de nous, la vue sur la vallée d’Aoste est également majestueuse et fantastique.

 

Nous doublons dans la montée sèche assez rapidement des traileurs déjà dans le rouge arrêtés et scotchés sur le bas côté. Je suis surpris aussi d’entendre de nombreux coureurs souffler et ahaner bruyamment. Nous ne sommes qu’au début de la course ! Un type est assis sur une pierre et ruissèle comme un bœuf … je ne lui donne malheureusement pas beaucoup de chance de finir la course bien encore longue …

Ces coureurs manquent manifestement de préparation. Pourtant la course est sélective exigeant pour s’inscrire des points UTMB et donc du vécu sur des courses semi-longues (ad minima 60/70 km).

  

TETE DE LA TRONCHE à BERTONE (15ème km) :  13h32 – 4h01 de course – Place 2021ème ! 

 

Depuis la Tête de la tronche, nous descendons cette fabuleuse crête aérienne que j’admire à chaque revisionnage de la vidéo youtube de Bruno Poulenard sur sa CCC 2013. Je crois que c’est cette partie spécifique du parcours qui m’a fait le plus rêvé et particulièrement donné l’envie de courir la CCC.

 

Nous arrivons assez vite au ravito refuge Bertone (Italie). Ce ravito est mythique pour moi car l’UTMB passe aussi ici et nous courons à partir de là sur les traces de nos héros.

  

BERTONE à BONATTI (22ème km) : 14h57 – 5h26 de course – Place 1947ème

 

Encore un kiff d’enfer … le parcours en balcon face au Mont Blanc et les dômes de Rochefort, les glaciers de Rochefort et de Planpincienne de l’autre côté de la vallée, est là aussi de toute beauté. Le plaisir de courir en montagne est énorme. Difficile de décrire le bonheur d’évoluer entre amis sur ce monotrace aérien à flan de montagne … une vraie vibration de plaisir.

Je devrais alors être stressé par les barrières horaires mais je ne le suis pas car je suis confiant en notre niveau de course qui peut rapidement nous faire gagner beaucoup de temps et nous faire revenir vers l’avant … ce sera en partie vrai et en partie faux.

 

Le chemin est sec et très poussiéreux. Le passage de milliers de traileurs soulève la poussière qui vient se coller sur nos vêtements et malheureusement dans nos yeux. Il faut mettre des lunettes.

 

BONATTI à ARNOUVAZ (27ème km) : 15h54 – 6h23 de course ; Place 1899ème

 

Toujours aussi frais … nous courons bien et doublons des traileurs… mais les accélérations pour doubler en prenant parfois un peu de risque me saoulent prodigieusement car, faire du yoyo risque de nous coûter cher à la longue en perte d’énergie. D’autant que certains ne font aucun effort pour nous laisser passer et serrer un peu le côté.

 

La longue ribambelle de coureurs est très internationale. L’organisation UTMB a eu la très bonne idée de nous imprimer un petit carton avec notre drapeau et notre nom, que nous avons pour la plupart accroché sur l’arrière de notre sac à dos … ce qui nous permet de connaître précisément la nationalité de celui qui nous précède et d’engager la conversation avec lui si bon nous semble. Un jeune traileur espagnol, Toni, engage une longue conversation sympathique en espagnol avec Olivier et Stéphanie.

 

A gauche, le Mont Blanc, les grandes Jorasses et sa pointe Walker culminant à 4 208m. Le ciel s’est bien couvert et les nuages gris avoisinants donnent une ambiance légèrement sinistre et morose sur ce panorama gigantesque et impressionnant. Quelle vue ! J’ai la sensation de courir à proximité de géants endormis.

 

Nous arrivons à ARNOUVAZ en Suisse à 15h54 après 6h23 de course sans fatigue aucune.

Et là, les craintes de Stéphanie se confirment. Nous n’avons « que » 50 mn d’avance sur la 1ère barrière horaire (BH). Il ne va pas falloir lambiner !  

Commence alors une course avec les barrières au cul … et du stress ! Ce dont je ne suis habituellement pas habitué dans mes trails. Pas agréable ! On ne va pas pouvoir faire des pauses bucoliques sur le parcours alors que les paysages sont grandioses.

 

Autre prétexte à se faire peur, au loin sur la piste à venir, les nuages et la visibilité s’assombrissent en fond de vallée. 

 

ARNOUVAZ à GRAND COL FERRET (2529 m d’altitude) 17h30 – 7h59 de course – 1803ème.

 

Je quitte sans regret le ravito d’ARNOUVAZ qui est aussi blindé de monde que les autres ravitos précédents et je me délecte d’avance de la belle montée qui s’annonce pour booster mes quadris de bouquetin et grimper au mythique grand Col ferret (le plus haut point de la CCC).

 

La pluie commence à tomber. J’ai mis la veste imperméable gore tex au dessus d’un tee shirt technique et d’un « manches longues ». Ma caquette sous la capuche m’évite aussi d’être gêné par la pluie et le vent qui se lève. Bien couvert en haut mais en short court avec chaussettes montantes en bas … j’aurais dû enfiler le surpantalon de pluie qui est dans mon sac…. La flemme de m’arrêter de nouveau et de perdre du temps … mais c’est dangereux mon coco ce jeu là ! … tu risques le refroidissement.

Stéphanie et Olivier plus raisonnables s’arrêtent pour enfiler leur surpantalon de pluie comme d’autres traileurs prévoyants mais je n’ai pas froid et continue donc avec Guillaume notre progression pensant les attendre au sommet du GCF. La montée est longue mais pas très pentue ... du moins dans mon ressenti, et la température fraiche est idéale pour grimper. La pluie n’est qu’un crachin normand qui ne me dépayse pas … moi qui suis originaire du Cotentin normand !  Le vent à l’approche du sommet s’intensifie et je plains les bénévoles statiques dans la bourrasque qui nous bipent avec leur douchette électronique. Bravo les bénévoles et respect !

 

Grand Col ferret à La Peule à La Fouly (42 ème km) : 18h58 – 9h27 de course – 1712ème.

 

Passage au col à 17h30 – après 8h de course.

J’ai pris un peu d’avance sur Guillaume. Ne voulant pas me refroidir, je me lance dans la descente avec vélocité.

 

Et là … commence un moment extatique de trail … le moment d’euphorie dont on se souvient  longtemps … d’autant plus fort qu’on ne l’avait absolument pas prévu ! Je suis plutôt bon grimpeur mais un bien médiocre descendeur. Lorsque je commence la descente, je pensais vite freiner et souffrir des quadriceps dans un chemin bien gadoueux et instable. C’est tout le contraire qui se produit ! Mes jambes réclament de la vitesse, longtemps frustrées par le fait de devoir rester en sous-régime derrière des traileurs souvent plus lents. J’ai désormais besoin de « lâcher un peu les chevaux ». Nous sommes au 32ème km et je me sens frais comme un gardon avec une température climatique idéale pour moi. Go my friend ! Surtout, je me rends compte que mes Salomon speed cross 4 récentes, très peu usées et bien crantées ont une accroche phénoménale dans la boue ! Les autres coureurs peinent à trouver leur équilibre.

 

Le chemin suffisamment large me permet de doubler 61 traileurs sur 3,7 km jusqu’à La Peule.

 

Juste après la Peule (bip station), dans la descente, un traileur court juste derrière moi sur une partie de parcours en monotrace escarpée à flanc de falaise. Soudain, j’entends un bruit de chute. Je stoppe et me retourne, le type est tombé dans le fossé !!!  Heureusement, il n’a dévalé « que » sur 3 à 4 mètres, n’est nullement blessé mais il ne peut pas remonter. Je lui propose de le hisser à l’aide de mes bâtons que je tiens fermement en main, … en vain. A plusieurs traileurs, nous tentons une chaine humaine mais impossible de le hisser sur les parois pierreuses glissantes !  Il finira par remonter en biais en s’aidant des troncs d’arbustes robustes. Frayeur ! Il m’explique que l’un de ses bâtons avait ripé dans la boue et était tombé dans le vide, il avait tenté de le rattraper. Ouf, plus de peur que de mal.

 

Guillaume m’a rattrapé grâce à cet interlude de sauvetage. Lui qui est médecin urgentiste et pragmatique, ne voyant pas de blessure n’estime pas le besoin de s’arrêter sachant le traileur entre de bonnes mains. Il prend les devants. Je le rejoins quelques km plus loin avant LA FOULY que nous rejoindrons ensemble un peu avant 19h00. Nous sommes désormais en Suisse.

 

Nous venons de mettre une grosse claque à LA BARRIERE HORAIRE (1h30 d’avance) et sommes euphoriques en arrivant au ravito … pourtant il pleut.

 

Beaucoup moins euphoriques en entrant dans le barnum du ravito … blindé de monde, bruyant, mouillé par terre … pas de banc ou de table libres.

 

Stéphanie et Olivier arrivent un quart d’heure plus tard. Je lis la fatigue sur la figure de Stéphanie.

 

Un grand écran est fixé près de la toile du barnum. Des vidéos très personnelles défilent. Des proches et amis des traileurs ont laissé sur le site internet des petites vidéos d’encouragement et de soutien à leurs traileurs. Je suis touché non seulement par les images mais aussi et surtout par les visages des traileurs qui découvrent et visionnent ces vidéos. Certains pleurent, d’autres rient. D’autres crient leur joie. Moment d’émotion !

 

Au moment de repartir du ravito après 41 mn, Olivier me crie soudainement « Attention ! » et tente de me pousser … trop tard, une japonaise vomit sur mon bas de pantalon et ma chaussure gauche !  La pauvre dame semble très gênée. Je ne lui en veux pas et la rassure en anglais.

De toute façon la pluie dehors va vite rincer tout çà !

  

La FOULY à Praz de fort à Champex lac : 22h11 – 12h40 de course ; 1701ème

 

Je suis heureux car nous repartons à 4, groupés avant la nuit. Nous nous calons derrière Stéphanie qui mène son rythme. Parcours en descente légère en forêt. Nous devons rapidement chausser les frontales sur le crâne.

 

PRAZ DE FORT est un joli village suisse bien propret avec des chalets en bois mais nous le traversons dans l’obscurité … Guillaume ressent soudain sa vieille douleur tendineuse au genou de sa SAINTELYON 2017 ; « le syndrome de l’essuie-glace » … Aie … Aie… à mi course, cela n’est vraiment pas un bon présage et nous devons ralentir le rythme avant d’attaquer les premières pentes de la montée vers Champex.

 

1er coup de mou pour moi dans la montée de Champex. Sans être en hypoglycémie, je ressens pour la première fois un petit coup de fatigue et de moins bien … normal car nous avons déjà plus de 50 km de course dans les papattes.

 

Au loin nous entendons dans la nuit des voix vociférantes encourageant les traileurs. Probablement l’arrivée sur le ravito Champex … grosse ambiance. On n’est plus très loin désormais.

Lorsque nous arrivons à Champex, nous sommes éblouis par les grosses lumières du ravito et découvrons en contre jour les énergumènes brailler et hurler … je découvre soudain lorsque je suis tout prêt qu’il s’agit de mes enfants !!!! en compagnie de nos amis !!!  Incroyable !!! quel barouf sonore ! bravo !

 

Il est 22h11 et nous avons 1h20 d’avance sur la barrière horaire.

A partir de ce moment, nous sommes pris en main comme dans un rêve. Madame mon épouse, mes enfants et nos amis nous guident jusqu’au fin fond de cette immense tente du ravito. Nous avons une place royale presque vide pour nous reposer, nous changer, nous alimenter et nous hydrater avant de repartir dans la nuit pour une seconde partie de course.

Quelle chaleur humaine ! Avec la fatigue, nous sommes des éponges à émotion et la bise que me claque mon pote Olaf en quittant le ravito, son regard de soutien et son petit mot me font chaud au cœur. Merci.

 

Quel bonheur de repartir avec des vêtements propres, secs et de nouvelles chaussures. Cela vous ressource non seulement le physique mais aussi le moral.

 

Le départ à 22h53 au bord du joli lac est bien dur car les jambes sont froides. Difficile de remettre en branle la machine … le chemin est encore long et je crois alors affronter une nuit fatigante et très froide. Nous avons entendu que le kit grand froid a été activé pour les coureurs de l’UTMB actuellement en course. La pluie a cessé et la nuit en fait est bien douce en Suisse.

 

Une autre course commence …

 

Champex lac à Plan d’au à La Giète à Trient : 2h35 du matin 17h04 de course 1498ème

 

Direction « Plan d’au » avant de monter à la Giète à 1 886m d’altitude.

 

Le terrain est relativement plat au début et, bien que nous trottinons lentement avec Olivier, imperceptiblement, nous distançons Steph et Guillaume de 300 / 400 mètres. Soudain nous arrivons à une grande pancarte écrite « Barrière horaire Plan d’au à 0h30 – 1 300 mètres ». Il est désormais minuit à notre montre et nous croyons alors par manque de lucidité que PLAN D’AU est une « bip station » située 1300 mètres plus loin…. Alors que la précision « 1 300 m » indique en fait l’altitude de Plan d’au. Coup de stress et accélération ! En fait, il n’y a pas de « bip station » et la pancarte lue est bien située à PLAN d’AU. A ce moment, nous n’avions donc toutefois que 30 mn d’avance sur la barrière horaire car il était minuit.

 

Je souhaite attendre Guillaume et Stéphanie pour les booster mais Olivier me propose de continuer et de jouer désormais notre course à 2 compte tenu des barrières horaires. Il a raison car cela risque de devenir terriblement compliqué pour nos 2 amis si leur rythme de course continue à diminuer. J’espère encore à ce moment précis les attendre au prochain ravito pour leur expliquer et tenter de les faire accélérer … mais la suite de la course ne nous le permettra plus.

 

En sortant de la forêt, la pente monte déjà depuis un petit moment. Je lève la tête et découvre au dessus de nous une ribambelle de lucioles mouvantes arpentant et serpentant sur le versant de la montagne … quelle image … c’est beau ! On dirait que la montagne est vivante.

 

En préparant la CCC, je redoutais cette partie de trail de nuit après une journée entière de course. Allais-je être crevé et totalement cuit ? l’envie énorme de dormir ? la grosse fatigue ? … en fait cette seconde partie de course devient magique pour moi !

 

Progresser à la frontale sur ces sentiers au milieu de centaines de traileurs et traileuses devenus silencieux avec le poids des kilomètres et des heures, tous concentrés vers l’ultime but à atteindre, c’est top ! Le halo lumineux de nos frontales concentre notre esprit dans notre bulle et je profite avec grand plaisir de mes sensations et de la vue sur les ombres montagneuses ainsi que  les lucioles vivantes qui nous montrent le chemin restant encore à parcourir. Derrière en contrebas, c’est le même spectacle !  Je suis galvanisé.

 

Passage de la Giète à 1h28 du matin samedi après 67 km (1534ème) et 15h57 de course ….

Le ravito est uniquement liquide et bien original à la Giète, installé dans une sorte d’étable basse et typique où nous passons en express sans nous arrêter sauf pour remplir les gourdettes.

 

On se lance dans la descente.

 

J’ai eu la bonne idée … je m’en rends compte alors … d’investir sur une lampe ventrale en complément de ma frontale. Magique !  Réglable vers le haut ou vers le bas. Elle est fixée sur un harnais souple qui peut se mettre au dessus du sac. Elle éclaire comme un phare avec 3 densités lumineuses optionnelles. Je l’éteins dans la montée et l’allume plein phare dans toutes les descentes. Bonne autonomie, elle durera jusqu’à la fin de la nuit. En fait, non seulement je profite d’une parfaite luminosité qui me laisse éveillé et me sécurise sur mes appuis mais les autres traileurs (dont Olivier) apprécient grandement que je leur éclaire le chemin !

 

Nous arrivons avec plaisir à TRIENT où j’avais repéré une belle église rose 3 jours avant lors de notre reco en famille des points de ravitos.

 

Nous sommes accueillis par des bénévoles femmes qui dansent et chantent sur la chanson de Joe Dassin « les yeux d’Emilie » … très rétro mais sympa.

 

La barrière horaire à Trient est fixée à 4h00. Nous avons donc regagné du temps ; 1h25mn d’avance sur la BH, ce qui est confortable. Nous allons attendre 25 mn à ce ravito sans voir malheureusement nos amis arriver.

 

Le ravito est déjà plus clairsemé que les précédents. Mon estomac se porte bien pour l’instant. Bonne gestion de l’alimentation. Ne pas trop manger, ni trop peu.

 

Avec un pincement au cœur, nous quittons le ravito sans avoir revu Steph et Guillaume.

 

En fait, Stéphanie et Guillaume vont arriver à 3h59 à TRIENT une petite minute avant la barrière horaire. Mais ils vont décider de rester et d’abandonner à TRIENT 20 mn plus tard. Guillaume blessé et Stéphanie fatiguée en hypothermie. Nous ne le saurons qu’à l’arrivée. 

 

TRIENT à Les Tseppes à Vallorcine (83ème km): 6h03 –– 20h32 de course 1396ème.

 

Nous reprenons la course pour attaquer rapidement une nouvelle montée bien sèche, ce qui n’est pas pour me déplaire !

 

Je suis désormais dans l’inconnu, car je n’ai jamais dépassé cette distance en trail (72 km). Mon 1er ultra ! Olivier lui avait déjà couru les 80 km de l’ECOTRAIL DE PARIS … mais un terrain assez roulant.

 

Nous évoluons au-dessus de Martigny une ville du valais suisse illuminée tout en bas dans la vallée. Aucune lumière parasite dans la montagne pour nous empêcher de profiter du panorama magnifique sur cette vaste mosaïque de points lumineux scintillants mille mètres en contrebas.

 

Nous évoluons désormais sereinement car nous avons de la marge sur les BH et sommes dans notre rythme de course.

 

La descente vers Vallorcine se fait bien. Le ciel est nuageux mais non menaçant. Les premières lueurs du jour commencent à éclaircir très légèrement les sommets.

Les organismes des traileurs sont désormais en souffrance et nous stagnons derrière des files de traileurs trop lents.

Olivier qui habituellement est d’un calme olympien en toutes circonstances râle soudain derrière moi et « pète les plombs » en doublant comme un sauvage en équilibre sur le bord de la piste le train de traileurs qui nous précède.

 

La remontada au classement continue. Doubler, doubler … et encore doubler – Vive Pacman !  Nous croisons désormais des dossards série 4000 voire quelques dossards égarés série 3000 …. Que font-ils ici ? A l’arrivée à Chamonix, nous aurons en fait gagné 681 places depuis le refuge Bertone.

 

Arrivée au ravito de Vallorcine à 6h03 alors que le jour se lève. Arrêt « au stand » 14 mn top chrono. Le barnum semble presque vide par rapport à ceux de début de course. Il eut été agréable de glandouiller ici une bonne heure, d’autant que nous avons 1h18 sur la barrière horaire et que les bénévoles sont toujours aussi charmants, bienveillants, chaleureux et disponibles… mais bien que fatigués physiquement sans être cuits, nous sommes en mode warriors dans nos têtes et nullement ensommeillés. Il nous reste du jus et des jambes. Bémol, Olivier constate qu’une vieille douleur, sa fibrose de l’Ecotrail de Paris, se réveille. Mais nous ne sommes plus très loin de l’arrivée. Il nous reste 18 km…

 

Vallorcine à Tré le champ à La Flégère (94ème km) : 9h22 – 23h51 de course – 1328ème.

 

Longue montée peu pentue vers le Col des Montets. Nous éteignons les frontales et admirons les majestueuses montagnes dans le petit matin. Pas de soleil mais le décor gris bleuté est sublime. Les montagnes environnantes dégagent un magnétisme envoutant. Le jour se lève et conforte notre motivation et notre certitude de finir cette course mythique. L’émotion et la fatigue me donnent envie de pleurer de joie.

 

Au col des Montets, le chemin normal de la CCC devait grimper à la mythique « Tête aux vents » mais l’Organisation UTMB a détourné le parcours par suite d’un éboulement survenu sur le chemin de randonnée et ayant tué un randonneur quelques jours auparavant.

La variante 5 que nous a concoctée l’Orga UTMB n’est toutefois pas plus facile semble-t-il car nous prenons un parcours technique que je connais bien, celui de mon Marathon du Mont Blanc 2017. Et je sais que la partie réservée est bien cassante et technique avec, pour finir, une belle montée finale vers la Flégère. Mais je suis content d’arriver en terrain connu.

 

Certains traileurs sentant l’écurie mettent le turbo et nous doublent mais nous continuons nous aussi à doubler quelques coureurs.

Les traileurs ne courent quasiment plus désormais, … nous sommes tous en mode marche rapide sur les parties plates ou tout au moins en tentatives douloureuses de trottiner … vive la rando course !

 

Olivier souffre beaucoup de sa fibrose désormais mais, fidèle à lui-même, fort, stoïque et courageux, il ne se plaint pas et continue de me suivre. Pour moi tout va bien à part les douleurs habituelles d’une fin de trail long. Mes anciennes blessures m’ont foutu une paie royale …

 

Dernière grimpette vers la Flégère à la queue leu leu … bizarrement, la course s’est de nouveau densifiée alors que nous avions après Vallorcine des écarts conséquents entre les coureurs.

 

Des belges sont venus encourager leur jolie coureuse Blondinette (dossard série 3000) pour l’aider à finir et courir la fin de course avec elle. Leur accent et leur chaleur humaine chantent à mes oreilles. Vive la Belgique !

 

Le ciel est couvert mais le soleil brille de mille feux dans ma tête J

 

LA FLEGERE à Chamonix : arrivée finale (101 km et 6082 m de D+)  : 10h47 après 25h16 de course en 1340ème position.

 

Arrêt ravito express 5 mn dans le petit barnum bien encombré … marre du monde !

1h23mn d’avance sur la barrière horaire.

 

Nous filons désormais vers l’arrivée …. Enfin ! … filer est un bien grand mot car le début de la descente est un calvaire pour nos quadriceps « fusillés » et surtout pour Olivier qui souffre de sa fibrose et sert les dents.

 

De nombreux traileurs sentant l’arrivée accélèrent et courent dans la descente (8 km avant Chamonix). Nous sommes au début complètement incapable de trottiner car la pente est facile mais est raide ! En conséquence, nous nous faisons doubler.

 

Nous aidant de nos bâtons, sur le joli sentier en lacets, nous adoptons avec Olivier une technique de « marche course glissée » très efficace car nous rattrapons des coureurs qui trottinent. Longues enjambées souples et actives (presque courues) en mode assimilé marche nordique. Intéressante cette technique de course. A reproduire sur d’autres trails longs.

 

Un traileur italien vomit ses trippes à chaque virage. Je lui propose mon aide qu’il refuse.

 

De nombreuses personnes montent sur le chemin à la rencontre de leur(s) ami(s) et proche(s). Ils nous encouragent tous chaleureusement. Ils sont tous frais et sentent bon alors que nous descendons à leur rencontre avec le poids de nos kilomètres et de notre nuit blanche.

 

Quel plaisir pour moi cette descente vers l’arrivée malgré la fatigue et les douleurs dans les papattes. Je profite pleinement de ces instants magiques. Je vais finir mon 1er ultra, finir en compagnie de mon pote Olivier cette mythique CCC, arriver accueillis par ma famille et nos amis sur la mythique ligne d’arrivée UTMB dans Chamonix après 100 km de course !

 

A 2 km de l’arrivée, soudain, ma cheville gauche se tord … je pars en déséquilibre sévère sur ma droite devant un Olivier ébahi … me retrouve sur la pente en hors piste dans les cailloux ! En version trail, c’est du « Randy Mamola au grand prix moto de Saint Marin en 1985 » !  Comme pour ce coureur moto devenu célèbre sur 3 secondes d’embardée acrobatique, le corps et les réflexes réagissent en un millième de secondes. Mes jambes fonctionnent toutes seules malgré la fatigue et trouvent des appuis sur des rochers instables. Je me suis rattrapé et je repars sans même m’arrêter. Etonnant non cette capacité du corps à réagir en situation de danger ?

 

Nous déboulons sur le bitume à 1 km de l’arrivée, longeons la rivière l’Arve en centre ville …. Je retrouve ma fille avec son appareil photo qui nous mitraille. Bonheur de la voir.

 

La foule est dense à cette heure de milieu de matinée en centre-ville. Les encouragements nombreux et cris de la foule font chaud au cœur. J’avais pris plaisir de voir Chamonix encourager les héros de l’arrivée du 80 km du Mont Blanc en 2017 et de la TDS 2 jours avant. Maintenant nous sommes ces héros d’un jour et c’est notre tour !

Nous en profitons pleinement.

Derniers virages, la ligne d’arrivée en vue avec son arche !

La fatigue a totalement disparu. 

 

Moment de grâce trailique. Quel pied !

Nous finissons avec Olivier bras dessus bras dessous notre CCC … quelle belle aventure et quelle fin de course que je souhaite du fond du cœur à tous les traileurs de vivre intensément. Quelle émotion !

Nous finissons sous les vivats du public et les félicitations du speaker. Ma femme et notre copain Marc (qui a fini la TDS) nous accompagnent sur les derniers mètres. Leurs yeux brillent de bonheur pour nous.

Nous nous souviendrons longtemps de ces moments intenses.

Inoubliable pour moi de voir la joie et la fierté dans les yeux de mon épouse, ma fille et mon fils à l’arrivée de cette mythique CCC. Merci à eux de m’avoir soutenu et accompagné dans la prépa et la course.

Mais je suis déçu que Steph et Guillaume ne soient pas avec nous pour profiter de cette Arche d’honneur et d’arrivée.

  

PS 1 : Montage vidéo en cours. Je la mettrai sur le site ultérieurement pour ceux que cela intéresse.


PS 2 :

Vainqueur homme anglais Thomas EVANS en 10h44

Vainqueur femme chinoise Miao YAO en 11h57

Dernier arrivé classé CCC : 1622ème en 27h30

24,4 % d’abandons.

 

 

 

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