Récit de la course : Courmayeur - Champex - Chamonix 2013, par blaireau59

L'auteur : blaireau59

La course : Courmayeur - Champex - Chamonix

Date : 30/8/2013

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 771 vues

Distance : 101km

Objectif : Terminer

6 commentaires

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CCC 2013 - Grande Première

Petit retour sur les moments clés de cette CCC 2013, première grande course de montagne pour moi, pour fêter ma première année senior !

 

Préparation : Comme d'habitude, pas de plans ou de calculs, mais un entrainement aus sensations, et des courses de préparation en fonction de l'état de forme. Les six premiers mois de l'année sont ponctués par de nombreux raids multisports (notamment étudiants), dont le fameux raid EDHEC, qui me permet de faire 5 jours de gros D+ à pied comme en VTT. Le Grand Défi des Vosges (55kms), la nocturne du raid normand (50km), l'UTTJ (abandon au 30ème km le premier jour sur malaise, 55 kms le lendemain hors classement général). Niveau entrainement, quelques sorties sur les terrils de la région, mais un cruel manque d'entrainement en montagne et de sorties longues à pied. Le vélo ne compense pas tout. 

 

L'avant-course : Arrivée à Chamonix le jeudi en début d'après-midi, l'arrivée des derniers de la TDS met tout de suite dans l'ambiance. Je me dis que le samedi matin je serai sûrement dans le même état, ce n'est pas rassurant ... Etape suivante : la remise des dossards. Le gros point noir du WE, avec plus de 2h passées dans la queue ! Finalement tout va bien, dossard et réservation de bus en poche, il est maintenant temps de rejoindre la résidence où je me fais héberger par des suisses. La soirée passe vite, entre plat de pâte et préparation du matos. 

Réveil à 5h, Navette à 6h30, impressionnant de se retrouver entourer de traileurs du monde entier, qui paraissent tous avoir une expérience de fou, alors que ca fait un petit 4 ans que j'ai commencé à courir, et que je n'ai jamais couru dans les Alpes ou les Pyrénées. J'ai la chance d'être au départ avec un ami, ce qui atténue un peu l'appréhension, et permet de partager un moment incroyable jusqu'au départ. L'attente à Courmayeur est longue dans ce hall bondé, mais je comate bien pour finir tant bien que mal ma nuit. 

Départ vers le sas de départ, ce sera le second pour nous. L'objetif unique est de finir, avec en tête tout de même les horaires théoriques de passage pour finir entre 20 et 22h. Mais ce genre de course est beaucoup trop aléatoire à mon niveau pour prévoir un vrai objectif temps sur une telle distance. C'est un vrai plaisir d'être au départ de cette course, l'aboutissement d'une longue préparation (physique, logistique ...). 

 

La course : Après la lecture de tous les récits CCC et UTMB sur kikourou, j'ai bien noté qu'il faut partir très prudemment, et marcher dès les premières montées. Je me force à ne pas emballer la machine, je suis la masse. La première portion de route me parait relativement longue par rapport à ce que j'avais imaginé. L'arrivée sur les chemins permet de se dire qu'on est enfin dans la course, partis pour une grosse vingtaine d'heures à crapahuter autour du Mont Blanc, le bonheur. Cette montée vers la tête de la Tronche passe bien, en rythme, en profitant des bouchons pour faire redescendre le cardio, s'alimenter un peu, et ouvrir grand les yeux ! La dernière portion est impressionante, avec une file continue de traileurs jusqu'au sommet.

Passage au sommet en 2h32' (828), j'avais imagine une bonne vingtaine de minutes de moins, petit coup de stress. Je vois néanmoins beaucoup de coureurs encore en train de monter, ca rassure. La descente est jouissive, je lache un peu les chevaux en suivant une fémine qui se fait plaisir. Un gros moment de bonheur. 32' pour arriver à Bertone après 3h06' (741) de course. Arrêt quelques minutes, plein d'eau et quelques verres de boisson énérgétique et ca repart. Je retrouve mon collègue de balade à la sortie de ce ravito, nous ferons la section vers Bonatti ensemble. Superbe chemin, nous progressons calmement, tous les voyants sont au vert. Nous sommes surpris par un groupe en contrebas du sentier (entre 100 et 200 personnes à vue de nez tout de même), qui se désinteresse complétement de la course. Ce petit moment nous fait bien rire, et fait marcher le cerveau pour se demander pourquoi donc ces personnes sont là.

Enfin arrivé à Bonatti, après 4h12' de course (682), arrêt ravito en prenant son temps, pas de stress on est pas à la minute. J'en profite pour enlever mes chaussures, j'ai l'impression d'avoir des cailloux : le début des ennuis. C'est reparti pour Arnuva, avec un chemin agréable. La descente se fait au ralenti, j'ai vraiment mal au pied sous le talon, j'attends le ravito pour faire le point sur tout ca. Premier gros ravito après 5h02' de course (621, meilleur classement de la course). J'enlève chaussures et chaussettes, et je me rends compte que ce ne sont pas des cailloux, mais mes pieds eux même qui me font souffrir. La peau sous le talon est déjà explosée, je suis désabusé moi qui n'ai jamais d'ampoules. Une doc qui passe par là me dit de passer sous la tente médicale avec elle. Malheureusement elle ne peut pas faire grand chose. 

C'est reparti vers le Grand col Ferret, j'ai du mal à poser le pied à terre mais il faut avancer. Passage sur le petit pont à la sortie du ravito, je laisse partir dès les premières pentes mon copain qui est plus rapide en montée. Les sensations sont mauvaises à la sortie de ce ravito. Je prends mon rythme et profite de ce col maginifique, qui dans d'autres circonstances me conviendrait parfaitement. Je reconnais Sabzaina, je savais que nos niveaux étaient proches, j'avais repéré son plan de course, et lu tous ses récits. C'est sympa de pouvoir parler un peu, même si je suis vraiment dans le dur. Une belle rencontre ! Après avoir faire le rythme pendant quelques hectomètres, rien ne va plus. Je ne dis rien, et me gare sur le côté. Gros moment de vide, pas de force. Ce qui devait arriver arriva, je vomis. J'ai la hantise d'un abandon comme celui que j'ai vécu sur l'UTTJ cette année (vomissements terribles, rapatriement par la croix rouge, passage chez le médecin...). Mes expériences en raids m'ont appris à gérer un peu ces moments durs. Je sais que la course est longue, je prends mon temps, il faut que je me refasse tout doucement. Je reste assis de longues minutes, puis repars très tranquillement. Je finis la montée avec un coureur qui me motive bien, un grand merci à lui, super sympa ! C'est ca aussi l'esprit trail.

6h49 de course au sommet (808), section réalisée à la vitesse supersonique de 2.49 km/h. Je ne traine pas trop en haut, il fait vraiment frais, certains mettent leur Gore-Tex. Je me dis surtout qu'en basculant on va très vite retrouver des températures agréables. Je reprends tout doucement mes esprits dans cette très longue descente, je ne pense plus à rien, juste à avancer vers La Fouly. Je sors l'ipod pour me mettre dans ma bulle. Passage à la Fouly en 8h12 (771). Cette partie de la course fut finalement la plus rapide (7.3 km/h de moyenne), malgrè des sensations moyennes. 

Bon gros arrêt à La Fouly, je suis content d'être passé en Suisse, je sais que nous sommes dans la deuxième phase de course. Direction Champex, je me fais plaisir sur ces chemins, j'en profite pour passer deux ou trois coups de téléphone, j'ai besoin de parler, d'extérioriser ce que je vis. Je perds sur cette section mon ipod, ca m'occupe l'exprit pour un moment, je sais qu'il ne faut pas perdre d'énergie avec ce genre de trucs, mais ce me saoule de perdre mon ipod avec ma playlist spéciale CCC. Je peux toujours écouter de la musique avec mon téléphone mais quand même. Les passages à Praz de Fort et Isssert sont magnifiques, je bois un petit thé au ravitaillement sauvage, un grand merci ! 

Arrivée au peid de Champex, je reprends mon petit rythme de montée, je ne veux pas retrouver les sensations du grand col ferret. Cette montée est plus longue que ce que j'imaginais ! Champex est atteint en 10h39 (722), j'ai bien remonté ! L'objectif intérmédiaire est atteint, une bonne chose de faite. Gros ravitaillement, je ne peux néanmoins pas manger de pâtes. Ce ravito m'opresse, je sors donc en passant le contrôle matos, pour aller me changer dehors au calme. Je m'habille en mode nuit, et je pars avec la frontale sur la tête. 

Cet arrêt a fait du bien, je suis content de repartir vers la suite des réjouissances. Le début de la fin arrive dans Bovine. Un calvaire. Je suis mal, je suis écoeuré de tout, je veux dormir ! Je n'avance plus. Je traine ma misère en faisant des pauses tous les 100m. Je crois un coureur qui dort je veux absolument faire pareil ! Je cherche un endroit pour me poser, rien de bien confortable en perspective. C'est comme ca que j'arrive au pointage où je m'effondre (13h30', 734). Les infirmières présentes là-haut dans cet alpage improbable, s'occupent de moi. Je m'enroule dans deux couvertures de survie. Tests médicaux, et consultation du médecin par téléphone. J'ai le droit à une double dose d'antivomitif, qui avec le recul m'aura fait grand bien. Je fais une crise d'hyper-glycémie ! Moi qui fais bien attention de m'alimenter etc... Je me retrouve avec trop de sucres dans le sang, plus capable de l'assimiler. Je change donc toute mon alimentation pour la fin de course. 

Après plus de 30 minutes d'arrêt, je repars avec la seule idée en tête de rejoindre Trient. Rien de plus. Le moteur se remet tout doucement en marche. Je déroule vers Trient, le passage à la Forclaz est traitre ! On pense approcher mais que nenni ... ! Je finis par y arriver, bonne pause une fois de plus. (15h32, 874).

Après un bon check-up avec moi-même, je me dis qu'il faut tenter le coup, on continue ! Un bon souvenir que cette montée de Catogne. Aucun arrêt, c'est une petite victoire. Je fais même le rythme d'un gros groupe sur la fin de la montée. Sommet en 17h25, 802ème. Je bascule, mais je me fais doubler dans la descente, certains filent comme des avions ! Le début de cette descente est glissante avec la rosée, les appuis ne sont pas sereins. Pas de grands souvenirs, à part des panneaux annoncant des temps de parcours totalement farfelus ! Je sais qu'il ne faut pas regarder tout ca, mais impossible de m'y empêcher. Ca influe clairement sur le moral ! Vallorcine, 26 minutes d'arrêt, 18h42 de course, 806ème. Je sais que c'est gagné, je ne m'arrêterai plus ! Je n'y crois pas ! 

Je repars vers le col des Montets, dans ce faux plat longuet. Je me force à courir un poil pour que ca passe plus vite tout simplement. J'ai hâte d'en découdre avec la dernière montée, même si je suis vidé, et que mes pieds me font maintenant hurler. Les lumières des frontales dans la tête au vent sont incroyables, qui sont ces traileurs qui montent vers les étoiles ?!? La montée est raide et technique, au plus on avance, au plus il y a de rochers ... Mon hôte suisse m'avait prévenu. Je prends mon temps, ça avance doucement mais sûrement. Le sommet tarde à venir, on croit arriver, mais non, il faut toujours en rajouter un peu. Le sommet arrive comme une délivrance. Les difficultés sont maintenant derrière moi (21h30, 769)! Enfin c'est ce que je croyais ... ! La descente vers La Flégére est un calvaire, je double une fille qui court avec son copain/mari, elle est en larmes sur un rocher, à bout de force. Le jour s'est levé, c'est maginifique je veux rester là-haut dans ces montagnes ! Je profite à fond du moment, c'est incroyable ce que je vis. 

Dernier ravito après 22h21 de course (792), je profite à fond du moment avec les bénévoles. La descente vers Chamonix est la descente de trop pour mes pieds complétement en feu ! Ma tête et mes jambes veulent tout lacher, mes pieds ne peuvent pas, dommage. Je filme le dernier km avec mon téléphone, cet instant est incroyable ! Je cours comme jamais dans les rues de Chamonix, j'ai du faire le dernier km en 5' à peine ! 

Bilan 23h52 de course, 818ème. L'essentiel est là j'ai fini, et en moins de 24h ! Mes deux grosses défaillances dans le Grand Col Ferret et dans Bovine me coûtent quelques heures, mais c'est pas bien grave, j'ai encore appris. Je suis capable de le faire, vous qui lisez ce récit jusqu'au bout, vous pouvez le faire aussi ! Tentez le coup, croyez-moi ca en vaut la peine ! Mes pieds sont toujours dans un sale état, c'est la seule "séquelle" qu'aura laissé ce trail. 

Chamonix je ne voulais pas te revoir, mais je reviendrai c'est certain ! 

Merci à tous ceux qui m'ont soutenu tout au long de la course, incroyable le nombre de messages de soutien reçus ! 

 

 

 

 

 

 

6 commentaires

Commentaire de Sabzaina posté le 18-09-2013 à 07:11:14

J'ai été moi aussi ravie de te rencontrer.
Très beau récit qui prouve que tu as eu un sacré mental: repartir après tous ces déboires... Bravo à toi pour ta ténacité !

Commentaire de paulotrail posté le 18-09-2013 à 07:56:37

Quel courage, bravo à toi.
Avec un moral pareil, ça promet pour l'avenir :)

Commentaire de yoshi posté le 18-09-2013 à 10:22:45

Super cr qui me conforte sur le fait sur mon intention de tenter ma chance pour la CCC 2014. Quel mental !

Commentaire de bubulle posté le 20-09-2013 à 11:35:49

Merci pour ce récit qui me met en perspective le suivi live (où j'avais bien vu le gros coup de mou du Grand Col Ferret...je ne donnais pas cher de ta peau à ce moment là!).

Et à l'année prochaine sur la TDS ? (y'aura Sab aussi mais elle ne le sait pas encore, chuuuut)

Commentaire de blaireau59 posté le 20-09-2013 à 12:49:48

Exact, le moindre coup de mou ne peut échapper à un suivi pareil ! :-)

Pour l'année prochaine, je réfléchis tout doucement, CCC, TDS, autre ... C'est encore un peu tôt, le prochain "objectif" sera la Saintélyon, pour finir l'année tranquillement.

Commentaire de VV35 posté le 20-09-2013 à 17:43:48

chapeau bas ! pas mal de déboires effectivement et toujours le mental pour aller au bout ! bravo ! bel exemple de dépassement de soi. avec au final et d'un point de vue global, une belle régularité malgré les déboires...sans les ennuis, c'était le podium !

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