Récit de la course : Courmayeur - Champex - Chamonix 2014, par elsangliero

L'auteur : elsangliero

La course : Courmayeur - Champex - Chamonix

Date : 29/8/2014

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 685 vues

Distance : 101km

Objectif : Objectif majeur

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Une CCC à fond, quelle idée !

Une CCC à fond, quelle idée !

Il faut remonter à octobre 2012 pour retrouver l'idée - ou plutôt l'envie - de courir vite les ultras. Cette envie nait d'un diagonale des fous terminée, mais à un rythme très lent. Après la légitime satisfaction d'avoir bouclé mon premier 170km, une certaine lassitude des fins d'ultra à 3km/h s'installe. Je décide alors que 2013 sera une année de break, consacrée à revenir sur des courses plus courtes et rechercher la vitesse. Cette année est diverse et un peu folle, marathon et courses courtes sur route, trail, half ironman, traversée du Lac à la nage. En octobre, le trail des Glières est mon premier 50km alpin couru à fond. Arrivé à 10% du classement, ce premier objectif est atteint. Quelques semaines avant, alors que j'étais commissaire de course sur la CCC et l'UTMB, voir la tête de course de la CCC m'a rendu à l'évidence : la CCC 2014 sera la course ou je tenterai un 100km rapide. La bande orléanaise de toujours rejoint le projet, ainsi que Rastamu qui va tenter son premier 100 km. Nous passons l'obstacle du tirage au sort aux inscriptions. 2014 sera centrée sur cette course. Que du trail, des courses de printemps sur des formats 50km puis les deux mois d'été pour finir la préparation foncière. Après un mois de blessure en mai, la marathon race confirme début juin ce gain de vitesse avec pour la première fois un classement dans les premiers 5%.

La Préparation

La préparation de la course débute vraiment fin juin quand Rastamu et moi reconnaissons le dernier segment de la course entre Vallorcine et Chamonix. Ca y est, ça prend forme ! Nos vacances pyrénéennes sont plus sportives qu'à l'accoutumée, avec près de 600 km de vélo en montagne et un peu de trail. Un peu seulement ? En effet, j'ai misé cette année sur le vélo de route pour préparer le foncier. Au retour des vacances, la reco entre Courmayeur et Vallorcine, sur deux jours, finit de nous faire basculer dans notre bulle Rastamu et moi. Même si cette reco se déroule dans un état de forme très moyen, suite à un régime sec, elle est ultra bénéfique pour nous deux. La dernière partie de la préparation est concentrée sur le matos et la mise au point de l'assistance. L'assistance en trail est toujours un sujet discutable, mais le règlement de l'UTMB l'autorise sur trois ravito. Pour moi, c'est clair, autant l'utiliser. Depuis un moment il était donc prévu que mon fils Alex assure cette assistance. Je passe beaucoup de temps en août sur cette préparation que je veux être quasi professionnelle.

La tactique de course

Mon abandon sur l'UTMB 2008 m'avait laissé comme enseignement que, même en ultra, et surtout en ultra, le diable est dans les détails. Je décide de ne laisser passer aucun détail et notamment sur la tactique de course. J'ébauche une tactique découpée selon les trois tiers du parcours, gérer la première partie Courmayeur au Grand Col Ferret, récupérer pendant la seconde partie Grand Col Ferret au plan de l'Au (après Champex) et attaquer sur la dernière partie. L'objectif initial est de finir dans les 10% soit un top 200 en 19h. Quelques jours avant la course, je le revois à la hausse avec une cible de 18h qui correspond mieux à mes vitesses fondamentales en montée, descente et sur le plat. Je me demande même si je ne pourrais pas lorgner du côté du top 100 !

J-2 et J-1

Le groupe se (re)constitue mardi soir à la maison. Six coureurs sur la CCC, une sur l'OCC. Nous avons décidé d'aller le mercredi retirer nos dossards pour pouvoir rester tranquille le jeudi. Jeudi est donc consacré à boucler les derniers éléments de matos et briefer l'assistance. Jeudi est, comme pour  tous mes J-1 de course, une longue journée, une journée où je laisse fuiter quelque kilowatts d'énergie en mauvais stress ! Nous rejoignons Courmayeur en fin de journée après un dernier coup de flip car je me suis trompé sur l'heure du bus, nous le prenons in extremis et faisons même monter notre ami François en route. Après avoir pris nos chambres au toujours accueillant Hôtel Croux, nous faisons pasta pizza party et à 20h30, tout le monde est au lit … sauf François qui attend sa femme Lolo. Elle est en train d'en finir vaillamment avec l'OCC et nous rejoindra vers 23h en voiture.

Un départ plus rapide que prévu

Enfin ! Le jour de la course ! Nous nous rendons vers le départ qui s'effectue par sas. François et moi sommes dans le premier, Maguy, Rastamu, Christophe et Séb dans le second. Les deux filles ont prévu de courir ensemble, comme les deux garçons. Rastamu est émue aux larmes, une forte et saine pression. Je lui dis qu'elle va aller au bout, qu'elle est préparée et au niveau de l'événement. Après les traditionnelles embrassades entre tous, François et moi nous partons à mon avis dans les 500. Agacé par ce placement moyen, trop loin de la tête, je mets donc les gaz et François reste plus tranquille. Premier km et premier incident de course, je perds un bidon dans les rues de Courmayeur. Heureusement, un autre coureur me le rend. Je ne l'avais pas attaché correctement … le diable est dans les détails, encore le souvenir de cet UTMB 20008 avorté à cause d'une succession de petites approximations ! Je connais le sentier de la tête de la Tronche, il n'est pas aisé de doubler, il faut donc reprendre un maximum de places sur la première partie goudronnée jusqu'à l'Ermitage, que je vais faire à la course alors que de nombreux coureurs marchent déjà. Les 600 derniers mètres de dénivelé de la montée vers la tête sont assez secs, je les gravis dans une espèce de fractionné, j'accélère, je double, je fais redescendre le cœur. Plus vite que les 900m/h prévus, sans doute à plus 1.000m/h. Je passe la tête en 211ème position avec 13 minutes de retard sur mon plan à 18h. Je suis à ce moment avec Yolanda qui continuera sur ce rythme pour gagner  en V1F. La crête qui suit, je l'avais bien appréciée lors de la reco, courante, terrain souple, plusieurs sentiers donc facile à doubler. Je fonce littéralement, j'aime de plus en plus la descente. Sur la dernière section, la pente se fait plus raide et plonge sur le refuge Bertone que j'atteins en 178ème position. 33 places de mieux sur les 4,5 km et plus que 7 minutes de retard sur mon plan. Cette place sera la meilleure de toute la course. Je sais que je vais perdre des places car nous attaquons la remontée du Val Ferret Italien, secteur peu dénivelé où il faut avoir de la vitesse et constamment relancer. Deux minutes d'arrêt à Bertone pour recharger en eau mon bidon. Sur la course, j'ai gardé la logique d'avoir un bidon plein à main  droite et de garder un demi-bidon, soit une heure, en réserve pour les fins de section. Le secteur Bertone – Bonatti se passe plutôt pas mal, je gère ma course et ne me laisse pas influencer par les avions de chasse qui me doublent à deux ou trois km/h de plus que moi. Après la montée sèche vers Bonatti, j'arrive au refuge en 197ème position avec 5 minutes de retard sur mon tempo. Je n'avais pas prévu de m'y arrêter mais un petit caillou dans la chaussure m'y oblige. Souvenir encore, de l'UTMB 2007 cette fois, où j'ai laissé traîner cette situation, cela s'était terminé par une opération aiguille+fil pour vider une ampoule à trois heures du matin à la Croix du Bonhomme ! Fin de la traversée toujours dans ma bulle, comme me l'a conseillé Olivier (Oufti) avant la course, et descente gaz vers Arnuva. Cinq minutes d'arrêt programmées au ravito. Je pointe à la 199ème place avec 7 minutes de retard sur mes prévisions. Pas mal après quatre heures de course. En avant pour le Grand Col Ferret, qui nous avait bien fait souffrir lors de la reco. Eh bien voilà, l'histoire se répète, pas beaucoup de gaz sur cette montée. Là où je devrais monter à 14 m/min, je suis plutôt à 12 voire 11. Coup de mou ! Je me fais beaucoup (trop) doubler pour une montée. Je prends un gel coup de fouet et mon mal en patience, je puise même dans mes réserves pour rester dans le tempo sur la fin de la montée où les autres concurrents ralentissent. Première averse de la journée, au niveau du refuge Helena. Je choisis de mettre la goretex et la garderai jusqu'au col que je sais venté et plutôt frais. Sans affolement, je me mets donc dans le rouge, confiant en ma tactique de course qui devrait me voir récupérer sur la prochaine section. Ce magnifique col arrive, 20 places perdues dans une montée …et 18 minutes de retard sur la prévision. Un coup de mou peut-être lié à une première ascension très rapide, mais qui ne m'aura couté que 10 minutes, pas dramatique.

Un deuxième tiers à bilan énergétique positif

J'attaque la descente vers la Fouly avec des jambes moyennes. Décidément, ce col ne me réussit pas. Je perds des places en descente, n'importe quoi ! Rassurez-vous, cela n'arrivera plus ensuite – lol. Je retrouve progressivement de meilleures sensations et arrive à la Fouly où j'ai programmé un arrêt de 10 minutes, la première fois que je vais m'assoir depuis le départ. Et surprise, je vois mon ami Jean-Paul qui est venu me voir. Savoir que ses amis ou familles sont au prochain ravito, c'est un vrai carburant, avoir la surprise de les y trouver, c'est du bonus ! Je suis 228ème, avec 17 minutes de retard sur la prévision. Je n'ai pas réussi à reprendre sur la descente, on verra plus tard. Après une soupe, un thé, quelques oranges, du pain, du fromage (quelle orgie), je repars en prenant un peu de bouffe en réserve car je n'ai plus qu'un gel et une barre. Op-ti-mi-sé le sac ! Dix kilomètres de descente m'attendent, je sais que les avions de chasse vont m'enrhumer, mais je reste patient. Mon terrain de jeu est après Champex. Arrivée au point bas à Issert, j'entame avec un bon tempo la remontée vers Champex, 461 mètres de montée facile. Je m'arrête quand même pour cueillir quelques framboises là où nous l'avions fait trois semaines avant pendant la reco avec Rastamu. Cette reco m'a donné de nombreux points de repère de bons moments partagés pendant ces deux jours. J'arrive frais à Champex sous quelques gouttes de pluie. Les proches sont là, tous et même plus. Seconde surprise, Alex et sa copine Louise, mes assistants de choc ayant oublié leurs tickets de bus à la maison, ma mère Mimi leur a apporté et par la même occasion est venu à Champex avec mes deux autres enfants Yanis et Lorena. Bon, on revient tout de suite au mode sérieux, c'est un ravito important, 20 minutes investies dont il faut pleinement profiter. Je suis 248ème. Si tout va bien, ce sera mon plus bas classement (ça le sera effectivement). Seize minutes de retard sur la prévision. Les 18 heures restent jouables d'autant que j'ai été très prudent dans mes prévisions de vitesse en descente ensuite. Un stand de formule 1, ce ravito. Alex s'occupe de mon sac, les barres, les gels. Je change de chaussettes et me "noke" les pieds. Quel plaisir ce massage des pieds après huit heures de course. Pour la première fois, j'ai des nouvelles de Rastamu. Elle vient passer à la Fouly. Elle est dans les mille. Super. J'ai totale confiance. Changement de tee-shirt, nettoyage express, bonne idée d'avoir pris une serviette. Soupe, thé, etc. Arrive le plan de pâtes, appétissant ... mais ça ne passe pas. Tiens donc, un message négatif envoyé par mon estomac ? Je repars sous la pluie. L'averse est assez forte mais il ne fait pas froid. Je suis bien en short et tee-shirt sous le coupe-vent. Je reste à la marche pour la section qui contourne le lac, histoire de faire repartir les muscles tranquillement. L'inconvénient des longs arrêts, c'est que l'acide lactique s'installe. Ce deuxième tiers de course se termine au plan de l'au. Le pari est  réussi, je suis à nouveau frais, bien mieux qu'au Grand Col Ferret !

Enfin sur mon terrain

Pour moi, cette dernière partie, c'est poum poum poum. Trois montées franches, trois descentes franches et en bonus la traversée entre la Tête aux Vents et la Flégère, très piégeuse. Arrive la première bosse, Bovine. Bovine est très crainte dans le milieu, je ne sais pas pourquoi. C'est un endroit magnifique (enfin quand on y passe de jour), la montée n'est pas trop brutale et lorsque l'on arrive à Bovine, il ne reste plus que 10 minutes pour basculer. Je l'attaque donc dans un état quasi euphorique. La première partie de la montée en piste forestière se fait en courant, la suite à 900 mètres à l'heure, énorme à ce moment de la course. Je m'arrête quand même déguster quelques myrtilles, ce qui fait halluciner mes compagnons de route. Cette montée se passe super bien, nous ressortons à l'alpage dans le brouillard. Un brouillard même assez épais qui rend la progression incertaine car on ne voit pas les rubalises. Heureusement, j'ai gardé le lieu en mémoire et je guide mes compagnons jusqu'au sommet. Je choisis de m'arrêter pour ranger les bâtons. Je ne les utilise qu'en montée, en descente je les attache sur le sac car je veux garder les mains libres pour équilibrer les positions parfois délicates en descente rapide. Je m'arrête également pour prendre ma frontale, les bois que nous allons traverser sont sombres et il est déjà 20h. De courageux bénévoles nous attendent à la Giète que je passe en 244ème position avec 14 minutes de retard. Je continue une descente rapide dans les sentiers plutôt humides, boueux qui nous emmènent vers le col de la Forclaz. J'ai à ce moment des supers jambes, très souples. Personne ne me double dans la descente. Je reprends pas mal de places dans la semi obscurité, merci la frontale et tant pis pour les autres qui n'ont pas pris la précaution de la sortir. J'arrive à la nuit tombée et sous une bonne pluie à Trient, en 229ème position et 3 minutes de retard sur ma prévision. Je recolle enfin à cette sacrée prévision, issue du modèle implémenté dans un tableau Excel "maison" que je peaufine année après année. Il faut dire que je suis un coureur du genre déterministe, à l'opposé de mon copain Christophe qui prend les kilomètres et les cols comme ils viennent. J'ai un besoin impérieux de savoir ce qu'il y a derrière les prochains kilomètres, comment est découpée la montée au col, si la descente est technique ou non. Je rentre dans le ravito avec un stop prévu pour 10 minutes et … pas d'Alex ! Que se passe-t-il ! Je commence à aller chercher ma bouffe quand je le vois arriver. Pauvre vieux, je fais des grands moulinets style "Tu branles quoi" pendant qu'il tente de se frayer un chemin entre les accompagnants, emmitouflé dans sa cape de pluie et sous son bonnet. Et là je me rends compte que la course est difficile aussi pour les accompagnants. Alex et Louise viennent de passer une heure sous la pluie à m'attendre. Et pourtant, dans ma préparation de course, ils me sont indispensables, et ils vont assurer comme des bêtes, avec beaucoup de professionnalisme ! J'apprends que Rastamu continue de bien progresser, elle est à Champex. Cool. Et là, devant la bouffe, mon estomac, qui m'avait fait refuser le plat de pâtes à Champex se fait un peu plus insistant, je n'arrive pas à manger ! Zut, ça m'arrive souvent cette histoire, ou plutôt ça m'arrivait souvent et je pensais avoir réglé le problème. Je me contente de croquer dans des quartiers d'orange. Bon, il va falloir gérer, comme pour ma TDS 2009 où j'ai fait les 45 derniers kilomètres au coca. Je passe donc au coca dans le bidon et part de Trient après 15 minutes d'arrêt mais sans avoir pu en profiter. J'ai quand même passé un tee-shirt sec et changé de goretex. Je donne rendez-vous à mon assistance de choc dans deux heures à Vallorcine. Je tente de  boire du coca dans les premières pentes de Catogne mais cela ne m'apporte que des nausées. Catogne est une montée assez dure, des grands lacets bien pentus dans la forêt. Je fais le point. Pas d'énergie donc pas de vitesse. Pas d'énergie donc risque de gros coup de mou. Je me mets donc en mode économie, 11m/min et regarde l'altimètre égrener doucement les 700 mètres de montée. Je me fais logiquement doubler, mais reste zen. La descente vers Trient m'a mis en confiance, je me dis que je reprendrai des places de l'autre côté. Je rejoins les Tseppes en une heure dix, dix ou quinze minutes moins vite que prévu, j'ai limité la casse et pas d'hypoglycémie. A partir des Tseppes, c'est un long contournement en montée douce vers Catogne. J'alterne marche et course alors que la pluie se fait plus intense. Le coin est assez venteux, il fait frisquet mais c'est très supportable. Arrive la bifurcation vers Catogne. Je passe le point de contrôle en n'ayant finalement perdu que deux places, en revanche je suis à 20 minutes de ma feuille de route de 18h. Heureusement, les jambes sont toujours aussi souples et j'attaque avec esprit revanchard la descente vers Vallorcine. Humide, boueuse, technique sur le bas, cette descente me va bien. Un petit coup d'œil de temps en temps sur l'altimètre me fait entrevoir un bon 2.000m/h de vitesse descensionnelle. Sensas ! Nous ne prenons pas le même sentier que lors de la reco, et c'est tant mieux car celui-ci sort de la forêt juste au-dessus du ravito. Reste un champ à descendre et c'est alors que "chute à l'arrière !". Je fais une belle glissade sur les fesses dans l'herbe mouillée. Sans dégâts bien sûr, ce sera ma seule et unique chute de la course, ce qui est, en passant, un petit miracle car j'ai débranché le cerveau grave dans les descentes de cette course. Je rentre dans le ravito de Vallorcine au son d'une bonne musique électro. Il est 23h, je suis 221ème et j'ai recollé, à trois minutes près, à ma feuille de route. Quelle descente de frapadingue. Et là, à 23h, je me rends compte que je vais attaquer la DERNIERE bosse. Déjà ! Alex et Louise sont là, fidèles au poste. Ils n'ont pas eu de navette et sont venus en stop. Les rois de la débrouille ! Rastamu n'est pas encore à Trient, je la visualise dans la descente de Bovine, mais je ne m'inquiète pas le moins du monde. Mon ravito est aussi pauvre qu'à Trient, un peu d'orange, un bout de banane, du coca. Je repars avec un tee-shirt et un coupe-vent secs. Comme à Trient, le stop aura été un peu trop long, un quart d'heure au lieu de dix minutes. Je repars peu alimenté mais avec un gros mental, je donne rendez-vous à mes assistants à Chamonix dans moins de quatre heures. Les quatre kilomètres qui suivent montent doucement vers le col des Montets. Il faudrait que j'alterne marche et course mais, me calquant sur les autres concurrents, je reste à la marche, sur un bon rythme quand même. Je chemine avec un nord-irlandais, nous discutons pas mal. Moment de calme avant la rude montée de la Tête aux Vents. Voilà qu'arrive le Col des Montets. La montée vers la Tête aux Vents est le dernier gros morceau. 600 mètres de montée en moins de 2km ! De la pente, des marches. Mais je l'aime bien cette montée. Je me force à avaler la moitié d'un gel – en trois fois quand même – et j'attaque. La bonne nouvelle, c'est que le coca passe bien. 140g de sucre au litre, du mauvais sucre, soit, mais du sucre quand même. Je donne le tempo d'un groupe avec cinq autres coureurs. Les jambes répondent plutôt bien, on est dans les 700-800 mètres à l'heure. Nous rattrapons des frontales, je commence à compter les dépassements. Comme me l'avait dit Olivier quelques jours avant la course, le classement, on y pense en fin de course quand on veut accrocher une barre psychologique. Eh bien, c'est la barre du top 200 que je veux aller chercher. J'étais 216ème à la sortie de Vallorcine (note : c'est ce que je pensais à ce moment-là, j'étais en fait 221 à l'entrée mais ai dû ressortir entre 205 et 210ème), il faut que je compte les dépassements jusqu'à seize ! Un, deux, trois, quatre, cinq dépassements dans la montée. On arrive à 2.000m, altitude qui marque la fin de la montée brutale. Il reste encore deux kilomètres jusqu'à la Tête aux Vents. J'accélère, car j'ai toujours mon groupe de cinq avec moi, personne n'a pris le relais dans la montée et je ne veux pas perdre mon acquis de la montée. Je bascule à la tête aux Vents. La traversée vers la Flégère est un secteur délicat. Technique, de gros blocs glissants, relativement peu de pente. Les jambes sont toujours incroyablement souples et le souffle de la vallée de Chamonix me donne des ailes. J'envoie du lourd, le cerveau est débranché. Du groupe de cinq, seul le Nord Irlandais me suit et les dépassements se succèdent. Six, sept, huit …. J'arrête de compter à 21. Le Top 200 s'annonce bien! Seul un gars nous dépose. Incroyable, il doit dévaler à plus de quinze à l'heure. Le halo de la Flégère se dessine dans le brouillard. Il n'a pas plu depuis Vallorcine et il fait très doux. Dernier coup de cul de la course sur une piste de ski pour rejoindre le ravito que je … traverse sans m'arrêter. Normal, je ne mange plus et il me reste du coca. 16h50 de course, 193ème. Je sais que, sauf accident, la prévision d'Olivier "Tu vaux évidemment moins de 18h" va se réaliser. La descente vers Cham se fait en trois temps : d'abord sur les pistes de ski, puis un secteur technique en forêt puis une piste large à partir de l'agréable restaurant La Floria où nous avions partagé une omelette pendant la reco. J'engage plutôt bien la première partie, les jambes vont bien. Arrive le secteur de la forêt. Racine, pierre et … ma frontale qui faiblit. Je ne vois pas très bien les reliefs, en plus il y a une espèce de brouillard qui diffuse la lumière. Evénement, je ralentis un peu le rythme dans une descente, pour la première fois depuis Champex ! Quitte à perdre quelques places, j'y vais donc relativement prudemment jusqu'au Floria, qui tarde à arriver. Le voilà enfin. Je remets les gaz, me rappelant que lors de la reco, nous avions bien tourné avec Rastamu, accompagnés par un espagnol. Rastamu m'avait avoué qu'elle avait forcé car elle ne voulait pas le laisser passer. Quelle tueuse ! JE vois soudain le bout du sentier, le bitume, l'éclairage urbain. Je pense à mes fins de course sur ces terrains plats, notamment la Marathon Race au printemps où j'ai perdu cinq précieuses places sur le bord du lac entre le Petit Port et l'arrivée. Il faut que je trouve de la vitesse. Deux gars me doublent malgré tout, mais ce seront les derniers. Un œil sur le chrono, 2h40 du matin. Accélère ! Virage à gauche, virage à droite, je traverse l'Arve, le gymnase est là à gauche. Je tourne à droite, longe l'Arve, arrive au village exposant. Accélère ! A droite, traverser la route, à gauche, prendre la rue piétonne. Moins de 500m. Accélère ! Je tourne à douze ou treize à l'heure, survolté. Alex, Louise et Lorena sont là ! Je les embarque, ils me suivent. A gauche, camp de base du North Face, à droite. Face à moi, l'arche d'arrivée, illuminée, quelques noctambules font le spectacle, je ralentis, je déguste, euphorique. Objectif atteint, course réussie, plaisir, aboutissement. Ligne d'arrivée passée, 17h46, 184ème. Joie toute simple avec les loulous. Dernière demande à l'assistance : "Alex, va me chercher une bière".

Une nuit à Chamonix

Raaaah la première gorgée de bière. Trop bon. Mais il ne faut pas trop s'attarder. La suite du programme est de remonter au Col des Montets pour voir Rastamu, qui n'est pas encore pointée à Vallorcine. Euh, remonter en voiture, hein, bien sûr. Je récupère ma polaire finisher et retourne au gymnase pour prendre une douche pendant que Louise et Alex vont chercher la voiture. Oui oui, Alex a le permis … enfin juste pour les deux kilomètres entre le parking et le gymnase. Je laisse Lorena à la bénévole de nuit et prends une rapide douche. En sortant du gymnase, appel d'Alex. Il n'a pas le ticket de parking, Mimi a dû le garder avec elle. Il essaie toutes les manœuvres possibles mais reste coincé dans le parking. Zut zut zut. Bon, c'est foutu. Il est 3h30, Rastamu vient de passer à Vallorcine, bien en avance sur son tableau de marche de 24h. On ne va pas avoir le temps de la voir. Tant pis, elle n'a pas besoin de nous, c'est une tueuse. Mes assistants partent se coucher pour quelques heures, Lorena à l'hôtel avec Mimi et Yanis. Alex et Louise tentent de sommeiller un peu dans la voiture. Pour ma part, j'ai la pêche. Je retrouve la fille de Séb, Morgane et celle de François et Lolo, Camille dans Chamonix, qui sont venues attendre François. On rigole en l'attendant. C'est lui ? Non, il est plus grand. C'est lui ? Non, il a des cuisses plus fines. C'est vrai que François a des cuisses fines ;-) Et le voilà ! Il est bien, a géré sa course sans gros coup de mou. 4h45. François part se coucher avec Camille. Nous restons Morgane et moi au troquet proche de l'arrivée, qui reste ouvert toute la nuit. Un chocolat chaud, Internet et nous suivons les autres, Christophe, Séb, Rastamu et Maguy. Je sais maintenant que Rastamu et Maguy se sont séparées. En revanche, Séb et Christophe sont toujours ensemble. Rastamu grignote sont retard sur les gars. 45 minutes à Catogne, 32 à Vallorcine, 21 à la Tête aux Vents, 15 à la Flégère. Va-t-elle les reprendre? Le jour se lève sur la ligne d'arrivée, et la boulangerie ouvre. J'ai retrouvé l'appétit. Je me prépare un petit déj d'ultra trailer un peu décalé : quiche aux lardons, flan aux fruits, dragibus et un petit demi d'Amstel. Estelle, la fille de Christophe et Maguy nous a rejoint au bar et prend un petit déj plus conventionnel. 7h30, j'envoie les messages à Alex et Yanis. "Arrivée de Maman entre 7h45 et 8h, tout le monde sur le pont !" La voilà. Comme au départ, elle est en larmes, le relâchement. Rastamu passe la ligne d'arrivée en 22h49, 720ème. C'est complètement dingue pour un premier 100 km, sans compter qu'elle n'avait pas ou peu d'assistance. Je l'embrasse, je suis tellement fier d'elle. Quelques minutes après, les embrassades reprennent avec l'arrivée de Séb et Christophe. Des moments à la fois forts et simples. 9h07, Maguy boucle la course en 23h55. Objectif de 24h atteint. C'est le grand Chelem, car je n'oublie par Lolo qui a aussi vaincu son Everest avec l'OCC. Nous repartons en fin de matinée pour Annecy. Tout le monde a envie de se reposer. Une douzaine de pizza nous attendent, Alex a quasiment commandé la carte entière. Puis c'est l'heure de la sieste pour tout le monde. Fin d'après-midi, le soir arrive. Apéro, raclette, rhum arrangé. Après une bonne nuit, nous finissons le week-end par une belle photo de groupe à la plage d'Annecy. C'est alors l'heure pour les Orléanais de reprendre la route. "Courage à vous, ne vous endormez pas au volant". Louise reprend le train pour la Ciotat. Nous restons encore un peu à la plage et rentrons terminer le dimanche en pente douce à la maison.

Epilogue

Lundi matin, au boulot. De façon surprenante, je n'ai pas de courbatures, je prends comme à l'habitude les escaliers plutôt que l'ascenseur. En revanche, j'ai du mal à me remettre dans mes dossiers. Je conduis ma réunion de service, j'ai du mal à me rappeler des sujets en cours, je suis encore dans les montagnes. Dans les montagnes et avec mon chrono. Bon, le top 100 était à 16h20, inatteignable cette année. Le niveau était d'ailleurs plus relevé que l'an dernier, où, avec 17h45, j'aurais été 50 places devant. Mais quel cap quand même, dans les 10% du classement scratch de la CCC, et même à 8% du classement V1 ! Le travail a payé. C'est la fin d'un cycle de deux ans. Qu'y a-t-il après ? Sentiment étrange. Bon, depuis j'y ai réfléchi, d'ici deux ans, il y aura … un sacré challenge … Enfin, ça, c'est une autre histoire.

Sillingy, 11.09.14

7 commentaires

Commentaire de bubulle posté le 13-09-2014 à 09:02:36

Très intéressant mais.....j'ai du abandonner la lecture en route : la police par défaut des CR sur Kikourou est bien trop petite..:-)

Si tu pouvais repasser sur ton CR et changer la taille de police pour un truc V2-friendly, ça serait extra....et après je te fais uncommentaire sur le fond..;-)

Commentaire de elsangliero posté le 13-09-2014 à 09:08:15

Et voilà ! Bonne lecture bubulle

Commentaire de iherve posté le 13-09-2014 à 10:03:42

Bravo mon Pote ! Vivement nos prochains challenges !

Commentaire de bubulle posté le 13-09-2014 à 16:34:18

Ayé, j'ai lu......haletant, le récit, j'en suis tout essouflé..:-). Bizarres, quand même ces gens capables de décrire le moindre caillou après une course, je ne comprends pas..:-)

Bon, à part ça, 18h c'est juste extra-terrestre pour moi, donc je ne suis pas sûr qu'un jour je tenterai le pari de "je fais un trail long en partant vite", les V2 c'est trop diesel pour ça....mais, bon, ça donne des perspectives...et j'ai adoré le retour en voiture...manqué pour cause de parking récalcitrant. De toute façon, tu l'aurais ratée tellement elle allait vite !

Commentaire de iherve posté le 14-09-2014 à 08:26:42

Rastamu, t'es trop forte ! J'ai eu de la chance à Manigod que tu n'avais mangé que des carottes et de la salade :-)

Commentaire de Benman posté le 14-09-2014 à 09:21:06

Quelle idée? Mais quelle bonne idée avant tout de faire cela à fond. Bon évidemment, mobiliser une assistance ne s'improvise pas, et ton récit précis et haletant montre qu'il faut vraiment penser à tout. Mais tu as réussi et peux être fier. Bravo.

Commentaire de Shoto posté le 05-01-2018 à 19:24:44

Quel chouette CR complet et haletant ... on apprécie le suspens. Et quel chrono ! Bravo et merci pour moi qui prépare la CCC 2018 ... si le tirage au sort me le permet 😁

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