Récit de la course : Courmayeur - Champex - Chamonix 2016, par Titus73

L'auteur : Titus73

La course : Courmayeur - Champex - Chamonix

Date : 26/8/2016

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 542 vues

Distance : 101km

Objectif : Terminer

4 commentaires

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Arrivé à Saint-Gervais le mardi après une course de 24km et 1800m D+ de préparation à Pralognan le dimanche, je suis parti en famille le mercredi après-midi à Chamonix chercher le dossard. Erreur fatale. Entre les embouteillages pour arriver, les parkings pleins, la marche pour rejoindre le centre, en plein cagnard, les enfants ont attendu plus d'1h1/2 que je ressorte du centre sportif et il a fallu se coltiner le salon du trail dans la foulée parce que je n'avais pas la bonne veste. Ce n'est pas exactement comme cela que je voyais le trail que j'attends depuis 3 ans, mais malheureusement il faut en passer par la.
Le côté sympa, c'est qu'en attendant ton tour tu tombes sur d'autres coureurs avec qui tu peux discuter et tu peux mesurer ce qui te sépare des surhommes de l'UTMB. Ou bien des élites beaucoup plus accessibles que dans d'autres sports.

Le vendredi matin, après une courte nuit, me voila parti à nouveau en famille et en voiture à 7h pétantes pour passer le tunnel du Mont-Blanc avec un petit coup de stress lié à l'attente au péage et un coup d'oeil appuyé aux cars de l'orga remplis de bracelets verts.
On se gare a 300m du départ comme on peut et on refait la queue une bonne demi-heure pour passer aux toilettes de la bibliothèque (vidange obligatoire): comme beaucoup je pense on se pose des questions météo car il y a des nuages en altitude de ce côté-ci du tunnel, à tort on le verra plus tard. Je me place dans la file au milieu du premier sas et j'attends un peu stressé le départ qui ne tarde pas grace à l'attente à la bibliothèque. Magique!

Première montée en petite foulée mais au milieu d'une foule de spectateurs qui font chaud au coeur dans Courmayeur puis dans les bois à l'ombre, très agréable: il y a du monde mais tous sont assez disciplinés et ceux qui voulaient prendre les devants ont pu le faire en ville.
Il s'agit de toute façon d'être sage, la course sera longue. Avec 10 min de retard sur mon roadbook je passe la Tête de la Tronche sans encombre et entame ma descente roulante vers les refuges Bertone puis Bonatti en doublant pas mal. Le troupeau tape et accumule la poussière après plusieurs jours sans pluie.
Il ne fait pas encore trop chaud mais le soleil tape déjà, ça aura son importance plus tard. Sur Arnouvaz, je commence à ressentir les effets de ma descente sous les rayons ardents et sors ma magnifique casquette saharienne achetée la veille en catastrophe.
Ca ne m'empêche pas d'être à l'agonie dans la montée vers le grand col Ferret, victime d'un petit coup de chaud. Enervé par ma vitesse d'escargot et ma propre impéritie, je passe mes nerfs en pestant contre les traileurs que je ne trouve pas très corrects, il y en a un en particulier qui m'agace par son sans-gène : les batons alors qu'une section est protégée, un casque sur les oreilles, narguant son lièvre pour mieux le griller sur les derniers mètres avant le sommet, piquant l'eau des organisateurs au sommet sans vergogne et cette facon de se vanter de n'etre la que pour accumuler des points pour l'utmb l'an prochain. On ne passera pas nos vacances ensemble.
Ouf j'en termine avec cette ascension pénible et je lache dans la descente le malotru et quelques autres trailers plus rapides que moi en montée. Après un passage bienvenu sous la douche au point d'eau intermédiaire de La Peule, voici le ravitallement de la Fouly qui se profile.

Il fait chaud, très chaud, la speakerine nous annonce que Michel Lanne est le plus rapide devant et je me pose quelques minutes histoire de m'entendre dire que j'ai l'air frais comme un gardon (mouais, j'ai plutot tendance à m'essorer). Je repars et recours assez facilement sur cette partie roulante jusqu'a Fort de Praz. Soudainement dans la montée vers Champex, après la prise d'un gel, je me tords : les intestins n'en veulent plus. Je me couche sur un banc nature en pierre à l'ombre quelques minutes, le temps que ca se calme et effectivement je parviens à repartir doucement jusqu'à atteindre un peu plus haut un pauvre gars qui vient d'abandonner. Impossible de le remotiver, il déjà envoyé le sms et m'annonce qu'il est tombé dans les pommes. Moi, je tombe des nues : personne n'est resté avec lui, même son pote a poursuivi seul après nous avoir rejoint. L'esprit trail en prend un coup dans ma tête, je decide de l'accompagner apres l'avoir laissé reprendre ses esprits meme si il est un peu gris, il reste environ 3 km avant Champex. 500m avant le ravito, sa femme le rejoint et je peux le laisser mais je reverrai sa femme sur la ligne d'arrivée qui me rassurera sur son état.
J'arrive donc avec près d'1h de retard à Champex et ma famille m'attend. Quel régal, je décide d'en profiter et allonge mon temps sous la tente. Un couple de l'orga me dit que nous sommes dans les 500-600 premiers, ce qui me ravit. Je me décide finalement à repartir après avoir tout changé des chaussures au maillot, seule la NOK manque et cet oubli m'en cuit encore maintenant.
Je veux absolument finir en moins de 20h ce qui me laisse peu de gras, je me convaincs de faire une nouvelle course plus rapide que la première. Sur ce faux plat descendant, cela semble facile même la montée suivante vers la Giète se fait en mode euphorique. En revanche après le sommet, plus le choix, il faut mettre la frontale, il fait nuit noire et il y a quelques racines. Je redescend à fond vers Trient, trop fort: apres la Forclaz, je m'etale de tout mon long. Plus de peur que de mal: des écorchures sans conséquence.
Je repars de Trient toujours à bloc après 5 min. La montée suivante me semble toujours aussi facile, le sommet de Catogne est vite derrière et j'arrive à Vallorcine toujours aussi motivé. Je recharge une fois de plus et entame la montée au col des grands Montets, trop facile. Et puis la montée vers la Tête aux Vents...eh ben non, là je cale. Je n'avance plus, je suis totalement vidé, je m'arrête et vois cette montée impossible par quelques frontales clignotant dans la nuit noire mais on ne distingue pas le sommet. Finalement avec l'aide d'un autre trailer sympa autant en difficulté que moi, je reprends la montée mais que c'est dur, que c'est lent, que c'est long. Il fait chaud, trop chaud même à 2000m. Enfin un faux plat montant me permet de remettre un peu de vitesse même si je ne fais que marcher et je lache mon compagnon d'infortune sans même en prendre conscience.
A la Tête aux Vents, l'orga m'annonce 2km jusqu'à la Flégère, je me précipite dans ces chemins légérements descendants mais terribles car pleins de caillasse. Je distingue rapidement la lumière du chalet de ravitaillement, mais joie de l'hallucination ou de la montagne, celui-ci semble s'échapper et reculer à chaque petit détour.
J'atteins vers 3h30 le ravitaillement et me précipite dans la descente après 2 minutes de pause. J'envoie les chevaux, paniqué à l'idée de rater ma barrière psychologique des 20h. Je double, je double tant que je peux et voila le bitume tant espéré, je passe devant la foule compacte qui applaudit à tout rompre et termine sous l'arche sous les vivats après 19h27 et quelques poussières. En fait à 4h30, il reste 3 pelés et un tondu, c'est un peu dépité que je rejoins solitaire le buffet campagnard, récupère le sac plastique du finisher et achève ma balade dans les rues de Chamonix au camping des Arolles ou j'ai pris soin 3 jours avant de monter une tente.
Je me couche dans un sac de couchage un peu humide et dors 2h. Je me réveille naturellement à 7h50 et pars prendre une douche avant de revenir chercher mon sac d'allègement que je n'ai pas eu le courage de récupérer à l'arrivée. Prenant un café en terrasse, j'assiste emerveillé et un peu jaloux aux arrivées maintenant devant un public fourni qui encourage les coureurs ayant passé 24 heures sur la route. J'apercois un ami et fonce sur la ligne d'arrivée le féliciter, je réalise enfin que je suis moi-même arrivé.

Sur ce premier 100km, j'ai l'impression d'avoir plutôt bien géré ma course en la découpant en 2 morceaux principaux. Prise sans objectif particulièrement violent, globalement la course s'est plutôt déroulée comme prévu avec 2 heures de retard sur le temps le plus optimiste, un moindre mal quand on sait craindre la chaleur. Sans réaliser la perf du siècle, je suis arrivé sans dommages à Chamonix en moins de 20h. Je me suis bien alimenté malgré la chaleur, me conformant à mon plan, perdant un peu de temps sur certains faits de course ou en ravito, mais probablement compensé en partie par la suite. Je n'ai jamais vu mon classement avant d'arriver à Cham et j'ai l'impression que c'est tant mieux, cela m'a évité de me mettre une pression inutile. Les pieds sont abimés probablement du fait que je n'ai pas crêmé à Champex et mon aponévrose plantaire est bel et bien réveillées mais ca se calmera vite. Je suis motivé pour refaire une course rapidement quel que soit le format, avec l'objectif d'un 50km en novembre.
Il faut féliciter l'organisation, je dois dire que j'ai été impressionné de la qualité de celle-ci et j'en ai pris plein les mirettes pendant la course. Tout est parfaitement réglé pour tellement de monde. En revanche, je regrette un peu l'esprit qui regne parfois dans la course : certains n'hesitent pas a se considérer comme le nombril du monde et font une course égoiste qui nuit à l'esprit. J'ai en memoire quelques coureurs qui ont fait des kms a faire le bouchon pour ne se laisser dépasser que si ils n'avaient aucun effort à faire, ceux qui ne répondent même pas à un salut ou d'autres encore qui envoient les bâtons sur le suiveur sans s'excuser. Il y a surement dans le caractère international et mythique de cette course les raisons d'un tel consumérisme mais je trouve l'ambiance bien meilleure sur d'autres courses moins médiatiques. Il reste qu'une majorité des coureurs est très sympa et qu'on fait également de très belles rencontres.
Je reviendrai sur un autre format si je parviens à m'inscrire pour 2017, je crois que la TDS m'appelle.

4 commentaires

Commentaire de Bruno Kestemont posté le 02-09-2016 à 11:21:53

Félicitation et heureusement que des gars comme toi s'arrêtent pour un coureur en difficulté !
Je connais l'arrivée un peu décevante à 4h du matin (au Lavaredo). Ici, je suis arrivé juste au bon moment, vers 11h10, dans une foule nombreuse. la prochaine fois, donne-toi peut être un objectif "arriver quand il fait jour" ? :)

Commentaire de Titus73 posté le 02-09-2016 à 12:23:17

Merci Bruno,
quand tu dis objectif arriver quand il fait jour, tu veux dire que je dois me défoncer à l'entrainement pour arriver avant 22heures à Chamonix, ou au contraire de reduire l'allure afin de m'offrir le bain de foule du lendemain?
Pour l'entraide il me semble que cela doit venir assez naturellement pour tout le monde. J'aimerais qu'en difficulté on s'arrête pour moi aussi. je me demande même si ce n'est pas dans le règlement de la course...

Commentaire de Runphil60 posté le 06-09-2016 à 07:19:19

Bravo à toi , ton récit ne fait pas état de trop de galère à cause de la chaleur comme la majorité
Pour moi, c'est une victoire dans la gestion de ta course ! Tu arrives nuit , mais tôt !

Commentaire de Shoto posté le 17-12-2016 à 07:36:01

Sympa ton recit et bravo pour le resultat. Bravo pour ton soutien au trailer en difficulté.Tres bon esprit. C est important l esprit trail. La CCC est un de mes projets et j ai pris beaucoup de plaisir à te lire.

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