Récit de la course : Courmayeur - Champex - Chamonix 2009, par marat 3h00 ?

L'auteur : marat 3h00 ?

La course : Courmayeur - Champex - Chamonix

Date : 28/8/2009

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 998 vues

Distance : 97km

Objectif : Pas d'objectif

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Le récit

CR de la CCC 2009
Nous sommes le lundi 19 janvier 2009 - 19h58 …
          J'attends fébrilement 20h pour pouvoir m'inscrire à cette course. Il reste uniquement quelques dossards et j'aimerai aller au bout de ma décision prise ce jour à 16h : j'y vais ! Mais comment me suis-je retrouvé devant mon ordinateur aujourd'hui alors que je ne connaissais pas cette épreuve il y a 1 semaine ... Explications :
          Je suis plutôt cycliste et je trottine uniquement l'hivers histoire de ne pas prendre 10 kilos à chaque fois. Cela fait 6 semaines que j'ai découvert et bouclé mon 1er trail (saintélyon) et je ne peux recommencer l'exercice physique à cause d'un muscle abimé cette nuit-là. Depuis 5 semaines je suis inscrit sur le site Kikourou où je lis d'autres compte-rendu que le mien. Mon épouse a commencé à courir il y 6 mois et apprécie également l'humour de certains CR.
          Le 11 janvier, elle m'indique avoir lu le CR d'un lyonnais (comme moi) qui à participé à l'UTMB et qu'il y a des photos sympa. Je connais vaguement mais j'avais jusqu'à présent classé ce type de course dans la catégorie "pour costauds à tendances mystique". Le plaisir pris pour la saintélyon m'a fait nuancer mon jugement et inconsciemment, certaines barrières ont dues être repoussées. Je regarde en coup de vent le site des organisateurs où je  découvre qu'il existe une épreuve plus modeste et ne retiens que la distance : 98Km. Ca fait quand même 30 km de + que la saintélyon. Je note également que face aux nombreuses demandes, les inscriptions se font sur dossier et par tirage au sort. Y en a donc tant que ça à être tentés ? Je zappe, encore convaincu que "c'est pas pour moi ce bazar !". 
          Le 13 janvier je reçois mon calendrier des courses cyclistes 2009 et l'étudie pendant 2 jours. Rien de bien neuf ni de très excitant.  En 2008, je m'étais fixé comme objectif d'être qualifié pour les championnats de France vétérans qui se déroulaient à 60 Km de la maison. La motivation n'avait donc pas fait défaut. Mais cette année, les championnats sont à l'autre bout de la France et je ne suis pas tenté. Je me fais la réflexion qu'il va être difficile de passer d'une année remplie d'objectifs à une année vide ou presque. Je fonctionne aux objectifs. Mon plaisir, je le prends dans la préparation du jour J (matériel et physique) et j'ai peur que cette année soit sans saveur. 
          Samedi 17 janvier, je suis réveillé tôt et pour ne pas gêner toute la famille, je me pose devant le PC et surfe sur Kikourou. Je découvre que tous les inscrits à l'UTMB sont pris et qu'il reste même des places. Et si c'était ça mon aventure en 2009 ? Je retourne sur le site des organisateurs et découvre 2 choses importantes : les pré-requis pour prétendre à un dossard (avec ma saintélyon 2008, je peux postuler à la CCC) et ...le dénivelé. Ah oui, quand même ! Pendant 2 jours je m'interroge et c'est finalement cet après-midi que je prends la décision.
          Il est maintenant 20h18 et si j'ai bien tout compris, mon dossier est accepté. Incomplet mais accepté. En avant pour l'aventure !
Lundi 26 janvier 2009
          Hier, nous sommes allé faire du ski. De la vallée à la station, 1200m de dénivelé en 16 Km : ça monte dur mais nous sommes en voiture. De retour à la maison, je compare cartes routières et profil du parcours CCC. Euh, je crois que je me suis un peu précipité lundi dernier ... et de me rendre compte que finalement, la montagne, JE N'Y CONNAIS RIEN !!!
Journal de ma préparation : rando trop gros =  bobos
Lundi 16 février 2009
          Je n'ai toujours pas recommencé l'entrainement course à pied ou vélo à cause de mon problème à la cuisse auquel s'ajoute un gros choc à la main qui me gêne pour tenir éventuellement le guidon du vélo. J'espère que ce sera pour cette semaine. L'hiver est long et froid et mon corps s'est protégé d'une épaisse couche de gras. Base de départ : 88Kg pour 1m 80. Va y avoir du boulot !
          A fin février, le cumul des entraînements établi un total de …80Km depuis le début de l'année
Dimanche 1er mars
          Enfin une sortie qui dépasse 1h en course / marche. J'en ai profité pour faire un premier test des bâtons de ski de fond que ma maman n'a pas utilisé depuis 20 ans. Il me semble que les jambes sont soulagées par cet appui supplémentaire mais pas mes bras. Je n'ai pas la technique du planté de bâton mais il reste 6 mois pour la découvrir,  muscler le haut du corps  et trouver le moyen de ranger ces jouets dans un sac à dos que je prévois déjà bien rempli ... Coté pèse-personne, encore 2 Kg supplémentaires ce matin et pas vraiment la tête aux restrictions alimentaires. 
Dimanche 15 mars
          Voila à peine quelques semaines que je cours à nouveau et j'ai déjà des blessures physiques : mal sous le pied gauche à l'effort et même après. 1 ou 2 orteils sont douloureux si je veux les fléchir. J'ai lu que cela pouvait être un fracture de fatigue (?) dû à la reprise d'entrainement. Je fais comme presque tous les coureurs : je ne consulte pas mon médecin et enfile des œillères.  
Vendredi 27 mars
          Tiens, celle-là (de blessure) je ne l'avais pas encore : mon genou droit à comme des faiblesses en marchant (j'ai l'impression qu'il veut aller dans le mauvais sens, jambe tendue). La douleur passe assez vite mais 3 alertes en 1 semaine, ça sent pas bon. le pied gauche va un peu mieux mais c'est pas vraiment ça... Elles sont où mes œillères ? C'est pas mes 90 kilos qui sont responsables, hein dis ? 
          A fin mars, le cumul des entraînements s'établi maintenant à …260Km depuis le début de l'année
Dimanche 19 avril
         Nous revenons d'un week-end raquettes en montagne. C'est la première fois que je chausse ces engins. Le paysage était sympa. Le profil (1300m D+ en 2 jours) n'est qu'une pâle copie de ce qui m'attend dans 4 mois et je prend conscience (un peu) que j'aurai dû me renseigner avant de signer ... Côté "entrainement", c'est parti pour 8 jours de douleurs au niveau des tendons. Je marche un minimum. 
Vendredi 1er mai
          1ère sortie de rando-course avec mon fiston : lui sur le vélo et moi à pieds : 35 Km en 6h avec 500m de dénivelé. C'est pas la gloire mais c'est un début (faut bien être un peu gentil avec les tendons) et la découverte était sympa. J'arrive à la fin un peu cuit, à la limite des crampes. Et lorsque je réalise qu'il va falloir enchainer 4 fois cette sortie -sans compter le dénivelé - je suis sans voix. Je crois qu'il est préférable de vite oublier ce constat. Après cet effort, la balance accuse (c'est le bon mot) encore 87 Kg ...
          A fin avril, le cumul 2009 des entraînements est de 400Km soit 23Km/semaine. Vous avez dit "ultra trail" …?
Samedi 16 mai
           Et maintenant, c'est la tête qui est touchée : lors d'une sortie vélo, un chien relié à sa maitresse par une laisse extensible (un peu trop !) traverse d'un coup la route et vient se jeter sous ma roue avant. Au niveau figure ensoleillée, c'est très réussie. Résultat des courses (dans l'ordre) : pompiers, gendarmes, urgences, minerve et ... mon désormais traditionnel arrêt de l'entrainement pendant 1 semaine. J'aurai dû m'en douter : 2 semaines sans -presque- aucune gêne, ça pouvait pas durer. La CCC est dans 15 semaines, je n'ai pas couru au delà de 100 km en 1 mois mais je suis encore là et entier (contrairement à mon casque) et ça, c'est tout bon ! 
          Côté pèse-personne, ma minerve et moi en sommes à 85,5 Kg (je suis pas sûr qu'elle soit très lourde)
Dimanche 7 juin
           En tant que lyonnais, je me devais d'aller voir ce qui ce passe lors du Lyon urban trail et éventuellement découvrir quelques passages inconnus. Au bilan, les 40 et quelques Kms ont bien été réalisés mais bon sang, que ça tape. Mon pied gauche qui allait presque bien m'a fait comprendre qu'il avait vu trop de bitume. Il me faut à nouveau placer 5 jours sans rien faire pour que récupèrent un peu mes tendons. Cette sortie me semble beaucoup plus traumatisante qu'un trail nature. Soyons positif, il y aura eu 1 peu de dénivelé de fait. 
Dimanche 28 juin
           Aujourd'hui, belle et longue balade dans les monts du lyonnais. 5h30 pour 40Km et 1600m de D+. Je prend de + en + de plaisir dans ces grandes randonnées en découverte. Je passe de loin en loin vers des routes que je sillonnais jadis en vélo et les découvertes n'en sont que plus étonnantes . Par contre, dans la série "les bobos font du trails", j'ai maintenant droit à un nouvel épisode dont le héros (récurrent) est mon pied gauche. Une douleurs beaucoup plus forte s'est soudain manifestée au bout de 4h et je termine en boitant. J'ai pourtant entrouvert mes œillères et suis allé consulter un osthéo il y a 4 jours (déblocage des hanches et de la cheville G). 
          La CCC est dans 2 mois et je dois à un moment ou à un autre faire du volume pendant plusieurs semaines de suite. Je vais donc reprendre le vélo avec assiduité. Ce n'est pas les même muscles mais j'ai pas trop le choix. Je pense que je risque fortement d'être "limite" fin août. Il me revient en mémoire les quelques lignes lues et qui disaient que la 1ère victoire sur ce type de course, c'est d'être au départ. Que de justesse dans ces propos.
          De son coté, la balance affiche encore 82,5Kg.
          A fin juin, le cumul 2009 des entraînements est de 930Km. Moyenne hebdo = 35 Km 
Samedi 18 juillet
           Depuis 3 semaines, j'ai couru uniquement 100 Km (en 10 sorties) pour éviter d'aggraver ma douleur au pied (le vélo a bien roulé lui). Cependant, il faut bien travailler un minimum l'endurance et tester matériel et nourriture. J'ai donc programmé une longue sortie rando-course pour aujourd'hui. Si ça ne "passe pas" là, je verrai au moins ma motivation. Le profil correspond à celui de la CCC avec une échelle 1/2 mais on fait avec ce qu'on a à proximité. La sortie doit se faire à allure CCC (maxi 75% FCM) et en 3 parties : 6h (40Km) seul puis 5h (25Km) avec ma femme puis à nouveau 2h (10Km) seul (travailler le mental !). Au total 2700m de D+.
           Pour l'occasion, je me suis confectionné des intercalaires semi-rigides que je glisse entre chaussures et semelles. Le but est de répartir sous l'ensemble du pied les éventuels pointes rocheuses. Résultat : intéressant mais à finir de mettre au point car après 2h, les intercalaires ont glissés à l'arrière des chaussures et m'ont créés des ampoules à l'intérieur des talons. Demain , je retourne voir l'osthéo pour finir de débloquer le squelette.
           Ce fut finalement une belle journée où les douleurs habituelles et nouvelles sont apparues progressivement mais sont restées supportables en rapport avec ce que j'avais projeté. La présence de ma p'tite femme à été un plaisir et un léger frein salvateur. Il faudra courir / marcher à cette allure dans 6 semaines si je veux espérer terminer.
          Mon ennemi le pèse personne s'est mis en colère et affiche 84,5Kg. Y'en à marre !!!
Lundi 10 Août
           Dernière sortie longue avant la CCC (50 Km - 1700 D+). C'est pas la grosse motivation et les jambes sont un peu lourdes (à l'image du propriétaire) : Je sors de 2 semaines d'entrainement à 75Km pendant les vacances sans gros dénivelés et cela se sent. La pluie fait son apparition, certainement pour tester le matériel qui l'a été jusqu'à présent uniquement par temps sec. Mes semelles intercalaires sont les premières à rendre l'âme -faudra trouver autre chose ou s'en passer-.  Je constate également qu'en cas de temps humide, il faudra choisir entre un imper classique ou un extra large permettant d'abriter le bonhomme + son sac à dos. Ce dernier test porte également sur 1 gel salé goût cacahuète : beurk ! Finalement, je fini sur une longue accélération au bout de 7h et je suis encore frais. 
          Côté bobo, je me dis qu'il y a eu pire. Je comptabilise 7 points douloureux mais il sont répartis : 2 pieds G + genoux D + les 2 anches + épaules D et main G (+ bas du dos après 6h d'effort ) et aucun n'est bloquant pour prendre le départ. Le repos de fin de préparation va bien en faire disparaitre quelques uns.
          J'ai essayé de renouer le dialogue avec la balance. J'ai fait encore plus d'efforts que ces derniers mois mais elle ne veux pas négocier. Tout juste m'accorde-t-elle un retour à mes 82,5Kg de fin juin.
          Le gros de l'entraînement est fait et je ne vais plus faire grand chose d'ici à la fin du mois. J'arriverai donc avec un total de 1400 Km couru (40 Km par semaine) + 3000 Km vélo. Les 3 derniers mois ont permis de récupérer en partie le difficile début d'année. J'espère que cela sera suffisant.
          Je pars de toute façon dans l'inconnu tant au niveau durée d'effort que sur l'absence d'objectif chronométrique et de classement. Inconnu également : le terrain de la montagne. Après 6 mois d'entraînementI, l me parait particulièrement sage de la part des organisateurs d'avoir fixé des barèmes pour l'inscription aux différents courses. J'aurai bien été capable de m'inscrire directement sur l'UTMB alors que ma seule expérience trail se résumait à 1 saintélyon. Pour sûr que dans ce cas de figure là, je serai trop juste.
Mercredi 26 Août
           Nous arrivons à 17h30 et filons directement retirer le dossard. Il n'y a pas d'attente et tout est fait en 10mn. Il n'y a plus qu'à aller installer nos affaires et attendre 2 jours. C'est long.
CR de la course
Vendredi 28 Août
        C'est le grand jour ! J'avais prévu de me réveiller à 6h30 pour un bus à 7h15 mais je suis réveillé depuis 5h. En fait, cela fait 2 nuits que je ne dors pas bien et peu. Ce doit être l'excitation ou l'appréhension. 
         Départ du bus à 7h15 pile et arrivée à Courmayeur 30' plus tard. Il faut marcher 10' env. pour rejoindre la ligne de départ … qui n'existe pas encore. Seule l'arche de départ est installée et les voitures circulent librement. Rien ne va bouger jusqu'à 9h. A retenir donc qu'il ne sert à rien d'arriver avant 9h, surtout si vous n'avez pas de sac à faire ramener par l'organisation jusqu'à Chamonix. Il fait un peu frais mais le soleil ne devrai plus tarder.
          9h donc et nous nous installons sur la ligne de départ et quand je dis sur la ligne … je me retrouve en première ligne, plein centre ! (ben, quand on attend pendant 1h de pouvoir se placer, y'a pas besoin de se faire rappeler à l'ordre 3 fois !). Je ne sais pas comment va se passer ma course mais au moins, je devrai me trouver sur la photo de départ (là, avec les bâtons dirigés vers le haut) et je ne pourrai pas me reprocher d'avoir perdu du temps au départ. 
        L'heure qui suit s'écoule rapidement avec les animations, l'arrivée des favoris devant nous et le soleil qui viens nous réchauffer. A 9h40, il est temps de se relever et de s'étirer un peu. OULLA ! Mon cardio indique déjà 120 pulls/mn alors que c'est la base sur laquelle je compte courir. Je dois capter un autre cardio même si je n'en vois pas de la même référence ... ?
          10h : le compte à rebours défile et nous voilà partis dans une descente sous les acclamations d'une belle foule. Je pars tranquille et ça double de partout. Je me range sur un côté et jette un œil sur mon cardio. 155 ! (mon maxi étant à 170). Je m'interroge et vérifie sur 100m que je cours sans avoir besoin d'ouvrir la bouche pour ventiler. C'est tout bon. Je peux donc pas me reposer sur ma montre. Tant pis, je ferai sans, suivant les sensations. Et au fait, elles sont comment les sensations ? Ben en fait, y'en a pas ! je cours un peu dans du coton. Après tout, après 2h sans bouger, c'est un peu logique. Ca viendra plus tard alors je profite du paysage.  
          Le départ se fait en ville mais nous en sortons assez vite et courons - le plus souvent sur bitume - auprès d'une belle rivière. Les montagnes environnantes sont impressionnantes et le public nombreux. Dans le groupe des coureurs par contre, c'est silence radio, chacun étant déjà rentré dans sa course.
          Au bout de 30mn, je prend mes bâtons et retrouve des appuis devenus habituels. Le cardio oscille entre 155 et 162 soit toujours au dessus de 90% de FCM... Il me semble pourtant courir comme d'habitude. Un peu essoufflé par la pente, je ralentis encore. Vu ma position de départ, je me fait doubler continuellement mais peu importe. 
          Enfin, après le passage d'un petit pont, nous prenons les chemins de montagne. Nous marchons tous mais pas au même rythme et je laisse passer dès que je peux. Y'en a qui ont la pêche ! Tant mieux pour eux. Je ne sens pas ma forme. Presque aucune douleur mais pas de jus. L'altitude doit tous nous "écraser" un peu.
          L'arrivée au refuge bertone se fait par une mono trace - presque - plate et la vue est magnifique. Il est 11h40. Alors bouchon ou non ? Et bien non, mais ça ne va pas tarder. Le ravito est en forme de U et le remplissage des sacs semble ne se faire que dans le fond  (du U) ce qui oblige chacun à 2 passages dans l'entonnoirs. La mise en place en montagne n'est pas toujours simple.
          Juste après le refuge, c'est un mur qui se dresse devant nous et il nous faut grimper sec. C'est donc ça la montagne …
          Pour nous rendre au sommet de la tête de la tronche, l'ascension est raide et superbe. Nous arpentons entre petits lacs et champs fleuris un sympathique sentier. Il est très creusé et les bâtons sont parfois gênants.
         Je continu à perdre des places. Toujours aucune sensation si ce n'est de la lassitude. Quoi, déjà !   Reprends-toi mon garçon et profites ! Tu l'as tellement attendu cette course.  Mon discours intérieur continu ainsi un long moment. Je me dis alors que je touche du doigt ce que j'imaginai au niveau "motivation et appel à d'éventuelles ressources insoupçonnées". Ce qui me gêne, c'est que nous en sommes très tôt dans la course et que je voyais plutôt ça en pleine nuit.
          Le début de la descente du col est glissante et je reste méfiant. Jusque là, je n'avais jamais fait de surf mais faut bien un début à tout. Félicitations à ceux qui lâchent les chevaux mais c'est pas mon cas. Heureusement que les bâtons me retiennent. La suite de la descente se fait souvent sur des monotraces encore plus creusées qu'1 heure auparavant. Les jambes ne répondent pas. Elles accusent le coup des crispations du début de descente. Je n'arrive pas à me libérer. Le plaisir n'est pas au rendez-vous. 
         Il est 13h15 lorsque j'arrive au refuge bonatti. Je rempli mon sac même si le prochain point d'eau n'est pas très loin et en avant pour quelques montagnes russes. C'est une partie où je devrai faire des étincelles mais j'ai dû renverser de l'eau sur mes chaussures car je ne vois aucune fumée. Je doit même m'arrêter sur le bord du chemin pour remettre un peu de crème sous un pied. Soudain, des crampes se jettent sur mes jambes et il faut quelques étirements pour les chasser temporairement. Un vrai bonheur...
         La descente sur arnuva est réalisée en mode petit trot. Il est 14h10 lorsque j'arrive en bas. L'accueil du public est très sympathique et nous évite de trop réfléchir à ce qui nous attend. Je bois bien, histoire de chasser encore les crampes puis rempli au maximum ma poche à eau. Je repars sans perdre de temps pour ne pas trop réfléchir.
         au bout de 500m plats, il suffit de lever la tête pour prendre peur : on voit très bien le sommet du col ferret. C'est "vertigineusement" haut !
         Dès l'entame de cette montée, je ne trouve pas mon rythme et laisse passer quelque concurrents. 50m plus loin, je m'arrête et me pose pour récupérer : je n'ai plus de force ! Au bout de 4 / 5 mn, je repars pour m'écrouler à nouveau 20m plus loin, complètement essoufflé, des crampes de tous les côtés. Me voilà affalé à côté d'un photographe officiel. J'ai au moins droit à ma photo insolite. Elle n'était pas au programme celle-là. 
         Pourquoi je n'ai aucune force depuis ce matin ? Pourquoi mon cardio est-il si haut ? Pourquoi justement aujourd'hui ? 
         Je songe à abandonner. De nombreuses pensées traversent mon esprit : Arrêter au bout de seulement 4h, c'est impensable. Ma famille m'attend de l'autre côté de cette montagne, je ne peux pas leur faire ça.  Ils subissent mes absences toute l'année, me supportent jusqu'ici. C'est pas possible. Je culpabilise même par rapport aux autres coureurs. J'essaye de récupérer mon souffle pendant 10' puis me décide à repartir, lentement, le moral au plus bas.
          Le début de montée se fait à l'agonie, avec arrêt tous les 100m mais je reste debout. Au 1/3 de la pente, on a droit à un plat de 50m et j'en profite pour manger encore un peu. Les gels anti-oxydation n'ont pas l'air de faire effet. Je prens une inédite crampe dans ma main gauche : mon auriculaire refuse de se plier. J'imaginais les nouveautés plutôt côté paysages ou exploration mentale mais pas au niveau localisation des crampes !
          Je finis par rejoindre le grand col Ferret. Cela fait 5h54 que le départ à été donné. Depuis 30', je n'ai plus d'eau et il reste 12Km avant de rejoindre la Fouly, prochain point de ravitaillement. Je m'arrête pour mettre un peu de crème sous mes pieds avant d'attaquer la descente et profiter de la vue. 
          Un petit coup de fil de mon épouse qui a deviné que c'est pas la grande forme via le suivi SMS des organisateurs et le tableau des temps de passages théoriques. C'est bon d'entendre ses encouragements.
          Après 15 mn d'arrêt, je repars gentiment et trottine en espérant oublier le temps qui passe. La trace permet parfois de doubler ou de se faire doubler et n'est pas très technique. A bout d'un moment, nous arrivons vers 2 tentes blanches, à côté desquelles se situe un tuyau d'eau. Je peux enfin boire un peu et remplir ma poche à eau.
          Depuis que nous sommes partis, je n'ai jamais réussi à me situer (hormis au ravito). Je n'ai pas vu de panneau nous indiquant les différents points de passages (planpincieux, col du sapin, secheron, refuge éléna, la peule…) et cela me manque. J'avais envisagé de profiter de ces points pour me divertir l'esprit et vérifier mon timing. C'est raté.
         Le chemin se fait maintenant plus pentu. Au détour d'un virage, je glisse et tombe sur le dos. Pas de bobo si ce n'est le retour des crampes. Visiblement, un concurrent est lui aussi tombé au même endroit et son avant bras est en sang. Il a fini de nettoyer et nous repartons ensemble. Chacune des petites montées me semblent énormes. Je pense à mes supporters qui ne sont plus très loin et m'efforce de franchir ces buttes.
          A l'altitude où nous sommes, la végétation se fait plus dense et les racines des arbres créent de multiples marches d'escaliers. Je ne me sens pas sûr de mes appuis, mes jambes sont "flagada" et me font mal. 
          J' aperçois soudain ma femme en contrebas qui est venue à ma rencontre. Je m'arrête à sa hauteur et ...m'écroule dans l'herbe. Je ferme les yeux pour arrêter le défilement du paysage. Mon souffle est court, j'ai froid, mal à la gorge. Il paraît que mon bronzage ne se vois plus énormément et que mes lèvres sont bleues. Des concurrents s'arrêtent et s'informent de mon état. Merci à eux. Je suis content de n'être pas seul. Après 2/3', je rampe vers une zone presque horizontale et ensoleillée. J'enfile une veste. 
           Je reprends mes esprits et décide d'arrêter là. Seul, je tenterai de continuer, quitte à tout faire en marchant. Je ne suis pas seul mais entouré de gens qui m'aiment et que j'aime. Plein de choses me passent par la tête et suis certain que dès demain j'aurai oublié ma faiblesse physique pour me retrouver face à ma faiblesse morale. Je sais déjà que je vais regretter ma décision. 
          Nous repartons en direction de la Fouly en marchant. Le chemin est maintenant large et plat. Cela va mieux. Je pourrai peut-être continuer jusqu'à champex pour voir ? Il est 17h30 et j'ai 3h avant la nuit. Je suis essoufflé juste en marchant et regarde mon cardio : il indique 120 ! Je demande à mon épouse si elle aussi est essoufflée : pas du tout. C'est rigolo, c'est l'exact inverse de nos entraînement communs. Ouais, enfin rigolo, pas trop quand même.  Cette fois c'est sûr, il faut arrêter.
          Nous rejoignons la Fouly. La famille est déçue mais chacun y va de son mot de réconfort. C'est un moment un peu difficile mais mes proches me le répètent, "c'est pas grave". C'est vrai mais à chaud, ce n'est pas facile de s'en convaincre.
         Le retour en voiture jusqu'à Chamonix permet de voir de loin en loin les valeureux qui vont aller au bout. Le temps s'est couvert et je me dis que la nuit ne va pas être facile pour eux.
          Le samedi, nous assistons à l'arrivée des 1ers "UTMBistes" et l'ambiance est là. De nombreux finishers CCC se baladent avec la polaire rouge malgré la température élevée. Je les envies et en même temps je me dis qu'il faut vraiment la mériter.  
          Nous avons rencontré un ancien "collègue" triathlète qui a lui aussi arrêté (mais sur les 166Km). Cela réconforte un peu de savoir que l'on est pas seul à avoir abandonné mais il y a quand même un sentiment bizarre qui subsiste, un mélange de fatigue, d'incompréhension et surtout de culpabilité mélées. 
          Nous rentrons vers Lyon le soir même. Pas envie de participer à la fête. Il va falloir passer à autre choses mais aussi faire le bilan pratique (pour l'expérience) et physique, au cas où.
Bilan 5 jours après
          Depuis la course, je traine mal de tête et de gorge. D'après le médecin, j'ai ramassé un virus. Peut-être aussi ais-je mal supporté l'altitude ? Avec ça, ça me fait de belles jambes (bof) ! En tout cas, si je suis pris aux inscriptions 2010,   je retournerai à Chamonix pour cette fois aller au bout de cette CCC.
          Voila  mon récit. Il est long (mais j'aurai préféré qu'il le soit encore plus) et me servira certainement l'année prochaine, au moins pour le début du parcours et pour améliorer ma préparation.
          Merci à l'ensemble des bénévoles sans qui rien n'est possible.
          Merci à tous ceux qui, directement ou indirectement m'ont suivi sur cette aventure. J'espère compter sur vous l'année prochaine.
 

4 commentaires

Commentaire de shunga posté le 03-09-2009 à 21:31:00

Récit sympathique. MErci bien. Y a des jours comme ça ou ça veut pas...

Commentaire de sarajevo posté le 04-09-2009 à 13:42:00


comme le dit shunga ... il y a des jours ...ou ca veut pas ...
a+
pierre

Commentaire de Rag' posté le 04-09-2009 à 16:23:00

Apparemment tu n'étais pas dans les meilleurs conditions pour aborder cette CCC mais cela te servira sans nul doute pour 2010. Et là ton CR sera deux fois plus long...

Commentaire de bluesboy posté le 04-09-2009 à 17:10:00

Beau récit que voila
Je te souhaite de reussir l'an prochain ,peut étre y serais je aussi.Ton récit me fais mesurer ce qu'il me reste à faire ,j'ai bien aimé aussi le contre rendu de ta préparation perturbée par divers problémes

Courage et bonne récup

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