Récit de la course : Endurance Trail des Templiers 2018, par cyrille71

L'auteur : cyrille71

La course : Endurance Trail des Templiers

Date : 19/10/2018

Lieu : Millau (Aveyron)

Affichage : 573 vues

Distance : 101km

Matos : Inov-8 trail talon 200
Hoka evo race 17L
Leki trail stick
forerunner 920XT

Objectif : Faire un temps

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Voyage dans les Causses

 

Le soleil embrase l’horizon tandis que je débouche en haut du Puncho d’Agast. Les derniers parapentistes décollent de ce sommet qui domine Millau pour un ultime vol dans la douceur automnale qui nous aura accompagnés depuis bonne heure ce matin. C’est une longue journée qui se termine et je vais pouvoir savourer cette dernière descente jusqu’à la ligne d’arrivée quelques 450m plus bas. Un toboggan au milieu des bois, raide et glissant, qui m’avait mené au supplice l’année dernière. Autant dire que j’avais bien l’intention de prendre ma revanche sur celui que j’avais tant honni alors…

Flashback, on rembobine la bande ! Si la fin qui se profile semble belle, tout l’intérêt réside dans le voyage qui aura conduit à entrevoir cette ligne d’arrivée. Parce que si je suis un compétiteur, je suis aussi sur ce genre de trail un voyageur, alors prenez votre billet et montez à bord de la navette qui nous emmène à Millau pour un vol sans escale.


Nous sommes le jeudi 18 octobre, il est 18h15 et je viens de garer ma voiture, enfin ma chambre d’hôtel pour les deux nuits à venir, dans un pré en bordure du Tarn à deux pas de la célèbre arche de départ du Festival des Templiers. Les Templiers...un monument de la course nature en France qui a vu sa première édition se tenir en 1995, le plus gros évènement trail du territoire avec 12000 coureurs sur l’ensemble des départs. Le genre de rendez-vous à l’ambiance unique qui me donne la chair de poule au simple fait de l’évoquer, au même titre que la semaine de l’UTMB. J’avais découvert Millau et ce festival l’année dernière en participant à l’Endurance Trail, la course la plus longue organisée sur le week-end, et j’avais adoré ce coin de France à l’environnement sauvage et préservé. Cette année, après mon échec au tirage au sort de l’UTMB, c’est tout naturellement que j’avais de nouveau coché l’Endurance Trail comme objectif de ma deuxième moitié de saison. Une distance de 101km pour 5100m de dénivelé annoncés, des paysages magnifiques au milieu des causses et des vallées, pas besoin de chercher la motivation j’ai les yeux qui brillent à la vue du parcours légèrement remanié de cette 12ème édition. Surtout, voilà un ultratrail qui va me permettre de rêver et de m’évader loin, très loin l’espace de quelques heures comme une parenthèse ouverte sur un monde à découvrir et une existence à vivre. Nous sommes toujours le jeudi 18 octobre, il est maintenant 18h30 et je viens de retirer mon billet au guichet de l’agence, il ne me reste plus qu’à préparer ma valise, pas de bagage en soute sur ce long courrier mais uniquement un sac à dos, pour aller loin il faut savoir voyager léger !


Comme vous l’aurez compris pour moi un ultra c’est avant tout un voyage, mais un voyage aux dimensions tout à la fois géographiques et historiques que gastronomiques ou spirituelles. C’est un cheminement qui nous emmène à la rencontre des trésors cachés d’un territoire et qui finalement nous raconte son histoire, ses terroirs. Mais c’est aussi un cheminement intérieur vers une prise de conscience plus complète du fonctionnement de son corps, de l’association de celui-ci avec l’esprit dans un dialogue permanent que l’expérience permet de mieux déchiffrer. Enfin c’est un formidable ascenseur émotionnel qui nous voit passer par tous les états allant de l’extrême concentration de l’esprit au relâchement le plus complet du corps, de l’euphorie d’un départ au désespoir de devoir marcher sur toute une fin de course en cas de moins bien. Finalement l’idée de partir tel un jeune homme qui voudrait retarder le plus possible l’inexorable déclin de ses capacités physiques comme un absurde pied de nez à la vieillesse qui semblera pourtant accompagner sa fin de course, un véritable condensé de vie sur un jour ou plus .

Cette approche de l’ultra le rend d’autant plus attirant, excitant, et pour tout dire j’ai besoin de me projeter dans ce voyage pour pouvoir m’y préparer aussi bien physiquement que mentalement. Imaginer à l’avance le ressenti du terrain sous mes pieds et ainsi construire des sorties d’entraînement me permettant de m’y préparer au mieux, réfléchir aux difficultés qui vont s’enchaîner pour anticiper les moments où je risque de verser dans le dur physiquement et quelles ressources mentales je devrai alors mettre en oeuvre pour continuer malgré tout sans trop baisser de rythme. 

C’est aussi l’expérience qui dicte les impératifs du voyage, comme j’ai déjà pu le dire pour d’autres aventures “d’un vécu du passé enrichir le présent”. Les expériences d’une telle distance déjà appréhendée, d’un tel terrain déjà arpenté, de telles difficultés déjà rencontrées vont venir renforcer la préparation réalisée et orienter le choix du matériel pour qu’à l’heure du départ ne reste plus que l'excitation du moment présent. Mais l’expérience sera là aussi en course pour nous aider à lire et utiliser le terrain et ainsi reproduire les gestes et la foulée travaillés à l’entraînement pour durer, durer sur la distance et durer comme pleinement présent sur la course.


Mais revenons à la course justement, au tracé de celle-ci qui va nous voir traverser les causses Noirs, Sauveterre, Méjean et Larzac ou bien encore évoluer dans la fraîcheur de la Dourbie, de la jonte et du Tarn. Autant de paysages qui vont s’offrir à nous, d’ambiances et de senteurs différentes qui monteront des bords des chemins, de rencontres sauvages qui émailleront nos évolutions en bord de falaises, de villages typiques qui s’ouvriront à nous. Ce tracé qui alternera les portions roulantes où la foulée pourra se délier et celles plus techniques où cette fois courir deviendra vite difficile et usant, les passages dans lesquels les pieds seuls ne suffiront pas à progresser et ceux plus surprenants qui donneront à la course son caractère bien trempé.

Ce terrain je le connais donc bien pour l’avoir découvert l’année dernière et c’est riche de cette expérience que j’avais pu mettre en place ma préparation depuis la fin du mois d’août avec trois axes de travail. Tout d’abord augmenter mon kilométrage hebdomadaire pour renforcer mon foncier à l’approche de l’échéance, ensuite m’entrainer un maximum en trail et dans des singles assez empierrés et techniques pour me rapprocher de ce que j’allais rencontrer sur place et enfin garder des séances de rythme type travail de l’allure marathon pour répondre à un défi sur cette course, réussir finalement à courir un maximum et avec efficacité. Car l’une des caractéristiques des courses du Festival des Templiers est qu’il y a de longues portions où l’on peut courir vite et de nombreuses autres où il faut courir si l’on veut performer.

Ce jeudi 18 octobre se termine déjà et le soleil se couche sur mes derniers doutes, encore une décision à prendre sur un choix de chaussures, quelques questionnements sur l’emploi ou non des bâtons et je m’abandonne à la nuit qui accompagnera également mes premiers kilomètres le lendemain matin.


Vendredi 19 octobre, le réveil n’a pas besoin de sonner, je me suis réveillé avant lui. Toutes mes affaires sont prêtes et tout est clair dans ma tête. Si l’année dernière j’étais venu pour poursuivre mon apprentissage des longues distances, sur cette nouvelle édition je suis là pour performer et pour juger de mon niveau sur ce format de course face à une forte adversité. Certains voyages sont plus sportifs que d’autres, aujourd’hui il va y avoir du sport et je ne compte pas rester tranquille ! Sur ma feuille de route trois objectifs, entrer dans le top 100 sur cet ultra qui compte 1230 coureurs au départ, m’approcher d’un chrono de 14h de course et enfin arriver à destination avant le coucher du soleil. Cette course contre l’astre du jour est même une obsession, il m’avait sèchement battu lors de ma première participation me laissant seul dans la pénombre pour affronter la dernière descente sur l’arrivée, incapable de trouver le rythme dans ce single piégeux et tortueux.

Pas de portique de sécurité sur ce vol ni de classe affaire, tout le monde est logé à la même enseigne et j’entre donc rapidement dans la salle d’embarquement afin de pouvoir m’installer à l’avant du peloton. Il y a une piste de décollage de plus de deux kilomètres de long au départ avant que l’appareil ne prenne de l’altitude vers le premier causse de la journée et je ne veux pas passer le début de course à doubler des centaines de concurrents moins rapides que moi mais mieux placés dans la file d’attente. Les stewards nous donnent les dernières consignes et nous souhaitent un agréable voyage, l’appareil est en place en bout de piste tandis que commence à résonner Era, le chant d’envol traditionnel de ce Festival des Templiers. Et c’est dans la lueur des fumigènes éclairant la route que commence ce périple alors qu’une déferlante de coureurs prend possession de la nuit.


Durer...Comme prévu le départ est rapide, alors je pousse la manette des gaz et hausse l’allure pour garder ma place au sein du peloton. Rapidement le tarmac de départ n’est plus qu’un lointain souvenir tandis que nous entrons dans les premiers chemins et que se profile la première ascension qui nous mènera en haut du Causse Noir. Les trois premières heures de course nous voient évoluer en pleine nuit, chacun s’isole un peu dans sa bulle, tous sens aux aguets, en se mettant à l’écoute de son corps et de toutes les informations que celui-ci peut emmagasiner pour durer un maximum. La lecture du terrain n’est pas ici qu’une affaire de vision. C’est un temps très introspectif et qui donne en quelque sorte le départ du voyage intérieur que nous allons tous faire aujourd’hui. Ressentir le sol plus que ne le voir, se faire léger et souple sur les appuis, prendre conscience de toutes les parties de son corps et de leur bon fonctionnement, se faire presque spectateur de sa propre mécanique humaine. Sur ces premiers tronçons le rythme est rapide mais confortable, je me sens bien et je sais que je suis dans le bon tempo alors je profite des larges chemins que nous rencontrons pour faire le plein de vitesse et de confiance. Première descente assez technique, ne pas s’emballer, après 14km ravitaillement de Paulhe sur lequel je ne m’attarde pas alors que les hôtesses de cabine passent au milieu des rangs de voyageurs pour nous proposer boissons et gâteaux. Ces premières heures de course se déroulent sans anicroches, plan de vol parfaitement respecté.

Vers le 30ème kilomètre le jour commence à nous accompagner. Je mène un bon groupe de coureurs et les discussions fusent alors que nous descendons sur le village du Rozier où un nouveau ravitaillement nous attend. Première vraie pause pour refaire le plein de carburant de l’appareil, j’en profite pour retirer mes manchettes et ranger la frontale au fond du sac, j’espère bien ne plus avoir à l’en sortir ! Nous enchaînons ensuite sur cinq kilomètres assez roulants dans les gorges du Tarn, entre le Causse Sauveterre et le Causse Méjean. Le 40ème kilomètre est atteint après 4h50min de course, nous avons gravi environ 1800m de dénivelé. Je me rends bien compte que cette première partie de course a été bouclée vraiment rapidement mais je ne m’en inquiète pas trop, je sens que je suis sur le bon rythme. Une nouvelle montée nous attend pour nous emmener au dessus des falaises qui nous surplombent. Cette ascension est raide et technique et il nous faut parfois évoluer au milieu de failles entre les rochers, mais la récompense qui nous attend est à la hauteur des efforts consentis. Nous débouchons en effet sur un magnifique single en bord de falaises, illuminé par les rayons du soleil qui commence à monter plus haut dans un ciel d’un bleu magnifique, pas un nuage pour venir nous cacher l’horizon. Et c’est sur ce petit sentier baigné de soleil et d’odeurs de résine que mon avion rencontrera ses premières turbulences et ses premiers trous d’air. Pour moi une deuxième course vient de commencer.


Résister...Si sur cette première partie de voyage j’ai pu engranger facilement les kilomètres, il va me falloir à présent tenir. Lutter contre la fatigue qui commence à se faire sentir, contre l’envie de marcher quand le terrain permet de courir, résister à la baisse de concentration qui conduirait inévitablement à la chute dans les passages techniques qui nous attendent encore. Et cette résistance commence maintenant, sur ce petit sentier d’apparence anodine mais qui se révèlera particulièrement cassant, une petite trace remplie de racines qui s'entremêlent, de pierres de toutes formes et de toutes tailles. Les relances sont permanentes, les appuis fuyants, tout est réuni pour casser du coureur aussi bien physiquement que moralement. Je ne parviendrai pas à effectuer un seul des quinze kilomètres à venir à une vitesse supérieure à 10km/h, et pourtant je ne renonce pas à l’idée de courir, mais toute velléité ne dure pas plus de 10m avant qu’un obstacle ne vienne m’obliger à effectuer quelques pas de marche. Heureusement les paysages sont magnifiques, nous sommes à présent sur le Causse Méjean dans un sentier baptisé le balcon du vertige et nous surplombons les gorges de la Jonte. Vase de Sévres, vase de Chines, piliers de calcaire dolomitique, le décor qui nous entoure est féérique. Je ne résiste pas d’ailleurs à l’envie de prendre quelques photos et vidéos de ces lieux comme autant de cartes postales à envoyer à ceux qui suivent alors mon excursion. Habituellement seuls les vautours viennent troubler la tranquillité de cette nature préservée, ils sont d’ailleurs là pour nous rappeler que nous ne sommes que de passage, juste tolérés à nous émerveiller de ce miracle géologique fruit d’un travail d’érosion et de sédimentation commencé il y a des millions d’années.

J’essaie de me focaliser sur cet environnement exceptionnel, difficile tant le terrain réclame de l’attention et de la concentration. Nous descendons à présent dans les gorges de la Jonte jusqu’au ravitaillement du Truel, une descente raide et encore une fois cassante avec de grosses marches à amortir et des cuisses à préserver pour la suite. Deuxième bonne pause de la journée pour vérifier les niveaux, tout le monde a souffert sur cette portion et les corps commencent à être fatigués. En plus nous sommes en fond de vallée et chacun appréhende la montée à venir. Heureusement  nous longeons la Jonte sur 2km avant de recommencer à grimper, cette partie plate au bord de l’eau permet de refaire chauffer les moteurs tout en profitant de la fraîcheur d’un milieu nettement plus humide que précédemment et à la végétation presque luxuriante, changement d’ambiance ! Mais voilà déjà que le chemin oblique sur la gauche et s’écarte de la rivière, cap vers le ciel ! Les moteurs ronronnent, le trafic aérien est faible à ce point de la course et à coup de bonnes poussées sur mes bâtons le sommet est rapidement atteint. Que ce passage de 15km aura été difficile à gérer, heureusement ce sont à présent quinze nouveaux kilomètres beaucoup plus roulant que nous allons parcourir et qui se termineront par un long vol plané de 7km jusqu’au fond des gorges de la Dourbie. Nous sommes au 70ème kilomètre et nous remontons alors jusqu’à Pierrefiche avant de suivre les falaises du Pompidou au dessus de ces mêmes gorges en bordure du Causse du Larzac, encore une fois de magnifiques paysages à découvrir. Les kilomètres s’enchaînent, traversées de plateaux, successions de montées et de descentes, je rentre petit à petit dans le dur. Mon appareil vient de perdre l’un de ces moteurs, c’est une troisième course qui s’annonce.


Tout donner...Il reste environ 20km et je commence à subir des défaillances. Pas de blessure ni de douleur anormale ou inquiétante mais une fatigue générale et une forme de lassitude commencent à prendre possession de mon corps. Les relances deviennent pénibles et moins tranchantes et je dois me bousculer mentalement pour me remettre à courir quand les chemins le permettent. Nous sommes au carrefour de l’ultra, ce moment où le mental fait la différence là où le corps ne demande qu’à s’arrêter. Alors il faut s’accrocher, mettre en place des stratégies mentales, ruser pour tromper les signaux négatifs envoyés par ses muscles et quoi qu’il arrive avancer. C’est là aussi que l’expérience se fait précieuse et permet de mieux anticiper ces baisses de régime. Alimentation, hydratation, ne rien négliger dans ces temps faibles car il y a toujours un moment où la machine se remettra en route. Alors on donne, on donne tout, on joue avec le terrain pour économiser quelques forces en s’aidant du relief. On profite des alliés de circonstances, compagnons de route et d’infortune. Je me retrouve à mener un petit groupe avec deux coureurs dans mon sillage, un vol en formation serrée qui me motive à donner encore plus quand je sens que le rythme imprimé convient à tout le monde. Notre escadrille se pose alors au ravitaillement du Mas de Brus et pour la première fois de la course mon envie de charcuterie et de roquefort l’emporte sur tout le reste. Un petit repas qui me fait du bien mais je ne m’attarde pas trop sur ce ravitaillement qui prend des allures de mouroir.

La trace plonge à présent sur Massebiau par la descente du Roubelier, une belle descente qui alterne les passages en forêt puis au fond d’un canyon, dalles rocheuses et lit de ruisseaux. Certains passages assez glissants nécessitent plus d’attention alors que le couloir aérien commence à s’encombrer légèrement. Nous commençons en effet à rattraper les participants des autres courses de la journée et la différence de vitesse est parfois difficile à gérer. Arrivée en bas de cette descente, à Massebiau, un point d’eau nous attend avant de repartir pour les dix derniers kilomètres de la journée. Un dernier tronçon que je redoute particulièrement avec la montée jusqu’à la ferme du Cade puis la descente depuis le sommet du Puncho d’Agast, alors je prends le temps de bien m’arroser et me rafraîchir, petit check-up de la mécanique avant de repartir. C’est dans cette ascension que j’avais perdu pied l’année dernière avec une grosse défaillance, alors c’est maintenant qu’il faut tout donner. On m’annonce alors autour de la 90ème place, il ne m’en fallait pas plus pour trouver les ressources nécessaires afin d’affronter cette dernière difficulté. Objectif ne pas s’arrêter avant le sommet et pousser à fond sur les bâtons. Le chemin s’élève rapidement et nous offre un superbe point de vue sur le viaduc de Millau. Mais si l’an passé cette vision de carte postale était sublimée par le soleil se couchant en arrière plan il n’en est rien aujourd’hui, je suis en passe de gagner ma course contre lui ! Passage des dernières barres rocheuses, la pente se fait plus douce et nous débouchons enfin sur le plateau dans un large chemin serpentant entre les pins. Durant toute la montée j’étais concentré sur mes pas, sur mon rythme, où poser les pointes de mes bâtons, sur quelles pierres prendre appui. À présent je me rends compte que c’est fini, que je suis en passe de réussir mon pari et que les objectifs ambitieux que je m’étais fixés vont être atteints. Je reçois de pleine face une énorme décharge émotionnelle, les larmes montent tandis que les images se bousculent dans ma tête. Je traverse la ferme du Cade, dernier ravitaillement de ce trail, des remerciements aux bénévoles qui seront là jusqu’au milieu de la nuit pour accueillir les coureurs et je repars au milieu des bois en direction de Millau. Le soleil embrase l’horizon tandis que je débouche en haut du Puncho d’Agast…


Savourer...Cet intense moment d’émotion que j’aurai vécu une fois le plateau atteint me laisse à présent poursuivre la descente dans une forme de sérénité. Plus de douleurs, plus de fatigue, juste la joie d’arriver au terme de ce voyage, de me dire que la préparation était bonne et que la course s’est bien passée. Un dernier effort pour remonter jusqu’à l'emblématique grotte du hibou, passage mythique de cet Endurance Trail et je me jette à corps perdu dans la descente. Quelle différence cette année, de jour les virages s'enchaînent, les marches à descendre ne sont qu’une formalité. J’ai un coureur en ligne de mire une centaine de mètres devant moi, c’est mon point de repère. Nous nous sommes croisés de nombreuses fois sur cette fin de course, il descend bien et je me dis comme un jeu et une forme de défi que je vais le rattraper. Le rythme s’accélère, je me prends à relancer encore et encore, à survoler les obstacles, l’écart se réduit, je pousse encore un peu dans le dernier kilomètre tandis que plus bas montent les bruits de l’arrivée. Je fais finalement la jonction à 150m de la ligne, on se regarde, quelques mots échangés et un sourire, je ne suis pas en chasse pour gagner une place mais pour m’amuser et profiter à fond de cette fin de course et c’est tout naturellement que nous franchissons la ligne d’arrivée ensemble.

Quelle délivrance et quel bonheur, je m’allonge dans l’herbe sous les derniers rayons du soleil et m’autorise enfin la détente musculaire que mon corps me réclamait depuis tant de kilomètres. Je viens d’atterrir après 14h29min de course à la 85ème place sur 1230 concurrents enregistrés sur ce vol, il y aura 863 finishers. Mais si mon corps a bien repris contact avec le sol mon esprit pour sa part plane encore à 10000m, cette course est une énorme satisfaction et surtout j’aurai su aller au bout de moi-même pour décrocher ce résultat. Je reconnais nombre de coureurs qui franchissent à leur tour l’arche d’arrivée, nous nous sommes côtoyés sur ce trail et nous nous félicitons mutuellement  d’être arrivés au bout de ce si beau voyage. Car oui, il en est de l’ultratrail comme des voyages, il y a un départ et une arrivée, mais il y a surtout un cheminement fait de rencontres et de découvertes, d’efforts et d’apprentissages, de doutes et d’affirmation de soi. Une leçon de vie.


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