Récit de la course : Ultra Trail du Mont Blanc 2014, par Fimbur

L'auteur : Fimbur

La course : Ultra Trail du Mont Blanc

Date : 29/8/2014

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 821 vues

Distance : 166km

Objectif : Terminer

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240 autres récits :

L'ultra - Gérer les imprévus

Sur mon blog :

http://objectiftrail.com/recit-ultra-trail-utmb/

 

 

Juillet 2013, j'ai terminé l'Ultra Tour du Beaufortain en 25h56. La limite était en 26h. Depuis la mi-course, j'ai géré un problème de ventre. De 40minutes d'avances sur les barrières horaires, j'ai lutté contre leurs rapprochements et même craint d'être éliminé aux Saisies à 15Km de l'arrivée.

2ans après l'arrêt à mi-course, c'est une grande victoire et la confirmation que mon mental me permet de franchir nombre d'obstacles.

 

Et donc, la discussion familiale s'engage sur les projets de courses 2014. 2 courses me font de l'œil depuis quelque temps : le Grand Raid du Morbihan et évidemment l'UTMB.

Comme certains, je m'inscris en décembre pour l'UTMB, assez persuadé que comme pour la CCC, il faudra 2 ans pour obtenir le sésame.

 

Je suis donc relativement serein en janvier, en me disant de ne pas me focaliser sur l'heure du tirage au sort. A midi, je découvre le message qui confirme la bonne nouvelle "Félicitations". Gloups, d'un coup c'est pour de vrai.

Bon l'année 2014 va être chargée. Un nouveau job depuis septembre 2013 qui nécessite encore beaucoup d'investissement, et une planification d'entrainement pour arriver à mon top fin août.

 

Mes courses de préparations :

Ultra Boucle de la Sarra en mode week end choc 2x40Km, super course, super ambiance

XL Race, assez déçu du parcours, sinon la course confirme la montée en forme mais avec de la fatigue

Grand Duc de Chartreuse : Arrêt au environ du Km 44, beaucoup de fatigue sur Juin, une pluie qui rend difficile le parcours et des jambes qui ne répondent pas. En tout cas, mon niveau du jour est loin du requis pour cette course et impossible de tenir la vitesse mini pour les barrières horaires

 

2 gros week end choc en montagne

3 jours mi-juillet pour environ 100Km et 5500m de D+ dans des conditions de froid et pluie à 2300m, je peux tester tout mon matériel

3jours début août pour environ 90Km et 7100m de D+ avec beaucoup de plaisir et une bonne forme

 

Un total de 1100Km et 46 000m de D+ en préparation. Je ne pouvais pas faire plus en équilibrant famille / UTMB / boulot. Je suis donc au mieux de ce que je pouvais faire.

 

Durant les 15 derniers jours, je gère les coups de stress qui arrivent à l'improviste. "dans quoi tu t'es embarqué" "t'es pas prêt" "t'en as pas fait assez",… notamment à cause d'une préparation mentale où j'envisage un max de problèmes, de conditions défavorables,… et les solutions possibles.

 

Retrait du dossard le mercredi après-midi. A partir de là, je passe en mode positif. Je suis persuadé que je vais terminer la course.

 

Durant mes congés début août, j'ai démarré un axe essentiel de ma préparation : longue nuit et petite sieste l'après-midi. Jusqu'au départ, toute la famille aide à ce que point soit préservé. Je suis convaincu que ne pas partir avec une dette de sommeil va aider. Confirmation lors de la conférence sur ce sujet le mercredi après-midi.

 

Vendredi 15h30 : l'heure du train pour se rendre à Chamonix.

On se sépare à l'arrivée : mes parents et ma fille vont se positionner un peu plus loin dans Cham' pour me voir passer, et avec ma femme je vais poser le sac de mi-course, finir de me préparer.

 

17h10 : 1ère averse

17h20 : Fin d'averse

17h25 : c'est reparti ! Il pleut. Je suis placé en fin de peloton, on n'entend pas bien les discours,… tant pis, je discute avec ma femme, ça évite de trop cogiter

17h30 : Go go go ! Enfin on va attendre que la troupe bouge :)

17h33 : je passe la ligne de départ. Quel départ, que d'encouragements, que de monde. Un moment très fort, l'effet UTMB je pense. Vraiment sympa à vivre.

Ça y est c'est parti pour une grande aventure !

17h45 : je peux enfin courir !

Je fais un rapide stop Bisous à la famille, à bientôt, on se revoit à Vallorcine dimanche matin (vers 8h d'après mon plan de course en 44h)

 

Les Houches

 

La pluie s'arrête, youpi, comme prévu ce n'était que des averses. Chouette, on ne sera pas trempé. Erreur

J'arrive aux Houches en 1h environ et la pluie repars et ne cessera que vers 21h30. La pluie ne m'inquiète pas trop, d'abord j'ai quelques courses à mon actif en conditions pourries (CCC 2012 = pluie et neige, Templiers = pluie, SaintéLyon = Verglas et neige,….) et surtout j'ai un sms de mon copain Michel qui m'indique que demain il fera beau en Italie. Ce sera un réconfort dans les passages boueux, glissants à venir. Merci Michel

 

Le Déleveret

 

La montée au Deleveret est relativement facile, je veille à garder un rythme régulier sans forcer. Passage en 2h17, j'ai 13' d'avance sur le plan.

 

Tiens un ravito sauvage, organisé par un groupe de japonais. Sympa. Ils sont nombreux sur la course.

 

La descente sur St Gervais est boueuse. Heureusement pour moi, je suis parti avec des chaussures qui accrochent bien (Kapteren XT4), c'était plus en prévision de la descente sur Les Chapieux, mais là je double, je double. C'est assez grisant mais je suis encore lucide pour ne pas trop relancer et ne pas me cramer.

 

1er coup du sort, un ultra c'est la gestion des imprévus, à la faveur d'un rétrécissement et donc d'un petit bouchon, je glisse un peu. C'est arrivé des centaines de fois en entrainement, en course,… bref je plante mes bâtons et zou ça passe …. d'habitude et là paf un bâton se casse au niveau du dernier brin vers la pointe ! Youpi !

J'encaisse le coup assez sereinement tout en me disant :

  1. M…. De me m …., la marche avec bâton est un point fort, en montée, je suis une quiche alors sans bâtons, ça va compliquer le parcours
  2. Même pas grave, je vais gérer, j'alternerais les bras pour ne pas tirer que sur un seul, en montée, côté montagne, doit y avoir moyen de planter un plus petit bâton,…
  3. Est-ce que j'appelle quelqu'un pour faire part de mes déboires, refiler mes doutes, mon stress, passer la patate chaude, mais comme je ne vois comment ça va me réparer le bâton, je laisse tomber

 

Saint Gervais

 

J'arrive à St Gervais dans mes pensées bâtonistiques. Un sourire imprévu, Badgone est là ! Il ne me semblait pas que Martine était inscrite, donc il doit encourager / aider quelqu'un d'autre.

5' d'arrêt, repart en 3h30 vs 3h32 dans mon plan de course. La descente boueuse m'a quand même fait ralentir.

Etonnamment sur ce ravito, le speaker ne parle que de la barrière horaire dans une 1/2 heure. Un poil stressant le gars.

La pluie vient de cesser ! top

 

Les Contamines

 

Le parcours jusqu'au Contamines est plutôt plat, mais quelques bons coup de cul quand même.

L'ultra c'est la gestion des imprévus, presque 10Km après avoir cassé un bâton, je trouve dans un talus un vieux bâton de ski, sans dragonne mais à ma taille. Est-il un piquet d'un champs environnant que je ne vois pas ? Je ne pose pas trop de question et repars avec.

Je vois tout de suite que la marche avec 2 bâtons est bien plus efficace que ce que je faisais avec 1 seul.

 

Départ du Contamines en 5h27 comme le plan de course dont 5' d'arrêt. Badgone est encore là, sympa.

 

Notre Dame de la Gorge

 

J'ai en tête une partie relativement facile jusqu'à Notre Dame de la Gorge, alors je relance et cours le plus possible. Passage en 6h09, prévu 6h07 dans ce décors d'illuminations, c'est très beau.

La bonne nouvelle c'est que je tiens mon plan de course, la mauvaise c'est que je ne prends pas d'avance en cas d'imprévus. Est-ce qu'on vous a déjà dit qu'un ultra, c'est la gestion des imprévus, donc un peu de sécurité ne ferait pas de mal.

 

Petite aparté planification de course : au lieu de préparer mon planning sur un temps objectif comme souvent, j'ai simplement mis des temps réalistes lents sur chaque étape et vu si cela passait avec les barrières. Comme j'avais prévu lent, j'avais bon espoir de prendre un peu d'avance au fil de la course. Enfin, la course, elle commence seulement maintenant, avant ce n'était pas de la montagne.

 

La Balme

 

La montée à La Balme n'est pas trop difficile, chemin relativement large, pentu mais pas trop. Il n'y a que le départ dans les roches rendues glissantes qui est un peu compliqué. Au ravito je passe en T-shirt de nuit pour éviter d'avoir froid au col. Passage en 7h26 dont 10' de pause, j'ai 9' de retard sur le plan.

 

Certains font une belle pause autour du feu, repartir risque d'être difficile.

 

 

Col du Bonhomme et Croix du col

 

C'est parti pour le 1er gros morceau, le col du bonhomme puis la traversée jusqu'à la croix du col. La montée est pentue, mais je prends mon rythme régulier et je profite des virages pour voir les frontales au dessus et en dessous, magnifique. On se croirait sur la SaintéLyon en plus pentue :)

Passage au col en 8h41, pour 8h42 prévu. Top

 

La traversée me semble moins technique que dans mon souvenir du Beaufortain (qui en plus est dans l'autre sens). Tant mieux ! Pointage en 9h15 vs 9h17 prévu

 

Les Chapieux

 

Les bénévoles, merci à eux sur tout le parcours et tous les ravitos, eux aussi font un sacré ultra durant ces journées, me confirment que la descente est un peu glissante. On va y aller tranquillement.

Le début est un peu casse gueule, puis ça va mieux. Cool, on va pouvoir dérouler. Que nenni, on retrouve vite une longue période de coins glissants, d'ornières au lieu de chemin, bref la descente est longue et c'est encore pire à la fin sur la piste pour 4x4 où je cours car sinon ce sont des minutes bêtes qui s'envolent.

 

Ravito avec 2soupes dont une en repartant. Passage en 10h16 dont 12' de pause pour 10h32, -16minutes sur le plan, hé hé la machine est lancée.

 

Petite aparté sur les ravitos : 1 stratégie unique durant toute la course. En 1, la poche à eau (avec ou sans poudre), en 2 manger dont du chaud, de ce qui me fait envie mais pas en trop grosse quantité pour bien digérer, en 3 si possible s'assoir pour manger si de la place, si pas à la bourre,….

 

 

Col de la Seigne

 

La route montante en sortant des Chapieux n'est pas courable à mon goût, trop d'énergie à laisser. J'entame donc une marche énergique avec mes chouettes 2 bâtons (pour le coup sur cette partie, je suis vraiment content d'avoir trouvé le 2ème). Je double du monde.

Je profite de cette route facile pour lever la tête, les étoiles au-dessus, les frontales au loin sur la montée du col de la Seigne. Puis arrive cette montée, que j'attaque avec une belle énergie et, c'est presque une première, je vais doubler en monter ! Dingue pour moi

Passage au col en 12h55 vs 13h12, -17minutes

 

Le passage du col est superbe, la découverte de la vallée devant nous. Le massif du Mont blanc sur notre gauche, le levé du jour. Du positif qui aide au déjà bon moral. Je n'ai pas vu la nuit passée, comme prévu. La 1ère nuit, j'ai déjà fait ça tant de fois que ça ne m'inquiétait pas, la 2ème ce sera une découverte.

 

Lac Combal

 

Je stoppe quelques minutes pour relacer avant la descente ! Dommage d'y avoir penser, ça partait d'une bonne idée.

Dans la descente je sens une petite douleur sur le dessus du pied gauche, lacet trop serré ? Certainement

Au ravito, je desserre tout ça, en étant persuadé que ça va passer.

15' de pause pour manger du chaud, et c'est reparti. 14h de course vs 14h10, -10minutes, l'arrêt à été plus long que prévu.

Le moral est bon, psychologiquement encore une bosse puis ce sera bientôt Courmayeur.

 

Arête Mont Favre

 

Direction l'arête Mont Favre, la montée est régulière mais me semble un peu longue. J'ai hâte de descendre sur Chécrouit, Courmayeur. La descente c'est mon point fort (ou le moins faible).

Un peu avant le pointage nous avons une vue sur le massif en face de nous, magnifique. Beaucoup font un arrêt photos.

Passage en 15h13, vs 15h25, -12minutes

 

Col Chécrouit - Courmayeur

 

Le col chécrouit est tout compte fait plus loin que prévu et les relances sont plus compliquées à réaliser. La douleur ne passe pas sur le pied, j'essaye de faire abstraction et d'avancer. Passage en 16h02, vs 16h21, - 19minutes

 

La longue descente sur Courmayeur, peu roulante. Je fais attention à ne pas me fusiller les quadri, j'en aurais encore besoin après. A Courmayeur, la récup des sacs est super rapide. Bravo.

L'entrée dans le gymnase fait presque peur, peu d'indications, des coureurs et accompagnateurs de partout. Vite je monte manger, me changer, changer de chaussures pour mes Cascadia super confortables. Arrêt de 46' pour 45' prévu

Je repars après 17h39 de course vs 17h56, soit 17' d'avance, et 51' d'avance sur la barrière horaire. Même si je n'en ai pas beaucoup parlé, je sais que ma course se joue proche des barrières et tout ce que je pourrais prendre d'avance sera une sécurité et un confort psychologique.

 

Je repars sur des chemins connus grâce à la CCC 2012, cette année sous un soleil pas trop chaud au lieu de la pluie et la neige. Tant mieux.

 

Bertone

 

La montée sur Bertone est longue. Il y a des randonneurs qui me semblent pouvoir aller plus vite que moi. Fichtre, suis-je déjà cramé ?

Pas d'arrêt à Bertone. Passage en 19h23, vs 19h55. -32minutes sur le plan, là je vois la suite super positivement.

C'était juste avant le petit coup de cul pour reprendre le chemin légèrement descendant et m'apercevoir que mon pied gauche faisait vraiment des siennes et que les descentes et même courir sur le plat devenait douloureux, voir très douloureux.

 

L'ultra, c'est la gestion des imprévus. Ok j'avance moins vite, mais autour de moi, j'ai rattrapé un groupe, pas moyen de doubler avec ma faible vitesse, donc je suis. Tout n'est pas négatif. Je branche le cerveau et me rappelle les déboires d'Ogo en 2013. Merci Ogo pour ton récit. Il avait vécu un calvaire à cause d'une tendinite du releveur qui l'empêchait de descendre, courir,… tiens ça me dis quelque chose !

Il avait fini grâce aux soutiens des siens et à la kiné qui l'avait bien strapé et re motivé.

Conclusions :

  1. Les miens, c'est prévu de les voir à Vallorcine, ok ce sera la récompense de les voir après la 2ème nuit
  2. Kiné, objectif Arnuva et se faire soigner
  3. Motivation, pas de problème, c'est faisable, tant que je ne suis pas arrêté par les barrières, j'avance

 

 

Bonati

 

Passage à Bonati, 21h05 de course vs 21h30, -25' perte de temps dû à un arrêt plus long à Bonatti pour remettre de la nok.

 

Arnuva

 

Le sentier jusqu'à la descente sur Arnuva permet de discuter avec un coureur qui a un souci d'ampoules et qui veut également se faire soigner en bas. Il a également besoin de dormir. Pas moi.

Arnuva 22h20 de course au lieu de 22h35, -15minutes. Beaucoup de perte de temps d'avoir si peu, si mal couru. Par contre 1h25 d'avance sur la barrière ! Chouette

Pas de soins, la tente infirmerie est bondée, des coureurs attendent. Je ne me pose pas de questions, je repars vite.

 

Grand Col Ferret

 

Le col Ferret avait été difficile pendant la CCC. Je le trouve presque plus abordable aujourd'hui même si je suis plus lent. Elle est quand même longue cette montée.

Passage en 24h05, vs 24h25 prévu, soit -20minutes.

La première partie est raide jusqu'au refuge Elena, puis il faut gérer le rythme sans trop regarder les petits points là haut si loin qui signifient qu'il y a encore à faire.

 

La Fouly

 

Je suis un peu inquiet pour la partie à venir. Une longue descente jusqu'à la Fouly. Normalement une partie que j'aurais adoré pour prendre de l'avance, avoir du rythme, courir.

Je vais donc tenter d'alterner un peu de course, beaucoup de marche, râler un peu, puis prendre mon mal en patience et me concentrer sur mes pas pour avancer le plus vite possible ou le moins lentement possible.

La Fouly 26h15 vs 26h40 dont 13' de pause et 1h45 d'avance sur la barrière

J'envisage ici de ma faire soigner, une bénévole m'indique le poste médical est plus loin après le ravito. Je vois bien le panneau mais impossible de trouver l'infirmerie. Tant pis, je passe ma tenue de nuit et repars. Je me dis la partie à venir est plutôt facile et si j'augmente encore l'avance sur les barrières, je pourrais repartir de Champex avec un peu de marge.

En repartant, j'entre dans l'inconnu. Je dépasse mes records de distance, dénivelé et temps de course.

 

Champex

 

La section jusqu'à Praz de Fort est plutôt roulante, je vais essayer de trottiner une partie puis dans un sous-bois je vais marcher avec un autre coureur qui a un souci de hanche. Mon pied est très douloureux mais je me projette sur Champex où je me soignerais obligatoirement. Nous n'avançons pas très vite et Praz de Fort n'arrive pas. Un peu ras le bol à ce moment.

La traversée du village permet de croiser quelques habitants et de recevoir des encouragements qui font du bien.

 

La montée sur Champex se passe plutôt bien, seule la fin est longue car on entre dans Champex mais le ravito n'est pas là, il reste peut-être 500m. C'est long quand on entame sa 2ème nuit.

J'arrive au ravito, super bien accueilli par les bénévoles. Top

Vite remplir la poche à eau où je m'y prends très mal, la fatigue commence à faire son effet, manger puis trouver les Kiné. Eux aussi sont super sympa, c'est agréable. J'ai une place assez rapidement.

Je découvre l'ampleur du problème en enlevant chaussures, chaussettes. La cheville est gonflé comme je n'ai jamais vu et c'est douloureux. Ne pas penser négatif, je vais repartir c'est certain.

Avec le kiné, on discute des facteurs déclenchants, probablement mon laçage dans la descente et il évoque également mes boosters pour les mollets. Je les enlève également. Ce n'est pas la 1ère fois que j'ai des boosters, à réfléchir à l'avenir. Il me confirme une belle tendinite du releveur, un peu surpris que je tienne depuis si longtemps.

Il me strape bien en essayant d'aller vite pour que je puisse repartir avant les barrières. Merci merci

 

Au total, un arrêt d'1 heure, dont 45' de soins.

 

Champex, départ après 31h02 de course vs 30h prévu, +62minutes et 58 minutes d'avance sur la barrière

 

La Giète

 

La sortie de Champex sur bitume, légèrement montant me permet de réchauffer la cheville après ce long arrêt et de tester la douleur avec le strap. C'est mieux, bien mieux.

Dès l'arrivée sur le chemin, je cours doucement et ça passe. Pas une grande foulée, pas vraiment courir mais c'est moins douloureux qu'en marchant alors c'est le bonheur.

 

On se rapproche de Bovine. Je n'ai pas trop étudié la carte, je connais l'ancienne montée. Je suis persuadé que la nouvelle montée sera plus cool. Normal, Bovine avait été mon calvaire en 2012, fatigue, froid,…

Traversée de lit de rivière, puis une montée continue bien raide, pas du tout comme j'avais prévu. Je m'accroche et on arrive sur chemin très boueux avant la dernière partie et basculer dans la descente. Une montée difficile de mon point de vue après tout ce temps de course.

Au pointage 34h34 vs 32h50, soit +1h44 vs le plan. Ouille ! Vraiment mal estimé cette partie. Légère inquiétude pour la suite, on verra en bas.

 

Trient

 

La descente sur Trient est longue car courir est difficile et ne ressemble pas à mon souvenir, donc pas de repères. A un moment, j'entends la sono du ravito, on ne peut pas être si loin. Passage d'une passerelle métallique puis les lueurs de Trient sont là ! Youpi.

La descente a été moins longue que prévue.

Trient 36h15 dont 16' de pause vs 34h55, soit +80minutes et 1h15 d'avance sur la barrière.

 

Catogne

 

Pendant la montée sur Catogne, je calcule les barrières horaires à venir et les temps que j'ai prévu. Le prochain ravito, c'est Vallorcine, c'est la famille où je pensais arriver vers 8h du mat', avec mes 80minutes de retard cela donne 9h20, 20' de pause = 9h40 puis j'ai prévu 4h pour la Flégère soit 13h40 pour une barrière à 13h45 !!!

Gros coup de flip dans la montée, pas question que je puisse être éliminé à La Flégère, à 8Km de l'arrivée.

 

La montée est régulière, c'est bien pour moi, j'avance à un rythme correct. Il n'y a que le pointage qui se fait attendre puisqu'il y a une traversée après le sommet puis commencer la descente pour y arriver.

 

Au pointage 38h10 vs 37h10, soit +60 minutes, ouf j'ai repris 10minutes.

Il est 7h40 du matin, les bénévoles m'indique 1h30 de descente, soit 9h10 à Vallorcine, bien mieux que 9h40. Rassurant si je tiens le tempo

 

Vallorcine

 

J'essaye de débrancher le cerveau dans la descente et ne pas penser à la douleur. Mon objectif, prévenir la famille que je vais arriver et vouloir repartir avant 9h15 pour avoir de la marge. Surtout pas de prise de risque inutile avec La Flégère.

Quand j'appelle, ils ont déjà compris et anticipé, ils sont prêts. Ils ne savent pas pour la cheville et pensent que j'ai dormi à Champex.

 

 

 

Dans la descente je rattrape 2 kikourous, un pote d'Arthurbaldur dont j'ai oublié le pseudo (désolé), puis Sapi74 que j'avais croisé aux Allobroges en 2013. Il a également une tendinite du releveur, mais à droite. On fait la paire tous les 2.

J'ai un énorme strap et lui seulement un truc bleu qui l'empêche de courir me dit-il. Je lui explique que mon cerveau est débranché, ça aide.

 

Vallorcine, mes parents sont en bas de la descente avec ma puce, et ma femme m'attends déjà dans la zone accompagnateurs. J'ai pleins de choses à raconter mais pas trop de temps.

La poche à eau, manger, passer en short donc expliquer la cheville, s'assoir quelques minutes et à 9h17 je repars.

Vallorcine 39h51 vs 38h50 prévu, +61minutes et 54 minutes d'avance sur la barrière.

 

Tête au vent

 

Jusqu'au col des montet, je marche le moins mal possible. Sapi74 me rejoins. On attaque la Tête au vent ensemble, mais là c'est son point fort je ne le vois bientôt plus.

La montée est longue, j'ai un gros coup de barre. Je mange et à ce moment je croise Martinev qui me redonne un peu d'énergie. Merci Martine.

 

J'arrive à un cairn, chouette déjà la Tête au vent. Tout compte fait c'est allez plus rapidement que prévu. A ce moment, je croise 3 chamois. Génial !

J'aperçois au loin une tente jaune, tiens La Flégère n'est pas si loin, je me suis inquiété pour rien. Tant mieux.

Quelques passages un peu technique surtout à cause de la fatigue et de la pose du pied douloureuse.

 

A la tente jaune, le bénévole m'accueille "Bienvenue à la Tête au vent" gloups !

Et effectivement, je vois La Flégère plus loin, pas si proche.

 

Tête au vent (la vraie) 12h12 vs 11h10, +62 minutes

 

La Flégère

 

Plus loin, après une descente un peu compliquée sans savoir comment poser mon pied, un panneau de rando indique 50' pour La Flégère, soit vers 13h20 je crois. Bon faut pas trainer sur cette course même à la fin. Fait pas bon être lent.

Bien conscient qu'il va falloir ne pas trainer, il me faut plusieurs minutes pour réussir à re débrancher le cerveau, la fatigue est là, je puise dans mes réserves mentales. Allez allez faut relancer !

 

Je vois une montée juste avant La Flégère, ça m'inquiète j'ai l'impression que c'est super raide. En fait en arrivant cela passe plutôt bien. Je pointe à la tente à 13h08 ! c'est fait c'est gagné.

Petit ravitaillement, puis je suis obligé de faire une pause technique dans les toilettes de La Flégère, je ne repars donc qu'à 13h27 vs 12h20 prévu, +67minutes et 18minutes d'avance sur la barrière !

Il faut finir avant 15h30 pour rester dans les 46h.

 

 

Chamonix

 

Le début est difficile, un peu technique car racines, pierres, et mal à la cheville. J'ai du mal à occulter la douleur cette fois, j'ai aussi les émotions qui surgissent. Les yeux s'humidifient. Je vais réussir l'UTMB, j'ai surpassé les problèmes de bâtons, la douleur de la cheville, la distance, le dénivelé, la fatigue, les 2 nuits blanches,… Trop heureux !

En 2006, lorsque j'ai commencé à courir après mon opération du dos, je ne savais même pas que de telles courses existaient. J'ai découvert le trail en 2007 avec une première SaintéLyon en défi.

Je viens d'en relever un autre.

 

Au bout d'un moment, je reviens au monde réel, je regarde la montre. Peut être bien qu'il faudrait se bouger, la famille m'attend. Les émotions ont envoyé un bon lot d'endorphine, j'arrive à trotinner, la cheville s'oublie.

L'altitude baisse trop lentement mais je commence à croiser du monde et tous encouragent, félicitent. Merci merci, trop bon

 

Enfin du bitume, un bénévole indique qu'il reste à peine 1,5Km. Je préviens la famille.

Le long de l'Arve, beaucoup de bénévoles nous félicitent, j'en profite pour les remercier également. Au bout de la ligne droite, je vois Sapi74 qui a fini, chapeau !

Puis c'est Martinev et Badgone, merci merci

La ville, les rues, les spectateurs,

Les félicitations, les sourires, les applaudissements,

Ma femme, ma fille qui est un peu impressionnée par le bruit des applaudissements, normal à 4ans. On avance tous les 3 pour finir cette aventure.

 

Et jusqu'à la ligne d'arrivée ce n'est que bonheur !

 

45h25 vs 44h15, +70minutes et 35minutes d'avance sur la barrière

 

En retrouvant la famille, j'ai besoin de manger. Heureusement qu'il y a un ravito d'arrivée.

Au-delà de ma cheville, étonnamment aucune douleur aux quadri, aux dos, aux bras, pas d'ampoules,… le rythme un peu "lent" explique certainement ce résultat (et un peu ma préparation)

 

Merci aux Kikous pour le suivi live découvert après la course

Merci aux kiné et surtout à celui qui s'est occupé de moi

Merci aux bénévoles pour leur gentillesse et disponibilité

Merci aux encouragements des amis, des collègues

Merci à ma famille pour leur soutien sans faille, l'aide à l'organisation logistique pour m'éviter de stresser

Merci à mes parents

Merci à ma fille adorée

Merci à ma femme chérie

 

Vivement la prochaine aventure :)

  

Nb :  Pendant la course, je n'ai jamais regardé le temps de course comme indiqué dans le récit. Uniquement des durées intermédiaires, et les heures de passages vs mes heures prévues.

De ravito à un sommet, d'un sommet à un ravito ce sont des durées intermédiaires, des Km intermédiaires : pas si long, c'est psychologiquement faisable même fatigué

 

Nb2 : Après 1mois, la cheville retrouve de la mobilité petit à petit. Une échographie montre toujours un épanchement. Le Dr refuse de conclure à une simple tendinite et souhaite écarter l'hypothèse d'une fracture de fatigue. Je n'y crois évidemment pas, faut rester optimiste, j'ai des courses à faire :)  (pas que pour remplir le frigo)

 

8 commentaires

Commentaire de franck de Brignais posté le 26-09-2014 à 22:23:38

Bravo Franck !! J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ton récit, parce que j'ai pris pour quelques minutes ta place dans la course : je rêve de vivre la même aventure en 2015 !! Bon repos, récupère bien, j'espère te revoir bientôt !!

Commentaire de Arclusaz posté le 26-09-2014 à 23:48:43

et ben moi, je n'ai pas du tout envie d'être à ta place (normal je ne m'appelle pas Franck !).
Mais, j'admire la performance, la volonté, le courage et le récit.

Ah, au fait, la bâton que tu as trouvé, je crois bien que c'est le mien, tu me le rends quand ?

Commentaire de Fimbur posté le 28-09-2014 à 11:02:59

Merci Laurent, si tu as besoin du baton pour t'aider pour la SaintéLyon ce sera avec plaisir que ce porte bonheur t'aidera

Commentaire de Fimbur posté le 28-09-2014 à 11:05:13

Merci Franck, je souhaite une très belle course 2015, avec la tendinite en moins, ce sera plus agréable. A bientôt

Commentaire de coach Jack posté le 27-09-2014 à 14:31:26

Bravo à toi Franck, quel courage malgré tes gros pépins physiques.
J'ai l'impression que tu as bien savouré ces 45 heures de défi et c'est là l'essentiel.
J'étais de la fête aussi (dossard 1705), on ne devait pas être très loin l'un de l'autre au départ de Chamonix.
Au plaisir de se croiser peut-être un jour, je sais que tu es fan du Beaufortain. J'y serai en 2015 à coup sûr du côté de Queige.
Bon rétablissement à toi.

Commentaire de Fimbur posté le 28-09-2014 à 11:07:03

Merci Jacques, on a dû se croiser 5' en 2013 à l'UTB avec Janolesurfeur, j'y retournerais. 2015 ?
Bravo pour ta course également

Commentaire de sapi74 posté le 30-09-2014 à 19:01:52

bon la prochaine fois on fait la course ensemble comme cela tu m'indique le bon kiné à allez voir, pas celle qui te mets un pauvre truc bleu.
bravo a toi on à vécu quasiment la même course tous les 2. ca ma fait remonter des émotions j'ai eu des frissons en te lisant.

Commentaire de Fimbur posté le 30-09-2014 à 22:21:08

Merci Franck (trop bien ton prénom :) )
on a eu des courses assez similaires, et se retrouver comme ça c'était une bonne aide au moral
Avec plaisir de partager une course ensemble

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