Récit de la course : Ultra Trail du Mont-Blanc 2015, par miles

L'auteur : miles

La course : Ultra Trail du Mont-Blanc

Date : 28/8/2015

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 684 vues

Distance : 168km

Objectif : Pas d'objectif

8 commentaires

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Papa où TMB ?

Mardi soir au centre ville de Chamonix, pendant la semaine sainte de l'UTMB, on frappe à la porte de l'appartement : Ding dong !

"- Bonjour, moi c'est Miles !

- Salut moi c'est papakipik ! Tidgi doit arriver ! "

Voilà commence une rencontre entre kikourous avant un goùter, un apéro, bref : une veillée d'armes. Et toi tu cours quelle course ? Pour Papakipik, Tidgi, St Ar et Runner, ce sera la TDS. Pour Raya ce sera l'UTMB. Comme moi Tidgi a couru l'XAlpine et me rassure en me disant que l'Utmb c'est beaucoup moins dur. Raya a combattu comme moi à la CCC 2012 et au TAR 2014 : 2 batailles communes remportées en altitude sans oxygène. Il a l'air confiant, un poil stressé à l'approche de la date de départ.

On boit un jus de fruit, une bière, quelques petits gâteaux. On ne se connaît pas vraiment mais on a beaucoup de points communs : les trails, les blessures, les abandons, les entraînements, le travail, les enfants, la vie quoi...


Où t'es, Papaouté

Où t'es Papaouté

Où t'es papaouté

Cette chanson résonne dans ma tête alors que je m'échine à gravir cette foutue côte qui doit m'amener à la cabane d'Orny. Cet XAlpine est un vrai calvaire :vraiment hard. Les côtes sont très raides et n'en finissent pas . Il y avait déjà eu Catogne à l'aube. Puis des descentes monstrueuses où il est impossible de courir. Je croyais avoir tout vu en matière alpine avec le Trail des Aiguilles Rouges ou les 80Km du Mont Blanc : des difficultés sérieuses, de l'intensité, du terrain compliqué et le temps qui défile...mais là c'est du XXL ! J'arriverai péniblement dans l'après-midi à la Fouly seulement, soit au tiers du parcours à peu près. Je finirai pourtant 100ème de ce trail, mon meilleur score sur du long , mais dans la douleur. Papa où t'es ? dans le dur... pourquoi je me suis inscrit à un truc pareil ?

Il me restera 7 semaines environ avant l'Utmb. 7 semaines pour : récupérer, s'entraîner à nouveau, retrouver de l'envie et la motivation.

Quand je serai grand, je voudrais courir doucement comme Papa ! Léon, 4ans, le plus jeune de mes fils, fan de Stromae, fait cet aveu à Céline mon épouse qui en rit. Je ne sais pas comment je dois prendre ce souhait de mon fiston ? Un compliment ou de l'ironie envers son vieux père ?

28 Aoùt 2015 place du Triangle de l'Amitié à Chamonix. This is the Day ! Je retrouve Raya qui est là, concentré mais toujours très ouvert à la discussion , souriant et amical. Ca fait plaisir de le voir là avec sa compagne, les enfants. Céline m'accompagne évidemment avec les enfants. Tout va bien. Le matos obligatoire est dans les sacs, pas de douleur, un léger stress, j'entre dans ma bulle. Mon frère Olivier, et mon meilleur ami Laurent, grands MArathoniens tous les deux, sont là pour me soutenir et m'assister durant la course. J'ai beaucoup de chances d'être entouré comme je le suis, c'est ce qui me sauvera !

Un aigle qui passe au-dessus de nos têtes, Vangelis, le piétinement durant le départ, et ça démarre enfin ! Il n'y a plus qu'à rejoindre Chamonix par l'autre côté. Juste une boucle autour du Mont-Blanc ! 

Après avoir vu Céline une dernière fois en quittant Chamonix et entendu les encouragements de mes proches, je cours vers les Houches. Ca démarre vite à mon avis, trop vite pour moi... Raya est à mes côtés et suis le rythme. Petit à petit je ralentis de peur d'exploser et le laisse filer. Je ne le reverrai plus hélas et le suivrai grâce à LiveTrail.

Je cours tranquillement à mon petit rythme et arrive frais à Saint Gervais. Juste après le ravito, j'aperçois un petit supporter de la taille de mon fils environ qui tend la main aux coureurs ! Je m'approche de lui pour une tape et me prend les pieds dans les bâtons : je m'étale de tout mon long sur le bitume. Un plongeon de toute beauté avec double axel et atterrissage dans le caniveau... Le temps s'arrête un instant : je suis par terre, les applaudissements des supporters ont été remplacés par des OHHHHHhhhhhhh, Ca Va ? , Ehhhhhh !!! Je me relève, le tibia me brûle, j'ai mal à la hanche, je boîte un peu, la poignée de mon bâton a morflé, mais je repars. A quoi tient un ultra ? des années de préparation et tout peut s'arrêter en une seconde ! Mais bon je suis reparti, je suis vivant, pas de grosse blessure, je suis un utra privilégié !

Où t'es papaouté

Où t'es papaouté

Je suis en chemin vers la croix du Bonhomme. Une bonne grimpette, assez régulière, à la frontale. Les petites blessures liées à ma chute se font oubliées et je marche à un rythme correct. Dans ma tête ma pensée va à Céline qui doit suivre mon parcours sur l'ordi. Mes chéris doivent dormir à cette heure. Tout est paisible. Calme. Pas de stress même si je pense ne pas avoir une grosse avance sur les BH. Au col des fêtards scandent les trailers avec une Olah qui rompt avec l'ambiance nocturne. Je poursuis mon chemin en trottinant dans cette descente et en dépassant pas mal de monde.

Au Chapieux, je me retape un peu sans trop traîner.Cette fois-ci il faut monter au col de Seigne, je rentre vraiment dans la course. Cette ascension n'est pas très difficile, mais longue, longue, longue... Caressé par le clair de Lune je suis les lacets en pensant à ma famille, dans ma bulle, pas après pas. De nombreux trailers sont au ralenti : beaucoup vomissent, d'autres tentent de dormir au bord du chemin... ambiance. Il y a beaucoup de monde sur cette course et ce n'est pas ce que je préfère, on n'est pas au Marathon de PAris quand même mais bon, ce n'est pas la solitude de l'XAlpine.

Le soleil se lève quand j'arrive au Col de Seigne comme indiqué sur le pitch de la course sur le site : c'est bien organisé, tout est en place à l'heure indiquée ! Après une courte descente, le col des pyramides calcaires apparaît. C'est la nouveauté de cet UTMB  : bon je veux bien.

Je descends en trottinant à chaque fois que c'est possible, c'est à dire après le pierrier initial qui au passage est un des seuls passages un peu technique de cet UTMB.

J'arrive au Lac Combal. Beaucoup de coureurs fatigués au ravito. A côté de moi un coureur vomit à proximité des tables : bon appétit ! Du coup je m'éloigne un peu l'appétit coupé et reprends ma quête du graal.

Encore un petit col et ce sera la descente vers Courmayeur. Celle-ci je vais la parcourir à grande vitesse ( enfin j'ai couru quoi...) car j'ai hâte de me reposer et de profiter de l'assistance de Olivier mon frère.

A Courmayeur j'arrive dans une très grande salle où se cotoient des bénévoles, des coureurs et leurs assistants. Je m'attable et commande une bière et un steack-frites. Ah non, là je suis un peu en avance. A ce resto de Courmayeur on ne prend pas les commandes. Je me contente donc d'eau gazeuse que me rapporte mon frère et d'une crême de marron de la marque U vraiment pas bonne... D'ailleurs j'en profite pour lancer un appel à M. Payot de chez U à Chamonix :veillez à faire le plein de gâteau de riz avant l'Utmb car lorsque j'y suis allé, deux jours avant la course il n'y en avait plus; je me suis donc rabattu sur la crême de marron qui n'est vraiment pas top; alors bon voilà quoi, c'est déjà suffisamment pénible à faire cette course là avec tous ses bouchons jusqu'au lac Combal, les gens qui vomissent partout, le manque d'hôtelier digne de ce nom sur le parcours et les aigles menaçants qui vous observent à chaque coin de rue ( si je puis m'exprimer ainsi ), bon alors s'il vous plaît M. Payot, un effort...

Mais bon je m'écarte un peu du sujet, enfin à Courmayeur, donc, je me suis lavé les pieds avec des lingettes embarquées dans mon sac d'allègement, puis j'ai dormi 10 minutes. Mon frère m'a réveillé à coup de bottes en s'exclamant : Debout feignasse t'as un Utmb à finir, et c'est pas en passant ton temps à manger et dormir que tu vas avancer !! 

Fâché, je me lève, prends mon sac à dos et m'en vais comme un Prince. Mon objectif : le grand col Ferret.

L'ascension de ce col se passe sans encombre et déjà je pense à la longue descente qui suivra. Je veux courir tout au long de cette descente afin de gagner un peu de temps et me mettre à l'abri des BH. Je me hâte tout au long de ce D- et pense aux commentateurs kikous qui avaient déjà dis naguère : il ne manquerait plus que Miles dévisse ! Petit calembour à caractère culturel et musical, ça fait pas de mal dans ce monde de brutes...

Où t'es papaouté ?

J'ai passé La Fouly et la nuit va bientôt tomber.La fatigue se fait sentir et je pense à Céline et à mes enfants qui sont bien au chaud. Mais qu'est-ce que je fais là en fait ? L'arrivée à Champex est laborieuse et ce grand ravito n'est pas très agréable bien que essentiellement fréquenté par des trailers. Je dois avouer que les sujets de conversation sont peu variés et concernent essentiellement la course à pied en montagne, l'alimentation, les problèmes gastriques et les ampoules.

Je ne traîne pas, après une tentative vaine de m'assoupir auprès de japonais trop ronflants. Direction Bovine et Trient.

La montée vers Bovine se fait sans trop de douleur et au sommet je me dis que j'ai presque partie gagnée. Je file donc vers Trient à toute blind ( au moins sept à l'heure, voire plus Messieurs Dam' ). La descente est facile et j'ai les jambes ( d'ailleurs je les aurai tout au long du parcours avec moi et elles me seront très utiles, bien que ne figurant pas dans la liste du matos obligatoire de l'organisation ).

A Trient mon frère m'interpelle ! Je suis heureux de le revoir car le moral n'est pas au top. Pas de bobos mais des difficultès pour m'alimenter. Je ne me changerai pas, sauf les chaussettes. Un coup de Nok et je repars vers Catogne en pensant déjà à Vallorcine où je serai en pays conquis !

La montée vers Catogne est sans difficulté particulière; à l'inverse de la descente vers Vallorcine qui est assez casse-pattes : des racines, des cailloux, on se croirait sur un sentier de montagne, punaise...

A Vallorcine c'est LAurent qui m'attend ! Mon ami est un grand assistant . Il décide, sans me le dire, afin de ne pas me déconcentrer, de m'alléger au maximum pour la fin de course. Pour ce faire, il ne me remplit pas les bidons, ce qui me fait gagner un poids non négligeable ! Ah sacré Laurent, toujours prévenant et discret ! Ce n'est qu'à l'approche de la Tête aux Vents que je me rends compte que mes bidons sont vides...et légers!

Je file donc les remplir un peu à la Flégère, en doublant quelques coureurs allourdis par des boissons rafraichissantes et autres gadgets inutiles.

Flègère, je te connais par coeur ! Enfin dans mon jardin, je descends une nouvelle fois vers Chamonix. Je me sens fort, il est sur maintenant que j'arriverai au bout de la ballade ! Je flotte, hors du temps, et ai hâte de revoir mes proches ! La Floria est passée. J'arrive mes chéris !

Olivier et LAurent m'accompagnent le long de l'Arve puis jusqu'à la Poste ! Je profite de ces moments de grâce et aperçois enfin l'amour de ma vie et mes deux fistons. Ils courent à mes côtés jusqu'à l'arrivée ! Je me dis que je ne les quitterai plus désormais !Papa où t'es ? Là près de vous, je vous tiens la main... 

 

8 commentaires

Commentaire de Papakipik posté le 06-09-2015 à 16:29:21

Miles, il ne te manque pas un bout de CR ??

Commentaire de miles posté le 06-09-2015 à 18:55:56

oui si ça y est c'est terminé !

Commentaire de tidgi posté le 06-09-2015 à 19:39:09

Une arrivée comme on les aime...
Good job l'ami !

Commentaire de Arcelle posté le 06-09-2015 à 20:15:46

Très agréable ton récit miles, on a l'essentiel : les émotions.
Bravo pour ta course réussie.

Commentaire de st ar posté le 06-09-2015 à 20:53:25

très beau récit Miles...et bravo pour ta course! content de t'avoir rencontré toi et ta belle famille. C'était bien sympa.
@+
Soffian

Commentaire de Bérénice posté le 06-09-2015 à 22:42:31

Super ton récit et un grand bravo ! Il manque juste l'info de ton temps au final !!! Je suppose qu'il doit être très bon !

Commentaire de Japhy posté le 07-09-2015 à 07:16:43

Il est sympa ce récit, et on rigole bien ! Bravo et bonne récup en famille !

Commentaire de Cricridamour195 posté le 22-10-2015 à 07:48:24

Salut Miles
Ton textes est excellent, avec du second degré et la pointe d'humour qui va bien! Merci!
Ah ouais, bravo pour ta course aussi...

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