Récit de la course : Ultra Trail du Mont-Blanc 2016, par Spheniscus

L'auteur : Spheniscus

La course : Ultra Trail du Mont-Blanc

Date : 26/8/2016

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 451 vues

Distance : 168km

Objectif : Pas d'objectif

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UTMB 2016 : canicule, orages et hallucinations...

 

UTMB. Ces quatre lettres m'ont hypnotisées durant des années ! 
 
En Août 2012, lors d'un Tour du Mont Banc en rando, j'ai vu des zombies en vestes rouges déambuler dans Chamonix. A ce moment je ne m'identifiais pas à ces sportifs car leurs efforts me semblaient totalement hors de portée.
 
En 2013, grâce à Stéphane Brogniart avec qui j'étais au collège, je participe à mon premier trail de 19 km à St Dié. J'ai adoré et de fil en aiguille, de rencontres en lectures de compte rendu de course sur le net, je me suis dit : pourquoi pas moi ?
 
J'ai alors découvert que pour participer à cette course il fallait obtenir des points qualificatifs, passer par un tirage au sort, avoir du matériel obligatoire... Çà y est, j'étais complètement happé par l'UTMB !
 
J'ai étudié le calendrier et j'ai choisi quatre courses qualificatives : la Saintelyon (déc 2014/70km), Les Vosgirunners (avril 2015/75+25km), UTT Jura (juillet 2015,55+55km) et L'Endurance Trail (octobre 2015, 100km). En août, avec mon cousin, on a couru les Crêtes Vosgiennes et j'ai terminé quelques minutes après Jean Pierre, un client de ma société, mais surtout finisher de la diagonale des fous et de l'UTMB : depuis il est mon partenaire d'entrainement.
 
En 2015, mon calendrier était assez dense et en plus de ces courses, il fallait jongler avec la naissance d'Amandine, suivre la construction de la maison et gérer un collègue qui ne voulait pas me remplacer le week end de l'Endurance Trail. Mais bon en octobre 2015, j'avais mes points et j'allais m'offir un dossard solidaire pour Noël.
 
Début 2016, sur un coup de tête, on a décidé de déménager la clinique et d'acheter trois appartements à rénover... 
 
En juin 2016, je me suis inscrit au trail (27km) de la Vallée des Lacs de Gerardmer et un 9 km dans mon village. L'entrainement peut sembler light, mais c'était largement compensé par des balades avec Amandine sur le dos et des tonnes de gravats charriés. 
 
Ma semaine standard comportait deux/trois sorties tranquilles de 12 à 15 km autour d'un plan d'eau et une fois par semaine, je faisais ma sortie rapide avec du dénivelé (10/12 km 500 D+) avec Jean Pierre dans les Vosges du Nord. Un mois avant la course, j'ai ressenti un légère douleur à la jambe (j'ai oublié où...) et à ce moment j'ai sorti le vélo de route et je faisais 2 à 3 sorties par semaine de 40 km le long du Rhin. 
 
Voilà, vous connaissez mon entrainement qui peut se résumer ainsi : beaucoup de balades avec Amandine sur le dos, jamais de fractionné et peu de dénivelé... J'étais paré ! 
 
Le lundi avant la course, avec mes parents on a emménagé dans un appartement à Argentière. Au réveil, en regardant les sommets environnants, les montagnes m'écrasent et j'ai quelques doutes... 
 
Le programme d'avant course est : balades tranquilles en famille vers la Balme, récupération du dossard, pizza avec Jean Pierre et montée au Brévent en téléphérique. 
 
En haut du Brévent, je relativise mon futur "exploit" en voyant un pilote de wingsuit s'élancer du sommet et atterrir une minute plus tard à Chamonix. Putain, j'avais la trouille à 200% pour lui !!!
 
Le Jeudi, je suis Jean Pierre sur Live trail et malheureusement il ne finira la TDS à cause de maux de ventre. 
 
Le vendredi, je prépare mon sac, j'essaie de faire une sieste, mais n'arrive pas à m'endormir. Pour passer le temps, je regarde le DVD de "Marguerite". Cela a son importance car durant une bonne partie de la course, je vais chantonner cette musique qui fait partie de la BOF : https://www.youtube.com/watch?v=wHiJkLmclkA
 
 
L'année prochaine, je m’offre un ipod pour que ma play list soit plus variée !!!
 
Vers 15/16 heures je retrouve les parents à la gare d'Argentière et on prend le TER pour Chamonix. Comme il fait très chaud, je décide d'aller dans un petit bistrot.
 
Mon père me donne 3 chances sur 4 de finir, ma mère : 4 chances sur 5. Je trouve ces chiffres de bon augure.
 
Vers 17h30, je me place dans les derniers, j'en profite pour rentrer dans la petite église : autant pour me rafraîchir que pour rentrer dans ma bulle.
 
17h55, me voilà dans la tortue de trailers. J'attends 1492 de Vangélis. Je l'ai écouté des centaines de fois. La Speakerine en anglais dit "you are in the right time, right place" (ou un truc du genre) et effectivement je le ressens. Cela ne m'arrive pas souvent dans la vie : je suis entouré de 2500 inconnus qui me semblent tous plus affûtés que moi, mais j'ai le sentiment que cela va le faire ! 
 
J'en pleure de joie. Vangelis commence : Bordel, je vais courir l'UTMB !!! 
 
 
 
Le départ est donné. On marche tranquillou même après la ligne de départ. les spectateurs nous encouragent. Il y a une énergie folle ! 500 mètres après le départ, je croise les parents et je trottine. Il fait chaud, mes protections tétonesques glissent au bout de 5 km... 
 
Je suis l'Arve en larvant, on monte le Delevret. La nuit tombe. Il fait chaud, je sus beaucoup. Je change déjà de T shirt. J'allume tardivement ma frontale. Je croise les parents qui m'attendent à St Gervais : ils me disent que je suis dans la première moitié. 
 
Ils ont bien retenu ma leçon : je leur avais dit : "vous ne me dites que des choses positives durant la course !" Je suis en fait dans les derniers 10%... 
 
Je leur souhaite une bonne nuit et on se donne RDV à Courmayeur. Je me ravitaille, bois beaucoup car il fait très chaud. Je mets assez vite ma veste et je me dirige vers les Contamines. A cet endroit, grand feu de bois, beaucoup de musique... J'avance bien. Je double une personne qui vomit. Je me dis : La course va être longue pour lui. 30 heures plus tard, je me ferai doubler par cette personne et il s'avère que c'est Jean Michel Touron l'ultra Sénateur du Tor. 
 
 
Balme, la Croix du Bonhomme se marche à la queue leu leu, mais je double régulièrement. Je descends prudemment vers les Chapieux. Arrivé en bas, je prends à manger à la volée, je ne m'assieds pas et repars rapidement. La montée vers la Ville des Glaciers est monotone, je ferme les yeux et m'oriente en écoutant les bruits des bâtons des traileurs qui me précèdent. 
 
Le serpentin des frontales sous le Col de Seigne est superbe. J'arrive en haut au lever du jour. Je fais mon unique photo et je redescends.
 
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Là, Catherine Poletti a imaginé un petit détour pour passer la barre symbolique des 10 000 D+ et nous fait faire une grimpette au milieu de vielles casemates italiennes protégées par des fils de fer barbelés : C'est le point culminant de l'UTMB (honte à Strava qui indique que c'est le Grand Col Ferret !!). La descente est gentiment casse gueule. 
 
Juste avant le lac Combal je prends un petit bain dans un ruisseau. Les paysages sont magnifiques et apaisants. Comme d'habitude, je ne m'arrête pas aux ravitaillements. L'arrête du Mont Favre nous attend. Là j'en veux aux traceurs de la course de nous faire monter si haut alors que l'on pourrait rester en fond de vallée : avec la fatigue mon côté bougon prend le dessus. 
 
Je commence à regarder de plus en plus souvent ma montre pour ne pas me faire manger par les barrières horaires. Ce sera une de mes hantises lors de cette course et cela pèsera beaucoup sur mon moral. La vue est belle, mais ayant un horaire à respecter, je ne m'éternise pas et descends vers Corumayeur. Je zappe le ravitaillement du Col Checroui. J'ai du mal à garder le rythme dans la descente vers Courmayeur et me fais doubler. 
 
Grosso modo, durant cette course : je doublerai en montée et me ferai doubler en descente. 
 
J'appelle les parents quelques minutes avant mon arrivée à la base vie de Courmayeur. Il y a des problèmes de réseaux... Chouette, je trouve un lavoir et me plonge entièrement dedans : quel pied de se rafraîchir, de se laver et de fermer les yeux quelques instants. Je me rhabille en vitesse. Image en ligne
 
Maman a organisé une petite chorale ! Je cherche papa qui doit me donner un T shirt propre. Je ne le trouve pas. Je m’énerve... Je le trouve enfin. 
 
Je ne reste pas longtemps dans le gymnase, mange un peu et repars. Les parents m'accompagnent, cela fait du bien de les voir. Le soleil tape vraiment fort et je monte vers le refuge Bertone. Je me faisais une joie de parcourir ce secteur très beau, mais la chaleur, la fatigue et ses fichus barrières horaires me gâchent ma marche. 
 
Pour me repérer, j'avais un petit plan d'avancement recto/verso et je me rends compte que je n'ai fait que la moitié de la course. J'ai un vrai coup au moral... J'appelle Jean Pierre. Il me demande comment cela va ? 
Il ne comprend pas pourquoi je suis si mal : il me demande : 
- t'as des ampoules ? : Non. 
- t'as mal au ventre ? : Non. 
- T'as des crampes ? : Non. 
- T'arrives à manger : Oui. 
Il me dit que je dois continuer et que tout le monde est fatigué à ce moment de la course et que je m'en voudrai si j'abandonne. Je l'écoute et je marche comme un robot. 
 
J'arrive à Arnuva avec un peu plus d'une heure d'avance sur les BH. Je mange et je me baigne plusieurs minutes dans la rivière. Les passants me regardent bizarrement... 
 
Hop, on monte au Grand Col Ferret. Le versant commence à être à l'ombre. Juste sous le Col, j'essaie de dormir quelques minutes, en vain. La descente vers la Peule, La Fouly / Praz de Fort n'est pas très intéressante : je marche comme un automate. 
 
On entend le tonnerre au loin : la météo est vraiment plus proche de la croyance que de la science car elle avait prévu grand beau pour le week end... Je cherche à dormir dans le ravitaillement de la Fouly mais il y a un speaker qui baratine tout le temps... Je ne comprends pas son utilité ? J'appelle Jean Pierre car il connait ma peur des orages en montagne. Il me sort une statistique comme quoi j'aurais une chance sur 100 000 000 de mourir foudroyé et que je n'ai qu'à marcher. Je mets mon bas étanche + ma veste et marche. Mon cerveau est débranché et ne fais pas le malin quand la nuit s'éclaire avec un grand flash !!
 
J'arrive à Champex, j'essaie à nouveau de dormir, mais il y a beaucoup de bruit. Je mange des soupes et repars assez vite. On zigzague dans les bois alors que j'aimerais passer par la fenêtre d'Arpette. De nombreux personnes dorment le longs des chemins et je fais de même : Je me pose comme une merde sur le bas côté et m'endors en quelques instants. Je pense avoir dormi seulement quelques minutes mais cela m'a fait du bien. Mes souvenirs sont diffus, je me souviens juste que je me bats contre les barrières horaires et je suis rassuré de voir des frontales derrière moi.
 
Le lever du jour est brumeux et je suis content de voir les parents au Col de la Forclaz. Merci à eux ! Ils me rejoignent ensuite à Trient. 
 
Je bassine mes parents avec la "Tête aux vents" et leur dis que je ne ferai plus jamais d'Ultra car c'est trop dur... Paroles d'ivrognes... Avec le lever du jour, mon morale va mieux. Mais mes pensées sont bien embrouillées car je pense voir mes parents à Vallorcine alors qu'ils sont au fond de leur lit à Argentière !!!
 
A Vallorcines, Christelle, Judith et Amandine m'attendent. Je rencontre également Bruno Kieffer : cela fait 3 fois que nous nous croisons sur des trails : Les vosgirunners, Millau et maintenant l'UTMB. Il boite beaucoup, mais nous montons la Tête au vent ensemble et trottinons jusqu’à la Flègère pour ne pas être mis hors course par ces satanées barrières horaires. 
 
L'arrivée à la Flégère est un soulagement et la pression redescend ! Je vais finir l'UTMB !!! 
 
Mais dieu que j'ai mal aux quadriceps... Juste avant la fin, une randonneuse me dit que nous sommes ses héros. Je ne veux pas la croire... Ou peut être était-ce une hallucination de plus ? Car cela fait quelques heures que je marche sur des lions, des loups, des peintures rupestres et même Museau de pif gadget
 
 
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... un vrai bestiaire. 
 
Quand je rentre dans l’agglomération de Chamonix, j'entends un bénévole dire à sa collègue que nous sommes dans un triste état... Je décide donc, de changer de lunettes, de retirer ma casquette et de me débarbouiller le visage : il faut que je sois beau pour les photos !!!
 
 
Dans les derniers kilomètres, je suis porté par les spectateurs qui nous transmettent une force incroyable. Personne n'essaie de sprinter et tout le monde profite de cette énergie. Judith me rejoint avec Amandine et Maman. J'avais rêvé de cette arrivée, mais comme je n'ai pas confiance dans mes gestes, je ne porte pas Amandine dans mes bras. Quel pied ! 
 
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J'ai fait 170 km, monté l’équivalent de 4 000 étages et redescendus ces 4 000 étages dans des pierriers en moins de 46 heures. 
 
Je récupère ma veste.
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Je ne la trouve pas hyper jolie, mais je suis assez fier de la porter et encore plus fier quand Amandine la met lors de nos balades nocturnes !
 
Je rêve d'une bonne douche. Je me dirige vers le gymnase, mais je me perds et enrage de devoir rebrousser chemin. J'en pleure presque. 
 
Dans les vestiaires, je vois un tatouage de Poutine Image en lignesur le mollet d'un traileur et vois même des tatouages animés... 
 
Je retrouve la famille et je m'offre une bonne fondue bien méritée. Durant tout le repas, je verrai Pasteur à sa paillasse
 
 
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et une publicité pour un utilitaire Mercedes des années 70... 
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Étonnement il n'y a que moi qui vois cela !
Ces hallucinations font parties ds joies de l'Ultra.
 
RDV en septembre 2017 pour réentendre Vangelis !!
 
 
 

1 commentaire

Commentaire de Bruno Kestemont posté le 11-09-2017 à 14:51:40

Hahaha, merci pour ce récit amusant. Et bravo pour cette performance !

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