Récit de la course : Ultra Trail du Mont-Blanc 2015, par LULU3CL185

L'auteur : LULU3CL185

La course : Ultra Trail du Mont-Blanc

Date : 28/8/2015

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 980 vues

Distance : 168km

Objectif : Terminer

3 commentaires

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Trailer "made in chez nous"

17h30 , telle une armée cosmopolite improbable ; prête à partir au combat , nous sommes plus de 2500 à nous presser épaule contre épaule devant la petite église de Chamonix.Un aigle nous survole, moment de grâce.

H-1minute, la musique 1492 de Vangelis, nous donne le sentiment de partir pour un grand voyage vers l’inconnu, avec nos doutes, nos incertitudes,  et aussi un curieux mélange de peur et d’envie d’en découdre.5,4,3,2,1 les premiers partent en courant, notre armée s’ébranle lentement , passe sous l’arche de départ et poursuit  cette incroyable procession en marchant dans les rues de Chamonix, serrée entre deux haies fournies de spectateurs. Sourires, Signe de la main pour des inconnus, derniers encouragements de nos accompagnants, merci pour ce moment.Sortie de la ville, nous commençons enfin à courir : ça y est nous sommes vraiment dans la course.

 

L’ UTMB , c’était un objectif depuis plusieurs années car, comme beaucoup, j’ai succombé au pouvoir d’attraction de cet événement qui, on a beau dire, reste quand même une référence en terme de qualité d’organisation et d’aura internationale.

Une grosse machine donc avec plus de la moitié des partants étrangers ! Japonais , Chinois , Australiens , Américains, Neo zélandais ; beaucoup de gens venus de très loin pour en baver ! Pour leur faire un petit clin d’œil, je ferai la course avec un équipement bien de chez nous : un béret et une baguette !

Ça plait bien aux Japonais qui se prennent en photos avec cet attirail « made in chez nous ».

Ça montre qu’on n’est pas obligé d’être une « victime de la mode » du marketing et de la nutrition Hi-tech  pour mettre un pied devant l’autre.

Ça détend un peu le string, dans un monde ou beaucoup se prennent un peu trop au sérieux ; un peu d’autodérision ça n’a jamais fait de mal !

Rien ne se passe comme prévu…

Nous  sommes 4 copains de la même vallée au départ ; Thierry , Christophe, Fred et moi , avec les épouses nous accompagnant.

J’ai le moral dans les chaussettes  car j’ai attrapé un rhume  en début de semaine : pas les meilleures conditions pour attaquer 170 km ! Il fait très chaud et dés que je bouge un peu, je transpire terrible et je sens bien qu’il n’y a pas beaucoup de watts dans le moteur.

L’objectif c’est donc d’aller jusqu’aux Contamines où ma femme me rejoindra et de voir la bas pour la suite.

Dés que ça commence à courir Christophe et Fred partent devant, ils sont chaud patate.Je reste avec Thierry avec des difficultés à le suivre dans les montées, par contre ça va bien dans les descentes.

Le béret et la baguette plaisent bien aux spectateurs, on rigole ! Je rencontre un gars avec un tutu rose et un ballon de rugby sur le sac : excellent ! Ça sent le pari à la con entre potes : je le reverrai à Courmayeur, toujours en forme, j’aimerais bien savoir s’il a réussi son pari ?

Coucher de soleil sur le glacier de Bionnassay , on profite.

Ravito de St Gervais , beaucoup de monde, Fred et Christophe nous attendent depuis 3-4 minutes, on se restore, je pose mes bâtons au bord d’une table, vais chercher à manger , à boire et …merde mes bâtons…

Je refais le parcours de toutes les tables plusieurs fois, demande aux bénévoles, regarde sous les tables…bâtons disparus !Je suis vert, je dis aux copains de ne pas m’attendre et refais encore et encore le tour. C’est mort je repars sans bâtons.

Eclairé par la frontale maintenant, je peste contre la planète entière et contre moi-même d’avoir été négligeant.  Arrivée aux Contamines, ma femme mon petit dernier, ainsi que des amis sont venus m’encourager : ça fait du bien. La femme de Christophe me prête ses bâtons pour la suite.

Finalement le rhume ne me ralentit que dans les montées, donc une bonne façon de ne pas trop se cramer en début de course ! Je repars avec Thierry, à notre dame de la Gorge, grosse sono « eye of the tiger » , ça nous booste pour la montée. Un peu en dessous de Balme, surprise, on rattrape Christophe. Ça c’était pas prévu ; il n’est pas au mieux, vertiges, coup de mou…

A Balme , on ne voit déjà plus Fred, il a des cannes le bougre ! On fait une bonne pause « soupe vermicelle » et on repart tout doux. La guirlande de frontale est vraiment magnifique.

Les Chappieux : contrôle des sacs, grosse restauration, Christophe a l’air d’avoir retrouvé du jus dans la descente. On repart à trois.

Sur la route goudronnée, la pleine lune nous accompagne et fait briller l’aiguille des glaciers. Nous marchons sans frontale : moments magiques !

En marchant, on discute avec un « Breton trailer » et au pied du col de la Seigne on attend Christophe, qui n’arrive pas(re-coup de mou ?). Le téléphone ne passe pas .On décide de continuer et de l’appeler au prochain ravito.

J’ai du mal à suivre Thierry dans la montée du Col, il y a un vent chaud, mais un coupe vent suffit.

Descente et col des pyramides calcaires : y en a beaucoup qui n’ont pas aimé cette nouvelle variante qui est effectivement « bien calcaire» : un sentier pas large dans du gros éboulis, pas facile de doubler, çà bouchonne à la descente.

Un des bâtons qu’on m’a prêté rend l’âme : zut

Le jour se lève au ravito du lac Combal, superbe !

Pas moyen de joindre Christophe, qui, on le saura plus tard par nos femmes, n’a pas beaucoup de jus et commence sa « longue marche »

De l’arête du mont Favre , la vue sur la Noire de Peuterey est saisissante.

Je réussis l’exploit de casser le deuxième bâton : quel boulet !

A Courmayeur Thierry souhaite faire une grosse pause ainsi qu’un strip tease qui fera bien rigoler notre assistance. Je me contente d’un changement de chaussettes et repars seul avec une nouvelle paire de bâtons prêtés.

Le début de la montée est à l’ombre heureusement car il fait maintenant hyper chaud.

Les paysages de cette face du Mont blanc sont vraiment somptueux.

Sur le chemin entre Bertone et Bonnatti , nous courrons sous le regard des  grandes Jorasses.

Arnuva, Fred  est toujours bien devant et il faut attaquer le grand col Ferret en plein cagnard : gluuups. J’y vais tout doux en mouillant le béret dés que je croise un ruisseau. On bascule en Suisse et ça court dans cette longue descente. Je réussis à perdre une dragonne des bâtons prêtés : ne me prêtez plus jamais du matériel !

La Fouly, pause pour reposer les quadris qui commencent à prendre cher. Ça repart pour une portion moins passionnante avec pas mal de goudron. Dans une descente, surprise je croise Fred qui boite bas. Problème de ménisque à un genou, il souffre le martyre dans chaque descente et pense à l’abandon.

Je l’accompagne jusqu'à Champex où nos petites femmes l’encouragent à poursuivre.

J’apprends que Thierry a dû abandonner à la Fouly, les jambes toutes raides .Aie ! Christophe continue doucement, pas au mieux, juste avant les barrières horaires. Pendant que Fred se soigne et va voir le kiné, je repars vers Bovine, avec une 4eme paire de bâtons !

Sentier avec de grosses marches, il faut lever les cannes. Je me dis que si Fred arrive à passer ça, il ira au bout. Dans la descente, il y a plein de groupes de trailer qui marchent, personne n’ose doubler (peut être peur de se perdre) Le classement n’est plus qu’une lointaine vue de l’esprit , les rescapés cherchent à rejoindre Chamonix.

Trient, ma petite femme est la,  fatiguée elle aussi par cette nuit « découpée » Je n’ai pas trop envie d’arriver de nuit, alors je m’accorde un massage (à 4 mains par deux jeunes demoiselles, c’est le Top) Dans la montée vers Catogne, je me dis c’est bon, je vais le finir cet UTMB, je profite de ce moment.

Vallorcine, je prends le temps avec Françoise et un café car je commence à sérieusement m’endormir. La montée vers la tète au vent se fait à un rythme de tortue, puis dans la traversée, la lune éclaire le glacier du tour, la Verte , les Drus. Je m’arrête pour profiter de ce moment. Le soleil commence à poindre sur la Suisse, et voici la Flégère. Le début de la descente sur piste de ski fait bien mal aux jambes, et la piste à la fin n’est pas passionnante, mais quelle joie d’entrer dans Chamonix !

Françoise me donne une baguette pour la photo à la fin, et voila le tour du caillou, c’est fait en 37H12.

Une grande joie, bien sur, mais aussi le plaisir d’avoir partagé cela avec Françoise et les amis. Une bonne douche et une bière en guise de petit déjeuner plus tard, nous allons acclamer Fred à son arrivée : il n’a rien lâché malgré les douleurs : chapeau. Christophe en terminera aussi, juste avant les barrières horaires, avec le sourire : quel courage !

Voila, cette parenthèse en dehors du temps c’est maintenant refermée : ça aura été un week end riche en émotions et plein de surprises. L’UTMB , c’est quand même un sacré morceau !

3 commentaires

Commentaire de arnauddetroyes posté le 06-09-2015 à 22:04:32

finisher de l utmb c est bien mais en plus avec des copains...c est encore mieux
Bravo et merci pour ton CR

Commentaire de tikrimi posté le 07-09-2015 à 08:31:47

A Saint-Gervais, comme tout le monde avait des bâtons, j'ai voulu essayer, et du coup j'ai pris une paire qui traînait au ravito. Finalement je n'aime pas ça. Si tu veux je peux te les vendre (je te ferai un bon prix) ;)
Bravo pour ta grosse grosse perf, ce n'est pas rien de boucler un tour du cailloux en 37h, même pour un local.

Commentaire de LULU3CL185 posté le 07-09-2015 à 18:51:38

J'enrage, mais je trouve ce trait d'humour excellent !

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