Récit de la course : Ultra Trail du Mont-Blanc 2019, par Benman

L'auteur : Benman

La course : Ultra Trail du Mont-Blanc

Date : 30/8/2019

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 1056 vues

Distance : 171km

Objectif : Pas d'objectif

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Le partage avant tout

 Je vais réussir..

 Il est 16h et deux minutes. Dans 5, 4, 3, 2 secondes va s’achever une extraordinaire aventure qui aura duré 46h. Il y a 2 minutes, j’ai aperçu assis sur un plot mon Pat avec qui j’ai passé toutes ces étapes à chevaucher dans la montagne. Il m’attend, je suis heureux de le retrouver, on se prend par le bras, et on va terminer ensemble l’UTMB sous les hourras de la foule.

 

L’ambiance est indescriptible : les gens hurlent sur les terrasses et nous applaudissent comme si on avait marché sur la Lune.

Martin m’a rejoint depuis l’entrée de Chamonix, il est là, fidèle.  Nous aurions dû finir ensemble main dans la main en coureurs cette belle boucle, mais son dos et une sciatique tenace en ont décidé autrement. Martin m’aura fait le plus beau des cadeaux : se mettre aux petits soins pour moi, afin que je sois le plus zen possible, concentré sur ma course.

Je franchis la ligne, et Carole arrive tout sourire. Je tombe dans ses bras. C’est elle qui a réussi à me mener jusque là. Finalement, les larmes qui étaient restées bloquées depuis le Val Veni sous la carapace du grand sourire se remettent à couler…

200 à 600km plus loin, au même moment, dans un certain nombre de chaumières, un certain nombre de personnes suivent cette arrivée à la télé, dont certaines que je n’avais même pas imaginées. Les bouzineurs compulsifs de Kikourou sont tous là, ils ont posté un nombre incroyable de messages sur le live du forum depuis 2 jours. Mes chaussettes jaunes sont définitivement passées à la postérité. L’assistante du grand chef au boulot est aussi fidèle au poste, alors que je ne lui avais même pas parlé de l’UTMB. Elle semble se rappeler que mon épouse est plutôt brune, et que là, c’est une blonde qui est dans mes bras… mon épouse suit ça également, elle n’est pas jalouse,  et elle sait maintenant qui est Carole, la grande Carole…

Mon fils cadet a passé une partie de sa nuit à suivre le live et mater les cameras des ravitos pour me surveiller. Il sait exactement à quels moments je suis passé sur le live, qui était un peu plus consacré aux poireaux comme moi une fois que toutes les élites étaient rentrées au bercail… si lui il ne fait pas l’UTMB un jour… Antoine, ne te presse pas trop, c’est un truc spécial quand même, et tu as bien le temps.

Des parents d’amis de mes enfants me suivent depuis le début de l’aventure, alors que je ne les connais même pas… même mes parents ont réussi à se brancher sur le live, sans panne de leur box ni erreur de manip de l’ordinateur, décidément, toutes les planètes sont alignées.

Je ne sais plus bien qui je suis, je ne sais plus si je dois seulement rire, ou aussi pleurer, je suis sur un nuage bien ouaté…  Je retrouve au passage des gars avec qui nous avions partagé le dernier WE Kikourou.

Ils me félicitent, puis tout s’enchaîne : on refait la fin de course avec Pat, on s’explique sur notre séparation, puis c’est la veste finisher, la bière inoubliable de saveur, le suivi de loin du podium…

Je suis hors du temps, je n’ai pas compris ce qui m’arrive, qui je suis, comment j’en suis arrivé là.

Je rêvais non pas de faire cette course particulièrement, mais faire le tour du Mont Blanc en rando en 7 jours était un défi qui me branchait bien. Là, je l’ai fait en 2 jours, et encore, je suis dans les derniers à le réussir. Les élites sont arrivées depuis plus de 24h…

 

Mais que c’est-il passé ?

Genèse d’un projet.

 

Nous sommes en novembre. Après bien des hésitations, je décide de m’inscrire au grand loto de l’UTMB. J’ai les points, j’ai un coeff 2 qui correspond à ma persévérance, j’ai vendu un enfant et quelques bijoux de famille, ce qui simplifiera le trou dans le portefeuille… bref, je n’ai plus aucune raison de ne pas m’inscrire.

Martin est aussi partant. Avec Martin, on est collègues, il est même devenu mon boss depuis peu. On est fiers de faire le même sport. Lui, il a déjà terminé l’UTMB l’année dernière, mais comme c’était trop bien, il en redemande.

 

Avec Martin, boss fort.

 

Xavier, mon binôme habituel de course, s’inscrit aussi. Il n’a pas le coeff2, mais au diable les coeff et autres détails.

Le tirage au sort a rendu son verdict. Martin et moi sommes pris. Par contre, Xavier a cette réponse de l’orga :

 

 

Donc nous devons à contre cœur nous séparer. Je ferai le pacer / suiveur ravitailleur/ sauveteur sur l’Echappée belle la semaine avant la course pour Xavier. C’est une bonne occasion pour moi de cocher le dernier point qui me pose problème pour l’UTMB : l’acclimatation à l’altitude.

Martin a  jeté l’éponge dès le début de l’été alors que son dos le faisait souffrir. Nous convenons de partir ensemble de Lyon pour Chamonix où Martin pourra être suiveur / ravitailleur de son oncle et son frère, et accessoirement me ravitailler également. C’est quand même le grand luxe de pouvoir bénéficier ainsi de l’assistance de son chef au boulot dans un projet perso de telle ampleur. Merci Martin.

Tous les voyants sont donc au vert après une petite semaine de repos complet.

La préparation du sac est comme d’habitude un moment de galère. J’ai évidemment cédé à la tentation de faire quelques emplettes avant la course de matos plus adapté, plus léger blabla… et puis il a fallu dérouler la liste du matériel obligatoire.

 

Je n’avais pas assez de papier pour tout imprimer…

 

 

J’étale tout sur la table du salon, et maintenant, il va falloir faire rentrer tout ça dans le sac…

allez, baguette magique

Hop là

 

 Faut y aller...

 

 Le départ pour Chamonix se fait avec Martin, en passant prendre Tikrimi/ Christophe au casino de Saint Julien en Genevois. Je ne suis pas encore interdit de Casino, à la roulette de l’UTMB, j’ai eu de la chance cette année.

Les conditions météo s’annoncent  parfaites. La pression monte doucement en égrenant chacun dans la voiture nos appréhensions, peurs et autres envies.

 

L’arrivé directe à Chamonix nous fait rejoindre le parking où Chococaro/Carole m’a proposé il y a quelques semaines de garer ma voiture. Je suis un peu gêné : avec Carole, on ne se connait pas encore, mais déjà elle me propose l’hospitalité comme à beaucoup de kikous. Quelle solidarité dans la communauté !
Je vais bientôt découvrir cette personne exceptionnelle qu’est Chocoaro, qui rêve de refaire l’UTMB, mais que son corps ne laisse pas encore espérer refaire ce genre de longue balade. Nous allons donc courir pour elle, avec son aide tout le long de la course.

Du coup, tout le monde fait connaissance : Martin, qui finira par dormir dans la voiture de Caro entre champex et Vallorcine, Tikrimi qui reste avec nous dans l’appart de Caro jusqu’au départ.

En ouvrant la porte, j’ai la grande joie de tomber sur Ewi/Baudouin, qui a aussi bénéficié de l’hospitalité locale pour se retaper entre la fin de sa TDS et son bus de retour sur Lyon. Avec Ewi, nous avons fait les 400 coups depuis 18 mois,  à la Montagn’hard, sur les chemins de Belledonne ou autour de Sallanches, mais aussi autour de Lyon avec le team VITE. Quelle joie de se retrouver.

 

Avec ewi et Xavier. Le trio infernal qui va faire chacun son ultra de son côté : Echappée Belle pour Xavier, TDS pour Ewi et UTMB pour moi.


 Ces rencontres inopinées ont toujours été ma plus profonde joie. Faire se rencontrer des gens qui vont ensuite sympathiser et passer de bons moments ensemble est ce qui me fait vraiment le plus plaisir. Ma chérie et mes enfants ne sont pas là, mais je sais qu’ils me suivent par livetrail interposé. J’ai déjà plein de messages dans la boite aux lettres. C’est le facteur chance qui est là, et il me suivra jusqu ‘à la fin de la course.

Nous retrouvons également Patfinisher dans l’appart’. On se connait un peu avec Patrick, pour avoir terminé dans les mêmes eaux un 90 km du Mt Blanc épique il y a 2 ans, et j’avais fait un petit bout de pacing avec Pat lors des coursières au printemps.
Eh oui, depuis les coursières, je me suis découvert une nouvelle vocation de pacer. Le pacer, c’est celui qui pace pour éviter que le coureur ne trépasse. Pour les non initiés, cela vient de l’anglais to keep pace = maintenir la cadence. J’ai un bon entrainement maintenant : après les coursières et l’Echappée Belle la semaine dernière, je vais pouvoir continuer… sauf que là, je ne suis pas pacer, je n’ai pas peur, mais je suis coureur.

Bon, après ce tour de pace pace, j’ai envie moi aussi de courir pour ma pomme. Ce n’est plus les courses hier, mais ma course aujourd’hui. L’arrivée sur la place de l’église à Chamonix se fait par le haut.

 

Les Zelites et autres VIP barrent la route sous l’arche depuis le milieu de l’après-midi. Il va falloir soit jouer des coudes, soit prendre notre mal en patience avec Tikrimi. Nous avons eu la sage idée de rester jusqu’au dernier moment dans l’appart de Carole, et notamment d’échapper à l’averse de 17h, celle qui te permet de réaliser que ton sac n’est pas étanche, et que dès avant le départ, tes affaires sont déjà trempées.

Attente dans le recueillement. On sent que chacun entre dans sa bulle et se concentre. Dans quelques  instants, les chevaux seront lâchés sous la musique vangelique qui doit permettre normalement de conquérir le paradis.

 

Je mets la partition, on sait jamais, pour ceux qui connaitraient pas ou voudraient se le rejouer en boucle à la flute à bec à la maison.


Bon, je passe sur les discours et recommandations. Le terme à la mode est « expérience », donc nous allons vivre une « expérience » extraordinaire en plus d’une aventure. Ça tombe bien, je manque d’expérience pour les aventures … bon, ils en font pas un peu trop là ?
Je vois les lions en cage autour de moi, et je dis non à l’expérimentation animale.

Musique télévangelique et c'est parti

 

Mmmmhh mmmhhh mmmmhhh mmmmmmmh mmmmhhh …

bref nous passons l’arche du « sommet mondial du trail ». On ne réalise pas tout de suite pourquoi ce nom prétentieux au possible… puis rapidement, on commence à regarder la ferveur incroyable autour de nous, les spectateurs massés partout dans Chamonix, qui nous regardent défiler, tapent dans nos mains, nous acclament du premier au dernier…

j’ai des frissons en voyant, en entendant cela. Et puis nous avons chacun un petit drapeau sur le sac permettant à la barrière de la langue de remplacer les barrières horaires…  et c’est un festival de tous les pays les plus lointains, avec beaucoup d’asiatiques, d’américains, d’océaniens… si tous ces gens sont venus de si loin, c’est quand même qu’il doit y avoir quelque chose dans cette course. Evidemment, je sais quoi maintenant, mais je ne vous le dirai pas tout de suite…

Bon évidemment, mon petit cœur d’artichaut fond devant tant de bonheur jeté en brassées autour de nous. Je rêve à une fraternité entre les coureurs du monde entier… l’Internationale de la course en montagne. J’espère que j’aurai l’hallu finale en franchissant la ligne d’arrivée. Pour l’instant, juste après avant franchi la ligne de départ, j’aperçois juste derrière moi les serres-file qui ferment la marche.

 

Ce n’est pas une hallu, donc je suis déjà dernier. Tout va bien. Je ne pouvais pas mieux commencer avec les recommandations de prudence au départ reçues toute la semaine dans ma boite à SMS.

Il me reste maintenant à remonter le cours de la course le long de l’Arve, un peu comme les saumons remontent les rivières. Mais je suis encore une larve dans sa chrysalide. Je ne déploierai mes ailes que plus tard. En attendant, nous sommes des chenilles processionnaires. Je reconnais la route difficilement laissée derrière nous avec Xavier il y a 2 ans à la fin de la TDS. Cette fois ci nous sommes plus nombreux, et la vitesse n’a rien à voir. Je parie gros qu’on reparlera de la vitesse de départ dans quelques heures : par ego, certains sont capables de cramer leurs réserves avant d’être véritablement partis.

 

J’ai eu du mal à bien régler le flou de cette photo pour donner une fausse impression de vitesse.

Le serment sur la montagne

 

Arrivés presqu’au Houches, je retrouve Pat. Il est parti aussi lentement que moi. Nous faisons alors le serment du lambin-Zouches : on a à peu près le même objectif, et si l’occasion se présente, pourquoi pas ne pas faire des bouts de course ensemble, voire plus si affinités.  J’ai déjà fait plein de serments dans ma vie, notamment celui de ne plus jamais faire d’ultra… je sais très bien ce qu’on est capable de promettre, puis de remettre en cause jusqu’après.

 

Promesse d’ivrognes ou promesse de drogués ?


Bref, on est parti pour passer les Houches où le public est encore hyper présent, et monter au Delevret ensemble. La montée se fait à côté de la Kandahar, célèbre piste verte des Houches, mythique descente de coupe du Monde de ski.

Derniers de la classe: prendre le temps d'observer

 

Je veille à ne pas sortir mes écouteurs, il n’est pas question que je me coupe du monde autour de moi. Les bâtons restent aussi sur le sac. J’ai pris goût à moins les utiliser ces derniers temps. Je vais finalement même carrément les promener dans les bois autour du Mont-Blanc. Pas de bâton, je peux donc me mettre en observateur des techniques de poussée de fond de peloton autour de moi. C’est rigolo comme les bâtons sont décoratifs pour certains qui s’en servent juste à équilibrer leur manque de confiance en eux.

A propos de poussée, nous avons droit au comportement moutonnier des mecs qui dès que l’un s’arrête pour satisfaire à un besoin naturel, se mettent en file pour faire pareil. Nous avons droit à quelques jolis chapelets  de tuyaux d’arrosage alignés… je n’ose dire au garde-à vous.

Et puis, au détour d’un tas de bois, paf, la révélation. Nous suivions une petite américaine tendance latino. Et on la retrouve maintenant  sur le bord de la route, debout les jambes écartées. Là, nous nous regardons avec Pat, elle vient carrément de remettre son short en place après avoir elle aussi visiblement arrosé le sol. Le seul truc, c’est qu’elle a fait tout ça debout, sans à peine être dérangée. La misspisse debout est née. Nous la recroiserons.

 

Bon une rapide revue du net et des ustensiles utiles m’a confirmé que j’avais à la fois du retard et des préjugés. Chouette, il n’y a enfin pas que les hommes qui peuvent s’aligner et jouer à celui qui pisse le plus loin…

 

Pendant ce temps, nous avons le temps de faire une revue complète de la géographie du sud est asiatique, au milieu des chinois du milieu, des taiwanais du devant, des hongkongais du bas, des macanais d’en-dessous, des malais, des japonais bien sûr et autres coréens… bon très vite, tout ce petit monde va se retrouver sous le terme générique chinois, ne chinoisons pas.

J’observe l’énorme différence entre le comportement des japonais et japonaises, discrets et affables, et celui des chinois, plus « nature » et sans gêne… Un moment un « chinois » me passe. Il parle français, en fait, c’est un chinois de chez nous… je passe la grande muraille de ma timidité pour entamer la causette avec lui. Du coup je le suis et laisse Pat à ses écumoires. Je ne pensais pas la descente aussi casse-Pat, car je ne le vois plus. On a dit, chacun avance et on verra bien.

 

 

Aiguille du midi et Tacul quand nous sommes tête-à-cul, et avons le temps de prendre des photos.


 

Mont Blanc en majesté au-dessus de Bellevue


Le Mont Joly


 

 Intimité de la nuit

Il commence à faire sombre. Les coureurs autour de moi se transforment progressivement en lumières, puis en halos. J’essaie de faire le suce-lumière le plus longtemps possible. Mais c’est compliqué de passer de halo à halo… A la fin de cette partie de cache-halo,  je décide que c’est assez, et je sors mon pinceau lumineux pour enfin peindre le tableau de ma nuit.

Le tableau de marche est déjà mort, je suis bien lent, mais je me sens bien…  Mon esprit est un peu givré lorsque j’arrive à Saint Gervais. Nous croisons les coureurs qui sortent du ravito. Le flux de sortie est nettement plus important que le flux d'entrée au ravito dans lequel je suis, la preuve que je suis vers la fin.

 Je profite du moment, m’arrête bien au ravito pour manger, boire, souper… je sais que je risque d’en souper par la suite si je ne suis pas sérieux avec ça dès le début. Il ne me reste pas beaucoup de marge sur la première barrière horaire. A peine une petite demi-heure lorsque je repars.

Il faut maintenant entamer la lente remontée du Val Montjoie, avant de retrouver enfin la vrai montagne et le col du bonhomme. Mais pour être un bonhomme, il faut d’abord avancer sur ces chemins « de bonne femme» en faux-plat montant.

Je finis par arriver aux Contamines après une petite partie de pacman. Bon, j’ai compris qu’en étant parti ainsi en fin de peloton, je vais passer ma vie à piaffer derrière des plus lents que moi, mais au moins, je suis sûr de ne pas m’emballer sur ces portions plates. Cette perspective ne m’emballe pas forcément, mais c’est comme ça, j’avais qu’à faire différemment et toc.

A propos de toques, je commence à rêver d’un bon dîner aux Contamines en guise de passe-plat. Le ravito est là, et je ne suis toujours pas las.

 Martin est là, mais il a eu des aléas et a perdu les 2 autres coureurs qu’il devait suivre vu le monde qui est là (et pas las, vous me suivez toujours ?). Mais il faut repartir, j’ai gagné à la loterie de l’UTMB et il n’est pas question de faire de ce lieu mon tombeau, là. Alea jacta est, je repars avec une hola du public comme récompense. La hola au milieu des halos me réjouit. Je rentre dans ma nuit pour monter jusqu’à Notre Dame de la Gorge. Une fois la gorge déployée, le chemin est moins riant, avec la voie romaine et ses pavés énormes, puis le long serpentin lumineux qui va nous mener en procession au refuge de la Croix du Bonhomme.

Il fait toujours un temps idéal, avec une nuit très claire et étoilée. J’éteins plusieurs fois ma lampe pour profiter du ciel qui m’appelle à monter vers lui. J’arrive à la Balme avec 30 minutes de marge sur la BH. C’est un peu juste, mais pas de raison de s’affoler. Je double beaucoup dans la montée du bonhomme. Le refuge de la Croix du bonhomme est atteint après une longue traversée de nuit. Et la nuit tous les chats sont gris. Moi, je n’ai plus qu’un but, me poser aux chapieux. Avec un nom comme ça, je vais bien y trouver un lit douillet, car après avoir raclé le fond de la gorge, ma toux revient.

La descente est avalée, je salive jusqu’au ravito. Plein de bonnes choses nous attendent. En zonant autour d’une table à l’accent chinois (mangent-ils des chats pieux ?), je me débride un peu en retrouvant Pat qui a finalement retrouvé des jambes pour arriver jusque là. Il m’initie à la technique du 7 minutes de repos… j’essaie, la tête enfouie dans les bras posés sur la table, mais sans succès. L’heure du repos du guerrier n’est  pas encore arrivée, et maintenant il faut que ça Seigne.

Nous passons à la Ville des Glaciers en pleine nuit. Mais ils doivent être tous fermés à cette heure, et j’ai un peu les boules…  

 

La Ville des Glaciers, j’en salivais d’avance. #tripadvisor : un peu déçu

 


La montée au col de la Seigne est effectuée en duo.

Nous devenons des vrais frères de sang. Je fais souvent le pacer, mais la montée se fait finalement sans gain de places.


Le jour s'est levé, sur une étrange idée: pleurer

 

Les crêtes commencent à s’allumer une à une. L’aurore est là. Les lueurs réveillent nos sens. 

 

 

 L’aiguille des glaciers s’avère être de la haute couture au petit matin.


Passé le col, je prends l’un des grands chocs qu’on reçoit des fois en montagne. La vue sur le val Veni, avec en bas le lac Combal, à gauche le Mont blanc de Courmayeur, l’aiguille Noire de Peuterey en sentinelle pétrit mon petit cerveau.

 

 

 L’émotion me gagne à toute vitesse devant autant de beauté. Je dévale en pleurant les alpages où les vaches doivent se demander ce qui cloche chez moi. Heureusement, ce petit moment de grâce  -ou d’égarement, c’est selon- ne durera pas.


Pyramides calcaires: être un sphynx

 

L’organisation nous a réservé un petit détour par le col des Pyramides Calcaires. On a finalement peu d’information sur ce passage, car il est régulièrement supprimé dès qu’il fait mauvais. Cette année, c’est grand beau. Du haut de ces pyramides, 40 heures de labeur passé et à venir nous contemplent…

 

C’est beau, c’est chaud, c’est dur dans les cailloux.


Ah, enfin un peu de vraie montagne, et non plus ces grandes allées qui ressemblent à des boulevards. Là on est plus proche de la face de Bellevarde.

Je suis en forme olympique d’ailleurs et profite à fond du paysage pour emmagasiner plein de trucs dans la boite à souvenirs. 

Les pyramides calcaires laissent le lac Combal masqué.


Ohé ohé fais-je à Matt38 qui profite encore un peu mieux du paysage avec un stop-cailloux. Bon, il n’a pas l’air au mieux, un petit coup de pyramide calcaire ?



Je suis également avec Tikrimi qui fait une course magnifique comme le paysage. Il s’étonne d’être en même temps que moi ici. J’en déduis qu’il pense que j’aurais dû aller plus vite.


Mais pourquoi se presser quand on voit ça et qu’on peut profiter du temps qui passe pour tatouer dans notre cerveau des souvenirs qui resteront longtemps encrés.

 

 

 

Le lac Combal nous emballe

 

Je connais déjà le lac Combal au petit matin, pour l’avoir fréquenté lors de la TDS. Je sais que c’est un miroir. J’en profite pour m’arrêter un peu et immortaliser le moment. Nous profitons avec Pat du moment présent. C’est  pour ça qu’on est là. Que dire de plus ?

 

 

 

Bon, il va falloir un peu accélérer quand même un peu, car si je veux avoir le temps de changer de pneus à Courmayeur, avec la barrière horaire qui approche, l’arrêt risque d’être court d’ailleurs.

L’arête du Mont Favre est finalement une vacherie. Heureusement qu’en face c’est joli, sinon, je l’aurais bien coupée. Bon, on continue de profiter, photographier, emmagasiner des souvenirs.

 

Mais elle commence quand la course au fait ? Ah non, on t’as pas dit, en fait, la course va consister en permanence à une fuite devant les BH pour prendre juste le temps de profiter un peu…


 Accélérer pour être long à Courmayeur

 

Les chaussettes jaunes et la casquette rouge en auront vu de toutes les couleurs …

Ben oui, mais là, les pyramides calcaires nous ont pas vraiment permis d’aller vite. Avec tant de calcaire, la machine s’est un peu encrassée…
Je n’aurai jamais eu guère plus d’une heure d’avance sur la barrière horaire jusqu’à présent. Je n’arrive pas à m’en dépêtrer. Elle me colle aux fesses, et je lui collerais bien mon pied dans les parties basses de son anatomie.

En attendant, j’ai retrouvé mon assistance de choc au Col Checrouit où Martin et Carole sont tous les deux là, aux petits soins pour nous. Carole est bénévole sur ce ravito depuis le début de la nuit.

c’est pas bientôt fini c’t’histoire ?



J’ingurgite les pâtes qu’ils me proposent en vitesse. Tout va bien, mais j’ai quand même sérieusement mal au pied droit, celui sur lequel Achille étalonne ma résistance à la douleur depuis un an…

Je veux prendre le temps d’aller voir les podologues à Courmayeur pour me faire poser un K-Tape. Je sais que ces bandes magiques peuvent considérablement déduire ma sensibilité à la douleur… et j’ai encore plus de 90 km à me K-taper…

Bon, Courmayeur, Martin est là pour m’aider. Je ne le retrouve pas tout de suite car les zones avec ou sans assistance sont strictes, et il ne peut pas me suivre chez les podo.

Finalement, je ressors assez vite de Courmayeur en moins de 50 min. , avec juste 25 minutes d’avance sur la BH…


Perdu de recherche

 

Mais impossible de retrouver Pat à la sortie de la base vie. Il était avec nous, mais là s’est évaporé. Je lance un appel au secours sur les ondes pour le retrouver.

 J’attends 10 min à la sortie de la BV, mais rien, et les derniers de la course commencent à me rattraper… c’est donc qu’il doit être devant. Et donc moi je suis bien derrière maintenant…

Pour la première fois je sors les bâtons et les écouteurs pour changer un peu de rythme et d’humeur. La montée à Bertone est rude. Je m’accroche à tous les chinois que je ramasse. Il y en a un peu partout éparpillés sur la montée, dans les fourrés, en perdition sur le chemin, ou vaillants courbés sur leurs bâtons. Je double Tikrimi qui fait une énième tentative de dodo. Je ne le reverrai plus… bravo Christophe pour ta course, et vraiment déçu que tu n’aies pas pu aller plus loin qu’Arnouvaz.

 

A Bertone, ils ont sorti la toile cirée « cochonou », cela me rappelle de bons moments de l’été à acclamer les coureurs du tour de France, et à essayer de récupérer un bob à carreaux auprès des hôtesses dans leur deudeuche. Mon esprit divague ? Il faut déjà repartir car la BH avance inexorablement… Il faut être à 18h15 à Arnouvaz, et il est déjà pas loin de 15h quand je repars.

Le trajet entre Bertone et Arnouvaz est « globalement plat », mais avec plein de globalement pas plat.


Compter les chinois pour passer le temps

 

Je me retourne souvent pour vérifier mon compteur de chinois doublés. Le problème, c’est qu’il y en a que j’ai doublés déjà au moins 10 fois… ils doivent se démultiplier (c’est surement normal, ils sont si nombreux, doit y avoir une astuce…), ou alors je subis une fracture de l’espace temps, ou alors je ne suis plus très lucide ?
J’interroge autour de moi : M. Li, avez-vous un jumeau ?… je rêve d’un Li jumeau et ne vais pas tarder à m’endormir. Mais à force de compter les Li, mon matelas sur la BH a fondu.

J’arrive à Bonatti où je m’étale sur une table, prêt à engloutir une tarte aux myrtilles qui n’arrivera jamais… Je vois tous les Li, vides d’émotion me repasser. Je repars, mais je n’arrive pas à construire une stratégie claire, j’essaye de suivre un Li-maçon à qui j’aimerais bien mettre un parpaing, mais je crois que je vais prendre le mur si je continue. Et en plus, le ciel commence à se couvrir.

 

 

Retrouvailles avant un peu de castagne

 

J’arrive à Arnouvaz avec 35 minutes sur la BH. Et là, miracle, au détour d’une nouvelle soupe au vermicelle, je tombe sur Pat qui nage au milieu des tables après avoir lui aussi bu le bouillon.

Bon, j’en ai marre d’être tout seul. Je ne le lâche plus le garçon. Nous ne le savons pas encore, mais nous allons maintenant tester notre mental.

Il reste à monter au grand Col ferret, et descendre de l’autre côté pour retrouver la Fouly en Suisse. La prochaine barrière est fixée à 22h30, soit 4 heures 30 pour faire 14 kilomètres, dont 10 de descente… large !

Sauf que la montée au grand Col Ferret ne va pas se passer come prévu. Je vous ai déjà dit que le ciel avait commencé à se couvrir ? oui mais là on entend des grondements de tambour qui commencent à rouler autour de nous. Plic ploc, les premières gouttes tombent. Je sors la veste tandis que Pat continue en débardeur.  Rapidement, le ciel devient noir, les éclairs commencent à claquer. Certains qui étaient avec nous commencent à faire demi tour pour aller abandonner à Arnouvaz. Mon mental déjà plein de trous commence à en prendre un coup. Pourtant, je n’ai qu’à suivre l’exemple en levant la tête : Pat ne se pose aucune question et avance régulièrement.

Je vois un gars arrêté au bord du chemin, l’air pas au mieux :

Moi : té, ca commence à être craignos là, j’aime pas les orages en montagne

Lui : I’m OK but i’m afraid…

[fin de l’échange]

Je m’accroche à mon pat qui continue dans ce casse-pattes infernal. La pluie redouble, j’ai maintenant tout sorti du sac : avec 4 couches sur le dos + le pantalon imperméble, il ne peut rien m’arriver.

 

Comment ça l’eau ça mouille ?


 La pluie ruisselle sans m’émouvoir. Rememeber la Saintelyon où nous avons eu ça pendant 8 heures… là ça va juste durer 1h30… pas de quoi fouetter un chat en goretex. Et puis l’orage il est sympa, il est comme moi, il sait pas où il va, mais il reste coincé de chaque côté du grand Col ferret, où nous n’avons finalement que les torrents de boue pour témoigner de la violence du truc un peu plus loin.

Je passe le col, un petit mot aux signaleurs, et j’amorce la descente avec mon pantalon un peu trop grand qui veut se barrer à chaque fois que je remue la fesse. A force d’avoir les BH collées à mon postérieur, j’avais fini par adopter une démarche chaloupée. Il va falloir maintenant que je me mette en mode coincé du c… ralala… comme on peut divaguer. Et puis d’un coup, derrière moi, j’entends une voix familière : Pat me rattrape. Il s’était arrêté au col pour se changer dans la cahute des signaleurs, et je ne l’avais pas vu.

Ah, notre binôme est enfin reconstitué, avant d’aborder la nuit, c’est plutôt pas mal. Je me voyais mal passer la nuit tout seul au milieu des Li jumeaux.

Nous papotons dans la descente, sans manquer de remarquer les sommets blancs de grêle aux alentours.

 

Oui, le blanc, c’est de la grêle, pas de la neige…


Tout à coup, pat lance un gros juron… il vient de s’apercevoir qu’il a laissé ses bâtons au col, et nous sommes déjà au moins au 2ème bouton, pas question de remonter.

Je lui  propose donc de prendre mes bâtons dès la prochaine montée, ce qui me permettra de pouvoir raconter partout désormais qu’on peut très bien faire l’UTMB sans bâtons.


Trouver refuge en Suisse : un bon placement

 

Nous arrivons à la Peule où il pèle un peu. Nous sommes deux pèlerins en quête de la bonne direction. On nous indique la Fouly à 5 kilomètres, toujours en descente. Cool. Nous avons 1h30 pour éviter que la barrière ne nous claque le bec.

Mais la descente qui était pour l’instant à peu près sympa, devient un gros chemin, puis une route et n’en finit pas… Non, mais il ne peut y avoir 5 km… il y en a au moins 10, c’est pas possible, on n’y arrive jamais à cette base vie. En plus, j’apprends par Martin sur les ondes qu’ils n’ont pas réussi à nous rejoindre à la Fouly, car la route est coupée à cause des coulées de boue.

Nan mais pfff… bon, Pat part devant, comme à chaque fois que je commence à en avoir un peu plein les bottes. Et je le retrouve juste avant le ravito en train de regarder des messages à la télé sous un petit chapiteau. Nan mais WTF ? en fait, Patrick court pour une assoce et en partenariat avec une marque de téléphone, et il a plein de messages vidéo d’encouragement qui lui  arrivent maintenant. C’est regonflés à bloc que nous atteignons La Fouly.
Là dedans, ce n’est pas l’ambiance à la folie. Il y a des Li étendus partout, des coureurs en perdition avec la couverture de survie dépliée sur eux… bien malins maintenant pour la replier et la remettre dans le sac, alors qu’elle est dans le matos obligatoire. On voit que l’orage et la grêle ont surpris pas mal de monde.

Nous essayons de nous poser un peu au milieu des cadavres, et de manger vaguement quelque chose. Après 40 minutes de lutte dans cette ambiance de fin du monde, nous repartons juste sous le gong.

Le décompte final retentit : 5,4,3,2,1, il faut partir, la barrière est là, toute brulante pour nous couper la route.


S'occuper dans la nuit quand on n'arrive pas à dormir

 

Nous sortons avec les derniers pour entamer la longue purge routière jusqu’à Praz de Fort. Bon, il va falloir occuper un peu le temps. Evidemment, nous n’avons plus guère de mental pour nous remettre à courir, pourtant c’est sur cette partie qu’il faudrait envoyer.

Nous errons au milieu des zombies. Un moment, Pat me fait remarquer le gars qui déambule devant nous. Il marche en titubant, seuls ses bâtons arrivent à le remettre droit en manquant à chaque pas de tomber. Mais il avance comme ça, on lui proposerait presque un lit, mais il n’y en a pas autour de nous, il n'y a que des Li…

 

Nous sommes maintenant bien avancés dans la nuit, il est minuit et demie, nous traversons Praz de Fort qui est désert.

Tout à coup, une collection étonnante de nains de jardins attire notre attention. Il y en a partout… cela égaye notre course qui devenait monotone.

 

 

Continuer à jouer avec les BH

 

La montée à Champex-Lac s’annonce épique. Nous n’avons pas vraiment regardé les horaires, mais en fait, nous devons y être avant 2h30, ce qui nous laisse 2 heures pour faire les 6 km de montée.
Je ne le sais pas, mais Livetrail prédit notre arrivée à 2h35, soit après la BH… mais le grupetto s’organise, avec plein de chinoiseries au programme. Je mène par moments l’autobus, avant de m’arrêter pour attendre Patrick qui a perdu un peu le fil. J’ai un coup de fil de Carole qui s’inquiète. Je la rassure, nous sommes dans les premières maisons de Champex-lac et arrivons à la base vie.

 Par contre, il va falloir que je fasse un nouvel arrêt podos, car une ampoule s’est allumée dans la nuit.

Là, l’organisation va être juste parfaite, Martin m’a préparé un léger ravito, je vais direct voir les podologues, au milieu des lits (ce sont de vrais ceux-là) dans la tente médicale.

Voilà, vous avez 17 minutes pour me remettre sur pieds, je livre mon corps à vos mains expertes…

Et c’est là que la magie de ce genre de grosse organisation opère, car le staff médical, ils ont l’habitude de ce genre d’opération, et ils sont au top. Banco. Le gars me pouponne les petons avec sa grosse seringue pour en tirer du jus de pieds issu probablement du jus de chaussettes consécutif au jus de grêle que nous avons subi quelques heures plus tôt.

En plus, j’ai fait un choix très douteux de chaussettes à Courmayeur. Jusque là, je trimballais mes chaussettes signature, jaunes fluo, qui servaient à me repérer de partout y compris sur les caméras de surveillance. Et paf, les chaussettes fluo métamorphosées en vulgaires chaussettes noires, je n’ai plus la banane. Martin m’a donc amené exprès de nouvelles chaussettes sèches, dignes d’une archiduchesse.

Carole et le podo essayent en même temps de me dérouler ces chaussettes, certes sèches, mais un peu rèches à enfiler.

 

Non non, je n’ai pas pris des cours de comédie avant de faire du trail.



Je suis archi ricrac pour sortir du ravito avant de me prendre un nouveau coup de barrière sur la tronche.

Nous faisons le tour du lac en discutant avec Martin et carole, comme une belle petite promenade en plein après midi. Sauf que là il est 2h45 du matin… Nous faisons un petit bisou à nos hôtes, nous avons encore un peu de route. Rendez-vous dans quelques heures du côté de Trient.

 

Un petit tour du lac bien accompagné ?  ça claque !


En attendant, il y a une petite BH qui nous attend encore. La coquine est au Plan de l’Au. Mais dans ma tête, nous somme déjà au bord de l’eau, donc le plan de l’au ne soit pas être loin.

Bon la lucidité est un concept qui a quitté notre esprit depuis un moment. Nous avons en tête que la BH est à 3h15 et qu’il y a 3 km à faire.

Nous courons de peur d’être un peu ricrac à nouveau. Nous doublons un groupe de randonneurs qui a l’air d’être partis pour la cueillette des champignons… sûrs de nous,  nous leur indiquons le péril atomique qui pèse sur leurs têtes avec cette foutue BH. à 3h15. Sauf qu’ils rigolent en nous disant que la BH est en fait à 3h45… Cela dit, il y avait 5 km à faire. Bon, ce petit coup de speed nous a réveillés. Nous côtoyons un peloton un petit peu plus dense. Nous passons le plan de l’Au. Pas de pointage, juste un gars avec une tenue de vigile, une barrière physique qui est levée, et un minibus à côté. Je demande au monsieur si c’est lui qui décide qui rentre ou pas, comme en boite…. Et surtout je lui demande quand est-ce qu’il nous pointe.

 

En fait, il ne nous pointe pas. C’est lui la barrière. Je lui demande si il s’appelle Alain, mais ma blague tombe au plan de l’Au, car nos amis chinois sont affolés de ne pas être pointés, et des fake news commencent à circuler dans le peloton sur le fait que la vraie barrière horaire est en réalité un peu plus loin  et que nous allons tous mourir sous peu…



Il faut dormir la nuit...

 

Et paf, tout le monde se remet à courir, jusqu’aux premières pentes de Bovine. Nous voyons les loupiotes au-dessus de nous qui indiquent où nous allons. Sauf que la nuit, l’estimation des distances avec les lumières est très trompeuse. On a l’impression qu’on va devoir décrocher les étoiles, alors qu’en réalité nous arrivons assez rapidement là où les étoiles semblaient accrochées.
Le peu de lucidité que nous avions encore s’est perdu. Nous galérons dans la montée. Nous avançons comme des escargots qui en bavent. La fatigue devient importante.

Depuis le départ il y a 34 heures, nous n’avons pas fermé l’œil un instant… Nous adoptons la méthode chinoise : au bord du chemin, sans chichis, à la dure. Je pars instantanément dans les rêves qui étaient déjà à la porte de mon cerveau. Mais la méthode chinoise, c’est aussi une méthode de reconnaissance faciale : la lumière dans la tronche… nous subissons 10 fois en 5 minutes ce petit jeu, et repartons après 5 minutes de sommeil… et probablement pas assez pour retrouver la lucidité.

Au contraire, la montée est de plus en plus difficile. Je dors littéralement debout. Arrivés en vue de la croix au sommet de l’alpage de Bovine, nous décidons cette fois de nous arrêter à l’écart et dormir 7 minutes. La théorie Patienne (qui n’est pas la mienne) du cycle de 7 minutes sera-t-elle vérifiée ?

Je mets 7 secondes pour m’endormir. En cours de route, 7 chinois nous dépassent et laissent leurs lumières au loin. Le réveil sonne 7 fois pour nous tirer du lit. Je dégage quand même un caillou de 7 cm sur lequel j’étais posé… Nous repartons et chaussons maintenant nos bottes de 7 lieues.

 

La vue sur Martigny et la vallée du Rhône au lever du jour est superbe. Nous passons la ferme de la Giète, où nous sommes pointés dans l’étable. Bon, à Bovine, c’est un peu normal…

Un chinois est en grande détresse psychologique juste en-dessous. Il discute avec un petit groupe pour savoir si on devait être pointés ou pas juste au-dessus. Et c’est reparti pour les fake news et les rumeurs de fin de peloton. Il me demande si nous avons été pointés, nous lui répondons que oui, mais un autre concurrent espagnol avec une tête d’hollandais arrive et lui dit qu’il n’y avait pas de pointage. Je mettrai le reste de la descente et plusieurs discussions avec les coureurs autour de nous à me faire une opinion si pour de vrai ou pas nous avons été pointés… pour apprendre qu’en fait le chinois avait bien été pointé, lui… mais alors pourquoi demandait-il cela ??? 


Le programme d'assistance 5 étoiles

 

Bref, nous arrivons gentiment à Trient, quand tout à coup, en coupant une route, nous tombons sur Carole et Martin qui nous amènent le café et le petit déjeuner croissants chauds. Mais comment font-ils ? Nous sommes au col de la Forclaz. Que c’est bon ce moment de retrouvailles au petit matin. Qu’ils sont sympa de nous suivre et nous accueillir comme ça, et en plus ils ont l’air frais comme des gardons.

 

En fait, on sortait juste en douce du bar… Pat est hilare



Encouragements et direction Trient juste en-dessous pour le ravito.

A Trient, c’est tout confort. La routine est maintenant bien en place : ravito express, check des sphincters, petit reboostage du moral, et c’est reparti. Sauf que cette fois, le jour est là, nous avons fait un cycle complet de sommeil (les fameuses 7 minutes), et nous sommes regonflés à bloc.

 

Nous repartons pour Catogne avec 10 laaarges minutes d’avance sur la BH. Je prends le commandement pour faire la montée à bloc. Les jambes répondent présent. On double plein de monde. J’ai l’impression que le flow arrive enfin, moi qui me trainais depuis des heures. Pat suit  en temporisant un peu mais garde le contact. Que c’est bon d’être ainsi faciles après des heures de galère et une nuit bien bien longue. Tous les mauvais souvenirs s’effacent pour une nouvelle journée qui s’annonce radieuse avec l’arrivée en point de mire.

Nous passons les Tseppes en furie, l’alpage de Catogne est déjà là, je reconnais les chemins du 90 km du Mont Blanc.


La découverte qui change tout

 

Nous dépassons une fille avec qui nous étions en chasse patate depuis hier matin. Nous sommes 30 mètres après elle. Elle nous appelle. Je me retourne pour l’attendre.

Elle s’adresse ainsi à nous : « voilà, les gars, il faut que je vous dise un truc que je n’ai jamais dit à personne, là c’est le moment, avant je n’osais pas, mais cette fois j’ai le déclic, c’est le moment de sortir ça… je sais que vous me comprendrez»

Nous nous regardons un peu interloqués avec Patrick.  Nous attendons l’horrible révélation qui va changer la face du monde, la confession ultime de la traileuse abandonnée depuis 2 jours et qui n’a ni assistance, ni lucidité.

Elle continue : « bon, en fait, je dois vous dire, et là je veux que ça se sache, j’ai une ENORME envie de faire caca (sic) »

Je pars dans un énorme éclat de rire. Les barrières horaires ont dû lui tomber dessus et taper un peu fort ! Je lui propose tous les champs aux alentours comme exutoire ultime à ses fantasmes…

Je lui fais part de ma déception quand même sur le fait que je croyais que les filles, ça chie des paillettes, comme les licornes…

Ainsi on aura appris dans la même course que les garçons ça pleure quand ils sont émus, et que les filles ça fait caca dans les prés… et nous revoilà repartis avec Pat à délirer sur notre dernière rencontre, en y associant l’américaine qui pisse debout, que nous avons recroisée 2 ou 3 fois en train de perfectionner sa technique sans baisser le short…

 Je trace dans la descente, mais Pat ne me suit plus. 

 Je me retrouve au milieu d’un troupeau de moutons. Le troupeau de traileurs est –lui- déjà loin.


 Je commence à me dire que je vais attendre Pat à Vallorcine, puis finalement je m’arrête 3 minutes pour l’attendre un peu avant et arriver ensemble.

La routine du ravito de Vallorcine est là. Nous avons repris 50 minutes d’avance sur les barrières horaires.  L’atmosphère se détend un peu. Nous ne trainons pas trop pour garder du temps et essayer de monter dans de bonnes conditions et reprendre quelques places.

 

Tu veux ma photo ?



 Passer la tête aux Vents pour se donner de l'air

 

Bon, la montée au col des Montets est assez poussive, je suis pas trop mal, mais Pat a plus de mal à mon avis à tenir un rythme. Nous repassons à la marche exclusive. Je cherche désespérément les bouches d’égout que Bubulle/ Chritian avait repérées lors de son passage il ya 3 ans… Ah, mince je n’ai même pas eu de vraies hallus sur cet UTMB, comme sur l’Echappée Belle l’année dernière où ça avait été un festival. Tout juste là si j’ai croisé quelques cailloux tapissés de papier peint bleu… petit joueur cet UTMB décidément.

Nous entamons la montée de la tête aux Vents. Je commence la montée à bloc pour refaire le coup de Bovine.

 

 

Mais je sens que Pat n’est pas au mieux. Je me calme, m’arrête un peu pour enlever une couche, en profite pour prendre plein de photos et tourner autour de mon partenaire un peu comme un chien qui fait l’élastique… et j’arrondis mon compte de chinois doublés. Je dois en être à pas loin d’un millier.

Je croise Lt Blueb, un compère du CA de Kikourou, et nous discutons 3 minutes.

Sauf que le Pat, il plaisante pas, lui. Il continue gentiment son chemin, et j’ai du mal maintenant à le reprendre.

 

Nous sommes au début de la traversée du balcon sud face à l’aiguille Verte, majestueuse. Je connais bien l’endroit qui est à peu près le seul passage de l’UTMB que je connaissais avant. Je suis un peu chez moi ici . Je rejoins Pat peu avant la tête aux Vents.

 

Arrivés au pointage, Pat me demande de l’eau, en sortant ma flasque, je me prends les pieds et m’étale de tout mon long. Un bénévole arrive vers moi gentiment. Je lui gueule dessus que puisque c’est comme ça, j’abandonne ici, et puis c’est tout.

Sauf que comme je fais ça avec un large sourire, il voit vite que je bluffe. Il m’engueule en rigolant également. Je le traite de tortionnaire… Je me dis, oui , après 44h, ton humour est toujours incompris. La ligue du rire en boite te nuit. Deviens sérieux, rattrape ton Pat qui s’échappe.

 

 

  Je vois la pancarte de la prochaine BH à la Flégère, et à musarder dans la montée, il ne nous reste que 1h et quart pour rejoindre la Flégère. Ce serait quand même ballot après tout ça de se faire éliminer si proche du but. Il restera 8 km de descente… bref, encore une BH à ne pas prendre à la Flégère…

En fait, je viens de découvrir la méthode pour faire courir un Pat à pleines pattes : je lui indique la BH, et le voilà qui détale comme un lapin. Il est parti, je ne le reverrai plus.

Je le suis à distance, de loin dans la fin de la traversée. Je ne sais pas si il me croit devant ou derrière, mais il avance en tous cas. Je suis avec un petit groupe qui commence à savourer de se savoir si près du but. Un gars nous croise et nous indique que nous sommes à la Flégère et que c’est fini ensuite. Je n’ai pas d’hallu, et je vois bien que nous avons encore au moins un kilomètre. Un gars au ravito me dira avoir failli de très peu se faire piéger par la barrière horaire à cause de personnes qui lui ont indiqué des distances et temps fantaisistes…

 

Je suis accueilli à la Flégère par un tractopelle

 

 

Je ne peux m’empêcher de m’enfoncer dans la benne du bull… eh, Ben, man, on n’est pas bien ?

 

J’arrive au ravito, petit coucou à la caméra au passage, j’ai reçu des sms pendant la nuit et des captures d’images des caméras précédentes,  me confirmant que je suis suivi. Il faut maintenant rassurer les suiveurs : tout va bien.

 

 

 

Je vais quand même pas arriver tout seul...

 

Je m’apprête à retrouver Pat au ravito pour terminer ensemble. Sauf que je ne le vois pas. Une bénévole commence à discuter avec une autre en indiquant que des gens ont laissé des bâtons. Je regarde un peu, je vois mes bâtons posés le long de la table, et pas de Pat au bout. Je le cherche un peu, personne. Je me dis que soit il a eu un problème, soit il est descendu en oubliant les bâtons… je ne comprends rien. Je m’imaginais déjà la dernière descente et l’arrivée main dans la main.

 

Bon, dans le doute, je reprends mes bâtons et commence à l’attendre dans le ravito en grignotant quelques trucs. J’entends alors un gars qui discute avec la bénévole en lui disant qu’il cherche ses bâtons. Je présente les bâtons que j’ai en mains à la bénévole qui va voir le gars, en lui disant de les essayer, pour voir si ça peut remplacer ses bâtons. Le gars lui dit que c’est exactement les mêmes. La fille s’extasie : c’et quand même dingue, les mêmes bâtons, même taille, quelle chance quand même. Dans un sursaut définitif de lucidité, je vais le voir en disant que c’est bien possible que ce soient même ses propres bâtons, puisque je les avais pris en pensant que c’étaient les miens.
J’ai même cette parole quasi surréaliste auprès du gars, oui, je te redonne tes bâtons, mais si ça se trouve c’est les miens car je les ai prêtés à un copain qui a disparu et dont je n’ai retrouvé que les bâtons…

 

 

Le gars me regarde d’un air hagard. La bénévole éclate de rire en me disant que mon pote est surement déjà descendu avec mes bâtons et que je ferais bien d’aller voir plus bas si il y est… et je pars avec elle et une autre bénévole, car elles descendent aussi pour voir l’arrivée des derniers et la remise des récompenses.

Je pars sur ces entrefaites… sauf que, arrivé en bas de la 1ère descente, je m’aperçois que je n’ai même pas pensé à reprendre de l’eau. Je remonte aussi sec au ravito… bref je perds une bonne demi-heure dans l’affaire, et repars en laissant en plan un gars qui veut absolument abandonner, mais que les bénévoles du ravito essayent de raisonner. Décidément, le métier de bénévole sur les derniers ravitos d’un ultra est d’abord un métier de coach mental…
Je suis un peu entre deux eaux dans la descente. Je cherche Pat, je me doute qu’il est maintenant descendu depuis longtemps et que je ne le rattraperai pas. Impossible de le joindre.  J’appelle Martin pour prévenir et lui dire de prévenir Pat à l’entrée de Chamonix que je suis derrière lui…

Bon, je finis par me motiver pour courir, car Livetrail m’annonce sur les ondes vers 16h, et je ne veux pas faire attendre trop longtemps tout mon petit monde de suiveurs. Je sais aussi que sur kikourou, il y a un paquet de gens qui me suivent. C’est trop bon de se sentir ainsi la vedette d’une aventure dont on est le héros… pourtant je persiste à penser que ma performance est bien modeste par rapport à tout ce que les autres ont fait : bénévoles qui n’ont pas dormi de la nuit et gardé le sourire parfois dans le froid et face aux airs hagards, aux yeux torves des coureurs en perdition, coureurs beaucoup plus forts que moi qui ont bouclé en une journée de moins que moi ce petit tour de pâté de glaciers…

 Bon, je finis par rattraper mes deux bénévoles. Je leur demande en rigolant ce que ça leur fait de se faire fumer ainsi par un vieux coureur au bout de sa vie tout puant… Elles rigolent et continuent.

Je suis bien obligé de ralentir, car la machine qui s’était un peu rechargée pour jouer le petit coq vient de me rappeler qu’elle est sujette à l’obsolescence programmée…

Les 2 filles me voient marcher et me redoublent en rigolant : « alors qu’est ce que ça fait de se faire doubler ainsi par 2 pauvres nanas qui s’entrainent pas beaucoup quand on est un coureur aussi chevronné que vous ? » j’éclate de rire, et on continue un bout ensemble à se chambrer gentiment.


 Penser à remercier avant d'arriver...

 

Je repasse dans ma tête tous les remerciements que j’ai à faire, pour les bénévoles, bien sûr qui ont été extraordinaires,  pour Martin qui m’a accompagné avec tant de bonté, pour Carole, une bénévole au cœur de la course, mais surtout l’inconnue du forum, qui m’a proposé son hospitalité, m’a suivi et dorloté,  et avec qui nous avons partagé sur sa passion par procuration pour ce type de course.
Je pense à ma chérie, à mes enfants, bien sûr, qui ont enduré mes absences pour partir à l’aventure pour m’entrainer un peu partout.
Je pense à mes parents et beaux-parents qui se sont inquiétés pour moi, qui ont vibré à distance sur ce live et ces images fugaces. Je les remercie de m’avoir donné ce goût pour les montagnes qui me procurent tant de bonheur aujourd’hui.

Je suis dans un état de plénitude, je savoure le moment. Le meilleur est à venir, mais je suis seul encore pour quelques instants, avant de revenir dans la fosse. Je suis vivant, je suis heureux, je suis comblé, j’ai fait un beau voyage initiatique. J’étais venu chercher de l’aventure et de la performance, j’ai trouvé de l’émotion et de la chaleur humaine, je suis passé par un peu tous les sentiments, mais je suis zen, presque pas fatigué, porté par l’événement.

Enfin j’arrive à Chamonix. Les premières maisons, la passerelle au-dessus de l’Arve, qui est un vrai col à elle toute seule ! On longe l’Arve, et dans quelques instants, je m’apprête à m’annoncer sur la ligne d’arrivée. La boucle est bouclée. 

5,4,3,2 un, zéro, la suite est déjà dans vos têtes, et elle va rester longtemps dans mon cœur.

Comment dire merci? En faisant un récit pour Carole...

 

Crédit photos: Martin et chococaro.

33 commentaires

Commentaire de L'Dingo posté le 08-09-2019 à 23:31:54

Carton jaune (..chaussettes) !!

Poster si tard va me faire échouer à la barrière du repos dominical.

Pét...ng, à peine 30mn avant le bouzin de minuit. allez, Je me lance:-))

Commentaire de Bérénice posté le 09-09-2019 à 00:26:23

Récit génial avec tellement de bons jeux de mots ! Merci surtout de nous faire partager cette fabuleuse expérience humaine. Ravie de mettre enfin un visage sur toi.
Et enfin merci pour le clin d’œil caméra à l’arrivée qui nous a touché tous les suiveurs qui t’attendaient toi et Pat parce qu’il faut savoir qu’avec ce suivi on a tous rien foutu du we chez nous :-))) sans oublier le nombre de spots publicitaires qu’on s’est fadés.
Je te souhaite de surfer sur cette magnifique course pendant des semaines

Commentaire de L'Dingo posté le 09-09-2019 à 00:29:32

Carton jaune (..chaussettes) !!

Poster si tard va me faire échouer à la barrière du repos dominical.

Pét...ng, à peine 30mn avant le bouzin de minuit. allez, Je me lance:-))

Commentaire de L'Dingo posté le 09-09-2019 à 00:39:45

J ai faibli au point de faire une hallu et renvoyer le meme texte !!!
vraiment un récit digne de 46h d'utmb.
Bravo pour ta persévérance, ce que tu as reçu dans cette course est à la mesure de ce que tu offres ailleurs, in real life, ou dans tes CR si plaisants.
Thanks.
and now dodow ;-)

Commentaire de Mazouth posté le 09-09-2019 à 00:44:29

Et ben moi je me lève demain pour courir tôt et à cause de toi je vais manquer de soleil... je n'ai qu'à dormir 7 minutes après tout. En tout cas bravo, quel mental, quel récit, énorme ce que tu as fait avec toujours la pression des BH ! Et côté hallus, je te signale juste que si tu vois une Li-Corne sur l'UTMB c'est forcément une hallu ;)

Commentaire de Mazouth posté le 09-09-2019 à 00:45:23

Soleil = sommeil, fucking correcteur !

Commentaire de bubulle posté le 09-09-2019 à 07:23:47

Ah, c'est rien que du bon, tout ça, y'a rien à jeter, même les blagues pourries sur les chinois. Finalement, c'est quand même plus rigolo d'être roulette de queue sur les ultras, faudra que j'essaie un jour.

Le seul problème de Benman pacer et Benman finisher, finalement, c'est que pendant 2 week-ends de suite, on a du faire des bouzinages sans notre Mozart du calembour.

Sinon, pour les bouches d'égoût, elles sont pourtant bien là. A moins qu'ils n'aien regoudronné l'autoroute, peut-être ?

Commentaire de BouBou27 posté le 09-09-2019 à 08:38:40

Mais quelle course !! Le suivi sur kikourou était vraiment super a suivre avec du suspense à chaque BH. Et maintenant avec le récit cela donne tout son sens...
Bravo Benoit.

Commentaire de shef posté le 09-09-2019 à 09:12:18

Bravo pour ton CR et pour ta course.
Merci aussi pour la photo du jardin de nains !

Commentaire de coco38 posté le 09-09-2019 à 10:27:04

... j'en suis à la nappe "Cochonou"... si tu veux un bob pas de problème !

Commentaire de tikrimi posté le 09-09-2019 à 11:18:45

Et bien il était attendu ce CR. Je vais m'empresser de le lire ce soir dans le train.

Commentaire de Cheville de Miel posté le 09-09-2019 à 14:31:42

Qu'il est beau ce CR. En fait j'ai jamais eu peur pour toi, T'as un truc qui s'appelle l'auto-dérision, et, dans ces situations, c'est ce qui nous permets de finir ces trucs de débiles!!!
Bravo! En espèrant encore te fumer en 2020!!!! ;-)

Commentaire de galette_saucisse posté le 09-09-2019 à 15:25:44

C'était bien sympa de passer un peu de temps ensemble après la course.
Bravo pour ta course et ce super CR.
Il va falloir te remettre à-"chiller" pour reposer ton talon

Commentaire de patfinisher posté le 09-09-2019 à 19:02:54


Une belle expérience partager avec des frissons pour certaines BH, des moments de complicité, des moments de retour au sources avec Carole (un cœur GRAND COMME CA !). Nous avons partitionné la course la course en étape (1 étape = 1 montée/1 descente), toi en montée et moi en descente, certaine étape ont été faites à la cool, et d'autres en version "au train" en comptant notre effet pacman ! Pour mon 1er UTMB, j'étais en version finisher absolument donc avec des prises de décision (surtout à la fin) un peu solo pour garantir l'arrivée. Après mon arrivée j'ai partagé mes larmes avec Carole joie et regret de t'avoir laissé en haut et la prise de décision de refaire une arrivée ensemble était simplement normale, logique et impossible de faire autrement psychologiquement… un moment extra !
Bravo pour ton cr et ta course, content de t'avoir redonné l'envie de finir et de repartir quand il fallait…, e pense que tu l'aurai regretté amèrement, et après lecture de ton CR, je suis sûr que le jeu en valait la chandelle ! ENjoy your run ! ;-) A bientôt !

Commentaire de arnauddetroyes posté le 09-09-2019 à 20:42:50

c est de l ´horlogerie fine pour les BH mais tu as reussi à boucler ton UTMB en le prolongeant pour mieux le savourer et aussi á nous faire passer le weekend devant le live ;)
Bravo Benoit!

Commentaire de Arcelle posté le 09-09-2019 à 20:43:29

Super ce récit, j'adore, comme toujours.
Bon vous nous avez fait un peu peur à flirter avec les BH pendant toute la course, mais apparemment, tout était maîtrisé. ¨
Marrant comme sur 2 jours, ça vire vite au pipi - caca.
Bravo pour le CR et surtout la course !

Commentaire de philkikou posté le 09-09-2019 à 21:44:55

"A la fin de cette partie de cache-halo, je décide que c’est assez, et je sors mon pinceau lumineux pour enfin peindre le tableau de ma nuit."
Condition physique VALIDÉE, mental VALIDE, gestion des barrières horaires VALIDÉE, passage sur la ligne d’arrivée VALIDE, rédaction du récit VALIDE avec, à l'image de ma phrase préférée du récit, plein de morceaux d'émotion, de poésie, d'humour Benmanien, de mental, de Barrières Horaires ( au pluriel et en majuscules, tellement elles t'ont collé au c...), de rencontres Kikouresques, de partage, de belles photos ( et grandeur nature de quoi verser une larme !) ... Une course bien préparée côté physique et mental, matériel, tableau de marche, Bemnan version D-Terminator !!

Commentaire de Free Wheelin' Nat posté le 09-09-2019 à 22:01:20

J'ai adoré coup des bâtons... J'aurais cru lire un dialogue des Monty Pythons. Manquaient juste les lits rondelles .

Bravo, Benoît "béni des dieux" du trail!

Commentaire de truklimb posté le 09-09-2019 à 22:03:34

Merci beaucoup pour ce CR Benoit, comme toujours excellent. Un grand moment de li-ttérature...
Et un énorme coup de chapeau pour cette maitrise ultime du JALBHAC, du grand art !

Commentaire de Spir posté le 09-09-2019 à 22:21:02

Elle était belle, la tragédie du dossard 1846 ! Quelle gestion des BH, toute en sérénité, et pourtant, tu as senti quelques fois le vent de la barrière te siffler aux oreilles. Bon, je n'ose même pas imaginer ce que tu as trouvé sur internet en faisant les recherches documentaires sur les mictions féminines...
En tout cas, bravo pour ta course, et bravo pour ce récit. C'est un UTMB qui nous laissera également des souvenirs, à nous qui étions tranquillement assis derrière notre écran.
J'ai eu un peu peur un moment que tu ais laissé trop de jus lors de l'EB où tu étais partout, à trainer tes stères de bois, mais finalement non, tu as juste profité au maximum.
A très bientôt j'espère !

Commentaire de Arclusaz posté le 10-09-2019 à 00:18:05

Un récit mythique pour une course meetic. Quel joli couple avec Pat ! Très content pour toi. Que d'aventures et d'anecdotes en 46 heures. Merci de nous avoir emmené avec toi et de nous faire partager maintenant ces moments que nous n'avons pas vus derrière nos écrans.

Commentaire de xsbgv posté le 10-09-2019 à 00:35:58

Enfin le temps de finir la lecture commencée hier soir... encore un grand moment à l’image de beaucoup d’autres... il faut aussi rappeler l’ultra enchaînement que tu as réalisé: EB et UTMB... merci Benoît et encore une fois bravo et/ou admiration
Ps décidément les accessoires (bâtons ou gants) en prennent à chaque fois pour leur grade sur tes ultras...

Commentaire de La Tortue posté le 10-09-2019 à 00:56:23

merci pour ces magnifiques texte et photos.
tu m'as fait rajeunir de plus de 10 ans. que ça me parait loin tout ça...
bravo et encore merci de faire partager tant d'émotions

Commentaire de ludo_arclz posté le 10-09-2019 à 11:46:47

Il m'aura fallu presque 1h pour tout lire (Oui je savoure chaque mot...et puis c'était fourni aussi !). Bravo pour ce récit fantastique qui se lit tel un film. A la fin de la lecture on pourrait presque dire "moi aussi je l'ai fait ! (par procuration)".
Merci Benman d'avoir pris le temps de nous régaler ainsi.

Commentaire de xian posté le 10-09-2019 à 20:38:49

ah ouais... alors d'abord, un gros bravo pour avoir tenu le coup. puis un gros bravo pour ce récit, à la hauteur de tes talents de réciteur (c'est qu'on ça qu'on appelle un pro de la rédaction du récit de course ?). et enfin un gros bravo pour ton état d'esprit vis à vis de tous les gens que tu as croisés.
(mais pas merci parce que là, j'hésite à tenter le tirage au sort utmb en 2020 alors que j'étais bien parti pour retraverser Belledonne :)

Commentaire de franck de Brignais posté le 10-09-2019 à 22:03:23

Un récit et une course à ton image : serein, taquin... et hilarant ! Merci pour ce bon moment... on a quand même bien flippé avec les barrières derrière nos écrans... tu semblais beaucoup plus serein sur le terrain !!

Commentaire de Bert' posté le 10-09-2019 à 23:36:41

Quel CR !!!
Du très grand Benman qui a la bonté de nous raconter, avec un sens unique des formules, de l'humour et des videos toujours incroyablement de circonstances, ce qu'on a suivi à distance sans savoir...
Et en plus tu nous ferais croire que c'est simple... alors qu'on stresse encore plus sur tes BH en lisant que lors du suivi live !
Sur ce, il est tard et temps d'aller au LI 😜

Commentaire de Gazel posté le 11-09-2019 à 10:33:01

Merci pour ce bon CR, le jeu avec les mots et les photos. Bon moi, j'ai pris une autre tactique, c'est de prendre de l'avance sur les BH, tout en gérant mon effort sur l'ultra
A bientot

Commentaire de chococaro posté le 11-09-2019 à 21:39:52

MERCI !!!! MERCI !!!! Un CR dans la grande tradition "Benmanienne" qui vous fait vibrer et dans lequel j'ai retrouvé toutes les émotions que j'ai eu le privilège de partager avec Pat, Martin et Ben. Je n'ai jamais douté que vous passeriez les BHs, même à Champex, il ne pouvait pas en être autrement.
Je n'oublierai pas de si tôt cette semaine de folie ! De magnifiques rencontres, des moments hors du temps,du sport, du partage, de l'émotion, tout ce que j'aime.
J'ai ouvert mon "camps de base" à Chamonix pour rendre aux acteurs de ce forum un peu de ce qu'ils m'ont apporté avec leurs récits après mon accident. Récits qui m'ont permis de détourner mon esprit de la douleur lors de mes longues nuits d'insomnie mais je ne m'attendais pas à devenir un personnage d'un CR de Benman. Merci à vous tous pour votre confiance et votre amitié. A moi maintenant de transformer toutes ces émotions en énergie positive, de continuer ma reconstruction pour remettre enfin un dossard.

Commentaire de Benman posté le 11-09-2019 à 21:43:01

T'es la plus forte. Merci encore

Commentaire de Jean-Phi posté le 12-09-2019 à 09:51:08

C'est cool de mettre un visage sur chococaro. Et en plus elle est aussi bien fée dans la vie que l'est son avatar sur Kikourou.
Belle course, Benoît, bravo. Tu peux mourir tranquille... Euh non, être fier de toi !
Bonne récup

Commentaire de Antoine_974 posté le 12-09-2019 à 14:21:00

On dirait presque que c'était trop facile ! Bravo !

Commentaire de Albacor38 posté le 12-09-2019 à 19:15:32

Rien que pour l'ambiance sur l'arrivée à Cham' je me demande si je ne vais pas tenter ma chance à la grande loterie UTMB(r)(c)(TM)($)

NB: J'ai déjà vu une nana pisser dans une bouteille alors qu'on était à 12 sur 1m² dans un sas de départ !

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