Récit de la course : Ultra Trail du Mont Blanc 2008, par olivier_coursesextremes

L'auteur : olivier_coursesextremes

La course : Ultra Trail du Mont Blanc

Date : 29/8/2008

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 1188 vues

Distance : 166km

Objectif : Terminer

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Until The Mental Breaks UTMB 2008

Données chiffrées de la course

166,4 km, dénivelé positif de 9 448 mètres.

17 ravitaillements

Objectif

Terminer avec un classement comparable à celui de l'année dernière 757 sur 2300, vitesse prévue de 4 km/h.

Attention, comme le parcours a été allongé, il passe de 163 à 166 km avec une grimpette en plus à 10 km de l'arrivée, le temps devrait être supérieur à celui de l'année dernière (un peu moins de 40h).

Flirter avec ses limites, accepter la douleur, ne pas bénéficier d'assistance, même des podologues, kinés et médecins disponibles sur certains ravito.

Remerciements

Un grand bravo et un grand remerciement aux organisateurs et aux bénévoles sans qui ce défi ne pourrait avoir lieu. C'est une épreuve magnifique. ¨Peu importe les quelques critiques qui existent, peu importe certaines déviances d'ailleurs largement dues aux coureurs eux-mêmes, chapeau bas !

Préparation

Suite à une triple fracture au niveau de l'oeil droit (foot) fin avril 2008, c'est de zéro que je démarre la préparation pour l'UTMB à la fin du mois de mai.

Comme on ne change pas une équipe qui gagne, je persiste avec la configuration de l'année passée :

- 11 semaines de préparation ;

- dose augmentée progressivement, de 40 km la première semaine à 100 km les 3 dernières semaines, avec le dimanche la sortie longue, 20 km au début, 35 km les 3 dernières semaines ;

- vitesse moyenne de 11 à 12 km/h sur terrain plat (Paris, Bois de Boulogne), avec un peu de spécifique au Trocadéro (3 tours) et 20 mn d'escaliers à Passy par semaine ;

- 5 fois par semaine 4 fois 8 étages d'escaliers en marchant ;

- repos quasi complet 12 jours avant le départ.

Aucun chemin de randonnée pendant toute la préparation, ce qui je pense me range dans une catégorie à part dans le monde des trailers. Sachant qu'en plus je n'utilise pas de bâtons, ce qui est très peu fréquent sur l'UTMB.

Trois semaines avant, massage des pieds avec de la crème NOK. Bon là je ne vous apprendrai rien, cela commence à se savoir.

Alimentation normale sauf un plat de pâtes par jour 1 semaine avant la course.

Sac de course et philosophie de course

En plus du matériel obligatoire (pas con de prendre des DIM pour le collant ou une veste taille 4 ans, je tâcherai d'y penser lol on mais je plaisante pôvre amateur que je suis, les premiers ne jouent pas dans la même cour) :

- de l'isostar, de quoi faire 3 bidons de 0,6 l jusqu'à Courmayeur, puis 2 vers Champex et 2 vers l'arrivée. Je n'en utiliserai que la moitié.

- aucun complément médical ou autre :

a) pas de doliprane (qui chez certains feraient disparaître les douleurs aux genoux, à démontrer) ;

b) pas de médicament pour lutter contre le sommeil (la deuxième nuit blanche fait partie des paramètres difficiles à gérer de cette course grandiose, pas la peine de dire qu'on y arrive si c'est pour contourner la difficulté) ;

c) pas de gélule contre les courbatures ou crampes (style sporténine), il semble qu'un grand nombre de participants en prenne, à une dose d'environ 1 gélule par heure ? (lu sur les forums). Pour une course de 40 heures, ça fait pas mal quand même. J'y reviendrai plus en détail dans le récit.

d) aucun médicament contre des complications liées à la digestion.

L'UTMB est parfois présenté comme l'une des courses de trail les plus difficiles au monde.

Cela me semble difficile de terminer cette course sans surmonter de substantielles douleurs, en tout cas, pour mon expérience, sans l'aide de compléments médicaux.

Mais il semble que certains coureurs parviennent à terminer dans de bonnes conditions.

La dernière ascension se termine à la tête aux vents km 156 altitude 2130 m. S'ensuit une descente de 1000m de dénivelé vers Chamonix. Le revêtement est tel (gros cailloux, branches) et la pente telle qu'une personne qui a des courbatures, qui a des tendinites au genou ne peut détaler dans cette descente, au mieux elle peut tenter de trottiner légèrement, sachant que de telles douleurs augmentent le risque de se rater.

A ma grande surprise, dans cette descente, j'ai eu du mal à compter ceux qui me dépassaient en détalant tellement il y en avait.

A des spectateurs incrédules qui applaudissaient, j'ai lancé "mais vous êtes sûrs qu'ils ont fait toute la course ?".

Après l'arrivée, un van de l'organisation m'a acheminé vers le dépôt des sacs. A côté de moi, un finisher qui racontait à son copain qu'il avait terminé en trombe. Ah ! Du coup je lui pose la question mais tu n'as pas de courbatures ? pas de crampes ? pas de douleurs aux genoux ? Il me répond non, l'air un peu embêté. Je lui dis que ce n'est pas mon cas et comme je n'ai pas mal langue dans ma poche je poursuis. Je lui dis qu'avec mes douleurs et mes courbatures dans la descente de La Flégère il m'était impossible de détaler. Je lui demande comment il explique qu'après 166km en montagne et 41 heures de courses il n'a pas mal aux jambes. Il ne sait pas. Il ne sait pas ? J'aurais dû aller plus loin et lui demander s'il prenait des médocs, genre sporténine.

C'est donc bien possible de terminer sans souffrir apparemment. Cela n'a jamais été mon cas pour les 5 courses de ce type effectuées.

 

AVANT LA COURSE

Jeudi matin je pars chercher mon dossard. Sapristi, une file d'attente super longue. Dire que l'année dernière à la même heure c'était fluide. Je rebrousse chemin, je tenterai ma chance l'après-midi. L'après-midi, moins d'attente, mais 1 h tout de même en tout. Si j'étais pas content j'avais qu'à y aller le vendredi, là il paraît que c'était tout fluide. Mais je voulais absolument récupérer mon dossard et préparer mes sacs le jeudi pour pouvoir faire un maximum de sieste le vendredi.

Amélioration par rapport à l'année dernière, je fais de meilleures nuits.

La météo s'annonçait clémente. Par prudence, je mettais tout de même un bonnet chaud et et K way dans le sac de Champex, que je comptais rallier la deuxième nuit. En attendant, casquette, buff, et coupe-vent me permettaient de respecter le matériel obligatoire en la matière.

Numéro de dossard : tiens mon classement de l'année dernière, pourquoi pas.

Le vendredi, je rends la chambre le plus tard possible et puis je fais le maximum de siestes. Mais l'heure du rassemblement approche vite, cette fois il faut y aller.

Je me strappe un peu les épaules et le dos pour atténuer les frottements à venir du sac. Cela me rappelle mes années rugby, en fait j'ai l'impression de partir au combat. Je vais me battre contre moi-même.

Parce que cette course t'amène à explorer les limites de ton corps. Et ce duel, il est hors de question de le perdre. Comme l'année dernière, ma devise ultime est : finir ou mourir ... L'échec est interdit.

Quasi copier coller du récit de l'année dernière avec ce qu'il faut gérer :

Gestion du temps : ne pas partir trop lentement en raison de la barrière horaire, ne pas s'arrêter trop longtemps aux ravitaillements.

Gestion de l'hydratation : boire un peu tous les quart d'heure non seulement pour s'hydrater, mais lentement afin que l'estomac puisse fonctionner normalement le plus longtemps possible.

Gestion de l'alimentation : les ravitaillements étant situés tous les 8 à 10 kms, il s'agit de consommer de temps en temps une barre céréale ou une barre chocolatée ; j'espère pouvoir avaler des pâtes à Courmayeur (mi course) à et à Champex ; mais à partir de quel moment mon estomac n'acceptera plus rien, comme ce fût le cas à La Réunion, pour les 15 dernières heures de course ?

Gestion du pipi : le stress de l'avant course donne envie de faire pipi un paquet de fois. C'est une toute autre histoire après des heures d'effort. Le risque d'être bloqué au niveau du pipi est bien réel (comme à La Réunion), or c'est un moyen d'éliminer les mauvaises toxines ! Il convient donc de se forcer à faire pipi régulièrement (chaque ravitaillement).

Gestion des courbatures et de la fatigue musculaire : j'avais plutôt bien géré ce problème à La Réunion, avec des étirements jusqu'à la mi course régulièrement.

Gestion des tendinites et entorses : là, il faut serrer les dents. Tout mon entraînement a consisté en fait à ce que fatigue musculaire et tendinite arrivent le plus tard possible, ... le plus tard possible ...

Gestion du sommeil : l'expérience d'une deuxième nuit blanche dans l'effort est une expérience énorme, qui renforce encore le dépassement de soi ; tant mieux pour ceux qui n'en ont pas besoin pour terminer, mais pour l'avoir déjà vécu à La Réunion, c'est un défi supplémentaire ; on parle de mirage du désert, il faut parler de l'hallucination de la deuxième. Exemple, à La Réunion, je me suis cru 10 kms plus loin, ce n'est pas rien. L'année dernière à l'utmb je croyais que des filles que je connaissais étaient à côté de moi. J'ai cru voir aussi une maison mongole vers Catogne.

Gestion des pieds : ça c'est mon point fort ; préparation 20 jours avant par massage avec de la crème anti-frottement, s'enduire les pieds de crème anti frottement le jour du départ, puis changement de chaussette à mi course et à Champex ; objectif ; zéro ampoule ; et cela marche !

Gestion du froid : par chance la météo était au beau fixe, un collant de course, un coupe-vent, et un bonnet auraient pu ne pas suffire, en l'absence de vêtement de type gore-tex. Aucune gestion particulière n'était prévue quant à la température de mes bidons, je ne croyais pas, au contraire des récits d'autres coureurs, que l'eau très froide serait une gêne.

Je renouvelle ma suggestion aux organisateurs. Vous voulez durcir la course ? Supprimez les bâtons.

De ce fait de nombreux points de règlement qui n'ont pas été respectés le seront de facto. Ainsi, au départ, les bâtons devaient être rangés. Pour un bon nombre ce n'était pas le cas. Certains trailers inexpérimentés relevaient les bâtons sur les côtés ce qui constituait un comportement dangereux là aussi répréhensible dans le règlement. A plusieurs reprises j'ai dû dire "bâtons" pour tenter de prévenir un coup.

Infraction au règlement non constatée perso mais lue dans le forum utmb, des concurrents ont été vus à des moments sans puis avec. Lu également, un trailer voulait laisser ses bâtons dans un des sacs de ravito : interdit !

Innovation très bonne de l'organisation : le gobelet en plastique à utiliser à partir du Lac Combal pour diminuer les déchets. J'étais sceptique au départ parce que je me disais que l'on perdrait moins de temps en prenant directement les gobelets servis, mais finalement cela s'est très bien passé.

 

En l'absence de road book, je pars avec le détail en chiffres par étapes du parcours, sur lequel j'ai indiqué mes différents temps de passage de l'année dernière. Très utile pour maîtriser mon allure et avoir des repères.

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DEPART

18h30, le compte à rebours a commencé sur la musique de Vangelis (Conquest of Paradise), le vacarme de l'hélicoptère qui survole cette marée humaine prête à en découdre avec le programme dantesque, le bruit de la foule surchauffée, ambiance Tour de France, si si ! mais quand faut y aller faut y aller.

5...4...3...2...1... c'est parti ...

Placé bien loin de la ligne de départ, ce n'est qu'après quelques minutes que le premier mètre de course est franchi.

Le flot de trailers est encore congestionné pour plusieurs centaines de mètres dans les rues de Chamonix, c'est tout de même bon de profiter de ces clameurs d'encouragement, de ces vivats.

 

1) CHAMONIX SAINT GERVAIS 21 km Dénivelé + 937 m dénivelé - 1 165 m

Enfin il est possible de commencer à courir. Jusqu'aux Houches (8km), le parcours est assez plat, et comme de plus la barrière horaire est fixée à 8 km heure environ, il convient de ne pas tergiverser. Il faut courir, sauf dans les petites bosses montantes.

Un moustachu fait plusieurs pauses bières avec des spectateurs, il est en transe.

Il fait lourd, bien plus lourd que l'année dernière, je m'hydrate tous les quarts d'heure. Je parviens également à effectuer un petit pipi avant les Houches.

Le passage aux Houches est salué par des dizaines de spectateurs, c'est sympa, comme l'année dernière.

Mais la première ascension, celle de la Charme (pente 12 %) démarre. Position marche. A bon rythme, comme tout le monde d'ailleurs.

Un espagnol nous double à vive allure, mais son allure n'est pas constante. Je lance un "venga venga". Cela provoque une petite discute sympa avec un autre trailer.

L'année dernière, un lacet un peu long avait été coupé par de nombreux concurrents. Surprise, cette année, la route officielle passe par ce même raccourci. Voilà la solution, pour ne pas couper, on passe par les raccourcis, plus de problème !

J'aurais quand même bien aimé constater ce qui se serait passé cette année si le tracé avait été identique sur cette portion, avec toutes les histoires de charte.

L'effet de la chaleur se fait ressentir dans la montée, j'ai l'impression d'être "moins facile que l'an passé".

Heureusement ou malheureusement, bouchon à un point de contrôle avant le col, c'est l'entonnoir. Mais cela permet de récupérer, ce n'est pas plus mal.

 

Passé la Charme (km 14,9 altitude 1 799 m), place à la première descente digne de ce nom (pente 17 %). Les genoux et les muscles des cuisses sont servis. La nuit est tombée, place à la frontale.

Je n'ai pas mon temps de passage à la Charme, comme de nombreux concurrents d'ailleurs. L'organisation m'a répondu par mail que des concurrents, pressés de passer, étaient passés à côté des barrières et des contrôleurs. Je leur ai répondu que je pensais plutôt à une défaillance de leur machine, car pour ma part un bénévole m'a bien ausculté mon dossard (où une puce s'y trouve derrière) avec sa machine portable.

De nombreux concurrents se sont arrêtés pour mettre une veste, je pense que c'est trop tôt. En effet, j'en verrai de nombreux s'arrêter à nouveau pour se dévêtir cette fois. Pour ma part, ce n'est qu'à la Balme, donc bien plus loin

La descente est moins facile que l'année dernière. Enfin, c'est moi qui suis moins facile. Et pourtant la pente aurait été allégée par rapport à l'année dernière.

Arrivé à Saint Gervais en 3h31 (à deux minutes près le temps de l'année dernière !), il est 10 heures du soir, classement (je ne le saurais qu'après l'arrivée 1 717 ème), 6 km/h de moyenne. Je n'ai aucune idée de mon classement, peu importe.

Cette année j'ai décide de maîtriser mes arrêts au stand, en chronométrant mes arrêts. 6 mn pour celui de Saint Gervais.

Coca, banane, orange, du sucré pour l'instant. Il faudra essayer la soupe aux contamines.

Le speaker est désolant. Il a repéré un numéro de dossard, genre 600 et quelques et dit "oh là là mais il est en retard par rapport à l'année dernière" pff .. pas besoin d'en rajouter.

 

2) SAINT-GERVAIS LES CONTAMINES 9,9 km total 30,9 km Dénivelé + 516 m dénivelé -163 m

Le parcours est roulant. Dès que cela ne bouchonne pas (parfois) et lorsque la pente ascendante n'est pas trop marquée, il faut courir. J'ai l'impression de continuer à doubler.

Les sensations sont bonnes.

En revanche, ma lampe frontale Petzl de base n'est pas d'une forte intensité, ce que je peux facilement comparer avec les autres points lumineux de coureurs. Bon, c'est comme l'année dernière, tant pis.

Le chemin de randonnée est très roulant, le sol est parfait, et la nuit étoilée est magnifique.

Je pense au chien qui m'avait accompagné sur une bonne partie du parcours l'année dernière quasiment jusqu'aux contamines. Mais cette année pas de chien.

Arrivée aux Contamines (altitude 1160 m) à minuit moins le quart, toujours autant de cohue au ravitaillement.

Temps de passage 5h12', 5 mn en avance par rapport à l'année dernière avec 1 km en plus. 5,9 km/ sur le tronçon. La barrière horaire est en 6h15, j'ai donc maintenant 1 heure de marge.

Côté classement, 1 625 ème, soit plus de 92 positions gagnées, l'année dernière j'en avais gagné 264 sur le même tronçon, ce qui n'est pas cohérent.

Pause pipi sans problème, soupe, quelques biscuits, et c'est reparti.

 

3) LES CONTAMINES LA BALME 8 km total 38,9 km Dénivelé + 556m Dénivelé - 10 m

C'est ensuite le début d'une longue ascension qui va nous mener de 1160m à 2433 m au refuge de la Croix du Bonhomme.

L'allure est très bonne, jusqu'au début à proprement parler de l'ascension, où là ça coince un peu. Je ressens le même problème qui avait suivi l'éco trail de paris, une gêne au niveau de la hanche droite, comme si cela coinçait. A surveiller.

Au milieu, le ravitaillement de La Balme (altitude 1706m), à près d'1h30 du matin, sorte de refuge, où, comme d'habitude, les bénévoles, malgré l'heure tardive, sont d'humeur joyeuse. L'ambiance est détendue.

Temps de passage 6h54mn, soit 4,7 km/h sur le tronçon contre 5,3 l'année dernière. Sur le coup je ne m'en rends pas compte au niveau des chiffres, mais en sensations je ne me suis pas senti trop bien sur le début de la montée. Et ce n'est que le début !

Classé 1341ème, ma progression se poursuit à très bon rythme, 284 coureurs dépassés en 8 km. Et pourtant je suis moins rapide que l'année dernière, étrange.

Les premiers signes de fatigue sont apparus, les étirements me le confirment.

Les températures sont plus fraîches, je sors mon coupe-vent. Une bonne soupe pour me réchauffer, et du salé.

Les pentes beaucoup plus dures du Col du Bonhomme nous attendent.

4) LA BALME LES CHAPIEUX 10,9 km total 49,8 km Dénivelé + 730 m Dénivelé - 930 m

Là l'ascension est lente, à cause de la pente, moins de bouchons par rapport à l'année dernière. Les passages sont étroits. Tout le monde au même rythme.

C'est moins glissant que l'année dernière.

Enfin le col du bonhomme, mais l'ascension n'est pas terminée pour autant, encore près de 2 km vers le refuge situé 100 m plus haut.

Puis la très longue descente (pente 19%), environ 900 m de dénivelé sur 5 km. Là l'erreur devient encore plus fatale, de nombreux endroits sont très glissants. Certains tombent sous mes yeux, il faut rester vigilant à tout instant.

Descente moins facile que l'année dernière, mais je me force et j'insiste pour garder le rythme des autres coureurs.

Pour l'instant mes rotules tiennent, je ne ressens pas de douleur.

Le chalet des Chapieux (altitude 1549m) est enfin visible en bas, j'y parviens à 4h14 du matin, en 9h33 mn (en avance de 11 mn par rapport à l'année passée), avec une vitesse cumulée de 5,2 km/h. Les chronos fournissent du 2,16 km/ dans la montée et du 7,4 km/h dans la descente. Je suis surpris de tels écarts, bigre, j'ai été vraiment lent dans la montée.

La barrière horaire étant fixée à 6h15 du matin, j'ai accru ma marge à 2h00. L'année dernière c'était 2h15 au même point.

Classement 1355 ème, j'ai perdu 4 places, l'année dernière j'en avais gagné 67.

15 minutes pour me ravitailler, une compote, du sucré, pas de soupe, je me dis que c'est pas forcément bien vu.

Quelques courbatures, pas sommeil, allez faut repartir, direction l'Italie.

 

 

5) LES CHAPIEUX Lac Combal Ravitaillement 14,2 km total 64,6 km Altitude + 1001m Altitude - 515 m

Impressions sur vidéo prise "pfff .. je sais pas trop dire ...quand même limite au niveau condition physique générale ...pas trop de dégât encore .. on en saura plus au col de la Seigne".

Le début est roulant, je ne parviens pas à courir sur le faux plat, ce qui était le cas l'année dernière, mais mon allure est bonne, je double.

Et puis les pentes du Col de la Seigne (altitude 2 516m, dénivelé positif de 1000 m !!! pente de 15%) arrivent, terribles, là plus question de courir. Ce sont les lacets de l'Alpe d'Huez, le public en moins, l'aube est proche et la température bien plus frisquette.

Arrivé en haut en 11h58, il est 6h30 du matin, ça y est c'est l'Italie ! Vitesse du tronçon 4,26 km/h, classement 1135 ème, j'ai gagné 220 places, à mon avis plus en repartant vite des Chapieux que dans La Seigne.

Pas besoin de récupérer assis au sommet comme l'année dernière, je me sens un peu mieux que l'année dernière, je peux continuer, même si je me sens fatigué.

 

Le ravitaillement au Lac Combal (altitude 1970 m) est atteint en 12h46mn, après une descente de 546 m de dénivelé, il est 7h16 du matin, j'ai maintenant 2h45 d'avance sur la barrière horaire c'est très bien.

C'est une superbe journée qui démarre, elle va être chaude, je le sens je le crains. Mon souci à la hanche a disparu, sais pas dire pourquoi.

La barrière horaire est encore repoussée, car fixée en 15h30, soit 2h30. Je suis un peu déçu, je pensais que j'aurais plus de marge, c'est un combat permanent contre la montre.

Classement 1120 ème, j'ai gagné 15 places.

Déjà une nuit blanche, mais le sommeil est loin, une longue journée démarre. Et dire que dans l'après-midi les premiers vont en finir.

Lac Combal, début de l'autonomie en gobelet. Ravitaillement express, 10 minutes.

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6) Lac Combal Ravitaillement Col Chécrouit 8,4 km total 73,0 km Dénivelé + 490m Dénivelé -507m

La remise en route est facile, c'est une ligne droite qui longe le lac Combal.

Extrait de la vidéo que j'ai prise "alors .. euh .. on est au lac combal ...km 68 .. oui c'est ça .. n'importe quoi .. euh non 64 .. voilà ...et donc euh .. je suis à peu prêt dans les mêmes temps que l'année dernière mais alors j'ai des courbatures comme c'est pas possible .. alors il va falloir faire quelque chose pour Courmayeur à mes genoux".

Le quelque chose, je vois à peu près ce dont il s'agit, si je peux éviter les massages tant mieux, j'ai de la baume qui m'attend, j'espère atténuer les débuts de douleurs musculaires et tendineux. A suivre.

Dans la montée du Mont Favre (pente 20%), le soleil commence à bien se faire sentir déjà.

La montée se fait à un rythme régulier, je me contente de suivre les autres coureurs. Le Mont Favre, qui culmine à 2435m, fait partie des plus hauts sommets de cette course.

Si je ne fais plus de différence avec les autres coureurs, c'est que je commence à ressentir la fatigue de la course.

Arrivé en haut en 13h56 (vitesse du tronçon 3,4 km/h, je m'étais forcé à courir entre le ravitaillement et le début de l'ascension, sur 2 km), c'est une descente interminable vers Courmayeur qui débute, on va passer de 2435m à 1190 m, en 9 km !

Dans la descente vers le Col Chécrouit (altitude 1953 m), je me force à courir, il faut avancer. Les muscles de mes jambes sont déjà douloureux, mais les rotules ne se font pas trop ressentir, même si j'essaye de me retenir dans la descente, ce qu'il ne faudrait théoriquement pas.

Le col Chécrouit est atteint en 14h42mn, en 5,7 km/h. Je suis en avance de 25 minutes par rapport à l'année dernière.

L'année dernière il m'avait manqué des temps à certains passages. Sensibilisé à ça et n'ayant pas entendu de bip de la machine du bénévole, je retourne sur mes pas, le bénévole me dit que c'est ok, puis me rebippe et me montre mon numéro de dossard sur sa machine. Mouais. J'écris mouais car côté classement il y aura aberration.

Côté classement, 914 ème, soit une progression de 85 places depuis Combal, surprenant.

Pause de 5 minutes et c'est reparti.

7) Ravitaillement Col Chécrouit COURMAYEUR 4,2 km total 77,5 km Dénivelé + 0m Dénivelé - 763 m

 

La descente est très raide, pente de 14%.

De nombreux spectateurs nous encouragent cela fait du bien. Et puis l'idée d'avoir accompli la moitié du parcours est une satisfaction qui donne du courage.

Confirmation, les passages où les coureurs coupaient l'année dernière font maintenant partie du tracé de cette année. Voilà la solution. Ne pas tenter.

Les températures grimpent déjà, il est 10h du matin, qu'est-ce que cela va être dans les ascensions de l'après-midi ?

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Arrivée en 15h29mn (il est 10 h du matin), soit 48 mn d'avance par rapport à l'année dernière, soit 3 h de marge par rapport à la barrière horaire prévue. Vitesse du dernier tronçon 5,7 km/h. Vitesse moyenne cumulée de 5,0 km/h, c'est super.

Je récupère mon sac et effectue les opérations prévues : changement de chaussettes, massage des pieds avec la crème anti frottement (aucune ampoule détectée, ça c'est le pied !), massage de mes jambes et notamment des genoux avec de la crème de massage.

Ensuite direction la cantine pour un bon plat de pâtes et une compote de pommes. Comme l'année dernière en somme (excusez-moi pour le copié collé). Je discute avec un concurrent à table, on s'échange nos impressions.

L'arrêt est quand même long au total, 35 minutes. Mais à mon avis, comme l'année dernière, je suis en train de gagner des places.

Classement, toujours non connu au moment de la course, 1083 ème. J'aurais donc perdu quelques 169 places entre Chécrouit et Courmayeur et j'en aurais gagné 136 entre le Mont favre et Chécrouit. Pas réaliste. C'est plutôt la machine à Chécrouit qui a dû se tromper.

 

8) COURMAYEUR REFUGE BERTONE 4,9 km total 82,4 km Dénivelé + 814m Dénivelé - 15 m

Extrait vidéo à la sortie de Courmayeur : "je suis arrivé un peu en avance et je suis resté 35 minutes au ravitaillement et là j'ai du mal à repartir c'est ...c'est à pied mais pour courir c'est un peu difficile et le plus dur reste à faire".

A comparer à l'année dernière"malheureusement j'ai depuis plusieurs heures une tendinite au mollet au genou et voire à la base du pied, j'ai failli avoir une crampe aussi en arrivant sur Courmayeur, bref c'est mal barré."

Il reste encore près de 89 km à parcourir, plus de la moitié en dénivelé, et une nuit blanche.

 

C'est un véritable ascenseur, cette montée vers Bertone. Et en plein cagnard en plus. Les fontaines de la ville permettent de s'asperger d'eau pour le début. La traversée de la ville est surprenante, Chamonix est si loin, quelques applaudissements sans plus.

La montée est terrible. C'est un pas devant l'autre, l'oeil rivé sur mon altimètre qui permet de bien savoir où j'en suis.

Je suis à la ramasse. Pas de coffre, pas de souffle, pire que l'année dernière. C'est très inquiétant. La chaleur attaque mes capacités de grimper, je cuis. J'aurais dû prévoir des pastilles de sel comme au marathon des sables d'ailleurs.

En plus, le début de la montée ne se déroule pas comme prévu, un groupe d'une dizaine de coureurs dont je fais partie ne sait pas si on se trouve sur le bon chemin.

Cette montée est interminable. Ce qui me fait tenir, c'est que je me dis qu'une fois en haut, il y en a pour un petit bout de temps avant la grosse difficulté du Grand Col Ferret, cela laisse du temps pour se retaper.

Enfin le refuge Bertone (altitude 1989 m), après 17h36mn de course. Il est midi. Je suis à la limite du coup de chaud. Et la vitesse n'a pas été bonne, 2,3 km/h contre 2,8 km/h l'année dernière.. La moyenne générale chute à 4,7 km/h. C'est inquiétant.

Pourtant au classement je suis maintenant 906 ème, comme l'année dernière la progression provient de mon arrêt à Courmayeur, pas de ma progression vers le refuge Bertone.

L'ombre est rare, je récupère. C'est la mi course en nombre de kms.

 

9) REFUGE BERTONE - REFUGE BONATTI 7,5 km total 89,9 km Dénivelé + 385m Dénivelé - 354 m

Au fur et à mesure de la progression on aperçoit le Grand Col Ferret, point culminant du parcours, un monstre d'ascension, qui marque par son sommet le passage en Suisse.

J'ai du mal au début à alterner marche et course. Je me trouve juste derrière un courant d'une cinquantaine d'années, il me propose de le doubler.

Que nenni ! Je lui dis que je suis pas si bien que ça et que son rythme me convient tout à fait. Je lui assure que j'ai le sentiment qu'il m'amènera à Chamonix lol.

Du coup on papote quelque peu. Ayant récupéré, j'accélère, tout en disant à mon collègue que de toute manière dans la montée de Ferret il risque de me doubler assez vite. Ce qui sera le cas.

Pas trop de douleur articulaire, comme si mon massage à Courmayeur avait fait son effet, notamment sur mes genoux. Cela ne va pas durer.

Y a des détritus sur le parcours. Comme l'année dernière en fait. Beaucoup moins de randonneurs également.

Arrivée au refuge Bonatti en 19h18, soit 2 heures de l'après-midi. Mon avance est de 28 mn par rapport à l'année dernière, en 4,4 km/h, le rythme est correct. Classement 896 ème, j'ai un peu gagné.

Le soleil tape fort, la chaleur use les organismes.

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10) REFUGE BONATTI - ARNUVA 4,3 km total 94,2 km Dénivelé + 96m Dénivelé -347 m

 

Je parviens en bas de la montée du Grand Col Ferret en 20h29mn, 3,6 km/h sur le tronçon, ce qui n'est pas terrible puisqu'il y a beaucoup de descente. En fait comme le tronçon est court (4,3 km), le ravitaillement a pour incidence de faire chuter la moyenne sur le tronçon.

Barrière horaire à 3h30.

Car au classement je serais maintenant 824 ème, j'ai quand même gagné 72 places, c'est donc que j'ai avancé. A mon avis y en a qui y laissent des plumes avec cette chaleur aux ravitos.

Qu'est-ce qu'il fait chaud. Contrairement à l'année dernière, pas de nuage sur le Ferret, la chaleur est exténuante.

Je retrouve deux collègues, ils vont tracer sur le Ferret. Je vais aller à mon rythme.

Le ravito est expédié.

 

ARNUVA - GRAND COL FERRET 4,6 km total 98,8 km Dénivelé + 768 m Dénivelé - 0m

La montée est raide de chez raide. Encore un ascenseur. La progression est lente, très lente. Je suffoque.

Un énorme lacet. Tout le monde avait coupé l'année dernière. Du coup cette année le tracé est direct. Pff.

Je suis obligé de faire des pauses de 1 minute tous les 100 m de dénivelé. On me demande si je vais bien. Oui je gère. C'est dur.

10._samedi_vers_col_ferret_bis.jpg

Montée en 2,5 km/h, pire que l'année dernière. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi, alors que je me suis plutôt entraîné sous des températures élevées, pourquoi je défaille ainsi.

Altitude au sommet 2537 m, en 22h18mn, il est 5 heures de l'après-midi. Classement 846 ème, j'ai perdu des places, c'est plus que logique.

Pas de ravito, au boulot ! Et nous sommes en Suisse, bye bye l'Italie.

 

11) GRAND COL FERRET - LA FOULY 9,3 km total 108,1 km Dénivelé + 30 m Dénivelé - 974 m

Le parcours a été modifié par rapport à l'année dernière entre La Peule et La Fouly. On ne descend plus directement en bas pour rejoindre la route (apparemment pour éviter des convoyages sauvages) mais on transite sur le versant. C'est donc encore plus dur.

Je me remets à trottiner, enfin je me force à trottiner, parce que cela tire et le genou fait mal.

Au passage, le ravito à la peule a été supprimé, c'est donc 14 km sans ravito qu'il faut avancer.

Mon genou droit me fait (enfin) mal, mais par rapport à l'année dernière pas trop de souci à ma malléole gauche. En fait elle aura également pris du volume mais sans frotter douloureusement avec ma chaussure. Pas besoin de la charcuter comme l'année dernière donc.

La descente finale sur La Fouly est super pentue, cela fait bien mal. Je suis pas loin de me dire que je vais abandonner.

C'est interminable pour arriver à la Fouly.

J'arrive au ravitaillement de La Fouly (altitude 1593m), peu après 18h30, en 24h11, à 10 mn près en avance sur l'année dernière. en 4,9 km/h, cela relève un peu la moyenne générale à 4,5 km/h. J'ai de la marge, 4 heures sur la barrière horaire. Position 847 ème, stable.

Je manque d'appétit, le coca ne passe pas trop. C'est embêtant. Je m'alimente peu. Je fais tomber ma poudre énergétique sur mon sac, c'est pas malin. Un bénévole me dit "heureusement que c'est pas de la coke .. lol".

Je passe trop de temps au ravito, 35 minutes. C'est que je ne suis pas très bien.

J'entends "bus pour Champex dans 10 minutes". Et là je me dis, voilà, ce serait facile, tu abandonnes, tu montes dans le bus, t'arrives à Champex, et puis tu reprends un bus vers Chamonix. Oui mais pas d'endroit pour dormir ce soir, allez ouste, faut continuer. Pas de ça. T'es là pour en chier. Alors faut avancer maintenant.

J'applique la même tactique que l'année dernière. En cette fin de journée, je vais écouter de la musique et essayer d'aller le plus vite pour rallier Champex.

 

12) LA FOULY - CHAMPEX LAC 14,7 km total 122,8 km Dénivelé + 533 m Dénivelé - 649 m

La dance music de mon portable m'aide à avancer, je double tant que c'est assez plat. Et puis le terrain de jeu est plus compliqué, alors là je me contente de suivre, à coup de marche forcée. Ce n'est que lorsque la descente vers Praz de Fort arrive que je me remets à courir.

J'ai l'impression d'être passé là plein de fois, alors que ce n'était qu'une fois, l'année dernière. Et j'ai l'impression que c'était hier. Ce sont des moments tellement prenants que cela doit donner cette impression.

Le soleil s'est couché, la luminosité faiblit.

Je parviens à Issert (altitude 1055m), point de départ de la montée vers Champex. Là, la nuit est vraiment tombée, je suis content, j'ai bien avancé, je range la musique, sors la lampe frontale, et repart en marchant.

A ce stade de la course, je suis parfois seul dans ma progression, et, très franchement, le balisage n'est pas terrible. C'est peut-être moi qui suis fatigué également. Se méfier du décalage entre sensations et réalité. Il faut être vigilant, repérer les maigres signes. Après plus de 26 h d'effort, cela n'aide pas.

Sur le sol, ma lampe éclaire le passage d'araignées.

Champex n'est pas loin, l'année dernière je m'étais trompé de route pour arriver au ravito, pas de ça cette année.

Arrivée à Champex (1477 m d'altitude) en 27h26 (27h32 l'année dernière !!!), 10h du soir, 4,5 km/h sur le tronçon, c'est dire que j'ai effectivement avancé à bonne allure avant la montée. La moyenne générale est toujours à 4,5 km/h.

Classement 789 ème, en légère progression de 58 places encore, sans doute les abandons à La Fouly. La barrière d'élimination est loin, 5h.

La fatigue est là. Je récupère mon sac et commence par me restaurer. Mais l'appétit n'y est pas, je parviens difficilement à avaler mon plat de pâtes. J'ai perdu mon gobelet, suis obligé de quémander un gobelet en plastique que je vais conserver pour le reste de la course.

Il faut pas traîner. Là encore, la tentation d'abandonner est forte. Je vois un concurrent dormir, moi aussi j'ai très sommeil. Je pourrais me poser là, dormir, puis prendre le bus vers Chamonix.

Pas de changement de chaussettes, pas de changement de tee shirt, parti pour parti. Je me masse juste un peu les genoux, c'est le genou droit qui douille. Je suis dans le dur. Je jette un oeil, il a doublé de volume, et le côté du genou est rouge.

C'est comme si la douleur et les chocs avaient à force rougi tout ça, comme le fer à la forge. Humm, faut vraiment pas trop traîner ici.

Je sais que continuer, cela veut dire en quelque sorte que je suis en train de bousiller mon genou, jusqu'à quel point je sais pas, mais tant pis, en espérant que le point de non-retour ne sera pas atteint encore cette fois.

35 minutes au ravito, un petit pipi, et ouste. Dehors !

Je me dis que j'en ai ras le bol, mais qu'avec l'avance sur les délais je peux terminer en roue libre, à mon rythme, tant pis si je mets 42, 43, 44 heures. Finir.

 

13) CHAMPEX LAC - BOVINE 9,2 km total 132 km Dénivelé + 704m Dénivelé - 194m

Au début les pentes ne sont pas trop fortes.

Mais la montée vers Bovine (1987 m) propose des pentes très raides, avec de nombreux passages plutôt techniques sur des cailloux.

Un gruppeto se forme. Il y a deux couples d'espagnols et 3 autres concurrents. Je m'intercale et me force un peu à aller à leur rythme.

Bien m'en prend. Je me sens mieux vers la fin de la montée et accélère le rythme.

Vais-je pouvoir gagner du temps dans la descente, alors que l'année dernière j'étais en perdition ? C'est fort possible.

Enfin nous quittons la forêt, le ciel étoilé s'offre à nous. Le ravitaillement (léger) est là, j'y parviens en 30h40mn, à 1 heure du matin, soit 9,2 km en près de 3h14, du 2,9 km/h. La moyenne générale est maintenant de 4,3 km/h.

Classement 654 ème, j'aurais gagné 135 places depuis Champex. L'effet ravitaillement court et abandons.

 

14) BOVINE - TRIENT 6,2 km total 138,2 km Dénivelé + 74 m Dénivelé -761 m

Je suis impatient d'en découdre avec cette descente qui m'avait fait si mal l'année dernière.

Avant d'entamer la descente, la course se poursuit sur un plateau. Mince, je mets mon pied dans une flaque pfff. Cela séchera.

La vue sur la vallée du Rhône offre des multitudes de points lumineux, la civilisation n'est pas loin, l'arrivée non plus ?

Puis la descente commence. Bon rythme, je fais mieux que trottiner, même si mon genou droit me fait mal, je double même quelques concurrents, pas trop non plus. en tout cas ce n'est pas comme l'année dernière.

Je ne reconnais pas trop la partie basse du parcours, excepté la descente finale sur Trient, où je m'étais trompé de chemin l'année dernière au moment de traverser la route.

Arrivée au ravito de Trient (altitude 1300m), en 32h12mn, soit en 4 km/h, c'est mieux que les 2,9 de l'année dernière !

Classement 662 ème, j'ai perdu quelques places. pourtant, je comprends pas trop à posteriori.

Il est 2h45 du matin j'ai sommeil, je n'arrive pas à bien m'alimenter. Il n'y a que des bouts de fromage sur des biscuits salés qui semblent passer. J'en prends 3. Sinon le coca c'est définitivement pas pour moi. Je me rabats sur leur boisson énergisante couleur grenadine. 10 minutes au ravitaillement.

Vais-je avoir des hallucinations comme l'année dernière dans la montée de Catogne ?

15) TRIENT - VALLORCINE 10,4 km total 148,6 km Dénivelé + 788m Dénivelé -828 m

Tiens à la sortie du ravito un escalier en plus d'une vingtaine de marches qui n'y était pas l'année dernière.

Je suis à nouveau lent dans la montée vers Catogne (2011 m) avant-dernier sommet important (800 m d'ascension pente de 15%), d'autres coureurs me passent.

Extrait vidéo dans la montée "pour l'instant il est 3h55 ...bah je suis tout seul ...donc euh une ascension de 700 m de dénivelé jusqu'à 2000m .. et aujourd'hui j'ai pas été terrible dans les ascensions mais j'ai quand même réussi à prendre de l'avance...j'ai des petites blessures mais moins graves que l'année dernière malgré les coups de barre pour les montées en chaleur".

Cette année pour hallucination je vois des animaux partout, en fait ce sont des buissons par exemple que je transforme en bête. Ah si aussi avant la montée vers Bovine, j'étais persuadé qu'il y avait un tas sur le chemin, une sorte de meule en forme de cône, en fait c'était juste le chemin.

Je lutte quand même aussi contre le sommeil.

Je passe le sommet en 34 heures 36, soit vers 5 heures du matin, vitesse du tronçon 2 km/h, cela me semble bien faible.

Classement 619 ème, 43 places de gagnées par les abandons de Trient. Je perds des places dans la descente qui suit.

Je me fais doubler par pas mal de monde, j'ai du mal à ne pas tomber, je ne sais pas comment font les autres.

J'arrive à Vallorcine (altitude 1260m) à 6h30 heures du matin en 36h, à une vitesse de 4 km/h. La moyenne générale est maintenant passée à 4,1 km/h.

Classement 630 ème, j'ai peu perdu de places, 11 seulement. Je me suis fait doubler pourtant par des trains entiers. Difficile à comprendre.

Le jour se lève. Au ravito, je ferme les yeux 2 minutes. Seuls quelques bouts de fromage peuvent être avalés. Et mes pralines. Heureusement qu'elles sont là. 10 mn au ravito et c'est reparti.

 

16) VALLORCINE - LA FLEGERE 11 km total 159,5 km Dénivelé + 983 m Dénivelé -366 m

Direction le Col des Montets tout d'abord, altitude 1461m. Je suis dans le rythme des autres coureurs.

13._dimanche_matin_vers_tete_au_vent.jpg

Et puis c'est l'ascension vers la tête aux vents. La dernière. Terrible. Sommet à 2130m, 700 m de dénivelé. Des escaliers de cailloux, cela me fait penser à la Réunion avec les rivières de cailloux. Avec le genou en vrac et des douleurs partout pas facile d'aller bien vite.

Heureusement il fait moins chaud que la veille, il y a même quelques gouttes de pluie au début de l'ascension, mais cela ne va pas plus loin.

J'ai l'impression de me faire doubler par tout un régiment. Le moral chute. Mais qu'est-ce qu'ils foutaient avant ?

Là encore je me repose tous les 100 m de dénivelé.

Je parviens au sommet en 38h48, il est 9h15 du matin. Vitesse du tronçon 2,64 km/h. Je ne veux pas prendre le risque de me blesser à la cheville ou autre, ce serait terrible de ne plus pouvoir avancer du tout si proche de l'arrivée.

Bizarrement au classement 637 ème. Seulement 7 place de perdues depuis Vallorcine alors qu'il n'y a eu que très peu d'abandons à Vallorcine. Là après coup c'est incompréhensible. Et si en fait ceux qui me doublaient avec un dossard avaient en fait abandonné plus tôt ? Pas impossible car dans la descente j'ai reconnu quelque qui m'a doublé en trombe mais qui n'est pas classé.

Je m'attendais à ce que cela descende aussi sec. Mauvaise surprise, c'est comme si on était sur un plateau avec plein de cailloux, avant que cela descende, il y a quelques kms à faire sur le plateau. Bouh, je maudis le parcours.

Mais maintenant je me fais moins doubler, j'ai accéléré mon rythme.

Arrivée à La Flégère (altitude 1877m). Problème, mon chrono n'apparaît pas. Il n'y a que 4 cas dans mon cas. L'organisation m'a dit par mail que cela ne faisait pas de moi un tricheur. N'empêche que celui qui passe pas à un point de contrôle en est bien un, donc c'est gênant de ne pas avoir de chrono à un point de passage. L'organisation m'a assuré par mail que comme j'avais été contrôlé à la tête au vent, difficile de pas passer par la flégère. Certes, surtout que c'est la première fois de ma vie que je passe par là. Mais j'ai vérifié il y a 10 concurrents qui n'ont pas de chrono à la tête au vent. Et si j'avais été dans ce cas également ? Pfff, comme quoi même en étant sensibilisé par rapport à l'année dernière il y a eu des ratés. Surtout qu'à la flégère pas de souvenir qu'il y ait eu un problème.

 

17) LA FLEGERE- CHAMONIX 7 km total 166,4 km Dénivelé + 0m Dénivelé -842 m

Bon, là le terrain de jeu s'améliore. C'est trop pentu pour vraiment accélérer mais je peux trottiner un peu plus vite.

Aucune idée du kilométrage restant, mais peu importe, je sais que je vais terminer, et cette idée me remplit de bonheur.

Je me fais encore doubler, j'attends avec impatience de retrouver une pente quasi nulle pour pouvoir enfin lâcher les chevaux, car mon genou et mes courbatures me font trop mal pour l'instant.

Un randonneur annonce que je suis presque au bout de la pente, yessss.

J'accélère enfin, je me mets à nouveau à doubler quelques concurrents.

La fin du parcours a été totalement modifiée par rapport à l'année dernière, aucune idée de ce qui reste à parcourir. Je demande à des passants ce qu'il reste et je leur dis que j'espère que c'est bientôt parce que je suis en train de me mettre dans le rouge. Faudrait pouvoir poursuivre sur ce rythme jusqu'au bout.

Enfin le centre de Chamonix, je reconnais le parcours. Plus que quelques centaines de mètres, c'est le moment de faire le show. Il est 11 heures du matin passé, une bonne heure pour arriver à Chamonix, il y a du monde. Les passants massés derrière les barrières m'applaudissent, je lève les bras et les encouragent à m'applaudir encore plus fort, ils suivent, j'applaudis moi-même comme pour remercier l'ensemble des organisateurs, des bénévoles, des passants. Un concurrent sprinte littéralement et me dépose (alors que j'avais l'impression de courir assez vite quand même), je ne m'en occupe pas.

C'est un bonheur immense de finir.

19._km166_arrivee_bis.jpg

Toutes ces souffrances, tous ces sacrifices. Ils disparaissent à l'approche et au passage de la ligne d'arrivée, ils sont comme pardonnés dans ce final grandiose qui est un moment exceptionnel.

40h52mn, 632 ème, 4,1 km/h, grâce à un dernier tronçon à 5,0 km/h.

Même vitesse moyenne que l'année dernière. Heureusement que je l'avais fait l'an passé, j'ai pu calquer ma course sur mes temps de passage de l'année dernière. Je ne sais pas si j'aurais eu le courage de terminer cette année sinon.

 

Premiers éléments de récupération : aucune ampoule, après une semaine je marche presque normalement, le genou se fait ressentir mais je pense reprendre le sport normalement dans une semaine, j'ai bien récupéré.

Merci de m'avoir lu.

Bon courage et bonnes courses.

Olivier

4 commentaires

Commentaire de Bouh posté le 08-09-2008 à 21:56:00

Super CR !
Chapeaux bas d'avoir terminé et en plus sans entrainement type trail !
Bravo ! un modèle de volonté !

Commentaire de frankek posté le 09-09-2008 à 11:31:00

whouaa...!! génial ton réçit ! bravo por ta course
c'était difficile mais une fois qu'on arrive c'est magique !!! récupère bien

Commentaire de Hippolyte30 posté le 22-09-2008 à 14:48:00

Bravo ! Tu as lutté pour ne pas monter dans les bus...car tu n'avais pas de chambre à Chamonix...Tu n'es donc pas un mauvais coucheur mais un bon trailer. Merci pour ton CR plein d'astuces.

Commentaire de sarajevo posté le 17-10-2008 à 13:23:00

super recit ... j'etais dans les montagnes en te lisant. Bravo pour ta perf et ton finish ..
a+
pierre

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