Récit de la course : Ultra Trail du Mont-Blanc 2019, par redgtux

L'auteur : redgtux

La course : Ultra Trail du Mont-Blanc

Date : 30/8/2019

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 612 vues

Distance : 171km

Objectif : Terminer

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UTMB, le retour !

 

Il est bientôt 17h30, je viens de rentrer dans le sas de départ de l'UTMB. Je pensais que deux ans après, l'émotion se serait quelque peu calmée mais c'est toujours les larmes aux yeux que je dis au-revoir à ma femme. Une averse s'est invitée sur le départ, heureusement je me suis trouvé une place assise sous un parasol ce qui me permet de rester au sec et de préserver mes forces au maximum. Du coup je sais que je partirai en fin de peloton mais ce n'est pas très grave.

 

Mon premier UTMB c'était il y a deux ans : la météo était exécrable mais je m'en étais plutôt pas mal sorti en un peu moins de 40h de course.

C'était suite à cette course que nous avions décidé, ma femme et moi, de nous lancer dans un autre ultra à savoir celui de la parentalité. C'était d'ailleurs l'objectif secret associé à cette course.

 

Deux ans après, ça a marché. J'ai un charmant bambin qui fait du trail à 4 pattes dans toute la maison et pour le moment je me débrouille pour concilier trail et papa. L'UTMB de toutes façons je savais que j'y reviendrais une deuxième fois, histoire d'avoir une météo un peu meilleure et, pourquoi pas, d'améliorer mon temps.

 

Mais revenons à la course, l'ambiance monte sur la ligne de départ, le rituel traditionnel est lancé et, une fois l’averse terminée, je me positionne enfin dans la masse compacte des coureurs. Ma famille sera sur la droite au départ, pas question de partir sans avoir fait un bisou à bébé... et aux autres ;-). Je me retiens de verser une petite larme sur les notes de Vangelis puis c'est enfin le départ tant attendu à 18h00. On nous a annoncé une belle météo, chaude même, et nous partons sur le parcours normal au complet (ce qui n'est arrivé que 3 fois depuis que la course existe).

 

Au pas dans les rues de Chamonix je cherche ma petite famille, et bingo ! J'ai même droit à un gros câlin de mon fiston ! Cette année, nous sommes encore venus en nombre : parents, beaux-parents, ma femme et mon fils. Il y a deux équipes d'assistance : une pour moi qui circulera avec les bus de l’organisation et une pour bébé histoire de libérer un peu maman...

Après un au-revoir à toute mon équipe d'assistance je repars pour me lancer pour de bon dans ma course.

 

Pas grand-chose à dire sur la première portion de course : un peu moins de 10km en descendant vers les Houches. Comme il y a deux ans le trafic de coureurs et de supporters est dense et le rythme très soutenu pour un ultra. En arrivant aux Houches je suis pile dans mon plan de course, qui est le même qu'il y a deux ans.

 

Les Houches (8km), Vendredi à 18h53 - 1605e

 

Nous attaquons ensuite la première petite montée du Deleveret, enfin petite c'est telle qu'elle était dans mes souvenirs. Si elle n'est pas très longue elle est en revanche assez pentue par moments : un piège pour fatiguer prématurément le coureur parti trop vite. C'est la même chose pour la descente qui suit vers St Gervais : courte mais très pentue sur des pistes de ski. Coté météo, l'air est chargé d'humidité et je transpire beaucoup alors attention à ne pas se déshydrater.

 

Arrivé à St Gervais, deuxième ravitaillement, je retrouve ma petite équipe qui est là pour me soutenir moralement. Tout va plutôt bien et je suis toujours dans les temps de mon roadbook qui prévoit une arrivée en 35h. Je ne compte pas finir aussi vite car je n'ai pas l'entraînement que j'avais il y a deux ans : la grosse différence, vous l'aurez compris, c'est que côté entraînement il faut gérer avec bébé qui reste la priorité numéro 1. Quand je compare ma préparation il y a deux ans avec cette année, cela manque cruellement de sorties longues et de courses préparatoires. De plus cette année, j’enchaîne UTMB et Diagonale des fous et il faut que je me préserve car il n’y a qu’un mois entre les deux courses.

 

St Gervais (21km), Vendredi 20h54 - 1205e

 

Après un arrêt rapide à St Gervais je repars vers les Contamines. C'est une longue étape en légère montée où l'on passe d'un côté à l'autre de la vallée. Connaître le chemin va m'aider à m'économiser sur cette portion. Une fois arrivé aux Contamines c'est aussi bondé qu'il y a deux ans. Avec l'aide de Manue je passe en mode nuit pour démarrer la course "réelle". 

 

Les Contamines (31km), Vendredi 22h39 - 1184e

 

En effet, après quelques kilomètres de chemin facile jusqu'à Notre Dame de la Gorge on entre de plain-pied dans la montagne. Le contraste m'avait saisi il y a deux ans, c'est pareil cette année à la différence que cette fois-ci mon assistance n'a pas réussi à venir jusqu'ici avant moi. Nous nous reverrons donc à Courmayeur, ce qui me laisse seul pour une première nuit dans la montagne.

Pour gérer au mieux ces deux nuits à passer en montagne je répète une stratégie qui marche bien pour moi : dormir peu mais souvent et ce dès le début de la course. Je suis d'autant plus vigilant sur ce point que suis parti avec une dette de sommeil, due vous l'aurez deviné à mon rôle de papa… 

 

Après Notre Dame de la Gorge nous attaquons une longue montée jusqu'à la Croix du Bonhomme, avec une pause ravitaillement à la Balme. 

 

La Balme (40km), Samedi 00:37 - 1259e

 

Il y a deux ans c'est là que j'avais commencé à prendre du retard sur mon roadbook. Rebelote cette année mais cela ne me travaille pas plus que cela. Par contre cette année pas de coup de mou une fois à la Balme, c'est bon signe ! Je profite même d'un énorme morceau de pastèque pour me réhydrater avant de repartir à l'assaut du col de la Croix du Bonhomme. C'est long, un peu technique mais quel plaisir de profiter du paysage et de cet immense serpent de frontales dans la nuit. C'est beaucoup mieux que le brouillard et le vent d'il y a deux ans. 

Si seulement le Danois devant moi pouvait éviter de péter bruyamment toutes les 5 minutes ce serait parfait ;-).

 

Refuge de la Croix du Bonhomme (45km), Samedi 02:14 - 1226e

 

Col du Bonhomme, refuge de la Croix du Bonhomme... Je connais le circuit mais je n'ai pas de sensation de monotonie pour le moment. La descente vers les Chapieux, dernier ravitaillement français avant l'Italie, est la première longue descente du parcours. Je n'y ai pas de très bonnes sensations : je cours mais les jambes ne répondent pas comme elles devraient, surtout aussi tôt dans la course.

 

Les Chapieux (50km), Samedi 02:59 -> 03:23 - 1198e

 

Aux Chapieux je prends une bonne pause : soupe, sieste et pipi car je sais que le suite va être éprouvante. En effet, il nous faut monter au col de la Seigne pour passer en Italie, une montée peu technique mais trèèèèèèèès longue jusqu'à 2500m. Dans la montée le moral n'est plus au beau fixe : je sais que c'est dû en bonne partie à la fin de nuit et que l'aube va me redonner un peu la pêche, mais cette montée est vraiment plus longue que dans mes souvenirs. En plus derrière nous enchaînons sur le col des Pyramides calcaires, un passage réputé technique que je ne connais pas.

 

Col de la Seigne (61km), Samedi 05:46 - 1187e

 

Le soleil se lève peu après mon passage au col de la Seigne. Bonjour l'Italie ! Le serpentin de coureurs devant moi m'indique le chemin à suivre : on descend pour remonter ensuite et passer derrière deux immenses pyramides rocheuses. C'est une très belle portion qui donnerait presque une touche "Belledonne" à l'UTMB, mais sans être aussi technique.

 

Arrivé au ravitaillement suivant, au lac Combal, j'ai pris beaucoup de retard sur mes temps d'il y a deux ans, et je sais que cela va continuer car je ne peux pas tenir le même rythme sur le parcours "normal". Je passe alors au plan B : garder deux heures d'avance sur les barrières horaires.

 

Lac Combal (68km), Samedi 7:42 - 1309e

 

En repartant du lac Combal, le moral n'est toujours pas au beau fixe et je dois déjà puiser dans mes réserves mentales pour continuer. Je pense à Courmayeur et à mon équipe qui m'attend là-bas. J’ai également quelques routines de motivation impliquant ma famille, bébé, les potes, les avions… Pourtant j'ai l'impression d'avoir déjà bien entamé mon capital alors que je suis encore loin de la mi-course.

 

Col Chécrouit (76km), Samedi 09:41 - 1234e

 

En prévision du ravitaillement bondé de Courmayeur je fais un arrêt au col Chécrouit pour manger. L’ambiance est plutôt sympa et cela me redonne un peu le moral. Ensuite j'attaque la descente vers Courmayeur. Elle est aussi dure qu'il y a deux ans malgré l'ajout de marches par endroits mais je m'en sors plutôt mieux que prévu en doublant dès que c’est possible.

 

Arrivé à la base vie de Courmayeur, je me change avec l'aide de Manue et fait une bonne sieste en essayant de ne pas perdre trop de temps. En effet je ne suis pas en risque pour le moment mais je dois surveiller les barrières horaires. Je donne un peu le change pour ne pas montrer mon moral "réel" devant l'équipe d'assistance en sortant du ravitaillement : inutile de les alarmer, et puis un peu de méthode Coué ne peut pas faire de mal.

 

Courmayeur (81km), Samedi 11:07 - 1114e

 

La montée qui suit, vers Bertone, va être terrible pour moi : nous sommes en plein cagnard et je n'ai pas d'énergie. Encore une montée qui va me paraître beaucoup plus dure que dans mes souvenirs. Arrivé au refuge je ne trouve rien d'autre à faire que m'asseoir la tête entre les jambes. Je ne maîtrise plus mon corps : ma tête veut repartir mais mon corps refuse de bouger, comme paralysé. Je ne sais pas combien de temps cette situation a duré, mais suffisamment pour me faire douter de mes capacités à terminer la course.

 

Bertone (86km), Samedi 12:44 - 1101e

 

Au bout d'un long moment, je finis par repartir : je suis sur la plus belle portion de course, une des plus faciles et me voilà complètement amorphe... Surtout ne pas penser à tout ce qui reste à parcourir et avancer, le problème c'est que je connais presque par coeur ce qui me reste à faire : les plus grosses côtes de la course sont encore à venir et il me reste une deuxième nuit blanche à passer dans la montagne. D’habitude je trouve toujours une motivation à terminer une course que je n’ai jamais faite, mais là je me demande bien sur le coup pourquoi j’ai remis en jeu mon “statut” de finisher sur l’UTMB...

 

Penser à autre chose... Tout y passe : bébé, la famille, les amis, toutes les personnes que je connais qui n'ont pas la chance de pouvoir être ici. J’imagine également la réaction de la famille, des amis, collègues… si je devais leur annoncer un abandon. Ce n’est pas très glorieux comme méthode mais ça marche. A Arnuvaz, dernier ravitaillement italien avant la Suisse, je fais une pause assez longue pour tenter de récupérer un peu d'énergie avant d'attaquer la grosse montée vers le Grand Col Ferret.

 

Arnuvaz (98km), Samedi 16:00 - 1230e

 

Le col Ferret c'est une montée en 3 étapes : d'abord une marche d'approche depuis Arnuvaz puis des lacets et enfin un genre de crête jusqu'au col à plus de 2500m. Je n'ai toujours pas de jambes et cela m'inquiète toujours autant.

 

La montée se fait sous une chaleur étouffante. A mi-parcours on commence à entendre de l’orage au loin mais rien d’inquiétant pour le moment. J'arrive finalement au bout de la montée... pour m'asseoir au col la tête entre les jambes de nouveau... Je ne sais pas combien de temps je suis resté comme cela. Un bénévole me demande une fois si tout va bien, je lui répond que oui sans conviction puis repars en léthargie un temps indéterminé. 

 

Grand Col Ferret (103km), Samedi 17:41 - 1144e

 

C’est à ce moment que la course a pris un tournant inattendu. Je suis subitement réveillé par des gouttes de pluies et une chute assez brutale des températures. Il faut je reparte vite d’ici, l’orage approche ! Et ce n’est pas la moitié d’un orage, il est en plein devant nous ! J’ai à peine le temps de me remettre debout et de repartir qu’il faut m’arrêter de nouveau pour mettre ma veste car il tombe des trombes d’eau. C’est ensuite la grêle qui s’invite au spectacle puis le tonnerre et les éclairs. J’avais prévu du beau temps et me voilà trempé et grelottant en train de descendre sur le versant suisse de la montagne. Et le vrai problème c’est l’orage en lui même : il est très proche et là où nous sommes il n’y a rien pour nous protéger. A plusieurs reprises je songe (et je n’ai pas dû être le seul) à jeter mes bâtons au loin et à me coucher au sol en attendant que ça passe, pas envie de jouer à Thor ! 

Je finis par accélérer le pas pour descendre au plus vite, le refuge de la Peule n’est pas loin ils pourront peut-être nous abriter. Pas le temps de m’arrêter pour enfiler mes gants et mon pantalon de pluie, de toutes façons je suis déjà trempé (sauf ma veste qui au final me protège bien). Dans ma tête, à ce moment, il est clair que j’abandonne au prochain point de ravitaillement : je suis trempé, crevé et je ne veux pas me mettre en danger sous l’orage. Sur le coup j’en veux aussi à l’organisation de ne pas avoir interrompu la course, mais à la réflexion ils ne pouvaient pas faire grand-chose.

 

En arrivant à la Peule, je vois qu’une yourte est ouverte pour les coureurs en perdition. Décidément ce refuge porte bien son nom, il est toujours là quand on en a besoin. J’en profite pour me changer avec le reste des affaires sèches de mon sac (elles étaient dans un ziplock) et faire une vraie sieste. Je discute avec d’autres coureurs, ça parle pas mal d’abandon. Beaucoup ne veulent pas repartir et je les comprends. J’apprends qu’il y a eu un glissement de terrain sur le chemin peu après mon passage, j’ai donc évité le pire. De toute façon, un abandon ici implique un rapatriement par hélicoptère car il n’y a pas de route, autant continuer. 

 

Réchauffé et un peu plus sec, je préfère continuer sous la pluie plutôt que de discuter abandon en attendant une hypothétique accalmie. Je continue donc ma descente vers la Fouly, où mon équipe m’attend si tout va bien. Le chemin est rendu très glissant en raison de la pluie et c’est un peu “holiday on mud” dans la descente. Peu avant la Fouly je reconnais Papa qui est venu à ma rencontre. Un hélicoptère fait des allers-retours au dessus de nous : “il évacue des coureurs depuis tout à l’heure” me dit Papa. Ah, OK elle met les moyens quand même l’organisation…

 

La Fouly (112km), Samedi 20:13 -> 20:36 - 1308e

 

Une fois arrivé à la Fouly, je vais un peu mieux et je compte bien continuer encore un peu. A priori il n’y aura pas d’autre orage que celui que nous venons de subir. Par contre je ne suis pas au bout de mes surprises : en effet Manue m’annonce qu’ils sont coincés sur place car le seul pont routier d’accès à la Fouly a été emporté par un torrent de boue. Ils ne savent pas combien de temps ils vont rester là, peut-être toute la nuit. Le tableau qu’elle me dresse est assez noir : je dois continuer tout seul sans me reposer sur eux, et prendre la voiture si j’arrive jusqu’à Chamonix… Ca change toute ma gestion de course.

Bizarrement, écouter Manue parler de ses soucis relativise un peu les miens. Et puis de toutes façons inutile d’abandonner ici si c’est pour rester coincé, d’autant plus que les coureurs peuvent passer via le chemin.

 

Je repars donc à la nuit tombée vers Champex-Lac avec une stratégie de course désormais assez différente : me préserver pour finir sans assistance et être capable à l’arrivée de m’occuper si besoin de ma petite famille… La section jusqu’à Champex-Lac se passe plutôt bien : j’ai pris le temps de changer de chaussures à la Fouly et j’ai l’impression d’avoir des jambes neuves, merci Hoka ! C’est à partir de ce moment de la course que je commence doucement à reprendre des places. Comme quoi, une fois qu’on a touché le fond il n’y a plus qu’à remonter. 

Tout n’est pas rose pour autant, la montée à Champex-Lac est toujours un calvaire, et ce ravitaillement va être pour moi le plus mal géré de la course : j’y ai passé 1 heure en tout ! 20 minutes à dormir sur un banc avant de m’apercevoir qu’il y avait des lits confortables juste à côté, 10 minutes aux toilettes et 20 minutes à chercher une flasque d’eau égarée que j’avais tout simplement oubliée sur la table où j’ai dormi… 

 

Champex-Lac (126km), Samedi 23:28 -> Dimanche 00:25 - 1140e

 

Je repars engourdi par le froid mais c’est déjà une petite victoire car à ce moment il ne me reste plus que trois (grosses) montées. 

Et la première c’est celle de Bovine. Une petite section descendante après Champex-Lac où je peux courir un peu pour me réchauffer. Je sais pertinemment que tous les coureurs que je double vont me redoubler dans la montée qui suit mais ça fait du bien au moral de courir un peu. En fait ça me rassure même un peu sur l’état de mes jambes. 

Puis arrive la montée, d’abord sur une belle piste à 4x4 peu pentue, puis en lacets le long d’un torrent avant de traverser ledit torrent (très joli passage au demeurant) puis de partir en raides lacets dans la forêt. La fin de la montée se fait dans l’alpage avec une jolie vue sur la Suisse. C’est long mais au final je monte sans trop faire de pauses, même si j’ai toujours régulièrement la nausée.

Avant d’attaquer la descente qui suit, je regarde un peu mes messages pour prendre des nouvelles de mon équipe d’assistance (qui pour rappel était restée bloquée à la Fouly pour cause de coulée de boue) et je vois qu’en fait ils s’en sont sortis et m’attendront à Trient. Je suis rassuré pour eux mais aussi pour moi. Le pont emporté par la boue a été remplacé : bravo les Suisses pour l’efficacité.

 

C’est donc avec un peu plus d’optimisme que j’aborde la descente vers Trient. Elle est assez abrupte par endroits mais j’arrive à tenir un petit rythme. D’ailleurs je ne m’arrête même pas à la cabane de la Giète, ravitaillement “surprise” sur le parcours. Le col de la Forclaz arrive assez vite et, quelques raides lacets plus tard, je suis enfin à Trient où je retrouve Manue.

 

Trient (143km), Dimanche 04:46 -> 5:25 - 1106e

 

Ma première pensée est : dormir. Après 20 minutes de vrai sommeil je fais un passage rapide au ravitaillement pour manger une soupe et un morceau de pastèque. Je surveille de nouveau le chronomètre, pas pour gagner des places au classement mais uniquement parce que le temps joue contre moi : plus je vais rester longtemps en course, plus il faudra gérer le sommeil notamment, donc autant finir au plus vite.

Je repars avec Manue quelques instants, avant de filer seul dans la nuit vers Vallorcines. Ma deuxième nuit dans la montagne va bientôt se terminer, j’ai l’impression de reprendre un peu en main la gestion de ma course.

 

La montée suivante va me ramener en France, mais c’est une des plus dures de la course car on ne peut pas vraiment la découper en étapes : c’est juste des lacets raides dans la forêt… Il faudrait vraiment pouvoir débrancher le cerveau pour monter mais je n’y arrive pas. Par contre je finis par découvrir une chose : en sollicitant plus mes jambes et moins mes bras sur les bâtons, je monte aussi vite sans avoir la nausée… C’est un peu bête de s’en rendre compte aussi tard mais bon, mieux vaut tard que jamais.

Une fois passé les Tseppes, le jour se lève et nous changeons de versant pour repasser côté français. Le paysage est magnifique et je prends enfin le temps de quelques photos avant de me lancer dans la descente vers Vallorcines. Des lacets puis des pistes de ski ou de 4x4, je cours presque tout le temps, c’est à se demander comment j’ai pu penser auparavant avoir les jambes fatiguées. Comme quoi le problème devait surtout être psychologique.

 

Vallorcines (153km), Dimanche 08h07 -> 08h25 - 1049e

 

Désormais je sais que je vais terminer, sauf imprévu ou blessure. Je fais un arrêt express au ravitaillement (enfin 20 minutes seulement) et donne rendez-vous à Chamonix à mon équipe d’assistance. A priori les mamies attendent encore un peu avant de se déplacer à l’arrivée avec bébé. 

Je file jusqu’au col des Montets. Dans mon souvenir c’était une portion très rapide, en pratique c’est très long, surtout quand on marche. Il me reste une dernière montée à faire : la Tête aux Vents. Il y a deux ans ce passage avait été supprimé ou plutôt remplacé, mais lors de ma CCC j’avais déjà fait cette montée de nuit. Je me souviens d’une série de lacets avant un long sentier montant en crête. 

Effectivement c’est un véritable mur qui nous attend et que j’attaque calmement en essayant de ne pas trop forcer sur mes bâtons. Mais une fois ce mur passé, la montée n’est pas encore terminée et se poursuit trèèèès longtemps à travers divers types de chemins jusqu’à enfin arriver au panneau de la Tête aux Vents : ça y est il n’y a plus de montée, il suffit désormais de descendre jusqu’à Chamonix.

Le paysage est toujours aussi magnifique, les sommets sont pris dans les nuages qui se mêlent à la neige dans un bel écrin blanc. 

J’arrive à la Flégère, dernier ravitaillement avant l’arrivée, bien décidé à descendre au plus vite rejoindre ma famille. 

 

La Flégère (164km), Dimanche 11h36 - 998e

 

Je poursuis ma lente remontée au classement en attaquant la longue descente vers Chamonix. Il y a deux ans j’étais allé très vite. Cette année c’est un peu moins rapide mais c’est déjà pas mal et me permet de doubler de nombreux coureurs tout en prenant beaucoup de plaisir. L’émotion de l’arrivée me submerge petit à petit et je reconnais Papa sur le bord du chemin qui est venu m’encourager jusqu’ici. 

Le chemin s’élargit et devient une piste, les toits des maisons se rapprochent. Puis, le chemin devient une route. Le tracé a un peu changé depuis 2 ans ce qui bouleverse un peu mes repères mais la ville est bien là juste devant.

Dans les rues de Chamonix, le public est bien présent et chaque coureur a droit à sa petite ovation. Dans le public je repère ma petite famille, et Manue qui me tend bébé. Bon du coup, pas question de terminer en courant et je vais faire les dernières centaines de mètres avec bébé dans les bras. OK c’est cliché mais tant pis, il était tellement content de revoir son papa, même si je ne devais pas sentir très bon.

 

Chamonix (171km), Dimanche 12h40 - 972e => finisher en 42h40

 

Toujours cette même émotion en passant la ligne d’arrivée, un petit speech sympa du speaker : chaque coureur a droit à sa petite interview sur la ligne. Puis c’est le grand vide : voilà c’est fini, mon deuxième et très probablement dernier UTMB avant un moment (je vais laisser un peu ma place aux autres). Pas facile de “redescendre” pour redevenir une personne normale. Je confie bébé à sa maman pour son repas du midi et je file avec Papa me ravitailler également : en solide et en liquide avec la bière du finisher offerte que je vais passer un long moment à siroter dans un transat.

 

Cette course aura été particulièrement compliquée et je n’ai pas vraiment eu l’impression de la maîtriser du Lac Combal jusqu’à Champex-Lac. Il me reste donc pas mal de points à corriger jusqu’à ma prochaine course, qui arrive très rapidement car dans quelques semaines je serai au départ de la Diagonale des Fous !

Le point positif c’est que malgré un entraînement un peu chaotique, j’ai plutôt de bonnes jambes pourvu que le mental suive… Le surlendemain de l’UTMB nous étions déjà repartis faire de petites randonnées avec ma femme et mon fiston sur le dos (enfin juste le fiston sur le dos…)






6 commentaires

Commentaire de shef posté le 18-09-2019 à 08:09:27

Merci pour le CR. Belle abnégation. Tu vas devoir faire une 3ème fois pour le plan A

Commentaire de redgtux posté le 18-09-2019 à 21:16:57

Oui, et accepter que le plan est peut-être un poil ambitieux...

Commentaire de Benman posté le 18-09-2019 à 18:24:38

Jolie narration pour un beau parcours autour du gros machin tout blanc. Bravo.

Commentaire de redgtux posté le 18-09-2019 à 21:16:30

Merci, ma femme fait aussi la relecture de CR en plus de l'assistance ;)

Commentaire de Shoto posté le 20-09-2019 à 08:57:07

Chouette récit. gérer un bébé, être Finisher de l'UTMB .... et rajouterai la Diagonale ... tu es presque inhumain !;-) Bravo.

Commentaire de samontetro posté le 21-09-2019 à 16:26:52

Jolie bataille... contre toi-même! Finalement cet orage aura été l'élément déclencheur en te forçant à repartir du Grand Col Ferret et en emportant ce pont pour te faire penser à autre chose! Une boulette a peut être été de dormir à Courmayeur. Je me souviens (mes UTMBs c'était il y a longtemps, à une époque où on avait plusieurs semaines pour s'inscrire et ou les points ITRA n'avaient pas été inventés) m'y être imposé un arrêt très bref pour monter à Bertonne avant l'arrivée de la chaleur. Sur le coup de midi, tu aurais pu faire ta microsieste au soleil la haut... Bravo en tous cas de n'avoir rien lâché!

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