Récit de la course : Ultra Trail du Mont-Blanc 2019, par tikrimi

L'auteur : tikrimi

La course : Ultra Trail du Mont-Blanc

Date : 30/8/2019

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 881 vues

Distance : 171km

Objectif : Terminer

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Mon UTMB qui s'arrête avant d'entrer en Suisse.

Pas toujours simple d’écrire après un échec, mais comme c’est souvent très instructif à lire, je me prête bien volontiers à l’exercice.

Donc mon UTMB 2019 aurait dû avoir lieux en 2018, mais un mois avant l’échéance, je me suis luxé le coude. Un peu comme comme les doubles refusés au tirage au sort, je savais un an avant que j’allais y participer.

Je fais une très bonne préparation. Pas de blessures, mes bronches qui me laissent plutôt tranquille, et pas mal de volume à basse intensité. Cerise sur le gâteau, je fais deux dernières bonnes nuits et du coup j’arrive reposé à Chamonix. Bref, un alignement presque parfait des planètes.

Au niveau de la logistique, c’est même un miracle qui se produit. Benoît répond à mon appel à l’aide sur Kikourou pour un covoiturage, et on profite de l’appartement de Carole pour se poser avant le départ. Incroyable cette communauté, et énorme merci à Carole et Benoît. A 45 minutes du départ, un bon orage s’abat sur Chamonix, mais nous sommes bien à l'abri chez Carole, et on arrive avec Benoît sur la ligne de départ 5 minutes avant le lancement de la musique.

Grosse décharge émotionnelle, mais une fois la ligne de départ franchie, je suis de suite dans ma course. Je sais exactement ce que j’ai à faire jusqu’aux Contamines : ne pas s'enflammer, et je vais respecter mon plan de course de manière chirurgicale (détails à suivre). Forcément, en arrivant 5 minutes avant le départ, nous allons partir avec les serres-fils. Il me semble même que Benoît a pris une photo. C’est un coureur connecté ce Benoît, toujours le portable à la main… alors que mon portable ne quittera pas mon sac de la course (d’où l’absence de photos pour ce récit) avec les data désactivés pour ne pas me laisser distraire. Quand on se met à courir, on se rend rend vite compte que l’atmosphère est toujours saturée d’humidité. On a évité l’orage, mais 5 minutes après le départ on est déjà tous bien trempés. Nous nous séparons de suite avec Benoît car nous n’avons pas du tout les mêmes allures. Mon départ en dernière position n’aura aucune conséquence : c’est très large jusqu’aux Houches, et je double 200 coureurs en restant à l’allure prévue. Je passe au ravito à 18h58… pour une prévision de 18h58. Impressionnant ce départ, une fois sorti de Chamonix, c’est le monde silence entre les coureurs. Pas un mot, tout le monde est vraiment très concentré sur sa course. Il faut dire que l’investissement est énorme pour arriver sur la ligne de départ, et encore plus pour ceux qui traversent la planète pour ça.

Puis montée au Delevret (seule montée inconnue pour moi avec les Pyramides Calcaires). Je monte tranquillement à l’allure prévue. En haut, je suis tellement trempé que j’enfile mon coupe vent sans manches pour ne pas prendre froid dans la descente. C’est juste hallucinant le nombre de personnes qui doublent en 2 minutes de pause. Maintenant que le sac est ouvert, j’en profite pour crémer les pieds et sortir la frontale. Première descente tout en souplesse, et j’arrive à Saint-Gervais à 21h24 pour une prévision de 21h26. Ravito express (plein d’eau, coca, soupe, quartiers d’orange, banane et go).

On commence la section qui me fait le plus peur. Sur le papier, on peut bien s'enflammer et ainsi mettre en péril le reste de la course à vouloir trop courir. Par contre, sur le terrain, il n’y a aucun problème… les envies de courir passent très vite. La nuit est maintenant bien installée, il fait toujours super chaud, et l’atmosphère est toujours bien chargée en humidité. Arrivé aux Contamines à 23h24 pour un prévision de 23h26. Je pensais rester un peu plus longtemps au ravito, mais c’est le premier ravito où l’assistance est autorisée. Du coup c’est bondé et l'atmosphère est irrespirable. J’avais prévu de crémer les pieds, mais comme je n’ai pas de sensation d'échauffement, je ferai ça à la Balme. A la sortie du ravito, je croise Laurent (un collègue de travail qui suit sa femme). Je suis étonné de le voir car sa femme avait un plan de course plus rapide que le mien.

Je repars des Contamines vers la Balme. Mon plan de course ne prévoyait pas de courir la portion jusqu’à Notre Dame de la Gorge… et je le respecte. C’est hallucinant le nombre de coureurs qui doublent au bord de l'essoufflement, et que je retrouverai à la Balme en PLS. La montée à la Balme se passe toujours dans le bon rythme, et j’y arrive à 1h21 pour une prévision d’1h31 (c’est juste que j’ai écourté le ravito aux Contamines, et du coup je vais un peu rallonger celui de la Balme). Le ciel est maintenant complètement dégagé. Je ne sais pas s’il faisait vraiment froid ou pas, mais le contraste était tellement important par rapport à il y a deux heures, que tout le monde repart avec les vestes… même moi, et il me semble bien que c’est la première fois que je la sors sur un ultra.
Pour monter à la croix de Bonhomme, je sais que je vais me faire doubler… c’est haut, et quand c’est haut, je suis lent. Un peu avant le col, je suis très surpris de me faire doubler par Benoît. Il me dit qu’il a passé 30 minutes au ravito des Contamines. Je me demande bien ce qu’il a pu faire pendant 30 minutes aux Contamines. Je passe au refuge de la Croix du Bonhomme à 3h13 pour une prévision de 3h27.

Je me suis fait pas mal doubler pendant la montée, mais je reste sur mon plan de course. Crémage des pieds avant la descente… et go. Lors de la reco il y a un mois en mode rando, cette descente m’avait l’air bien compliquée, mais en course elle passe vraiment bien. J’arrive aux Chapieux à 4h09 pour un prévision de 4h23. J’avais prévu de descendre en 54 minutes… c’est respecté à la minute près!!!

Aux Chapieux, le ravito est un gros bordel. Qui a eu l’idée de séparer le liquide du solide et des tables? Il y a tellement de monde que pour me resservir en coca ça ma pris au moins 5 minutes. J’y reviendrai plus tard, mais certains ravitaillements sont quand même sous dimensionnés. Je passe 20 minutes au ravito pour au final pas grand chose (comme d’habitude, soupe, coca, oranges, bananes, et je continue de m’alimenter en barres en route). Tous les feux sont au vert et je suis dans mes temps de passage.

C’est parti pour la montée au col de la Seigne. Lors de la reco avec Mathieu, on avait dormi au refuge des Mottets, et du coup ça coupe le col en deux. Quand on le fait depuis les Chapieux, c’est vrai que c’est long, et c’est le moment où l’on sort de la nuit. Avec mon arrêt un peu plus long que prévu aux Chapieux, j’arrive au col à 7h08, pour une prévision de 7h05. Que dire, une première nuit tout juste parfaite… avant que tout s'enraye.

Depuis le col de la Seigne, on descend un peu avant de remonter vers les Pyramides Calcaires, et là je me fais littéralement assommer par le soleil. Alors que je monte tout doucement en suivant le petit train, je suis en surchauffe complète. Impossible de ralentir… plus lent, c’est l’arrêt, et du coup je m’arrête et en profite pour faire une sieste. A la fin de la montée, je retombe encore une fois sur Benoît (j’ai certainement dû faire un arrêt plus court aux Chapieux), et on descend ensemble au lac Combal.

Arrivée au lac Combal à 8h58 pour une prévision de 8h53. Je suis toujours dans les temps, mais tous les signaux sont en train de passer au rouge. La chaleur me liquéfie, et du coup le solide ne passe plus. Pour le ravito, ça ne change pas ma routine habituelle, mais les pates de fruits, d’amandes et céréales que j’ai sur moi ne me sont maintenant plus d'aucune utilité, et je vais vite arriver à bout de ma petite réserve de gels (comme ça fait plusieurs années que je ne les utilise plus, je n’en prends qu’un ou deux).

Pour monter à l'Arête du Mont Favre, de mémoire j’ai dû faire trois pauses, et je perds d’un coup 20 minutes sur mon plan plan de course. Dans la descente, je manque de lucidité et ne range pas mes bâtons. Du coup, je fais une bonne grosse descente de merde à me faire retenir par les bâtons plutôt que de courir comme d’habitude. Bref, arrivé à Checrouit à 11h28 pour une prévision de 10h55. 30 minutes dans les dents. Ravito express, et je me re-mobilise. Je croise Carole au ravito qui m’aide à ranger mes bâtons et je fais vraiment une belle descente (50 minutes pour descendre à Courmayeur).

Je rentre à Courmayeur avec 55 minutes d’avance sur la barrière horaire. C’est tendu, mais j’ai déjà connu bien pire. Au ravito, compliqué de trouver une place pour s’étaler un peu (j’ai prévu de me changer), et plus grand chose à manger. Je vais y passer 30 minutes, pour au final pas grand chose (quelques pâtes sont quand même avalées). Note pour l’avenir : les longues pauses au ravito, ce n’est pas mon truc. Le mantra que je me répète en permanence, c’est lentement mais tout le temps. On repart de Courmayeur avec Benoît qui a dû passer par la case podologue pour une tendinite qu’il traîne depuis plus d’un an.

La montée vers Bertone est un véritable chemin de croix. La chaleur m'assomme, et je dois m'arrêter tout le temps. Il n’y a pas de barrière horaire à Bertone, mais j’y arrive à 15h02, ce qui est très juste pour pouvoir envisager de passer la barrière d’Arnouva. Et surtout à Bertonne, il n’y a plus le moindre solide au ravito. Sachant que Bonatti est un ravito uniquement liquide, au final j’aurais fait 5h30 de course entre Courmayeur et Arnouva sans rien manger. Je trouvais certains ravitos très légers, mais comment c’est possible de ne plus rien avoir pour les derniers? Bref, je prends une soupe hyper salée, du coca et je sors de là. Pas le temps de se faire des noeuds au cerveau. Tant que l’on est pas hors course ou blessé on avance car ça peut encore passer, et si j'atteins la deuxième nuit ça sera une autre course qui commencera… en plus au fond de la vallée on voit que l’orage arrive. Ce n’est généralement pas une bonne nouvelle, mais pour moi je ne serais pas contre une chute des températures!

Passage à Bonatti à 17h04, puis Arnouva à 18h20 (5 minutes après la barrière horaire de 18h15). A Arnouva, pas grand chose non plus au ravito, et ils sont en train de remballer alors que des coureurs vont arriver encore pendant plus d’une heure. C’est dommage de quitter la course sur cette dernière impression.

Retour à Chamonix. Je n’ai pas la veste de finisher, mais je passe quand même chez Mac-Do, avant que la femme de ma vie me récupère à Chamonix. Il y a quand même des choses plus importantes qu’une course!!!

Voilà, est-ce que j’aurai pu passer cette barrière horaire… avec du recul oui : le temps passé aux ravitos aux Chapieux puis à Courmayeur ne me sert à rien, mais dans tous les cas, j’aurais été arrêté à la Fouly (la dernière à passer la barrière horaire à Arnouva est arrivée à la Fouly avec 45 minutes retard (nous progressions à la même allure depuis Bertone).

L’UTMB n’est pas la course la plus dure, mais pour les coureurs de fond de peloton, c’est la course où les barrières horaires sont les plus tendues. Par rapport à mon niveau intrinsèque, je n’ai que deux heures de marge (donc un peu plus d’une heure à mi-course)... une paille au moindre grain de sable. L’ajout des Pyramides Calcaires depuis 2016, c’est environ 1h15 en plus pour les coureurs de fin de peloton. Les années où elles sont empruntées (2016 et 2019), ce n’est pas le même taux de finishers.

A chaud, la déception était énorme… à froid, je n’ai pas grand chose à regretter. Je fais la préparation prévue, et la course prévue. J’aurai peut-être la chance de retenter un jour l’UTMB, mais pas l’année prochaine car je n’ai plus les points.

Le problème avec l’ultra, c’est que c’est une drogue dure, et comme tout drogué, je pense déjà à mon prochain fix. Le départ le soir me plait bien, et je veux la faire cette deuxième nuit. Peut-être la XT01… c’est à la maison, et ce sont des terrains qui me correspondent pas mal. Il y a aussi l’option de tenter le tirage au sort pour une deuxième veste de CCC ou de remplacer mon sac poubelle de la TDS par une veste digne de ce nom. Ou la x-alpine, ou la Montgn’hard (moins dans mes qualités, mais les parcours font rêver). Où la LyonSaintéLyon… où le parcours fait moins rêver mais qui me conviendrait parfaitement. Bref… toujours pas sevré d’ultra.

10 commentaires

Commentaire de Arclusaz posté le 01-09-2019 à 19:31:17

Tu le dis très bien, tu n'as rien à regretter. La maitrise de ta première partie de course est vraiment impressionnante, on voit que tu avais bien travaillé tes gammes. Et puis, la machine s'est déréglé, la chaleur probablement.
Le principal, c'est que tu y ai trouvé du plaisir, que tu ai survécu au covoiturage de Benoit et que tu ai envie de recommencer (les ultras par le covoiturage, faut quand même être raisonnable !). Bonne recup.

Commentaire de ilgigrad posté le 01-09-2019 à 21:36:50

On marche en ultra sur la lame d’un rasoir; il suffit d’un rien pour basculer d’un côté où de l’autre; du trop vite au trop lent, à la petite douleur, au coup de chaud ou de fatigue. On a espéré que tu reprennes du poil de la bête et que tu passes cette fichue barrière, à l’instar de Benoît qui t’a accompagné longtemps et qui a connu le bonheur de terminer à Chamonix. Le jalbhac est un art et tu semblais parfaitement le maîtriser. En te voyant pointer à Bertone, je t’imaginais déjà à Champex; quelle déception.
...et puis il y a ces ravitos que l’on vide à peine la barrière fermée. J’ai connu ça au Cormet. Rien de solide depuis Bourg-Saint-Maurice, sept heures de course, un bidon d’eau au fort de la Plate et puis un chapiteau vide pour un quart d’heure de retard. Rien hormis de l’eau.
Il ne s’agit pas de faire tourner le barnum pendant des heures mais maintenir de quoi accueillir et sustenter les malheureux égarés du chrono.
Bravo en tout cas pour ton courage et merci pour ce récit très complet.

Commentaire de Shoto posté le 02-09-2019 à 07:44:30

Merci pour ton récit très instructif. Je retiens que lorsque les ravitos sont blindés et les BH serrées ... il faut mieux écourter et continuer à marcher...

Commentaire de chococaro posté le 02-09-2019 à 12:29:20

Merci pour ton CR. Ce n'est jamais facile de revenir sur un échec, je salue ta franchise et ton humilité. Tu as beaucoup appris et tu reviendras plus fort, sur l'UTMB ou un autre défi. Pour en revenir aux ravitos, en ce qui concerne Chécrouit que j'ai eu le bonheur de découvrir en bénévole, nous avons accueilli tous les coureurs, du premier au dernier avec le même choix à boire et à manger puisque le refuge offre de délicieuses pâtes, de la charcuterie, du fromage et du pain au miel en plus du ravito liquide officiel. Nous n'avons commencé à démonter que lorsque le second groupe de serre-fils est arrivé et que tous les coureurs qui avaient abandonné étaient redescendus par le télésiège. D'autres postes ont peut-être d'autres impératifs de temps. Je partage ton agacement et celui d'Ilgigrad. Coureuse de deuxième partie de peloton ça peut me rendre dingue d'arriver sur des ravitos dévastés.
Très contente d'avoir fait ta connaissance et partante pour faire ton assistance si tu te relances maintenant que je peux réciter par choeur toutes les bhs de l'UTMB. D'ailleurs j'en ai fait des cauchemars cette nuit de la bh de Champex....
A très bientôt et repose-toi.

Commentaire de tikrimi posté le 02-09-2019 à 19:57:33

Je suis toujours très gêné d'émettre une critique à une organisation. L'UTMB a beau être un business où l'on serait tenter de penser que l'on achète une prestation qui doit être à la hauteur, ce business tourne grâce à des bénévoles. Et quand un ravito est vide, c'est impossible à réachalander surtout quand c'est en refuge.
Si c'était à refaire avec la même météo, je me serais posé à Chercouit pour me ravitailler complètement, et je serais juste passé à Courmayeur. Après, avec une météo pluvieuse, je me demande ce que peuvent donner les ravito du Lac Combal et le Chercouit.
A très bientôt voisine!

Commentaire de Spir posté le 04-09-2019 à 21:36:26

C'est dingue comme ça part vite en vrille un Ultra, mais tu auras été le plus loin possible avec les circonstances du jour. Est ce que tu ne t'es pas mis une pression inutile avec des temps de passages à respecter à tout prix (la lecture du CR de Benjamin est instructive à ce sujet) ?
L'an dernier, j'ai aussi été choqué de voir à quel vitesse les ravito fermentent. Arrivé après la BH aux Chapieux l'an dernier, j'ai trouvé une salle vidée, juste remplie des coureurs qui attendaient le bus... Bon, il restait encore un peu de chaud à boire.
Bonne récupération !

Commentaire de tikrimi posté le 04-09-2019 à 21:54:34

J'aurais peut-être du le préciser. Mon plan de course, je me le suis fait 2 jours avant, et c'est une fois à la maison que j'ai regardé. Jusqu'au Col de la Seigne, je savais que j'étais dans la bonne allure. Après si j'avais 15 minutes d'avance ou de retard, je n'en savais rien et je m'en fichais.
Ton récit de l'année dernière, je l'ai lu plusieurs fois (dont la veille de la course). C'est vrai que tout bascule très vite, et à notre niveau, il n'y a pas de retour possible.

Commentaire de Benman posté le 15-09-2019 à 19:45:46

Moi j'ai trouvé que tu avançais carrément bien, mais je peux confirmer que les BH étaient loin d'être évidentes avec les "petites" pyramides qui ont mis du calcaire sur ton plan de marche... en tous cas, ces 24h en commun furent bien agréables et sympathiques.

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