Récit de la course : Ultra Trail du Mont-Blanc 2016, par bubulle

L'auteur : bubulle

La course : Ultra Trail du Mont-Blanc

Date : 26/8/2016

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 2233 vues

Distance : 168km

Objectif : Pas d'objectif

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What is your quest?

The Bridge of Eternal Peril

  • What is yourrrrrr name?
    • I'm Bubulle, King of the Mordor
  • What is yourrrrrr quest?
    • To seek for the Holy Polaire
  • What is your favourite colorrrrrr for your Holy Polaire?
    • Hmmmmm, shiny grey....no, pink....Aaaaaaaaaaaarg!

Cela aurait pu être le dialogue à la fin de cet UTMB, le cri horrible poussé en voyant POUR QUOI je viens de me mettre minable pendant 40 heures.

Cela n'a pas été...et puis, de toute façon, à part 2 ou 3 geeks acharnés, qui reconnaîtra le dialogue ci-dessus, hmmmm?

Bref.

Préambule barbant

UTMB. Le Graal du trailer. Enfin c'est ce qui se dit. Si t'as pas fait l'UTMB à 50 ans, t'as raté ta vie même si t'as une Roleix (GPS/cardio/barométrique) au poignet, t'es le dernier des losers, tu peux te reconvertir à manger du bitume avec les marathoniens, ta vie est foutue, il te reste éventuellement le geocaching, la marche nordique, la course d'orientation ou même, horreur, le cyclisme.

Donc, bon, je suis pas un loser, j'ai pas le choix, faut faire l'UTMB.

Pas de chance, le sort s'en mêle et me refuse deux fois de suite le précieux sésame. Je rumine déjà ma déception, m'apprête, horreur, à devoir aller tenter ma chance avec les ultra-losers du Tor, voire même à rempiler à l'Échappée Belle, toute pourrite. Être encore obligé de se taper le Vik sur une course, j'en déprime déjà.

Soudain le miracle s'opère. Un kikoureur qui semble apprécier les âneries que j'écris après mes courses semble avoir envie d'en lire quelques milliers de lignes supplémentaires (vu comment c'est parti, ce récit, le pauvre ne risque pas d'être déçu....). Et me sort avec une baguette magique un « dossard solidaire » auquel il a droit du fait de sa non négligeable contribution à l'association Le Rire Médecin.

Et là, bon, je ne déconne plus, ça fait rudement plaisir. Me voilà avec l'opportunité et de courir une course que j'ai envie de courir (parce que les conneries ci-dessus, c'est bien gentil, mais c'est une grande course, dans un cadre unique que j'adore, que je ne ferai peut-être qu'une fois dans ma vie, même s'il ne faut jamais dire jamais)...et d'amener quelques projecteurs sur une association qui le mérite.

Bref, l'UTMB est quand même un peu logiquement l'objectif de l'année, et le fait de le courir pour Le Rire Médecin y donne encore plus de sens. Effet de bord du cadeau de notre kikoureur anonyme, d'ailleurs, je suis maintenant plus proche de cette association, ai bien l'intention de poursuivre un bout de chemin avec, peut-être sur d'autres événements.

Préparation de course, tout aussi barbante

Le problème de l'UTMB pour moi, c'est que j'ai fait l'Échappée Belle l'an dernier. « Plus belle, plus dure » est son slogan, et il est vrai que ce n'est pas exactement uen partie de plaisir.

Du coup, le leitmotiv que j'entendrai tout au long de cette année 2016 c'est « tu vas voir, l'UTMB, ça va être easy pour toi, aucun problème ». Bin voyons. En cette période de surenchère des ultras, il semble désormais de bon ton de considérer l'UTMB comme une aimable promenade en montagne pour bobos parigots désireux de se la péter à la machine à café le lundi.

A croire qu'on aurait subitement changé les sentiers en une trentaine d'années et que là où les quelques dizaines de fous furieux qui démarraient le "Super-Marathon du Mont-Blanc" en 1987 couraient en montagne, nous serions désormais lancés sur une autoroute bitumée qui ferait passer le marathon de Paris pour l'Origole.

C'est sûr qu'on ne voit plus guère de shorts échancrés, de maillots en coton et de mouchoirs sur la tête au départ de Chamonix.... C'est certain que nous sommes un peu loin de Dawa Sherpa finissant devant 66 courageux à l'église de Chamonix en 2003. Mais il y a toujours plus de 150 kilomètres à parcourir, pas loin de 10000 mètres de dénivelée et qu'on n'a pas encore goudronné la Croix du Bonhomme.

Bref, « autoroute », on en reparlera.

Je passe mon temps de me répéter cela au cours de l'année, d'ailleurs. Cela va être dur, cela va être long. Deux nuits dehors, j'ai déjà essayé, rien que ça c'est compliqué. Des passages acrobatiques, des descentes roulantes mais interminables, peut-être de la chaleur à gérer (ça tombe bien, j'aime ça)...ou un temps pourri (ça tombe bien, ça ne me gêne pas).

Le maître mot sera « humilité ». Non, je ne suis pas un extra-terrestre à cause d'une belle course l'an dernier. Non, je ne suis pas le Kilian des V2 parce que la Montagn'hard m'a pleinement réussi deux fois de suite. Oui, j'adore mes amis qui me répètent leur confiance dans les résultats que je peux avoir....mais, oui, j'écoute aussi celle qui me connaît le mieux et qui sait bien qu'il y aura des moments où je vais en baver gravement.

Cela dit, oui, la « préparation » se passe bien. Enfin, si on peut appeler « préparation » le fait de continuer à courir tous les jours ou presque depuis le début de l'année, de faire des enchaînements de ouf au début du printemps !

Les signaux positifs seront donnés par un GR73 plutôt réussi où j'arrive à passer au delà de moments bien difficiles, et une Montagn'hard achevée au mental dans des conditions météo pas favorables. Cette dernière me rassure d'ailleurs sur la possibilité de fiare une bonne course en montagne avec une mauvais météo (jusque là, j'ai toujours eu grand beau sur mes ultras de montagne).

Dernier signe positif : deux semaines finales en Suisse où je ne fais...quasiment que de la descente ! On oublie toujours un peu de travailler cet aspect des courses et, autant il reste possible de travailler les ascensions même en « plat pays », autant le caractère spécifique des longues descentes de montagne (roulantes ou pas) est difficile à appréhender. Donc, pendant deux semaines, le moindre funiculaire, téléphérique, train à crémaillère sera prétexte à 1000 mètres de D-. Je ferai même la descente du Lauberhorn à Wengen et je peux vous garantir que le passage de la « Tête de Chien » face à la Jungfrau en courant à tombeau ouvert, ça se défend bien...

Bref, tout prêt, tout affûté, on va à Chamonix.

Se faire plaisir à Chamonix avant une course....

Nouveau challenge : passer quatre jours à Chamonix, avant une course, en se faisant plaisir, en profitant du lieu, mais sans se cramer pour la course.

Se faire plaisir à Chamonix, c'est crapahuter en montagne. Sauf que, bon, ça c'est pas hyper compatible avec « je vais crapahuter 170km pour meubler mon week-end ». La solution, en fait, c'est d'avoir sa chérie avec soi, un temps magnifique, des amis à voir.....et des coureurs à encourager sur d'autres courses.

Et donc, pendant ces trois jours de pré-course, nous enchaînerons les ballades tranquilles (chalet des Bossons), les moments partagés avec les amis (lézardage avec les « de Brignais » et les « de Guyancourt »), le décrassage de jambes (un petit demi-KV de Planpraz un matin pour moi juste parce que j'avais envie).

Tourisme aux Bossons avec Sab et Fa2

Et, surtout, un jeudi veille de départ génial, à aller encourager les kikous arrivant sur la TDS, avec une belle bande d'amis, aux Zouches...et même, pour moi, finir ladite TDS avec Mams. Un jeudi où, l'air de rien, je vais marcher plus de 20 kilomètres dans la journée, par une chaleur écrasante !

La famille des kikous encourage ceux de la TDS

Stupide de faire cela une veille de course ? Eh bien non. Je vais me retrouver avec une belle et bonne fatigue le jeudi soir. Du coup, au lit à 22 heures, je passe une nuit complète, sans gamberge, d'intense récupération et je suis au mieux le vendredi matin de la course. Il ne reste plus qu'à....glander toute la journée en préparant et re-préparant le sac, jusqu'à l'heure de la course.

Finalement, cette heure de départ à 18 heures, ce n'est pas si mal. Pas de lever aux aurores en général précédé d'une mauvaise nuit, pas de stress d'avant-course sur le contenu du sac, un long bout de journée pour réviser avec Elisabeth son propre parcours de suivi...et même une tentative (ratée) de sieste avant-course.

C'est donc totalement serein que je descends au départ avec Elisabeth et qu'on y retrouve Sab, Fa2 et TomTrailRunner.

 

Départ et Chamonix-Houches

L'ambiance de départ est quand même unique. C'est à la fois grisant et relativement décontracté (pour moi).

Je retiendrai de ce départ le grand délire de Yohann Métay, présenté comme « responsable du tracé de l'UTMB », au micro et qui va partir en live pendant 5 minutes, au grand désespoir des interprètes en anglais/espagnol/italien. Un grand moment de rigolade qui avait l'avantage de bien détendre l'atmosphère. Si quelqu'un a enregistré cela, Yohann lui-même aimerait bien avoir la bande-son.

Nous devons à un moment quand même nous résoudre « à y aller » et c'est avec Sab et Tom que je vais me placer dans le troupeau où il va falloir patienter 30 minutes. 30 minutes....que nous ne verrons pas passer, assis par terre à discuter tranquillement (enfin il me semble) dans....une fournaise (car il fait toujours très chaud, comme cela a été le cas toute la semaine).

(photo Marathonerre)

Sab est tendue. Ses résultats récents ont été en dent de scie, l'échec du Morbihan est encore présent dans la tête. L'inconnue est pour elle la distance et la durée. Je suis confiant pour elle, je sais qu'elle se battra jusqu'au bout car elle a des tas de raisons pour finir cette course. Et que, si cela ne le fait pas....ce n'aura pas été par manque de volonté. On sait tous deux qu'on ne se verra plus dès le départ donné, que les courses en duo c'est un peu loin derrière et que celle-ci n'est pas faite pour cela. Sa course, elle la fera en duo avec elle-même et avec le soutien de Fab qui n'a pas pu prendre le départ. J'espère avoir des nouvelles en route....je *sais* que j'aurai des nouvelles en route, car ma suiveuse de choc est là, bien là...et sera là tout du long.

Nous sommes sereins, avec Tom. Il a une grosse expérience de ce type de course, il sait que les coups de mieux succèdent aux coups de moins bien. Je suis dans le même état d'esprit. C'est donc assez naturellement que nous avons prévu de faire le début de course ensemble, jusqu'aux Contamines ou aux Chapieux et après « on verra ».

Le départ est un peu étrange, il nous prend presque par surprise. Tout d'un coup, la masse se met en route....et nous passons la ligne au bout de 5 minutes environ. L'ambiance est tout de même hallucinante, la foule est monstrueuse, cela fait un bruit d'enfer. Difficile de ne pas avoir les poils qui se hérissent.

J'ai bien sûr mon petit nez rouge du Rire Médecin, cela fait son petit effet en fendant la foule, je tape des dizaines de mains, nous faisons un peu les foufous avec Tom pour faire crier encore plus fort les spectateurs (qui ne se privent pas). Cela fait un peu l'accordéon, il faut être vigilants et il faudra le rester tout au long des 2 premiers kilomètres jusqu'aux Gaillands.

Assez rapidement, autour de nous, les coureurs entrent dans leur bulle, un étonnant sérieux est de mise. Moi, je continue à faire le clown, il faut bien en profiter puisqu'ensuite nous allons partir pour 40 (ou plus) heures de longue solitude (certes relative).

Le rythme est évidemment trop élevé et il est difficile de ne pas suivre. Nous courons autour de 9km/h, je pense sur cette section certes facile, mais piégeuse. J'ai toutefois l'avantage de bien la connaître, désormais, puisque je l'ai parcourue deux fois la veille. Et donc, l'accord avec Tom est clair : marcher toutes les côtes, même les petites. Et l'avantage de la sage expérience de Tom est évident : il sait ce qu'il faut faire, il le fait et nous évitons de nous griller.

Au bout de 3km, plus guère de spectateurs. Le peloton est dense mais le chemin est large donc on avance à sa vitesse sans soucis. Et les Houches arrivent finalement assez vite, avec le passage pas trop glamour par dessus la voie express où seuls ceux qui veulent se la péter warrior courent.

Donc, évidemment, avec Tom, nous marchons. Et nous zappons tranquillement le ravito en eau qui ressemble aux pires ravitos du marathon de Paris, avec des gobelets partout, berk. Ambiance géniale par contre, des spectateurs partout, un bruit d'enfer, c'est impressionnant. J'en raterai du coup (et Tom aussi) le superbe spectacle offert paraît-il par une supportrice italienne sur son balcon qui, d'après des murmures qui me sont parvenus, offrait au peloton le support de son corps (presque) tout entier.

Bref. Fini de rigoler, ça monte. Un coup d'oeil à la montre : Chamonix-Les Houches en 57' pour....57' prévues. Que dire de plus sinon qu'on gère comme des chefs ?

Les Houches-St-Gervais

La montée au Déleveret est souvent peu décrite dans les récits. Elle n'a rien de bien passionnant car elle se fait essentiellement sur des chemins de type 4x4, densité du peloton oblige.

Je m'attendais à plus de bitume, influencé par le parcours de la TDS, fait la veille, où les deux derniers kilomètres de descente sont sur route. En fait, ce sont des chemins plutôt caillouteux et....tout de même assez raides. Il fait encore chaud, il faut donc être prudent. Je garde les bâtons repliés à la main car je me connais trop dès que je les empoigne. De toute façon, Tom n'a pas voulu en prendre : il en utilise de moins en moins. Il se met donc dans son attitude favorite, les mains dans le dos et....j'essaie de suivre.

Car il monte bien, le bougre, même sans forcer. Une ou deux fois, il va légèrement me lâcher, au gré des dépassements ou du fait d'être dépassés. C'est un peu un combat permanent que de résister à l'envie de ne pas se faire dépasser. Pour éviter cela, au moins au début, je vais saluer les spectateurs qui sont sur le bord, notamment quand on traverse de petits hameaux. Je regarde le paysage : nosu longeons la piste de descente de Coupe du Monde, donc j'essaie de reconnaître les passages.

Je finis malgré tout par sortir les bâtons à peu près au milieu de la montée, je me sens vraiment plus à l'aise avec et, surtout je respire mieux (posture plus droite). Du coup, eh bien, on finit la montée un peu plus vite que je ne pensais....et le premier pointage officiel va le confirmer :

Déleveret, 2h06, 1474ème, pour 2h23 prévues.

Ce quart d'heure d'avance, je le vois et...je m'en doutais un peu. De toute façon, si nous avions respecté le roadbook, nous aurions été autour de la 2000ème place sur ce début, ce qui aurait quand même été lent. De toute façon, je sais à quoi va me servir cette avance...

Après une section plus ou moins à niveau où la pression collective nous fait courir, la pente s'infléchit doucement. Je repère l'endroit où le parcours de la Montagn'hard croise le nôtre, d'ailleurs le Mont Joly nous fait de l'oeil en face. Souvenirs, souvenirs. A l'année prochaine !

La descente devient plus marquée et.....j'accélère. Tom est un bon descendeur, j'aime ça aussi alors pourquoi ne pas en profiter ? Cela nous fait vite un petit pacman tranquille qui fait plaisir.

L'arrivée dans la forêt marque la sortie de la frontale, une fois passé le deuxième point où on croise le parcours de la Montagn'hard (que je mets un point d'honneur à identifier). Curieux que certains retardent ce moment le plus possible alors qu'un sous-bois sombre, il n'y a rien de plus traître.

La descente est longue et plus traître qu'il n'y paraît. Plusieurs coureurs demandent "combien de kilomètres" on va descendre. Je n'en sais franchement rien, je marche à l'altitude et je suis quand même étonné du nombre de coureurs qui n'ont aucune idée précise de la réalité du profil. Pour ma part, je sais que tant qu'on n'est pas à 850m, ça continue à descendre.

L'arrivée dans St-Gervais, c'est indescriptible. Il y a un monde de folie, ça a un côté Tour de France totalement grisant, presque plus qu'à Chamonix. Comme en plus, on fait bien soigneusement le tour de la place centrale (mettant un bordel monstre dans la circulation), c'est énorme....et on en profite bien avec Tom.

Visez le tee-shirt !

Et Elisabeth nous repère en plus sans problèmes, venue ici avec les navettes de l'organisation. Et Fab nous appelle également : sympa de voir ces têtes connues.

Stoots powaaaaa !

Que dit le chrono, alors ?

St-Gervais, 3h02, 1342ème, pour 3h29 prévues. Pointage en entrée du ravito où j'ai prévu 10 minutes. Donc 17 minutes d'avance.

L'arrêt ne durera même pas 7 minutes, le temps de prendre un peu de salé (saucisson, fromage) et de refaire le plein des flasques, à peu près vides.

St-Gervais-Les Contamines

Je recale l'altimètre qui indique 30 mètres plus bas que nous sommes et nous repartons en marchant tranquillement.

La sortie de St-Gervais est un peu barbante : il faut rattraper le Val Montjoie et le parcours fait ce qu'il peut mais ne peut éviter de longer de la route ou de passer en des endroits pas trop folichons.

Une fois franchie la rivière, on sait par contre que c'est parti pour une assez longue montée jusqu'aux Contamines. Oh, il y a seulement 300 mètres à monter en 10 kilomètres, rien de terrifiant.

Cependant, j'ai bien regardé soigneusement cette section (là aussi, les récits la zappent allègrement, le plus souvent). C'est hyper casse-pattes. On va en fait sans cesse monter et descendre au gré des humeurs du GR5. En réalité, on accumule 550 mètres de dénivelé positif.

Il faut donc bien veiller à s'économiser, ce sera une constante. Dès que la pente s'accentue, inutile de courir ou trottiner comme le font beaucoup. Marche solidement nordique, de toute façon je vais aussi vite...:-). Pour m'occuper....eh bien, je cherche les endroits où le parcours de la Montagn'hard croise le nôtre...décidément! Je suis d'ailleurs content de bien identifier ces deux endroits. Bon, OK, le Val Montjoie, ça commence à être mon jardin.

Tom est dans le même état d'esprit, ça fait plaisir. Nous formons un beau duo tranquille. Nous avançons plutôt bien, mais sans forcer. Dès que la pente devient plus raide, le pacman démarre, notamment sur le morceau de la route qui monte à St-Nicolas de Véroce (où soit dit en passant, c'est un gros bouchon....moi qui m'étais imaginé qu'il était possible de passer par là pour aller aux Contas en voiture !)

C'est quand même franchement avec un peu de soulagement qu'on retrouve enfin....le parcours de la Montagn'hard juste avant les Contas : cette section qui y marque le début de la montée du Joly et où j'étais scotché allègrement début juillet.

Je récupère les petites pensées que je m'étais laissé avec soin début juillet (oui, je suis comme ça, un peu neuneu) mais je suis bien content d'arriver à ce ravito....où le dernier violent raidard qui le précède en étonne plus d'un.

Le point chrono :

Contamines, 4h44, 1174ème, pour 5h06 prévues. Pointage en entrée du ravito où j'ai prévu 10 minutes. Donc 22 minutes d'avance.

Je gère ce ravito plutôt mal. Il est très peuplé et j'ai du mal à y récupérer une soupe sans la flanquer par terre. De même, je mets du temps à remplir les flasques. Je suis interpelé par le speaker qui remarque mon Bob l'Éponge acroché au sac et nous partons allègrement en délire avec moi qui lui raconte l'histoire familiale avec Bob. Avantage, par contre, cela me permet d'appeler Elisabeth en direct au micro et nous pouvons nous voir dans cette foule.

Autre erreur : je crois que ce ravito est un de ceux où se déroule l'étude des podologues (avec Sab, nous nous sommes portés volontaires pour une étude où des mesures de nos pieds seront prises en route, ainsi qu'un contrôle de nos répartitions de pression sur la plante des pieds). Mais après avoir tout traversé il m'est indiqué qu'il n'y a pas de podologues ici. Dans l'affaire, je passe donc plus de 15 minutes au lieu des 10 prévues. Et sans très bien m'alimenter.

Tom ne m'a logiquement pas attendu, me confirme Elisabeth. Je la laisse, ce sera donc le dernier bisou du soir. Elle va rentrer à Chamonix pour une (très courte) nuit et nous nous revoyons au Lac Combal dans 7 à 8 heures.

Les Contamines-La Balme

Je repars avec un capital de 17 minutes sur le roadbook, c'est plutôt bien.

Et une solide résolution : marche nordique. C'est la 5ème fois que je vais faire cette section Contas-ND de la Gorge en course, et la deuxième fois cette année. Je la connais par coeur. Et, encore plus dans ce sens, c'est un piège sournois. C'est si facile de courir.

Mais c'est encore plus rigolo, en fait, de se mettre en marche et de rappeler aux autres qui c'est Raoul quand il marche. Amusant, d'ailleurs, je pense à ce moment là à Bert qui doit être en train de faire pareil à l'autre bout du parcours de l'UTMB, du côté de Champex ou de Bovine. Bref, à donf à 8 à l'heure sur le plat, et la meuf genre teutonne à queue de cheval, là devant qui trottinne, elle doit pas me prendre un mètre.

J'ai bien failli en louper le camarade Sapi74 qui était posté vers le rond-point qui précède le parc de loisirs. On est tellement contents de se voir qu'on en oublie sa bouteille de génépi apportée spécialement. Faudra remettre ça encore une fois, dis donc !

Curieusement, le parcours ne suit pas le GR mais longe le camping du Pontet, puis revient vers la route de ND de la Gorge. Me revoilà pour 400 mètres dans le sens de la Montagn'hard (après la descente des Tappes). Décidément, on n'arrête pas de faire un MH-revival. Mais il y a "un peu" plus de monde (à la Montagn'hard, il n'y avait que ma famille et moi, à ND de la Gorge).

Nouvelle ambiance de feu au passage du torrent, ce sera la dernier signe de vie humaine en dehors des ravitos avant....très longtemps.

4 kilomètres, 33 minutes. En marchant. Il a de beaux restes, Raoul.

Et il part à l'assaut de Nant-Borrant. Ce sera le premier moment d'euphorie de cette course, ce ne sera pas le seul.

Une côte assez roulante, un peu raide, c'est mon terrain et, donc, j'envoie bien sur cette montée en vallée que je connais aussi par coeur. Certes les bâtons accrochent mal sur ces dalles lisses (qui peuvent être une horreur à la descente), mais je reprends énormément de monde. Je sens qu'il est temps de capitaliser de l'avance pour les futurs moments de moins bien ou les arrêts plus longs que prévu.

Et donc, même si l'évolution des pointages semblera donner l'impression que je recule, ce n'est en fait dû qu'à l'arret assez long aux Contamines et au fait (on le verra plus loin) que le pointage de la Balme est en sortie. En réalité, je dois reprendre une centaine de concurrents.

On arrive au Pont de la Téna, puis à Nant-Borrant, vraiment rapidement. Faudra que j'explique à Olivier que c'est quand même plus court par là pour aller de ND de la Gorge à Nant-Borrant et qu'on se demande pourquoi il fait passer sa Montagn'hard à La Chenalettaz...:-)

Un peu au-dessus de Nant-Borrant, le chemin 4x4 montre un répit en fond de vallée. Je dis un « au revoir » définitif au tracé de la Montagn'hard qui part vers le Col de la Fenêtre par un single à travers un alpage. Petit regret, ici...je m'offrirais bien un moment de solitude à aller monter par là (on peut ensuite rejoindre le Bonhomme).

Le spectacle à cet endroit est superbe car on voit toute ou presque la montée du Bonhomme, avec le ravito de La Balme au milieu. Et c'est une incroyable cohorte de frontales qu'on voit dessiner le chemin. C'est très impressionnant et, comme l'écrit Franck, il y a des airs de Saintélyon dans cette image (ce qui va conforter les Vrais Puristes que cette course n'est pas pour Eux, Vrais Représentants de l'Esprit Trail Saucisson).

Je picore encore du coureur jusqu'à La Balme, avant que le chemin ne devienne plus étroit, et c'est content, mais un peu fatigué, que j'arrive à ce ravitaillement posé en pleine montagne. Superbe logistique, d'ailleurs, car ce n'est pas un petit ravitaillement et il y a un monde fou, mais.....ce n'est pas trop la foire d'empoigne. Par contre, s'il pleuvait ce serait un peu la Bérézina...:-)

Il m'y faut une assez grosse pause. Je n'ai prévu que 10 minutes mais je sais d'avance que ce sera trop peu. J'ai faim et j'engloutis rapidement force fromages et saucissons (toujours le salé), plusieurs gobelets de coca. Et, surtout, je me poste étrangement devant le bénévole qui découpe des oranges et j'en débite les quartiers à la vitesse où il les coupe. Cela nous fait beaucoup rigoler. Je ne peux plus m'arrêter....alors que je n'en prends jamais sur les courses. Allez savoir, ce devait être ce que mon corps réclamait...:-)

Bref, 4 ou 5 oranges plus tard, il va falloir songer à y aller. En passant, j'espère que mon estomac va supporter les hectolitres acides que je lui ai fait avaler. Bah, j'ai l'immense chance d'avoir un estomac en béton, profitons-en.

Le point chrono :

La Balme, 6h42, 1288ème, pour 6h50 prévues. Pointage en sortie du ravito où j'ai prévu 10 minutes...et passé 10 minutes. Donc plus que 8 minutes d'avance. Or comme j'ai monté quand même "vite", je pense que le roadbook était un peu optimiste sur les montées « marchées ».

La Balme-Chapieux

Je suis au courant de cette avance sur le roadbook. Du coup, je cogite un peu : dois-je tenter de la conserver, voire l'accentuer, en essayant de viser plus ambitieux que 40 heures ? Faut-il être plus conservateur et la gérer tout simplement, notamment si je passe plus de temps sur certains ravitos comme cela m'arrive souvent ?

Je me décide pour la deuxième solution et essaie de me raisonner à ne pas avoir trop envie de dépasser dans la montée au Col du Bonhomme. Les jambes sont là, l'envie aussi. J'y réussis....disons à moitié. En fait, je me fais régulièrement des dépassements de groupes de coureurs, surtout quand ceux-ci discutent ce qui souvent m'horripile. J'ai plus particulièrement les coureurs espagnols dans le pif, pour cette raison, car ce sont d'incroyables bavards.

Curieusement, je me rappelle d'un dépassement, juste après la Balme, qui m'a pris un peu plus longtemps que les autres....et du nom du coureur qui avançait aussi bien en montée, car il avait son dossard dans le dos. Un certain Frédéric Gay...sur le moment, ce nom me dit quelque chose...on en reparlera.

Ce Col du Bonhomme se passe donc tranquillement, on enchaîne sur la traversée montante vers la Croix du Bonhomme qui sera le vrai sommet de cette section. La fin est un peu longuette, surtout qu'on devine un environnement superbe autour (le Beaufortain, quoi !) que, malheureusement on ne voit pas. Il faudrait pouvoir regarder en bas, voir le Vallon de la Sauce et le sentier où passe la TDS. Voir sur la droite cette crète des Gittes que tous les coureurs de l'UTB décrivent comme superbe (sauf sous l'orage, hein, vik ?). Mais on ne voit rien, il faudra se contenter de l'imagination.

J'ai quand même hâte d'entamer la descente. Cela fait quand même 25 kilomètres que nous montons....

Un petit point chrono en haut, au refuge de la Croix du Bonhomme :

Croix du Bonhomme, 8h24, 1167ème (là, c'est vraiment 100 places gagnées en course), pour 8h34 prévues. Me voilà donc avec 20 minutes d'avance sur le roadbook et il ne me semble pas avoir forcé. Par contre, je ne crois pas avoir regardé le chrono donc je ne le sais pas. En tout cas, ce roadbook était plutôt fiable jusqu'ici

Descente sur les Chapieux. Elle est souvent décrite comme « facile » avec une fin roulante. Elle est déjà....superbe avec cette cohorte de lumignons qu'on voit dévaler depuis tout en haut.

Le début est quand même piégeux. C'est du sentier d'alpage un peu comme la descente du Tricot côté Bionnassay, ou celle sur les Tappes depuis le Mont Joly, sur la Montagn'hard. Je me méfie toujours de ces chemins creux où on a vite fait d'avoir un pied qui bute sur le côté pour nous envoyer faire un roulé-boulé avant qui peut se terminer plus ou moins bien.

Je descends cependant assez vite. Là, clairement, deux choses paient : l'entraînement de l'été qui m'a donné plus d'agilité....et les Hoka Speedgoat aux pieds. J'ai pris le risque de mettre ces chaussures un peu fragiles, je vais probablement les massacrer, mais c'est un bonheur pour les descentes. Qui plus est, les lacets Alpurna à mémoire de forme sont adoptés. Le pied ne bouge jamais, cela me donne une assurance sans pareille...

....et, du coup....je manque de me faire une entorse 3 fois en 1 ou 2 kilomètres ! Surtout par inattention, d'ailleurs, mais aussi parce que j'« envoie » plutôt bien.

Cela me calme un peu : ce n'est pas la peine de prendre des risques stupides et la descente est longue, et la fatigue, au bout de 10 heures commence à être là. J'assure un peu plus en utilisant un peu les bâtons (je ne les utilise presque plus en descente).

La fin de la descente est facile, sur un chemin en lacets roulant où on aperçoit le hameau des Chapieux en bas....et, surtout, une vision ébouriffante de la colonne de frontales qui part, sur la gauche, vers la Ville des Glaciers puis, au loin, remonte au Col de la Seigne. On voit en fait près de 3 heures de course d'un seul regard. Wow.

Je termine un peu à tombeau ouvert sur le ravito. J'ai un peu puisé dans les forces pour faire ce final, mais j'étais assez proche de ces moments d'euphorie où on se sent invicible.

Et presque sans surprise, j'aperçois Caro qui attend son Franck. C'est énorme ce qu'elle fait. Ceux qui connaissent le coin savent ce que ça veut dire de conduire de nuit depuis les Contamines jusqu'aux Chapieux, via Megève, Beaufort, Roselend : 60 kilomètres de route de montagne, 1h45 en moyenne. Mais ça fait énormément plaisir de voir une tête connue et ce n'est donc pas que Franck qui bénéficie du suivi de Caro (Elisabeth n'a pas fait ce point de suivi : je n'aurais de toute façon pas été tranquille de la savoir seule sur ces routes).

Le point chrono :

Les Chapieux entrée, 8h58, 1085ème (et hop, 100 de plus à la régulière), pour 9h32 prévues. Me voilà avec 34 minutes d'avance !

Les Chapieux : tout le monde descend

Objectif de ce ravito : prendre le temps de bien s'alimenter et hydrater, poser un peu, aller voir les podologues pour l'étude....et repartir.

Nanti de ces bonnes résolutions, j'entre dans la tente et.....ça va mal. Le ravito est petit, bondé. Il faut se faufiler pour atteindre les tables, j'ai du mal à remplir les flasques. Je prends une soupe...et ai un mal fou à atteindre une table avec une place. Certains sont allongés sur les bancs....qui pourtant ne sont pas faits pour ça.

Soudain....je sens que j'ai la tête qui tourne, que j'ai chaud, je me sens de moins en moins bien. J'arrive de justesse à me poser sur un coin de table et commencer à avaler ma soupe avec difficulté. C'est brutal et inattendu : il y a quelques minutes, je gambadais dans la descente.

Cela persiste. Du coup, cela me coupe l'envie d'aller chercher du solide à manger, je vais avec peine cherche un deuxième bol de soupe, mais ça ne va guère mieux. Je ne supporte pas cet espace confiné, cette foule.

Comme je dois aller voir les podologues pour faire les mesures de l'étude, je choisis de faire cela. Il faut changer de tente, la tente médicale est bien moins étouffante, tant mieux. Le podologue m'accueille et on démarre les mesures. Debout sur la table à mesurer les pressions, il mesure longueur du pied, largeur puis on fait la mesure "ortho-statique" : rester debout, droit, immobile, en fixant un point sur le mur en face.

Et là, je pars.... Je sens progressivement un voile noir qui me descend devant les yeux, j'ai de plus en plus de mal à rester immobile, je me concentre, mais c'est limite, je pars, je pars, je paaaaars. « C'est bon, on a fini tu peux y aller » qu'il me dit. Ah oui, mais là, j'ai comme un souci, j'ai vraiment failli m'écrouler. Je le dis au podo, il me regarde et, sans surprise, me suggère d'aller m'allonger, me demande ce qui ne va pas. Je lui dis que j'ai vraiment failli tomber dans les pommes, que ça tournait déjà un peu dans le tente du ravito.

Hop, direction un lit pour s'étendre. « Bouge pas, j'appelle la médecin ». Purée, qu'est-ce qui m'arrive, quoi ? J'ai soudain la trouille que la médecin constate un truc qui la fasse m'arrêter mais, sur le coup, je suis bizarrement peu inquiet. Etrange comme sensation.

La médecin vient, me fait un petit interrogatoire sur comment je me sentais avant, comment ça allait en course. Je lui explique la soudaineté de ce début de malaise, la tente bondée, etc. On prend la tension et la glycémie. La tension est un poil basse (11-7) mais loin d'être anormale. Pouls normal. Glycémie normale. Pas de signe de déshydratation. La médecin est rassurante : « repose-toi quelques minutes et on voit ». Je reste étendu, ça fait du bien de fermer les yeux un peu, d'avoir du calme.

En quelques minutes, effectivement, je me sens à nouveau normal. Plus de vertiges, pas de sensation de froid, de frissons ou quoi que ce soit. J'ai un « go » de la médecin pour repartir.

Je décide de ne pas retourner dans la tente du ravito. Je me suis quand même alimenté un peu, j'ai de quoi manger avec moi au besoin, je veux désormais sortir de ces Chapieux.

Il reste un passage au contrôle des sacs. À l'extérieur. C'est assez rapide. Il m'est demandé de montrer la veste et la couverture de survie. Et, justement, la veste, cela me fait penser à la mettre : je sors d'une longue pause au chaud et j'ai froid.

Le temps de la mettre, le coureur qui me suit m'interpelle : « tiens, mais c'est bubulle ». Et voilà....le Frédéric que j'avais repéré juste après la Balme. Il se présente : fred_1_1. Mais ouiiiiiii. Fred, je l'ai déjà bouziné quelques fois et donc, son "vrai nom" s'était imprimé quelque part dans mes neurones.

Du coup, il me propose de repartir ensemble. Eh bien, que voilà une proposition sympa car je sais que la section qui vient va être un peu longuette et comme je ne suis pas au mieux, un peu de compagnie sera appréciée.

Le point chrono :

Les Chapieux sortie, 9h40, pour 10h02 prévues. Malgré ces aventures, j'ai mangé assez peu de mon avance. L'arrêt a été de 42 minutes, alors que j'en avais prévu 30. On est raisonnable.

Les Chapieux-Lac Combal

Il faut y être prêt : j'y suis prêt. Les Chapieux-Ville des Glaciers, c'est près de 5 kilomètres de plat montant à tout de même 4-5%. On aurait envie d'y courir. On peut y courir. Mais, sauf à être dans le top 200, ce type de section passée à courir, c'est un long effort au cardio, de précieuses calories brûlées, de l'énergie consommée et pour gagner quoi? Faisons le calcul.

En courant, un coureur de mon niveau va aller à 8,5km/h maxi. Soit 35 minutes. Une marche nordique un peu rapide, à 7km/h, donne 43 minutes. Soit 8 minutes de gain. Ces 8 minutes valent-elles de s'exploser ?

C'est donc en bavardant tranquillement, mais avec ma « marche nordique un peu rapide » que Fred et moi avançons sur ce chemin. Le contraste est frappant avec la section qui a précédé les Chapieux. Au lieu d'une file presqu'ininterrompue de coureurs, on a un coureur, ou un petit groupe, tous les 20-30 mètres. La densité a fortement diminué.

Fred est déçu de ce début de parcours : la partie Chamonix-Contamines ne lui a pas du tout plu, à lui l'homme des montagnes iséroises. Le Beaufortain (qu'il a sauf erreur couru cet été) étant passé de nuit....il n'a pas pu en profiter. Il partait sur un objectif de 35h, mais il convient que c'est mal barré. Je suis d'accord avec lui.:-)

Cette section passe finalement assez vite, grâce à la compagnie de Fred. La veste va assez rapidement tomber, je retrouve un peu de peps même si je ne suis pas dans une forme olympique. Le coup de barre des Chapieux a laissé des traces.

Il nous faudra au final 40 minutes (soit un peu plus de 7km/h, qu'est-ce que j'avais dit ?) pour arriver au pied de la vraie difficulté : le Col de la Seigne. L'avantage c'est qu'on voit où on va : il suffit de suivre le serpent lumineux. Amusant, d'ailleurs, de voir deux petites frontales bien plus haut, sur la gauche. Peut-être des randonneurs ou alpinistes en direction du Refuge Robert Blanc ?

Au début de la vraie ascension du col, Fred m'indique qu'il va partir à son rythme. Rythme impressionnant, je dois dire : il va me mettre 7 minutes dans la vue sur cette ascension. Et pourtant, j'avance plutôt bien. Pas, comme souvent, à une vitesse très élevée : je dépasse un peu mais suis parfois un peu dépassé. D'ailleurs, au milieu de l'ascension, j'ai besoin de m'arrêter un coup pour m'alimenter. Effet logique de ne pas avoir pu assez le faire aux Chapieux. C'est là qu'on apprécie les compotes et barres qu'on a parfois l'impression de trimbaler pour rien.

Merci, Fred, pour ce bout de chemin fait ensemble.

L'ascension est longue....et monotone. Pas très difficile, elle demande surtout d'éviter de sombrer dans un faux rythme. La lune nous fait depuis une petite heure quelques apparitions au dessus des sommets au Sud (Pointe Léchaud, etc.). Cela apporte une petite lueur fantômatique au paysage. De plus en plus fantômatique en haut du col : eh oui, c'est le début de l'aube. On commence à distinguer les formes des montagnes, c'est toujours un moment magique et unique sur ces courses...et en plus, j'ai bien visé, je vais avoir le lever du jour pendant le passage à la Seigne et aux Pyramides Calcaires. Pas comme ces losers en tête qui sont à Bonatti...:-)

Donc, hop, Col de la Seigne. Avant, c'était le point culminant de l'UTMB, mais maintenant, on nous a rajouté une petite cerise sur le gateau. Bougez pas on va en reparler de la cerise....

Mais avant, notre petit point chrono :

Col de la Seigne, 12h pile, pour 12h25 prévues. Là aussi, comme pour les Contamines, le plat montant a été un peu sous-estimé, mais je reste globalement avec cette petite avance.

Je ne m'attarde pas et entame la courte descente qui suit. Pas très difficile, mais cela fait un moment qu'on n'a pas descendu, il faut se dérouiller. Je prends mon temps, pas la peine de s'emballer, je préfère me préparer au terrain plus difficile qui suit. La nuit se termine....

2/3 mots au bénévole qui signale la bifurcation vers le col des Pyramises Calcaires, pour lui demander s'il est vraiment sûr qu'on monte. C'est que le chemin qui continue en direct jusqu'au refuge Elisabeta a l'air tellement facile...:-)

Le voilà donc, ce col des Pyramides Calcaires. Le jour est aussi arrivé et je suis un des premiers à éteindre la frontale et la ranger. A demain, petite frontale ! Un peu étrange de se dire qu'il faudra bel et bien la remettre à un moment....

Le rythme général a bien baissé. On a l'impression qu'un peu tout le monde est dans le dur. Sans être difficile, cette montée d'environ 250D+ est différente de ce que nous avons connu : sentier moins marqué, navigation entre des rochers, marches importantes.

J'en profite pour larguer le petit groupe que j'ai rejoint dans la descente. A nouveau, je vais grapiller des places dans cette montée, en essayant de terminer le col avec de la place devant moi car je pressens que ce sera difficile de dépasser.

J'essaie dans la mesure du possible de profiter du paysage, il est somptueux. Ce secteur des Pyramides Calcaires, très minéral, belledonien en diable, vaut vraiment le détour...même si, sur le coup, on maudit un peu le traceur pour cette montée supplémentaire.

Le passage au col révèle le Val Veni avec le jour levé, une mer de nuages à hauteur du Lac Combal et une lumière magnifique sur le versant italien du Mont-Blanc, l'arête de Peuterey et l'Aiguille Noire (un géant de granit sombre très impressionnant). Il faudrait rester longtemps ici, mais je suis un peu dans ma bulle, très focalisé sur la course. Peut-être a posteriori un petit regret que de ne pas en avoir assez profité sur ce plan. Ce n'était pas l'état d'esprit du moment, on va se dire.

Col des Pyramides Calcaires (photo Mazbert, environ 30 minutes avant que je ne passe)

Le point chrono :

Col des Pyramides Calcaires, 12h38, pour 12h57 prévues. 19 minutes d'avance, quelques petites minutes de grattées sur le roadbook. A noter qu'à cet instant là, je ne regarde plus guère le roadbook et les temps de passage prévus. Je sais vaguement que je suis en avance car je me rappelle plus ou moins que mes temps de passage donnaient un lever du jour sur la fin du Col de la Seigne.

Descente des Pyramides Calcaires. Comme l'écrit Franck : bienvenue en Belledonne. Sauter de rocher en rocher, trouver le moins pire chemin dans les pierriers, course quasi impossible, bâtons utiles ou pas, difficile à dire. Ce qui est clair, c'est que l'UTMBiste moyen n'aime pas trop..:-). Je gage un peu que nos amis hong-kongais ou singapouriens goûtent peu l'exercice. Et tous les espagnols ne semblent pas avoir été élevés aux cailloux des Pyrénées.

Depuis le Lac Combal, les frontales descendent du Refuge Elisabeta à gauche, et des Pyramides Calcaires, à droite. Photo prise par Elisabeth à son arrivée

Bref, c'est pas simple de se frayer un chemin, les allures sont TRÈS différentes. Je me sens bien à l'aise là-dedans et je pourrais dépasser à tour de bras....sauf que c'est loin d'être simple et je vais difficilement en vouloir aux autres de ne pas se ranger systématiquement. Même si elle a diminué, la densité de coureurs reste notable et les plus lents passeraient leur temps à laisser passer des plus rapides.

Soyons modestes, soyons humbles, c'est aussi mon leitmotiv sur cette course. Et soyons patients. Oui, je vais peut-être perdre 5 ou 10 minutes...et alors ? Donc, je laisse tranquille le Monsieur japonais devant, qui galère un peu ainsi que Madame. D'ailleurs à un moment, il me demande fort aimablement si je veux passer, ce que je fais, bien sûr. Aligatô domo, Ichige-san.

Plic, ploc, plic, ploc, d'un caillou à l'autre, le bubulle sautille.....tiens un coureur avec un tee-shirt vert que j'ai déjà vu. Mais, diantre, c'est Maître de Brignais, super-Franck-j'ai-un-objectif-de-43h-que-je-suis-en-train-d'exploser !

Un petit coucou à Franck qui me dit qu'il y va tranquillement et qui est d'ailleurs un peu surpris de voir que j'étais derrière. Bin oui, que veux-tu, je me prélasse aux ravitos, aussi..:-)

Près du refuge Elisabeta, on sort de ce mini-chaos de cailloux, nous revoici dans une montagne civilisée. J'ai une pensée pour notre Maîtresse des Neiges du Mordor qui détestera probablement cette descente des Pyramides. Mais c'est un roc, notre Sab, elle va survivre et les manger tous dans la montée de l'arête du Mont-Favre ou de Bertone, j'en suis alors persuadé.

Je dévale à fond de train vers le Lac Combal. La perspective de retrouver Elisabeth (je SAIS qu'elle aura trouvé moyen de se lever assez tôt, c'est trop elle, ça) est une motivation de première. Et qui croyez-vous qui soit au bout de cette ligne droite près des tentes dans ce lieu superbe...mais un peu glacial ?

Les coureurs repartent du Lac Combal autour de 6h du matin, une heure avant que je ne passe (photo Elisabeth)

Eh oui, c'est le Duo Magique de Suiveuses, les reines du roadbook GPS, les Maîtresses du Waze-guidage, du sac de couchage à l'arrière de la voiture, du marshmallow grillé et du thermos de thé. Caro From Brignais attend son Franck et Elisabeth m'attend, moi. Il est 7h du matin, y'a à tout casser 2 ou 3 autres suiveurs, mais les nôtres sont là ! Entre ça et deux bols de soupe au ravito, devinez ce qui requinque le plus ?

Bon, en relisant ce que j'ai écrit, je vois que je compare Elisabeth et Caro avec deux bols de soupe.....Je vais avoir des soucis, moi.


Du coup, j'ai quelques nouvelles des petits camarades : Mazbert passé voici 1/2h, Tom passé il y a 1/4h...mais aussi Sab passée un peu près des BH aux Chapieux, et les copains qui sont dans Belledonne (merci au Live Kikourou) qu'on avait commencé à suivre dans la journée du vendredi.

J'imagine un peu où peuvent se trouver Vik ("dans le Morétan" doit être la réponse), ElNuma (dans la descente du Morétan), l'inoxydable Xavier (puisque Françoise a arrêté), etc. Amusant.

J'arrive à ce ravito plutôt en bon état. Pourtant, c'est une des sections les plus longues sans ravito, depuis les Chapieux. J'ai faim et j'engloutis donc mes 2 ou 3 bols de soupe réglementaires, un peu de salé, je ravitaille les flasques, rien que de très banal. Pendant ce temps, Franck arrive et c'est donc la première fois que nous nous voyons vraiment depuis le départ. Il est vraiment bien quoiqu'un peu fatigué à cet instant.

Le point chrono :

Lac Combal, 13h27, pour 13h30 prévues. 1086ème, 155 places gagnées depuis la Seigne....mais ils étaient où ces 155 coureurs ? 13 minutes d'avance. Ah, j'ai perdu 6 minutes...:-). Or, vu que je suis descendu comme un aigle (ou presque), le roadbook ne devait pas trop tenir compte de la difficulté du terrain ! Je reste environ 15 minutes à ce ravito, un peu plus que prévu...

Lac Combal-Courmayeur

Je repars tranquillement, il faut rester en mode gestion jusqu'à Courmayeur. Donc pas question de courir même si c'est un plat descendant. Pour gagner combien de minutes, hein? Je ne vais pas vous refaire le calcul, n'est-ce pas? ;-)

Cela me permet de profiter de l'ambiance très particulière de ce tout début de journée, avec ces nuages fantômatiques, cette lumière d'une clarté incroyable qui se lève sur le Mont-Blanc, un moment un peu hors du temps....

...qui se termine par le brutal démarrage de l'ascension vers l'Arête du Mont-Favre. Je me remémore la TDS, cette descente que j'avais faite en suivant vaille que vaille Mazbert qui était bien plus agile que moi. C'est une montée sérieuse. De celles qu'on oublie un peu vite quand on regarde un profil un peu rapidement, mais il y a près de 500 mètres de dénivelée, tout de même, donc il y en a pour 3/4h à 1 heure.

Je monte relativement à l'économie. Nous sommes assez espacés, il y a donc peu de challenge à dépasser des coureurs. Je m'efforce juste d'éviter de me faire remonter, question de fierté...:-). Je veille surtout à penser à l'hydratation : même si nous sommes encore à l'ombre, la chaleur va vite monter et il faut éviter tout de suite de passer en surchauffe. Le protocole des 2 gorgées tous les 50D+ est réactivé.

J'atteins au final le point de contrôle assez tranquillement, mais un peu fatigué. Du coup, je m'octroie 5 minutes de pause, compote à la clé...et vue magnifique devant les yeux. Le Mont-BLanc est devant nous, presque à le toucher, la vallée du Val Ferret se dévoile, avec les Grandes Jorasses et la Dent du Géant (pensée à mon papa qui l'a prise 3000 fois en photo), on aperçoit le Grand Combin très loin au fond. Les 5 minutes sont bien investies.

 

Le point chrono :

Arête du Mont-Favre, 14h31, pour 14h46 prévues. 1033ème...encore plus de 50 places gagnées (la plupart au ravito, je pense). Mon 1/4h d'avance est toujours là. Quelle précision, ce roadbook...ou bien c'est moi qui suis un métronome.

C'est parti pour la « descente ». En fait de descente, c'est une longue section vaguement descendante dans un terrain assez roulant. Je cours bien dans les parties descendantes, je marche si ça remonte, le rythme est régulier, je me réserve pour la descente raide sur Courmayeur.

Un peu de distraction : nous croisons plusieurs équipes de la PTL, en route pour le col de la Youlaz, puis le col de Chavanne. Encouragements mutuels, petites tapes au passage, c'est très très sympa. Une excellente idée de faire se rapprocher les deux parcours.

Dans cette descente à nouveau, je dépasse allègrement dès que c'est possible. Le chemin est étroit, je me rappelle des petits bouchons de la TDS, mais on arrive à bien passer et tous les autres coureurs collaborent très aimablement : Gracias, Grazie, Merci, Aligatô, Xiexie, Thank you......j'essaie de ne pas me tromper de merci, ça occupe. Bon, pour le letton, j'ai encore du travail (« paldies »), mais je n'ai pas croisé mon « letton » de la Montagn'hard.

Col Chécrouit. Franck dir qu'il y avait un super ravito ici. Euuuuuuh, je sais pas. J'ai complètement zappé ce ravito. J'ai hâte d'arriver à Courmayeur, je sais que les jambes vont piquer, autant qu'elles piquent tout de suite.

Le point chrono :

Col Chécrouit, 15h21, pour 15h42 prévues. 1017ème...mon petit arrêt au Mont-Favre m'a couté un peu de place. Par contre, là je suis allé bien plus vite que prévu et me voilà avec une bonne demi-heure d'avance.

De la descente, je n'ai pas grand chose à dire. J'imaginais qu'on la faisait un peu comme on montait la TDS : largement sur des chemins de 4x4 ou pistes de ski. Et je m'apprêtais donc à envoyer lourd.

Mal préparé, cet itinéraire, Monsieur Bubulle. En fait, arrivé au Plan Chécrouit, on enquille un single en forêt très particulier. Très étroit, il est presque impossible de dépasser. Extrêmement poussiéreux.

Un grupetto se constitue derrière un coureur hispanique qui a un plutôt bon rythme. L'ambiance est assez sympa. Le gars descend assez bien. J'irais peut-être un poil plus vite mais pas tant que ça et, finalement, ça a son avantage de débrancher le cerveau et juste attentivement suivre le coureur de devant sans se poser de questions. Cette descente qui est un peu interminable en paraît un peu moins longue.

Seul perturbation sur notre groupe d'une vingtaine de coureurs : un hurluberlu arrivé derrière le groupe se met en tête de dépasser en prenant des risques un peu idiots et en nous faisant prendre des risques. Je suis hors de moi et....je l'agonis d'injures quand il me dépasse...puis quand il continue avec ceux de devant en passant réellement n'importe comment.

Je suppose qu'il ne doit pas comprendre le français car au vu de ce que j'envoie cela pouvait se finir avec embrochage aux BlackDiamond Carbon-Z. Mais ça devait être un polono-tchéco-roumain (j'ai à peine entr'aperçu le drapeau du dossard) et je ne sais pas bien prononcer «  gros connard » en moldo-slovaque.

Bref. Connardovski et puis c'est tout.

On continue ensuite avec notre leader espagnol que je vais m'empresser d'aller remercier dès qu'on arrive près de Courmayeur sur une route et que le groupe se dissoud. Il ne parle pas français et pas mieux anglais, mais, avec mon espagnol de bar à tapas, j'arrive à lui faire piger que c'est trop sympa ce qu'il faisait et qu'il descendait comme un chef et que je lui souhaite une bonne course et on se retrouve à Chamonix.

Arriver à Courmayeur sur cette note, quoi de mieux ?

Sympa cette arrivée, d'ailleurs. Il y a plein de suiveurs de coureurs, d'habitants du village. Ce sont les premiers humains qu'on voit en dehors des ravitos et des bénévoles pointeurs, depuis ND de la Gorge, l'air de rien. Et tout ce petit monde nous dit des tas de trucs gentils en français et en italien.

Grazie, grazie, grazie, grazie.....je me répète beaucoup sur ce dernier kilomètre.

Tour du gymnase (remember nokkage de pieds pour la TDS, Sab), récupération du sac d'allègement...et hop, Super Suiveuse est là, fidèle au poste...avec bien sûr, Super Suiveuse n°2 qui attend « le sien ».

Courmayeur, 45 minutes d'arrêt, buffet. Les voyageurs pour Champex, Chamonix changent de chaussettes, en voiture s'il vous plait.

Avant d'y entrer, le point chrono :

Courmayeur entrée, 15h53, pour 16h25 prévues. 962ème...une cinquantaine de coureurs passés, probablement surtout en grillant le ravito de Chécrouit. 22 minutes d'avance : j'avais prévu une descente probablement trop rapide mais, bon, il y a de la marge...

Hôtel Courmayeur

Ça commence mal. La zone assistance est un bordel sans nom. Nous devons entrer dans le gymnase et attendre dans une espèce d'endroit mal foutu avec des chaises un peu partout. Pendant ce temps, notre assistance tente de se frayer un chemin pour passer le barrage d'une espèce de gorille au féminin qui, soit laisse passer à peu près n'importe qui (genre une famille entière), soit prend la tête des personnes qui veulent légitimement passer pour retrouver "leur coureur".

J'attends Elisabeth devant, comme un imbécile, mon sac à la main. Je ne la vois même pas dans la queue qui semble s'être formée pour entrer. Je sais pourtant qu'ensuite, elle ne pourra venir avec moi dans la zone réservée aux coureurs, donc je voudrais bien quand même la voir ! Du coup...j'attends stupidement.

Au bout de 5 minutes, malgré tout, je finis par aller me pêcher une chaise pour me poser. Le chantier est incroyable : il y a du monde partout, les familles entières avec certains coureurs, des assistants qui squattent les chaises. Nul, nul, nul.

Elisabeth finit par me rejoindre et je peux enfin me concentrer sur le fait de me changer. C'est idiot, j'aurais pu commencer, mais je guettais trop pour qu'elle me trouve dans ce bazar. Je ne voudrais pas que les heures d'attente se réduisent pour elle en une poignée de secondes avec moi.

"Bronzage" made in Courmayeur

L'organisation du sac d'allègement paie. Je suis rapidement changé. Malheureusement, je reste couvert de poussière, résultat de la descente....et il n'y a de toute façon pas de douches. Dommage, cela m'aurait fait un bien fou. On va en reparler.

Nous nous débrouillons bien, je fais le nécessaire, je n'oublie pas de changer les Pom'Potes (remember Super Collet) et, en 5 minutes environ, je suis prêt à passer dans la zone coureurs.

Recommendation : « essaie de dormir un peu si tu peux, même juste t'allonger » . Sir, yes, Sir, j'vais essayer.

La zone coureurs, c'est bien, c'est calme. Objectif n°1 : descendre un plat de pâtes. Objectif atteint en quelques minutes...c'est bon !

Objectif n°2 : faire popo. Là, par contre, c'est la cata. Toilettes attenantes à...des douches (alors que le règlement disait qu'il n'y en avait pas, tabernacle !), sol immonde, deux toilettes seulement dont une inutilisable par manque de PQ (stupide que je suis, je ne pense pas que j'en ai des tonnes dans mon sac). Je dois attendre près de 10 minutes debout avec les intestins qui se tordent.....bad bad bad choice.

Me voilà plutôt mal, du coup. Bon, allez, je vais voir les podos pour l'étude et on verra si je peux m'étendre dans la zone médicale ou dans le mini-dortoir.

Et là, chez les podos, le même problème qu'aux Chapieux ! Je l'avais annoncé au podologue qui faisait l'étude, et il était donc vigilant...mais j'ai bien failli repartir dans les vapes lors du test statique. Et hop, re-médecin. Une première me prend le pouls et annonce qu'à son avis ma tension n'est pas à plus de 9. ARG! Si c'est ça, je vais me faire arrêter. Heureusement, en la prenant au tensiomètre, on trouve encore 11-7. Encore un peu bas, mais rien de terrible. Du coup, elle me conseille repos pendant quelques minutes. Le responsable des podologues, un gars hyper sympa (que je retrouverai à l'arrivée) s'inquiète de moi, m'installe bien...et appelle même une autre des podologues : tant qu'à faire j'ai demandé si on peut regarder les petits débuts d'ampoules que j'avais strappés aux petits orteils, aux Contamines.

Et pendant 10-15 minutes, je vais me faire dorloter les pieds, nettoyer une petite plaie que j'ai sur la malléole et que j'avais "cachée" derrière un Compeed (note : les podologues détestent les Compeed et les déconseillent formellement sur les ampoules et plaies). Cela me fait un bien fou. Même sans dormir, je me détens, je vais avoir des pieds tout neufs.

Je me sens à nouveau bien. Retour ensuite dans la salle coureurs, je complète un peu l'alimentation, refais les pleins, un dernier point avec le sac d'allègement et je m'y jette.

Un arrêt très long, donc. J'avais prévu 45 minutes, je suis resté à Courmayeur pendant.....1h30 !

Malgré cela, Elisabeth m'attend encore à la sortie (quelle patience !). Elle m'indique que Franck est passé pendant ce temps (ça fait deux fois qu'il me dépasse au ravito, le bougre !) et que Tom est reparti depuis près d'une heure. Eh bien, c'est bien, il fait comme il a prévu, Tom, il va à son rythme.

Et notre rituel point chrono :

Courmayeur sortie, 17h29, pour 17h00 prévues. 1184ème...Je perds plus de 200 places sur le ravito, vu le temps que je m'y suis prélassé. Je sais heureusement qu'Elisabeth va rassurer les amis via le relais SMS/Suivi live...

Courmayeur-Arnuva : aux taquets, couteau entre les dents

J'ai la très ferme intention de reprendre ce « retard » d'ici Arnuva, ainsi que de démarrer enfin la partie de pacman que j'attends. Le terrain m'est favorable, il fait une chaleur d'enfer et je supporte cela très bien. Bref, ça va chier..:-)

On traverse tout Courmayeur, dans les rues, avec des encouragements de tous les passants, c'est très sympa : grazie, grazie, grazie. Pic pic pic...ça fait du boucan, les bâtons, sur le goudron, mais ça envoie du steack.

Je démarre cette montée vers Bertone en mode guerrier. Il est interdit de me dépasser sinon je mords...:-). Et cela accélère progressivement pour une montée ultra-solide où je passe mon temps à dépasser. Souvent je compte les coureurs dépassés, ça m'occupe, mais là j'oublie. Hydratation régulière, il fait vraiment très chaud désormais et je vois ponctuellement des coureurs plutôt mal en point....bien que la montée soit partiellement à l'ombre : arrivés en haut, il va y avoir du dégât jusqu'à Bonatti.

Arrivée à Bertone (photo Mazbert)

760 mètres de dénivelé en 1h25, soit un très honnête 600m/h.

Point chrono :

Bertone, 18h45, pour 18h21 prévues. 1076ème...ça c'est du pacman. Par contre, étonamment, je "perds du temps" et ai désormais 34 minutes de retard. Cela m'énerve un petit peu, je dois dire..:-). Arrêt : même pas 5 minutes, comme prévu.

Malgré les appels des bénévoles à la consommation de Mojito, malgré les envies possibles de prélassement au soleil sur ce balcon superbe sur les Grandes Jorasses et le version italien du Mont-Blanc, qu'est le refuge Bertone, je ne reste que 5 minutes.

Et je repars encore plus aux taquets sur la longue traversée vers Bonatti. Là, c'est un peu plus l'inconnue : pour être efficace, il faudrait pouvoir courir souvent sur ces sections alternant sans cesse petites montées et petites descentes. Je décide en fait de courir les descentes, le plat....et de marcher les montées (non sans systématiquement courir les 10-20 premiers mètres de côte, ainsi que les derniers mètres).

On croise plein de randonneurs qui s'écartent gentiment. Ils ont tous un mot d'encouragement, j'ai toujours un « Grazie ! Merci ! » en réserve.

Traversée Bertone-Bonatti (photo Mazbert)

La traversée n'en finit pas. 2 ou 3 fois, on croit arriver au refuge, mais ce n'est qu'une maison d'alpage. Je sais qu'il faut traverser au moins un gros torrent avant le refuge, mais il y en a d'autres avant. Bref, c'est pas que je sois impatient, mais vivement Bonatti. En plus, on ne peut même pas se repérer à l'altimètre : nous passons notre temps à osciller entre 1950m et 2050m. Si, encore, on suivait une courbe de niveau bien proprement, mais non, c'est encore un chemin tracé par un de ces vicieux de montagnards qui va se débrouiller pour que tu fasses 500D+ entre deux points qui sont quasiment à la même altitude.

Par contre, ça picore encore allègrement, le bubulle à moteur, je me sens des jambes de feu, j'envoie bien quand il faut courir, je pic-pique bien quand ça monte, je mouille la casquette au moindre filet d'eau.

Juste au pied du dernier raidillon (150D+, quand même) vers Bonatti, je retrouve à nouveau le compère Franck. Il m'indique être un peu carbonisé, mais il gère au mieux. Du coup, j'arrive juste avant lui au refuge Bonatti et c'est moi qui ai l'heureuse surprise d'y trouver....Caro et les garçons, montés depuis la vallée. Ça, je crois, ce n'était pas prévu et ça va lui faire plaisir, à Franck.

Sur ce ravito aussi, j'essaie de faire un pit-stop formule 1, je n'ai toujours qu'une idée en tête : rattraper le « retard », envoyer du bois, faire se pâmer les foules en délire dans le suivi live Kikourou (a posteriori, ça a marché moyen : Arclu devait être trop concentré dans le ménage annuel de son appart'). Franck, aussi, fait un pit-stop ultra-rapide : on est quand même durs avec nos suiveurs : Caro et les garçons sont montés pendant 45 minutes pour apercevoir Franck environ 3 ou 4 minutes..:-).

J'ai le temps de me voir salué par un kikou mais,...je ne me souvients plus qui, malheureusement. Dénonce toi !

Point chrono :

Bonatti, 20h07, pour 19h51 prévues. 979ème...Encore 100 de dépassés...une bonne partie, probablement du fait de l'arrêt éclair à Bertone. Enfin, le moral revient, j'ai « récupéré » la moitié du retard, plus que 16 minutes.

Et c'est la mi-course, en théorie. En temps, du moins. Ça motive.

Et je repars encore sur-motivé en direction d'Arnuva. C'est assez frappant de ma course, cette attitude, en fait. J'ai des sensations totalement différentes de l'Échappée Belle où les circonstances m'avaient rapidement mis « en mode finisher », sans plus faire attention au chrono, sans esprit de compétition et tout cela. Dans un mode assez contemplatif, finalement.

Là, je suis clairement dans un état d'esprit différent. Je sais que je vais finir. À l'Échappée Belle, aussi, mais parce que j'y avais un genre de motivations extérieures pour le faire et je savais qu'elles m'aideraient dans les moments difficiles. Là, je sais que je vais finir parce que, d'une manière ou d'une autre, je me sens costaud pour cela, que je vois que le physique suit parfaitement, que le mental va être comme d'habitude. Et donc, je me suis mis dans une énorme bulle dès le départ. C'est pour cela que je n'enverrai aucun SMS, que je n'en lirai aucun. Pas que je n'apprécie pas cela (et même a posteriori, je regretterai de ne pas avoir donné d'indications sur ma course en dehors de ce que pouvait relayer Élisabeth), mais parce que « ça ne colle pas ».

C'est donc ainsi que je repars de Bonatti. Je passe à l'étape suivante. L'étape suivante, c'est Arnuva, je connais le détail du terrain presque par coeur, je crois bien que c'est une partie qui me convient bien. Ce retard, je vais le refaire.

J'attends la descente avec un peu d'impatience (bon signe, ça : en général, quand ça commence à moins aller, on redoute les descentes). Je dépasse à nouveau Franck (décidément), un peu en trombe..:-).

Juste avant la descente, je reviens sur une jeune femme à couette qui avançait bien, déjà dans la montée, mais démarre la descente par un joli dépassement d'un petit groupe. Je suis. Je lui emboîte même le pas.

Cette descente va être torride. D'un commun accord, Misty et moi (elle est sud-africaine, je la croyais américaine) nous relayons : elle m'a proposé de passer quand je l'ai rejointe, je lui ai vite indiqué que son allure me convenait bien (son allure de course, s'entend....enfin, le reste aussi, certes, mais ce n'est pas ma préocupation première, si si , chérie, je t'assure). Du coup, hop, on va se relayer deux ou trois fois et on dévale cette descente comme des dingues. Elle m'indique qu'elle revit un peu car elle a pris un peu cher après Courmayeur, et surtout de Bertone à Bonatti.

Bref, 250D- (oui, c'est assez court, presque trop court) en 14 minutes. Quand on a 20 heures de course dans les pattes, presque 1100m/h en descente, ça remet du beaume au coeur.

Mega-check en bas avec Misty, on se souhaite bonne chance pour la suite (elle terminera, en 45 heures).

J'arrive donc à Arnuva en trombe, juste pour apercevoir Élisabeth......et Fafa ! Ça, c'est une bonne nouvelle, alors, que de pouvoir voir Fabrice, que je n'ai pas croisé depuis St-Gervais.

Et, encore mieux, je retrouve aussi.....mon compère Tom. Il a eu plus de mal que moi depuis Courmayeur, est un peu dans le dur, et il vient de se faire une grosse pause sur ce ravito, avec une petite sieste.

Pour ma part, je serais quasi prêt à repartir encore aussi sec, motivé par les litres d'adrénaline que j'ai dans les veines. Et c'est le fait d'avoir amis et suiveurs qui me calme un peu. J'en profite pour me ventiler un peu : et vas-y que je déambule torse nu dans ce ravito façon Tarzan. Je mange peu, mais je bois énormément...et surtout nous papotons quelques minutes, avec Franck (qui est arrivé 10 minutes après moi), Tom, Fa2 et Élisabeth.

J'y apprends que Sab est en train de se battre contre les BH : elle a atteint Courmayeur à 1h25 de la BH, est restée sur cette base vie pendant 1 heure et est donc ressortie à 10 minutes de la BH. Elle a 5 heures pour venir ici : comme il m'en a fallu moins de quatre, je suis optimiste pour elle : une montée qui lui convient bien, une traversée assez roulante qui, si elle peut courir, lui fera gagner du temps...et une descente pas trop technique. Je suis optimiste pour notre amie. Et puis, c'est une guerrière, on le sait.

Point chrono :

Arnuva, 21h04, pour 20h49 prévues. 917ème... Le pacman continue, même si je n'ai pas encore récupéré tout le « retard ». Au final, d'ailleurs, malgré ce que je pense avoir été une section excellente (Courmayeur-Arnuva en 3h40 : Caro Chaverot le fait en 2h56 et Ludo Pommeret en 2h32), j'ai repris peu de temps au roadbook, donc il était plutôt optimiste, le bougre.

Cela dit, tout ça c'est l'analyse a posteriori. On a l'impression que j'avais un chrono dans la tête : en fait, c'est faux. Je n'arrivais vraiment pas à calculer tout cela. Je savais juste que j'étais dans les temps prévus, et j'étais alors très très fier de cette chevauchée sur les pentes du Val Ferret.

J'en suis d'ailleurs encore très fier...:-). Allez, passons à la suite...

Arnuva-La Fouly

Et je repars....avec Tom ! Il me dit qu'il n'est pas encore super vaillant, mais qu'on va monter le Grand Col Ferret tranquillement. Il a l'air content qu'on se soit retrouvés. Moi aussi, en fait. Rien de tout cela n'était évidemment planifié, mais il devait être écrit que nous aurions un duo à jouer sur cette course. Franck indique qu'il ne va pas tarder, mais il n'est pas prêt à repartir quand nous démarrons.

Je donne le rythme pour commencer, sur le premier raidillon. Ce sera « piano ». Nous sommes en plein cagnard, il est 3h de l'après-midi.

Tout le monde est lent sur cette partie. Il n'est plus guère question de pacman. Inconsciemment, je m'accorde un répit, initialement en me disant que si Tom est moins bien, je ne voudrais pas le larguer alors que nous marchons si bien ensemble. En réalité, il est bien à mon rythme et je ne peux en fait pas aller plus vite. Nous revoilà en phase, en fait : moi sorti de mon euphorie et lui qui reprend progressivement du poil de la bête. Je sens que nous allons faire un bon bout de chemin ensemble !

La chaleur accable tout le monde et nous montons à une vitesse homogène, relativement lente. Le moindre abreuvoir est prétexte à mouillage de casquettes, par contre, nous évitons de remplir les flasques et je décourage un japonais de le faire car il y a des troupeaux un peu partout autour.

A partir du Refuge Elena, la pente se ré-accentue à nouveau, mais sans excès, puis peu à peu on aperçoit le col qu'on va atteindre après un grand détour sur la droite.

Arrivée sur le Grand Col Ferret (photo Mazbert)

Nous sommes quand même bien contents d'atteindre le col, avec Tom et je propose une petite pause, notamment pour s'alimenter un peu (on trinque à la compote !). Et c'est alors que nous avons la belle surprise de voir arriver Franck, qui est parti 9 minutes après nous. Il a fait une superbe montée en 1h22 et il part quasiment aussitôt dans la descente car il pense ne pas pouvoir y courir et ne veut donc pas trop perdre de temps.

Point chrono :

Grand Col Ferret, 22h51, pour 22h40 prévues. 884ème... Et 4 petites minutes de récupérées dans la montée, malgré notre vitesse plutôt lente (480m/h).

Grand Col Ferret (photo Mazbert)

Après 5 bonnes minutes, nous remettons le moteur en route. Nous sommes un peu justes en eau et il n'y en a pas ici, il faut descendre sur 4km jusqu'à La Peule pour en trouver. C'est donc au petit trot que nous amorçons la descente....et que nous allons rester jusqu'à La Peule. Je dépasse donc Franck pour la troisième fois de cette course, il descend en marchant tranquillement car il n'a plus de quadris.

Nous avons la chance, avec Tom, d'avoir quelques restes de ce côté là et c'est d'une bonne allure que nous effectuons cette descente facile, en nous relayant régulièrement. Le duo fonctionne superbement et c'est très motivant d'être à deux sur cette section un peu longue.

On passe rapidement La Peule, on peut récupérer « de l'eau de nos montagnes », comme nous dit le sympathique bénévole qui tient ce ravitaillement additionnel...et nous continuons cette interminable descente (plus de 10 kilomètres entre le Grand Col Ferret et La Fouly),en récupérant ça et là quelques coureurs. Heureusement que nous sommes plutôt bien et, encore une fois, à deux car c'est très long et un peu barbant. Tom retrouve ici des paysages qu'il a vus sur la X-Alpine et nous évoquons ensemble cette course.

Sur la fin jusqu'à La Fouly, il faut vraiment un gros moral. On est en fond de vallée sur un chemin style 4x4 quasi plat....heureusement que nous nous relayons. C'est réellement une grande chance d'être tous les deux. Je pense un peu à Franck qui, par contre, va faire cela tout seul, ça risque de lui sembler long (il mettra effectivement 30 minutes de plus que nous pour descendre).

Sur le dernier kilomètre, nous retrouvons Alex et Thomas, les fils de Franck, qui montaient à sa rencontre. Nous leur donnons des nouvelles en indiquant qu'il est possible que Franck mette encore du temps à arriver. Et, au ravito, c'est Caro qui est là, fidèle au poste. Elisabeth n'a pas prévu de monter ici, cela lui faisait un peu long....et elle aurait risqué de nous manquer.

Au final, cette descente a été longue et a bien entamé nos cuisses, mais nous avons été très efficaces. Nous nous accordons donc un break bien mérité. J'avais d'ailleurs prévu 1/4h à ce point de ravito...et j'ai l'impression que beaucoup de coureurs autour prennent plus longtemps.

Point chrono :

La Fouly, 24h29 (tiens, nous avons passé le cap de la journée de course !), pour...24h27 prévues ! Nous voilà pile dans le roadbook. Classement : 856ème et ce, malgré le petit arrêt au col, où une vingtaine de coureurs avaient du passer.

L'arrêt au ravito me sert surtout à souffler et me poser. Un peu ravitailler, mais pas tant que ça, j'attends Champex (même si c'est à 2h30 ou 3h), l'important est la coupure. Elle durera 19 minutes. Pendant ce temps, je discute un peu avec Caro qui me donne des nouvelles....et malheureusement celle de l'arrêt de Sab du fait de la BH d'Arnuva. Je suis très déçu pour elle et cela me donne un coup au moral : elle tenait à cette course et je la trouvais forte en elle-même au départ. Je suis même étonné qu'elle n'y soit pas arrivée, je pensais qu'elle passerait. Évidemment, j'ignorais alors qu'elle avait souffert le martyre avec ses pieds et qu'elle n'aurait peut-être pas continué, de toute façon. Je suis confiant que Fabrice va pouvoir lui remonter le moral.

Allez, il est temps de se sortir les idées noires de la tête, il faut y aller. Tom m'attend d'ailleurs un peu et je pense que nous avons intérêt à repartir ensemble vu comme cela fonctionnait bien jusqu'ici.

La Fouly-Champex

Bon, là, le fait est qu'avec des cuisses très dures, je nous vois déjà faire les *quatorze* kilomètres qui séparent ces deux villages suisses, entièrement en marchant. Et donc y passer 3 heures. C'est d'ailleurs ce qu'il y a sur le roadbook. Donc, il va falloir un gros moral car les paysages sont moins passionnants (fond de vallée)....même s'ils sont très « carte postale suisse ».

D'un autre côté, sur les premiers chemins roulants, nous nous disons que, finalement, nous devrions être contents car l'organisation pourrait nous faire aller de La Fouly à Champex en passant par la Cabane d'Orny, comme sur l'X-Alpine. Ce serait superbe, mais une autre paire de manivelles...:-)

Ce qui me surprend, c'est qu'au bout d'un moment, un peu par ennui, nous nous remettons à trottiner tranquillement, aussi motivés par le fait que les coureurs autour (dont un trio d'espagnols) courent également....et nous avons quand même un petit reste de compétitivité...:-)

Progressivement, le rythme se donne. Nous marchons quand même sur les sections plates et les petites remontées (car il y en a quelques-unes) et nous « courons » sur les secteurs descendants.

C'est sur cette section qu'on traverse plusieurs villages et hameaux au caractère très suisse et où la tradition est que les enfants des familles organisent des mini-ravitos sauvages au bord de la route. C'est la fin de journée, en ce samedi, et les familles sont assises devant leurs maisons à encourager la course. Donc, si on ne profite pas de paysages ébouriffants (on préférerait être « en haut »), l'ambiance est par contre très sympathique.

D'ailleurs, au moment pile où Tom m'expliquait qu'il avait du mal à digérer le coca sur les ravitos, deux enfants sont au bord de la route, avec une simple bouteille de Coke. Trop sympa, allez je m'arrête. Je n'ai pas plus soif que ça, mais s'hydrater c'est toujours une bonne idée....et ça fait une coupure. « Merci ! ». « Sans compliment. ». On est bien en Suisse, tiens....

Mais tout ça, c'est quand même vraiment long, nous sommes impatients d'arriver à la côte vers Champex, qu'on aperçoit sur la gauche de la vallée, à 400 mètres au-dessus de nous.

Eh oui, 400 mètres, tout de même. Cette côte de Champex n'est pas souvent citée sur les récits, et elle n'est pas négligeable, pourtant. D'ailleurs, j'ai amorcé le décompte des côtes restantes et je la compte dedans : il en reste quatre.

Nous atteignons enfin le village d'Issert, qui va marquer le début de la côte. Petit arrêt pour sortir les frontales qui vont devenir utiles dans la forêt (il est 20h30 environ).

Pendant cette descente, l'orage se met à gronder aux alentours. C'était un peu annoncé, mais il semble que nous allons bien y avoir droit. Ce qui serait bien, serait d'atteindre Champex avant l'orage.

Je vais donc presser le pas dans la côte et imprimer un rythme bien solide. Tellement qu'à un moment, je perds Tom qui a des problèmes avec sa frontale, mais je ne m'en rends pas compte, croyant l'entendre derrière.

Plusieurs groupes sont dépassés en passant. A nouveau, nous avons retrouvé un bon rythme de montée, j'ai l'impression d'aller plus vite qu'au Grand Col Ferret.

La fin de cette côte est par contre interminable. Qui plus est, mon altimètre est déréglé (merci l'orage qui fait baisser la pression atmosphérique....et fait croire à la Suunto que nous sommes plus haut qu'en réalité) et lorsque nous dépassons les 1520 mètres d'altitude alors que Champex est à 1470. Désespérant. Surtout qu'il arrive même qu'on redescende quelques mètres. J'EN AI MARRE.

Enfin, enfin, enfin, ce ravito de Champex est là. Bon, la dernière côte de 380D+ en 50 minutes, on peut mieux faire (450m/h), mais on fera avec. Les dernières pentes se sont faites sous un peu de pluie mais c'est pour l'instant très raisonnable (par contre, ça gronde fort au dessus, je n'aimerais pas être à Bovine ou Catogne)

Champex City : reconstruction du guerrier

Commençons déjà par le point chrono barbant :

Champex entrée, 27h29 pour 27h40. Revoilà l'avance sur le roadbook. Nous avons mis bien moins que 3 heures (pour comparaison, Caro Chaverot met moins de 2 heures, et Ludo Pommeret environ 1h30....donc restons modestes). Classement : 762ème. Là, je pense que les abandons à La Fouly y sont pour plus que notre partie de pacman, tout de même.

Le programme est simple : retrouver Elisabeth, changer de tee-shirt, manger solidement, aller faire l'étude podologique et profiter de la « priorité » d'accès aux kinés qu'elle donne pour se faire reconstituer les cuisses.

Je vais me tenir exactement à ce programme. L'organisation du ravito est très suisse et il est facile à Elisabeth de me rejoindre. Un tee-shirt propre et sec (et porte-bonheur : celui de la Montagn'hard 2015) et je ne change rien d'autre. J'ai décidé de faire toute la course avec les Hoka Speedgoat, j'y suis royalement bien dedans.

Comme souvent sur les ravitos, nous nous perdons de vue avec Tom. Je lui ai de toute façon indiqué que je prendrai probablement mon temps ici et que s'il souhaite partir avant, je ne m'en formaliserai pas. Je sais inconsciemment que nous ne finirons pas ensemble, je pense qu'il a un peu plus de réserves que moi à cet instant.

Se changer, manger, tout ça passe assez vite. Je passe donc à la suite de mon programme : la tente médicale. Je sais que je ne dormirai pas car je n'ai pas sommeil. Allons nous faire chouchouter.

On commence par les podos. Le responsable à Courmayeur m'a conseillé de dire à son collègue que le test ortho-statique ne me réussissait pas et de le zapper. Mais je tiens à le faire : je me sens bien mieux. Et il se passe bien.

Je demande si c'est possible de regarder du côté des pansements d'orteils, que je sens s'être un peu déglingués...et si par miracle une kiné serait dispo pour un massage.

J'ai une chance de fou : ils ont peu d'activité et, du coup, me voici avec un podo par pied et une kiné par cuisse ! Et, comme JuCB dont je viens de lire le récit de la Montagn'hard, je ne peux que vous conseiler, si vous en avez l'occasion sur un ultra, de profiter de la présence de kinés et/ou podos. Ces gens sont des magiciens.

Pendant 15 ou 20 minutes, je ne sais, huit mains vont s'occuper de moi. On papote tranquillement : le fait d'avoir une fille kiné ouvre des espaces de discussion, surtout quand on se met à parler des IKE (si vous avez fait une école kiné en France, vous savez ce que sont les IKE).

Bref, je ressors de cette tente avec des pieds neufs et, surtout, des cuisses totalement neuves. MEME PLUS MAL !

Bon, il pleut un peu des cordes, par contre, c'est pas la gloire quand je reviens dans la tente et que je retrouve mon ange de patience de suiveuse....avec l'inamovible Caro qui est avec son Franck (encore lui, pffff). Elisabeth m'indique que Tom est reparti car je suis resté plus de 30 minutes dans la tente médicale, je n'ai pas vu le temps passer.

Par contre, le bruit de la pluie me fait choisir de mettre l'armure intergalactique : on va faire causer les Schmerbers avant de partir à l'assaut de Bovine, je me souviens trop du déluge de la Montagn'hard et de la façon dont j'étais trempé. Après hésitation, je ressors même le fameux pantalon imperméable ainsi que les surgants. Au moins, ce matos obligatoire, il va servir. Et, à ceux qui se gaussent souvent de ce fameux pantalon imperméable, qu'ils l'essayent : quand il pleut fort, c'est excellent, en tout cas le mien.

Par contre, le confort, c'est bof, mais si nous devons avoir deux heures de pluie drue, j'apprécierai de rester sec en dessous. Donc, je repars en mode guerrier....et 6 minutes après Franck qui a juste mis sa veste imperméable.

Au revoir à Élisabeth : rendez-vous à Trient dans 2h45, dit le roadbook.

Champex sortie, 28h51 pour 28h25 prévues. Bon, me voilà à nouveau en retard. Évidemment, j'ai passé....1h30 sur ce ravito ! J'ai quand même du perdre des places, mais il n'ya a pas de classement sur le pointage de sortie.

Champex-Trient : la chevauchée fantastique

L'ambiance en sortie est glauque. Il pleut, le sol est trempé, on n'y voit rien, on longe le lac par une route. Cette section s'annonce comme pas drôle. En plus, les vêtements de pluie sont excellents pour rester au sec mais moins confortables : je sens que je vais avoir chaud.

Par contre, je sens mes jambes toutes neuves qui ont envie d'en découdre et, une fois quitté la route pour un chemin empierré en descente, je commence non pas à trottiner, mais à courir. Et vas-y que je redépasse par petites paquets.

En plus, il s'arrête de pleuvoir. Je décide de faire le pari : arrêt, je pose le sac, je me dé-harnache, je vire tout : veste, pantalon imperméable (il aura fait 3 kilomètres), surgants, manchettes. Me voilà en tee-shirt pour la nuit.

Et je repars....à tombeau ouvert ou presque. Cela ne s'appelle plus trottiner, là. Je n'ai plus mal aux cuisses, je COURS.

Evidemment, Plan de l'Au arrive vite, la pente s'inverse, nous voici dans la montée de Bovine. Il paraît qu'il y a quelques années, elle était plus dure car, si j'ai bien compris, on allait un peu plus haut dans l'alpage. Mais là, déjà, la pente est sérieuse....mais Super-Bubulle a empoigné les bâtons et fait donner la cavalerie : les grands pas, l'application dans le mouvement, ça carbure. PLus on avance, plus je rattrape une à une les rares frontales. L'un d'eux me lâche même : « ah tiens, y'a de la vie, j'avais l'impression d'être tout seul ». Si, si, y'a de la vie : à peu près un coureur tous les 100-200 mètres....et le BubulleGV qui fait l'avion entre eux.

Ça y est, je sens la douce sensation de la drogue dure qui s'écoule dans les veines, le moment où, sur un ultra, tu te mets à te sentir invincible. Cela m'avait un peu manqué à la Montagn'hard sur la fin, ça me rappelle en fait l'Origole en duo avec Bart.

Je ne vais pas la voir passer, cette montée de Bovine. Je ne peux rien en dire d'autre que cette montée insensée à ce qu'il me semble. Les relances en trois pas lors des dépassements, en mode « t'y penses même pas » (oui, bon, l'adrénaline, ça rend con aussi, un petit peu).

Le son des cloches du troupeau de l'alpage arrive vite, on passe près d'un bâtiment, le sol est bien trempé (eh oui, l'orage), ça doit être ça, Bovine. Meuh.

La vue sur la droite est magnifique et vertigineuse : on est au-dessus de Martigny, à proprement parler : nous à 2000m et la ville à 500m. Le point haut de cette section est un peu difficile à détecter : ce sera donc a posteriori que je constate qu'en fait d'aigle, je suis monté de 700 mètres en 1h28 : un peu moins de 500m/h, y'a pas non plus de quoi se relever la nuit...:-)

Mais, par contre, dans la tête, j'ai volé et ce n'est rien à côté de ce qui suit.

Je passe le pointage de La Giète et je m'y arrête pour refaire le plein des flasques. C'est un peu idiot, mais bon.

Le point chrono :

La Giète, 31h21 pour 31h09 prévues. J'ai déjà récupéré 14 des 26 minutes du retard de Champex. Mais là, je ne le sais plus car j'ai perdu le roadbook quelque part. Donc, d'ici l'arrivée je vais être à l'estime....et très bien m'en porter. Me voilà 731ème : 30 places de gagnées alors que le pointage précédent était avant Champex, donc avant l'heure et demie d'arrêt.

Et c'est parti pour la descente. Là, c'est totalement incroyable pour moi. Je me lance comme un timbré dans cette descente. Je n'utilise même pas les bâtons alors qu'usuellement sur un terrain un peu instable, ils servent à me rassurer.

C'est n'importe quoi. J'en oublie toute prudence, moi qui reste souvent timoré en descente. Certes, le travail de l'été est en train de porter ses fruits car je me sens sûr et je ne peux pas faire de bêtiiiiiiiiiii.....

.....ses....Badablang. Au dépassement d'un petit groupe, je suis arrivé très vite dessus, me suis annoncé et ai normalement attendu que le dernier coureur m'indique de passer (je ne suis pas un mufle, quand même). Je me lance pour passer sur le côté dans des cailloux un peu instables mais c'est un groupe de 4 et j'ai sous-estimé la difficulté du dépassement. Je me loupe et prends une magnifique gamelle. Pas de bobos, mais j'ai eu de la chance.

Je repars donc...un peu plus prudemment. Enfin, tout est relatif, je continue allègrement à dévaler. Le pire est que je fais cela avec à notre droite des pentes assez impressionnantes qui vont tout droit sur Martigny, moi qui suis capable de passer presque à 4 pattes sur la crète du Joly.

Le Col de la Forclaz est atteint très rapidement, nosu passons un petit replat, je dépasse un japonais que j'ai déjà vu plusieurs fois et je m'offre un petit répit en marche nordique sur ces quelques centaines de mètres plats. C'est alors que j'entends le japonais revenir en trottinant derrière. NOMEHO !

J'accélère la marche. Il semble accélérer, je l'entends se rapprocher encore un peu. Je monte à près de 9 à l'heure, il continue, le bougre. NOMEDIDON TOI. Nous sommes donc là, tous les deux, commes des idiots, à plus de 7 heures et 30 kilomètres de l'arrivée, à nous bagarrer pour la 735ème place...environ. Et, du coup, je me redémarre à la course, sur ce replat, de plus en plus vite, comme si je sprintais à l'arrivée d'un semi. Nawak.

Une fois que le japonais a fait seppuku devant cet échec qui brise son honneur, je peux repartir à dévaler comme un débile le single qui plonge vers Trient. Des fois que je puisse gagner 15 ou 30 secondes, c'est super important, vous pensez bien.

Hop-là, Trient, c'est fait. On nous fait faire quelques tours et détours dans le village, je vais voir Elisabeth arriver, ou être postée au bord de la ligne au niveau du pointage.

Personne.

Je passe la ligne. Bip. Pas d'Elisabeth.

Je rentre dans la tête du ravito. Pas d'Elisabeth. Je balaie du regard le coin des suiveurs et le mouroir qu'est ce ravito. Nada.

C'est malin, je réalise ce qu'il s'est passé. J'ai du aller tellement vite...que la pauvre n'est pas réveillée ! C'était à peu près le seul moment qu'elle avait pour dormir, de la nuit.

Je suis dans la merde. En fait, je voudrais repartir aussitôt, j'ai toujours ma pêche d'enfer, je refais le plein d'eau, je pourrais prendre des saucissons et des fromages, et repartir en les grignotant.

Mais je ne vais pas lui faire ça. J'imagine trop sa déception si elle débarque après que je sois repartie, prévenue par le SMS de Livetrail. Je demande au speaker de l'appeler des fois qu'elle ne m'aie pas vu, ou soit dehors, ou allez savoir quoi....

A part voir soudain quelqu'un réagir à l'annonce de mon nom, rien. Je me résouds donc à sortir le téléphone et essayer de l'appeler. C'est là que randoaski, kikoureur avec qui j'ai souvent échangé, mais jamais croisé, vient me voir. C'est lui qui a réagi en entendant mon nom. En temps normal, je serais super content de le voir, mais là, je suis focalisé sur l'absence d'Elisabeth. Pas pour moi : en réalité, je n'ai pas besoin de son aide.....mais pour elle. Elle fait ces nuits de folie pour moi, elle ne mérite pas cette déception.

Et enfin, elle apparaît, décomposée, stressée. Elle a été réveillée en sursaut par le SMS de Livetrail, s'est jetée en dehors de la voiture, a empoigné le sac et là voilà....pendant que mon téléphone est en train de récupérer, aux prix suisses, une bonne centaine de SMS envoyés par les amis (ça va donner, la facture du mois d'août !).

« Mais comment tu as fait ? Tu as mis beaucoup moins que prévu ! ». Euh.....bin, j'ai foncé...:-). Et, en plus, je n'utilise même pas le sac qu'elle a trimbalé avec elle. J'en suis vraiment tout décomposé de lui avoir fait ça....:-(

Bon, au final, ce sera un souvenir...mais pas le meilleur de cette nuit.

Et le chrono, alors ?

Trient, 32h22 pour 32h25 prévues. Et voilà, retard rattrapé avec cette descente de dingue (1200m/h). A ceci près que, du coup, j'ai passé 26 minutes à Trient au lieu des 15 du roadbook...et des 5 que je voulais passer. Donc, en sortant, je suis pile dans le roadbook, à nouveau.

Mais je ne pouvais pas repartir comme ça. Impossible. Et comme j'ai encore les jambes en feu, eh bien, je vais continuer, n'est-ce pas ?

Trient-Vallorcine

Et donc, c'est reparti : « plus que deux », je continue à compter à l'envers, quand même.

Pic poc, pic poc, attaque de Catogne à la marche nordique. C'est un peu moins agile que Bovine, mais le rythme est bon, la motivation est là. Je ne sais pas trop à quoi m'attendre : les compte-rendus sont souvent imprécis sur cette section. En gros, je m'en suis fait une image mentale comme « c'est pareil que Bovine ».

La différence avec Bovine, c'est que j'entends derrière moi, un autre pic-poc bien régulier, qui semble se rapprocher. On dirait qu'un autre est en forme derrière...:-). En attendant, j'ai décider de compter les concurrents dépassés pour m'occuper (oui, c'est futile, je sais). Et, éventuellement, ceux qui me dépassent. Ça occupera.

Pic poc, pic poc. Un, deux, trois , quatre.....

C'est arrivé à 7 que le pic-poc derrière arrive derrière moi. Il va clairement un peu plus vite. Je me laisse donc dépasser en me mettant sur le côté. « Thank you »....« je t'en prie...». Allez : +7, -1

Je suis de loin, tout de même, notre différentiel est faible. Et, soudain, le gars bute sur un autre coureur. Ce chemin est très étroit, c'est difficile de dépasser, donc l'usage tacite est d'attendre qu'à un moment ou un autre, le coureur dépassé se décale. On fait alors un coup d'oeil sur le dossard, on essaie de décoder le drapeau qui est dessus, et de sortir le bon "merci" (grazie, gracias, aligatô, xie-xie, thank you, danke, dak, tak....).

Sauf que là, le type devant, il ne bouge pas une oreille. Y'a un drapeau russe sur son sac, je le vois. Mais le coureur qui m'a dépassé a beau être dans son pas...et moi de même derrière lui....le russe ignore cela superbement.

Je me dis qu'à un moment ou un autre, mon dépasseur va soit demander le passage, soit finir par passer. Mais rien ne se produit. Je vois peu à peu s'éloigner devant une lumière rouge clignotante qui semblait être un autre coureur qui monte bien.

Cela devient saoulant. Si on fait encore 100 mètres comme ça, le russe, je l'embroche. Donc, finalement, n'y tenant plus, je lance un « pojalusta » et je passe un peu sèchement les deux coureurs en lançant quelque chose comme « on ne va pas y passer la nuit, non plus ». Et pour le « spassiba », tu repasseras.

Je m'attends un peu à ce que l'autre coureur rapide profite de l'occasion, mais il n'en est rien. Il va visiblement rester scotché comme ça jusqu'en haut, étonnant. Bin, du coup : 0-8, alors...

Et du coup, ça continue : j'enfile les dépassements comme des perles. Le compte s'arrêtera à 35 en haut, juste avant le pointage de Catogne où je finis par dépasser le tchèque au clignotant rouge.

Catogne, je ne refais pas l'erreur de la Giète : je ne m'arrête même pas et me mets à dévaler.

Catogne, 34h04 pour 34h20 prévues. 16 minutes de moins que prévu, et 78 places gagnées depuis Trient (ce qui confirme qu'on dépasse autant, voire plus, au ravito, qu'en course). Et 600m/h sur cette montée...c'est même mieux que Bovine.

Je démarre la descente moins vite que la précédente. Les cuisses se font à nouveau sentir un peu, l'euphorie totale est passée, je retrouve un peu de prudence et j'assure avec les bâtons. Du coup, d'ailleurs, le coureur tchèque clignotant repasse. Mais ce sera en fait le seul dans cette descente.

L'avantage d'aller un peu plus prudemment, c'est que je ne loupe pas le deuxième panneau que Bert a mis à notre attention, à Sab, Fa2 et moi. En effet, Bert avait emporté pendant la CCC deux affiches qu'il a accrochées, l'une dans la montée de Champex....que j'ai ratée...et l'autre dans la descente vers Vallorcine, que je vois.

Grosse bouffée d'émotion que de savoir que les compères de la Mordor Rire(s) Team sont en pensée avec moi. Certainement tous dans leur lit à cette heure (Sab a du finir par rentrer, après son arrêt, accompagnée de Fa2, et Bert doit récupérer de sa belle CCC, dont Elisabeth m'avait donné le résultat, à Courmayeur). Je pense aussi à notre Raya, qui doit suivre tout cela de chez lui et s'est langui toute la semaine de ne pas être avec nous. « Quelle belle équipe on fait », c'est ce que je pense, perdu en plein montagne à 4h25 du matin. Je suis déjà impatient de nous voir rempiler au Raid 28.

Je suis aussi déjà impatient de les retrouver à l'arrivée car, bien sûr, je sais qu'ils seront là, tous (si je savais...).

En attendant, il faut penser à descendre. Et cette descente, elle est compliquée. Le chemin dans la forêt est truffé de racines et cailloux, un vrai piège. Je pense à Caro Chaverot qui y a vécu un calvaire l'an dernier, je pense aussi à être prudent, à ne pas renouveler les folies de la descente sur Trient, ce serait quand même stupide.

C'est aussi un grand souvenir que ce single qui dévale sur Vallorcine. Car c'est la montée des Posettes du marathon du Mont-Blanc, à l'envers. Ce marathon du Mont-Blanc que je faisais, en 2013, en duo avec Sab et qui reste sans conteste un de mes plus beaux souvenirs de course (ma première en montagne). Ce single où Sab était intenable et montait à un rythme d'enfer comme si elle avait fait ça toute sa vie et où, moi, je m'accrochais comme je pouvais derrière...:-).

Réellement, sur la presque totalité de cette descente, j'aurai ainsi été assailli de ces émotions. Tout ressort, alors que j'étais jusque là plutôt d'une grande concentration, un peu en mode « machine ». Mais chez moi, quand ça sort....ça sort...:-)

38, 39, 42 (trois d'un coup).....les dépassements continuent pendant ce temps. Même si je vais prudemment, je descends toujours bien....et on arrive enfin sur les 100 derniers mètres de cette descente, avec Vallorcine qui apparaît. Ce pré avec une pente folle où nous grimpions à la queue-leu-leu il y a 3 ans, sur ce MMB, avec Elisabeth qui hurlait « allez les kikous » depuis tout en bas...et qu'on entendait encore 100 mètres plus haut.

C'est une bouffée d'émotions qui arrive en même temps, tous ces souvenirs, j'ai du mal à les retenir. Je suis en train de terminer l'UTMB. Si on m'avait dit ça quand je prenais le départ de ce marathon du Mont-Blanc.

On passe le passage à niveau. Ouf, il n'est pas fermé. Mon compte de dépassés restera donc à 53.....ça m'aura bien occupé...:-)

Et, évidemment, « elle » est là, au bord. Et elle a reconnu le ballet des gants blancs dans la nuit. Et elle ne dit que j'ai encore recommencé et que je suis encore en avance sur les prévisions mais qu'elle ne s'est pas faite avoir, ce coup là.....:-)

Le point chrono :

Vallorcine, 35h05 pour 35h22 prévues. 581ème (ce qui correspond aux coureurs que j'ai comptés). Ah tiens, marrant, j'ai un peu perdu de temps sur le roadbook, je ne le découvre qu'en écrivant ce récit ! Je suis alors persuadé d'être en avance et Elisabeth aussi l'est (persuadée, pas en avance).

Je veux faire un ravito rapide, mais Elisabeth insiste pour que je prenne un bol de soupe (j'en ai pris à chaque ravito : elle a raison, c'est la meilleure combinaison pour hydratation, ingestion de salé, et alimentation en général).

Je profite de sa présence pour changer de tee-shirt à nouveau. Après tout, c'est agréable de revenir au sec, pourquoi se priver. Enfin, vu qu'une horribble douleur fort mal placée me torturait un peu dans toute cette descente, je profite aussi de la présence de ma Super Suiveuse pour utiliser la Nok qu'elle trimbale et aller m'en oindre ledit endroit...:-)...amis poètes, bonjour. Mais je peux vous confirmer que la Nok, ça marche aussi par là. Je suis sûr que Yohann Métay apprécierait.

Au final, 15 minutes d'arrêt pour 20 prévues. J'avais vu large....mais pas tant que ça. Dans ces fins de course, le temps a tendance à s'étirer assez vite.

Vallorcine-Chamonix

Et c'est reparti, non sans oublier ce qui est sensé être le dernier bisou avant la fin.

Je pense repartir d'un bon pic-poc bien solide encore. D'ailleurs, je passe deux canadiens sans coup férir. Allez, je commence à compter : 2.

Oui, mais y'a comme un bug. Un gars me passe. OK : 1-2. Puis un autre : 2-2. Puis....bin y'a plus personne devant ou derrière.

Et ce chemin (que je connais bien, cf MMB), il est long.

La fatigue est en train de me tomber dessus. D'un coup. Le pas n'est plus assuré, je me mets à louvoyer un peu. Oh là là là là.....ah non, PAS MAINTENANT! On va pas recommencer le coup du Pontet, là!

Bim, deux qui passent encore : 5-3. Euh, non 4-3. Ou 4-2 ? Je suis perdu dans mon compte. Combien m'ont dépassé? Combien ai-je dépassé, je ne sais plus.

De toute façon, faut que je fasse attention à ces bouches d'égoût au milieu du chemin, avec les bâtons.

HEIN ? Des quoi ? Des bouches d'égoût ? Meeeeeerde, voilà les hallus qui arrivent. Non, mais non, là, pas d'accord. D'abord le jour se lève : on n'a pas d'hallucinations quand il va faire jour, s'pa possib'.

Hein, Monsieur, là au bord du chemin, on n'a pas d'hallus ? Ah, zut, c'était une branche. Hostie, c'est parti.

Je suis totalement conscient que je suis en train d'avoir des hallucinations. Pire, je les vois arriver (tiens, encore une bouche d'égoût), je sais que c'en est......n'empêche que je fais le tour des bouches d'égoût.

Et hop, 3 pas en dormant. Et hop, une bouche d'égoût. Coup de chance y'a pas encore de colonne de secouristes, mais c'est limite. Bonjour les mesdames randonneuses, je sais que vous êtes des hallus, mais bonjour quand même. Ah non, tiens, vous êtes vraies. Bin, bonjour les vraies madames, alors. Et bonjour la bouche d'égoût. Ah, elle, non, elle n'est pas là. Quel bordel, ce chemin.

Je me sens zigzaguer. Étrange cette sensation de « je suis en train de m'endormir », d'en être conscient, mais de ne rien pouvoir y faire. Pareil pour les hallucinations : il y a une espèce d'état second, on fonctionne à deux étages : l'un qui voit des bouches d'égoût ou des marmottes en chaleur, et l'autre qui se rend compte que le premier voit les bouches de marmottes, qui tente de lui expliquer que c'est pas vrai, mais que ça marche pas.

Bon, allez, déconnez pas, le jour se lève, je ne vais quand même pas voir des bouches d'égoût ("una sumidera" en espanol), voire des drogués qui en sortent, en plein jour, quand même ? Et il va se passer quoi, dans la montée de la Tête aux Vents ? Je vais voir des poteaux de télésiège et un type qui me demande mon forfait pour savoir si je peux monter dans le télésiège ?

Oh, une pancarte d'autoroute indiquant « Col des Montets ». Alors, toi, même pas vrai, t'es trop grosse, je te crois pas, t'existe pas. Et c'est pareil pour les voitures, là-bas, sur le chemin. C'est un chemin, y'a pas de voitures. Surtout pas une Evasion immatriculé dans le 78, là faut pas déconner, c'est pas possib', va falloir trouver des hallus plus crédibles, les gars, demande à Yohann Metay, il en a des meilleures.

Oups. Elle est là, l'Evasion. Et la conductrice de l'Evasion aussi. Et y'a même Chococaro avec. Et Tom ! Non, lui c'est une hallu, Tom, il est laaaaargement devant.

Bah non. Tout est vrai.

Elisabeth et Caro (la Caro-LE choco-suisse, pas la Caro-LINE de Brignais, dont le Franck navigue désormais derrière moi : je l'ai dépassé sans m'en rendre compte entre Champex et Trient) se sont donné rendez-vous à ce Col des Montets, c'est ma petite cerise sur le gateau que de les voir là. Et Tom....eh bien, il était dans le même état que moi en arrivant (sauf qu'a priori il ne voyait pas de bouches d'égoût, faudra lui demander ce que c'était, à lui). Donc, en fait....il sort de l'Evasion où il vient de roupiller pendant 10 minutes.

Elisabeth retrouve son zombie du Pontet. Il n'y a pas besoin de lui faire un dessin, ça doit être écrit « je dors debout » sur ma tronche. Donc, zou, avec l'approbation du responsable des signaleurs du Col des Montets qui ne me dénoncera pas pour assistance déloyale, je suis embarqué manu elisabethari dans le coffre de l'Evasion.

Dodo. 10 minutes. Elisabeth ferme la porte du coffre......puis la réouvre. Les 10 minutes sont passées, je me suis é-crou-lé comme une masse.

Allez, faut repartir. Le chef signaleur et les secouristes du Col me regardent l'air de rien façon « bon, on le laisse partir, celui-là ? », donc je redresse la tête et fais le kakou genre « ouais, trop la forme, z'allez voir qui c'est Raoul » au cas où la lueur cadavérique au fond de mes yeux ne leur échappe pas.

Rendez-vous à l'arrivée avec Elisabeth et Caro et il paraît que tous les amis seront là et, surtout surtout surtout, ma Sophie et son Alex. Bon, là, je suis, et d'une obligé de finir (mais ça c'est depuis le départ), et de deux de ne pas les faire attendre. J'ai dit 10 heures, ça doit être 10 heures....

Ou moins.....si je pouvais claquer quelques minutes dans la tête de ce roadbook, ça me ferait bien plaisir...:-)

D'ailleurs, notre traditionnel point chrono :

Col des Montets, 36h31 (arrêt de 20 minutes compris) pour 36h03 prévues. Va falloir se bouger pour être à l'heure...:-)

Donc, montée de la Tête aux Vents. Déjà, l'avantage c'est que le jour s'est levé et on ne voit pas des frontales au dessus, à des altitudes inaccessibles. M'enfin, on voit juste que c'est raidissime et qu'on va bien monter tout tout tout là-haut.

Il y a un peu de tout sur cette montée. Des quasi-cadavres qui avancent totalement au ralenti (un petit mot à chacun), des demi-morts dans mon style qui montent vaille que vaille, et curieusement quelques avions dont on se demande d'où ils sortent tellement ils montent vite. Du coup, ma résolution initiale de compter les dépassés pour m'occuper tombe à l'eau : y'en a autant qui me dépassent que de coureurs que je dépasse.

Je me concentre sur ma marche : jamais très facile de garder le bon mouvement qui va bien quand on est un peu cuit. Donc, allleeeeeez, on pousse bien derrière, on fait des grands paaaaaaaas, on lève les genouuuuuux (ils veulent toujours bien) sur ces marches énormes.

On profite aussi du paysage, hein. Parce que c'est quand même magnifique. Les Posettes en face, le Glacier du Tour qui se découvre, l'Aiguille d'Argentière, puis lentement au fur et à mesure que l'on contourne la montagne, le Glacier d'Argentière, les Grands Montets, la Verte, les Drus......Le tout sous la lumière du soleil levant.

Dans la tronche, d'ailleurs, le soleil. Allez, presqu'au sommet (qui n'en finit pas d'arriver, mais ça j'ai été prévenu), je ressors la tenue jour : casquette « Mordor Rire(s) Team » et lunettes de kakou façon guerrier des montagnes (il n'est pas trop vaillant, le guerrier). La casquette, ce sera spécial dédicace pour les amis en bas. Ce sera un peu la MRT qui termine cet UTMB.

Je ne dépasse plus, on ne me dépasse plus. En fait....y'a plus personne. J'évolue dans un désert de coureurs. Bon, à l'UTMB, il faut courir 160 kilomètres pour arriver à une solitude qu'on atteint en 20 kilomètres à la Montagn'hard (et en 500 mètres sur le 100 miles que je courrai l'an prochain au Colorado si tout va bien).

Je passe le pointage de la Tête aux Vents tout seul. Il faudrait s'arrêter pour profiter de la vue juste indescriptible, mais je n'ai quand même désormais qu'une envie : arriver.....et arriver avant 10 heures. J'ai dit 10 heures, je le ferai. Je ne regarde d'ailleurs pas la montre par superstition.....

Regardons-là désormais, alors:

Tête aux Vents, 37h58 pour 37h46 prévues. 584ème.....quasiment comme à Vallorcine. Et j'ai rattrapé la moitié du « retard » des Montets. Mais je n'ai n'ai alors strictement aucune conscience.

D'un côté, je veux arriver comme j'ai dit....et de l'autre, je ne veux pas me mettre la pression sur la descente...du moins jusqu'à La Flégère.

Je sais que cette descente est un peu acrobatique et que je ne suis plus guère en état de sauter de rocher en rocher sans risques. Et, par ailleurs, j'oscille sans cesse entre ma bulle de concentration, celle que j'ai habité pendant 35 heures....et un flot d'émotions fortes de fin de course. Émotion de me revoir 3 ou 4 ans en arrière quand je m'estimais à des années lumière de ce genre de truc. Émotion de partager cela avec ma famille. Émotion de retrouver cette euphorie de l'an dernier quand je fondais à tombeau ouvert sur Aiguebelle, sur mon petit nuage.

Petit nuage, là aussi. C'est beau, il fait un temps superbe, je suis en train de finir l'UTMB, la polaire est à moi, mouhahahahaha.....aaaaaaaarg. Mega-gadin sur les rochers : j'ai planté le bâton dans une motte de bruyère qui n'avait rien en dessous, j'ai envoyé les 70 kilos (enfin, plus que 66 à ce moment là) dessus, et je viens de faire un genre de saut périlleux avant pour retomber 2 mètres en dessous. Euuuuuuuh, j'ai eu un peu de bol, là. Rien de cassé, même pas le bâton, mais il va falloir vraiment se reconcentrer.

Heureusement, il ne reste plus qu'une traversée jusqu'à la Flégère. J'accélère juste pour dépasser une espèce de Letton qui descend en téléphonant et en parlant comme s'il était tout seul dans la montagne. Nawak, ces Lettons (en fait, il est croate, ce letton).

Une fois la mine mise au letton (Minoleton, c'est mignon), il ne reste plus qu'un petit bout de remontée sur un chemin empierré jusqu'à La Flégère. Re-séquence émotion : je nous revois à nouveau sur le MMB, avec Sab, lors de notre folle remontée vers La Flégère où nous étions les Rois du Monde (avant de nous faire mettre minables par Martine Volay qui allait accompagner Signore Luca). Trois ans après ce MMB, deux ans après cette ligne d'arrivée mémorable de la TDS, j'y arrive enfin.

10 heures, faut que j'arrive avant 10 heures. C'est un peu comme si genre mon honneur était en jeu, quelle dérision...:-). Mais, bon, dans un récit, on raconte tout, pas ? Même les trucs qu'on trouve débiles ensuite. Alors, « baste », comme dirait mon ami Jean-Mimi (qui est en train de partir sur le Tor pendant que j'écris ces lignes). Mon état d'esprit du moment, c'est « je traverse cette putain de tente de La Flégère et je fonce ».

Donc, je fonce. D'ailleurs, verdict chrono : Flégère, 38h46 pour 38h29 prévues. 572ème.....Aucune idée d'où sont les 12 coureurs dépassés vu que j'ai dépassé exactement 5 coureurs depuis la Tête aux Vents et que 2 m'ont dépassé.

Bref, j'ai 1h25 pour descendre et arriver à 10 heures comme j'ai dit. Je fais des tas de calculs d'apothicaire : il y a 800 mètres de D-, pendant l'été j'arrivais à descendre jusqu'à 1600m/h, mais c'était avec des jambes toutes fraîches. J'essaie de calculer à quelle vitesse je descends actuellement, évidemment je n'y arrive absolument pas, c'est mega-confus. N'importe quoi, je vous dis. Beauseigne.

Donc, l'un dans l'autre, la consigne c'est « envoyer tout le pâté qu'il reste et on verra bien ». Je me force à dévaler et pas trottiner sur la piste de ski au début. En deux temps, trois mouvements, je passe quelques coureurs au ralenti. Je sens que si je continue à ce rythme, c'est gagné. On entre en forêt, un single rigolo, je me mets à dévaler comme dans la nuit à Trient. En plus, on croise plein de monde qui ont tous des mots gentils, donc on a envie de faire le kakou façon « ouais même pas mal » (tu parles).

Par contre, je dois quand même me garer pour laisser passer quelques types qui sortent de je ne sais où et dévalent celà comme les leaders de la course. En plus, ils ont vraiment l'allure de types qui finiraient l'UTMB en 25-30 heures, mais d'où sortent ces gars là ? Je me pose la question encore aujourd'hui...si vous avez la réponse. Je saurai ensuite que Vincent Delebarre termine juste derrière moi. Je me demande si ces gars là ne l'accompagnaient pas.

Bref. Je descends vite, il me semble....mais ça n'en finit pas. Là où je m'attendais à une dévalade rapide comme la descente du Plan de l'Aiguille, le chemin n'en finit pas de descendre avec une pente plutôt faible. Bon pour les cuisses, certes, mais ça ne donne pas de vitesse énorme au final, tout ça.

Mon cerveau continue à fonctionner sur deux plans. L'un fait des calculs, est toujours dans la bulle de gestion de la course, avec cet objectif d'arriver avant 40h de course. L'autre vagabonde plus : j'essaie de résumer dans ma tête pourquoi je suis là, pourquoi je suis en train de finir cette course et pourquoi, finalement, je vais avoir un grand moment de bonheur en arrivant.

Il est un peu de bon ton, dans le petit microcosme des trailers, d'avoir un peu de distance avec les épreuves du « barnum de Chamonix ». Il y aurait d'un côté les purs, les vrais, héritiers de l'« esprit Spiridon » pour qui quasiment toute épreuve avec plus de 100 participants et autre chose que du saucisson sur les ravitos, des dossards en papier écrits à la main la veille de la course par le boulanger du coin, est juste une épreuve « pour bobos », un barnum, un Péché contre l'Esprit Originel et qui ne convient pas aux Vrais Montagnards. Et de l'autre, justement, les fameux bobos du trail, habillés des pieds à la tête en Salomon et paradant la dernière semaine d'août « à Cham » avec leur polaire finisher.

Donc, évidemment, dire et penser que rêver de venir faire cette course un peu mythique...et même dire que cette course est un peu mythique...on pourrait finir par croire que ce n'est plus Pur, qu'on se retrouve vendu aux marchands du Temple, sacrifié sur l'autel Columbia, et qu'on devrait presque avoir honte d'y participer...ou de rêver le faire.

C'est que chez les trailers, comme chez les chasseurs, il y a les bons et les mauvais trailers. Le mauvais trailer, il voit une course dans des paysages magnifiques, il voit un challenge personnel, il voit de beaux sentiers....bin il court, le mauvais trailer. Alors que le bon trailer, il voit une course dans des paysages magnifiques, il voit un challenge personnel, il voit de beaux sentiers....bin il court....mais c'est un bon trailer.

Alors, finalement, je sais pas si je suis un Pur ou pas. Je sais juste que je viens de m'offrir un énorme plaisir, que je l'ai partagé avec de nombreux coureurs, que j'ai trouvé sur ce parcours des gens qui m'ont plu : mes potes Franck et Tom, Misty la Sudaf d'Arnuva, Fred mon compagnon de la Ville des Glaciers, Sergio qui a mené notre groupe dans la descente sur Courmayeur, la petite Kanae Takemura (j'ai cherché son nom) qui était à l'agonie dans la montée de Bovine mais m'a fait un beau sourire en réponse à mon "Aligatô", le trio d'espagnols (Toni, Luis, David) que nous suivions avec Tom après La Fouly....des rencontres longues ou très fugitives, mais toujours agréables. Et ces suiveurs infatigables : les nôtres, bien sûr...Elisabeth me racontait encore il y a quelques minutes leur complicité avec Caro et leurs échanges pour se retrouver à des heures improbables, ou voir deux ados prendre leur pied à griller des chamallows à 2h du matin aux Chapieux....ou encore Chococaro qui reviendra exprès de Genève dans la nuit du samedi au dimanche juste pour nous voir arriver....ou mon Fafou (enfin, pas le mien...on se comprend) qui fait tout un périple en navette pour suivre et accompagner notre Princesse des Neiges du Mordor....puis revenir avec elle et l'aider à aller au delà de sa déception.

Voilà ce que je me suis offert sur le barnum, toutes ces images qui resteront, que j'essaie de conserver dans ce récit bien trop long. C'est tout cela qui revient dans cette descente qui n'en finit pas et qui fait, évidemment, c'est bateau à dire, une remontée d'émotions un peu torrentielle.

Je ne pleurerai pas à l'arrivée. Non, moi je suis pas comme ça, pas chouineuse comme d'autres, un vrai dur, Raoul. Non, moi je le fais tranquille, peinard dans un lacet de cette interminable descente finale de merde qui va me faire rater mon objectif de 40 heures, ce qui sera la déchéance totale, la honte du roadbook. Je vais être encore la risée de Kikourou avec mes roadbooks pourris, c'est sûr. Et en plus j'ai des larmes qui coulent, c'est sûr, La Corne va se payer ma fiole.

C'est le bazar, dans ma tête, et dans ce récit, hein ? Bin voilà, c'est comme ça, la descente sur Chamonix, un gros géant bazar indescriptible.

M'enfin, bon, c'est pas le tout, petit à petit ça s'approche. Je n'ai qu'un espoir, c'est qu'ils seront tous là. Evidemment pas pour célébrer le Héros. Le Héros, il a trop mal aux cannes. Nan, je voudrais juste partager ce moment unique avec ceux que j'aime. Mais je sais qu'ils seront là, Sophie, Fabrice, Alex, Bert, Elisabeth, Carole, Sab, Raya (enfin, non, il sera pas là, Raya, mais il doit se scotcher devant le live, donc ça compte pareil)....une espèce de nouvelle Bubulle Team comme à la Montagn'hard.

La Bubulle Team guette....


M'enfin le coup du Petit Balcon Sud, ils pourraient l'éviter, par contre. On voit les toits de Chamonix, là, 100 mètres en dessous...et on nous fait courir à niveau, comme des imbéciles, sur au moins 500 mètres. C'est pas avec ça qu'on va arriver, non mais pfff. Quand je dis que c'est interminable, ce truc, j'vous jure. Et je n'imagine même pas pour ceux qui sont cuits jusqu'à la moëlle, hein Bert ? (lors de son UTMB car, cette année, il l'a dévalée cette descente).

Enfin, les rues. De plus en plus de monde qui nous croise, nous félicite, nous dit des mots gentils. On se congratule avec un espagnol que je rattrape et avec qui je descends sur quelques centaines de mètres.

Allez, je mets le nez rouge du Rire Médecin pour le dernier kilomètre, il faut penser à ceux qui me permettent de courir. Un coucou amical, ici, au kikoureur à qui je dois cela.

Long de l'Arve : mais c'est Fafa que j'aperçois là ! Cela me fait immensément plaisir. Fab est venu à ma rencontre, il veut faire un bout de chemin avec moi mais pas pour autant prendre la place qu'il sait réservée pour Elisabeth. Et donc, il passe au delà de sa propre déception de n'avoir pu courir, de celle d'avoir vu Sab ne pas pouvoir achever son rêve....et il vient chercher son ami Chris. Je n'ai pas encore eu l'occasion de lui dire, mais ça me fait un plaisir tout spécial.

 

Et ce final, il est quand même géant. La rue piétonne de Chamonix, nous en sommes un peu les rois, nous (on oublie vite que ça fait déjà 18 heures qu'il en défile ici, des finishers). Je navigue un peu à droite à gauche, le nez rouge attire l'attention, je tape les mains de 3692 gamins et......dans le virage tout au bout, les voilà tous ! Exactement la liste plus haut....et même Jerry et son magnifique bermuda.

Je ne sais plus vraiment comment je les salue, mais tout se décharge d'un coup, je voudrais presque rester là 5 minutes à en profiter...mais ils ne m'en laissent pas le temps. Et Sophie, qui a convaincu Elisabeth, se détache avec elle et le tee-shirt Bob l'Éponge qu'elle a apporté spécialement pour cela.

Il signifie beaucoup ce tee-shirt car, au delà de notre passion pour « Miwa », je sais qu'il veut dire que Magali et Jean-Baptiste sont là, eux aussi. Trop forte, la Sopi.

Elisabeth a bien sûr mis le tee-shirt « Team Brecken » : nous avons promis aux cousins de lui faire franchir la ligne pendant que, eux, à Kansas City, courent pour cet incroyable petit bonhomme qu'est Brecken Simmons qui se bat contre la saloperie qui habite dans sa tête.

Ces 500 derniers mètres sont presque trop courts : il y a tellement à y mettre dedans. Alors, on en profite juste. Je m'applique juste à ne pas courir comme un dératé comme à l'Échappée Belle...:-). Je me souviens à peine de la ligne droite finale, si ce n'est qu'elle faisait beaucoup moins mal qu'à la TDS.

On récupère la pancarte du Rire Médecin, Émilie fait des photos, et pêle-mêle, arrivent sur cette ligne, un Bubulle, une Elisabeth, tous leurs enfants, Brecken, les enfants qui rient avec les clowns du Rire Médecin, dans un joyeux bazar cmpliqué encore un peu plus par l'arrivée simultanée d'une équipe de la PTL.

Je suis vanné, rincé, cuit.

Les images, forcément, se bousculent. Il y en aura des dizaines pendant ces minutes qui suivent, et je voudrais partager avec tous les lecteurs de ce récit ces quelques images, même les un peu plus intimes. Parce que c'est aussi cela, ces courses et cette communauté que nous, kikoureurs, bâtissons petit à petit, alors que rien ne nous destinait à nous rencontrer. Donc, ces images, elles sont intimes, mais elles sont aussi l'histoire de cette « Communauté de Sportifs » qui est bien plus qu'une communauté de sportifs.

Partage avec Carole

Partage avec Alex

Partage avec Tom

Partage avec Sophie

Partage avec Sab et Bert

Partage avec Jerry

Partage avec tous les amis (Jerry, Bert, Stephanos, Fa2, Tom)

Ultimate partage

Alors, merci à tous pour avoir permis cela. C'était ma course mais vous en avez fait aussi un peu votre course, chacun à sa manière. Et je vous dois beaucoup pour cela.

Et pourtant, cette polaire, elle est vraiment pourrie...

Et le point chrono final, me direz-vous ? Bin allez voir, c'est là....mais, en fait, vous avez raison, on s'en fout...;-)

66 commentaires

Commentaire de Bert' posté le 11-09-2016 à 20:10:50

Permis !!! OK je vais lire attentivement mais c'est forcément génial :-)

Commentaire de TomTrailRunner posté le 11-09-2016 à 20:33:35

je reviens dans une semaine poser un vrai commentaire une fois que j'aurai eu le temps de tout lire

Commentaire de TomTrailRunner posté le 11-09-2016 à 20:41:21

ah bah en fait, j'ai lu Arnouva-Champex (tiens me demandez pas pourquoi, allez lire) : que du bon :)

Commentaire de Stéph le givré posté le 11-09-2016 à 21:23:47

Bubulle après 40h , je viens de finir ton récit, dommage qu'il s'arrête déjà car l'aventure fut magnifique, le narrateur un héros qui a touché le graal. Je te félicite pour enfin ton UTMB.
Au lieu d'une veste de finisher immonde, une bouche d égout t'aurais peut être plus satisfait. Il y en aura peu sur l origole
Bravo à ton épouse pour ce suivi merveilleux, sauf pour la descente de Trient ou tu as fais parler la poudre . Tes entraînements en descente de fin de préparation en Suisse ont portés leurs fruits. Pour un coureur débutant comme moi, c'est un bonheur de pouvoir te croiser. En attendant tes prochains exploits, je ne te dirais qu'un mot BRAVO.

Commentaire de TomTrailRunner posté le 11-09-2016 à 23:57:38

Mais si je l'ai vu la demoiselle dénudée à la fenêtre d'un chalet sur la gauche des Houches . Aurais je oublier de te le dire ?? ;)

Commentaire de TomTrailRunner posté le 11-09-2016 à 23:59:07

Bon finalement j'ai tout lu après avoir partiellement vécu avec toi des moments de partage et d'émotions..

Commentaire de Bert' posté le 11-09-2016 à 22:24:27

Prem's ! (satané correcteur ! ;-)
C'est un concours spécial MRT...

Commentaire de Mustang posté le 11-09-2016 à 20:40:45

dix ans après, je me suis retrouvé dans son récit. 160 km pour pleurer à la fin ... et si on pleurait au départ ?
merci pour ce partage plein d'émotions ! bravo maintenant tu es un homm... euh un trail... euh... non rien de plus de tangible, juste ce sentiment imperceptible d'avoir atteint l'inaccessible rêve !

Commentaire de boby69 posté le 11-09-2016 à 20:43:18

et moi j'attend mes vacances dans une semaine pour le lire.Et j'aurai même plus le temps de m'entraîner !

Commentaire de cyss posté le 11-09-2016 à 21:36:20

Je n'ai pas fini de lire, mais d'une part le récit est top et d'autre part t'as un problème avec les soustractions :-D
Exemple : bertone 18h45, pour 18h21 ca fait 24 min de retard et pas 34.
Il y en a au moins une autre du même style (ta bonne demi heure d'avance qui n'est en fait que 20 min ^_^)

;-)

Je vais finir de lire, mais je peux déjà te dire un grand Bravo pour ta course!!! :-)

Commentaire de franck de Brignais posté le 11-09-2016 à 21:47:02

Merci pour ce partage l'ami.
Tu retranscris à merveille les émotions et sensations que l'on peut vivre sur cette aventure.
C'était chouette de se croiser. Un peu rassurant pour moi parfois. Chouette aussi que nos (formidables !) épouses aient pu su retrouver et partager aussi souvent !
Bravo pour ce finish exceptionnel... et au plaisir d'une prochaine rencontre !
Et au fait, combien ça t'a coûté tous les sms reçus à Trient ? (c'est ballot, à quelques km près, on était en France ;))

Commentaire de RayaRun posté le 11-09-2016 à 22:07:54

Chris, tu me sembles tellement "invincible" que je ne sais pas pourquoi, j'étais quasi-sûr que tu les ferais ces 40 heures ! Et pourtant je sais qu'il n'en est rien !J'ai dévoré et revécue ma course (5h30 derrière :) ). Elisabeth a été extra ! Désolé pour les SMS, j'avoue que je n'y pensais plus complètement pris dans l'engrenage du suivi ! Surtout quand on est en capacité de visualiser les lieux, le suivi, c'est un truc de dingue ! Marrant ta descente sur Arnuva, ça m'a rappelé ma traversée Bertone-Bonatti puis la descente sur Arnuva entièrement fait avec une jeune femme avec une couette ! On a discuté pas mal et on se relayait pour faire du PacMan :)

En tout cas vous suivre tous les 5 (Toi Sab, Bert mais aussi Fa Fa et Elisabeth), mais aussi tous les autres, ça m'a fait un bien fou ! Il faut que j'aille lire le CR de Bert' maintenant ;-)

En tout cas, tes roadbooks sont extrêmement précis !

Bravo encore pour cette course, car je sais que maintenant tu (v/p)eux en découdre avec des objectifs plutôt géants !

Commentaire de cyss posté le 11-09-2016 à 22:23:59

Je n'ai pas fini de lire, mais d'une part le récit est top et d'autre part t'as un problème avec les soustractions :-D
Exemple : bertone 18h45, pour 18h21 ca fait 24 min de retard et pas 34.
Il y en a au moins une autre du même style (ta bonne demi heure d'avance qui n'est en fait que 20 min ^_^)

;-)

Je vais finir de lire, mais je peux déjà te dire un grand Bravo pour ta course!!! :-)

Commentaire de cyss posté le 11-09-2016 à 22:30:07

Oups... mon commentaire débile qui s'est collé 2 fois...

Bon, j'ai fini de lire! La deuxième moitié de ton récit est vraiment touchante. Vraiment un beau récit; une nouvelle fois je te félicite.

Et tes roadbooks sont une aide précieuse pour ceux (comme moi) qui partent sur une course la fleur au fusil, sans faire ce travail préparatoire. Je profite donc de ce message pour te remercier de tes roadbooks.

A une prochaine sur une belle course en montagne!

Commentaire de Bert' posté le 11-09-2016 à 22:34:58

Et ben voilà une super soirée à profiter pour lire tout ça !

Le début est absolument génial (particulièrement quand on adore ce passage légendaire des Monthy Pythons)
La suite est palpitante,
La fin prenante jusqu'au bout

Et le tout, particulièrement émouvant à suivre :-)

A l'arrivée, on était à la fois en plein suspens : "mais passera t'il en moins de 40h ?"
Et puis totalement confiant : "Z'inquiétez pas, il est toujours à l'heure !..."

En tout cas, un immense bravo pour ta course sacrément réussie ! -40h c'est pas rien :-)
et bravo pour l'énorme progression réalisée en peu de temps.

Enfin, vivement la suite de nos aventures avec Kikourou et la MRT !!! :-)))

Commentaire de fifidumou posté le 11-09-2016 à 22:38:57

Formidable bubulle

Le roi des récits,le champion des émotions, le trailer que l'on aimerai être, l'empereur du bouzin et de Kikourou à la fois.
Voilà une heure que je te lis au lieu d'aller manger. j'ai ris, j'ai pleuré,j'ai adoré.
Si j'étais malade tu serais mon rire médecin et j'irai déjà mieux
Bonne récup et amitiés à ta famille et tes amis.
Philippe

Commentaire de Greg136 posté le 11-09-2016 à 22:45:12

Bravo encore et merci pour le CR détaillé. J'ai ris à de nombreuses reprises mais aussi eu qq poussees de regrets / jalousie lorsque tu dis que tu as un estomac en béton (pour la première fois le mien m'aura lache sur cet UTMB).
Merci également pour le regard factuel sur la course.
Bonne recup et bonne prepa pour tes prochaines courses

Commentaire de Renard Luxo posté le 11-09-2016 à 22:47:47

Ce qui est génial dans tous tes récits, celui ne fait pas exception, c'est qu'ils sont à la fois très construits, quasi "scientifiques", mais qu'ils envoient simultanément de grosses charges d'adrénaline et d'émotions. Tout Bubulle en somme ! ;-)
Bravo pour ta gestion de course, maintenant que tu as réglé son compte au "mythe", tu peux revenir sur la toute pourrite "just for fun" ! :-)

Commentaire de Bérénice posté le 11-09-2016 à 22:52:44

Et ben ça c'est du récit !!! On se demande si la rédaction n'a pas été plus longue que la course :-). Hormis un immense bravo pour cette très belle course, je te souhaite encore 1000 bonheurs avec Elisabeth et tous les autres...!

Commentaire de gj4807 posté le 11-09-2016 à 22:56:32

clap! clap! clap!
Je me souviens d'un numéro d'ultra-fondus dont le titre était "comment gagner 10h sur l'UTMB", avec un long passage sur les ravitos. J'y pense parce qu'on voit bien que tu aurais pu gagner 3 bonnes heures juste en t'arrêtant moins. Ce qui me fait pas mal rêver (vu que j'avais fini en 41h30, sans les Pyramides Calcaires, en optimisant à mort les arrêts...). Mais le mieux, c'est encore que tu t'en moques, tu as profité autant que possible de la présence de Madame et il saute aux yeux que ça vaut BEAUCOUP PLUS que quelques heures sur un chrono...

Commentaire de bubulle posté le 12-09-2016 à 07:14:49

C'est une question intéressante : aurais-je vraiment gagné tant de temps en m'arrêtant moins ? La plupart de ces longs arrêts ont été plutôt bénéfiques car je repars régulièrement en bien meilleur état qu'avant (à Champex, c'est flagrant).

Il y avait matière à mieux faire aux Chapieux (la longueur de l'arrêt était involontaire), à mieux s'organiser à Courmayeur, pas grand chose à améliorer à Champex....et probablement un bon quart d'heure à Trient (là, c'est la mauvaise synchro avec Elisabeth qui est en cause et c'est ma faute, j'aurais du la prévenir que j'allais envoyer).

Bref, probablement une heure de mieux à faire, sur les arrêts, oui. Mais à trop rogner dessus, sur des ultras à deux nuits ou plus, on prend le risque de retour de bâton. Donc, mon rythme, c'est finalement une bonne préparation pour le défi géant de l'an prochain...:-)

Commentaire de paulotrail posté le 12-09-2016 à 15:08:37

Et si tu l'avais gagné cette heure...ça aurait changé quoi ?
Plus de plaisir pour toi ? plus de plaisir pour ton assistance ?
Pas sur...
Un utmb (terminé...) sous les 40h: surtout ne change, ne changez rien :-)
Ca mérite juste un grand Bravo.

Et le récit, ben moi je le trouve pas trop long, et pis c'est tout.

En plus, "J'lui trouve un goût de pomme".

Commentaire de shef posté le 12-09-2016 à 08:48:44

Merci pour encore ce Cr. Je trouve le commentaire de renard très à propos. Parfait mélange d'objectif et de subjectif. Tes textes sont toujours de bons moments de lecture mais aussi une précieuse source d'information.

Commentaire de jpoggio posté le 12-09-2016 à 08:55:58

Nan mais tu fais chier à publier tes récits le dimanche SOIR. qui c'est qui commence la semaine avec du sommeil en retard du coup ?
(Et qui donc vient de passer une demi-heure sur le temps du boulot à sourire bêtement en finissant la lecture ?
Pas encore aujourd'hui que je ne vais pas passer pour un énergumène...)

Commentaire de La Tortue posté le 12-09-2016 à 11:27:24

bravo et merci.

Commentaire de Jérémie C posté le 12-09-2016 à 13:20:46

Excellent Bubulle, merci pour ce récit !

Commentaire de Benjamin73 posté le 12-09-2016 à 13:49:54

Et ben, ça c'est de la précision chirurgicale dans le récit. Merci, c'était vraiment chouette à lire, et ça m'a rappelé plein de trucs que j'avais un peu zappé comme les frontales de 2 mecs visiblement en partance pour l'aiguille des glaciers quand j'attaquais le col de la Seigne. J'avais zappé également cette pancarte Mordore rire team. Je m'étais dis en passant que tu seras bien content de voire ça ! Et bon, je suis d'accord avec toi, il y a plein de courses avec chacune leur caractère, l'échappée belle n'a bien sur rien à voir avec l'UTMB et il n'y a pas de bon et de mauvais trailer... En tout cas, j'ai trouvé que cette teuf géante de l'ultra était quand même très sympa à vivre ! D'ailleurs quand on voit les analyses des Américains sur cette course, ils sont dithyrambiques et ne font pas dans le snobisme dont nous sommes souvent très friands... Ils kiffent la hardrock, ils kiffent aussi l'UTMB !

Commentaire de raphimad posté le 12-09-2016 à 14:14:10

Hello bubulle. c'était moi qui suis venu te saluer au refuge de bonatti. je t'avais dejà croisé sur la montagne hard. c'est vrai que dans la précipitation je ne me suis même pas présenté. désolé. le manque de lucidité. je t'ai recroisé à arnouva mais j'ai filé sans m'arreter!. vraiment un super récit. tu m'as fais revivre la course complétement alors qu'il ya certains passages dont je n'arrivais plus à me souvenir très bien! quel revival!. un grand merci pour toi

Commentaire de philippe.u posté le 12-09-2016 à 17:02:53

Bravo !! Et deux bols de soupe, franchement, ça requinque BEAUCOUP !

Commentaire de Godot posté le 12-09-2016 à 17:10:45

Hirondelle d'Afrique ou européenne? Haaaaa Robin ou Perceval,pfuuuuu, c'est le sire Bubulle qui a franchi hautement le Pont! Et en nous regalant grandement d'un récit digne des Monthy's....
Bravo! Bravo!

Commentaire de tikrimi posté le 12-09-2016 à 17:40:54

Bon j'avoue, j'ai lu quelque passages en diagonale, mais whaou, ça en en fait des émotions vécues qui ressortent de ce récit.
Et je suis bien d'accord avec ta conclusion, on fait de l'ultra pour vivre un concentré d'émotions, et le chrono... en bien on s'en fout.

Commentaire de Vik posté le 12-09-2016 à 19:04:48

> Être encore obligé de se taper le Vik sur une course, j'en déprime déjà.

C’eut été bien la loose en effet. Prends garde, je débarque dans ta contrée toute pourrite pour un off et une coursette des familles bientôt.

> ....et, du coup....je manque de me faire une entorse 3 fois en 1 ou 2 kilomètres ! Surtout par inattention, d'ailleurs, mais aussi parce que j'« envoie » plutôt bien.

Y a une corrélation entre vitesse et risque d'entorse ? ;-)

> En courant, un coureur de mon niveau va aller à 8,5km/h maxi. Soit 35 minutes.
> Une marche nordique un peu rapide, à 7km/h, donne 43 minutes. Soit 8 minutes de gain. Ces 8 minutes valent-elles de s'exploser ?

Ben si tu t’entraînais à courir au lieu de faire de la MN, tu ne comparerais pas ça à "s'exploser"

> Ça y est, je sens la douce sensation de la drogue dure qui s'écoule dans les veines, le moment où, sur un ultra, tu te mets à te sentir invincible.

cool, toi aussi :) !

> un peu moins de 500m/h

Mais sacrée déconvenue :D
Moi dans ces vitesses là j'étais plutôt à chercher un endroit où dormir qu'à me sentir invincible :p

> Et pourtant, cette polaire, elle est vraiment pourrie...

ça, vraiment, ce n'est pas Pur. Filez moi votre matos si vous trouvez que vous n'avez pas assez la classe avec !

> Je sais juste que je viens de m'offrir un énorme plaisir, que je l'ai partagé avec de nombreux coureurs

Voilà c'est ça l'important :) Raoul a prit son pied, c'est ça qu'est bon et qu'on aime lire :) !

Bon reposes toi maintenant, parce que t'es foutrement long à lire hein... recommence pas trop vite !

PS: si Raoul c'est un dur, un vrai, faut qu'il vienne à un de mes offs.

Commentaire de Tonton Traileur posté le 12-09-2016 à 19:49:57

HE-RO-Ï-QUE, le Bubulle !
bon, visiblement, cette 'Holy Polèèèèère' a fait couler beaucoup d'encre ...

Commentaire de Kephset posté le 12-09-2016 à 21:17:39

Superbe CR Bubulle, très bien écrit, on sent l'émotion dans ta course, et quel humour !
Une belle course, parfaitement gérée et tu as l'air d'y avoir pris beaucoup de plaisir.

Félicitations et merci pour ce CR.

Commentaire de Overnight posté le 12-09-2016 à 22:43:28

Et beh! Heureusement que j'avais prévu un ravito pour lire ce récit bubullesque :D
Félicitations pour être venu à bout de cette course mythique (le débat type de coureur/ type de course j'avoue que j'ai un peu de mal... tu y as pris du plaisir c'est l'essentiel :) )... On se demande presque ce que tu feras après le TOR maintenant ;)
Merci en tout cas pour partager ce récit, comme toujours riche d'enseignement!
Je ne sais pas s'il est nécessaire de te souhaiter une bonne récup... à défaut de finir cette année comme tu l'as mené jusque là!
Bravo!

Commentaire de arnauddetroyes posté le 12-09-2016 à 23:53:00

Bravo Christian ! 10/10 pour la course et le CR tout est bon.
derrière ta course je pense que nous sommes beaucoup à nous identifier à ton parcours et ta progression constante,alors continue à nous faire partager ces moments intenses comme tu sais si bien le faire.

Commentaire de Spheniscus posté le 13-09-2016 à 00:00:09

Super compte rendu très détaillé.
Je lis tes posts, récits et compte rendus avec beaucoup d'intérêts car il y a souvent de nombreuses infos à glaner (jusqu'à l'utilisation de la NOK hors AMM...)
J'ai eu la chance de finir l'UTMB en 45h52 et je me suis remémoré de bons passages à la lecture de ton compte rendu.
Merci !

Commentaire de fanfan1978 posté le 13-09-2016 à 07:26:28

Merci,
c'est en lisant ces émotions que j'ai envie un jour d'être un VRAI :)

Commentaire de Benman posté le 13-09-2016 à 11:24:54

Oh là là, saint-John Bubulle a inventé un nouveau genre littéraire: l'ultra-récit. Ultra-chiadé, ultra-détaillé, ultra-réaliste, ultra-beau, quoi. Et nous on est ultra-passionnés par cela, et aussi quand même ultra-admiratifs pour ta progression depuis que tu as déposé les Posettes. A l'époque, je descendais avec toi dans le télécabine, je sais maintenant que tu m'as lâché depuis longtemps dans la descente...

Commentaire de Mazouth posté le 13-09-2016 à 13:33:55

Bravo Bubulle pour cette belle aventure ! Et encore un plus grand bravo pour être venu à bout de ton CR ;-)
Mention spéciale pour le bon traileur et le mauvais traileur, je me suis bien marré !

Commentaire de JuCB posté le 13-09-2016 à 18:05:12

Jolie gestion !!

La facture ne va pas être si grande : recevoir des SMS ne coûte rien... (MMS oui)

Commentaire de patrovite69 posté le 13-09-2016 à 19:02:53

Bravo pour cette superbe course et ce récit. J'ai adoré vous suivre Franck et toi avec les garçons en compagnie d’Élisabeth avec qui j'ai passé de très bons moments. A refaire sur une autre course...
Les garçons ont résolu l'énigme du dépassement: la téléportation...;-)

Commentaire de Mazouth posté le 13-09-2016 à 19:07:58

Ma théorie c'est qu'il a trouvé un raccourci en soulevant une bouche d'égout.

Commentaire de Mams posté le 13-09-2016 à 22:17:01

Zut, j'avais loupé ton récit, je me demandais quand il allait venir!! ;)
Allez, je m'y mets!

Commentaire de Mazouth posté le 13-09-2016 à 22:19:34

N'hésites pas à faire des micros siestes de temps en temps pour ne pas avoir d'hallus ^^

Commentaire de Free Wheelin' Nat posté le 13-09-2016 à 22:30:08

Bon, les hirondelles, elles sont où??
Cc'est pas original, beaucoup d'émotion en lisant ce CR!
Et une question (enfin deux) me taraude (ent) , c'est quoi un roadbook , et comment tu fais pour retenir autant d'endroits et de paysages?
Et pour le prochain, tu nous ramasseras les trous des bouches d'égout en souvenir steupl ?
Chapeau Bubulle, et toutes mes amitiés à Elizabeth, sacrée Bulette , elle devrait se mettre à l'ultra avec le mental quelle a, bravo à elle aussi!!

Commentaire de bubulle posté le 14-09-2016 à 09:20:33

Les africaines ou les européennes ?

Sinon, le roadbook, c'est le truc que quand tu le fais avant tu te rappelles plein d'endroits et de paysages..;-)

Commentaire de Mams posté le 14-09-2016 à 08:46:45

ça y est, j'ai fini! J'ai fait une pause dodo pour ne pas avoir d'hallus! ;)
Trop fort Bubulle, il part avec la gnak du pacmac et il finit avec un coeur d'artichaut ^^
C'est un bel exemple d'équilibre, comme ton petit aparté sur la pureté supposée du traileur... on pourrait dire la même chose sur la MN en course. Je partage et je vais suivre ton example: tu FINIS, et en -40h, à bon entendeur, salut! ;)
Un bel exemple de couple soudé aussi! :)
J'ai hâte de suivre votre prochaine aventure...

Commentaire de st ar posté le 14-09-2016 à 23:04:16

Bravo ! bravo ! bravo !

Bravo et merci pour, ce que je retiens en premier, l’émotion que tu transmets dans ton récit. Beaucoup de poussières dans les yeux en te lisant...
Mais aussi de belles tranches de rigolades notamment le passage des hallucinations, des barres de rire !!;)
Il m’aura fallu 4 soirées pour le lire ton récit, bon ok je ne suis pas un gros lecteur mais je suis Finisher de ton Ultra récit ;). J’espère que ça vaut au moins 4 points ITRA …j’ai même eu un « coup de moins bien » après Courmayeur, alors que toi tu courais avec « le couteau entre les dents » …
D’ailleurs tes passages en mode « guerrier », je kiffe !

Ton chrono ? On s’en fout ok mais il est juste énorme, - de 40h, j’achète ton roadbook pour 2017 si j’ai la chance d’être tiré au sort ou pour 2018 ;)

Encore bravo Christian et merci !

Commentaire de L'Dingo posté le 14-09-2016 à 23:32:24

UTMB:Le Graal du Trailer.Ca commence bien.
Effectivement voilà un "CR à coté duquel Guerre et Paix semble un documentaire" ;-))

Beaucoup de plaisir pour moi à lire ce récit qui me replonge 10ans en arrière (an pour an).
Mon Roadbook était bien différent ( et pour cause y en avait pas : -)), mais émotions, coups de moins bien , euphories, hallucinations , rencontres ...tout y est!

nota: la tectonique aurait elle fait son ouvrage et fait passer le col de la seigne au dessus du grand col ferret désormais ?? :-)

Merci Bubulle pour ce chouette CR,
et quant à l'émotion terminale qui t'a étreint sous l'arche après cette difficile épopée , n'oublie pas: "Always look on the bright side of life" :-)))

Commentaire de Spir posté le 14-09-2016 à 23:59:32

Quand même, ça envoie du lourd cette course ! Vous avez fait un beau duo avec Tom, et Élisabeth montre encore une fois qu'elle fait partie de l'élite mondiale des suiveuses ! Bravo pour avoir tenu l'objectif sub40 sans se prendre la tête plus que ça tout au long de la course, en particulier aux ravitos. Tu as eu des explications pour tes vertiges pendant les mesures en statique? Fatigue?
Ta capacité à te relancer en course est vraiment impressionnante. Tant mieux marce qu'il va falloir un sacré moral pour la course de dans un an quand tu te diras "aller, il me reste qu'un UTMB avant d'arriver" ;)

Commentaire de millénium posté le 15-09-2016 à 17:14:03

merci pour ce super récit et bravo à la team bubulle. Parfaite maitrise de l'évênement , tu peux effectivement ambitionner encore plus long ! Respect

Commentaire de Caro74 posté le 15-09-2016 à 19:57:10

J'ai pris un plaisir immense à te lire! Bravo pour ce récit et ta course! C'est impressionnant... Je ne pense pas que je serais capable de courir 39 heures sans dormir!!

Commentaire de bubulle posté le 15-09-2016 à 22:14:52

Bin, en fait, je ne serais pas contre mettre seulement 25h15...;-)...y'a des paysages que je pourrais voir ! Pour les 39 heures en course, il faudra que tu essaies....mais faut juste trouver la course qui ferait 39 heures pour toi, quoi....

Commentaire de catcityrunner posté le 18-09-2016 à 09:09:24

Bravo Bubulle, quelle course !
Précision, émotion, inspiration, quel pied de lire ce récit. Merci pour ce partage, après mon marathon du mont blanc cette année, la voie est tracée...

Commentaire de Runphil60 posté le 19-09-2016 à 21:19:41

Que c'est bien écrit, que c'est bien raconté, que c'est bien documenté, que c'est beau! Une question: as tu mis moins de 40h00 à préparer ton raodbook ? A nous les novices de l'ultra et de l'UTMB,tu nous donnes presque envie d'y aller ;-)
Bravo pour ta course (et donc la prepa) et le recit,tu nous dissuadesommes presque de faite des CR!
Tu ne nous pas de nouvelles de tes speedgoat à l'arrivée :-(
Si tu sorts un jour une biobulle ou des memobulles, j'achète de suite :-)

Commentaire de bubulle posté le 20-09-2016 à 07:06:47

Eh bien, les Speedgoat (que j'ai effectivement oubliées dans l'histoire) se portent toujours très bien. Elles ont les mêmes trous à l'arrivée qu'au départ, elles ont un peu souffert, mais curieusement, ne sont pas totalement en ruine. Et les lacets Alpurna, ça reste un bonheur total.

Commentaire de Makik posté le 19-09-2016 à 22:35:18

Après le Gollum de la Montagnard, le chevalier qui dit Ni! de l'UTMB : que du beau linge pour introduire des récits épiques qui sont un régal à lire !

Commentaire de Arcelle posté le 20-09-2016 à 20:55:50

8 jours pour arriver à bout ce cet ultra-récit, c'est long, mais in fine ...
BRAVO, MERCI !!!
(j'ai 6 mois de ménage en retard on dirait ...)

Commentaire de freethunder posté le 23-09-2016 à 10:43:28

J'ai mis du temps a digerer mon abandon et grâce à ton récit, j'ai vécu la fin de cette course.
Bravo à toi. Une gestion militaire. Des détails incroyables.
Du bubulle quoi :)

Commentaire de Runphil60 posté le 23-09-2016 à 23:06:23

Que c'est bien écrit, que c'est bien raconté, que c'est bien documenté, que c'est beau! Une question: as tu mis moins de 40h00 à préparer ton raodbook ? A nous les novices de l'ultra et de l'UTMB,tu nous donnes presque envie d'y aller ;-)
Bravo pour ta course (et donc la prepa) et le recit,tu nous dissuadesommes presque de faite des CR!
Tu ne nous pas de nouvelles de tes speedgoat à l'arrivée :-(
Si tu sorts un jour une biobulle ou des memobulles, j'achète de suite :-)

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 03-10-2016 à 16:16:18

Bravo pour ta course et ce récit ! les 2 sont longs ET bons.

Commentaire de Arclusaz posté le 21-10-2016 à 10:46:46

Il m'aura fallu deux métro-Taff et un retour en TGV de la capitale pour venir à bout de ce monument de CR dont j'avais précieusement préservé la lecture pour "un jour où j'aurais beaucoup de temps".

Merci pour ce témoignage pour les générations futures : le rappel de ton MMB 2013 remet en perspective ta formidable progression (malgré ton grand âge !!!!) et constitue donc une sacrée source de motivation (pas pour moi, c'est trop long ces machins d'ultra!).
J'aime particulièrement les moment où tu fends la cuirasse et où on voit que derrière cette machine à courir se cache un cœur d’artichaut (on le savait bien sur mais que c'est beau la sincérité !).

Et comme il est de tradition que je te te chambre un peu (et pour montrer que j'ai tout bien lu !), je confirme comme l'a déjà écrit Cyss que tu ne sais pas compter !!!!
deux exemples : 8h24 au lieu de 8h34, ça ne fait pas 20 minutes d'avance ! et 760m de D+ en 1h25 on est plus près de 500 m/h que de 600 m !
En résumé, ton CR, comme ton roadbook, il est tout pourri.....



Commentaire de kld_root posté le 29-10-2016 à 21:48:52

félicitations Bubulle, une super course et le récit qui va avec ...excellents !! si un jour j'ai la chance de pouvoir le tenter .. tu y seras pour qq chose ! merci.

Commentaire de tourist 80 posté le 28-08-2017 à 20:57:34

Je cherchais des informations sur l'utmb et je savais qu'en lisant ton récit j'en trouverais .
Ce que je ne savais pas , c'est que j'allais rentrer dans la course , j'allais participer et vivre cette course à travers ton roman .
Un roman à lire et à relire sans modération . Ce récit est touchant .
Merci bubulle .

Commentaire de LaJole posté le 06-09-2017 à 12:13:34

C'est un super moment que de lire le récit de ton UTMB ! Merci

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