Récit de la course : Ultra Trail du Mont-Blanc 2015, par Amiral

L'auteur : Amiral

La course : Ultra Trail du Mont-Blanc

Date : 28/8/2015

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 1604 vues

Distance : 170km

Objectif : Terminer

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UTMB 2015 : tentative d'abandon

Ceux qui souhaitent aller droit au but  et ne pas s’éterniser sur le pourquoi du comment de ma participation et les 6 mois de préparation écourtée qui précèdent, peuvent aller directement au paragraphe semaine du départ.

L’UTMB ne commence évidemment pas le 28 Août 2015 à 18h mais, comme pour beaucoup, plusieurs années auparavant. C’est un projet qui se prépare, et pour moi l’idée a commencé à germer en 2011 lors de ma première participation à un ultra trail : la CCC. J’ai toujours aimé courir, de préférence hors des sentiers battus, mais ma Bretagne natale n’étant pas une terre de dénivelé, il m’a fallu profiter de notre déménagement en Haute Savoie en 2012  pour concrétiser ce projet. Donc en 2011 je n’ai que très peu d’expérience de la  montagne, je suis un bon coureur du dimanche mais un trailer inexpérimenté. Mais j’ai l’envie, la volonté, et un minimum de condition physique donc j’irai jusqu’au bout et prendrai énormément de plaisir sur cette course. 2012 je m’adapte à mon nouveau cadre de vie, le windsurf, la voile, et la mer me manquent mais je profite de notre nouveau jardin. J’enchaîne quelques trails locaux plus dans le but de découvrir la région que pour la performance sportive. Je décide de participer à la TDS en 2012 mais me blesse quelques jours avant et ne prendrai pas le départ. Je persévère en 2013, cette fois c’est la bonne. Je termine dans de bonnes conditions, avec un classement au-delà de toutes mes espérances dans les cents premiers. Je comprends alors que je suis capable de gérer les longues distances, le dénivelé, et surtout que j’aime ça.  Au passage, cette course est vraiment magnifique et je ne comprends toujours pas pourquoi elle est boudée de la plupart des coureurs au profit de la CCC. J’ai désormais tous mes points pour participer à l’UTMB 2014. La question se pose, ai-je l’envie, quel est l’intérêt ? En fait je suis surtout refroidi par l’ampleur pris par cet évènement au fil des années. L’UTMB à mon goût n’est certainement pas la plus belle course de montagne au monde comme on veut nous le faire croire. Mais l’ultra marketing, l’ultra communication proche de la propagande nous inculque cette idée. Vous n’avez pas réussi dans la vie si à 50 ans vous n’avez pas une Rolex au poignet a dit quelqu’un,  de même tout trailer qui se respecte doit avoir participé et fini l’UTMB au moins une fois dans sa vie, c’est totalement ridicule. Quand tu dis à un néophyte que tu cours en montagne, immédiatement vient la question : ah oui et tu as fait l’UTMB ? Bref j’hésite, je préfère de loin les petits trails locaux à l’abri de tout ce tapage médiatique. D’un autre côté, j’habite sur place, le massif du Mont Blanc est un cadre splendide, c’est donc un peu cracher dans la soupe que de faire l’impasse quand on sait que certains traversent la planète et payent les agences de voyage une fortune pour y participer. Et puis, petit défi personnel, jamais deux sans trois, une CCC, une TDS, il ne manquerait pas une polaire de finisher dans l’armoire ? Finalement  je saute le pas mais les organisateurs ont dû entendre mon manque de motivation car le tirage au sort est défavorable en 2014. Honnêtement ça ne me fait ni chaud ni froid, j’en profite pour faire autre chose, du skating l’hiver, du vélo, je reprends le VTT, et fait de bonnes sorties dans les massifs alentours avec les copains de notre tout jeune club de trail à Cruseilles. 2014 est une bonne année, mes résultats s’améliorent avec au programme le môle, les aravis, la transjutrail, une X Alpine épique sous la neige en juillet, les Glières, et enfin la plus belle course de l’année celle du 12 novembre vers la maternité d’Annecy pour la naissance de notre fille Juliette. Evidemment les priorités changent mais c’est un bébé adorable et avec Estelle nous essayons de garder un minimum d’activités sportives. Début 2015, tirage au sort positif, et merde il va falloir s’entraîner un minimum… Bon, mon premier entraînement est de gérer le manque de sommeil, un bébé, le boulot, les déplacements, pas évident. On essaye de profiter des beaux WE ensoleillés d’hiver et de la neige pour faire un peu de skating.  Je ne m’appelle pas Thévenard mais il paraît que c’est un bon entraînement, c’est toujours ça de pris. Sauf que fin mars, paff, subite tendinite à la patte d’oie lors d’une sortie de ski, certainement due à une accumulation de fatigue, de neige molle, de mauvais fart, de manque de technique ou de chance…. Bref un truc super handicapant alors que je commençais juste à planifier mes courses de préparation pour le rendez-vous d’Aout. Impossible de courir, 3, 4, 5 semaines s’écoulent. Le mois d’avril et le printemps arrivent. Je commence sérieusement à me poser des questions. J’annule le trail des Glaisins et le Salève. J’ai recommencé à courir mais n’ai pas beaucoup de sensations et la douleur au genou est lancinante et se déplace bizarrement. Je décide de prendre les choses en main moi qui ne mets jamais les pieds chez les médecins. 2, 3 séances d’ostéo plus tard j’ai l’impression que ça va mieux. Mais Le trail Nivolet revard se finit un peu dans le dur, et le genou ne me laisse pas tranquille. J’enchaîne sur le tour du môle et ses 3000D+ pour 30Km soit une bonne petite grimpette et une longue descente bien raide au programme.

 



Ultra tour du Môle, un petit trail local qui mérite d’être connu, 3kms verticaux en un !!

Pour cette fois ça passe sans trop de problème et je commence à reprendre espoir et à remplir mon planning de préparation : Maxi race, Aravis, Interlac et pourquoi pas la traversée à Verbier en guise de week end choc avant l’UTMB. Début juin, Maxi race à Annecy, 1er gros rdv pour tester la condition. Le verdict tombe : abandon à Doussard. Douleur au genou en descente, je préfère en rester là pour le préserver. 1er abandon de ma vie, une sensation bizarre, et le doute qui s’installe à moins de 3 mois de l’échéance. Je décide alors d’abandonner la course à pied et de tout miser sur le vélo pendant au moins 2 semaines. Un passage en Bretagne pour le retour d’Estelle à la compétition en triathlon, elle signe une magnifique 3ème place 8 mois seulement après son accouchement et passe la ligne d’arrivée avec Juliette.

 



C’est l’occasion de trottiner sur le magnifique chemin des douaniers qui longe la mer, pas de dénivelé ni de longue distance ici mais du fractionné histoire de garder un minimum de condition et de vitesse. Le vélo finalement je n‘ai pas trop le temps, les jours passent et le bilan de ma saison de trail est bien maigre. J’ai dû faire au max 200km et 6000D+ depuis le début de l’année et 2,5 courses. Donc je me traîne, la semaine des Arvavis arrive, je suis en déplacement toute la semaine, et le vendredi soir je fais une petite sortie histoire de me dégourdir les jambes. 10 min après être rentré mon genou droit commence à enfler subitement, un peu de glace, je laisse passer la nuit. Mais le samedi matin il est gros comme une patate. Le trail des Aravis on oublie, direction le cabinet médical. Le diagnostic tombe, épanchement de synovie, donc anti-inflammatoire pour 1 semaine, IRM pour vérifier ce qui se passe, et 1 mois d’arrêt total du sport. Euh ?? l’UTMB 2015 ça parait bien compromis pour cette fois. Roland essaye de me rassurer en me disant qu’il a eu la même chose et que pour lui c’est passé assez vite. Bref le moral est au plus bas. Après deux jours d’antiinflammatoires aucune amélioration, c’est même pire. J’ai maintenant un œdème sur tout le mollet et la cheville et de surcroit 38.5 de fièvre. Retour chez le médecin. Stop aux antiinflammatoires, c’est une infection mon brave Monsieur !!! certainement une bursite septique. L’écho passé le jour même confirme la bursite et la prise de sang l’infection. Kesaco ce truc ? Doit-on m’amputer de la jambe droite ? Le remède : antibio pour traiter l’infection pendant 1 semaine puis repos pour que la bursite se résorbe. Nous sommes le 23 Juin, l’été s’annonce magnifique, je suis comme un lion en cage. Les médecins ont des versions contradictoires. Pour certains, l’UTMB c’est encore jouable car si la bursite est infectieuse elle va vite se résorber. Pour d’autres c’est totalement exclu, je peux toujours y aller mais je risque de m’arrêter aux Houches pour l’apéro. Bref il faut attendre encore et voir comment cela évolue. Sauf qu’en ce moment je ne suis pas patient et que ça n’évolue pas vraiment. 1 semaine s’est écoulée, les antibios font un peu effet, mais vu l’origine de la bactérie (certainement un staphylocoque), le médecin m’en prescrit d’autres avec un spectre d’action plus large…J’appelle l’osteo qui me conseille de ne pas rester trop immobile pour favoriser la circulation sanguine, et si je peux, de faire du home trainer. Et hop, ni une ni deux, l’occasion est trop belle, 40 min de vélo sur la terrasse en plein cagnard. J’ai l’impression d’avoir le genou dans un étau mais ça me fait un bien fou. L’infection passe logiquement au bout de 10jrs, mais la bursite reste. C’est la fin des antibios mais les médecins ne veulent pas me donner d’antiinflammatoires vu l’origine infectieuse, il faut attendre, toujours attendre…. Début Juillet je décide de quitter le home trainer pour la route, 35 Km le samedi et 35 le dimanche, le vélo ça va plutôt bien, enfin c’est ce que je me dis pour me rassurer. Je passe L’IRM le 08 juillet, aucun traumatisme, aucune lésion, juste cette bursite qui ne se résorbe pas. Le moral revient, mais j’ai toujours mal et ne peut pas courir. Contrôle chez le médecin remplaçant pendant cette période de vacances. Il me met en garde : Monsieur, l’UTMB il faut oublier, la bursite ne passera pas si vous continuez à vous agiter ainsi, je vous conseille une immobilisation totale avec le port d’une attelle pendant quinze jours !!!! Je sors du cabinet un peu sur la tête, mon ordonnance à la main. Finalement il faut que je me résigne, il a certainement raison. Mais bon, d’un autre côté, il me reste un brin d’espoir alors je décide de mettre toutes les chances de mon côté et de tenter le tout pour le tout, je n’irai jamais chercher cette fichue attelle. Et puis j’essaye de me rassurer, un ultra ça ne se prépare pas la veille ni pendant les deux mois qui précèdent. J’ai toujours dit que sur un Ultra il y a 50% de physique 25% de mental et 25% de gestion de la course, donc j’ai au moins 50% plus un bout de physique. Mon idée est donc de compter sur mes acquis et de maintenir un minimum de condition. Mon programme sera donc basé sur du vélo, du renforcement musculaire, gainage, compex, bref tout ce qui est possible et ne sollicite pas trop mon genou; je m’essaye même à la natation mais sans grand succès au grand désespoir d’Estelle. Résultat : environ 150 km de vélo par semaine en Juillet. J’essaye d’écouter mon corps et surtout mon genou. Le 23 Juillet je décide de faire une rando dans le Salève en mode marche rapide, je n’avance pas mais je retrouve avec plaisir mon terrain de jeu favori.  Mais le lendemain matin, patatra, la douleur est plus vive, il est encore trop tôt pour courir….Je continue donc mon petit programme. Début Aout, nouvelle visite chez le médecin. Pour mon moral je choisis celui qui était le plus optimiste. Vu que ça va mieux et que les marqueurs infectieux sont dans le vert Il me propose d’essayer d’achever la bursite avec de la cortisone pendant une semaine. Je n’aime pas trop l’idée mais en même temps il y a peu de risque que l’infection reprenne donc j’accepte. Evidemment l’effet est immédiat et au bout de quelques jours je n’ai presque plus mal. Arrêt du traitement, je retente une petite sortie de 10k avec le club. J’ai une forme incroyable en montée, je me sens super bien. Willy me dit, tu vas être super frais physiquement, l’UTMB ça va le faire. J’apprécie son optimisme, mais l’UTMB c’est le 28, et nous sommes le 6 Aout, Ok ça s’améliore mais j’ai toujours une petite douleur en descente et j’ai couru 20Km en deux mois…. Les vacances arrivent et je me pose un ultimatum. Le 15 aout je tenterai une longue sortie (50K min et 3000D+), si ça va je prends le départ, sinon j’annule. Première semaine nous sommes à Biarritz, au programme : fractionnés en CàP et vélo + repos et tentative avortée de surf. Deuxième semaine dans l’Aveyron ;  Au programme du sport tous les jours, deux semaines avant l’échéance il faut que je me fatigue : donc ce sera trail, VMA, vélo et quelques spécialités culinaires locales...Je calque ma sortie longue sur les traces du trail de l’Aubrac. Départ à 6h dans la fraîcheur matinale, un peu de stress car je sais que le verdict va tomber. Finalement ce sera 40km et non 50K et envrion 2000D+. Je teste le genou en descente, ça tiraille un peu mais je rentre finalement sans encombre. La décision est prise je serai à Chamonix le 28 à 18h.

Semaine du départ :

Les jours qui précèdent le départ, de retour à la maison, c’est le repos total ou presque, seulement un petit footing de 20min le mercredi. Les copains m’appellent pour savoir quelle est ma décision et ils m’encouragent.  J’essaye aussi de faire attention à ce que je mange et bois. Pas de viande rouge, pas d’alcool, j’évite les produits laitiers. Pour le reste je m’alimente normalement, force un peu la dose de féculents et de fruits en milieu de semaine. Il fait très chaud alors je bois beaucoup, jusqu’à 3L d’eau par jour, en plus du traditionnel biberon de malto les trois jours qui précèdent la course. La météo se confirme, grand beau prévu, ce sera donc un vrai parcours et bien 170Km et 10000D+ au programme du We. Je jette un œil sur les résultats des copains sur l’OCC, super, toutes et tous finissent avec en prime un podium pour Roland dans sa catégorie, chapeau mon gars!!

Je dors correctement durant toute la semaine et aussi le jeudi soir veille du départ. Paradoxalement je ne suis pas stressé, peut-être est-ce parce que je n’ai rien à perdre. Honnêtement j’estime avoir 10 ou 20% de chance d’aller au bout vu le peu de préparation et mon genou encore convalescent. D’ailleurs mon compte movescount, lui, ne ment pas. Juin, juillet, aout c’est seulement 120km et 3000D+ de course à pied. Généralement je n’enregistre rien mais depuis cette blessure je suis obnubilé et comptabilise chaque sortie.

Estelle me demande de lui fournir mes temps de passage pour qu’elle puisse venir me voir avec Juliette. Pas évident comme exercice, je n’ai vraiment pas l’habitude car je cours aux sensations et non au chrono. La méthode que j’applique est assez basique. Etant donné que je suis en général classé dans les 10% quand je suis en forme, et vu que les 50 premiers sont des fusées, j’estime qu’en temps normal je pourrais espérer me classer dans les 300. Au piff je prends donc les temps de passage du 295eme en 2014 qui me paraît assez régulier. Cela donne un UTMB bouclé en 35h. Ce sera le temps de référence optimiste, ensuite livetrail ajustera.

Donc elle pense venir me voir au départ puis à Saint Gervais, à la Fouly et à Champex. Je lui dis que pour ce qui est de l’arrivée à Chamonix on verra je ne veux pas trop y penser….  

La météo se maintient et nous recevons un SMS de l’organisation qui nous prévient des fortes chaleurs attendues. Histoire de me reposer, je décide de retirer mon dossard le jour même plutôt que de courir à Chamonix avec Juliette la veille et c’est finalement une bonne décision. Nous sommes sur place vers 14h00. Nous trouvons une place de park à 100m de la salle des sports, c’est inespéré vu le monde et je plaisante en disant que c’est peut-être mon jour de chance !! Le retrait du dossard se déroule en 10min  il n’y a pas un chat je n’ai jamais vu cela. Le contrôle pour moi n’est pas trop strict, mais il est vrai que les gants et le pantalon étanche ne seront peut-être pas d’une grande utilité cette année. Nous retrouvons Eric qui participe également et nos autres supporters Raph et Tim qui comptent bien nous encourager sur une bonne partie du parcours. L’attente commence pour le briefing de 17h30. Nous restons à l’abri dans la salle car il fait 30°C à l’extérieur et chacun essaye de trouver un coin d’ombre. Impossible de faire une sieste, la pression et l’excitation sont bien présentes. Nous discutons de tout et de rien et jouons avec Juliette. 16h30 je mange ma salade de pâte, quelques fruits secs et un bout de  gatosport. Je regarde ou en sont les collègues sur la CCC, c’est cool, ils gèrent bien. Puis nous décidons avec Eric de rejoindre la ligne de départ un peu avant 17h.



Raph s’est déjà occupé de déposer nos sacs d’allègement. C’est une super initiative car il y a une queue interminable à l’entrée de la salle. Comme d’habitude il y a foule dans les rues. Nous tentons d’approcher de la place du triangle de l’amitié, lieu de départ, par une rue adjacente. Mais impossible d’avancer davantage tellement la foule est dense.


Il y a des coureurs et des spectateurs mêlés, nous ne voyons même pas l’arche de départ, je suis un peu désorienté et je demande à Raph dans quel sens nous allons partir... Plus d’une heure à attendre sous un soleil de plomb, nous nous affalons sur la pelouse à l’ombre d’un arbre.


Je plains les centaines de coureurs assis sur le bitume en plein cagnard et serrés les uns contre les autres. Certes ils sont bien placés pour le départ, mais nous préférons rester à notre place.  Nous discutons avec quelques participants, les mêmes questions reviennent, as-tu déjà participé, quel est ton plan de course, tu penses mettre combien de temps ? Et aussi, souvent la même réponse :’ mon objectif c’est avant tout de finir’. Je sens Eric un peu tendu, il me dit ne pas trop supporter la chaleur et craint de souffrir de déshydratation.

Estelle et Juliette décident de me quitter afin de pouvoir s’extirper de la foule avec la poussette et de se placer plus loin pour suivre le départ. C’est non sans émotion que je les vois s’éloigner c’est aussi pour moi le premier pas dans l’aventure.

 

 

Arrive à 17h30 le speach de Catherine Poletti qui est assez succinct, et se résume à : prenez du plaisir, profitez du cadre. Il va faire très chaud alors hydratez-vous, et bon voyage. Elle rappelle au passage que le succès de l’UTMB ne se dément pas et que la course ne perd pas d’ampleur au fil des années malgré ce que disent certains. Elle le justifie par le nombre grandissant de coureurs préinscrits  et aux nouvelles courses ajoutées chaque année pour répondre à la demande. C’est vrai qu’à 230€ l’inscription c’est un beau succès…UTMB, CCC, TDS, OCC, PTL mais quelle sera la prochaine ? Heureusement il reste encore le lundi et le mardi  pour l’UTMB en relais… 

ACTE 1 Chamonix-Col de seigne

Les minutes qui précèdent le départ sont interminables, le scénario est bien rodé, et maintenant connu de tous : les bras qui se lèvent (ou plutôt les Gopros et les smartphones car nous sommes en 2015…) et la musique de Vangelis qui résonne quelques secondes avant le départ. Mais l’émotion à ce moment est bien réelle et peut se lire sur tous les visages. Je serre la main d’Eric et celle de mes voisins en leur souhaitant bonne course. Le départ est donné, la boule qui monte, je ne vais pas pleurer pour un UTMB tout de même ?? Et ben si, je verse une petite larme caché derrière mes lunettes. Je pense à tous ces mois de doute durant la préparation et à ceux qui m’ont soutenu jusqu’au bout, J’ai de la chance d’être là, je ne veux pas les décevoir. Vu notre position dans le fin fond du peloton nous avons le temps de profiter de cet instant et d’observer la foule qui nous acclame, c’est totalement incroyable, presque irréaliste. 2400 coureurs sur une ligne de 20m de large, l’effet entonnoir fonctionne à merveille et nous piétinons de longues minutes.


Sur la route pour sortir de la ville, des milliers de spectateurs scandent notre prénom inscrit sur notre dossard et ce sur plusieurs kilomètres. Par je ne sais quel miracle je réussis parmi tous ces gens à voir Estelle et un peu plus loin Raph et Tim.



Le chemin qui mène aux Houches est roulant, mon rythme est un peu plus soutenu que la moyenne, mais inutile de courir trop vite le cardio affiche 140 c’est bien suffisant. Premier

ravito aux Houches, je le zappe, et m’engage directement sur la montée vers le Délevret. Je reçois des SMS d’encouragement, ça bouchonne un peu donc je prends le temps d’y répondre et aussi de faire quelques photos. L’arrivée au Délevret se fait en 1h49 contre 1h50 prévu, pas mal les pronostics !!!  

Je range mes bâtons et s’engage alors la descente vers Saint Gervais, le temps étant sec, la première partie dans l’herbe n’est pas la patinoire décrite dans les récits des années précédentes. Cependant le début est  assez raide et je me préserve. Certains me doublent à grandes enjambées et à une vitesse hallucinante. Je me dis que ce n’est pas vraiment sage de se lâcher ainsi au Km 10 quand on sait ce qui nous attend. Le genou va bien, c’est rassurant, et nous arrivons rapidement à Saint Gervais, la nuit tombe. La descente des escaliers avant d’arriver dans le village est digne d’un tour de France : cloches, trompette, fanfares, des milliers de spectateurs, des enfants qui tendent les mains…je n’ai jamais connu ça, et commence à réaliser pourquoi l’UTMB est unique. Je m’arrête au ravito qui est super grand et bien achalandé. Mon horloge biologique m’ordonne de manger. Ce sera soupe vermicelle, saucisson, fromage et pain. Je cherche Estelle et Juliette mais ne les voyant pas je décide de les appeler. Estelle m’indique qu’ils sont au resto près de l’église. Je la retrouve vite. Le temps d’échanger quelques mots avec ses collègues Cédric et Freddy, de faire un bisous à mes femmes, et hop c’est reparti au bout de 2h40 contre 2h50 prévu, un vrai métronome. Je sais que je pars pour la nuit et que je ne les reverrai pas avant La Fouly. Cédric, compétiteur dans l’âme m’indique que je suis 669eme, je suis agréablement surpris vu ma position au départ mais ce n’est pas là l’essentiel. Avant de les quitter je demande à Estelle de sortir ma frontale car il est déjà 20h40. A la sortie du village j’en profite pour manger mon dessert qui n’est autre qu’un morceau de gatosport.

La partie qui suit jusqu’aux contamines est plus ou moins sans intérêts. Une succession de faux plats montants sur lesquels vous hésitez entre courir et marcher. Donc pour l’instant la première partie de Cet UTMB n’a rien d’exceptionnel et a surtout servi à étirer le peloton, mais l’ambiance et la ferveur des spectateurs compensent et contribuent à cette ambiance unique. Ce ravito je commence à le connaître et je me remémore la TDS, 2 ans plus tôt, ou lorsque vous arrivez aux Contamines la course est presque gagnée. Menu standard pour moi, tucs pour l’apéro, soupe vermicelle, saucisson, pain et fromage. Estelle m’appelle, elle est déçue car elle avait l’intention de venir ici pour me faire la surprise mais est restée coincée dans un bouchon, je lui dis de rentrer à la maison se reposer. Nouvelle sonnerie, cette fois ce sont mes neveux qui s’inquiètent je les rassure  et leur dis que tout va bien, ils s’étonnent d’entendre toute cette agitation autour de moi alors qu’ils me croient en pleine montagne. Direction le refuge de la croix du bonhomme soit environ 1300D+. Jusqu’à notre dame de la gorge pas de difficultés  particulières. Puis nous passons un pont en bois très animé. Encore de nombreux supporters  présents ont allumé des feux et l’ambiance est une nouvelle fois extraordinaire. Ce passage va marquer l’entrée dans un parcours plus alpin et surtout  dans la nuit. Déjà 35km il est prêt de 23h et tout va bien. J’ai le moral, les jambes, le genou tiraille un peu mais ce n’est pas dramatique. Depuis le début je m’oblige à boire régulièrement et manger de temps à autres des barres de céréales. J’ai abandonné les gels depuis longtemps sur les ultras et n’en prends que dans les coups durs ou en fin de parcours. Le début de la montée à la balme est assez raide et les spectateurs de plus en plus rare. Ça fait presque du bien de retrouver un peu de calme et de solitude. Estelle m’appelle pour me dire qu’elles sont bien rentrées à la maison, je pense fort à elles deux, ça me donne de la force. Cette première ascension est agréable, j’ai de bonnes sensations. Mais je vois soudain le coureur qui me précède s’enfuir brutalement sur la gauche pour vomir ce qui lui reste dans l’estomac !!!...déjà des problèmes gastriques dans le peloton…Nous atteignons rapidement la balme à 23h40, soit 10min d’avance sur mes prévisions. Je ne change pas mes habitudes, mais remplis mes poches de barres de céréales. A sa tenue du 27eme bataillon de chasseurs alpins, je reconnais ici un coureur que j’ai souvent croisé, il m’avait doublé sur les Glières, sur la maxi-race et recommence sur l’UTMB. Un V2 en forme olympique, impossible à suivre…La deuxième partie en single jusqu’au col du bonhomme est un peu plus technique et étroite. Nous pourrions presque nous passer de frontale, c’est la pleine lune, le ciel est clair et les crêtes des montagnes se dessinent très visiblement dans la nuit. J’en profite pour filmer l’ascension  et la guirlande de frontales éparpillées devant moi. Puis c’est l’arrivée au refuge à 1h03 soit 3min d’avance sur mes prévisions, incroyable... Nous attaquons alors la descente vers les Chapieux, 900D-  je suis très prudent, la route est encore longue et je veux absolument préserver mon genou droit. Cette descente passe vite, et j’arrive au ravito 45 min plus tard au Km50. Nous avons le droit à un petit contrôle du matériel obligatoire, puis direction la tente. Je ne sais pas ce qui me prend, on me propose un verre de boisson énergétique non identifiée que j’avale sans me poser de questions. Puis mon traditionnel repas salé, il y a aussi une soupe avec je crois des flageolets mais ça ne m’inspire pas du tout. Je fais le plein d’eau et repars après 10min d’arrêt au stand  à 2:00 contre 2:00 prévu sur mon road book !! A la sortie de la tente, une subite envie de vomir, et merde quelle idée ai-je eu de boire ce truc ? Je marche et sors mes bâtons car nous partons en direction du col de Seigne en passant par la ville des Glaciers. Puis subitement j’ai froid, je grelotte. J’hésite à sortir la veste et finalement cet état fiévreux disparaît comme il était venu après quelques centaines de mètres, Ouff !!!, sauvé pour cette fois. La première partie est une longue route goudronnée en faux plat montant d’environ 4Km. Je trottine un peu pour me réchauffer mais me remets vite à la marche rapide au rythme de mes bâtons dont la pointe résonne sur l’asphalte. Personne ou presque ne court. J’en profite pour me reposer un peu avant l’ascension qui nous attend. Il ne reste juste que 120Km pour rallier Chamonix…, il faut se préserver. Puis je constate que la puissance de ma lampe diminue. 5h de fonctionnement, c’est un peu normal, alors je décide de l’éteindre tout simplement. La nuit est claire, la route est super large, d’autres coureurs font de même et ma vision du paysage change, j’observe à 360° les montagnes qui nous entourent, c’est magique. Nous arrivons à la ville des glaciers, mais pas de ville et je ne vois pas davantage de glacier, juste un petit hameau qui marque le début de l’ascension vers le col de Seigne. Cela débute par un chemin assez large. Je vois alors un coureur assis sur ma droite, il a son dossard dans les mains et semble méditer en le regardant ? Je lui demande s’il est OK il répond simplement par un hochement de tête. Après réflexion je pense qu’il hésitait à poursuivre ou à en rester là. Puis dans la deuxième partie nous attaquons un single. Il faut bien lever et pousser sur les jambes pour passer quelques blocs et première alerte pour moi, non au genou droit, mais à l’intérieur du genou gauche. Ça ne m’inquiète pas trop cependant. Le vent commence à souffler fort et après plusieurs hésitations, je décide d’enfiler ma veste car il commence à faire froid et je constate que je suis le seul dans cette ascension à porter un T shirt manche courte. Arrivée au col de Seigne à 4H00. Je ne prends pas la peine de regarder mon plan mais j’avais prévu 4 :05. Pas de contrôle douanier non plus, cependant nous sommes déjà en Italie après 60km de course.

Acte 2 Col de seigne - Champex

Dans mon esprit nous allons attaquer la descente vers le lac Combal, mais cela était bien trop facile et trop court. Donc pour ceux qui trouvaient que le parcours de l’UTMB était trop roulant et sans difficulté technique, voici un passage dont tout le monde se souviendra je pense.  Nous attaquons en descente un pierrier chaotique et hostile. Nous sommes tous prudents et n’avançons pas bien vite. Ma frontale n’éclaire plus bezef, je profite donc du faisceau des autres, car nous sommes un groupe homogène d’une petite dizaine de coureurs à cet endroit. Tout le monde râle un peu, puis, en discutant, j’apprends que ce détour vers le col des pyramides calcaire est en fait une nouvelle variante 2015. Je prends mon mal en patience, et quelques torsions de chevilles plus tard, heureusement sans gravité, nous atteignons la deuxième partie de la descente vers le lac combal qui est nettement plus rassurante. Arrivée au lac Combal. Je n’aperçois pas bien le lac mais seulement les lumières des gyrophares d’une ambulance qui embarque un coureur emballé dans une couverture de survie. J’espère seulement que le malheureux n’a pas trop mal. Pas génial l’ambiance ici. Pas de tente, donc nous sommes à l’extérieur et certains assis sur des bancs  tirent des tronches d’enterrement.  Bref je ne veux pas trop m’attarder ici. Je jette un œil sur le roadbook, il est 5h27, j’avais prévu 4h41. Ouhaou ??? la claque !!! 1h dans la vue sur seulement une section. Le moral passe du vert pomme au rouge orangé d’un coup d’un seul,  ne serait-ce pas le début de la fin ? J’essaye de reprendre mes esprits et ma concentration. Traditionnelle collation  salée, changement des piles de la frontale, remise à niveau de la poche à eau et j’ai déjà froid, je repars. Je gamberge un peu sur le chemin qui longe le lac, je ne comprends pas. L’ambulance nous double, je grelotte de nouveau et je m’invente même des douleurs aux genoux. Puis  je discute avec un Australien qui m’explique qu’en fait ce petit détour nous à coûter 4km mais vu le rythme d’escargot bien 45-50min en plus. Ouf, je comprends mieux, d’un coup d’un seul je retrouve de l’énergie et court comme un lapin avant l’ascension vers l’arête du Mont Favre. Comme quoi le psychique joue à fond. Mes temps de passages qui s’avéraient jusqu’alors exacts deviennent donc complètement faux, Estelle va devoir compter sur livetrail. Je pense aussi à ceux qui visaient les barrières horaires et qui vont se prendre 45min sans comprendre, ça risque de faire mal… Encore environ 500D+ pour atteindre l’Arête du mont Favre, le jour se lève, je retrouve les jambes et la motivation. J’en profite pour faire un petit bilan de cette première nuit. Physiquement je vais bien, je n’ai pas trop de douleurs musculaires, mon estomac est bien en place et je pense avoir bien géré mon alimentation, j’ai de l’énergie et un moral d’acier. Au niveau du chrono, bien que ça ne soit pas la priorité,  je ne sais pas trop, mais il semblerait finalement que je sois dans le rythme prévu donc c’est un peu la cerise sur la gâteau. Peu avant l’arrivée au sommet nous éteignons les frontales, le panorama est splendide et les photographes sont bien présents pour le lever de soleil. D’ailleurs cet endroit est celui choisi pour l’affiche de l’UTMB 2015.  Je prends le temps de m’arrêter pour contempler le paysage car je sais que ce sont des moments rares et que j’ai une chance inouïe d’être au bon endroit au bon moment. J’en profite d’ailleurs pour prendre quelques photos.



La descente s’engage vers Courmayeur, elle est longue, environ 1200D- de dégringolade et encore une fois je joue la sécurité pour mon genou mais aussi pour la suite. Donc je ne suis peut-être qu’à 60, 70% de ce que je pourrais faire, mais c’est plus sage. Je n’ai pas rangé mais bâtons ni enlevé ma veste et c’est le sauna. J’ai un peu la flemme de m’arrêter malgré les minutes qui défilent et la T°C qui monte.

Donc je ne suis pas mécontent d’apercevoir Courmayeur d’autant que les cuisses commencent aussi à chauffer sérieusement.


Après une rapide traversée du village, j’arrive à la salle des sports et je récupère à l’entrée mon sac d’allègement. C’est très bien organisé et je n’attends pas une seconde. Puis il faut encore  escalader les marches  pour atteindre la grande salle. Un véritable banquet nous attend, des tables rondes de 6-8 personnes. Une ambiance de mariage sans les mariées avec des invités fatigués et pas très classes. Bref chacun prend son temps, se change, discute avec sa famille ou ses amis car l’assistance peut rentrer dans la salle. J’apprendrai, mais plus tard, que l’on peut aussi profiter de kiné, de podologue et d’un grand dortoir. Moi je n’ai pas vraiment envie de traîner ici d’autant que je suis seul. Donc en priorité je me change de la tête aux pieds. Mes pieds, qui  d’ailleurs sont comme neufs. Une tartine de NOK, des chaussettes neuves, un coup de froid en bombe sur mon genou pour un effet placebo garanti !! Je range un peu mon sac, remballe le tout et me dirige  vers le buffet. Tous mangent des pâtes, mais ça ne me dit rien, donc je reste sur mon régime soupe vermicelle, tucs, charcuterie. Le temps d’échanger quelques mots avec mes voisins de table, et vite fait bien fait je me dirige déjà vers la sortie après environ 20min. Puis les organisateurs m’arrêtent, mais où est votre dossard ?? Oups !!, retour illico presto vers la table, mais rien…Je commence déjà à cogiter et me demande s’il est possible de continuer sans dossard, car je n’ai franchement pas envie de le chercher pendant une heure. Quelqu’un se serait-il trompé ? Peu probable vu ma ceinture porte dossard vraiment moche et unique en son genre. Ça m’énerve, j’enlève mon sac et réalise que je l’avais méticuleusement accroché à celui-ci à mon arrivée. Je reprends le chemin de la sortie et appelle Estelle, il est 8h20. Elle me dit que j’ai une heure de retard par rapport au planning mais que j’ai remonté dans le classement ; je sens surtout qu’elle ne veut pas trop me casser le moral…. Je lui explique alors la mésaventure du col des pyramides calcaires. D’ailleurs mon GPS qui à ma grande surprise fonctionne toujours après 14h22 de course confirme. Il indique 81 km et non 77km. Le public qui commence à refaire son apparition en ce samedi matin m’encourage par mon prénom. Puis Oh surprise, arrivent à ma hauteur Raph, son fils, et Tim, ils ont failli me rater m’expliquent-ils. Cool je suis content de les voir. Je leur explique un peu de manière désordonnée mon début de course, l’oubli du dossard, que mon genou tient le coup et qu’en gros je suis content d’être là. Je demande des nouvelles d’Eric et il me confirme qu’ils l’attendent ici vers midi, donc tout va bien. Ils m’accompagnent tous les 3 à la sortie de Courmayeur. Raph qui a déjà participé à l’UTMB m’explique la suite du parcours, et la belle grimpette qui nous attend pour Bertone tout en me montrant le sommet que l’on peut déjà apercevoir. Le temps d’une photo souvenir et je les abandonne là. La suite je la connais un peu puisque la CCC emprunte une grande partie du parcours. Sauf que j’avais en 2011 fait une CCC au rabais vu la météo désastreuse. Le soleil commence déjà à pointer le bout de son nez et c’est encore une journée caniculaire qui s’annonce. Je commence l’ascension tranquillement en compagnie d’un Grecque avec qui j’échange quelques mots sur la météo du jour et que je perds assez vite de vue.



J’ai la patate dans cette ascension, j’essaye de me freiner et contrôle le cardio. 130-140 j’ai l’impression d’être au moins à 160 pulse, c’est bizarre. Arrivée à Bertone sans trop de difficulté et sur un rythme régulier ; je bois un coca coupé avec de l’eau et continue mon chemin.


Bertone-Arnuva est une partie assez traitresse, une succession de bosses et de relances qui ne sont pas forcément évidentes à gérer. Sur la CCC c’est plutôt plaisant et rapide car c’est le début du parcours, mais après déjà 80Km, plus une nuit dans les pattes, la sensation est différente. Arrivée à Bonatti, l’hélicoptère nous survole et nous filme ; Pour une minute la sensation d’être des stars !!! J’ai dans mes souvenirs qu’Arnuva est assez proche et que le profil est plutôt descendant.


Mais le jeu des montagnes russes continuent un bon moment et je suis bien content de voir enfin en contrebas le ravito d’Arnuva qui annonce le début  de la montée vers le col Ferret. Au ravito nous sommes seulement 4 ou 5 à ce moment et les bénévoles prennent grand soin de moi. Ils m’ordonnent de boire car il est presque midi, le soleil tape fort, et il n’y pas un brin d’ombre dans cette montée qui va durer pour moi plus d’une heure. Le col ferret est d’ailleurs le point culminant de la course à 2527m.


La première partie est bien raide et nous ne voyons pas le sommet. Il fait chaud, trop chaud. Je bois régulièrement, puis la pente s’adoucie et je profite d’un point d’eau pour me rafraîchir le visage et la nuque. J’essaye de monter régulièrement et je double une bonne vingtaine de personnes dans cette ascension ou certains souffrent. 1h20 pour 800D+, on ne bat pas des records de vitesse mais j’ai l’impression de ne pas avoir trop perdu d’énergie. Nous sommes passés côté Suisse et aussi coté Ultra puisque nous avons franchi la barre des 100km. C’est maintenant la grande descente vers la Fouly qui peut laisser des traces, environ 1000D- sur 10km.


Alors comme à chaque fois je joue la sécurité en descente. Mais mes souvenirs me trahissent de nouveau car je pensais que la dernière portion pour atteindre le village était une route forestière très roulante. Mais ça remonte à deux reprises et je constate que nous reprenons de l’altitude par rapport au village que j’aperçois en contre bas.


Plusieurs coureurs visiblement un peu dans le rouge ont choisi de faire une pose à l’ombre, je leur demande si ça va et je les encourage. Le dernier single pour atteindre le ravito est donc logiquement très raide et fatiguant. Juste avant d’arriver, nous longeons la rivière, je discute un peu avec un autre coureur qui me dit n’avoir plus de force, plus de jus, bref plus rien sous le pied. Il me paraît un peu désespéré, et au bord de l’abandon. Alors je prends le temps de le rassurer et de marcher quelques mètres avec lui. Je  lui dis que ça va forcément revenir, que ce n’est qu’un passage à vide, et que le ravito est proche. Petite portion de route, j’aperçois Estelle et Juliette qui joue à l’ombre.





Je suis content de les retrouver. Il fait vraiment chaud et je commence à en baver. Estelle me demande si ça va, je lui réponds que c’est dur et que je suis fatigué. Elle me dit que je tiens le bon bout et que ça va le faire. Bien sûr je commence aussi à penser à Chamonix après 110Km parcouru sans trop de soucis, c’est normal. Mais je préfère rester prudent et lui répond que le chemin est encore long. Eric a abandonné à Courmayeur totalement déshydraté m’annonce-t-elle. Je suis super déçu pour lui tant je sais l’importance qu’a cette course à ses yeux. Je rentre dans la tente sans mes femmes, car l’assistance est interdite mais je les vois qui m’observent au travers de la fenêtre. Même menu, je remplis la poche à eau, et j’aperçois juste devant moi un gars qui vomit tripes et boyaux. La déshydratation commence à faire des ravages, je discute avec un bénévole qui me dit que beaucoup ont déjà jeté l’éponge à cause de la chaleur. Le départ de la Fouly est un peu laborieux, les jambes sont raides et je cours comme un  canard boiteux. Je sors du village et accompagne Estelle jusqu’à la voiture, elle sera à Champex dans 14km et ça me donne du courage. Après Verbier Saint Bernard et une CCC je commence à connaître le chemin la Fouly-Champex et ce n’est pas forcément ma tasse de thé. Courir ou marcher telle est la question au moins sur la première portion. Ensuite la montée vers le lac me parait interminable, je commence sérieusement à piquer du nez et l’autofocus ne fonctionne plus terrible, j’ai sommeil. J’hésite un moment à faire là une sieste mais me dis qu’il est plus judicieux d’attendre le prochain arrêt.  Heureusement je trouve deux coureurs avec qui je discute, et les derniers km passent nettement plus vite. Arrivée à Champex-lac, belle destination de pêche et cadre bucolique. Estelle et Juliette sont au Rdv un peu avant l’entrée dans la tente. Avec le recul quand je vois les photos j’ai une mine un peu déconfite. Je m’assois sur un banc, je déroge à la règle car Estelle va gentiment me chercher quelques pâtes et refait le plein de ma poche. Elle me dit que j’ai la possibilité de faire une sieste dans une tente, donc je ne me fais pas prier. Je paramètre le réveil pour 15min, j’ai l’impression de dormir 10min et sors de là ragaillardi.


Je me prépare et repars de Champex une bonne trentaine de minutes après mon arrivée. J’ai le moral regonflé à bloc et j’accompagne mes deux petites femmes le long du Lac. Le temps d’une photo ou j’ai l’impression que c’est la poussette qui tient le bonhomme et non l’inverse, et hop me voilà reparti.



Nous bifurquons à gauche pour entamer la descente, je reconnais la voiture qui m’attend au carrefour, Estelle me dit en plaisantant : ‘ je voulais juste vérifier si tu courais, c’est bien Vinzou, bravo !!!’ J’ai la forme et le moral, maintenant je peux compter les ascensions et les descentes restantes sur les doigts de la main : 3 + 3. J’ai la fin de parcours bien en tête, il reste 45km,  je commence pour la première fois à y croire sérieusement.

ACTE 3 : Champex – Chamonix

Donc dans cette descente roulante, je me dis que je peux aller jusqu’au bout, mais qu’il faut continuer à gérer la course et à rester concentré. Commence alors la première des trois dernières ascensions, nous sommes quatre dont un Japonais que je suis depuis un moment. La montée est assez costaud et technique, des gros blocs à escalader des cours d’eau à traverser, une végétation hyper dense, il me manque presque la machette à la place des bâtons. J’ai l’impression d’être Indiana Jones dans les aventuriers de l’arche perdue…Nous croisons un gars qui descend avec son VTT sous le bras, je me demande réellement ce qu’il fait là ? On en profite pour lui demander si le sommet est loin, car les 600D+ prévus me paraissent interminables. Malgré cela j’ai la forme et grimpe sans difficulté, seul le genou gauche me lance un peu. Nous nous extirpons finalement de cette jungle et atteignons des alpages ou la vue est largement plus dégagée et le chemin moins chaotique. Puis nous recommençons à courir en direction de la Giete. Cette partie en balcon est très longue et pour la première fois j’accuse le coup, je n’arrive pas à courir et le petit lapin duracel connait des signes de faiblesse. Ce passage à vide dure une vingtaine de minutes, une petite dizaine de coureur me double, et mon Japonais s’est échappé. Persuadé que ça va revenir je me décide à prendre un gel puis dans le début de la descente vers la Giete je retrouve de l’énergie. Il est alors 20h30, début de la seconde nuit, j’allume la frontale et la grosse descente sur le col de la Forclaz et Trient s’amorce.  Comme à mon habitude je descends sagement et atteins Trient en moins d’une heure. Je reste environ 15 min au ravito et en profite pour passer un coup de bombe de froid sur mon genou devant des bénévoles un peu interloqués par ma pratique. La Montée à Catogne n’est pas trop raide et régulière, juste comme j’aime. J’ai une forme d’enfer et un rythme régulier. 700D+ gravis en 1h20, avec le recul ce n’est pas si terrible, mais sur le coup j’ai la sensation de n’avoir que 30km dans les jambes et ça c’est super bon pour le moral. La descente qui suit vers Valorcine est terriblement technique. Mes genoux commencent réellement à souffrir. Mais je pense que cela est lié au manque d’entraînement et de travail en dénivelé. J’ai ces douleurs caractéristiques de coups de couteaux qui me rappellent mes débuts en trail. Bref je prends mon mal en patience et ne m’inquiète pas plus que ça. Cependant je me dis une nouvelle fois que le parcours de cet UTMB reste tout de même difficile si on prend on compte le manque de sommeil et la fatigue accumulée.  Arrivée à Valorcine, je trouve que ce ravito ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de Trient, j’ai même l’impression d’y être revenu, comme quoi la lucidité commence à faire défaut. Passage éclair dans la tente en 8 min seulement, et je ne sais pas par quel miracle je recolle au temps de passage prévu initialement à 5min près ? Un bénévole m’indique à la sortie, qu’il y a environ 4km de faux plat avant de rejoindre le col des Montets puis ce sera la dernière, mais terrible ascension à la tête aux vents. Je cours alors en compagnie d’Emmanuel dossard 1709. Depuis un moment nous nous suivons il me sème en descente et je le rattrape en montée. Je ferai quasiment toute la fin du parcours avec lui. Nous arrivons au col des Montets rapidement, je vois plutôt un carrefour routier qu’un col, mais bon, nous traversons la route et contemplons la procession de frontales et le mur qui nous attend.  Emmanuel me prévient, la montée est vraiment épuisante il y a de grosses marches et une fois au sommet ça reste très technique jusqu’à la flégère. En fait durant la CCC en 2011 cette partie avait été retirée du parcours car trop dangereuse à cause de la météo. Donc je m’engage vers l’inconnu et en effet, dès le début, ce n’est pas vraiment une partie de plaisir. Mais mes forces sont comme décuplées, Emmanuel me dit de passer devant. Nous discutons, je ne vois pas passer le temps, et comme si à deux nous étions plus forts, on double une vingtaine de coureurs et arrivons au sommet après 1h15 d’effort. J’ai maintenant 10min d’avance sur l’horaire prévu et mon objectif de 35h. Ça sent bon l’écurie mais il reste maintenant la dernière partie à gérer. Ma frontale s’est transformée en liseuse, donc je décide d’être prudent et m’arrête pour changer les piles. Emmanuel me demande si j’ai besoin d’aide, je lui réponds non c’est bon, vas-y et bonne route !!! Je sais de toutes les manières que je ne pourrai pas le suivre en descente, j’espère le retrouver à l’arrivée. La partie qui suit est chaotique et technique on m’avait prévenu, mais je serre les dents et prends en chasse le coureur qui me précède, je le suis un bon moment mais il va vraiment trop vite, j’abandonne la partie au bout de 10min. Me double alors un extraterrestre, ce gars saute comme un cabri de rocher en rocher à une vitesse tout simplement hallucinante. J’ai encore des progrès à faire….Je poursuis donc mon petit bonhomme de chemin prudemment mais surement, je dépasse un bon groupe de 5-6 coureurs et atteins la Flégère en 45min. Je passe illico au ravito à 3h12. D’ailleurs les bénévoles m’ont l’air un peu endormis à cette heure tardive, et ce n’est pas la folle ambiance. La suite m’a été décrite comme étant une route forestière hyper roulante. Certes c’est exact sur le premier km, mais très vite nous bifurquons à gauche et c’est encore un chemin assez technique qui nous attend, je fais super gaffe, il y a des racines qui sortent du sol et je vois des pièges partout. D’ailleurs j’entends bien plus haut le cri de douleur d’un coureur qui visiblement a chuté. Ce n’est vraiment pas le moment de déconner. Je revérifie rapidement la distance et le dénivelé restant avant l’arrivée, 7km et 800D- quand même…Puis nous traversons la terrasse de ce qui semble être un restaurant et apercevons les lumières de la ville en contrebas. A partir de ce moment c’est un large chemin qui nous guide et je cours assez vite, les idées se bousculent alors dans ma tête, je suis en passe de gagner mon pari. Pour qui, pour quoi m’être lancer un tel défi ? Ai-je quelque chose à prouver, une colère à calmer un trop plein d’énergie à chasser ; Je ne sais pas mais je me sens bien, et apaisé sur ces derniers kilomètres. Je pense à ma famille, mes amis, Estelle et ma petite Juliette à qui je pourrais bientôt lire ce récit, mais aussi à ceux qui ne sont plus là et à qui je pense tous les jours. Je suis avant tout heureux d’être allé au bout, de ne pas les décevoir, de ne pas me décevoir. L’UTMB est décrit comme un extraordinaire voyage par certains, et à cet instant je comprends ce qui justifie le rassemblement unique autour de cette course, et reviens aussi un peu sur ce que j’ai pu en dire ou en penser. Je suis réellement ému en apercevant le premier rond-point de la ville qui marque la fin de l’aventure. Je verse une nouvelle larme comme au départ sauf que cette fois je ne peux plus me cacher derrière mes lunettes. Je quitte l’obscurité pour les lumières de la ville, je sors aussi de mes pensées et souris aux spectateurs qui m’encouragent une dernière fois. Je suis seul et cours sur un bon rythme sans aucunes douleurs. Je commence à connaître le tracé de ce dernier km avant l’arche alors je savoure ces derniers instants.


Dernière ligne droite, photo finish, Emmanuel m’attend, je suis surpris par son enthousiasme, il saute de joie et agite ses bâtons en me voyant arriver quelques minutes après lui, il me lance : bravo, tu vois finalement tu es descendu vite ! Un coup d’œil au chrono qui tourne et au tableau d’affichage sur ma droite, 34h19, 254eme, j’ai rempli le contrat !!!Je tourne un peu en rond sur la ligne d’arrivée, puis récupère ma polaire de finisher de cet UTMB 2015. Jamais deux sans 3 : CCC, TDS, UTMB, la boucle est bouclée !!


Il est 4h30, J’hésite entre une bière et un thé, finalement ce sera le thé car j’ai déjà froid. Je lis mes SMS, essaye de répondre à la plupart et en priorité à ma famille pour les rassurer. Je dois encore traverser la ville pour récupérer mon sac et sur le chemin je  croise des piétons qui me félicitent encore, c’est incroyable. Direction la douche, presque trop chaude, puis je m’affale sur le lit de camp, et m’endors avec en tête la satisfaction du travail accompli. 5h plus tard mon téléphone sonne, je prends quelques secondes pour réaliser ou je me trouve. C’est Estelle qui me dit qu’elle est arrivée à Cham. Je rassemble mes esprits et mes affaires en deux minutes, puis retrouve à la sortie Estelle, Juliette et mon ami Roland qui a aussi fait le déplacement.




Je suis super heureux de les voir bien que je ne sois pas trop expressif et encore un peu sur mon nuage. Direction la ville pour un petit dej.


Nous encourageons les coureurs qui en finissent à leur tour. Je raconte l’essentiel puis dis à Roland que je ne compte pas reprendre le départ pour une autre édition. Je veux garder un souvenir unique de ma course et aussi  laisser la place aux autres pour qu’ils puissent profiter, eux aussi, de cette belle aventure. Il m’annonce dans la voiture qu’il aimerait bien s’inscrire en 2017, alors promis Roland je serai aussi à Chamonix pour ton arrivée !!!

 

 

9 commentaires

Commentaire de paulotrail posté le 21-09-2015 à 15:44:52

Belle aventure, beau récit !
En plus, tu réalises une superbe performance.
J'espère connaitre cette expérience un jour....(2016 ?)
Bravo

Commentaire de Amiral posté le 21-09-2015 à 15:53:41

Merci, j'espère surtout que tu trouveras ici quelques conseils et quelques points de repères pour ta future participation, c'est le but. le plus important à mes yeux est d'arriver reposé, de ne pas partir trop vite et d'être à l'écoute de ses sensations. On croise les doigts pour ton tirage au sort !!!

Commentaire de paulotrail posté le 21-09-2015 à 16:12:58

Concernant le tirage au sort, ça fait 2 fois que je me fais jeter...
Normalement, je suis pris d'office l'année prochaine ;)

Commentaire de Amiral posté le 21-09-2015 à 16:22:59

Ok, c'est super alors, nous attendrons ton récit en septembre !!!

Commentaire de paulotrail posté le 21-09-2015 à 16:25:33

J'espère....
Merci et encore bravo.

Commentaire de arnauddetroyes posté le 21-09-2015 à 22:10:31

Très bon Cr,partir était déjà un exploit en vue de ton manque d entrainement mais tu as réussi par une fantastique gestion à devenir finisher de la trilogie ...Respect

Commentaire de Goldenick posté le 22-09-2015 à 11:39:41

Très beau récit! Merci

Commentaire de Casidescôtes posté le 25-09-2015 à 12:58:48

Salut!

J'ai tous lu! Performance étonnante compte tenu de ta "faible" préparation pour une telle course. Tu dois avoir de bonne année sportive derière toi pour fournir un tel effort avec si peu d'entrainement. En tous cas, félicitation, ton récit donne envie de participer à cette course mythique !

Commentaire de Amiral posté le 26-09-2015 à 09:25:28

Salut, merci pour ton commentaire.
Je ne vais pas te mentir en te disant que j'ai commencé le sport l'année dernière. Cependant je pense que beaucoup d'entre nous sont totalement perdus entre tous les plans d'entraînements farfelus que j'ai pu voir et qui proposent 4 ou 5 entraînements par semaines sur 3 mois pour préparer un ultra??. A mon sens c'est totalement idiot et surtout un bon moyen d'arriver fatigué ou de te blesser d'autant que la plupart de ces programmes sont uniquement basé sur de la CàP. Donc le conseil que je veux faire passer dans ce récit est d'arrêter de se faire des nœuds au cerveau, de garder une certaine logique. Alterner les sports si possible, (vélo, VTT, PPG nat etc...), ne pas uniquement travailler l'endurance et les sorties en mode 'pépères' mais aussi la VMA pour garder un minimun de vitesse et de plaisir.En plus Le fractionné est aussi l'occasion de faire des séances un peu plus ludiques.Pour ceux qui n'ont pas la chance de courir en montagne, préparer les jambes et le dos avec un peu de musculation. Et enfin, le psychique joue à fond, il faut être combatif jusqu'au bout et ne pas se décourager au premier coup dur. J'ai un copain qui dit : ''L'ultra commence quand on en veut plus'' c'est bien résumé je trouve. Donc j'estime que tout le monde peut se lancer dans l'aventure avec succès à condition de respecter certaines règles simples et basiques. Bon We

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