Récit de la course : Ultra Trail du Mont-Blanc 2017, par Simon71

L'auteur : Simon71

La course : Ultra Trail du Mont-Blanc

Date : 1/9/2017

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 1007 vues

Distance : 168km

Matos : Hoka Speed Goat 2 (2 paires)
Mizuno 20 k
Sac Ultimate Direction PB3.0
Manchon Booster
Poudre et barres Endur'Activ

Objectif : Faire un temps

7 commentaires

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UTMB 2017

Dans le feu de l'action, ce que je retiens de mon UTMB

Sur la course en général, tout a été dit
-"parcours de m." : relativement ok notamment quand on ne voit pas les sommets.Il y a beaucoup de goudrons, même si j'ai vu vite fait que entre la Fouly et le pied de la montée vers Champex c'était exceptionnel mais on est pas loin de 8.5 km  en légère descente : runner ou pas, ça fait mal.
-un engouement énorme : le départ, arrive et sortie de Saint Gervais ... grosse ambiance
-ça bouchonne longtemps, un mal pour un bien à mon avis
-les coureurs ne laissent pas passer, mais ça ce n'est pas que à l'UTMB.  Pour ne pas lancer de polémiques sur les pays, les anglais sont hyper clean, se poussent tout le temps
-le côté multi-culturel permet de discuter avec des anglais, américains, polonais, portugais...
-pas fait pour les assistances familiales : ça ne gêne pas nos amis de Courmayeur de laisser à la porte un enfant de 8 ans qui s'est levé en pleine nuit, a patienté des heures dans le froid. Je comprends que la foule est considérable et qu'il faut réguler, mais à ma table, un japonais avait 5 assistants
-le système de bus n'est pas top : celui de la famille est parti vers Megève au lieu de St Gervais, des heures d'attente
-Le système de suivi hyper rôdé, pour les suiveurs : tout le monde me parle de mon arrivée. Les SMS tombent comme des horloges
-être finisheur, c'est le prestige assurée comparé à d'autres courses ;)

Sur la météo :
Je pense qu'elle n'a pas été aussi dure que prévue.
-première nuit froide et avec parfois du brouillard : bien équipé, cela reste très supportable
-du soleil le matin en Italie
-ça s'est sérieusement gâtés le samedi après-midi, gros vent violent de face entre Arnouvaz et Grand col ferret, plus neige et grésil lors de la montée
-à partir du samedi soir, temps beaucoup plus clément : ils nous ont fait repartir de Campex sur-équipés, on a crevé de chaud.
-gros champ de boue dans les descentes à partir de la Giète

MA course :
Je me suis préparé très sérieusement, en reproduisant le schéma 2016 qui m' a permis de finir l'EB pour mon premier ultra : des blocs de montagnes dès que possible (weekend du 14 juillet, deux semaines de vacances dans Belledonne et Madère, 5 jours autour du 15 août
A Chamonix depuis le samedi, cela permet d'être cool, de faire la grasse matinée, la sieste ... et quelques dépenses.
La pression monte quand même avec la météo qui tourne et les questions sur le parcours. Je suis globalement serein, même si je doute de mon objectif de 40h.

J'arrive sur le départ plus d'une heure avant, l'attente est longue, sans pouvoir m'assoir.
Le départ est mythique ! la foule, Vangelis

Je démarre tranquile, malgré un placement dans les 400 premiers, je me laisse allègrement dépasser.
Pause pipi, c'est 500 places de perdues
Je passe vers les 1500 au Delevret. On est dans le brouillard : ma frontale n'est pas performante (une vielle petzl nao rxp), cela me gênera beaucoup dans la 2ème nuit dans les champs de boue.
Dans cette montée, on apercoit Christophe Le Saux qui encourage tout le monde, en compagnie de Antoine Guillon sur le bord de la piste, plus loin Emelie Frosberg qui redescend en courant

 Saint Gervais, il y a une ambiance de feu, je ne m'éternise pas mon assistance roule vers Megève dans le bus de l'orga : le chauffeur s'est trompé.

Contamines : bisous à la famille, soupe/tucs/bananes/ changement de flasques. Par hasard, je retrouve un collègue avec j'ai fait quelques courses : on décide de faire route ensemble, parce que sinon les gens sont dans leur bulle et n'ont pas trop envie de parler :(

Lancé dans la montée vers le refuge de la croix bonhomme, j'ai flemme de me couvrir malgré le froid , le vent, le brouillard : erreur de débutant, ne pas attendre pour s'équiper. J'arrive frigorifié, les doigts engourdis : une gentille bénévole me prend en charge : détache, le sac, cherche les gants, sur-gants, vestes, m'habille comme un enfant de 3 ans. Je suis quitte pour un bon onglet 10 minutes plus tard.
Finalement cette montée pas très raide passe bien, mais je perd mon pote, définitivement.

Descente en mode tranquille vers les Chapieux, arrêt pas du tout express : une marque de fabrique. Je ne sais pas combien de temps je suis resté aux ravitos, mais j'ai doublé certains coureurs autant de fois qu'il y a de ravitos ou presque.

Col de la Seigne : nouvelle montée régulière qui se passe sans difficulté,  le temps se dégage même s'il y a un vent froid de côté : je m'imagine que la cuisse droite, gelée par le vent, me provoque un début de TFL car les tendons perde de la souplesse... parfis, faut arrêter de penser.

Je me dis que je ferai bien une petite sieste au Lac Combal : je n'ai encore jamais dormi en course... je ne voulais pas rééditer les 48 heures non stop de l'EB l'an dernier. Ce ne sera pas au Lac Combal : on est en plein air à 2000m au petit matin. Une soupe, des tucs et des bananes, un coup d'oeil au roadbook comme à chaque ravitos. Je file dès que je sens que je refroidis
La montée vers les arrêtes du Mont Fabre sont agréables  avec les soleil qui se lève , je peine pourtant à suivre le rythme de la dizaine de coureurs autour de moi, je pioche pour rester dans les roues.

On attaque la longue descente vers Courmayeur : je zappe l'arrêt au col Checrouit où les pâtes ont pourtant le réputation d'être fameuse.
La fin de la descente est "violente".
Quelques coureurs coupent les virages pour doubler les trains qui se forment : nos amis britanniques les interpellent "hey, cheater, don't do that !". Les ch... ne sont pas au top en anglais, ils continuent

Les pâtes de Courmayeur sont une insulte à la gastronomie italienne
Je retrouve mon assistance par roulement puisqu'on nous fait le privilège dêtre 2
J'y passe beaucoup de temps, c'était prévu mais une sieste flash ou massage plutôt que l'attente pour accèder à l'un des 4 toilettes.

Je repars d'attaque pour la montée vers Bertonne. En sortant du ravito, j'entame la conversation avec un Julien : celui-là est des Vosges, je ferai un bout de chemin avec 2 autres Julien (quelqu'un a des stats sur les prénoms ?)
Sympa, on  discute bien, mais finalement je monte un peu en surrégime : j'aurai du mal ensuite jusqu'à Arnouvaz, où j'ai du mal à relancer sur ces balcons où l'on croise beaucoup de randonneurs.

J'ai mal aux pieds : la descente vers Courmayeur a tapé dans les orteils : les lacets de mes Hoka Speed Goat 2, par ailleurs parfaites sur ces terrains glissant, n'étaient pas assez serrés. Une autre erreur de débutant, il faut resserrer les lacets avant les grandes descentes, cela me coutera plus tard.

A Bonatti, mon cousin m'informe par SMS que :
-le café y est excellent ... mais pas celui qu'on nous sert
-François D'Haene gagne avec 15' minutes d'avance : cette info cruciale quoique succincte me permettra de tenir plusieurs conversations.
La première avec ch'tigône sur qui je tombe un peu avant Arnouvaz : il a un écusson bien visible lui.
On discute bien et repart ensemble pour faire la montée vers le Grand Col Ferret en duo.

Malheureusement, il a mal aux adducteurs et ne peut pas trop courir dans la descente. Je suis content de voir qu'il est allé au bout, ce dont il n'était pas certain avant La Fouly. Je me suis souvent dit que les descentes dans la boue de la 2ème nuit n'ont pas dues être des parties de plaisir.

J'arrive à La Fouly avec une très mauvaise nouvelle : je suis encore une fois pile poil dans le timing de mon road book diabolique : jamais plus de 12 minutes d'écart en plus ou moins depuis le début de la course !
Mes sensations me laissent penser que je suis mieux mais le verdict est inéluctable, il va falloir que je maintienne la cadence pour faire les 40h visées.
Cela peut vous sembler étrange, mais l'an dernier quand j'ai décidé d'abandonner mon roadbook sur l'EB, ce fut un soulagement, la pression liée aux horaires de RDV a disparu. Pourtant, j'y passe un peu de temps à les préparer, et j'aime ça, j'ai besoin de ça pour n’imprégner du parcours.

La descente sur le goudron est horrible, j'alterne course et longue séquence de marche, ça tape dur sous les pieds et dans les cuisses. Les coureurs sont éparpillés. Regroupement au pied de la montée, je sympathise bien avec Marc, qui filme avec sa gro pro (prétexte pour engager la conversation).
Malheureusement, il a prévu un long stop à Champex (encore plus que moi, c'est dire). On y arrive à la nuit tombée, juste avant le déluge qui va durer une heure.
J'ai 30 minutes d'avance : je décide de les ré-investir en repos : ma famille n'est pas encore là, je perds 10 minutes rien qu'à les guetter. Je tente la sieste flash sans succès pendant que ma femme me masse, mais le mari d'une coureuse que je reverrai à presque tous les ravitos l'abreuve de consignes diverses et variées : je ne déconnecte pas. Encore ratée pour la sieste flash.

A la sortie du ravito, on doit mettre la tenue de pluie complète. Cette exigence était plus qu'opportune à Arnouvaz, mais là non : la pluie s'est arrêtée et ne reviendra (presque) pas. Finalement ce n'est pas le grand froid de la veille : avec mes 4 couches en haut et 3 en bas, je vais avoir trop chaud. Et encore la flemme de m'arrêter, je resterai comme ça jusqu'à Trient. Pas d'assistance sur ce point,  la petite famille est exemptée, c'est du pour eux aussi et il faudra remonter en voiture sur l'IDF dimanche matin.

La montée qui suit est gérée moyennement, je en trouvepas le rythme mais à La Giète, je commence à sentir l'écurie et comme je sais que je ne vais pas dormir, autant en finir : je passe en mode "combat" : j'attaque, double dans les descentes, décide d'écourter les ravitos et de ne plus craindre et subir les montées : résultats je serai doublé "en course" une seule fois par un italien volant dans la descente vers Trient : je crois d'ailleurs que je l'ai repris un peu avant Vallorcine.

Trient, arrêt réduit à un petit  1/4 d'heure tout de même : le temps de manger, reposer les cuisses et me dessaper un peu : j'y oublie mon pantalon de pluie décathlon tout neuf : il a formé un bon combo avec ma Mizuno 20k pour lutter contre la pluie, le vent et le froid.

Je n'avais pas localiser le chek-point des Tseppes, je le rate et ne pourrai pas saluer Carochoco.
Montée express à Catogne avec un polonais : on discute bien mais il s'arrête faire une sieste. Encore une fois dommage, on formait un bon duo. Je file à toute allure dans la montée en pente douce de Bovine : j'allonge le pas et bâtonne à mort en pensant à la réplique des genoux dans le vif sur Xavier Thevenard qui concasse allègrement les cailloux : ça me change du fredonnement de Vangelis.
Vallorcine, j'avais dit à ma femme de ne pas venir car je voulais m'arrêter 10 minutes max mais elle m'attend malgré l'avance que je prends sur le timing : plus de 45 minutes. Je me suis fait un peu mal au dos dans la descente boueuse : un pas de patinage moyennement maitrisé. Je regarde, personne chez le kiné je ne fais ausculter et poser des straps 10 minutes d'envolées. Le podologue est également désœuvré : je me dit que je vais lui montrer mes pieds : très très mauvaise idée. On découvre 3 ongles bleus. Il s'en occupera du mieux qu'il peut. Et bing presque 40 minutes perdues,  je ressors frigorifié de la partie médicales, avale ma soupe froide me change et prend les consignes sur la fin du parcours : plusieurs versions sont entendues parmi les coureurs : le jeune bénévole a l'air sur de lui. pourtant il annonce 4 heures pour Chamonix. Cela me semble beaucoup trop mais m'amène à 38 h : c'est tout bon
Je me dis que je peux tenter les 37h, l’excitation et l'adrénaline me dopent !

J'attaque pied au plancher le col des montets, en mode marche nordique express. C'est dingue le nombre de traileurs qui n’optimisent pas l'usage des bâtons sur les longs faux plats, j'en reprend un petit paquet. Je reste méfiant car le doute subsiste sur la suite du parcours, cela parait trop simple : je gade une réserve que je réinvestirai le cas échéant dans le dernière descente, "ma spécialité".

Effectivement, cela ne ressemble en rien à ce qu'on nous a promis : une redescente vraiment galère de -300 m vers Argentière. Je ne vais pas vite mais double beaucoup de coureurs, mon pied "élevé" en Belledonne me sert bien.
Deux groupes pensent s'être perdus tellement ils ne s'attendent pas à cette galère. Je le dis de se fier au balisage même s'il est un peu léger par temps de brouillard. Je commence à prendre des risques, avant le passage en balcon fait à bloc puis les 4 à 500m de D+ pour rejoindre la Flégère : le soleil se lève avec le nouveau jour, tant mieux je n'ai plus de piles dans la frontage :)

Je ne prends pas le temps de prendre en photo le mont blanc qui se découvre en arrivant à la Flègère. D'ailleurs, j'ai pris qu'une seule fois des photos, au Lac Combal...

Je demande au chef de poste combien de temps pour l'arrivée : 1h30. Je lui dis que je descends bien. Dans ce cas 1 heure mais faut envoyer du gros. Je suis à 36h52. J'appelle ma femme, lui annonce une petite heure et me lance à fond oubliant toutes les douleurs. Pour le coup les coureurs se poussent quand ils m'entendent arriver comme un bolide (en toute modestie)

Je lâche tout, passe un dernier coup de file avant de rentrer dans les hauts de Chamonix : je finis pile poil en 37h30, au sprint depuis 30 minutes, je fais sprinter les enfants avec qui on fait les 400 derniers mètres. Mntême si 37h30 ou 29 ou 31 importe peu, je veux faire 37h30. On passe la ligne ensemble. Je suis hâché par cette descente, 2 nuits blanches et quelques 166 km ou 170 km. C'est dingue les course à Cham, on ne sait jamais combien elles font, cf 80 km du Mont Blanc.

Je suis heureux, une gestion de course à la "Antoine Guillon", la forme était là, équipements et alimentation au point. 

Je voulais faire l'UTMB, je l'ai fait, je suis content mais je laisserai ma place pour les autres éditions. Comparable en certains points, j'ai déjà fait 2 fois le marathon de NY et y retournerait certainement.

Pour les trails, je vais privilégier les organisations moins massives ... à moins que le fasse le GRR d'ici un ou deux ans.

Place à la récup, et aux 30 pages de retard sur le fil Kikourou : je vais revivre à nouveau la course et regarder ce qu'on fait les autres kikoureurs.

7 commentaires

Commentaire de Bérénice posté le 03-09-2017 à 22:50:53

Bravo et merci pour ce retour ! Je me demande comment tu as fait un récit aussi vite alors que tu devrais être en train de dormir 14h d'affilée !

Commentaire de Benman posté le 03-09-2017 à 23:05:38

Bravo pour ta course et tes remarques très pertinentes. S'attaquer à un mythe n'est pas forcément la garantie de vivre une aventure mythique, mais on en ressort toujours plein de positif, ce que tu as fait.

Commentaire de pinafl posté le 04-09-2017 à 11:06:57

Bonne gestion de course apparemment, bravo pour ce résultat

Commentaire de jano posté le 04-09-2017 à 23:40:56

ah, c'est toi qui mange des tucs !!

Commentaire de ch'ti Gone posté le 05-09-2017 à 10:51:24

Aussi rapide à rediger un CR que dans les descentes!
Félicitations pour ta gestion de course.
Au sommet du Grand Ferret, j'ai tout fait pour rester dans ta roue. Pendant 20' je t'ai eu en ligne de mire, j'ai fait le max pour revenir sur toi mais tu allais trop vite pour un eclopé!
bonne récup.

Commentaire de Simon71 posté le 05-09-2017 à 22:49:49

j'ai vérifié, en fait on était en même temps à La Fouly, je uis reparti 5 min avant toi. Tu ne t'es pas attardé non plus à Champex, tu es même reparti avant moi. C'est dommage.
Les pieds commencent à dégonfler. Soigne toi bien

Commentaire de Bruno Kestemont posté le 08-09-2017 à 10:10:30

Bravo, merci pour ce récit passionnant et très instructif !

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