Récit de la course : Les Templiers 2014, par laurent65

L'auteur : laurent65

La course : Les Templiers

Date : 26/10/2014

Lieu : Millau (Aveyron)

Affichage : 1133 vues

Distance : 73km

Matos : chaussures salomon xt lab 5 : vraiment satisfait, vaidé seulement 3 semaines avant après plusieurs essais d'autres modèles, chaussettes brv light : aucune douleur ni ampoules, sac speed trail avec poche à eau 1,5 l camelbak, montre garmin cardio gps 210 avec 8h d'autonomie !!!

Objectif : Terminer

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Un goût d'inachevé

Mes templiers : même si je n’ai pas fini la course, ça restera une sacrée expérience... Débutant la course à pied il y a 2 ans, je pensais complètement fou alors à l’époque de pouvoir participer à une telle épreuve aussi longue. Plus habitué aux trails locaux de 10 à 20 km, j’ai décidé de me lancer dans l’aventure en suivant un plan d’entrainement de 5 mois.

La préparation s’est bien déroulée et c’est donc confiant que j’abordais la dernière semaine. Mon objectif initial était au moins d’aller jusqu’à Pierefiche puis au rythme des sorties de préparation pour la plupart en montagne mon objectif devenait en fait d’aller au bout des 73 km. Cycliste depuis 30 ans j’a du bousculer mes habitudes de préparation notamment en privilégiant le repos les derniers jours laissant de côté la période d’affutage et de surcompensation. Tout s’est déroulé à merveille, l’alimentation, les nuits de sommeil pré-course, les sensations, le matériel et l’alimentation testés et validés, le mental et le moral au beau fixe… sans pression.

Levé à 3h après m’être endormi la veille à 21h je me présentais en marche rapide au départ dans un long cortège de partenaires trailers  venus ici comme moi pour cette aventure. Ma première erreur de débutant qui était le premier accroc de la journée a été d’arriver trop tard dans les sas et donc me voilà dans le dernier sas…sans savoir ce qui m’attendait juste après le départ. Ayant visionné souvent des vidéos du départ, je ne ressentais aucune émotion particulière aux artifices de cette scène avec les fumigènes et la musique et tout le reste, je me projetais plutôt dans des émotions et des scènes plus naturelles et sauvages avec le plaisir de courir dans la nature avec des paysages époustouflants.  3 mn pour passer sous l’arche, rien que ça pour pouvoir courir enfin à une allure qui me convenait bien de 11 km/h environ mais la suite allait me déstabiliser juste après les 3 km de route avec d’énormes bouchons à la moindre branche en travers, au moindre changement de destination ou rétrécissement, quelle galère… mais je restais concentré et patient en me disant que ça allait se décanter. Arrivés sur le causse noir, nous étions sur un chemin large plus ou moins plat avec pas mal de cailloux ou racines ou il fallait doubler de vigilance surtout de nuit…et ce qui devait encore arriver arriva (je ne lève pas assez les pieds en course), je tapais le pied gauche dans une racine de pin et me voilà le museau dans la terre, je me relevais en une fraction de seconde dans un espèce d’élan de survie comme en suivant une chute en vélo avec la peur au ventre de constater des dégâts irrémédiables. Je me retrouvais avec la bouche pleine de terre et le goût de sang, le genou en sang, les 2 poignées douloureux, le manchon de compression rempli de terre et de gravier, en me relevant je ne sentais pas la douleur mais le kilomètre suivant je courais tel un automate en boitant. J’avais un mental de guerrier et je me disais que c’était pas grave et que je n’allais pas m’arrêter au bout de 5 km, en courant je faisais un chek up des dégâts tout en me nettoyant avec la pipette du camelback la bouche, les mains et les vêtements. Une violente douleur m’irradiait le genou gauche de temps en temps. Je restais concentré quand-même mais une fois mes esprits revenus j’ai passé 10 mn difficiles mentalement ou des idées négatives me traversaient l’esprit, j’enrageais de tomber si souvent en courant alors que je tombe rarement dans les courses de vélo…depuis que je suis devenu moins kamikaze. Je m’étais préparé à vivre des moments difficiles et j’avais déjà anticipé ça en reprenant le dessus et en faisant l’inventaire de mes pensées positives...

Cette traversée du plateau ne m’enchantait guère car je n’aime pas courir sur le plat, je me faisais doubler autant que je doublais mais déjà ça ne bouchonnait plus, le lever du soleil me donnait beaucoup de force et me faisait réaliser le bonheur d’être à ma place (« ici et maintenant », c’était ma devise du jour).

La descente sur Peyreleau qui était le premier monotrace devenait un calvaire obligeant de m’arrêter à chaque virage à cause des bouchons encore, j’en profitais pour contempler le paysage mais je me disais que pour le moment tout le boulot effectué dans les descentes en montagne m’était peu utile…Le premier ravito à Peyreleau au bout de 22 km, pleins de choses se bousculaient dans ma tête mais pas seulement : la douleur au genou s’étendait au mollet, j’étais satisfait d’être très frais, j’étais heureux de retrouver mon frangin et Sylvie et de leur faire partager cet évènement, le paysage était superbe, l’accueil et l’ambiance étaient fabuleux, j’étais vraiment dans la course et concentré à bloc pour pouvoir finir.

La sortie du village avec une côte terrible pour remonter sur un plateau…avec le plus gros bouchon de la journée, au moins 15 mn de perdues en 4 km, l’enfer, on montait à un rythme de promeneur en s’arrêtant à chaque virage en évitant de prendre des coups avec les bâtons baladeurs…, je me démobilisais pas en me rassurant et en me disant que c’était un mal pour un bien, au 25ème km j’étais à 115 bpm de moyenne... Un parcours assez vallonné nous amenait au second ravito de Saint-André de Vézines au km 34 et la succession de marche rapide et de relances augmentaient la douleur qui devenait difficile à supporter, je me décidais d’enlever mes manchons de compression, de me masser à l’huile de gaulthérie et de prendre des granules d’arnica.... en attendant que ça passe.

L’ambiance festive avec les spectateurs, les organisateurs et les coureurs me faisaient un peu penser à autre chose. Je mangeais à chaque ravito une demi banane et 2 tranches de pain d’épice, et en suivant une barre fruitée isostar 30 mn après suivi d’un gel isostar. J’avais testé et validé cette façon de m’alimenter dans les entraînements en montagne, ça m’allait très bien avec de la boisson isostar que j’utilise depuis mes débuts en vélo. Le départ de ce second ravito fut un calvaire car je n’arrivais plus à courir, la douleur devenait insupportable, je me faisais violence grâce à quelques encouragements aussi de concurrents qui voyaient que j’étais mal barré.

Après 3 km de descente en faux-plat sur le causse ou j’arrivais à garder 10-11km/h de vitesse on arrivait dans une descente très technique ou j’arrivais à prendre du plaisir néanmoins et ce malgré la douleur.

La longue montée vers le chaos rocheux de Roque Altès qui suivait avec un paysage à couper le souffle et la vue au fond sur le viaduc entre les Causses me redonnait beaucoup de force car je me sentais très à l’aise mais j’enrageais un peu d’être bloqué, je me suis retrouvé derrière un gars qui s’arrêtait en pleine trace pour prendre des photos tous les 500m plutôt que de se ranger, je restais zen et je me disais que j’avais qu’à être meilleur et courir devant lui. Un concurrent dans un sale état était pris en charge avec un médecin, il tremblait et gémissait et cette vision me perturbait quand-même me mettant un coup de blues pendant 5 mn. La douleur s’intensifiait dans la descente vers la Roque et je ne pouvais plus courir ni descendre, ça devenait un supplice et  je bloquais dans chaque descente mes suivants, ça me rendait fou et j’étais en crise, je décidais de me mettre en condition de warrior en mettant de la musique avec mon i-phone (David Guetta) à fond pour oublier mon corps mais rien n’y faisait, la douleur était plus forte que le mental, c’était mécanique je ne pouvais plus faire un pas après l’autre normalement. Je partais en live et j’oubliais même de m’alimenter et de boire, je « m’auto-détruisais » et j’espérais arriver au ravito de Pierrefiche que je pensais être en bas de la descente de Roque Sainte Marguerite, grosse erreur il fallait remonter sur le plateau du Larzac avec une côte terrible par la pente et la longueur en forêt au milieu des buis et sous les vols de vautours qui m’avaient peut-être repérés, je craquais complètement, je devenais un pantin boitillant, j’étais en hypoglycémie en plus avec les jambes en coton et les lèvres qui se crispaient, à la limite de la crise de panique, mon cardio gps qui n’avait que 8h d’autonomie rendait l’âme, un signe de mon déclin, tout s’écroulait...

En montant je ressentais moins la douleur et de voir l’hécatombe avec des gars couchés à l’ombre ou un autre en train de vomir à côté de moi je me ressaisissais un court instant en me disant qu’il y avait pire que mon cas et en m’alimentant de fléchettes coup de fouet que je gardais en cas de coup dur seulement (bien rangés dans ma poche gauche dite de crise ! lol), je reprenais espoir, je regardais la photo de mes loulous et je lisais les sms d’encouragements de Walter, de sylvie et de Fernand qui me regonflaient le moral à bloc, je repartais mentalement en mode positif et j’allais finir même à plat ventre si nécessaire ! je pouvais pas lâcher comme ça, je le devais, je l’avais promis. Arrivé sur le plateau, impossible de trottiner, de marcher vite, je me retrouvais avec une jambe invalide, c’est pas possible !!! j’insistais, j’insistais !!! et les cris d’encouragements d’un couple qui avait couru la veille une épreuve d’une autre distance m’indiquant le prochain ravito à  1 km me redonnaient un souffle de vitalité, j’avançais à 7km/h en trainant une jambe, bien remotivé je pensais à tous ces gens qui souffraient physiquement mais sans le vouloir alors que moi je choisissais ce qui m’arrivait...J’étais quand-même mal en point.  Arrivé en vue du village de Pierefiche, je ressentais un coup de poignard dans le mollet me faisant presque perdre l’équilibre, mon corps me disait stop violemment !!!, c’en était fini et c’était dur et violent !, en voyant le regard triste de mon frère en me voyant boiter, je comprenais que c’était bien la fin et que je devais me résigner à m’arrêter au bout de 48 km…je rendais mon dossard…je me sentais bizarre et bien conscient que ce n’était que du sport, qu’il ne fallait pas se mettre dans des états pareils gratuitement. Mais c’est quand-même un luxe de pouvoir vivre une telle expérience en essayant de tout maîtriser, en étant libre de ses choix, en bonne santé, alors que la vie n’épargne personne. J’aurai tant voulu franchir ce portique d’arrivée en bois, je ne pensais qu’à ça…pour moi c’était autre chose que du sport mais le symbole de la fin d’une période difficile.

Cette semaine, j'ai rêvé une nuit que je franchissais ce fameux portique d'arrivée avec mes enfants, alors rdv obligatoire en 2015...

1 commentaire

Commentaire de scrouss posté le 02-11-2014 à 20:46:24

Belle leçon pour autant : tu as validé la préparation et donc 2015 c'est le succès !

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