Récit de la course : Ultra Trail du Mont Blanc 2009, par arthurbaldur

L'auteur : arthurbaldur

La course : Ultra Trail du Mont Blanc

Date : 28/8/2009

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 1209 vues

Distance : 166km

Objectif : Terminer

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De toute façon, il n'y avait pas de manches à la polaire cette année ...

Le CR en photo : The North Face Ultra-Trail du Mont-Blanc, le 28 août 2009

Comme l'année dernière à l'occasion de la CCC, nous sommes accueillis par mon oncle et ma tante qui habitent un chalet dans le quartier des Moussoux à Chamonix. Nous sommes logés dans deux mazots situés dans le jardin qui jouxte l'habitation principale.

Un lieu calme et paisible éloigné juste ce qu'il faut de l'agitation du centre ville et quelle vue ! Nous sommes situés côté Brévent et c'est un régal de pouvoir contempler les Drus, les aiguilles de Chamonix dont la fameuse Aiguille du Midi, le Mont Blanc du Tacul, le Mont Maudit, le Dôme du Gouter et bien sûr le Mont Blanc. Un avant goût du paradis comme on dit.

Notre journée de mercredi bien entamée par le trajet Lyon Chamonix sera consacrée au retrait des dossards. Je m'attendais à y passer une bonne partie de mon après-midi comme ça avait été le cas l'année dernière mais l'absence de vérification du matériel cette année (remplacée par la signature d'une simple déclaration sur l'honneur) à grandement réduit les temps d'attente.

Du coup, j'ai eu un peu plus de temps pour flâner le long des stands du salon de l'Ultra-Trail ce qui m'a permis de papoter et de rencontrer plusieurs personnes. Des kikoureurs et des justes coureurs, des personnalités et des moins connus, le top de la matière grise d'Extra Sports sans qui mes balades hivernales de fin de saison n'auraient pas la même saveur et Line qui est arrivée sur Chamonix en fin d'après-midi.

Histoire de ne pas mourir idiot et d'en prendre plein les mirettes, nous avons profité de la matinée ensoleillée du jeudi matin pour monter à l'Aiguille du Midi avec toute ma petite famille, ma soeur et Line. On peut dire que l'on est vernis côté météo. C'est loin d'être le cas pour les coureurs de la Petite Trotte à Léon qui ont passé une deuxième soirée sous des trombes d'eau.

Le jour J

L'avantage d'un départ en fin d'après-midi, c'est que l'on est quand même beaucoup moins bousculé au réveil. Ce n'est pas que je sois réellement fâché avec mon radio réveil mais je préfère être réveillé en douceur par mon horloge biologique. Ce n'était pas humain de se lever à 2h50 du matin pour affronter les 10000 m de D+ de la Montagn'Hard.

Pas de balade touristique sur les hauteurs de Chamonix aujourd'hui, il faut économiser ses forces.
Ma seule tâche de la journée consistera à récupérer l'ami Biscotte qui est parti de Lyon en début de matinée. Bon, il a fallu quand même l'arracher des griffes de son compagnon de route qui papillonnait sur les stands du salon de l'Ultra-Trail afin de récupérer au plus vite son sac, de retirer son dossard et son maillot. Il nous restait encore à  rejoindre à pied les mazots tout en prenant au passage Line sur la place de l'église.

Pas vraiment de tout repos ce piétinement dans Chamonix et en plus je commence avoir faim. Cela tombe plutôt bien, nous sommes arrivés aux mazots alors que l'horloge annonçait qu'il était grand temps de manger des pâtes.

Nous attendons tranquillement le départ, allongés dans le jardin. Difficile de se relâcher suffisamment pour s'endormir profondément dans ce long moment d'attente qui précède notre départ. Cette sieste sous les arbres à écouter le gazouillis des oiseaux aura eu le mérite de détendre quelques muscles trop impatients d'en découdre. Ils vont être pour le moins sollicités ce soir.

Il est l'heure. Nous avons enfilé notre tenue de warrior, nos pieds ont reçus leur dose de crème réglementaire et les indispensables sparadraps protèges tétons ont trouvé les emplacements qui leur étaient attribués. Notre équipement sur le dos, nous quittons le quartier de la Croix des Moussoux pour aller déposer notre sac coureur au centre sportif. Ce sac d'allègement sera acheminé à Courmayeur par l'organisation. Nous nous dirigeons ensuite vers le centre ville accompagnés par le rythme lancinant des percussions d'un groupe tribal.

Chamonix, quelques minutes avant le départ

La place devant l'église est noire de monde. Nous nous faufilons entre les coureurs pour nous diriger vers un petit espace miraculeusement laissé libre. Celui-ci va se réduire de plus en plus. Des vraies sardines dans leur boite, l'huile en moins. Cette promiscuité vaudra à mes tibias une rencontre pour le moins douloureuse avec les pointes de bâton de la sardine qui me précède. Cette expérience pénible me décidera à porter mes bâtons à la main plutôt que sur mon sac. Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse, quoique, je lui aurai bien planté un baton formateur dans le mollet. Je dit mollet parce que je suis d'un naturel gentil et que mes géniteurs m'ont élevé dans le respect de mon prochain.

J'aperçois dans la foule la famille venue nous encourager. Ma femme et ma sœur sont aux commandes de leurs numériques respectifs pour immortaliser cet instant. Le temps file rapidement. C'est le moment du briefing et des quelques recommandations d'usage. Côté météo, nous devrions échapper à la pluie mais la nuit s'annonce fraiche avec une température frôlant l'axe des abscisses.

L'animateur harangue la foule pour faire monter la pression tel un prédicateur. C'est la grand messe, la grand messe de l'ultra-trail. Bien sûr, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il y a vraiment beaucoup de flonflon dans tout ça. Il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup de recul pour s'en apercevoir. Mais une des spécificités de l'UTMB est d'être un show magnifiquement orchestré et les Polletis vous vendent un ticket pour une fabuleuse machine à rêver.

Les premières notes de Conquest of Paradise de Vangelis résonnent à nouveau. C'est le début du décompte avant le départ, un décompte scandé en cœur par les coureurs et la foule de spectateurs. Dix ... neuf ... Un mouvement de foule s'amorce vers l'avant. Huit ... sept ... J'ai préféré ranger le portable, il y a quelques marches à franchir et le risque de bousculade est bien réel. Je n'ose imaginer les conséquences fâcheuses d'une chute à ce moment. Six ... cinq ... quatre ... L'ambiance est électrique, toute cette énergie accumulée depuis des semaines, des mois d'entrainement, que l'on sent prête à être libérée. Trois ... deux ... un ! Des frissons courent le long de mes bras et de mon dos. Ca y est, c'est le moment tant attendu.

La tête de course s'est élancée entrainant à sa suite le flot des coureurs. Le passage des premiers coureurs sous l'arche de départ ressemble à la fuite en avant de l'Arve le long des arches d'un pont.
Notre passage, à nous, coureurs de fin de peloton, sera plus calme. C'est en marchant que nous franchissons la ligne de départ et traversons une bonne partie de Chamonix. Nous défilons entre les barrières de sécurités sous les applaudissements des spectateurs venus se repaitre du spectacle de ces quelques milliers de fous qui s'apprêtent à faire le tour du Mont Blanc. Merde, les fous, c'est nous !

Chamonix - Saint-Gervais
Etape : 21 km, 937 m D+, 1165 m D-
Cumul : 21 km, 937 m D+, 1165 m D-
Vendredi : 22h05, Temps de course : 3h35, Class. : 2137 ème

Nous quittons le centre de Chamonix et sa foule. Le peloton est désormais moins compact et nous pouvons allonger notre foulée pour la première fois sur le bitume de la route des Gaillands.
C'est peu après l'avoir quittée pour emprunter le premier chemin de notre périple que nous aurons la surprise de voir Jean-Yves, un membre du forum Athlète Endurance. Je savais qu'il était dans les parages car il m'avait appelé la veille pour m'encourager chaudement mais je n'ai pas pensé un instant que nous aurions le plaisir de le voir dans ces premiers kilomètres de course. C'était vraiment un coup de pot de nous voir parmi ce nombre de coureurs. C'était bizarre de se retrouver là et de faire un bout de chemin ensemble.

Nous arrivons rapidement aux Houches. Il y a du monde, pas mal de monde même si on est bien loin de l'affluence de Chamonix. C'est le premier ravitaillement d'une longue série. Un simple ravitaillement en boissons. Je vide un verre de coca, avale un bouillon et nous quittons les lieux rapidement dans les temps prévus. Moins de 10 minutes chrono pour ne pas subir les foudres de Biscotte. Après, c'était le coup de bâton ...

On commence à grimper un peu en direction du col de Voza. Tiens donc. Qui vois-je sur le bord du chemin ? Mais, c'est Annie ! Je buvais hier soir encore une bière bien fraiche en compagnie de Vincent, son mari, à la terrasse du Choucas. Un coureur vraiment très endurant malgré le peu de temps qu'il consacre à son entrainement avec une expérience de la montagne bien plus importante que la mienne. Le vrai montagnard quoi. Je laisse à Annie juste le temps de me prendre en photo avant de filer pour ne pas me faire lâcher par mes petits camarades. Zut, j'ai oublié de lui demander si Vincent était déjà passé …

Ca grimpe gentiment avec un profil qui s'apparente à de la montagne à vache. Je tiens à préciser que je n'ai aucun grief à formuler envers nos amies les bêtes à cornes d'autant que j'adore les produits laitiers. Je m'en voudrais également de critiquer les montagnes qu'elles foulent de leurs sabots mais j'ai hâte de passer à un truc plus velu, plus sauvage, de la montagne avec un grand M avec des marches suffisamment hautes pour faire lever les genoux de tous les clônes de Tony Parker et une pente que ne renierait pas un Olivier Tribondeau. A vrai dire, il vaut peut-être mieux commencer doucement. Je suis en forme mais je ne ressens pas encore cette légère euphorie qui me porte après quelques heures de course. Allez les endorphines, il est grand temps de vous mettre au boulot !

La nuit tombe. Nous arrivons à proximité d'un groupe de spectateurs regroupés au pied d'une boule lumineuse familière car semblable à celles rencontrées lors de mes balades nocturnes de fin d'année à la SaintéLyon. Je filme les spectateurs et reste sans réaction lorsque qu'un d'eux m'arrache le portable des mains pensant que je désire être photographié. « Je peux la prendre ? » « C'est une vidéo. Coucou ! » « On appuie où ? » « C'est une vidéo, fais coucou !!! » Dialogue de sourd. Il ne capte rien. Faut dire que je ne suis pas clair. Ses voisins finissent par rigoler en comprenant qu'il est en train de se filmer !

Il commence à faire un peu frais. Quelques mètres plus loin, nous passons en mode nuit. J'ai retenu la leçon de la Montagn'Hard et je me contente d'enfiler mes manchons de cycliste, mes gants de soie et mon bonnet en feutrine, un souvenir fétiche de ma première SaintéLyon. Je laisse sagement la polaire au fond du sac. Bien m'en à pris. Il me faudra plusieurs fois descendre les manchons et rouler mon bonnet sur les tempes (non, pas sous les aisselles) pour trouver la sensation thermique idéale.

Je trouve que notre petite troupe n'a pas une très grande cohésion. Nous courons plus souvent deux par deux qu'en formant un véritable groupe de quatre coureurs. J'ai la quasi certitude que le groupe se disloquera bien avant l'arrivée.  J'imagine que je ferai la totalité du chemin avec Line, c'était convenu depuis l'année dernière à l'issue de la CCC et que nous laisserons filer devant Biscotte s'il lui pousse des ailes comme à la Montagn'Hard. Quand à Nicolas, il a juste exprimé son envie de faire un bout de chemin avec nous. Il fait donc figure d'électron libre à mes yeux. Il ne cherchera pas à aligner forcément son allure sur la nôtre, ni à nous attendre et vice versa.

Nous ne l'avons d'ailleurs pas spécialement attendu quand il s'est arrêté dans la descente sur Motivon. J'apprendrai, plus tard, qu'il souffrait d'un problème gastrique. Encore une victime des boissons énergétiques. Faut vraiment se méfier de ne pas avoir la main trop lourde quand on dose sa potion magique.

Hé, mais ce sont les rails du Tramway du Mont Blanc ! Après les pancartes Prarion, voilà encore quelques images d'une balade bien hard qui me reviennent à l'esprit. D'ailleurs, il me semble bien avoir suivi ce chemin dans le sens de la grimpette en juillet. Je me trompe peut-être mais il a quand même un goût de « déjà vu mais je suis content d'y revenir » ce sentier.

Nous arrivons à Saint Gervais. C'est à nouveau de la folie. On se croirait à la foire du trône. Bon, c'est une vue de l'esprit, je n'y ai jamais mis les pieds. Il y a plus de personnes au mètre carré que dans le métro aux heures de pointes. Les gens se pressent le long des barrières de sécurité pour nous encourager. Il y a de la joie, de la bonne humeur, des copains de coureurs, des femmes de coureurs, des familles des coureurs et d'autres qui n'ont rien avoir avec un quelconque coureurs mais qui sont là pour se distraire avec l'attraction du moment. Il y a des d'jeunes et même des très d'jeunes qui tendent la main vers nous à notre passage. Ils ont probablement été surpris de me voir débouler en leur tapant dans la main tout en hurlant : « grippe A, grippe A … ». Je prie les parents de m'excuser pour tout les traumas que j'ai pu causer aux chérubins malchanceux qui ont tendu la main à mon passage.

Saint-Gervais - Les Contamines
Etape : 9,9 km, 516 m D+, 163 m D-
Cumul : 30,9 km, 1453 m D+, 1328 m D-
Samedi : 00h03, Temps de course : 5h33, Class. : 2040 ème

Je n'ai guère de souvenirs de notre cheminement entre Saint-Gervais et les Contamines. Si ce n'est que Biscotte m'a fait remarqué que nous passions à proximité de ce qui avait été le point de départ de la montée chronométrée au Mont Joly. Quelle lucidité. C'est  beau !

Quelques faits m'ont par contre plus marqué au ravitaillement des Contamines. Il y a beaucoup moins de monde mais c'est somme toute normal. Il est minuit et comme le dit ma femme lorsque je lui parle de course nocturne : « La nuit, c'est fait pour dormir ! ».
Un système de distribution d'eau avec plusieurs robinets a été mis en place pour faciliter le remplissage des poches à eau. Au moment de refermer le bouchon du réservoir, je fais l'erreur de tenir la poche à eau sans maintenir le sac ce qui n'a pas manqué de la faire jaillir subitement de son emplacement. J'ai arrosé ainsi gaiement qui voulait l'être. Je craint d'avoir mouillé bien peu de réels  volontaires. Biscotte a subi quelques légers dommages collatéraux dans l'histoire.

J'ai une sensation de chaleur sous la plante des pieds. Et qu'est-ce qu'on fait dans ce cas ? Ben on se rappelle ce qu'on a écrit dans un de ses récents billets et on s'empresse de passer une couche généreuse de nok pour limiter les risques. A la guerre comme à la guerre, j'installe mes petites affaires sur le bitume et pose mon postérieur à même le sol pour effectuer l'opération. Quand à faire je me suis installé à proximité des barrières, ça a le mérite d'occuper les quelques badauds et je me dis que c'est préférable pour ma sécurité. On se sait jamais, un coureur fou qui vous tombe dessus, emporté dans son élan, c'est si vite arrivé.

A défaut d'avoir amélioré de manière spectaculaire mes qualités physiques de coureur au long cours cette année,  j'ai au moins la satisfaction de découvrir que mon estomac est désormais capable d'avaler à peu près n'importe quoi sans rechigner à la tâche. Je ne suis pas encore sur la liste noire des coureurs assimilés à des ventres sur patte mais je peux picorer allègrement dans les divers aliments proposés sur les tables des ravitaillements sans peur des représailles de la part de mon système digestif. Salé, sucré, liquide, solide, rien ne m'arrête mais dans des quantités raisonnables. Il ne faut quand même pas jouer avec le feu.

Je suis repu. Où sont mes acolytes ? Je ne vois pas Line ni Boucolas mais voilà au moins l'ami Biscotte. Je m'apprête à lui lancer un « on y va mon poulet ? » mais je m'aperçois que j'ai oublié mes bâtons tout au début du ravitaillement. Je perds un peu de temps à me frayer un chemin en sens inverse. Mes bâtons sont toujours là. Ouf. Par contre plus de Biscotte ! Bon, il a dû avancer un peu pour ne pas trop perdre de temps, je vais vite le rattraper.

Les Contamines - La Balme
Etape : 8 km, 556 m D+, 10 m D-
Cumul : 38,9 km, 2009 m D+, 1338 m D-
Samedi : 00h03, Temps de course : 7h40, Class. : 2040 ème

Je quitte précipitamment le ravitaillement. Je trottine rapidement pour rattraper le reste de la troupe.  Personne. Ce n'est pas faute de doubler du monde mais point de Biscotte et encore moins de Line ou de Boucolas. Un doute me vient … Je rallume le portable que j'avais éteint pour la nuit car je crains d'être un peu juste en batterie pour pouvoir prendre des photos jusqu'aux ultimes instants de la course. Argh, erreur de code Pin ! Je suis un vrai manchot avec mes gants. La p'tit musique nokia retentit suivie par une salve de sms … J'appelle l'ami Biscotte. « Ben, t'es où ? T'as passé le jardin d'enfants ? Les tennis ? ». Oups. Mon doute se confirme, j'ai quitté le ravitaillement en y abandonnant l'ami Biscotte et il est loin derrière moi. Il me dit de continuer. Nous nous attendrons au ravitaillement de la Balme.

Ce départ précipité de Saint Gervais a le mérite de m'avoir chauffé à bloc. Une bonne giclée d'adrénaline se promène dans mes veines. J'ai dépassé Notre Dame de la Gorge et j'attaque la montée de l'ancienne voie romaine. A nous la montagne. C'est par ici que je suis redescendu en 4x4 après mon abandon à la Balme à la Montagn'Hard. Je me rappelle que nous avions été particulièrement secoués.  Pas étonnant, le sentier est composé de grosses dalles disjointes ! Je suis bien. J'ai une allure nettement plus soutenue que les coureurs que je double. Je ne suis pas assez inconscient pour courir mais je marche d'un bon pas, en forçant légèrement mon allure, entrainant à ma suite deux ou trois coureurs. Je ne pense à rien, mon esprit est entièrement tourné vers l'effort que je suis en train de fournir. Mes bâtons deviennent des prolongements harmonieux de mon corps, parfaitement synchronisés avec les mouvements de mes jambes. Je ressens une intense jubilation à me sentir en forme. J'adore ces moments.

J'arrive au ravitaillement de la Balme. Il y a un immense feux autour duquel ont été installés des bancs. Piège à coureur évident, j'évite de m'installer à proximité de la chaleur bien tentante des flammes. C'est trop dur de replonger dans le froid ensuite. Il y a pas mal de coureurs autour du feu. Certains ne semble pas au mieux de leur forme pourtant nous ne sommes qu'au tout début de la course. J'ai rejoint Nicolas. Il m'apprend que Line est déjà repartie et qu'elle n'est pas très en forme. Hum, oui, elle n'est pas en forme et c'est pour ça qu'elle est devant nous … La logique bisontine de Nicolas m'échappe. Boucolas décide de prendre un peu d'avance tandis que j'attendrai Biscotte.
Je profite de l'attente pour ajouter une épaisseur sur le dos. C'est qu'on supporte bien une p'tite laine ma bonne dame (enfin, une micro polaire).

Quelques minutes plus tard, voilà ma Biscotte. Je m'attendais à le voir arriver plus tard. « Ben alors ma Biscotte, t'as pas trainé dans la montée ! »

La Balme - Refuge de la Croix du Bonhomme
Etape : 5,5 km, 773 m D+, 46 m D-
Cumul : 44,4 km, 2782 m D+, 1384 m D-
Samedi : 02h10, Temps de course : 9h32, Class. : 2022 ème

Nous quittons ensemble le ravitaillement pour attaquer un des gros morceaux du programme des réjouissances : le Col de la Croix du Bonhomme. J'espère que je n'ai pas trop entamé mes réserves dans la montée de la Balme. Non de toute évidence la forme est encore bien là.

Je monte facilement. Enfin facilement, c'est un grand mot, tout est relatif. Je monte donc, en restant au contact des coureurs qui me précèdent. Lorsqu'un coureur fléchit je le double, j'accélère la cadence pour recoller au coureur précédent et ainsi de suite. Biscotte est en retrait derrière moi, au mieux à quelques mètres, au pire quelques coureurs plus loin. Je suis inquiet. Je me demande si je ne suis pas en train de me cramer en gambadant devant comme je l'avais fait en montant au Prarion en juillet. Il doit être en train de gérer et moi je vais me prendre un retour de manivelle genre montée du Mont Joly. Pourtant, je n'ai pas l'impression de forcer outre mesure. Finalement, il n'a peut-être tout simplement pas la forme des grands jours.

Purée, heureusement que le balisage est serré, on y voit pas à 1 mètre avec ce foutu brouillard. Je ne comprends pas, il me semble entendre plusieurs fois des voix au loin en contrebas sur ma droite. Mais le sentier ne passe pas par là. Il n'y a rien là-bas, enfin rien qu'on puisse voir. Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Je n'entends plus rien, c'était probablement un écho. Quelqu'un en difficulté aurait utilisé son sifflet pour attirer l'attention. Allez, il faut avancer. Il ne fait pas bon trainer par ici. Il fait vraiment froid et je sens peu à peu l'humidité transpercer ma polaire. Brrr !

Refuge de la Croix du Bonhomme - Les Chapieux
Etape : 5,4 km, 0 m D+, 884 m D-
Cumul : 49,8 km, 2782 m D+, 2268 m D-
Samedi : 05h09/05h50, Temps de course : 10h39, Class. : 1877 ème

Le vent est glacial. Arrivé au refuge de la Croix du Bonhomme, je n'y tiens plus. Je passe le point de contrôle et m'empresse d'enfiler mon coupe vent pour me protéger. C'est un véritable sacerdoce d'être bénévole ici. Il fait nuit, il y a du brouillard, bref la visibilité est au ras des chaussettes. Ce n'est déjà pas se qui se fait de mieux mais en plus il fait froid et que dire de ce putain de vent !
Cette petite pause donne le temps nécessaire à Biscotte pour me rejoindre.
C'est parti pour une longue descente dont je n'ai pas beaucoup de souvenirs. A si, nous avons rattrapé Nicolas dans le début de la descente mais toujours pas de Line. Et puis j'ai enlevé le coupe-vent peu de temps après l'avoir enfilé histoire de me faire pourrir par Biscotte. Je n'y peux rien, il n'y avait plus de vent en descendant.

Nous arrivons aux Chapieux, un des trois gros ravitaillements. Un repas chaud nous y attend. Je m'attendais à un truc plus important qu'une simple tente. Elle ne me semble pas bien grande en tout cas. Il y a dû y avoir quelques joyeuses bousculades aux heures de pointes dans le coin.
Je me jette sur une soupe épaisse à souhait et me dirige vers un banc pour me restaurer et accomplir l'incontournable rituel du nokage des pieds. Oui, j'ai bien dis nokage. Du verbe du premier groupe noker. Je noke, tu nokes, il noke, nous nokons tous en cœur. Vocabulaire de coureurs compris par des coureurs mais qui ne favorise pas votre compréhension quand vous vous surprenez à l'utiliser avec des non initiés.

Tous les membres de la troupe sont à nouveau réunis autour de la table. Pas pour longtemps. Je tombe sur le cul. Line veut tout lâcher ! Je sentais bien qu'il y avait un truc qui clochait. Elle était partie seule en tête sans nous attendre aux Contamines. Je pensais que notre allure ne lui convenait pas et qu'elle préférait mener sa barque à sa manière. Je l'aurais juste un peu pourrie gentiment pour m'avoir abandonné lâchement mais penser qu'elle puisse abandonner maintenant ! Non, je n'avais vraiment pas imaginé que la mécanique bien rôdée de ma coéquipière se grippe et encore moins si tôt. Ce n'est pas la grande forme. Elle n'a plus de jus et des douleurs récurrentes aux talons sont trop présentes pour qu'elle n'ait la force et l'envie de les ignorer pendant plus d'un trentaine d'heures. Il n'y aura plus de possibilités d'arrêt avant Courmayeur maintenant et elle ne se voit pas tenter le coup. Sa décision est prise. Je n'ose pas trop insister au risque d'être lourd. Peut-être que nous aurions dû ?

Boucolas, lui, n'abandonne pas et pourtant il ne donne pas l'impression d'être en grande forme. Il est tellement livide que nous ne pouvons que lui en faire la remarque avec Biscotte. J'insisterai même plusieurs fois pour qu'il mange tant il donne l'impression d'être à la limite de l'hypoglycémie.
Bon, c'est bien beau toutes ces émotions mais ça me donne faim. Et hop, une seconde tournée de soupe pour votre humble serviteur. Boucolas comme à son habitude quittera le ravitaillement quelques minutes avant nous.

Les Chapieux - Col de la Seigne
Etape : 10,3 km, 1001 m D+, 34 m D-
Cumul : 60,1 km, 3783 m D+, 2302 m D-
Samedi : 08h05, Temps de course : 13h35, Class. : 1813 ème

Du bitume. T'en veux du bitume ? Non ? Ben, t'en auras quand même et t'en auras longtemps. D'après les quelques commentaires attrapés au vol, 6 bornes d'une montée tranquille nous attendent. Une montée tranquille mais suffisamment pentue pour que nous adoptions le mode marche. Comme dans toutes les montées vous allez me dire. Personnellement, ça ne me pose pas de problème. Un peu de bitume n'a jamais mangé personne. Nous entamons la conversation avec un coureur solitaire mais néanmoins bavard. Une discussion de coureurs fort sympathique mais qui n'a pas duré car nous sommes légèrement trop lents pour monsieur et je le vois peu à peu s'éloigner.

Je me traine. Je me traine depuis la sortie du ravitaillement et puis en l'espace de quelques minutes la donne change. Je me mets à accélérer. Allez comprendre. Me voilà reparti comme en 40 dans la montée de la Balme. Le corps va, la tête est dans la même disposition. Les coureurs qui me précèdent sont dans ma ligne de mire, mes bâtons claquent joyeusement sur le goudron. Place, place, j'arrive, à moi le Col de la Seigne ! Cette débauche subite d'énergie me permettra de reprendre et de doubler dans la foulée notre coureur solitaire. Il était moins enclin au bavardage cette fois d'ailleurs.

J'ai quand même tempéré mes ardeurs à l'approche du refuge des Mottets et puis j'avais besoin de faire une petite pause technique preuve s'il en est que tout se passait pour le mieux côté hydratation.
J'ai attendu Biscotte et nous avons rattrapé l'ami Boucolas pour l'abandonner aussitôt. Monsieur a décidé de succomber à l'attrait d'une petite sieste à l'abri d'une petite maison. L'idée n'est pas mauvaise. Le soleil n'est pas vraiment de la partie mais l'atmosphère s'est un peu réchauffée. Bon, je supporte encore bien la polaire. « Ne traine quand même pas trop ! » lui dit Biscotte en pensant aux barrières horaires.

Nous avons passé le refuge des Mottets. Exit le bitume, nous avons retrouvé le terrain plus souple des sentiers. L'ami Biscotte semble avoir repris un peu du poil de la bête. C'est le cas en tout cas au début de la montée du col de la Seigne. Je reprendrai les commandes un peu plus tard à l'approche du sommet histoire de passer en tête pour la postérité. Parlons-en de ce col. Il se fait désirer, il joue avec nos nerfs. On pense l'atteindre, enfin, mais non, une nouvelle pente se découvre et s'offre peu à peu à nos yeux. Un coureur nous annonce la dernière bosse. Effectivement, j'atteins ce troisième col  2h15 après avoir quitté le ravitaillement des Chapieux suivi de près par l'ami Biscotte. Les tentes North Face jaunes installées me font immanquablement penser au grand Col Ferret qu'il nous faudra atteindre dans … longtemps. Bien trop longtemps pour qu'il soit raisonnable d'y penser.

Col de la Seigne - Lac Combal
Etape : 4,5 km, 0 m D+, 546 m D-
Cumul : 64,6 km, 3783 m D+, 2848 m D-
Samedi : 08h48, Temps de course : 14h18, Class. : 1797 ème

Voilà un passage où je me suis régalé. J'en suis le premier surpris car en dehors des quelques parties descendantes assez ludiques, cette étape était composée de longues portions planes où l'on est sensé pouvoir relancer la machine et qui sont généralement dures mentalement lorsque la fatigue a déjà effectué son travail de sape. Hé bien, ce n'était que du plaisir cette fois.
Peut-être est-ce dû à ce brusque changement de temps en passant le Col de la Seigne. Terminée la brume, exit le plafond nuageux qui nous gâchait la vue. Il fait beau, la température est proche de l'idéal.

Une dernière descente m'attend. J'aperçois le ravitaillement du Lac Combal en contrebas. J'ai en tête les images du DVD de l'édition 2008 de l'UTMB. Les images de ces ultimes coureurs arrivant dans la limite de la barrière horaire sous les encouragements de la bénévole chargée du pointage. Cette longue ligne droite pour arriver et quitter ce ravitaillement perdu dans l'immensité de cette vallée. Ca me fait vraiment bizarre d'être là, de vivre moi-même ces moments. J'arrive à mon tour au ravitaillement sans aucune exhortation de la part du bénévole mais c'est normal, j'ai quand même un peu de marge !

Mon classique nokage des pieds sera effectué cette fois sous l'œil attentif d'une bénévole podologue. Et oui, il y avait des podologues cachés un peu partout sur l'UTMB ! Celle-ci, sûr de son fait, voyait en moi un client potentiel au soin de confort. Elle allait pouvoir au péril de son odorat venir au secours de son premier coureur et de surcroît beau gosse, charmant et dans la force de l'age.
« Que nenni ma belle, prévention, prévention, tout est dans la prévention ! ». Après avoir laissé pantoise cette dévouée de la cause du pied de coureur, je m'empressais de faire le plein d'énergie alors que ma Biscotte préférée daignait enfin se présenter.

Nous aurons le plaisir de voir arriver l'ami Boucolas alors que nous nous apprêtions à partir. Bonne nouvelle, il a donc réussi à émerger de sa sieste à temps. Une fois, n'est pas coutume, c'est à notre tour de prendre de l'avance et de quitter en premier le ravitaillement. Enfin devrais-je dire. Ca fait quand même plus d'une vingtaine de minutes que je picore des Tucs et autres friandises !

Lac Combal - Arête du Mont-Favre
Etape : 4 km, 465 m D+, 0 m D-
Cumul : 68,6 km, 4248 m D+, 2848 m D-
Samedi : 10h20, Temps de course : 15h50, Class. : 1808 ème

Nous quittons le ravitaillement du lac Combal en direction de la moraine du glacier de Miage qui nous barre le passage au loin. Nous traversons cette grande étendue plate en alternant petit footing et marche. Il doit souffler pas mal dans le coin ! Le vent a déformé les arbres et les arbustes. C'est stupéfiant de voir toutes ces branches orientées dans un même sens.

Nous avons débuté l'ascension de l'Arp Vieille. Il est déjà 9h30 et il commence à faire chaud. Nous décidons de changer de tenue. Je suis content de ne plus avoir que mon t-shirt sur le dos, j'ai l'impression d'avoir passé une étape significative en laissant derrière moi cette première nuit.

J'ai à nouveau laissé en arrière Biscotte. Je préfère allez au rythme qui me convient le mieux et l'attendre un peu plus tard, au prochain point de contrôle. Je me retourne de temps en temps pour l'apercevoir et j'en profite pour admirer le paysage et prendre quelques photos. Le Lac Combal sur la droite, le glacier du Miage et le petit lac éponyme au pied du glacier, c'est grandiose.

Je passe devant l'abri de l'Arp Vieille Supérieur. Encore une dizaine de minutes et j'arrive au pointage de l'Arête du Mont Favre. Biscotte me rejoint deux minutes plus tard et nous décidons de faire une pause pour reprendre des forces et se repaitre de la vue sur le Mont Blanc, le Glacier du Brouillard et les aiguilles de Peuterey. C'est un tel régal pour les yeux. Je suis bien, un peu fatigué mais bien. Nicolas profitera de cette pause pour nous dépasser après un petit coucou de rigueur.

Je suis peut-être bien mais Biscotte me fait prendre conscience qu'il ne faut pas trop trainer. Nous n'avons pas beaucoup de marge pour la barrière horaire de Courmayeur. Il y a peu de chance que nous soyons arrêtés par la barrière elle-même mais j'ai peur que nous n'ayons guère de temps pour manger, se changer et se reposer un peu à ce ravitaillement clé de notre parcours.

Arête du Mont-Favre - Col Chécrouit-Maison Vieille
Etape : 4,4 km, 25 m D+, 507 m D-
Cumul : 73 km, 4273 m D+, 3355 m D-
Samedi : 11h08, Temps de course : 16h38, Class. : 1799 ème

J'abandonne à nouveau peu à peu ma Biscotte. J'ai décidé de faire le forcing jusqu'à Courmayeur. J'entends pas là que je n'ai pas marché (ou presque pas) dans cette partie. Je veux avoir le maximum de temps pour me refaire une santé avant la seconde partie de notre périple. Je rattrape en chemin l'ami Nicolas qui s'accroche à mes pas.

J'arrive au ravitaillement du Col Chécrouit où l'on nous annonce que nous sommes à une heure de la base de vie de Courmayeur. Je commence à ressentir une certaine lassitude. J'ai envie de me poser devant un plat de pâte et je ressens le besoins de souffler un peu. Il y a quelques verres posés sur la table du ravitaillement. J'en prends un pour me servir un coca et me fait rabroué un peu sèchement par une bénévole qui me demande où est mon gobelet. Je lui ai répondu qu'il était dans mon sac. La franchise, ça agace. Je sais, ce n'était pas bien de ma part mais j'avais une telle flemme à ce moment que la simple idée d'enlever mon sac pour chercher ce foutu gobelet était au dessus de mes forces.

Il faut vraiment que je me bricole un système pour avoir ce gobelet toujours à portée de main. Biscotte ne pourra qu'approuver. Il ne sera plus obligé de le sortir de mon sac ou pire obligé de me prêter le sien en cédant à mes supplications. Qui a dit que j'étais chiant.
Biscotte n'est toujours pas arrivé. Ca m'embête un peu de le laisser derrière. Je suis partagé entre l'envie d'arriver au plus vite à Courmayeur et celle de l'attendre. Cette course ne se déroule pas vraiment comme je l'avais rêvée.

Col Chécrouit-Maison Vieille - Courmayeur
Etape : 4,5 km, 0 m D+, 763 m D-
Cumul : 77,5 km, 4273 m D+, 4118 m D-
Samedi : 12h01/13h05, Temps de course : 17h31, Class. : 1820 ème

J'ai vraiment aimé cette descente en lacet dans les bois au dessus de Courmayeur. Elle n'était pas facile. La pente était plutôt raide par endroit et il y avait quelques marches suffisamment hautes pour bien casser le rythme et faire souffrir les cuisses. Et quelle poussière ! J'ai vraiment plaint les coureurs qui n'avaient pas de mini guêtres ! J'ai plaint également les quelques promeneurs qui progressaient lentement en sens inverse et se rangeaient sur le côté à notre passage en voyant arriver sur eux un nuage de poussière. Le genre de singletrack que j'aimerais vraiment pouvoir refaire avec des jambes fraiches en dehors du cadre de l'UTMB.

Un petit bout de route et j'arrive enfin à la base de vie au centre sportif de Dolonne suivi de près par Nicolas. Purée. Je ne suis pas fâché d'arriver. Un bénévole m'indique l'endroit où est entreposé mon sac coureur. Nicolas est dirigé vers un autre emplacement. Après avoir récupéré nos sacs respectifs nous rentrons dans ce qui doit être un gymnase. Des tables ont été installées au centre pour que les coureurs puissent prendre un repas chaud. Sur les côtés, des lits de camp sont disposés derrière un rideau qui les isole du reste de la salle. Nous nous installons à même le sol à proximité de l'entrée contre un des murs de la salle. Top chrono, il s'agit de remettre à neuf un organisme bien entamé.

C'est dans ces moments-là qu'on ressent toute l'importance d'une bonne organisation. Je pense qu'il serait presque souhaitable de se faire une liste des choses à faire et de la suivre bêtement. On réfléchit mal ou tout du moins plus lentement avec la fatigue. Hé, me faites pas croire que je suis le seul dans ce cas !

J'ai prévu de me changer de la tête au pied, chaussures comprises. J'ai emmené des lingettes du genre de celles qu'on utilise pour laver la peau douce de bébé. C'est un bonheur de se sentir propre et frais. Je transvase quelques sucreries dans mon sac pour refaire les niveaux et je replace quelques morceaux de sparadraps à chacun de mes pouces sujets aux ampoules. Je suis fatigué, a priori cela semble normal, mais je ne souffre pas de bobos particuliers. Aucune douleur tendineuse ou articulaire ne se fait sentir.

Par contre, je suis très gêné par mes lentilles de contact. Un dépôt blanchâtre s'est formé à leur surface et j'ai l'impression de voir le monde derrière une vitre sale. J'ai des lentilles en hydrogel de sylicone conçues pour un port permanent jusqu'à 30 jours et 30 nuits, il y a donc de la marge.
Le problème vient en fait d'une détérioration de mon film lacrymal qui intervient à la fin de chaque activité sportive dès lors qu'elle est longue. Je connais le problème et je ne m'inquiète pas d'une quelconque conséquence ophtalmique mais je redoute un peu de faire le reste du trajet avec l'acuité d'une taupe. J'ai bien prévu de prendre un collyre pour rincer tout cela mais ce n'est généralement pas efficace longtemps. J'aurais la bonne surprise de découvrir que mes lentilles se sont comme auto-nettoyées quelques dizaines de minutes après avoir quitté Courmayeur.

Biscotte est arrivé entre-temps. Le bougre, il n'est pas sûr de vouloir continuer. Je sais bien qu'il n'est pas dans un bon jour mais ce n'est quand même pas si catastrophique que ça. Remarquez, on ne peut pas dire que ce soit bien génial non plus, je lui ai quand même mis 16 minutes dans la vue rien que pour descendre sur Courmayeur. Pour arriver à lui mettre ça dans les gencives, il faut qu'il ait les genoux déjà bien près du sol. Pourtant, il ne revient pas d'un séjour gastronomique chez son frère à Rodez cette fois ! J'avais pris des pincettes avec Line aux Chapieux, je me voyais mal lui dire : « Tu me casses les couilles, pas question que t'arrêtes maintenant » bien que je me demande finalement si je n'aurais pas dû ! Mais avec Biscotte, je ne me gêne pas pour lui rentrer un peu dans le lard. Bref, après quelques « tu fais pas chier », et une utilisation de mes lingettes magiques, il semble être  remis sur de bons rails.

Il est grand temps d'aller manger. J'ai juste le temps de vider un bol de soupe et d'attaquer quelques pâtes qu'un bénévole annonce la fermeture prochaine de la barrière. Merde, je n'aurais même pas eu le temps de boire mon café et de me taper une petite sieste en écoutant les cigales italiennes.
Pas le choix, il nous faut quitter le centre sportif prématurément. C'est bien la première fois que des barrières horaires me taquinent autant le postérieur. Si on se met à avoir chaud aux fesses à chaque ravitaillement, ça ne va pas être triste !

Nous ne sommes pas allez bien loin. Biscotte n'est pas prêt. Il faut qu'il bichonne ses pieds. Je suis inquiet pour la suite du parcours. Quelques rares coureurs sont encore passés à côté de nous mais il n'y a plus personne maintenant. Nous sommes les derniers. Ce n'est pas bon signe pour la suite d'autant que je sais que la montée au refuge de Bertone n'est pas l'endroit idéal pour se reposer.

Courmayeur - Refuge Bertone
Etape : 4,9 km, 814 m D+, 15 m D-
Cumul : 82,4 km, 5087 m D+, 4133 m D-
Samedi : 15h09, Temps de course : 20h39, Class. : 1748 ème

Une petite route nous permet de quitter Courmayeur puis de traverser le village de Villair. J'ai trempé ma casquette dans une fontaine du village. Il fait chaud et ce qui nous attend ne va pas contribuer à faire descendre la température. Nous avons doublé quelques coureurs solitaires qui m'ont semblé particulièrement lents ce qui ne manque pas de me faire cogiter. Qu'est-ce qui a cloché pour que nous nous retrouvions tant à la traîne ?

Les choses sérieuses commencent après avoir traversé le torrent du Val Sapin. Je grimpe sans force à la suite de Biscotte. Peut-être un début d'hypoglycémie ? Je ne me suis pas beaucoup alimenté avant Courmayeur et je suis loin d'avoir assimilé les quelques pâtes avalées à la hâte. Allez, on va s'avaler une petite sucrerie de chez Overstim pour relancer la machine. Ce sera toujours ça de moins à porter.

Je suis surpris quand Biscotte m'annonce qu'il doit absolument s'arrêter. Il a de nouveau de bonnes ampoules aux talons comme à la Montagn'Hard. Les protections qu'il a mises en place n'ont pas suffi.
Il va falloir percer l'ampoule. Seringue, ampoule d'éosine, la trousse à pharmacie est conforme à celle de mon récent billet. A non, l'ami Biscotte a oublié les pansements hydrocolloïdes. Bon, ça va, j'ai ce qu'il faut. Les quelques coureurs doublés dans la montée passe les uns après les autres devant nous. Certains ont un petit mot d'encouragement, d'autres peut-être trop fatigués ou trop profondément enfouis dans leur bulle passent sans même un regard.

L'opération ampoule ne se déroule pas au mieux, l'embout de la seringue a pris un malin plaisir à se dissimuler au regard d'un Biscotte pour le moins contrarié. Je crois n'avoir jamais vu l'ami Biscotte si agacé ! Je le sens prêt à tout envoyer chier, seringue, pansements, chaussures et peut-être même son compagnon d'infortune. Je me garde bien de moufter. Assis sur mon rocher, j'attends que l'orage passe.

L'orage est parti comme il était venu. Nous nous remettons en route. Cette pause prolongée m'a permis de me refaire une santé. Je me retrouve en tête mais j'essaye de ne pas trop forcer mon allure pour ne pas lâcher Biscotte. Ce ne serait certainement pas très bon pour son mental, j'imagine qu'il ne doit pas être au top en ce moment. Je lève la tête pour tenter de deviner où passe le sentier qui serpente au dessus de nos têtes. Toujours pas de refuge en vue mais ça ne devrait plus tarder beaucoup maintenant.

Effectivement nous arrivons enfin au refuge. Encore quelques lacets et je me présente devant les bénévoles du pointage. C'est stupide mais je suis presque gêné d'arriver si tardivement. Comme si je n'avais pas vraiment ma place ici. Idée noire bien vite écartée car l'accueil est bon enfant et chaleureux comme à chaque ravitaillement (allez j'oublie l'épisode du col Chécrouit)

Refuge Bertone - Refuge Bonatti
Etape : 7,5 km, 385 m D+, 354 m D-
Cumul : 89,9 km, 5472 m D+, 4487 m D-
Samedi : 16h40, Temps de course : 22h10, Class. : 1690 ème

Je suis presque ému de revoir ce paysage découvert l'année dernière mais j'avoue ne pas être fâché de ne pas avoir à gravir le sentier escarpé qui mène à la tête de la Tronche.
A la place, nous empruntons le sentier en balcon qui part sur notre gauche. Ce sera certainement plus facile encore qu'il va falloir courir un peu plus.

Biscotte m'a proposé plusieurs fois de partir, idée que j'ai toujours déclinée n'arrivant pas à m'y résoudre. Mais, le bougre a fini par me rendre inquiet. J'ai l'impression de sentir la marque du couperet de la barrière d'Arnuva sur ma nuque. Impression pour le moins désagréable. Nous décidons donc de nous séparer et de courir chacun à notre rythme. Je passerai ainsi plus confortablement la barrière horaire et nous continuerons de toute façon ensemble si Biscotte arrive à temps pour la franchir.

Cela tombe bien, je me sens relativement bien, suffisamment en tout cas pour trottiner à bonne allure. Une petite pause pour me soulager me permettra de voir une dernière fois l'ami Biscotte à une bonne centaine de mètres puis je me retrouverai seul, sans compagnon de route attitré tout du moins. J'ai décidé de jouer à passe coureur avec mes semblables. Il n'y a rien de tel pour me motiver et m'occuper l'esprit que de me mettre en chasse pour rattraper et dépasser les coureurs qui me précèdent.

Avec certains, ce n'est pas très marrant, ils marchent et cela rend les choses un peu trop facile. D'autres ont encore suffisamment de force pour courir. Cela devient bien plus motivant, tout le suspens se résumant à cette simple question : quand vais-je le doubler ? Le plus ludique étant de passer les groupes de coureurs. Le groupe est en vue. Il faut rattraper le coureur de fin de file et se fondre dans son ombre. Après un laps de temps plus ou moins court, suffisant en tout cas pour reprendre son souffle, le coureur qui vous précède vous demande généralement si vous désirez passer devant, ce qui est tout à son honneur. D'autres peut-être désabusés ou tout du moins plus fatigués s'écartent sans avoir le courage ni l'envie de dire un mot. D'autres encore ne bougent pas d'un yota de leur sentier. Il faut alors profiter de la moindre occasion offerte par le terrain pour doubler et passer au coureur suivant.

La récompense finale étant de pouvoir mener le groupe à son rythme pendant quelque temps. Ca ne dure généralement pas très longtemps. Les changements d'allures imposés finissent par disloquer le groupe plus ou moins rapidement. De toute façon, je ne cherche pas à courir en groupe mais à arriver le plus vite possible à Bonatti en trouvant le meilleur compromis entre cet aspect ludique qui me booste les neurones et l'économie de mes forces. J'avoue que j'ai certainement un peu trop privilégié l'aspect ludique …

Plus que quelques lacets  faits en marchant (il ne faut pas abuser) et j'arrive au refuge de Bonatti.
Les coureurs présents n'ont pas l'air particulièrement pressés. Je dois avoir désormais un peu plus de marge pour la barrière d'Arnuva. Je pense avoir rattrapé un peu de mon retard. En tout cas, j'ai doublé pas mal de coureurs ce qui me rassure sur mon état de forme qui doit être encore bon.

Je me contente de remplir la poche à eau comme à chaque ravitaillement et je bois un coca pour le plaisir. J'ai la pêche. A nous deux Ferret. A moi Bovines, Trient et autres réjouissances.

Refuge Bonatti - Arnuva
Etape : 4,3 km, 96 m D+, 347 m D-
Cumul : 94,2 km, 5568 m D+, 4834 m D-
Samedi : 17h51, Temps de course : 23h21, Class. : 1646 ème

Je quitte le ravitaillement à la suite d'un petit groupe de coureurs toujours dans cette volonté de faire le forcing. Au départ, le terrain ne permet pas de dépassements aisés et je n'ai plus autant la pêche  qu'entre Bertone et Bonatti mais je vais remonter progressivement les coureurs qui me précèdent jusqu'au coureur de tête. Il est costaud, très régulier dans son allure. Je suis resté un bon moment derrière lui à me laisser trainer en me calant dans ses pas. J'aurais peut-être dû en profiter plus longtemps mais je suis resté sur cette impression de force ressenti lors de l'étape précédente.
Je me force à accélérer pour le doubler. J'ai augmenté nettement mon allure car je veux mettre suffisamment d'écart pour ne pas le gêner. Ca ne se fait pas de doubler quelqu'un pour rester planté juste devant.

Pour ce qui est de faire l'écart, il n'y a pas de problème, je l'ai fait, plusieurs centaines de mètres même, mais purée, j'ai subitement un de ses coups de bambou ! Ma vitesse s'est réduite comme une peau de chagrin. Plus de jambes. Merde, il y 5 minutes, je gambadais comme un cabri ! J'ai la tête qui tourne. Je suis obligé de m'arrêter. Je suis appuyé sur mes deux bâtons un peu à l'écart du chemin mais ça ne passe pas. Je me pose par terre pour avaler un gel. Il doit me manquer du carburant pour être subitement dans cet état pourtant j'ai bu du coca à Bonatti. Je n'arrive plus à me rappeler quand je me suis alimenté en solide pour la dernière fois.

Argh, toute la petite troupe de coureurs est repassée tranquillement devant moi, puis d'autres …
Je me force à repartir en ayant toujours à l'esprit cette barrière horaire. J'ai à nouveau les yeux en face des trous mais je dois me contenter de trottiner lentement et même de marcher de temps en temps. Pourtant, ce sentier en balcon devrait me permettre de gambader allègrement.

J'atteint les hauteurs d'Arnuva. Je traverse une combe balayée par un vent froid qui me fait frissonner régulièrement. Je n'ai pas le courage de m'arrêter pour passer mes manchettes même si je suis maintenant à peine mieux physiquement. Je n'ai qu'une idée en tête : arriver au plus vite au ravitaillement pour me poser un moment et plus si affinité car une pensée terrible m'est venue à l'esprit. A quoi bon continuer et se taper l'ascension du Col Ferret si c'est pour être arrêté à la Fouly. J'ai en tête les longues portions de cette descente modérée qu'il va falloir obligatoirement faire en courant pour atteindre la Fouly dans les temps impartis. Et c'est le « en courant » qui me semble insurmontable. J'ai le sentiment d'avoir foiré cette course sans pourvoir mettre vraiment le doigt sur ce qui a cloché.

J'arrive enfin à Arnuva. Le ravitaillement en lui-même est dans une tente à l'abri du vent mais ce n'est pas le cas des bancs installés dehors sous un auvent. Je vais prendre une soupe pour me réchauffer un peu avant de me trouver tant bien que mal une place sur un banc. Je reste prostré, assis à attendre, le regard dans le vide, espérant retrouver d'hypothétiques forces en buvant par petites gorgés ma tasse de soupe.
Qu'est-ce que je fais bordel. J'arrête ? J'essaie de m'imaginer dans cette longue montée du Ferret . Des frissons me viennent à la seule pensée du passage du col. Je me vois, trainant les pattes dans la descente sur la Fouly, cette descente que j'avais trouvée interminable l'année dernière. Je vais être arrêté par les barrières à la Fouly, c'est sûr … Et si ce n'est pas le cas, il reste tant de chemin à parcourir. Je suis fatigué. J'ai froid. J'aimerais tout effacé et recommencer du départ.
Aller, il faut se préparer, chasser ses idées noires, la forme va revenir, ce n'est qu'un passage à vide. J'essaie de me persuader que c'est normal. Je me force à me rappeler mes regrets au lendemain de mon abandon à la Montagn'Hard. Je vais continuer, il le faut, je le veux. Non, j'arrête. Je ne sais pas. Qu'est-ce que je fais, bon sang, qu'est-ce que je fais ?

Biscotte vient d'arriver. On se regarde. Je sais qu'il sait que je sais … Vous voyez ce que je veux dire. Il m'annonce qu'il s'arrête là. Il n'ira pas plus loin. Je n'irai pas plus loin non plus. Je n'ai plus la volonté nécessaire pour lutter. Je n'aurais pas la force de repartir seul maintenant. J'aurais peut-être pu le faire avec Boucolas que nous avons eu la surprise de voir émerger d'une des tentes mises à la disposition des coureurs pour qu'ils se reposent mais je n'ai pas eu l'idée de lui demander de m'attendre un moment.

J'ai revêtu la tenue grand froid, tout ce qu'il y avait de chaud dans mon sac y est passé. Nous avons décidé d'arrêter et nous profitons du ravitaillement pour reprendre un peu de force. La limite de la barrière horaire est presque là. Au moment d'annoncer officiellement notre abandon, j'ai un dernier sursaut d'énergie. J'exhorte Biscotte à repartir avec moi. « Et, tu crois que j'abandonnais ? Tu plaisantes j'espère. Allez, on y va. Magne-toi ! ». Biscotte m'a regardé interloqué ne sachant probablement pas si c'était du lard ou du cochon. Assurément, je serais reparti s'il s'était pris au jeu à ce moment-là. Une fraction de seconde pour changer le cours de choses. J'abandonne.

Retour à Chamonix

Une longue attente s'impose à nous. Nous avons quitté le ravitaillement pour nous rendre sur le lieu de départ des navettes. Nous sommes plusieurs à attendre l'arrivée d'un car qui se fait désirer. Il fait terriblement froid. Je n'arrive pas à contrôler les tremblements qui m'agitent régulièrement. Le vent  qui balaye Arnuva transperce la maigre protection qu'offrent ma fine polaire et mon coupe-vent. Chacune des personnes présentes tente de s'abriter du mieux qu'elle peut à l'abri d'un rocher ou de la végétation. Combien de temps avons-nous attendu ? Cela m'a semblé être une éternité tant les minutes s'écoulaient lentement. Plus de 30 minutes en tout cas.

J'ai prévenu Marie-Hélène que nous serions de retour à Chamonix plutôt que prévu. Elle est rassurée de constater que le moral reste bon malgré cet abandon.

Nous retournons finalement au ravitaillement, la navette nous attend là-bas finalement. Nous allons enfin être pris en charge et reconduits à Courmayeur. Quel soulagement de se retrouver au chaud dans le mini bus de l'organisation.
Arrivés à Courmayeur, nous prenons une navette pour Chamonix. Le retour me semble des plus rapides, normal, j'ai somnolé tout le long du trajet.

Nous sommes de retour à Chamonix. Après avoir récupéré notre sac coureur, nous serons dispensés d'un retour à pied au mazot. Mon oncle viens nous chercher en voiture.
Nous serons accueillis chaleureusement à notre arrivée. Line est là. Marie-Hélène etmes filles ont fait un petit cadeau à chacun des compères. Une tasse avec l'inscription « Chamonix » pour Line et Biscotte (il n'y avait plus de tasse avec leur prénom) et une tasse spéciale « Arthur » pour moi. A défaut d'une polaire, sans manche en plus cette année, j'aurai un récipient personnalisé pour boire mon café. Choyé, revigoré, c'est autour d'un bon repas en famille (préparé par mon père et mes oncles) que nous terminerons ce périple.
Vite au dodo.

Les lendemains de fête sont un peu difficiles

Les lendemains de fête sont un peu difficiles. Un abandon laisse un goût amer dans la bouche. C'est d'autant plus le cas à Chamonix car il est presque impossible d'échapper au bouillonnement généré par la course. Elle est omniprésente. Nous sommes allés à l'arrivée pour récupérer notre caution et manger une bonne glace. J'ai un petit pincement de cœur en voyant les coureurs arriver même si je suis content de voir leur bonheur éclater en arrivant au bout d'une si belle aventure.

Allez, il n'y a pas de regrets à  avoir. J'ai passé une merveilleuse semaine à Chamonix, une semaine très riche sur le plan humain et c'est un des aspects que j'affectionne le plus dans ma pratique sportive. Il est temps de prendre congé de mes compères et de Chamonix mais je reviendrai.

Je reviendrai dans un an et je serai plus fort.

Pourquoi ?

Pourquoi quoi ? Pourquoi je ne suis pas passé sous l'arche d'arrivée bien sûr. Je n'en sais franchement rien. Un ensemble de choses, la faute à pas de chance, à ma tête, à l'air du temps.

Des pistes m'ont bien été suggérées récemment :

A un entrainement plus progressif d'année en année, tu t'astreindras,
A moins de compétitions, tu participeras,
A ne pas banaliser les distances, tu t'appliqueras,
A une récupération plus longue, tu te consacreras,
A ne pas te disperser mentalement, tu veilleras.
Et mon bon plaisir dans tout cela ? tu oublieras ?

De toute façon, je suis une tête de mule. Je n'en fais qu'à ma tête. Et la tête, elle finira bien par passer le cap. C'est une question de temps, d'expérience. Je ne lâcherai pas l'affaire.

Je note dans mes tablettes ces quelques points qu'il me faudra prendre en compte la prochaine fois :

  1. Courir en groupe mais pas en équipe
    Je pense que j'étais plus dans le trip d'une PTL (je veux dire une course en équipe) que dans le trip d’une performance individuelle. C'est une erreur. Courir en équipe, c'est courir à l'allure du maillon le plus faible (du jour). Ca n’a rien de péjoratif pour le maillon faible. C’est juste une constatation, un état de fait. Et c’est d’autant plus rédhibitoire lorsque la marge avec les barrières horaires est faible. En même temps, je ne regrette pas cette aventure avec l’ami Biscotte. J’en garderai d’excellents souvenirs.

  2. Basculer en mode off son cerveau
    Entre Bertone et Bonatti, j'ai mis un gros coup d'accélérateur. Trop. Après Bonatti, j'ai pris un retour de bâton et le vent glacial m'a sapé le moral. La tête n'a pas été assez forte à ce moment. En fait ce n’est même pas ça. Ce n’était pas une question de force. Il fallait juste ne pas réfléchir, ne pas intellectualiser sa course. On réfléchit très mal après 23h de course ! J’ai arrêté en me disant que ça ne valait pas le coup de me taper le col Ferret pour être arrêté par la barrière horaire de la Fouly. C’est débile. On ne peut pas présager de la forme que l’on aura ne serait-ce que 10 minutes plus tard …

  3. Diminuer le poids de mon sac
    Mon sac pesait 4,5 kg avec 2 litres d'eau. C'est trop. Je me suis aperçu que j'avais pris beaucoup trop d'alimentation avec moi. Un gain de poids et ce sera d'autant plus d'énergie économisée pour aller plus loin et dans de meilleures conditions.

  4. Optimiser son sac
    J'avais déjà pas mal travaillé sur la question. Une place pour chaque chose, chaque chose à sa place. L'objectif : trouver facilement ses affaires. Il me reste à bricoler un système pour attacher ma tasse Raidlight à l'extérieur de mon sac sous peine de me faire envoyer paitre par Biscotte. Il ne sera pas toujours là pour extraire la tasse de mon sac.

  5. Faire des randos course plus longues mais avec plus de portions marchées (1 par quinzaine). Le poids du sac devra être équivalent au poids prévu le jour de la course.


Remerciements

Merci à mon oncle et à ma tante qui, cette année encore, m'ont accueilli avec toute ma famille dans leur petit paradis chamoniard. Heu … Je peux poser une option pour l'année prochaine ? :mrgreen:

Merci à tous ceux qui nous ont suivis et encouragés par un p'tit coup de fil, un sms, via le forum Athlète Endurance et le suivi en live de la course. Je ne vais pas citer tout le monde, vous vous reconnaitrez. C'est réconfortant de savoir que des personnes pensent à vous pendant que l'on se balade autour du Mont Blanc. On mesure d'autant plus la chance que l'on a en étant là, en étant partie intégrante de cette grande fête du trail.

Merci à Line, Biscotte et Boucolas d'avoir partagé ces moments avec moi.

Merci à ma douce, à mes trois nanas et à ma soeur pour leur soutien et leur présence.


7 commentaires

Commentaire de Gibus posté le 25-09-2009 à 09:09:00

Arthur, tu le dis toi même :
une semaine très riche sur le plan humain.

tu reviendras plus fort encore.

bonne récup

Commentaire de arthurbaldur posté le 25-09-2009 à 10:00:00

Je vais garder un excellent souvenir de cette semaine même si je n'ai pas terminé la balade.
Je compte bien m'inscrire en 2010 et prendre une revanche sur ma pomme.
En attendant, je vais me refaire une santé aux Templiers et puis il y a la LyonSaintéLyon à la fin de l'année avec Line et Biscotte. Je vais me régaler. :)

Commentaire de gilou01 posté le 27-09-2009 à 12:39:00

bravo pour ta course et ton analyse
ce qui ne te tue pas te rends plus fort donc
j espere te voir au depart et a l arrivée de l utmb 2010

Commentaire de riri51 posté le 28-09-2009 à 14:50:00

Merci pour ce récit...et l'année prochaine sera la bonne! En tout cas je te le souhaite. Bonne récup

Commentaire de arthurbaldur posté le 29-09-2009 à 16:49:00

En 2008, j'ai plié une fois bagage. C'était au Grand Duc. J'étais malade. Une bonne gastro.

En 2009, j'ai plié au Trail des 3 Châteaux. J'avais accumulé un peu de fatigue après la Piste des Seigneurs et je me suis blessé aux releveurs du pied. J'ai plié à la Montagn'hard après une série de chutes. Dont une sur une des rares portions plates. Faut croire que j'étais fatigué ! Et pour finir l'UTMB ...

Bref, tout cela pour dire que j'ai bien progressé en 2009 pour ce qui est des abandons ! ;-)))
J'espère bien progresser sur d'autres fronts en 2010 ... Pourquoi pas l'aspect "Finisher" ?

Merci.

Commentaire de tophenbave posté le 04-10-2009 à 22:18:00

merci pour ce recit honnete.moi meme j'ai l'intention de faire en 2010 l'utmb,et ton experience m'est utile pour preparer mentalement cette epreuve.merci encore et l'annee prochaine sera la bonne.parole de gone!

Commentaire de arthurbaldur posté le 05-10-2009 à 09:09:00

Je te souhaite d'avoir une meilleur réussite que moi pour ton premier essai et je te dis m. pour que ton genou te laisse tranquille. :)

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