Récit de la course : Ultra Trail du Mont Blanc 2006, par samontetro

L'auteur : samontetro

La course : Ultra Trail du Mont Blanc

Date : 25/8/2006

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 2823 vues

Distance : 158.1km

Objectif : Pas d'objectif

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Le récit

Depuis quelques instants l'hélicoptère s'est placé au desus de la place du triangle de l'amitié, surplombant les 2500 courreurs qui auront la chance de prendre le départ de l'UTMB 2006. Je ressent une grande émotion lorsque Catherine Poletti nous lit le message de Dawa Sherpa, un fidèle de l'épreuve, forfait cette année car partit raccompagner son frère gravement malade, dans son pays natal. Emotion encore, lorsqu'elle annonce que le dossard de Dawa fera tout de même la grande boucle, emmené symboliquement sur le parcours par Vincent Delebarre. Ce petit geste fait toute la grandeur de ces coureurs et me rend plus fier encore de courrir dans leurs traces, même (très) loin derrière eux.

Trois, deux, un, zéro et c'est partit sous une musique qui vous colle des frissons dans le dos. Ce départ, je l'ai vu dix fois, vingt fois, cent fois sur le DVD de l'édition 2005 et aujourd'hui, je le vis. L'émotion est indescriptible. Lentement, le peloton fend l'immense foule de supporters qui s'étire sur plusieurs kilomètres. Je surveille
d'un oeil Laurent et Jean Luc puisque nous avons décidé de faire ce parcours ensemble, au moins sur le début.

Laurent m'a prévenu: "On part au fond et doucement!". Ne pas se laisser griser et griller des ressources stratégiques sur les premiers kilomètres très roulants. Car des ressources il va en falloir pour parcourrir ces 157 kilomètres et ces 8700 mètres de dénivellé positif. En arrivant aux Houches, j'ai l'impression de fermer la course.
Laurent, quelques mètres en arrière, me répète que nous partons trop vite, que nous sommes sur une base délirante de 30 heures, bien au dessus de nos performances habituelles. Nous ralentissons donc encore pour grimper le premier col: le col de Voza. Des courreurs nous doublent régulièrement alors que la nuit tombe lentement. Nous
arrivons au sommet dans la pénombre pendant que le massif du Mont Blanc s'illumine de teintes ocres dans le soleil couchant. J'attrappe une barre de céréales au ravitaillement mais il y a trop de monde. Nous nous équipons pour la nuit (bonnet, frontale) en aval du ravitaillement et nous repartons vers Les Contamines.

La descente est raide et j'aime les descentes! Nouvau rappel à l'ordre de Laurent qui a déjà tenté de boucler l'UTMB l'an dernier: "Il reste 144 kilomètres!". Pas la peine d'en dire plus pour me calmer. C'est ensuite un chemin vallonné, parfois étroit et glissant qui va nous mener lentement vers le troisième ravitaillement. Quelques bouchons avant le village des Contamines vont contribuer à étirer la course. Le
ravitaillement est très annimé mais on peu accéder aux barres de céréales. On refait le plein des poches à eau (j'en utilise deux de 1.5 litres), Laurent et Jean Luc font un ultime bisoux à leur petite famille venue les encourager tard dans la nuit et nous nous lançons à l'assaut du premier géant: Le col du Bonhomme 1200m plus haut.

Le joli chemin plat se poursuit par une voie romaine de plus en plus pentue (ils sont vraiment fous ces romains!) puis c'est le sentier qui serpente longtemps, très longtemps... Je vois ces petites lumières perdues dans la montagne au loin. Au détour d'un lacet je me retourne pour découvrir stupéfait cette immense girlande lumineuse qui
me suit. Nous n'étions donc pas derniers!

Le rythme de la course baisse vite et nous commençons à doubler des petits groupes de courreurs. Après une premier ressaut, puis un second qui nous montre ces lampes toujours plus loin devant et surtout toujours plus haut, nous atteignons enfin le col.
De là, il faut encore monter jusqu'à la Croix du Bonhomme, une bonne centaine de mètres (de dénivellé) au dessus, par un chemin parfois très technique avant de basculer en direction des Chapieux. Laurent se lache sur cette descente et je saute sur l'occasion. J'aime trop les descentes! Avec ma frontale de m..... (j'aurai du l'essayer avant) cela se fait un peu à l'aveuglette, mais quel pied! Je me faufile entre les groupes qui descendent en marchant quand au détour d'un virage je "déboule" sur une zone de boue: figure, planté du baton, re-figure, re-planté du baton (faudra que j'aille prendre des
cours au ski club, bene38!) pour me retrouver finalement face à la monté mais... sur mes deux pieds! Beaucoup n'auront pas cette chance (n'est ce pas laurent ?)

Les Chapieux, fin de la rigolade et début du col de la Seigne. L'Italie est au sommet. Après une interminable portion goudronnée, un large sentier serpente dans la pelouse. Je veux dire par là qu'on voit très bien les lumières la haut, tout la haut dans la montagne... La température baisse et j'enfile un vêtement chaud. Et là commence le
cauchemard. Une douce chaleur m'envahit et mes paupières se font lourdes, très lourdes. Le rythme lent et monotone des pas n'arrange rien. Je fais trois pas les yeux fermés, c'est boooonnnnn, un pas les yeux ouverts et je les referme avec bonheur pour trois pas... Cela va durer jusqu'au passage d'un ressaut, d'où on voit a nouveau les
frontales monter toujours plus haut, lorsqu'une bise froide va venir me giffler le visage et me ramener à la course. Que dire de la descente sur Courmayeur? Terrible et ponctuée par un long plat après le refuge Elisabetta et la remonté sur l'arrête du Mont Favre avant une finale vertigigneuse. Nous y serons gratifiés d'un magnifique levé
de Soleil sur le versant Italien du Mont Blanc qui nous en mettra une fois encore plein les yeux.

Malgrè une petite douleur dans la cheville gauche, sans doute liée à un pied posé de travers dans une ornière ou sur une pierre, j'arrive relativement frais à la base de vie de Courmayeur. Laurent m'a prévenu: "Attention, le temps passe vite dans les bases de vie". En effet, le temps de me changer, de faire le plein de boisson et de prendre un repas chaud, une heure s'est déjà écoulée! (Et il n'y avait pas la queue aux toilettes ). Laurent est déjà repartit depuis
longtemps quand avec Jean Luc nous quittons la base, "cool" en marchant car la côte suivante jusqu'au refuge Bertone (800m D+) jouit d'une réputation peu enviable. Mais quand il faut traverser la place de Courmayeur sur un tapis rouge et sous les applaudissements... on relance!

Après un petit bout de route commencent les lacets et l'ascension au refuge Bertone. Il y a certe peu de promeneurs, mais chaque fois que l'on en croise ou double un petit groupe c'est sous les "bravi" et les "forza" et cela vaut tous les gels énergétiques du monde! J'essaie cependant de bien dérouler ma cheville gauche pour la chauffer et
contrôler cette douleur qui s'est amplifiée pendant la pause.

De Bertone à Arnuva c'est une longue traversée sur un sentier en balcon, bien vallonné , avec un panorama grandiose. Au bout de ce "balcon", avant de plonger sur Arnuva, nous appercevons en face, tout la haut, la petite tente orange de l'organisation plantée
au Grand Col Ferret. Pas d'erreur, c'est bien là haut qu'il faudra passer. La descente sur Arnuva m'est pénible. J'ai mal à la cheville dès que la pente négative devient prononcée et je dois marcher lentement, très lentement, trop lentement. A Arnuva, les kinés me donnent un peu de pommade anti-inflamatoire et c'est repartit.

Le Grand Col Ferret est une .... bavante! Une vraie! De voir les collègues progresser en crête tout la haut, 700m au dessus, ça vous met le moral dans les baskets! Il n'a pourtant rien d'exceptionnel. Il est même plus court que les précédents (750m D+) mais c'est le plus haut. Allez! derrière, c'est la Suisse!

La fatigue commence a faire des dégats chez ceux qui sont partis trops vite et je double encore, même à ce stade de la course. De plus je double en monté, ce qui n'est pas mon point fort! Le ciel a commencé à se boucher et il tombe quelques gouttes. Négligeable. Et c'est repartit pour la descente et la cheville qui me fait un mal de
chien! il faut que j'atteigne La Fouly: la bas, il y aura des kinés. Je leur demanderai un bandage et de l'anti-inflamatoire. En attendant, il faut assurer et marcher. Même sur le plat je ne peux plus courrir, alors je marche partout. Je suis sur une base de 35/36 heures conforme à l'objectif fixé et j'ai donc une bonne marge sur les barrières
horaires. Il commence à pleuvoir, peu, mais l'eau est glacée. Je m'habillerai au ravitaillement qui arrive.

Une bonne soupe de pâtes, bien salée, me réconforte avant que je ne passe entre les mains du kiné qui va me sauver. Je quite ma chaussure, lui montre ma cheville douloureuse, et là, c'est le ciel qui me tombe sur la tête: "tendinite des releveurs". Je ne savais même pas que ça existait des "releveurs". Quand aux tendinites, c'était toujours les autres. Et le verdict est sans appel: "vous n'avez aucune chance de
boucler les 55km restants, ce serait de la folie d'essayer et beaucoup de temps pour réparer les dégats supplémentaires". Il me reste cependant 23h pour les parcourir et je lui dit que je peux largement boucler en marchant tranquillement mais il me prévient qu'insiter va me conduire à un arrêt de 4 voir 5 mois ensuite, soit toute ma saison de ski de fond.

Je renfile ma chaussure après une grosse dose d'anti-inflamatoire sur la cheville douloureuse. Je reprend un bol de soupe. J'ai mal. Je vois que Jean Luc a compris en voyant ma tête que c'était grave. Il pleut à verse dehors mais il pleut encore plus dans ma tête. De très longues minutes passent. Jean Luc s'apprête à repartir et attend ma décision. Je m'approche en boitant du contrôleur qui m'a pointé il y a une vingtaine de minutes.
J'arrête.


Epilogue:
Je suis rentré dépité sur le plateau du Vercors. J'avais (et j'ai encore) un mal fou à accepter ce premier abandon sur blessure. Abandonner d'épuisement a toujours été un soulagement, abandonner sur blessure est une frustration. Privé de connection sur internet (panne générale ADSL) je n'avais même pas accès à kikourou. Et puis il y a un bruit qui m'est parvenu, une... "kikourumeur" qui disait " on était plein à suivre ta course et celle d'autres kikoureurs sur le forum...". Et puis internet est revenu et je vous ai vus sur le forum, a toute heure du jour et de la nuit, un ultra dans l'ultra. Je voulais juste vous dire merci, merci pour cette petite brise que tous les kikoureurs ont senti derrière eux quand la pente devenait trop forte ou que la fatigue pointait. Je voulais vous dire aussi combien je regrette de ne pas vous avoir emmené avec moi jusque sous l'arche des finishers cette année. Et puis j'ai plongé dans les récits, des malchanceuses comme Sandrine74 aux finichers comme Olivier Tribondeau et je sais maintenant qu'en 2007, si je parviens à m'inscrire.....

4 commentaires

Commentaire de béné38 posté le 10-09-2006 à 19:02:00

Bien sur que tu vas y parvenir à t'inscrire !!
Merci pour ce récit et ces clins d'oeil. Et puis d'ici 2007 tu as un an pour trouver des bonnes chaussures en pointure 50...
Toi aussi tu l'auras ta revanche !!
Biz, Béné

Commentaire de akunamatata posté le 11-09-2006 à 22:57:00

Eh ben, c'est dommage t'etais bien remonté sur le live! J'aurai parié sur toi vu la progression. Faut finir l'aventure en 2007.
Akuna

Commentaire de joy posté le 19-12-2006 à 18:30:00

C pas grave tu feras mieux en 2007 surtout que la premiere fois ça surprend vraiment.
A+ et bonne prepa

Commentaire de jerome_I posté le 23-08-2008 à 02:25:00

2007 fut un bon cru, esperons que cela soit de mème en 2008... Dans une semaine on y sera...

Jérome

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