Récit de la course : 100 km de Millau 2005, par jsm0256

L'auteur : jsm0256

La course : 100 km de Millau

Date : 24/9/2005

Lieu : Millau (Aveyron)

Affichage : 2679 vues

Distance : 100km

Objectif : Pas d'objectif

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mon premier millau

Samedi 24 septembre 2005, 4 heures du matin, je me réveille. Il est encore bien trop tôt, le réveil est programmé pour 7h30.
Je revois en pensée tout le chemin qui m’a amené là. Il y a quelques mois, les copains m’avaient parlé du « Millau », la marche à faire absolument au moins une fois dans sa vie. En réalité, le « Millau » c’est un jogging de 100km dans la vallée du Tarn et au pied du célèbre pont (le plus haut d’Europe). Pour ma part, je ne cours pas je marche mais comme le temps limite est de 24 heures, je ne devrais pas avoir de problèmes.
Cette année, nous avons mon épouse, Arlette, et moi 25 ans de mariage. Nous voulions marquer le coup et plutôt qu’un voyage en Turquie ou en Egypte, nous sommes partis une première fois dans le Tarn et Garonne et maintenant une seconde dans l’Aveyron. J’aime marcher et Arlette aime assurer l’intendance et le reportage photo, elle adore me raconter tout ce que je ne vois pas en participant.
Bref, dans la nuit, je réfléchis encore : je crois que je n’ai rien oublié dans mon sac pour la mi-course où Arlette m’attendra …. Je me rendors.
6h30, il pleut. Ca c’était pas prévu au programme. J’écoute la pluie et essaie de deviner quand cela va arrêter.
6h50, la pluie cesse. Mais comme je suis en camping la tente restera humide.
7h30, je me lève en même temps que le jour, le ciel est complètement nettoyé de ses nuages, il va faire chaud.
Douche et déjeuner, puis on s’habille pour le grand événement, il fait un peu frisquet (8°) mais il ne faut pas plus.
Il est maintenant 9 heures, vite une petite photo du groupe : nous sommes huit copains à prendre le départ. Le plus rapide mettra en principe 9h 30 (il mettra en réalité 10 h 48). Le plus lent c’est moi, je table sur exactement 17 h 58. J’ai fait un planning car dans ce genre de « promenade » on ne part pas à l’aveuglette.
Le circuit forme une sorte de huit aplati : on remonte d’abord sur 21 km le Tarn jusqu’au Rozier ; on rentre à Millau au 42ème ; au passage, au 40ème ; les épouses et les amis nous attendent : soins si nécessaires et ravitaillement mais surtout encouragement. Puis, on quitte la vallée du Tarn pour passer sous le pont de Millau (grosse côte : 7% pendant 3 km) ; on redescend dans la vallée pour remonter de l’autre côté au col de Tiergues (5 km à 6%) ; on descend à nouveau (5km à 6 % avec des passages à 15 %) ; on arrive ainsi à St Affrique au km 71 et puis retour par la même route en sens inverse. Donc la sortie de St Affrique, c’est un peu le juge de paix …

Pour l’heure, je me rends au départ. Il est 9h30 et j’en suis encore éloigné de 200m lorsque j’entends au micro dans 20 secondes les inscriptions sont clôturées. J’ai oublié qu’il fallait pointer avant 9 h 30. Un sprint me permet de pointer le dernier. Le préposé, me voyant courir, m’a laissé quelques secondes de rabiot.

Maintenant, le stress est grand et je sais que ce sera ainsi jusqu’au départ. Nous nous dirigeons en cortège jusqu’au vrai départ : depuis la tente, j’ai déjà fait 3 km. Si on tient compte du retour à la dite tente, j’aurai fait les 105 km de Millau…

10 heures précises, coup de pistolet, nous voilà partis ; tous les vrais joggeurs me bousculent un peu : nous sommes 1600 au départ. Après 2 km, je me retourne et je m’aperçois que je suis dans les derniers.

Km10, catastrophe : j’ai quelque chose sous l’ongle d’un orteil et ça me gêne sérieusement. J’ai pas fait tout ça pour abandonner au 10ème km. J’enveloppe mon orteil dans du « tape » et je continue on verra bien. Si j’arrive au 40ème , je changerai de chaussures (pour des plus larges).

Les soins m’ont encore retardé et je pars doucement comme un diesel, il est temps d’accélérer. Le paysage est fantastique et je n’ai rien d’autre à faire, j’en profite au maximum. La veille, j’ai pris mes points de repère et j’arrive au 21ème km avec 10 minutes d’avance. Le retour jusqu’à Millau se fait par une succession de montées et descentes : une vraie « tôle ondulée », c’est le parcours que je préfère. Mon orteil me fait toujours souffrir.

Je passe sur la Jonte et dans le premier raidillon je dépasse une dizaine de concurrents, je les encourage. Les cenbornards (ceux qui font des 100km) sont une grande famille, on se parle, s’encourage, s’applaudit.

Km 30, je ris tout seul sur la route : un vautour (de la Jonte) tourne au-dessus de ma tête et se pose sur un arbre un peu plus loin, il me regarde, narquois. Je me retourne mais je ne vois pas Lucky Luke….

Km 40, tout mon fan club est là. J’ai une bonne ampoule à l’orteil. Quelques soins appropriés, un vêtement pour la nuit, un changement de bas et de chaussures, je repars après 15 minutes de repos, j’ai vingt minutes d’avance.
Km 42, retour par la salle de pointage. Il y fait beaucoup trop chaud, je ne m’attarde pas.
Km 47, je viens de me ravitailler mais je ne digère pas et je croise le premier, je l’applaudis mais pour moi, c’est un fameux coup au moral. Il y a 7h15 que je marche et dans 19 minutes, il aura fini. Ca c’est du sport. Moi, j’en ai encore pour près de 11 heures….
Quelques centaines de mètres plus loin dans la côte de Creissels, face au viaduc, j’ai un sérieux coup de pompe. Je m’arrête, je m’assieds.Ca ne peut pas être une hypoglycémie, je viens de manger et de boire. Peut-être la digestion. Ca ne va vraiment pas : je me couche sur la route. Tout de suite, on me demande si ça va, si j’abandonne. Je regarde mon timing, j’ai toujours 20 minutes d’avance. Je me repose et j’envisagerai dans 20 minutes.
Un peu plus tard, toujours à terre, je reprends du poil de la bête. Je regarde la côte, il reste 500m. L’ambulance est en train d’emmener quelqu’un qui a présumé de ses forces. Allez on y va, je ne suis pas si mal que ça et puis, pas question d’abandonner (ce mot n’est pas dans mon vocabulaire).
Deuxième anecdote : je suis entrain d’expliquer à un concurrent français que c’est grâce à des ingénieurs belges que ce viaduc a vu le jour quand une habitante de Leuven traverse la route pour me rejoindre.
« Je vois que ça ne va pas fort, si vous voulez on va parler ensemble jusqu’au dessus » me dit-elle en flamand. Comme la route est fermée, elle a dû monter comme moi pour voir l’exposition sur le viaduc en haut de la côte.
Lorsque nous arrivons au-dessus, un marcheur que nous rattrapons dit à la dame que si elle monte aussi vite l’année prochaine elle peut faire les 100km. Cela veut dire que moi aussi je monte vite et je me sens tout ragaillardi mais toujours pas en forme.
Km 55, au ravitaillement je prends un coca pour digérer et miracle ça marche, je me sens beaucoup mieux.
Mon copain, Michel, que je devais croiser en principe au km 53. Je vais le voir au km 58. Il trouve que je ne vais pas fort mais lui, il a une heure de retard. Après un encouragement, chacun poursuit de son côté : Michel terminera 101ème avec plus d’une heure de retard sur son temps de l’année dernière.
Km 60, le col de Tiergues. La montée est longue, le lus difficile est de voir tout le monde redescendre alors que moi je dois encore monter, j’ai 18km de retard sur ces participants qui eux courent toujours. Dans la nuit noire, je ne vois que le rayon de lumière de leur lampe de poche. Je vais ainsi croiser les autres copains sans les voir.
Km 65, la descente, longue, longue.
Km 71, j’arrive à St Affrique, je suis à peu près dans mes prévisions mais il va falloir accélérer. Là, tout d’un coup j’ai la rage, il faut que je marche au moins à 6,5 km / heure. Je base ma marche sur les lampes des concurrents qui me précèdent et je vais de plus en plus vite. La sortie de St Affrique ne m’a pas paru très difficile et au sommet de Tiergues je bascule dans la descente en accélérant encore. Je rattrape mon retard et je peux même m’octroyer du repos supplémentaire.
Les km 80, 85, 90 passent sans problème, je deviens euphorique. Je repasse au viaduc et entame la descente qui m’avait donné tant de problèmes à aller.
Zut, j’ai des graviers dans la chaussure droite. Je veux enlever la dite chaussure et là c’est la grosse crampe. A peu près au même endroit qu’à l’aller, je suis à nouveau à terre. Je me souviendrai de la côte de Creissels. Je rattrapais justement un gars qui n’avance plus. Je passe un quart d’heure à me masser le mollet droit.
Je repars en fin. Tout va bien. Je fonce et je vais aller de plus en plus vite jusqu’à l’arrivée. Je dépasse le concurrent de tout à l’heure, il n’avance plus et il veut abandonner au 94ème km. Je lui dis que même à un km par heure, il est encore dans les temps et le reste n’a pas d’importance : il terminera en 19 heures.
Km 98, il reste à traverser Millau mais ça monte tout le temps. Il me reste 21 minutes par rapport à mon timing.
Je vais finir en courant en 19 minutes soit au total en 17 h 56 minutes.
J’aurai mis 37 minutes de moins qu’à Bornem où il y a 50 m de dénivelé.
Pour moi, ce n’est pas un sport, je ne m’entraîne pas, je ne fais pas de régime. C’est seulement une façon de vivre et de se connaître : avec la rage au ventre même quand ça ne tourne pas bien.
Ah oui ! Pour la petite histoire, je termine 916ème et je gagne la même chose que le premier c’est-à-dire rien.
Je reviendrai probablement l’année prochaine pour faire, je l’espère, aussi bien…

1 commentaire

Commentaire de felis posté le 03-10-2005 à 14:38:00

Bravo. c'est plsu difficle a faire en 19 heures qu'en 11, et quand on n'est pas entrainé que quand on est entrainé! tenir son temps à 2 minutes pret sur une telle durée, c'est superbe !

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