Récit de la course : 100 km de Millau 2007, par Elendil

L'auteur : Elendil

La course : 100 km de Millau

Date : 29/9/2007

Lieu : Millau (Aveyron)

Affichage : 2290 vues

Distance : 100km

Objectif : Pas d'objectif

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Milllau 2007 : un CR tardif ;-)


Paris, le 27/09

 

Journée de boulot. Mais déjà 17h, je saute dans le métro rejoindre St Lazare, chargé comme une mule (le poids, pas le dopage ;-). 2 heures de train plus tard, je suis chez mon frère pour goûter à ses pâtes et préparer un long week end... Vincent a lancé l'idée d'un 100 km pour ses 45 ans et mes 40, j'ai poussé pour Millau. Tant qu'à en faire un...

 

Le 28/09.

 

Réveil à 6h30, et go pour 9h de route entre Caen et Millau. Apres mes deux heures de conduite, j'essaye de rattraper un peu le manque de sommeil que je traîne depuis un bon moment. Nos deux suiveurs, Anne et Pierre, assurent déjà et effectuent la majeure partie de la route. Nous arrivons finalement à Millau vers 16h. Nous essayons de repérer le Tarn pour trouver notre camping  puis, une fois installé dans ce dernier, nous commençons à préparer les vélos d'Anne (qui va suivre Vincent) et Pierre (qui va m'accompagner le long de l'épreuve). Le choix est difficile : selon les prévisions météo, je charge un change complet un peu chaud (collant, tee shirt manche longue, micro polaire) ainsi qu'un coupe vent et une deuxième paire de chaussures. NOK, gels, caloreen, gants, ipod, le compte doit y être.

 

Mais déjà la première épreuve : trouver le parc de la victoire... Apres avoir pas mal tourné dans Millau, nous accédons enfin au sésame : remise des dossards (718 pour moi)  et du sac du coureur. Dont un tee shirt que je ne pourrais porter que si je vais au bout des 100 km...

 

Retour au camping pour finir de nous installer. Nous en profitons pour repérer l'endroit ou Anne et Pierre nous attendrons avec les vélos. retour parc de la victoire, ou nous profitons de la pasta partie. Pendant que nous attendons les spaghettis, B. Heubi présente les meneurs d'allures. Je repère Cagouille & Chantal, dont les 14h étaient mon objectif premier. Avant de me blesser et d'avoir coupé ces deux dernières semaines :-(. 

 

Nous nous installons finalement avec nos carbo et Tenens, un des organisateurs, dîne avec nous : un garçon réellement charmant, comme tous les bénévoles que nous allons croiser. Le stress monte néanmoins et, de retour au camping, chacun commence à se fermer et à rentrer dans sa bulle. 22h30 : sous la couette. Ca va le faire, non mais !


29 Septembre

 

Debout à 6H30, sous un froid de canard. Les 4 degrés rendent la douche assez électrisante et le petit déjeuner est le bienvenu. Thé, jambon, pain d'épice, un yaourt et nous nous déguisons bien vite en coureurs, nokés et vaselinés de partout. 8H45 : Anne et Pierre nous déposent et filent bien vite récupérer leur vélo pour se poster à Aguessac. Si le ciel est au bleu, il fait toujours froid et, une fois passé à la validation des dossards, nous restons dans la salle. La pression monte et je commence à rentrer dans le moment. Allez, ça va le faire, parce que cela doit le faire. Ici et maintenant, pas d'objectif sinon que d'être dans ma course, pleinement. Y'a quand même un tee shirt en jeu, on ne rigole pas !

 

9h45. je branche mon iPod (équipé d'un kit Nike mal étalonné par ailleurs), son tout doux. Derniers mots avec Vincent, nous commençons à descendre vers la ligne de départ. Nous sommes en queue du cortège des 2000 coureurs ou presque, la fanfare joue loin devant nous. 10h00, GO ! Le starter nous délivre, j'enclenche le chrono et moins de 2'30'' plus tard, je passe la ligne de départ avec Vincent. Mon polar me le confirme tout de go, je suis mort (136% de ma FCM). Bon, on va essayer de faire avec cette nouvelle donne ;-). De fait, tout le long de la course, je ne pourrai pas m'appuyer sur ce suivi (à l'heure du bilan, une moyenne de 163 pour une FCM de 185. mouais...) : à posteriori, j'ai du me balader entre 70 et 80 % de ma FCM je pense , j'ai pu par exemple discuter facilement (enfin...) durant le parcours. 

 

Enfin, pour l'instant, je n'en suis pas là ! Vincent prends tout de suite le large (il part sur un objectif de 12h) et je commence à réfléchir (si si, ça m'arrive) à ma stratégie de course. Si je me suis entraîné à faire du cyrano en 14'/1', j'avise les deux meneurs 14H. Allez, basta, eux ils savent quand je suis complètement dans le flou. C'est décidé, je ne les lâche pas, tant pis pour tout le plan que j'avais pu imaginer. Dès le premier kilo, je m'intercale aussi entre Chantal et Cagouille. 

 

Le temps est superbe, je suis plutôt pas mal après ces 15 jours d'interruption : mon genou gauche semble bien vouloir se tenir tranquille, yes, ça va le faire. La jonction jusqu'au point de rendez vous avec les suiveurs s'effectue sans même s'en rendre compte, je suis bien dans la course, pas de projection, nickel (mon grand mot du jour). Je repère Pierre avant qu'il ne me voie et, sans qu'il ait eu le temps de me prendre en photo, il enfourche sa bicyclette, rajuste ses gourdes, cale les gels, c'est tout bon, on y est.

 

Comme je déroule bien (enfin, pour mon niveau !), je plante mon harpon sur Cagouille, qui est parti sur une stratégie plus rapide que Chantal sur le marathon. Je me cale à 60 cm de sa chaussure gauche, aucun risque de le perdre, non mais. Nous sommes un bon petit groupe, que Cagouille commence tout de suite à prendre en main. Conseils sur l'alimentation (on ne force pas sur le glucose ni les gels), la respiration, l'allure (pas si vite, les affreux !), son accompagnement sera total et de tous les instants. Bon, pour le moment, nous y allons de 5 km en 5 km, avec des pauses de 2 / 3 minutes (?) aux ravitaillements avant que notre meneur ne rameute sa troupe. S'agit pas de s'endormir !

 

Mais déjà, après une superbe ballade le long du Tarn, nous arrivons à un premier repère tangible : le semi, que nous passons en 2h31'. Et avec la bascule de l'autre coté de la rivière, la première cote : Peyreleau, que nous franchissons en marchant (5'30 / 6' au kilo). Pierre continue de tenir à merveille son rôle de nounou et me rappelle régulièrement à l'ordre afin que je m'hydrate. Nous avons à cet instant 4 à 5' de retard sur le plan de route de Cagouille, soit à peu près rien.

 

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Notre route "croise" celle d'un grand monsieur...

 

Bon, qui a dit que le marathon à Millau était « presque plat » ? Certainement pas quelqu'un qui s'entraîne le long du canal de l'Ourcq ! A moins que tout soit dans le « presque »... Nous enchaînons donc sur le retour vers Millau un yo yo : faux plat montant, faux plat descendant (depuis que je cours, je découvre que le plat est toujours « faux »).

 

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 Celui que je ne lacherai pas, non mais ! (merci à lui...)

 

Aucun souci, nous respectons un rythme régulier et bientôt se profile l'alignement des campings qui marquent l'entrée sur Millau. Cagouille me rappelle une nouvelle fois à l'ordre (ho ! on reste derrière moi) et, si le pas est un peu plus lourd, nous arrivons en 4h59 parc de la victoire. 15' de pause a dit le chef, ok !

 

14h. Ca y est, je plonge dans l'ADDM & l'inconnu. Déjà que du haut de mes ... deux marathons (ben oui), je suis un gamin, là, je me fais tout petit. Pierre me pousse « Ca y est, on rentre dans les choses sérieuses, on y va », mais aucun souci. Si j'ai lu ici et là que repartir de Millau était parfois un peu dur, rien à faire, je ne prends que du plaisir. Cagouille nous relance souvent « Ca va ? », nickel, nickel !

 

15h. Puisqu'on y va, on y va : cote de Creissels. Nous restons sur la même lancée : toutes les montées en marchant d'un bon pas. 50ième (6h10'47'') et la photo avec le viaduc en toile de fonds . Le ciel se couvre peu à peu et trois / quatre gouttes font une tentative de se rappeler à notre bon souvenir. Nous croisons dans la descente J.J. Moros, impressionnant. Un masque imperturbable dans une nuée de vélos. Mon dieu, j'aimerais bien tenir 5 kilomètres à son allure, au garçon ;-). Un petit point de crampe sur le mollet gauche, Pierre me sauve la mise en m'hydratant immédiatement. Mauvaises nouvelles coté Vincent par contre, Pierre apprends par Anne qu'il connaît des problèmes gastriques qui le bloquent complètement. Accroches toi frérot :-(

 

Le temps semble être comme rompu. Je cours depuis maintenant plus de 7 heures mais seuls les arrêts ravitaillements, annoncés par Cagouille à chaque départ, marquent les heures qui défiles. « Saint Georges de Luzençon, on est ok ». Notre petit groupe oscille entre 4 et 10 coureurs, tandis que Cagouille rassure ceux que nous dépassons : Chantal est derrière, sur un autre rythme. Seul problème, nous déroulons trop bien et peu à peu nous rattrapons notre « retard » tant et si bien que nous allons dépasser la barrière des 14h... 

 

Mais nous n'en sommes pas encore là. Se profile devant nous le long passage vers Saint Rome. Un faux plat, tiens tiens... Pendant que Pierre et Raphael (le suiveur de Cagouille) discutent tranquillement, les kilomètres s'enchaînent pour qu'enfin nous soyons au pied du mur : Tiergues. Il est et nous attaquons ces fameux 4 kilomètres. Toujours en marche rapide, notre petit groupe s'étoffe : RV, qui souffre d'une sale ampoule que son sourire ne laisse pourtant pas paraître, Joël et sa petite boite cousue sur la manche et tous les autres. C'est à cet endroit que Mario et Gregory se joignent à nous. Nous n'allons plus nous quitter...

 

Pendant que Pierre réalise un rêve de gosse en doublant un suiveur vêtu du maillot à pois et que Raphael peste contre les coups de fils qui tombent toujours dans les montées ;-), Cagouille et son petit groupe avale sans coup férir le haut de Tiergues. Bref arrêt au ravitaillement et nous repartons pour une interminable descente vers Saint Affrique. Je surveille du coin de l'oeil la route, espérant voir passer Vincent. Je demande à Pierre de passer un coup de fil à Anne, qui ne réponds pas : je crains à ce moment que Vincent n'ai abandonné, vaincu par ses maux de ventre :-(

  

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Pierre, mon cerbere,  chevauchant son fier destrier ;-)

 

19h : St Affrique. Non, je ne me dis pas « c'est dans la poche ». Rester dans l'instant présent. Cagouille nous met en garde contre les massages et la tentation de rester trop longtemps dans la salle, qui est bien chaude : il nous donne rendez vous dans un quart d'heure. Je reste pour ma part dehors, le temps de me changer (tee shirt, micro polaire, bandana, nouvel ipod, le précédent ayant lâché depuis une bonne heure déjà). Je pointe donc au dernier moment, le temps d'avaler thé, quelques sandwiches jambon et go, nous repartons après que le meneur d'allure ait battu le rappel de ses troupes. Mon dieu, c'en est presque inquiétant, je me sens comme neuf encore, même s'il me faut dorénavant 100 m pour relancer la machine. Mais nous attaquons le retour selon le rythme habituel : en marche dans les cotes. Et celle ci vaut 5 kilomètres... qui verront l'obscurité nous rattraper quand nous atteignons le ravitaillement qui marque la fin de cette étape. Nous sommes une bonne 10aine maintenant, mais chaque départ vers le prochain point d'arrêt voit certains nous quitter, bien que notre meneur essaie à chaque fois de relancer les coureurs. La descente vers  St Rome est rondement avalée, je n'ai même pas mal aux quadriceps, je me concentre sur chaque pas, tandis que Cagouille continue à nous faire respirer et .. à nous ralentir. Deux trois tours de tête pour dénouer la nuque, des inspirations en gonflant le ventre, je ne peux répondre encore que « Nickel » lorsque chacun prend des nouvelles des autres. Un vrai groupe est né et dès que l'un d'entre nous commence à coincer, chacun ralentit sans se poser la moindre question. 

 

St Rome – St Georges. Peu de souvenirs, je suis complètement dans la course, les kilomètres s'enchaînent, nous discutons entre nous encore, Pierre continue à nous donner notre progression et à nous encourager. Je suis bien, tout simplement. Pont du Dourdou : je retrouve enfin Vincent, qui n'est pas bien mais qui s'accroche. Il marche depuis un petit moment et s'est arrêté assez longuement. Je l'embrasse comme il repart.

 

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La nuit tombe. Avec Mario &  Cagouille

 

Ravitaillement de St Georges : Vincent est arrivé juste avant, mais il coince sérieusement et va rester un bon moment à se faire masser,  pendant que nous nous arrêtons pour nos 5 minutes habituelles. Hélas, pas mal de nos accompagnateurs ne repartent pas cette fois avec nous, et nous nous retrouvons à 4 : Cagouille, Mario, Gregory et moi. On se se lâchera pas, non mais !

 

Mais dieu que la remontée vers le viaduc est longue. Nous avalons la cote entre 5.5 et 6 km selon le compteur de Pierre, mais ce fichu pont continue de nous faire de l'oeil. Quand enfin nous basculons vers Creissels, Pierre me crie : ok, c'est tout bon. Non ! On y va pas à pas...

 

La relance sur la descente est un peu difficile : je ressens les premiers effets de la fatigue. Aucune douleur, non, je ne suis pas dans le dur, simplement les kilomètres qui commencent à peser sur mes guibolles. Nous devenons plus silencieux, chacun se concentre un peu plus encore sur les prochains mètres et nous atteignons

 enfin Creissels. Le compte à rebours des 5 derniers kilomètres est lancé par Pierre, qui nous quitte avec Raphael au 97ième, que nous marchons. 98, à relancer la machine, nous franchirons les deux derniers kilomètres en courant, mon Dieu, comme ils semblent longs. Passage à niveau, montée vers la salle, le podium, YES. 

 

13h21, certes, mais surtout nous quatre sur le podium. Nous nous enlaçons. Nous l'avons fait ensemble, je suis cent bornard.

 

 

23h48 : Arrivée de Vincent, qui fait donc moins de 14h malgré une galère depuis 50 kilomètres. Nous nous asseyons, vides complètement. En me levant trop brutalement, je me sens partir un peu, mais in fine, deux trois respirations, le malaise passe, je ne suis que profondément épuisé.

 

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Anne, Vincent, un type chauve & Pierre

 

Vincent malheureusement paye son du et doit aller s'allonger un moment à l'infirmerie, secoué par un hoquet terrible. Pierre me raccompagne au camping avant de retourner rechercher Anne et Vincent. Je trouve encore le courage d'aller prendre une douche avant d'attendre le retour de mes trois compères, vers 2 h du matin. On l'a fait.

 

 

Dimanche 30 septembre

 

Réveil assez comique sur le coup des 9h : ma démarche oscille entre celle du pingouin et celle du canard et je maudis jusqu'à la 7ième génération l'inventeur de l'escalier qui descends ! Vincent n'est guère plus brillant, seuls les cyclistes conservent leur dignité (enfin... ils se moquent, les affreux). Le petit déjeuner est avalé en racontant nos courses respectives, et avant de rejoindre les ultra qui se réunissent pour un pique nique, nous commençons à plier bagages et à charger la voiture. Enfin, nous allons partager qui un apero mérité, qui un verre de jus d'orange (non moins mérité, hé ho) puis une platrée riz/saucisses qui a un  peu de mal à passer, les organismes étant marqués pas mal. Quand nous partons enfin, Vincent est secoué par une crise de hoquet qui va finir de l'épuiser en le tenant presque tout le voyage de retour. Nous nous arrêtons à la pharmacie au départ de Millau (même que le pharmacien, rappelé par ... la police, fait la tête) acheter du spasfon, rien à faire :-(. 

 

J'effectue les deux première heures avant de céder le volant à Pierre, qui va nous conduire  jusqu'à Caen, que nous atteignons vers 23h. S'extraire de la voiture reste un grand moment (au bout de 5min, on se dérouille (un peu), si si) et Anne et Pierre se tapent tout le déchargement, les coureurs étant quelque peu hors de forme.

 

Si mon accompagnateur nous quitte après un dernier verre, Anne reste sur place. Enfin, monter se coucher et dormir dormir dormir... Si j'ai pris mon lundi, Anne & Vincent bossent , les courageux ;-)

 

Lundi 31 septembre 

 

Retour à Paris.  Plaisirs. Souvenirs. 100 km de bonheur...

 

 

 

 

4 commentaires

Commentaire de cagouille41 posté le 21-11-2007 à 00:02:00

Merci de m'avoir fait revivre ces merveilleux moments en votre compagnie !
On se le refait en moins de 13h en 2008 ?

Cagouille

Commentaire de riri51 posté le 22-11-2007 à 21:28:00

Merci, ma première lecture sur la terrible épreuve des 100 km de Millau. Superbe CR, l'impression d'y être (la fatigue en moins!). FELICITATIONS pour ton chrono.

Commentaire de Kiki14 posté le 23-11-2007 à 16:50:00

merci Elendil pour ce moment de lecture passionnant...quel courage..quelle volonté...après juste 2 marathons finir une épreuve pareille ...mais comment faite vous.....RESPECT Monsieur le 100 Bornard...je me sens tout petit....

Commentaire de Kiki14 posté le 23-11-2007 à 16:51:00

et j'oubliais...merci pour les photos

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