Récit de la course : Marathon de Paris 2018, par Seabiscuit

L'auteur : Seabiscuit

La course : Marathon de Paris

Date : 8/4/2018

Lieu : Paris 16 (Paris)

Affichage : 534 vues

Distance : 42.195km

Objectif : Pas d'objectif

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Marathon de Paris

Participer, c’est déjà ça de gagné !

Quand je m’inscris en avril 2017 au marathon de Paris, soit un an avant !, je ne sais évidemment pas dans quel état j’aborderai cet évènement. Mais on ne s’inscrit pas en se disant qu’on sera à la ramasse. J’ai quand même 12 mois pour me préparer, 52 semaines devant moi. Une préparation marathon se faisant sur 12 semaines, j’ai le temps de voir venir ! C’est donc avec l’espoir d’être dans une forme éblouissante et dans l’objectif de performer, de faire un chrono de malade, d’exploser mon record personnel que je valide mon inscription pour le Schneider Electric Marathon.

Oui mais voilà, la blessure guette le coureur trop focalisé à respecter son plan d’entraînement, pas assez à l’écoute de son corps, n’accordant pas suffisamment de temps à la récupération. C’est ce qui m’arrive en début de troisième semaine. Une contracture au mollet droit consécutive à l’enchainement d’une année 2017 qui fut très riche avec une préparation marathon exigeante. J’avais déjà connu des alertes en fin d’année mais je n’avais pas su les interpréter. Et puis on se dit que ça finira par passer … Des fois, mais pas ce coup-ci. Résultat : 6 semaines de repos à ronger mon frein, à rester dans l’expectative de savoir si je pourrais tout de même participer. Je doute beaucoup. Un mois avant, je ne peux courir que 2 km, les douleurs sont ensuite trop vives. Et puis, ça revient tout doucement. D’abord 5 km puis 7 puis 10. Quand je peux recourir 1h30 c’est l’espoir qui renaît mais je finis dans un état peu mirobolant et surtout sans avoir pris aucun plaisir. Deux semaines avant, je cours 2h. Ce sera ma plus longue sortie. La messe est dite. Advienne que pourra ! Je sais qu’au moins je pourrai m’aligner au départ et descendre les Champs-Elysées.

 Dimanche 8 avril 2018. Je participe au grand défilé des coureurs bariolés sur la plus belle avenue du monde. Dos à l’arc de triomphe, je m’élance direction l’obélisque là-bas en bas. Quel rythme adopter ? Avec 3 semaines d’entrainement effectives, c’est difficile d’avoir des repères. Je pars sur 5’30 au km. On verra bien.

J’ai bien fait d’enlever les manchettes et d’avoir retiré un T-Shirt car il ne fait pas froid. J’appréhendais l’attente dans le sas de départ mais finalement elle n’a pas été trop longue et la température déjà bien élevée en ce début de mois d’avril n’a pas été pénible à supporter.

Je foule les pavés au milieu de 55.000 coureurs, l’équivalent de toute la ville de Beauvais. Ça fait du monde ! Tout est démesuré par rapport aux autres marathons auxquels j’ai déjà participé. Le nombre de participants en premier lieu et ses conséquences. Ainsi, le trajet dans le métro jusqu’au départ fut marqué par l’affluence des coureurs à chaque station à tel point que nous avons fini comme dans la chanson de Patrick Sébastien, serrés comme des sardines au fond de cette boîte aux douces odeurs d’huile de massage et de baume du tigre (le conducteur de la rame nous adressait des messages d’encouragement contribuant à mettre une super ambiance matinale). En descendant les Champs, les montagnes de vêtements laissés par les participants étaient également spectaculaires. Ils seront ramassés et donnés à des associations. Le site est lui aussi grandiose. Tout le monde connaît les Champs Elysées mais peu ont bénéficié de l’angle de vue depuis le centre de l’avenue. Je n’ai cette fois aucune prétention chronométrique, alors j’en profite,  je me retourne plusieurs fois et je dois dire que la vision de cette foule descendant l’avenue avec l’arc de Triomphe en arrière-plan est absolument merveilleuse. Elle m’impressionne. Le départ a été donné il y a maintenant 35 minutes et il y a encore tant de gens derrière !

Déjà un kilomètre de parcouru, en 5’25. Ne pas s’enflammer ! J’arrive ensuite à l’obélisque, premier point de repère du parcours. J’en ai fini avec cette grande ligne droite. Je contourne la place de la Concorde direction rue de Rivoli. Tiens, je découvre que la ligne tracée au sol n’est pas bleue comme la plupart du temps mais verte ! (elle a été tracée pour la première fois à Melbourne lors des jeux olympiques de 1956 pour symboliser les 42.195 m). Clin d’œil au sponsor ?

La largeur de la chaussée se resserre. Je passe le long du Louvres puis sous la grande échelle des Pompiers. Ils seront d’ailleurs présents tout au long du parcours, notamment pour encourager ceux d’entre eux qui participent. Je ferai un bout de chemin avec 3 soldats du feu et à chaque fois qu’on passera devant leurs collègues ce ne seront qu’acclamations et vivats de la foule.

Pris dans l’ambiance et encore sous le coup de l’euphorie du départ, les kilomètres s’égrainent sans m’en rendre compte. Pour l’instant tout va bien !!

Nous ne sommes pas nombreux à nous être déguisés, c’est sans doute la raison pour laquelle un type avec un coq sur la tête m’aborde et me dit quelques mots sympas. Etre ridicule ça rapproche ! Un peu plus loin, un autre coureur portant un maillot du Portugal me baragouine des mots en anglais que je ne comprends pas. Il me semble deviner qu’il demande si j’étais déjà habillé comme ça la dernière fois mais je n’en suis pas sûr.

Je passe au 5ème kilomètre en 27’15, c’est conforme au tableau de marche.

Je contourne la place de La Bastille. Aujourd’hui, la foule est pacifique. Pas de crainte à avoir, le peuple n’a pas faim, les ravitos sont bien garnis.

Km 9, je rentre dans le bois de Vincennes par la porte dorée. Un peu de verdure ! Il y a aussi beaucoup moins de monde pour nous encourager !

Km 10 en 55 mn. Je suis dans le bon tempo.

D’un coup le Château de Vincennes surgit au-dessus des arbres, légèrement à gauche de l’avenue Dumesnil. Imposante forteresse, elle s’impose à la vue. La blancheur de sa pierre tranche sur fond de ciel bleu. Je la découvre pour la première fois et je suis ébahi par cette vision. Ce sera l’une des belles images que je garderai de la journée.

Passé cet édifice, j’arrive au point de rebroussement du parcours. Il se situe grosso modo au niveau de l’hippodrome de Vincennes. Fini de se diriger vers l’est, demi-tour direction la Tour Eiffel. Un coureur crie « à nous Paris ». Mais la route est encore longue !

Arrive le semi que je franchis en 1h56’. Je suis pas mal, ça correspond exactement à une moyenne de  5’30 au kilomètre. Si je tiens ce rythme sur le deuxième semi je terminerai en 3h52’. Je signe.

L’arche du semi est au niveau de la gare de Lyon. Je me fais la réflexion que si je m’arrêtais là, je serais plus vite rentré… Il me faut vite balayer ces pensées parasites et au contraire positiver, en me disant par exemple que dorénavant, à chaque foulée, la distance parcourue sera plus importante que la distance à parcourir. C’est source de réconfort. Et du réconfort, je sens que je vais en avoir besoin.

Km 23, on gagne les quais de Seine et commence alors la partie délicate des descentes et montées des différents tunnels qui sont de véritables casse-pattes. Le spectacle est là et les gens ne s’y trompent pas. Les spectateurs sont massés à la sortie, en hauteur pour dominer la fosse aux lions mais ces derniers ne sont plus bien vigoureux. J’en vois de plus en plus marcher. La chaleur et la distance commencent d’ailleurs à faire des dégâts.

Vers le km 25, je suis surpris de me faire dépasser par un coureur pieds nus. J’y regarde à deux fois mais ce ne sont pas des hallucinations ! Le lendemain, un article lui sera consacré dans Le Parisien. Il s’agit d’un docteur en médecine, diplomate français et premier conseiller à l’ambassade de France du Suriname. Il a déjà couru 154 marathons dont 21 sans chaussures. Il finira celui-ci en 3h50’.

Et que dire de ce catalan qui s’est élancé chaussé d’espadrilles sur 42 km. Par contre, lui, je ne l’ai pas vu et pour cause ! Il est parti avec les élites et a fini 90ème en 2h et 35 minutes. Un véritable exploit que de parcourir la capitale avec ces chaussures dotées de semelles en cordes et de lacets autour des chevilles.

Il me reste 17 km à couvrir. Je me raccroche à ce que je connais, soit le tour du lac d’Aiguebelette que je parcours chaque dimanche. Une formalité ? Pas si sûr car je n’ai plus les jambes du début. Je suis surtout fatigué. Plus ça va et plus je dois me faire violence pour ne pas marcher. C’est dans ces moments que le déguisement procure un petit plus car je se suis encouragé. L’expression sans doute la plus entendue : « Allez Ludo, La classe ! » Un spectateur m’adresse « Go Gentleman » et me propose d’en taper 5. Je me prête au jeu, s’il pouvait me transmettre un peu de son énergie comme tous ces enfants au bord de la route vers qui je me décale pour aller taper la main.

La succession des tunnels se poursuit, ça en devient usant ! Je ne sais pas combien il y en a mais il faudrait que ça cesse.

 

Je passe au pied de la Tour Eiffel vers le km 29. Je me pose alors la question, que tout marathonien doit sans doute se poser : mur ou pas mur aujourd’hui ? Verdict dans quelques kilomètres.

 

Km 32, j’ai laissé la Seine sur ma gauche et entame la remontée vers le nord. Allez encore 10 km, une petite heure. Je ne connais pas de défaillance brutale mais plutôt une fatigue de plus en plus marquée.

 

Km 34, j’entre dans le bois de Boulogne. C’est le début de la fin. C’est aussi le théâtre de nombreuses scènes d’entraide et de fraternité. J’ai en mémoire cette dame qui encourage et motive son compagnon, lequel est livide et qui ne semble plus très réceptif aux éléments extérieurs, emmuré dans sa souffrance ou encore ces copains qui veulent finir ensemble coûte que coûte, vaille qui vaille et qui s’encouragent réciproquement. Il y a aussi malheureusement beaucoup de situations de détresse voire dramatiques, des hommes qui s’étirent tiraillés par des crampes, d’autres allongés à terre pris en charge par les secouristes. Aller au bout de soi mais à quel prix et pour en tirer quoi ?

Personnellement je puise ma motivation en pensant aux copains et collègues qui sont touchés par la maladie et qui ne peuvent pas courir. Ressentir la douleur, c’est aussi se rendre compte de la présence de son propre corps et parfois, même si ce n’est pas très plaisant, c’est réconfortant.

Km 40, je suis dans le dur. J’ai beau me dire qu’il ne reste que 2 km, je suis lessivé. Tête baissée, je me traîne lamentablement à la vitesse d’une limace dans l’ascension d’un col des Alpes. Puis, j’entends « vas-y Ludo ». Je me tourne vers cette âme charitable qui s’égosille pour me donner de l’allant, pour me motiver, pour m’enjoindre à continuer. Je lève la tête et découvre, tout étonné, Jenny avec des membres du groupe Marathon-Addict. J’avais complètement oublié qu’ils étaient postés là. Je prends quelques instants pour tenir la pose et immortaliser ce passage. C’est un véritable coup de boost mais comme ces gels dont on fait la pub, ça ne dure pas très longtemps. Je suis dans le même état que sur le marathon d’Annecy, il ne faudrait pas grand-chose pour que je m’arrête sur le bord et que je m’allonge pour piquer un petit roupillon.

Enfin la dernière ligne droite, l’arche là-bas au fond. Cet instant ne correspond pas tout à fait à la projection que je m’en étais faite après avoir vu plusieurs années la retransmission du marathon à la télé, c’est-à-dire un coureur, généralement seul, finissant dans une foulée aérienne, volant au-dessus du pavé, à vive allure. Non, je suis englué dans la masse, incapable d’accélérer, fracassant lourdement le pavé. Seul point commun : les encouragements de la foule qui sont une formidable récompense au terme de cette course usante.

Passé la ligne, perception de la médaille et du maillot Finisher : trophées mérités d’une difficile journée. Je salue au passage le fair-play d’une dame qui les refuse en expliquant qu’elle n’a commencé l’épreuve qu’au km 25. D’autres n’auraient pas eu de remords à les empocher !  

Je fais partie des 42.093 vainqueurs comme le titra le journal L’Equipe le lendemain. C’est sans doute au-delà des estimations d’ASO, l’organisateur, car il n’y a pas eu de médaille pour tout le monde. Il y a eu des grincements de dents à ce qu’il paraît !!

Que dire, que retenir de ce marathon ? En premier lieu, une grande satisfaction d’avoir pu le finir. Le temps est anecdotique, on m’aurait dit il y a un mois que je franchirais la ligne avenue Foch, j’aurais été sceptique. Il est à noter que j’ai couru le deuxième semi 18 minutes plus lentement que le premier pour finir en 4h10’ mais là n’est pas l’essentiel. Comme le dit Dominique CADO dans son livre « La ligne bleue de A à Z », être exceptionnel c’est réaliser ce que l’on est capable de faire au moment où on le fait. J’ai tout fait pour et je pense l’avoir été !

Côté organisation, les panneaux indicateurs étaient situés tous les kilomètres et bien visibles, les ravitaillements étaient bien achalandés et suffisamment longs pour éviter les bousculades. La ligne d’arrivée franchie, une myriade de bénévoles étaient là pour nous remettre rapidement T-shirt et médaille. Donc, vraiment une organisation bien huilée.

Au niveau de l’ambiance, le parcours offre une alternance de tronçons calmes avec des tronçons beaucoup plus animés. On bénéfice donc sur certaines parties des encouragements alors que sur d’autres, c’est propice à l’introspection, nous pouvons nous recentrer sur notre effort, être plus à l’écoute de nos sensations.

Le parcours est diversifié, il ne m’a pas semblé monotone, la première partie se déroule dans un cadre qui m’a beaucoup plus. C’est en quelque sorte une visite guidée dans Paris. Je garde le souvenir d’une deuxième partie de marathon plus festive, les parisiens étaient de sortie pour voir passer cet interminable défilé.

A refaire ? Peut-être mais en meilleure forme.


1 commentaire

Commentaire de Tof01 posté le 10-05-2018 à 10:13:36

Bravo d’avoir été au bout. Et comme, tu le résumes un peu, nos plus belles victoires ne sont pas forcément les courses ou le chrono est au rdv et où tout semble facile.

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