. La préparation se passait très bien, je respectai tout à la lettre. Puis, lors du semi des Pyramides, une légère douleur est apparue côté externe du genou gauche. Dès que j'arrêtai de courir, cette douleur disparaissait mais revenait, plus ou moins forte, à chaque séance d'entraînement. Je commençai à me poser la question cruciale : j'y vais ou j'annule tout...?
Mais l'envie de participer à ce marathon était tellement forte, que j'ai persisté dans ma préparation en alternant séances de kiné, visite chez le médecin, chez l'ostéo, cachets, pommade, glace, cataplasme la nuit, enfin la totale !
On est à 2 semaines du marathon, ma décision est prise, j'irai coûte que coûte.
Mon mari, Joël, m'accompagne. Nous prenons le train vendredi matin en gare de Narbonne. Les enfants iront passer le week-end chez papi-mami. Dans le train, je retrouve l'adorable Moumie. On passera quelques moments ensemble (on est pas dans le même wagon, mais pas très loin). Puis arrivés à Paris (gare de Lyon), Moumie sera attendue par Colimaçon, Taz et Nono. J'en profite pour le dire un petit bonjour. Ca fait drôle de se voir en vrai. Oh zut ! J'ai oublié de leur demander des autographes...! Et oui, je viens de faire la connaissance de 3 célébrités Kikouriennes !
Joël et moi devons partir, nous sommes hébergés chez de la famille, ma cousine Sylvie, son mari Denis, et leur deux enfants, Clémence et Victor. On a encore un bon bout de chemin à faire jusqu'à Montigny le Bretonneux. Nous nous arrêterons en chemin pour récupérer le dossart au Marathon Expo. C'est pas évident pour des provinciaux de se retrouver dans le métro (les directions, les changements, quelle galère !) en plus avec un sac de 20 kg, heureusement c'est pas moi qui le porte, normal, faut que je me repose, marathon oblige !!! 
Le vendredi soir, je commence à avoir le ventre noué, comme une baisse de moral, je comprend pas, c'était l'euphorie toute la semaine, et là, je me demande ce qui se passe. Un vilain doute est entrain de s'installer. J'espère qu'une bonne nuit de sommeil remettra les pendules à l'heure.
Le samedi, ça va mieux, l'après-midi nous allons tous nous promener, les garçons iront faire une partie de bowling et nous les filles, un peu de shopping. Retour à la maison, repas, et au lit pas trop tard. Comme beaucoup de futurs marathoniens, le sommeil met du temps à venir. Je dormirai en pointillés. C'est pas l'idéal la veille du marathon.Le dimanche, réveil à 5 h 30. Petit déj avec thé et gatosport. Toilettage, habillage, pommadage et nous voilà partis direction la Porte Maillot où Denis nous déposera, Joël, Victor et moi. On remontera l'avenue à pied jusqu'à l'Arc de Triomphe, où je retrouverai tous les kikous en plein effervescence (Taz, Chtigrincheux, Monstertruck, Chtigrincheuse, Moumie, Nono l'escargot, Laurent05, Mathias, Colimaçon, Astrawally... pardon pour ceux que j'oublie).

Il est 8 h 15, il va falloir aller dans les sas qui commencent déjà à se remplir. Un dernier bisou à Joël et je rentre dans le sas, la larme à l'oeil
. Les sas se remplissent rapidement. Il y a une bonne ambiance. Je discute avec des parisiens. Ils sont sympas rien à voir avec certains que l'on croise dans le métro. La musique commence, le moment du départ est annoncé, j'en ai les frissons rien que d'y repenser. Je mettrai 10 mn pour franchir la ligne de départ. Il y a plein de sacs plastiques, de bouteilles, de vieux pulls. Il faut faire attention de ne pas se prendre les pieds dedans. C'est magique de descendre les Champs Elysées en courant, c'est merveilleux. Je pense à mes parents et à mes enfants et à d'autres personnes aussi qui sont devant leur télé, ça doit leur faire drôle de penser que je suis dans cette foule. Les années précédentes j'adorais regarder le marathon de Paris, en me disant qu'un jour j'y serai aussi.
Le rêve est entrain de se réaliser, les premiers kilomètres défilent presque sans s'en rendre compte, on est porté par le public qui nous acclame. Il y a des groupes de musiciens tous les kilomètres. On arrive au premier ravitaillement de Bastille, je ne prend rien, j'avais sur moi, sur les conseils d'une amie, une petite bouteille d'eau afin d'éviter ce premier ravito où c'était soit-disant la pagaille. J'entends mon prénom dans un mégaphone, c'est Chtigrincheuse (Françoise), je vois aussi Astrawally (Laurent), ça fait chaud au coeur
. J'aperçois Victor et Joël, je crie "je suis là ! je suis là !", on est content de se voir. Les kilomètres continuent à défiler sans problème, pour l'instant mon genou ne donne aucun signe de faiblesse. On arrive au 10ème km, passage sous l'arche, où des centaines de puces électroniques sont enregistrées simultanément émettant un sifflement continu. Je suis à 1 h 09 mn. On atteint maintenant la porte Dorée, ça monte légèrement, j'aperçois au loin le rocher du zoo de Vincennes, ça me rappelle mon enfance, j'ai vécu à Paris jusqu'à l'âge de 15 ans. Je reconnais quelques endroits. Nous rentrons à présent dans le bois de Vincennes, il y a moins de public, beaucoup de coureurs en profitent pour se soulager. C'est plus facile pour les hommes, les femmes sont obligées de s'éloigner davantage dans le bois. Passage au 15ème km en 1 h 43, on a fait le tiers du marathon. Mon genou commence à me titiller, mais c'est largement supportable, j'essaye de garder mon pied bien dans l'axe en adoptant une foulée rasante. On poursuit notre route dans le bois de Vincennes jusqu'au semi (2 h 27) où nous rentrons à nouveau dans Paris. La douleur au genou commence à être bien présente. Je revois Joël et Victor, je dis à mon mari que j'ai mal en passant. Il m'encourage malgré tout et me dit que ça va aller. J'ignore comment la douleur va évoluer, mais je commence à avoir du souci
. J'en suis qu'à la moitié, vais-je tenir. Je m'arrête sur le bord d'un trottoir pour faire des étirements, mais j'ai un mal fou à me relancer. Je recommencerai pas. Je décide de ralentir mais de ne plus m'arrêter. Je vois Moumie qui me double, on échange quelques paroles, elle ne souffre pas, je lui dis que moi oui, elle me conseille de ralentir et elle file. Je poursuit mon chemin, les kilomètres défilent dans la douleur
. Nous arrivons au 25ème km, c'est le début des quais de Seine. Le public se fait très présent, il y a du monde partout, sur les côtés de la chaussée, sur les ponts. Les gens nous crient des paroles d'encouragements, il y a même des banderoles : "vous êtes formidables" ; "marathoniens, les courageux"
. Nous nous engoufrons maintenant dans un tunnel long d'au moins 1 km, il fait très sombre, c'est étouffant. J'entends des chants "On est pas fatigué, on a pas mal au pied !", mais j'ai pas le courage d'unir ma voix, je préfère économiser mes forces. Enfin, on ressort du tunnel, ça fait du bien de revoir la lumière du jour. Mon genou me fait horriblement souffrir, surtout dans les descentes des tunnels où je suis obligée de marcher, d'habitude j'aime les descentes où j'en profite pour gagner du temps. Je discute avec une dame qui a la même douleur que moi. Nous sommes toutes les deux fustrées car tout va bien, on a pas de coup de barre, il n'y a que notre genou qui nous empêche d'avancer. Elle se met à marcher, je décide de continuer, je suis dans ma bulle. Ca fait longtemps que j'ai pas vu Joël et Victor, j'aurai dû les voir au 24ème km, il a dû y avoir une loupée. C'est bientôt la fin de quais de Seine. J'aperçois sur le côté de la route, Denis, Sylvie, Victor, Clémence et Joël, Denis me tape dans la main en passant, ils se mettent tous à courir à côté de moi sur 100 mètres. C'est un grand moment d'émotion, je ris et je pleure à la fois. Joël me dit : allez tu vas finir, il te reste l'équivalent du tour des chevaux (c'est une boucle que je fais vers chez moi et qui fait 6,5 km). C'est pas vrai, tu te goures, il en reste 12 ! Mon Dieu, 12 km comment je vais faire...?
Chtigrincheux me rattrape, il me demande si ça va, si j'ai besoin de quelque chose, puis un peu plutard ce sera Mathias qui viendra se soucier de mon état. Toutes ces attentions sont super importantes dans ces moments difficiles.
J'arrive maintenant au Trocadéro, 30ème km, je suis à 3 h 33, c'est archi, archi foutu pour les 4 h 30. Mon but est de finir, je lâcherai pas l'affaire
. Il y a plein de bénévoles qui massent les jambes des coureurs. J'aimerai bien, mais si je m'arrête, je repars plus. J'attrape une bouteille d'eau et un morceau de bananes sans m'arrêter et je continue. 31, 32, 33, 34, 35ème km, je suis à l'agonie
. Ca fait 4 h 12 mn que je cours. Comment est-ce possible ? La bande des kikoureurs me doublent. En passant, Nono me dit : "accroche-toi à nous !". Je peux pas, mon genou me fait trop mal, et si j'accélère j'ai peur que ça lâche. Je les voie s'éloigner. C'est le désespoir. Je me sens seule
. Nous traversons maintenant les quartiers chics, presque pas de monde. On dirait que les gens se moquent du marathon. Des centaines de coureurs se sont mis à marcher et malgré ma lenteur de course, j'en double par dizaine. On entend au loin la musique d'un cor de chasse. C'est la souffrance pure, la mort du petit cheval. Nous rentrons maintement dans le bois de Boulogne. Il reste 6 km. Je prend mon gel "coup de fouet", c'est psychologique, les coups de fouet n'ont jamais soigné les tendinites ! Il faut prendre une allée sur la gauche, qui nous fera contourner un lac sur une boucle de 2 km. A 100 mètres de là, je vois ceux qui ont fini de faire le tour du lac. Ceux-là sont bientôt arrivés, quelle chance ils ont ! Mais bientôt moi aussi je serai à leur place... On arrive au 39 km, plus que 3. Ca va le faire, c'est sûr. Je vois pas le kilomètre 40, je l'attends, c'est pas possible, les kilomètres compte doublent à ce stade de la course
. Je vois une arche au loin, ça doit être le 40ème. Je m'approche, et là, je vois que c'est le 41ème km, quel bonheur
! En fait, le 40ème était en même temps que le ravito, je l'ai pas vu. Je parcours le dernier kilomètre en me disant que le moment tant attendu va arriver. J'ai presque plus mal tellement ma joie est grande. J'aperçois le rond-point de l'avenue Foch. Il y a beaucoup de monde, je vois ma famille derrière les barrières, Joël est soulagé de me voir arriver. Mon énorme retard, lui a fait craindre un abandon. Je franchirai la ligne en 5 h 12 mn. C'est énorme. L'organisation est au top, j'avance, on me retire la puce électronique, puis on me remet la médaille avec les félicitations, le poncho pour pas avoir froid. Je vais me ravitailler, je me régale de manger des oranges. Je retrouve les kikoureurs, tout le monde est content d'avoir réussi cet exploit
.

Je retrouve à présent Joël, Denis, Sylvie et les enfants. On boira le champagne sur un banc, avec des morceaux de pizza et du pâté en croute, hum, que c'est bon !
Il faut à présent prendre le métro pour aller jusqu'à la voiture, la descente des escaliers est difficile.
Je garderai un super souvenir de ce week-end, je suis à la fois heureuse d'avoir fini ce marathon mais frustrée par mon temps. Du coup, je suis fermement décidée à renouveler l'expérience, ça sera en 2010.
Je fais maintenant partie du club des marathoniens. C'est super. Je tiens à remercier tous les bénévoles pour leur dévouement et leurs paroles d'encouragements tout au long du parcours, sans eux, une manifestation aussi belle que celle-ci n'existerai pas.
Commentaires
arrivée au bout de ton marathon ! Combien se seraient arrêté avec
ce genre de douleur ?... C'est vrai que j'aurais bien voulu que
tu nous suives pour faire les derniers kilos si difficiles pour
toi à ce moment là...
Allez, le prochain marathon ce sera du bonheur ! Ravie de t'avoir croisée.
Bises - NoNo
Tu as été au delà de ta douleur, c'est énorme sur un marathon, ton moral a été plus fort que tout...Chapeau bas Madame Clémentine..!!
Je suis ravie de t'avoir croisée sur ce week end mémorable !!!
PLein de bisous et surtout soigne toi bien !!
Taz
Julia
Le principal est de finir peu importe le temps, tu feras certainement mieux la prochaine fois avec de meilleurs conditions. Soigne toi bien.
Pascal
pour finir ton premier marathon quel courage
mais c'est des moments magiques
bonne récupération
bises
laurent
Bravo Clémentine
félicitation pour avoir fini dans les conditions ue tu as connues.
Tu as un sacré moral et il en faut surtout sur marathon.
Ne soit pas trop déçu par on temps, ta blessure explique la contre-performance s'il en est.
Et puis tu sais un pépin sur 10 km se paye en perdant 1 minute là où sur marathon une blessure ou un coup de moins bien se traduit par 20-30 minutes de plus que l'objectif prévu.
Allé repose toi bien et surtout soigne toi en espérant qu'en 2010 tu nous les fera ces 4h30 !!!
A bientôt ;-)
Ca a été un crève coeur pour NoNo et moi que tu n'aies pas pu accrocher le "kikou wagon" à la fin. Mais on a été vraiment super heureux de voir que tu avais fini malgré ta douleur. Le prochain sera le bon et maintenant tu sais quoi faire si tu as de nouveau mal là en course.
Récupères bien
Coli
Repose-toi bien, soigne-toi bien et merci pour ce magnifique compte-rendu. Bisous.
Au plaisir de te croiser à nouveau ,prend ton temp reste sur ce beau nuage .
Beaucoup auraient laché avec une telle douleur au genou, mais pas toi, le moral plus fort que tout.
Chapeau bas !!
La prochaine n'en sera que meilleure !!
encore bravo.
Loic
Quel mental, quelle résistance !! Tu es impressionnante. Récupère bien.
Jipé
bisous
2010, pourquoi pas, c'est tentant....
Rien que de lire ton récit, je ressens ta souffrance, ta douleur.
Le problème est là dans un marathon, même si la préparation est bonne, on ne sait pas comment la course va se dérouler.
Tu as su nous prouver, et surtout à toi, que tu avais le mental. je suis super contente pour toi. Bravo.
Promis en 2010, on sera tous là pour t'aider mentalement ou physiquement.
A un de ces soirs pour une soirée souvenir souvenir.
Bonne récup et gros bisous
Moumie
Chapeau bas Madame la MARATHONIENE....
Félicitations !!
Tu vas vite oublier cette blessure et qui a gaché un peu ton parcours pour ne retenir que l'essentiel : Tu es marathonnienne !!
Domi
Rien que pour çà tu mérites d'être à jamais dans le club très prisé des Marathoniens!!
Bravo à toi!!
une nouvelle marathonienne comme toi
Bravo
Soigne toi bien en attendant.
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