Récit de la course : Marathon de Paris 2008, par La Belle Lurette

L'auteur : La Belle Lurette

La course : Marathon de Paris

Date : 6/4/2008

Lieu : Paris 16 (Paris)

Affichage : 1327 vues

Distance : 42.195km

Objectif : Pas d'objectif

17 commentaires

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Le récit

Ce récit est beaucoup trop long, mais on ne court un premier marathon qu’une fois dans sa vie…


Préambule

2005 : J’ai remarqué des personnages étranges parmi mes nouveaux collègues. Une fois par semaine, ils revêtent des tenues moulantes, plutôt inélégantes, et s’affublent d’électroniques complexes. Ce regroupement est inquiétant : les barrières hiérarchiques et les divisions institutionnelles disparaissent, seul compte d’aller courir, quelque soit le temps.
Je les regarde avec un peu d’étonnement, puis je me désintéresse. Ce qui m’arrive est beaucoup plus intéressant : un petit locataire est en train de prendre ses aises dans mon corps. Il est chez moi chez lui.

2006 : Le petit locataire a pris son indépendance et découvre d’autres lieux accueillants, comme les bras de son papa, de son frère et de sa sœur. En partant, il a fait un peu de dégât ; il n’y a aura pas d’autre locataire. Je me retrouve trop lourde, un peu cassée, avec un corps qui n’appartient plus qu’à moi et dont je ne sais que faire.
Les extraterrestres me proposent de courir avec eux. Je suis assez surprise que de tels pros fassent mine de s’encombrer d’un boulet. Mais bon, l’invitation étant renouvelée plusieurs fois, je décide de les prendre au mot. Je cours 6,9 km d’un coup, à une allure de tortue rhumatisante . Chanur joue les chevaliers servants en restant à mes côtés et en m’encourageant. À mon arrivée, tous les extraterrestres me félicitent
C’est décidé, je vais courir une fois par semaine avec eux. Steph m’indique avec tact qu’il va peut-être falloir penser à acheter des chaussures de course. (Ah bon ? Elles ne vont pas mes kickers ? Pourtant elles ont des lacets. Ah, ce n’est pas le critère déterminant…)

Début 2007 : Je cours deux fois par semaine : une fois au travail, une fois le dimanche. En décembre, j’ai fait ma première « compet » : la corrida d’Issy-les-moulineaux. 10 km en un peu plus d’une heure, que du bonheur.
Les copains préparent leur premier marathon. Ils ne parlent que de ça, s’entraînent comme des fous, par tous temps. Ils font même des « fractionnés », le mercredi soir, avec des « jidéhèmes ». Ils sont coachés par un fou qui a fait Paris-Athènes en courant. Du grand n’importe quoi. Je les envie terriblement.

15 Avril 2007 : Les copains sont en train de courir le marathon de Paris. Il fait une chaleur d’enfer. À la maison, malgré des invités qui me sont très chers, je tourne en rond. Je suis pénible, je ne fais que parler de ce marathon que je ne cours pas. J’essaie de suivre leur progression sur internet. J’enrage. J’ai l’impression d’être punie, exclue. Promis, un jour, je le ferai ce marathon

Septembre 2007 : Est-ce que je m’inscris ? Ça paraît prématuré : je ne cours que depuis un an, seulement trois fois par semaine. (J’ai rejoint la secte du JDM, et je fractionne le mercredi soir, dans la souffrance mais toujours avec une grande satisfaction à l’issue. Mes anciens profs d’EPS n’en reviendraient pas !) Ce ne serait pas raisonnable. Mieux vaut attendre un an et éviter la blessure.
D’un autre côté, sur Kikourou, les Kikous sont hyper encourageants. Après tout, un marathon, ce n’est qu’une petite étape avant de vraies sorties longues (GRR, TGV, UTMB…). Agnès prodigue ses conseils et ses encouragements à tous les marathoniens en herbe. Ça a presque l’air facile, expliqué en grosses lettres violettes. Coli m’a contactée par MP pour me proposer de courir avec Nono et Taz. Je m’inscris.
Je veux me mettre dans le sas rose, pour courir avec les kikous, mais Chanur sera dans le sas vert et me convainc que ce sera plus sympa d’attendre ensemble. O.K. De toute façon, je suis insupportable avant une compet, mieux vaut épargner ça aux kikous. Steph sera dans le sas des mutants-qui-courent-à-une-vitesse-même-pas-humaine.


Entraînements

L’entraînement a plusieurs objectifs. Préparer le corps à supporter l’épreuve, évidemment, préparer le mental en démontrant que l’objectif est à portée de pied, mais aussi trouver son allure, la fameuse « allure marathon ». Gros dilemme. Soit partir trop vite, et exploser dans de grandes souffrances. Soit partir trop lentement, et agoniser dans un effort trop long. Car il y a bien trois choses qui fatiguent : la vitesse, la distance et la durée. J’en ai pris péniblement conscience lorsque nous avons accompagné le coach dans sa première étape vers Pékin : 31 km, en plus de 4h00, avec beaucoup d’arrêts et de changements de rythme, c’est très dur.

Je suis religieusement le plan d’entraînement du coach, en allongeant un peu les sorties longues sur les conseils de Steph et Chanur. Coup de chance : le temps est relativement clément en ce début d’année 2008 ; peu de séances « tombent à l’eau ». Il y a bien une sortie mémorable sous une pluie battante 15 jours avant le marathon, mais ça nous donne l’impression d’être des héros, donc c’est tout bon.
Je fais pas mal l’impasse sur les fractionnés. Ben oui, le coach nous a planté là pour sa balade Paris-Pékin, et les FMS connaissent un petit temps de flottement. (Tout est maintenant rentré dans l’ordre grâce à Daloan. Promis, dès que je peux à nouveau courir, j’y retourne.)
Un gros regret : Chanur traîne une douleur depuis plusieurs mois. Il ne courra pas le marathon et ne fera pas l’entraînement

Comme mentalement je ne me vois pas courir plus de 4h30, il faut que je travaille une allure relativement rapide. Au vu de mon semi-marathon de Boulogne, il paraît que je « vaux » 4h05. Ça me semble excessivement optimiste. J’avais fini ce semi dans les bras d’une secouriste, pas trop décidée à me lâcher tant que je n’avais pas meilleure mine.
Après quelques semaines d’entraînement, le 5 min 40 au km semble faire sens. En regardant le site du marathon, je réalise que cela correspond à l’allure 4h00. C’est super, car je redoute la solitude face à la gestion de course : je décide de m’accrocher le plus longtemps possible aux meneurs d’allure de 4h00, puis dériver lentement en essayant quand même d’arriver en moins de 4h30. (Cette stratégie aurait pu me coûter le marathon. Il ne faut vraiment pas partir à une allure trop ambitieuse.).
Le semi de Rambouillet me donne confiance : cette allure me convient très bien, et j’ai progressé depuis le semi de Boulogne. C’est super.


J moins 1 semaine

Plus rien ne va . Moi qui ai toujours cru que je supportais bien le stress, je suis confrontée à un challenge complètement nouveau. Mon corps va-t-il me trahir ou est-il réellement capable de courir un marathon ? Je ne lui ai jamais rien demandé de tel.
Je ne suis que bobos : comme toujours, ma jambe gauche fait des siennes (tendon et genou). Je trouve que mon cœur bat de façon bizarre, et j’ai plein de nouvelles douleurs qui apparaissent. Microbe a un rhume d’enfer et passe le maximum de temps dans mes bras, à tenter de me contaminer. Il y a même des gastros qui rodent à la crèche et à l’école, sans parler des collègues malades. Ouinnnnn ! Je ne veux pas tomber malade avant le marathon ! (Mon instinct de marathonienne naissante me fait soupçonner qu’on ne peut pas courir un marathon avec une gastro ).
Je me raccroche aux conseils du coach en chef et du nouveau coach. Steph me promet qu’avec l’entraînement que nous avons, il n’y a pas de raison de paniquer, mais il somatise tout autant que moi. On verra.


Jour J : Préparatifs


Petit-déjeuner à 5h30. Je remplace mon habituel jus d’orange par du jus de pomme et je prépare ma « boisson d’attente » (1/3 jus de pomme, 2/3 eau) pour le trajet en RER. Il paraît qu’elle va à la fois permettre de m’hydrater et de ne pas puiser trop prématurément dans mes réserves.

Après la douche, je prépare mes petits pieds. Cela fait une dizaine de jour que je les ai amoureusement massés à la crème Nok tous les soirs. Je ne sais pas si ça a vraiment servi à quelque chose, mais c’était loin d’être désagréable. Ce matin, je ne mets pas de crème car je veux coller des pansements préventifs anti-ampoule (Mercurochrome, pas trop cher, très bien.)
Comme on m’a raconté des histoires horribles, je fais des adieux émus à chacun de mes ongles de pieds. C’est dommage, je les ai vernis il n’y a pas longtemps et je les trouve très mignons. Ça me ferait de la peine de les perdre . J’enfile mes super chaussettes-Nike-pour-femme-avec-le-pied-gauche-et-le-pied-droit-indiqués-
attention-il-ne-faut-pas-se-tromper-sinon-le-renfort-n’est-pas-au-bon-endroit, et mes chaussures Mizuno Wave Mustang roses qui ont bien survécu à mon entraînement, vu que j’ai surtout utilisé mes Asics Trabucco ces derniers mois. Je vais courir en marcel et corsaire, malgré le froid. Un bon choix : je n’aurai froid que dans le sas de départ. Pendant la course, j’aurai même un peu trop chaud parfois.

Je quitte la maison assoupie sous la pluie et les encouragements de mon mari, levé exprès. Lui aussi va avoir une matinée chargée : réveiller et préparer les petits, amener microbe chez mes parents, m’attendre au 31ème km à l’heure prévue (calculée sur une base de 4h00, mais avec la recommandation de m’attendre sans s’inquiéter car tout peut arriver… C’est la grande inconnue, ce timing), puis me récupérer à l’arrivée.

À 6h30, je suis dans le RER avec les amis du JDM. L’arrivée bruyante d’un groupe de « jeunes » mal embouchés nous oblige à changer de wagon : je n’ai pas envie de fumer (passivement ) mon premier joint et de courir mon premier marathon le même jour . Plus nous nous approchons de la station Charles De Gaulle Etoile, plus il y a de coureurs. C’est surréaliste.

Le village marathon n’est pas loin de la station (A l’aller, du moins. Au retour, la station se sera éloignée et les escaliers seront devenus plus nombreux et plus longs.) L’ambiance commence à monter. Des coureurs font la queue aux premières toilettes du village. En fait, il y en a beaucoup et il ne faut pas hésiter à s’enfoncer plus dans le village. La consigne est très bien organisée, je n’ai même pas à attendre pour déposer mon sac. Ce sera tout aussi rapide pour le récupérer à l’arrivée. Les bénévoles sont souriants et charmants. Une fois changée (j’ai revêtu un gros sac-poubelle noir, avec juste un trou pour la tête), j’ai le temps de déguster un café gratuit avant d’aller rejoindre le sas. Il y a déjà une distribution de bouteilles d’eau, très bonne idée.


Dans le sas
Plusieurs choses à noter concernant les sas
-    le port du dossard, de la bonne couleur, semble obligatoire. En tout cas, c’est très soigneusement contrôlé.
-    Il y a une seule toilette dans chaque sas, donc inutile d’espérer y aller. Plusieurs monsieurs se débrouilleront grâce à une bouteille vide. Pour ces dames, je recommande de prendre toutes les dispositions avant l’entrée dans le sas (qui doit avoir lieu 20 minutes avant le départ).
De toute façon, le problème des toilettes est insoluble : nous sommes 30000 personnes qui voulons faire pipi exactement au même endroit et au même moment.

Je papote avec des coureuses aussi stressées que moi. À ma gauche, une femme d’une cinquantaine d’année qui a fait 1h50 à son dernier semi et espère réussir les quatre heures au marathon. Elle en a l’air très largement capable. Elle va faire le grand Raid de la Réunion cette année. Je suis super impressionnée. À ma droite, une femme de mon age qui va faire son premier marathon elle aussi. Un copain doit l’accompagner sur les 10 derniers km. Veinarde !
J’ai enlevé mon sac trop tôt, et je grelotte de froid. Pas malin.
J’ai sur moi
-    une antisèche pour me souvenir où doivent m’attendre mes différents supporters
-    un billet de 5 euros, en cas de pépin et de fin de marathon en métro
-  5 comprimés de sportenine soigneusement emballés individuellement dans du film micro-onde. Je mettrai à chaque fois deux bonnes minutes à les déballer. Au moins, ça me permettra de focaliser sur autre chose que le stress du marathon, mes doutes ou mes douleurs.
Le coup d’envoi est donné. Je prends mon premier comprimé de sportenine, que je fais passer avec une gorgée d’eau. On se souhaite bonne chance, et il est temps de partir. J’ai repéré les 4 donneurs d’allure, que je laisse passer bien devant moi : je les rattraperai facilement au cours des premiers kms (en descente). Je franchis la ligne de départ 8 minutes après le coup d’envoi.


La course
Steph et moi avons organisé soigneusement le placement de nos supporters. À chaque fois, il a fallu retenir le km et le côté de la route. Ces changements de côtés me tiendront pas mal occupée pendant la course, car ce n’est pas facile de les faire en douceur sans (trop) déranger les autres coureurs.

KM 5 : Ol, à gauche
Il est là. Je lui fais signe, il pointe son camescope en hurlant « moins de 4h ! moins de 4h ! ». Ça me donne une patate d’enfer. Dès lundi, j’aurai le film : d’abord les Elites, magnifiques, ensuite Steph, sur une base de 3h, rapide et facile, puis moi, toute lente. Le contraste est saisissant, je me sentais plus rapide .

Premier ravitaillement
Je fais l’impasse sur ce ravitaillement, j’ai ma bouteille d’eau à la main, et elle tiendra jusqu’au 15ème km. Je ferai tout le marathon une bouteille à la main. Boire en courant ne me pose pas de problème. Je finis de rattraper les donneurs d’allure.
Je crois que c’est aussi à ce niveau qu’il y a un gros ralentissement, on est obligé de marcher. On m’avait prévenue, donc je ne m’inquiète pas. En revanche, je trouve que ceux qui jouent des coudes abusent : on va tous au même endroit, dans le même timing espéré. C’est nul de doubler là.

KM 8 : Chanur, à droite.
Il n’y est pas. Zut.
En fait, il n’a pas pu accéder. Il est au 9ème, mais on ne se verra pas. Je suis dans le gros du peloton, et malgré mon buff kikourou (qui me tient chaud et que je porte n’importe comment sur la tête) je suis trop petite pour être facilement repérable.
 
KM 10 : deuxième ravitaillement
Je ne m’arrête pas, mais je me bats avec mon deuxième comprimé de sportenine.

Château de Vincennes, Parc Floral

Je me prépare à l’entrée dans le bois de Vincennes, qu’on m’a décrit comme assez vide et ennuyeux. La course du château et les foulées de Vincennes m’ont laissé le souvenir de nombreux virages, j’appréhende un peu. En fait, le trajet est agréable et le public très présent. Merci le public.

KM 15 : troisième ravitaillement
Je jette ma vieille bouteille et en prends une neuve. Les ravitaillements sont longs, il ne faut pas hésiter à avancer avant de se servir. Le format des bouteilles est parfait. Je repère les oranges coupées et les bananes : ce sera pour le prochain ravitaillement. J’ai testé les oranges sur le semi de Rambouillet, quant aux bananes, elles m’ont souvent servi d’unique déjeuner avant une sortie longue. Pas d’inquiétude, donc.

KM 16
Une violente douleur au genou gauche. La même chose était arrivée au semi de Rambouillet, j’avais failli m’arrêter, mais la douleur avait fini par disparaître, sans raison. Pareil. Après quelques minutes, plus de douleur. Je ne comprends pas. Je fais avec.


KM 20 : quatrième ravitaillement
Nouvelle bouteille d’eau. Miam, un quartier d’orange. Miam, une demi-banane. Le reste des ravitaillements ne sera plus qu’une orgie de bananes et d’oranges. C’est bon, les bananes. En être réduite à courir des marathons pour pouvoir me baffrer de bananes…

Le semi
C’est super parce que :
-    je suis dans les temps
-    il y a plein de public
-    si le service SMS marche (et il a très bien marché cette année), ma famille sait que tout va bien.
C’est maintenant que la course commence vraiment.

KM 25 : Ol, à droite.
Je me place à droite et je cherche un peu. Il n’était pas certain de rester jusqu’à mon passage, il comptait surtout attendre Stéphane qui a dû passer il y a déjà 40 min. Je ne le vois pas, tant pis. Ne pas être déçue.
En fait, il m’avait attendu et on s’est raté.
Descente sur les quais. Je crois que c’est là qu’il y avait une banderole disant en substance qu’on était tous des héros. Ça fait super plaisir : même si on n’est pas les plus rapides, on se donne à fond. C’est sympa que le public le comprenne et n’encourage pas que les meilleurs.

KM 27
Le km 27 est dans un tunnel, et c’est horrible. Heureusement, on m’avait prévenue. Je suis collée à la donneuse d’allure, Nathalie, qui nous encourage. Ils sont supers ces donneurs d’allure ! Ils vont chercher des bouteilles aux ravitos, qu’ils nous distribuent. Ils donnent des conseils, ils encouragent. Un gros gros merci.
Un gros gros merci aussi aux bénévoles du km 27. (A chaque kilomètre, il y a des secouristes avec un défibrillateur. Belle initiative qui a beaucoup réconforté ma maman.) Ça ne doit vraiment pas être marrant de faire tout le marathon dans ce tunnel ! J’espère qu’ils se relaient. Quand on passe à côté d’eux, ils nous encouragent chaudement avec de grands sourires. Génial.
Enfin on sort. Youpi. Le passage des différents tunnels sera finalement beaucoup moins difficile que redouté. De l’intérêt d’avoir pas mal étudié le parcours avant et de savoir ce qui nous attend.

KM 31 : mes amours (moins le microbe), à gauche
Elle est sur les épaules de son papa et ne me voit pas. J’agite les bras dans tous les sens . Ça y est, ils m’ont vu. Leurs visages s’illuminent. Magnifiques sourires. Je frappe la main du grand, rate celle de la grande. Mon mari me dit que je suis parfaitement dans les temps.
Et là, je suis à deux doigts de craquer sous l’émotion . Je n’ai encore jamais couru une telle distance, et j’arrive toujours à maintenir le rythme. J’ai du mal à réaliser. J’ai envie de sauter dans leur bras et de fêter ce 31ème km.
Je me ressaisis. L’objectif, c’est d’être marathoninenne, pas trente-et-unième-kilomètronième.
Je me défoule un peu sur l’emballage de ma sportenine .

KM 33
Plus que 9 km. Je suis toujours avec le donneur d’allure 4h00. Je suis fatiguée, mais tout va bien. Je n’ai pas encore lâché. Je vais peut-être réussir à boucler mon premier marathon en 4h00. Pour l’instant, le bilan est positif : j’ai même eu plus de 2 heures de réel bonheur, à courir ainsi dans les rues de ma ville.

KM 35 : le mur
Ca m’avait étonné de ne pas le rencontrer plus tôt. On me l’avait promis pour le 30 ème. Il m’attendait au 35 ème.
Que dire ? À partir de là, tout est confus. Mon corps hurle d’arrêter. Je cours avec les dents. Si je m’arrête, je sais que je ne finirai pas. J’ai mal. C’est réellement inhumain.
Je le veux ce marathon. Dominique du JDM me l’a dit : un marathon, ça ne s’abandonne pas. Courir. Et dériver lentement, voir s’éloigner les donneurs d’allures.

Impressions en vrac
-    je regarde ma montre, cela fait seulement 3h25 que je cours : j’en ai donc pour beaucoup plus qu’une demi-heure avant la fin. Impossible.
-    Je calcule. Si je marche maintenant, je serai largement au-delà des 4h30. Tous ces mois d’entraînement fichus. Ma famille qui m’attend. C’est impossible.
-    Des ravitaillements sauvages où est distribué du vin. J’ai envie de vomir. Je cours.
-    Mon prénom. Je lève la tête. Une spectatrice me sourit, elle l’a lu sur mon dossard. Je cours.

KM 40
Le 40ème km. Ils distribuent des verres ? Le bénévole me dit « c’est une boisson énergisante ». Ce n’était pas prévu, mais je tente l’expérience, m’attendant à quelque chose de trop sucré. En fait, c’est très bon et ça va mieux.
Ça tombe bien, Daloan m’avait donné comme conseil « d’accélérer au quarantième. Je m’étais promis de le faire. Il faut toujours obéir au coach. J’allonge la foulée. (Pas sûre que ça se voit). Miraculeux, je cours toujours. Mais c’est si loin.

La Calou family et sa pancarte ! Deux buff kikourou ! D’énormes sourires ! Pas la force de me manifester, mais ça me fait un bien immense. Les kikous sont vraiment là, je n’en avais vu aucun. Un gros merci.

Les Champs Elysée sont en hauteur. C’est plat. Le dernier km va-t-il être une interminable montée ? je panique, j’ai envie de pleurer, mais je cours.

KM 42
Encore 195 mètres. Je vois devant moi les dernières donneuses d’allure des 4h00 : je suis encore vaguement dans les temps, compte tenu de mon passage de la ligne d’arrivée un peu après elles. C’est idiot, mais je sais que faire 4h 01 me décevrait. C’est ridicule, surtout pour un premier marathon, mais j’ai tellement lutté pour maintenir cette allure.
Maintenant, je sais que je vais le finir ce marathon. Et si je tiens, ce sera en ayant couru tout le long.

Arrivée
Les gens s’arrêtent sur la ligne. J’ai peur que le détecteur de la puce soit un peu en retrait et que ça me coûte de précieuses secondes : ma montre indique 3h59min57s. Je suis peut-être en dessous des 4h00, pour de vrai !

Douleur aux jambes. Je suis foudroyée. Exactement le genre de truc particulièrement désagréable que j’ai pu connaître quand j’ai accouché. Et je viens d’accoucher : de moi, d’une marathonienne.

Le temps de revêtir un poncho, de rendre la puce (pas vu Tamiou), de récupérer une magnifique médaille (le bénévole s’excuse de ne pas être assez rapide ! On croit rêver devant autant de prévenance) de ravitailler (miam, des bananes), de récupérer mon sac (grosse crampe qui me terrasse face au bénévole, puis ça repart) et de rejoindre la petite famille, j’ai repris une contenance. Les enfants ne seront pas traumatisés par une maman en pleurs.
Ma joie est gigantesque

Une ombre cependant : Steph s’est aussi pris le mur et a échoué à deux doigts de ses 3 heures. On se vengera l’année prochaine .

Quand les résultats tombent enfin : 3 h 59 min 47 s. Inimaginable.


Les rencontres pendant la course


Pendant la course, j’ai vu :

-    Des coureurs et des coureuses de l’association Laurette Fugain. Ils courent pour médiatiser le don de plaquette. Cette démarche de don est vitale pour plusieurs catégories de malades, en particuliers les personnes souffrant de leucémies. (Je ne suis pas spécialiste, mais je ne crois pas dire de bêtises). Certains de ces coureurs portaient des dessins d’enfants. Je les imagine, dans leur chambre d’hôpital.

-    Un groupe transportant un enfant dans un système similaire aux joellettes des dunes d’espoir. L’enfant était fou de joie. Bravo à eux.

-    Un groupe de personnes handicapées dans différents équipages (des fauteuils tirés par des valides, des fauteuils handisports, d’autres systèmes que je n’ai pas eu le temps de détailler). Des personnes souffrant de sclérose en plaque ? Ils étaient très enjoués et sympathiques, ils s’encourageaient et nous encourageaient. Au moment où je les ai croisés, ils étaient enchantés d’être dans les temps. J’espère qu’ils ont eu eux aussi beaucoup de bonheur à faire cette course.

-    Une personne malvoyante et sa guide. Vous imaginez courir un marathon dans le noir ? Le courage qu’il faut pour se lancer ainsi dans cette épreuve ? Quand nous les avons rattrapées, la guide a pris la coureuse dans ses bras pour la protéger des bousculades. Le geste était très beau.

-    Le portrait d’un homme trop jeune, épinglé au dos d’un T-Shirt. Je n’ai pas voulu savoir. J’espère que ce marathon aura permis un début d’apaisement.


Epilogue

Je me sens comme un enfant au pied du sapin de Noël . J’ai ouvert très vite mes trois premiers cadeaux : le 10 km, le semi et le marathon. Maintenant, j’ai envie de jouer un peu avec. Tenter moins de 50 min au 10 km, moins d’1h50 au semi et transformer l’essai au marathon en le refaisant en moins de quatre heures. 3h58 et des poussières, par exemple. Juste pour être certaine que j’en suis vraiment capable, que ce n’était pas qu’un coup de chance.

Sous le sapin m’attendent d’autres cadeaux : des 100 km, des courses d’orientation, des trails… Je les ouvrirai plus tard .


Remerciements à

Steph et Chanur, évidemment.

Mon mari et mes enfants qui m’ont soutenue et encouragée.
 
La famille et les amis qui ont compris, même ceux qui ne courent pas, et qui ne m’en ont pas voulu de les négliger un peu.

Le JDM, en particulier :
-    Le coach qui en courant 10000 km en six mois nous permet de relativiser la distance marathon.
-    Daloan pour les derniers conseils. En particulier, celui d’accélérer au 40ème km : c’est grâce à ça que je suis « en dessous » de 4h00. (ben oui, même de seulement 13 secondes, c’est en dessous.)
-    Dominique «  un marathon, ça se finit », ultra marathonien.
-    Babette, la copine des fractionnés.

Les Kikous, pour leurs conseils, leurs encouragements et leur présence.

Les excellents bénévoles du marathon de Paris. A l’année prochaine !

 
 
Treize secondes, c’est :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

Et c’est suffisant !


 

17 commentaires

Commentaire de calimero posté le 13-04-2008 à 00:10:00

Magnifique récit!!

Ce n'est que du bonheur de te lire, de te voir ainsi décrire tes peurs, tes doutes!!

Bravo pour avoir réussi ton rêve, mais déjà il faut se relever car d'autres exploits t'attendent!!

Commentaire de taz28 posté le 13-04-2008 à 00:11:00

Récit merveilleux ma belle !!!

J'ai dévoré ton récit et ta course avec gourmandise...
Tu te rends compte de la perf que tu as faite ??

Bravo en tous cas et merci pour ces superbes lignes...

Dommage que l'on ne se soit pas vus..

Taz

Commentaire de Jipé posté le 13-04-2008 à 07:35:00

Super récit. Bravo à toi.
Au plaisir.

Commentaire de wil14 posté le 13-04-2008 à 07:43:00

bravo, tu es allé au bout de ton effort pour réussir ton objectif!

Commentaire de titifb posté le 13-04-2008 à 07:48:00

Merci Belle Lurette pour ce magnifique CR ! C'est la chronologie d'une perf annoncée et réussie ! FELICITATIONS ! Et que cette "victoire" ne reste pas sans lendemain, qu'elle en appelle beaucoup d'autres...Bravo Belle Lurette !

Commentaire de cat2513 posté le 13-04-2008 à 10:18:00

magnifique récit à la fois vivant et plein d'émotions.
bravo, un chrono parfait pour un premier marathon !
bonne récup et bonne continuation pour de futurs exploits.

Commentaire de gdraid posté le 13-04-2008 à 10:52:00

Quel exploit La Belle Lurette, pour ton premier marathon du bonheur !
Merci de nous y faire participer, avec ton mental, tes jambes, ton coeur, et tes yeux qui sont restés ouverts sur tout ce qu'il y avait d'émouvant autour de toi.

Bravo pour ta perf étudiée, et réussie en moins de 4h00.
Tu iras loin dans ta passion, ta petite famille t'y aidera.
JC

Commentaire de moumie posté le 13-04-2008 à 11:40:00

quel régal de te lire.
Très beau récit et chapeau bas pour cette très belle performance.

Savoure bien tes cadeaux de Noël pour quelques temps encore

Commentaire de Céd C' Bien posté le 13-04-2008 à 12:10:00

Quelle beau Récit, de lire tous ceci donne vraiment envie de tenter l'experience


Bravo a toi pour cette performance

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 13-04-2008 à 15:26:00

Un superbe récit ! Dis-donc, avec deux ans de CAP tu te permets de faire le marathon en moins de 4h00 ? Tu es une extraterrestre ? Bravo pour cette perf et ce récit. Tu demanderas la prochaine fois à tes supporteurs de te prendre en photo.
Le _Lutin_qui_a_explosé_en_4h32

Commentaire de idec59 posté le 13-04-2008 à 16:00:00

Bravo et félicitation pour ta perf

Commentaire de hellaumax posté le 13-04-2008 à 16:15:00

j'ai adoré ton récit! Il m'a vraiment beaucoup touché. Et je te félicite très sincérement pour ton remarquable premier marathon! Ton récit relate une course bien préparée, bien maîtrisée, avec juste ce qu'il faut de souffrance à la fin pour que ça fasse une très belle histoire. J'imagine que ta famille et tes amis sont super fiers de toi! Tu le mérites vraiment.
Amicalement

Commentaire de loicm posté le 13-04-2008 à 17:11:00

Remarquable, superbe performance !! je suis admiratif !

Sicèrement bravo, et avec une telle volonté il est clair que tous tes records actuels vont voler en éclat dans les mois qui viennent :-)

chapeau

Commentaire de chrystellem posté le 13-04-2008 à 17:31:00

wwoouuaaahhh respect lurette , je ne peux qu'avoir une immense admiration .Vraiment ta course , ton temps , ton courage seule ,là bravo !!!!
J'espère te croiser un jour .
bises et bonne recup .

chrystellem,

Commentaire de NoNo l'esc@rgot posté le 13-04-2008 à 19:15:00

Wouhaaa ! Bravo pour ce récit, qui, même une semaine après mon
propre marathon, me colle encore les moucherons. Belle bataille !
Félicitations pour ton excellent chrono, pour un 1° marathon !!!
Au plaisir de te croiser.

Bises à toi Peggy et tes 'tits bouts - L'escargot, en vrai !

Commentaire de bluesboy posté le 13-04-2008 à 22:22:00

1 h pour 10 km en 2007 et moins de 4 h sur marathon en 2008,je suis impressionné . Bravo pour ta course et pour ton CR qui prouve que les limites humaines sont inconnues et que ta progression n'est pas finie ......Continue

Commentaire de Le CAGOU posté le 17-12-2008 à 23:37:00

Bonsoir La Belle Lurette,
Longin de longine c'est magnique ta course, de plus - de 4h00 sur ton premeir marathon, que dire!!!c'est fou fou génial...GRAND MERCI POUR TON CR C'est un régal et cela me motive pour mon 1er mararathon en 2009 à Marseille.Félictation la Marathonnienne. SPORTIVEMENT LE CAGOU

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