Récit de la course : Sur les Traces des Ducs de Savoie 2016, par Spir

L'auteur : Spir

La course : Sur les Traces des Ducs de Savoie

Date : 24/8/2016

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 1270 vues

Distance : 120km

Matos : Sac Salomon S-Lab 12 l
Poche ventrale Sammie
Chaussures Inov-8 X-Talon 212
Bâtons Leki Platinium Walker
4 flasques de 500 ml

Objectif : Terminer

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Qui a coupé la clim' ?

Brève introduction à titre informatif

- Et ça fait quelle distance ?

- Euuh, 120 km.

- QUOI ? Et tu cours tous le temps ?

- Baah non, sur ce genre de course, à mon niveau, tu fais surtout de la marche.

- Aaaah, c’est pas vraiment de la course à pied alors !

- …

C’est toujours délicat d’aborder la question des courses de longues distances avec les collègues de boulot. Il faut s’expliquer, sans donner à votre interlocuteur l’envie de vous faire interner d’office, convaincre qu’on peut envisager des courses de plus de 20 h tout en étant sain d’esprit et que oui, on se fait parfois (oui, parfois) plus mal sur un 10 km que sur un ultra.

 - Et ça s’appelle comment ton truc, là ?

- Sur les Traces des Ducs de Savoie, mais on dit TDS. C’est une des courses autour du Mont-Blanc.

- Aaaah, comme l’UTMB alors !

- Oui, c’est une des courses du groupe.

- Du coup, tu pars de Chamonix.

- Alors non, pour celle là, tu pars de Courmayeur, en Italie, et tu arrives à Chamonix en passant par le Col du Petit Saint Bernard, Bourg Saint Maurice, le Cormet de Roselend, Les Contamines et les Houches.

- C’est pas le vrai UTMB alors ?

Et ben non, c’est pas le vrai UTMB. Ça ne fait « que » 120 km et 7200m de D+. J’explique que l’UTMB c’est aussi plusieurs autres courses, que la TDS est souvent présentée comme la plus technique du lot, que certains prétendent que c’est la plus belle (comme les autres), mais rien à faire, c’est pas l’UTMB.

Oui mais voilà, du groupe, c’est la seule qui m’attirait. Par son côté technique, parce que je ne me sentais pas prêt à passer deux nuits dehors, parce qu’il n’y avait pas de tirage au sort pour s’y inscrire, parce que je n’avais pas les points pour l’UTMB et aucune envie (ou moyen) de courir après.

Enfin pas de tirage, c’était vite dit ! Une fois vaguement compris qu’il y avait des nouveaux et des anciens « points UTMB », rempli le dossier et payé les frais d’inscription, l’attente du « Jour du Tirage au Sort » a commencé. Et très vite, une certitude…

je poste sur le fil ad-hoc de Kikourou :

« Z'en ont de la chance ceux de la grande. S'ils sont pas tirés au sort, c'est décevant, mais ça fait partie du jeu. Alors que sur la toute pourrite, ben si t'es pas tiré au sort, tu seras juste le premier de l'histoire de l'univers à pas être pris sur cette course alors que tu avais les points... C'est trop injuste...

Un peu comme le premier gars au monde qui s'est pris un râteau... »

Mais la chance était avec moi. Bon, tout ça je l’explique pas à mon interlocuteur qui discute avec moi comme on désamorcerait une bombe nucléaire.

- Mais, comment tu te prépares pour un truc pareil ?

Ben...

Pour me préparer, j’ai fais comme beaucoup, je pense : j’ai couru. Plusieurs fois par semaine, en cherchant des chemins en côte, avec des cailloux, en sortant en plein cagnard pour m’habituer à la chaleur, ou parfois le soir pour le plaisir de courir à la frontale ou au clair de lune. Le temps, l'envie et les contraintes familiales ne m'avaient permis d'avaler « que » 532 km et 21 500 mD+ les 12 semaines précédant la TDS soit en gros 44 km et 1800 mD+ par semaine. Bien moins que certains, plus que d'autres. Est-ce que cela suffirait ? Je le saurai en passant la ligne d'arrivée…

L’organisation du départ s’est faite, disons, à l’arrache. Je voulais plus ou moins dormir dans la voiture jusqu’à l’heure du départ des navettes. Aussi quand Ingrid m’annonce qu’elle a pu poser ses jours et va m’accompagner sur le parcours, ça me contrarie un peu.

Ce n’est pas sa présence qui me contrarie, mais le fait que j’avais planifié, pour une fois, de tenter une course régulière entre les ravitos, moi qui m’arrête tout le temps, et de ne pas m’y attarder. Passer une nuit blanche et jongler avec le bus de l’organisation pour me croiser 5 min toutes les 4 heures, je trouvais que c’était sacrément courageux et pas très motivant pour elle… Mais sa décision était prise, heureusement (spoiler).

Nous réservons une chambre d’hôtel aux Praz pour un peu plus de confort, comparons plan de marche et horaires des bus, mettons tous les sacs dans la voiture. Je co-voiture avec une collègue d’Ingrid pour arriver un peu plus tôt à Chamonix et retirer mon dossard sans stress. Elle me rejoindra en début de soirée.

Je n’ai participé à aucune course du « Barnum Chamoniard ». A vrai dire, mon expérience de l’ultra montagnard se résume à l’Échappée Belle, version 85 km et aux 65 km du Trail des Crêtes du Chablais.

L’organisation du retrait des dossards m’impressionne par son efficacité. En rien de temps, je me retrouve avec mes papiers, le sacro-saint matériel obligatoire vérifié, et mon sac pucé. Je n’ai pas la contremarque d’Ingrid pour l’accès au navettes ? Qu’à cela ne tienne, il y a une file « impression » qui me permet de récupérer et de faire valider son billet. Impressionnant. Quelques mots échangés avec mes co-voitureurs, et chacun va finir de se préparer.

La soirée arrive vite. Le temps de prendre le dîner, de préparer le sac d’allègement qui me retrouvera au Cormet, de remplir deux petits sacs pour les ravitos où l’assistance est autorisée (Bourg-Saint-Maurice et les Contamines) et hop, au lit !

Veille de course

(c) M.Forichon, DBDB, avec sa gentille autorisation !


Les Praz - Courmayeur

 

C’est bien la première fois que je dors si bien une veille de course! Je balance presque le réveil par la fenêtre quand il se met à sonner à 3h30 du matin avant de me souvenir que le réveil, c’est mon téléphone, et qu’il fait partie du matériel obligatoire…

Ingrid me dépose place du Mont-Blanc au départ des bus de l'organisation. Elle retourne vite profiter du reste de la nuit. Elle prendra de son côté le bus de 8h15 pour me retrouver au Col du Petit Saint Bernard.

Difficile de se perdre. Les seuls allumés debout à cette heure là sont les coureurs et les bénévoles. Le temps de trouver une place, de caler les sacs "Cormet de Roselend", "Chamonix" et mon sac à dos aux pieds, et c'est parti pour la traversée du tunnel en mode commatage.

A Courmayeur, je suis surpris de la distance à faire pour rejoindre le point de départ. Innocemment, je pensais que les bus nous déposaient plus près. Enfin, c’est l’arrivée sur la ligne de départ. On laisse d'un côté de la route les sacs d'allègement pour le Cormet, et de l'autre les sacs qui iront directement à Chamonix.

Ça ne se bouscule pas encore dans la zone. Je m'assois pas trop loin de l'arche de départ en regardant la foule arriver. Beaucoup de français, d'italiens, mais aussi d'asiatiques. C'est sympa de mettre les drapeaux sur les dossards, ça permet de voyager le cul sur le trottoir. Les gens sont bardés de pipettes et de bâtons, tous bronzés et affûtes comme des lames de rasoir. C’est plus un départ de course, c’est une pub pour Gillette et Wilkinson...

J’ai dans la poche mon plan de marche théorique en 24h, avec un objectif compris entre 24 et 26h. Je comprendrais plus tard que ce n’était pas dans la poche qu’il fallait que je me le mette, ce plan...

Petit à petit la foule se densifie, et à un quart d'heure du départ. Je mets mes 1200€ de matos en position vertical. Le speaker est un italien déchainé qui parle français très vite avec un accent chantant. Problème : comme la sono résonne, les syllabes n’arrivent pas dans le bon sens. Je me prends des embruns de mots plein la figure jusqu’à ce que la musique du film "Pirate des Caraïbes" retentisse.

Compte à rebours, et enfin le silence des applaudissements. 1794 gonzes(ses) en collant-pipette s’élancent à l'assaut des montagnes.


Courmayeur – Maison Vielle/Checrouit (6,6 km, 802m D+)


La foule est dense, mais les routes sont larges. Sur cette Raffarinade, je suis la coulée de traileurs submergeant les rues de Courmayeur, puis remontant la station par une piste de ski. Je fais attention à ne pas me faire aspirer, mais personne n'a l'air de partir au taquet. J'ai le sentiment, qui se confirmera par la suite, que la plupart des participants ont une bonne connaissance d'eux-même et l'expérience des courses longues.

Le jour se réveille à peine sur un panorama onirique : envers du Mont-Blanc, Dent du Géant, Arêtes de Rochefort, Grandes Jorasses...

Tout à la contemplation du spectacle, j'arrive au ravito de Maison Vielle/Chécrouit où je pointe en 585ème position.

 

Maison Vielle/Chécrouit – Arête du Mont Favre (4,5 km, 491m D+)

6,6 km et 802mD+ depuis le départ.

 

J'avais pris suffisamment d'eau pour "sauter" le ravito de Chécrouit, car plusieurs CR de course décrivaient un accès aux tables dignes d’un premier jour de soldes. J’attrape un ou deux cubes de fromage, un peu de jambon cru et let’s go my kiki !

La large piste se transforme en petit sentier juste après le ravito. Deux personnes passent à peine de front. Mais le rythme me convient bien et je continue en jouant sagement mon rôle de wagon dans ce train de traileurs, ou de gnu dans le troupeau, c’est selon.

Je bois, j’avance en ayant toujours le sentiment d’un rythme cardiaque raisonnable, et je regarde le paysage. Je suis obligé de ne pas trop pousser sur les bâtons car dès qu’ils traînent un peu derrière moi, quelqu’un marche dessus… Je dois aussi faire gaffe de les planter proche de mes pieds au risque d’offrir une séance d’acupuncture SM à mes voisins. Incroyable cette file ininterrompue de coureurs, que ce soit en regardant devant ou derrière...

Le sentier monte gentiment jusqu’à l’arête du Mont Favre avant de basculer en descente. Les bénévoles nous pointent (556ème).

 

Arête du Mont Favre – Lac Combal (3,9 km, 22m D+)

15 km et 1315m D+ depuis le départ.

 

Je ne le savais pas, mais le passage de l’arête me vaut quelques messages dans le suivi Live dont un post prophétique de Franck. Bon, en même temps, il m’avait déjà vu donner le meilleur de moi-même dans un certain col de la Perche.


Un cameraman crapahute avec sa caméra de 10 kg pour faire quelques plans du peloton. La descente est facile et tout le monde trottine. Le sentier redevient une large piste forestière au fond du vallon. Heureusement parce qu’on croise un camion qui occupe la presque totalité du passage (et non, ce n’est pas une hallu…). Quelques minutes plus tard, c’est l’hélico qui nous fait un festival en passant juste au dessus de nous dans un boucan d’enfer. Dans le genre trail sauvage…

Le ravito du Combal est grand, mais il y a beaucoup de monde. Je pointe (532ème). Sortir sans renverser sa soupe est à peu près aussi facile que de repeindre le couloir en passant le bras par le trou de la serrure. Je refais le plein (2 l) d’eau et de boisson énergétique, car il y a de la distance avant le Petit Saint Bernard et pas d’eau potable entre les deux. Quelques Tucs, du saucisson, du coca, du fromage. Il y a des fruits secs, des barres, des boissons énergétiques…

Comme prévu, j’expédie le ravito (4’ pour 5’ prévues) et je repars.

 

Lac Combal – Col Chavannes (4,7 km, 617m D+)

19,7 km et 1932m D+ depuis le départ.

 

La montée au Col de Chavannes est magnifique. On s’élève rapidement au dessus du vallon qui abrite le lac Combal, ce qui permet d’admirer (outre le paysage) le ravito et la longue file des coureurs. Ces gens sont partout ! J’essaie de m’imaginer sur combien de kilomètres le peloton est étiré à présent. Le sentier est sans difficulté, mais ça grimpe ! Les coureurs dessinent les lacets dans la pente. Pointage au col (495ème), et c’est la descente !

 

Col Chavannes – Col du Petit Saint Bernard (16,6 km, 575m D+)

36,3 km et 2507m D+ depuis le départ.

 

Cette descente ressemble à la montée du Col du Lautaret depuis Briançon, le bitume en moins. La pente n’est pas trop importante et le chemin large et propre. Vraiment difficile de ne pas s’emballer ! Même en se levant le pied, ça défile autour de 11 km/h. La chaleur commence à monter et les ruisseaux croisés sur le bord de la route sont une bonne occasion de mouiller la casquette. Par contre, il y a trop de vaches aux alentours pour envisager d’y boire…

Le geste de course est répétitif. Une borne de descente ça va, c’est quand il y en a plusieurs que ça pose problème. Si mes premières foulées se font sur la musique des Chariots de Feu, petit à petit mon fessier s’affaisse et mon mollet mollit. Par deux fois ma jambe droite cède, comme s’il y avait une coupure de courant. En fait, à la réflexion, même si j’avais l’impression d’y aller « à l’économie », j’ai été trop vite sur cette section, en ne buvant pas assez.

Mes quadris de quadra accueillent avec bonheur l’arrivée aux (ruines de) chalets de l’Alpetta. Enfin une montée ! Des supporters nippons attendent leurs héros du soleil levé. Je jette un œil au profil : une bosse, puis ce sera la montée vers le Col du Petit Saint Bernard et la France. Et surtout, la perspective de croiser pour la première fois de la journée (enfin, depuis le départ de la course) ma suiveuse de choc !

L’arrivée au Lac Verney (2088 m) est magnifique (j’ai déjà utilisé ce mot ?) ! Le bord est peuplé de linaigrettes duveteuses qui tranchent sur la végétation plutôt sèche des environs. Il fait déjà bien chaud malgré l’altitude. Le peloton est bien étiré maintenant, et soit mes prédécesseurs accélèrent insidieusement, soit je suis en train de marquer le pas. Des promeneurs nous applaudissent.

Une fois le lac contourné, il faut se taper un petit sentier creusé au milieu de buis bas, droit dans la pente, pour accéder au col. On se prend 100m de D+ en à peine 300m de chemin… Je sens bien qu’il y a un truc qui cloche. Une impression de distanciation par rapport à ce qui m’entoure, comme si mon cerveau n’était plus tout à fait dans mon corps…

Rien à voir avec une expérience métaphysique… L’andouille que j’étais à l’époque n’a pas su reconnaître un début d’hypoglycémie/déshydratation.

J’arrive au col. Pointage en 462ème position. Je ne sais pas encore que ce sera ma meilleure position. Il est midi et Ingrid est là. Comme elle ne peut pas accéder au ravito, on a juste le temps d’échanger quelques mots avant que je parte recharger les flasques, manger deux-trois trucs salés et boire un peu d’eau gazeuse et de coca.

Je ne traîne pas trop, comme prévu avant le départ de la course. Je recroise Ingrid qui court, elle aussi, pour chopper la navette en direction de Bourg-Saint-Maurice.

Temps de ravito prévu : 5’, réalisé : 7’. J’ai à ce moment 12’ d’avance sur mon plan 24h. Mon passage est scruté sur le Live…


Par contre, c’était une vraie connerie de ne pas s’arrêter plus à ce ravito. Déjà 35 km dans les jambes, midi et une première alerte avec une baisse de rythme les 5 derniers km dont je m’étais aperçu. J’aurais dû faire une vraie bonne pause ici, surtout que j’étais sûr de trouver la fournaise à BSM…

 

Col du Petit Saint Bernard – Bourg Saint Maurice (14,3 km, 62m D+)

50,6 km et 2569m D+ depuis le départ.

 

Je repars en trottinant. Bubulle, Franck et la gueule du profil, tout indique qu’il faut y aller mollo dans cette descente. Elle est sans difficulté, mais elle est longue. Et surtout, il y a 2000m de D+ à avaler en sortant de BSM. Se griller par excès d’enthousiasme ici, c’est risquer de bâcher ensuite… Surtout que la descente d’abord légère se fait progressivement plus pentue, attaquant d’autant plus le cuissot distrait.

De toute façon, mon enthousiasme est vite douché. Non seulement ma vitesse de trottinage est pathétique, mais chaque prise d’appui un peu imprécise se traduit par une décharge électrique à l’extérieur du genou droit.

Un truc dans lequel les trailers sont très forts, c’est les acronymes : TDS, CCC, EB, UT4M… Et TFL en fait aussi malheureusement partie.

Alors OK, la vue panoramique sur la vallée de BSM est très belle. OK le ciel est azuréen et le vent aussi absent qu’un accès de modestie chez BHL, mais là, je suis en train de me traîner, avec des alertes dans le genou. D’un coup, je me fais déposer par mon moral qui déboule dans les profondeurs chaussettiennes.

C’est à peu près à ce moment que je me fais rattraper par Blanbar. Je me suis déjà fait rattraper par un paquet de monde à vrai dire, et venant des 4 coins de la planète. Mais c’est le premier (et il sera le seul jusqu’à quelques mètres de l’arrivée, comme on le verra plus tard) qui reconnaît une casquette Kikourou. Il ralenti son rythme et nous discutons quelques minutes ensemble, avant de poursuivre sa superbe course, gérée de main de maître !

Chaque point d’eau est désormais recouvert d’une couche épaisse de traileur. Tout y passe : casquettes, buffs, nuques… J’en ai marre de ne pas avancer dans cette descente. Le genou est à peu près sage, mais je n’ai pas envie de me flinguer les tendons.

J’ai l’estomac brassé. Plus de doute maintenant, la déshydratation est bien là. J’arrive à Séez en clopinant et traverse le parc de Bourg-Saint-Maurice en marchant. Une tentative de boire au point d’eau du parc se solde par un retour à l’envoyeur express. Je me force à courir sur le plat jusqu’au ravito avec la ferme intention de passer au poste médical. Dans ma tête, une série de petits épisodes type « amour, gloire et beauté » passent en boucle dans lesquels le médecin m’explique, l’air grave et docte, qu’il est plus raisonnable d’arrêter. A ce stade, en fait, je cherche toutes les bonnes excuses pour bâcher mais en bon lâche, j’aimerais que la décision de vienne pas de moi.

Ingrid est déjà arrivée depuis un moment. BSM est un four. Il doit faire près de 40°. Pointage 557ème, soit près de 100 places de perdues dans cette descente…

L’assistance est autorisée sur ce ravito. J’arrive au poste médical. Je décris en gros mes symptômes. Le médecin :

- Ben, un TFL, c’est pas le pronostic vital qui est engagé, vous pouvez continuer. Faudra serrer les dents, c’est tout.

Et bim, autant pour mon excuse numéro 1….

- Et la nausée, ben, c’est un peu normal avec la chaleur. Pas de diarrhée ? Pas de sang dans les urines ? Buvez bien, ça devrait aller.

Bon, rien à espérer de ce côté là. J’attaque côté Ingrid.


- Attends, mais t’es même pas marqué ! Bubulle m’a prévenu que c’était dur ici. Prends ton temps, tu vas repartir ! Et puis ils racontent plein de bétises sur toi sur le Live. Ingrid me cite pour preuve :


Bon, visiblement rien à attendre de ce côté là non plus. Maintenant, en plus, j’ai Bubulle au téléphone…

- Au Cormet, tu vas récupérer ton sac d’allègement. Tu vas pouvoir te changer. En plus, ça fait que monter jusque là, donc ton TFL va te laisser tranquille. Vas-y et tu décideras là-bas s’il faut arrêter ou pas !

Ils n’ont vraiment aucune pitié. Ingrid me passe de la glace sur le genou et me masse les mollets. Après une soupe ou deux, quelques trucs à manger, le plein d’eau, de Coca et le contrôle de trois pièces du matériel obligatoire à la sortie du ravito (mais pas l’eau, curieusement), me voilà en train de remonter la rue piétonne accompagné par Ingrid qui bientôt me laisse attaquer la montée vers le Fort de la Platte.

Temps de ravito prévu : 15’, réalisé : 58’. Ça y est, c’en est fini de mon objectif de « ravito express »...

J’y vais un peu la mort dans l’âme, mais je connais cette section, je l’avais déjà repérée.

 

Bourg-Saint-Maurice – Fort de la Platte (5,3 km, 1149mD+, 691ème)

Mercredi, 14h08 - 55,9 km et 3718m D+ depuis le départ.

 

Je suis scrupuleusement les conseils de FranckdeBrignais : monte très en dedans, ainsi que la maxime relevée dans le CR de Tidgi : ne crains pas d’avancer lentement, ais seulement peur de t’arrêter.

Après avoir quitté BSM, le chemin monte raide dans la pente, d’abord sous couvert des arbres, puis en plein cagnard. Il faut le vivre pour le croire. Chaque virage est occupé par un petit groupe de coureurs assis. Certains se prennent la tête dans les mains, tiraillés entre l’envie de continuer ou de redescendre. Ceux qui montent croisent ceux, relativement nombreux, qui redescendent. Le plus incroyable, c’est que ceux qui redescendent ont souvent une meilleure mine que ceux qui continuent, comme s’ils étaient soulagés d’en avoir fini.

Je monte, un pied devant l’autre, très en dedans, en buvant autant que possible dans les limites de tolérance stomacale, soit jamais plus de deux gorgées à la fois. Le temps s’étire doucement. Quelques mots avec mes voisins du moment, quelques encouragements à ceux qui sont assis. Chaque pas permet de gagner un peu d’altitude, et donc un peu de fraîcheur (méthode Coué...).

La route que l’on traverse juste avant d’atteindre le Fort du Truc est jonchée de bouteilles vides. A partir de là, il n’y a plus d’ombre.

Fort du Truc. Dans mon souvenir, on distinguait rapidement le Fort de la Platte, mais cet andouille a dû être déplacé depuis. Je me console en regardant derrière moi le magnifique panorama sur BSM et le Mont Pourri. Un pied devant l’autre, jusqu’au lacet suivant, de moins en moins « très » en dedans, juste dedans, à peine en dessous de « dehors ». Mais je repense à ma suiveuse, à toute la petite communauté qui scrute les avancées de chacun au gré des publications du Bouzin. Alors un pied devant l’autre…

Petite pause et petit texto à Franck et Caro pour les remercier du soutien.

Des coureurs ont poussé au pied du moindre arbrisseau, étranges fleurs synthétiques. Certains ont l’air de faire la sieste, ou tentent de récupérer. D’autres humectent mère Nature de leurs fluides corporels. Enfin, j’aperçois les contreforts du Fort de la Platte. Un dernier coup de cul et me voilà devant l’entrée. Quelle connerie d’appeler Platte un truc que tu atteints après plus de 1100m de D+...

Un ravitaillement en eau a été ajouté un peu plus loin pour refaire les niveaux. Mais pour l’instant, je choisis de me poser dans le Fort et de me payer un Perrier bien frais. Je m’affale sur une chaise à l’ombre. J’envoie un texto à Ingrid pour lui dire que je bois un coup et lui confirmer que j’irais jusqu’au Cormet. La terre entière en est avertie presque simultanément


En fait, précisement, ce que j'ai textoté à Ingrid, c'est "J'irai de tt façon au Cormet, Hors de question que je redescende cette montée de merde..."

Bon an, mal an, j’ai bu un gros litre dans la montée (en 2h30...). Je pointe 691ème, soit 131 places de perdues depuis l’entrée dans BSM…

 

Fort de la Platte – Passeur de Pralognan (6,2 km, 759mD+)

Mercredi, 17h38 - 62,1 km et 4477m D+ depuis le départ.

 

La suite est plus facile. Le chemin jusqu’au Col de Forclaz est suffisamment large pour être carrossable et bien moins pentu. Et puis il commence à faire plus frais. Le petit lac peu avant le col est aussi beau que dans mon souvenir. Une fois le panneau passé, on redescend par un petit passage rocheux pour atteindre le sentier qui mène au pied du Passeur de Pralognan. Ce sentier vallonné, plus ou moins à plat, est un vrai bonheur.

Je me cale dans les foulées d’une fille et de son collègue. J’apprends qu’elle a déjà fait l’UTMB et la TDS, et vise la Diagonale et la PTL dans les deux années à venir… Son rythme est régulier, sans pause. On attaque tranquillement les premiers lacets du Passeur pour se retrouver, finalement sans trop de bobos, au sommet.

Plus de la moitié du dénivelé et de la distance de faits !!!


Au pointage, je suis 642ème soit, aussi incroyable que cela puisse paraître, 50 places de gagnées depuis le Fort (dont, je le crains, une bonne partie d'abandons…).

 

Passeur de Pralognan – Cormet de Roselend (4,3 km, 8m D+)

66,4 km et 4485m D+ depuis le départ.

 

Pause, histoire de regarder le paysage et de profiter de l'eau gentiment donnée par les bénévoles. Quelques gorgées car ça ne passe pas vraiment bien. Les ombres s'allongent doucement et les coureurs défilent, heureux d'en avoir fini avec ce gros morceau. Le peloton est de plus en plus étiré. Je textote Bubulle pour remercier tout le monde du soutien reçu. C’est lui qui m’a permit de monter jusque là.

Ma finisheuse UTMB a continué après quelques mots échangés avec un bénévole qu’elle connaît. La bascule sur l'autre versant est franche, voire abrupte, et même un tantinet pentue. Enfin du terrain que j'aime ! Le bénévole en charge nous demande de ranger les bâtons et de s'agripper aux cordes. Pour la première fois de la journée, je suis content de repasser au soleil.

Ça tartouille un peu devant moi mais je patiente tranquillement. Je préfère descendre en m'aidant des bâtons que de m'aider des cordes fixes. La première partie est très raide, mais pas très longue. On retrouve 200m plus loin un petit sentier qui nous amène, finalement, sur une grosse piste forestière.

C'est frustrant de se traîner sur ce gros chemin. Je fais avec les moyens du bord mais l'envie n'y est plus. Je ne soufre pas plus que ça, j'en ai juste marre de me trimbaler cette sensation permanente de nausée. Il y a vingt bornes du Cormet au Joly et la nuit va tomber. Au rythme actuel, il va me falloir au moins 6 heures, sachant que, la déshydratation continuant son travail de sape, je vais encore ralentir. Je n'ai aucune envie de continuer. D'un autre côté, je me sens merdeux de trahir l'implication et l'enthousiasme que ma femme et mes copains mettent dans cette aventure.

C'est le problème des terrains faciles, on a trop le temps de penser à autre chose. Et pendant que le petit ange et le petit diable jouent au ping-pong sur mes épaules, j'arrive au Cormet, plus indécis que jamais.

Pointage en 650ème position. 8 places de perdues dont en majorité les coureurs qui sont passés pendant ma pause au Passeur…

 

Cormet de Roselend – La Gitte (8,1 km, 376m D+)

Mercredi 20h30, 66,4km et 4485m de D+ de parcourus

 

Le ravito est bondé ! Quel contraste par rapport au calme qui règne à l'extérieur… Je récupère mon sac d'allègement le temps de passer la porte. Les accompagnants sont coincés derrière une barrière à l'autre bout de la tente, en train de nous regarder. J'ai l'impression d'être au zoo…

Dans la salle, c'est un mélange de pause, de cantine, et de cour des miracles. Certains coureurs sont vautrés sur les bancs, leur matériel étalé sur les tables, en train de se noker les pieds ou de se changer comme s'ils étaient seuls au monde. D'autres s'entassent comme ils peuvent, entre leur soupe, des Tucs et leurs vêtements.

Je vais voir Ingrid qui patiente derrière sa barrière. Je m’agenouille, lui explique que je n’avance pas. Je n’ai pas envie de repartir. Le jour se couche et j’en ai marre. Ingrid me rassure : « t’as pas le visage marqué, prends ton temps, mange tranquillement, ça va le faire, tu as largement le temps ». Pour la première fois, je regarde la BH sur mon plan. Minuit, dans 3h30 donc. Elle me donne sa polaire le temps que je me réchauffe.

Je cherche une place dans le capharnaüm. Un bout de banc est disponible à côté de deux membres des Crewstaches ! Ça alors ! Je m’assois en ébouillantant le dos d’un concurrent japonais avec quelques gouttes de soupe au passage (sorry, no problem, skiouze mi),

- Vous êtes les mêmes Crewstaches que ceux qui font les zouaves pendant l’Ultra Boucle de la Sarra ?

- Oui

- Et vous avez pris quoi avec vous là ? Un parpaing ? Un vélo ?

- Bah, on se dit qu’il faudrait arrêter de faire ces trucs…

C’est pas la grosse ambiance chez les Crewstaches là, maintenant. Beaucoup de fatigue sur les visages. L’un d’entre eux comate sur la table.

- Aller les gars ! C’est un peu long jusqu’au Joly, mais si on arrive là, c’est gagné !!

‘Tain je suis pas culotté moi… Je me fais prier pour repartir et j’en suis à motiver mes voisins comme si j’étais au taquet. C’est si facile de dire aux autres de se pousser au cul…

Je vais me chercher un plat de Penne, prend une, puis deux, puis trois soupes au vermicelle (délicieuse!), bois deux-trois thés et mange un peu de fromage. L’eau ou le Coca ne passent toujours pas, par contre aucun problème avec le chaud. J’adresse des signes de loin à Ingrid, toujours parquée.

Changement de short, de T-shirt, remplissage des flasques. Je branche la montre sur une batterie de recharge et fourre le tout dans le sac. Direction la sortie, remise du sac d’allègement dans l’espèce de chariot prévu à cet effet. J’ai pas envie d’y aller. J’ai pas envie de me taper ces 20 bornes de nuit qui vont me prendre des plombes… Je retrouve Ingrid dehors, lui rend sa polaire, agrippe mes bâtons et, à défaut d’autres mots, il faut bien se dire que c’est reparti...

Je serai resté 52 min au ravito, pour 25 min prévues… C’est pas encore sur cette course que je vais devenir le roadrunner des ravitos.

Sur le Live, le suivi ne lâche rien. Franck est, encore une fois, prophétique…


Première étape, le col de la Sauce, quelques 300m plus haut. Le départ se fait en douceur sur un bon chemin qui monte en lacets paresseux. Le fil des frontales est bien étiré. On est loin de la cohue initiale à l’assaut du col Chavannes ! J’avance tranquillement en profitant des étoiles. La Grande Ours est amputée par ma frontale. Le ravito a fait du bien, même si la sensation de nausée n’a pas tout à fait disparue. Mon nez tente d’éviter l’odeur chimique de la boisson énergétique qui a incrusté les pipettes des flasques. J’avance grosso-modo au même rythme que mes voisins. Tout est parfaitement silencieux. Je me retourne et distingue, au loin déjà, le ravito du Cormet et la constellation de traileurs sur le chemin.

Après une centaine de mètres de dénivelé, les bénévoles ont installé un petit campement et un feu. Je m’assieds 5 grosses minutes à regarder les flammes. Je repars dans les basques d’un petit groupe. Le large chemin est redevenu un petit single. La montée se fait progressivement plus abrupte, et l’on bascule doucement dans la descente du col de la Sauce. Des coureurs s’écartent régulièrement du chemin pour se poser, ou pour se débarrasser d’une large variété de fluides corporels.

Mais… Soit j’ai des hallucinations auditives, soit j’entends ma finisheuse UTMB devant, son collègue toujours dans ses pas ! Je me cale derrière, mais c’est une vraie locomotive ! Un instant d’hésitation et je me prends 100m dans la vue… Des passerelles ont été aménagées pour traverser sans l’abîmer une zone humide. Un peu plus loin, on aborde le célèbre Passage du Curé. J’ai du mal à admirer à la fois ce chemin creusé dans la roche et à suivre ma finisheuse. Du coup, je me laisse décrocher. Je jette un œil dans le grand vide à ma droite au fond duquel gronde le torrent de la Gittaz.

Après le Passage du Curé, le chemin descend dans la végétation jusqu’au hameau de la Gitte. Il n’y a pas de difficultés, mais je suis incapable de relancer. Je marche du mieux que je peux pour rallier la lumière, de l’autre côté de la rivière.

Je suis pointé 672ème, et j’aurais mis sur cette section 2h10 pour 2h01 prévues au roadbook.

Pour l’instant, j’ai surtout envie de me poser. Il commence à être tard et à force de ne pas boire, j’ai mal au dos. Je m’allonge par terre. Au bout de 2 minutes, je suis pris de frissons. Forcément, en t-shirt dans l’herbe mouillée à 23h30, à quoi je m’attendais ?

Une bénévole m’indique les lits. Incroyable ! Ce sont de vrais lits, avec des couettes moelleuses et de vrais draps ! Deux-trois lits sont occupés, mais ce n’est pas la foule. Un garçon est en pleine discussion avec le médecin. Il ne sait pas quoi faire. On sent bien à son ton de voix qu’il aimerait qu’on lui dise d’abandonner, mais pour l’instant, on lui conseille de se reposer et de voir un peu plus tard.

J’indique à la bénévole que je veux juste m’allonger 10 min pour me détendre le dos, pas besoin de me réveiller. J’entends les bribes de conversation, la bénévole qui vient réveiller un coureur arrivé avant moi. Incroyable l’attention dont on fait l’objet ! Le confort du lit est un délice !

10 min plus tard, je me relève. Il y a presque 700m de D+ jusqu’au Col Est, et ils ne vont pas se faire tout seuls.

 

La Gitte – Col du Joly (10,8 km, 840m D+)

23h30, 74,5 km et 4861m D+ parcourus

 

Je sens bien que la lumière est en train de s’éteindre à tous les étages. J’ai du mal à tenir le rythme des coureurs qui me dépassent. Malgré les pauses qui me font reculer dans le peloton, je n’arrive pas à trouver de petit train auquel me raccrocher. Je finis pourtant par atteindre le Col Est de la Gitte.

Dans la partie plus ou moins plate qui suit, je croise des coureurs assis, ou allongés par terre. Certains s’écartent pour vomir, la majorité avance en silence, le nez par terre. Je suis toujours nauséeux. J’essaie de boire une gorgée d’eau/coca aussi souvent que possible, mais au final, je n’ai vidé qu’une flasque de 500ml depuis le Cormet, quitté il y a 3h… J’ai envie de voir si ça n’irait pas mieux en buvant un grand coup. Mauvaise idée : le retour à l’envoyeur est immédiat. Au moins, ça m’aura allégé de quelques grammes.

Paradoxalement, je prends une Pom’Potes qui passe bien. Je complète ce festin par une ou deux pastilles Vichy…

Je suis scotché au sol, vidé au sens propre comme au figuré. Depuis la sortie de Bourg-Saint-Maurice, à part quelques visions furtives et agréables, j’avance contre mon gré. A force de ne rien boire, et avec le retour de la chaleur, j’ai peur de me chopper une bonne grosse tendinite, surtout avec les alertes du TFL dans la descente du col du Petit Saint Bernard, une éternité plus tôt.

Le trip « aller au bout de la souffrance », très peu pour moi. J’ai fais ce que j’ai pu, j’ai été au Cormet, je suis parti pour le Joly mais là, basta ! Zéro plaisir, envie de vomir permanente. C’est quoi l’intérêt du truc ? Pour une polaire ? Pour se dire « je l’ai fais » ? Et encore, à ce moment là, je ne connaissais pas la gueule de la veste finisher… Ma décision était prise, ferme et irrévocable : j’arrive au Joly, et je bâche.

Ne restait plus qu’à y arriver.

Et pour l’instant, je suis au milieu de la Grande Pierrière.

Ça veut dire que pour rejoindre ce ravito, dont j’entends la musique, que je crois distinguer au loin, sur ma gauche, il va falloir que je me tape la montée vers le col de la Fenêtre sur ma droite, pour TOUT retraverser en suivant les pointillés lumineux que je distingue devant moi.

Et qui sont tous arrêtés... Et l’hélico est en train de tourner. Je n’ai pas l’impression qu’il filme les coureurs là. Il éclaire la paroi, va et vient. Autant dire que ça ne sent pas bon.

L’hélico fini par partir. J’espère que ce n’était rien de trop grave et qu’il a réussi à faire ce qu’il voulait. Pour l’heure, je m’écarte du chemin, m’assoie sur un gros rocher, éteins la frontale et regarde le paysage.


J’ai juste une chance incroyable. Un ultra, c’est un moment à part, égocentré. On s’occupe de soi, l’organisation s’occupe de nous, nos suiveurs, nos soutiens s’inquiètent de nous. Le monde hors la course n’a plus d’existence. Mais moi, j’aime quand les choses se déroulent avec facilité, presque sans effort. Et là, je n’arrive à profiter de rien. Je suis plus las que là. Marre de ne pas avancer, marre d’être brassé. Je suis pas fait pour ces épreuves à la con.

Je rumine encore plus que les bovins croisés dans les alpages quand je reprend mes bâtons. La montée en direction du col de la Fenêtre se fait lentement. Puis c’est la longue traversée en balcon, avec quelques passages sur des dalles rocheuses et un petit sentier à flanc bien caillouteux. Ça m’emmerde profondément de ne pas pouvoir courir sur ce genre de terrain. J’ai l’impression que ce balcon fait le tour du monde. Et puis, enfin, au loin et en contrebas, apparaît le ravito. J’entends la musique et l’animatrice qui tente de mettre un peu d’ambiance : « le Beaufort, ça rend fort, le Reblochon, ça fait des beaux nichons »…

Ingrid me récupère peu avant l’arrivée. Elle prend mes bâtons et doit presque me pousser jusqu’au ravito.

Je suis pointé 751ème et je suis content que ça s’arrête.

 

Col du Joly – Les Contamines (9,9 km, 73m D+)

3h19, 85,3 km et 5701m D+ parcourus

 

Ingrid voit bien que ça ne va pas. Elle part vers le local médical pour trouver quelqu’un. Je m’allonge sur un banc dans l’espace accompagnants pour détendre un peu mon dos. L’infirmier arrive. Anamnèse : physiquement tout va bien, pas de diarrhées, pas de mots de tête, jambes coupées, chaque gorgée de liquide me donne des haut-le-cœur.

Je le suis dans le local médical. Entre ceux qui tremblent sous les couvertures de survie, ceux qui comatent assis la tête entre les mains, et ceux qui se font panser les pieds, tout le monde est bien affairé. Une fois de plus, j’ai un peu honte de ne pas prendre plus sur moi quand je vois l’état dans lequel sont ces coureurs. Prise de tension : 11/7, parfaite. Il me tend un comprimé de Motilium, un anti-émétique. « Prends ça, ça devrait faire passer les mots d’estomac, et essaie de reboire un peu ».

Dont acte. Comme jusqu’ici le chaud passait bien, je prends mon cachet avec un thé sucré puis avale une soupe épaissie aux cubes de Beaufort. Une deuxième soupe suit la première. Je reprends du thé. Ingrid me masse un peu les mollets. Je me relève pour une troisième soupe quand je me rends compte qu’il me manque un truc.

Ou plutôt que j’ai un truc en moins.

Le matos est à sa place, Ingrid a mis mes bâtons de côté donc ce n’est pas ça. En allant rechercher du fromage, je me rends compte de ce qui cloche. Ou plutôt de ce qui ne cloche plus. Mon estomac a disparu…

Plus d’impression d’être sur le point de vomir à chaque pas. Au contraire, c’est comme si l’oxygène arrivait de nouveau aux muscles.

La section suivante ne fait que descendre en suivant l’ancienne voie romaine. On verra bien si le Motilium fait effet jusqu’aux Contamines ! Je remplis deux flasques de thé, un sucre dans chaque, enfile ma veste, je suis prêt.


Petit bisous à Ingrid. Je lui dis que je devrais être aux Contamines d’ici deux heures. j’aurais passé 48 minutes au ravito (pour 5’ prévues au roadbook…). J’avais voulu jouer aux Bip-Bip, le Coyote m’avait bouloté.

Je pars en trottinant doucement, mais tout se passe bien. La descente commence dès la sortie du ravito. Au bout de quelques centaines de mètres, je rattrape deux coureurs. Évidemment, je n’ai pas respecté l’adage qui veut qu’on parte en ayant froid et je commence à chauffer sous la veste. Pause pour retirer la couche étanche. Le chemin quitte les alpages pour filer à travers la forêt. Je trottine toujours et tout va bien. Les cailloux affleurent dans certains endroits et je me surprends à sauter de pierre en pierre. J’ai oublié d’où je venais et où j’allais, je me contente de jouer avec le terrain. Je peste sur les portions planes et joue avec les sections plus accidentées.

Je rattrape beaucoup de coureurs qui descendent en marchant. La vitesse augmente doucement au fil des kilomètres : 6, 7, 8, 9 km/h. Arrive le long plat de Notre Dame de la Gorge que j’enquille à un petit 10 à l’heure. Incroyable… Je me force à lever le pied en me rappelant qu’il reste un bout de chemin à faire et le Tricot à s’enfiller.

Au final, j’arrive au ravito avant Ingrid…

Je pointe 689ème à l’entrée, soit 62 places de gagnées depuis mon entrée au Joly...

 

Les Contamines – Col du Tricot (7 km, 1163m D+)

Jeudi, 5h38 du matin, 95,2 km et 5774m D+ parcourus

 

L’assistance est autorisée dans ce ravito, et Ingrid arrive peu de temps après moi. J’ai l’impression d’avoir commencé la course au Joly ! Deux soupes chargées de cubes de fromage, du thé, un peu de tucs. Je jette un œil sur Kikourou pour voir si d’autres kikous seraient à proximité quand Ingrid me rappelle qu’il y a quand même une course à finir, et que ce n’est pas vraiment le moment de glandouiller sur le net.

Mince, c’est vrai qu’il y a déjà presque une demi-heure de passé (pour 15’ planifiées…) ! Je suis resté dans la dynamique des ravitos précédents…

Flasques rechargées en thé sucré et hop, c’est reparti. Le jour commence à bien se lever. La route attaque droit dans la pente. Une fois les faubourgs passés, la route devient une large piste forestière pas très intéressante.

La coureuse devant moi m’intrigue. C’est une asiatique qui semble porter des chaussures d’enfant. Elle avance de cinq-six petits pas rapides en dodelinant, s’arrête, lève la tête en la penchant légèrement, s’incline. Puis elle se met les mains dans le dos et avance de nouveau de cinq-six petits pas rapides. Les mêmes gestes saccadés se reproduisent encore et encore. En m’approchant, je constate que non, elle a bien de vrais chaussures de course, mais sa démarche désarticulée me trouble. Elle a l’air fatiguée, mais pas en détresse et avance bien. C’est juste sa façon de marcher. Pourtant, son arythmie me stresse et j’accélère pour la doubler.

Enfin, on arrive aux Chalets du Truc et la vue se dégage. Les majestueux Dômes de Miage et l’Aiguille de Bionnassay. Et un peu plus loin, sur la gauche, l’impressionnante montée du Col du Tricot. Le temps de descendre aux Chalets de Miage en trottinant, et on attaque le col.

Elle est quand même impressionnante cette montée ! 700 m de dénivelé d’un jet, droit dans la pente ! Au moins, l’avantage, c’est que c’est de la montée efficace ! Je prends une pastille Vichy histoire d’attaquer le Tricot avec l’haleine fraîche !

J’enquille le sentier quand je me retrouve, une fois encore, derrière ma finisheuse UTMB et son collègue ! Dingue comme on tombe toujours sur les mêmes personnes… Son collègue lui demande de donner le rythme. Il a l’air bien cuit.

Je me cale un moment derrière, mais cette fois, j’ai l’impression d’être dans un faux rythme. Donc je dépasse et prend peu à peu de l’avance. Tout continue de bien répondre. Je vide mes flasques régulièrement et je n’ai plus aucun mot d’estomac. Pire, je recommence à avoir soif, sensations que je n’avais pas ressentie depuis le lac Combal…

Cette sensation d’avoir démarré la course au Joly ne me quitte pas. Une fois la première moitié de pente passée, j’accélère un peu, pour voir. Je remonte petit à petit les quelques coureurs devant moi. Progressivement, je quitte le rythme de gestion prudente dans lequel je m’étais installé depuis la sortie des Contamines et j’arrive presque en trottinant au sommet du Tricot…

2h33 depuis les Contamines. Je suis pointé 662ème.

 

Col du Tricot – Bellevue (4,1 km, 135m D+)

Jeudi, 8h39, 102,2 km, 6937m D+ parcourus

 

La vue du Col est magnifique ! Ça y est, c’était la dernière grosse montée de la course. Le temps de boire un coup et je m’engage dans le sentier de descente.

C’est un vrai plaisir. J’adore ce genre de terrain, un peu accidenté, et les jambes répondent de mieux en mieux. Je me sens bien, je courre sans réfléchir à mes appuis, bâtons dans les mains, en plein dans l’instant présent. C’est la première fois sur cette course que je ressens cet état de pleine conscience. Je dépasse en sautant sur les cailloux à droite ou à gauche du chemin, en laissant mes pieds choisir leurs appuis.

Arrive la fameuse passerelle de Bionnassay. C’est impressionnant ! Le torrent se déverse avec fureur sous la passerelle himalayenne, qui bouge au rythme des foulées. Je comprends qu’ils limitent le passage à deux personnes !

Après la passerelle, ça remonte. Je plante les bâtons dans le sol et trottine dans les montées. Après un petit coup de cul, c’est un beau chemin en balcon qui amène à Bellevue. Une dernière petite côte, on traverse la crémaillère du train, et c’est le pointage.

604ème. Quasiment 60 personnes dépassées sur ces 4 km...

 

Bellevue – Les Houches (4,7 km, 0m D+)

Jeudi, 9h25 - 106,2 km, 7072m D+ parcourus

 

C’est parti pour la dernière grosse descente. Le sentier forestier est bien agréable à courir, ou du moins à descendre rapidement. Il y a des lacets, des racines, tout ce que j’adore ! Pas trop de coureurs à grignoter par contre. Le peloton est trop étiré maintenant.

J’apprécie chaque foulée, d’autant plus que je sais que je vais croiser un groupe de kikous au pied de la descente qui m’auront soutenus tout au long de cette course. On quitte le sentier pour arriver sur la route. Dur de retrouver une foulée compatible avec le bitume et de bien se relâcher. Heureusement, il y a deux-trois coureurs devant pour se motiver. La vitesse augmente progressivement à 12-13 km/h. Deux coureurs devant moi refusent de se faire rattraper mais je continue de me laisser descendre… 13-14, presque 15 km/h dans la dernière portion, avec vue sur l’église des Houches.

Dans le virage, je suis presque surpris d’entendre un énorme vacarme : Les Kikous !!! Quelle super idée d’être venu à la rencontre des engagés sur la TDS ! Je m’arrête discuter un peu, bien trop brièvement, mais c’est un vrai bonheur ! On prend une photo avec Bubulle qui aura soutenu et arrosé Ingrid de conseils toute la journée (et une grosse partie de la nuit…), Papakipik et Franck. Deux futurs finishers de l’UTMB et un futur finisher de la CCC, la trilogie sur une image !


Ingrid est là aussi, évidemment. Je me demande comment elle fait pour tenir encore debout, entre les longues heures d’attente et les déplacements en navette. Je lui explique que j’aimerais bien la retrouver avant le dernier virage pour qu’on puisse faire la dernière ligne droite ensemble. Un peu pris par l’enthousiasme, je lui donne une estimation de 45 min pour faire les 8 derniers kilomètres jusqu’à Chamonix… J’ai dû me croire au départ du footing du dimanche…

Ingrid file et Franck m’accompagne au ravito. Je me fais pointer (576ème). Il va faire la route avec moi jusqu’aux Bossons! Je mange quelques quartiers d’orange, un peu de fromage et bois de l’eau gazeuse. Oui, de l’eau ! C’est bien le premier verre que j’arrive à boire depuis mon Perrier du Fort de la Platte… Les flasques sont remplies de thé (on ne change pas une recette qui gagne) et hop, c’est reparti avec Franck !

 

Les Houches – Chamonix (8 km, 151m D+)

Jeudi, 10h03 – 110,9 km, 7072m D+ parcourus

 

On discute en trottinant gentiment, à un petit 8 km/h. Papotage de course. Je lui explique ma résurrection Motiliumesque, et prend des nouvelles de son état de forme avant l’UTMB (il ne se doutait pas encore de la perf’ qu’il allait faire…). J’apprécie de revoir notre duo de l’Echappée Belle reformé sur cette fin de course. Nous retrouvons Caro, Thomas et Alex un peu plus loin et c’est désormais toute la famille DeBrignais qui m’escorte !

Quelle joie de partager ces kilomètres ensemble ! Le temps semble tellement plus court. On s’arrête pour échanger quelques mots au moment de se quitter. Je promets à Alex de rattraper les deux coureurs qui nous ont doublé sur le chemin.

Je suis de nouveau seul et tous les voyants sont au vert. J’ai vraiment l’impression de n’avoir démarré la course qu’il y a 30 km. Je regarde autour de moi. Les jambes me portent à un bon 10 km/h.

Au passage devant la falaise des Gaillands, les gens applaudissent, disent « bravo ! », et puis c’est l’arrivée aux abords de Chamonix. La plupart des personnes croisées applaudissent, encouragent.

L’avenue Ravanel le Rouge est noire de monde ! j’entends les applaudissements en provenance des terrasses. Incroyable cette ambiance ! Un garçon avec une grosse tignasse blonde tenant son vélo m’encourage du milieu de la rue. Mince, mais je suis quasi certain que c’est Christophe Le Saux !

C’est une ambiance d’arrivée du Tour de France ! Finalement, j’ai bien fait de ne pas arriver 5h plus tôt ! Je retrouve Ingrid un peu avant l’arrivée.

- Mais j’ai rien à faire là moi !

- Si tu n’avais pas été là, je serais resté à Bourg-Saint-Maurice. Alors tu as autant ta place que moi sur la ligne d’arrivée !

Juste avant le dernier virage, j’entends un énorme « KIKOUU ! ». C’est Bert’ et JaegerRunner qui regardent les arrivées !

Et nous voilà, main dans la main, et donc ex-aequo, passant enfin l’arche d’arrivée. Il est 11h07 et le pointage indique 562ème.

 

Épilogue

Finalement, j’aurais été bien les 35 premiers km et les 35 derniers. Curieuse symétrie. J’ai sans doute été présomptueux sur mon plan de marche, même si au final, à part sur le tronçon BSM-Joly (bon, OK, il y a 35 km, tiens, encore...) j’étais dans le timing prévu. J’ai fais des erreurs sur l’hydratation. La plus grosse, à mon avis, a été de ne pas s’arrêter assez au Col du Petit Saint Bernard et de prévoir, de manière générale, des arrêts trop courts aux ravitos. Au final, je m’y serais arrêté 3h42 pour 1h20 planifiée...

Quand je vois les ressources que d’autres coureurs ont été chercher alors qu’ils étaient dans des états de souffrance bien plus avancés, je me demande, moi qui n’ai même pas eu une ampoule aux pieds, si j’ai vraiment les capacités morales pour me frotter à des épreuves longues.

Aussi paradoxale que cela paraisse, l’ultra n’est pas un sport individuel. Sans ma femme, sans la discussion avec Bubulle, je ne serais pas reparti de BSM. Sans les conseils de Franck, les échos du soutien sur le Live Kikourou et le soutien attentif de ma suiveuse de choc, j’aurais bâché au Cormet ou à la Gitte. Dans ces moments difficiles, la seule chose qui me tenait, c’était d’imaginer passer la ligne d’arriver avec Ingrid et de rendre un peu de l’enthousiasme que l’on mettait à m’encourager en posant un pied devant l’autre. J’avais préparé et abordé cette course un peu dans mon coin, et me voilà transporté par mon entourage jusqu’à l’arrivée. C’est une claque que je suis ravi d’avoir prise : on est rien sans ses soutiens.

Et le plaisir a fini par revenir. Incroyable les hauts et les bas que l’on peut traverser. Incroyable de penser que des jambes qui vous tiennent à peine à un moment seront capable de courir 60 km plus loin. Quelle autre discipline permet de vivre ça ?

34 commentaires

Commentaire de Mams posté le 13-09-2016 à 22:14:25

Quel talent de poète et d'écrivain! Merci pour ce beau récit!
Eh oui, même si on se bat contre soi-même (corps/mental),ceux qui nous entourent (de loin ou de près) nous apportent un gros plus pour la gestion mentale et la motivation (qui passe d'intrinsèque à extrinsèque comme dirait G. Millet :) )!!
Comme quoi, c'est pas si égoïste comme épreuve! D'ailleurs, c'est en partageant comme suiveuse que j'ai finis par m'y mettre! ;)

Commentaire de Spir posté le 13-09-2016 à 22:51:13

Merci Mams ! Je suis un peu déçu de ne pas t'avoir croisé sur la course, mais ce sera pour une prochaine fois. Encore bravo à toi pour ta très belle TDS !

Commentaire de Mams posté le 14-09-2016 à 08:51:01

J'ai encore du boulot à faire pour te croiser en course!! ;)

Commentaire de Mazouth posté le 13-09-2016 à 22:27:37

Quoi ! T'as pas fait le vrai UTMB ? Et t'as pas couru tout le temps ? Je suis déçu... mais je vais lire la suite quand même ;-))

Commentaire de bubulle posté le 13-09-2016 à 22:30:04

Quand je pense qu'il y en a qui protestent quand je poste un CR un dimanche soir. NON MAIS PFFFF!

Bon, je reviens poster un vrai commentaire demain, hein...;-)

Commentaire de Spir posté le 13-09-2016 à 22:51:45

Ben moi, je vais ENFIN avoir le temps de finir le tien maintenant ;D

Commentaire de tidgi posté le 13-09-2016 à 23:15:21

J'aime bien le début, tout à fait çà oui...
Et pis cette montée à la Platte qui n'est pas plate : toi tu marches au Perrier ;-)

Bravo en tout cas. C'est du costaud.
Et bien sûr que tu es capable de te frotter à du long.
Tu vas remettre çà, avec l'expérience acquise de la gestion des hauts et des bas...

Commentaire de Mazouth posté le 13-09-2016 à 23:51:08

Whaaa c'est très fort ce que tu as fait. Tu as vraiment tenu le coup longtemps dans un état fort désagréable, donc je crois que tu as quand même un mental plutôt costaud ;-) A moindre échelle (puisque je n'ai encore jamais tâté de courses aussi longues), je suis un peu comme toi : je n'aime pas quand c'est trop dur et je cherche parfois des excuses pour bâcher, j'arrive même à me convaincre que je vais abandonner, puis arrivé au ravito ciblé, machinalement, le pilote automatique me fait continuer. Comme quoi ce n'est même plus le mental "conscient" qui est fort (paske lui il voulait arrêter), mais une couche supérieure... et toi, tu en tiens une bonne couche, c'est certain ;-).
En tout cas tu m'as tout l'air d'avoir les moyens de faire de belles choses sur bien des ultras, en apprenant de tes petites erreurs et en prenant du motilium, tu seras invincible !

Commentaire de Spir posté le 17-09-2016 à 21:09:03

C'est clair que je vais garder le coup du Motilium dans un coin de la tête... Et quant au mental, finalement, un ultra peut t'économiser une bonne psychothérapie :D

Commentaire de Davitw posté le 14-09-2016 à 00:07:13

Superbe CR qui retranscrit bien les difficultés et que tu as finalement su dompter.
Une superbe expérience, couronnée de succès ! Bravo pour ta ténacité !

Commentaire de bubulle posté le 14-09-2016 à 08:37:41

Une vraie pub pour le Motilium, ce récit. Et c'est vrai que lorsqu'on a vu l'espèce de pile électrique qui nous a débarqué aux Houches, on ne peut qu'être d'accord. Et cela alors que j'étais parti de Chamonix avec comme dernières nouvelles celles du Joly, là où tu creusais ta tombe toi-même.

Heureusement qu'Ingrid t'a un peu secoué, quand même...;-). On aurait eu l'air fins à te voir débarquer aux Houches en voiture, tiens.

Et sinon, quand même, ce pseudo nous a quand même bien occupés pendant le suivi live....mais tu t'es bien vengé pendant le suivi des deux jours suivants...;-)

Commentaire de Spir posté le 17-09-2016 à 21:10:43

C'était vraiment chouette de vous voir aux Houches, et super de passer du côté "commentateur" le reste du week-end. J'ai eu l'impression de vivre tous ces jours un peu en apesanteur du coup...

Commentaire de Vik posté le 14-09-2016 à 11:30:05

Récit très sympa, Spir, bien écrit et très sincère.
Merci !

Commentaire de Reg posté le 14-09-2016 à 11:35:13

Merci et bravo Sylvain, pour course bien sûr, mais aussi pour ce superbe récit, palpitant, drôle, émouvant... Comme dans un rêve, une aventure qui tourne au cauchemar, mais qui finalement se termine de la plus belle des façons. Je me suis toujours posé cette question: Physiquement, probablement tout le monde, avec une prépa adaptée pourrait finir un ultra. Psychologiquement par contre... je ne pense pas. En ce qui me concerne c'est sûr que non. Alors encore une fois bravo l'ami, à toi et à ton staff ;)

Commentaire de Spir posté le 17-09-2016 à 21:19:38

Bah, si ça ce trouve, tu tiendrais très bien si tu participais à une course qui te fait envie. Après, participer à un ultra n'a rien d'indispensable dans la vie d'un coureur et on peut heureusement s'éclater toute une vie sans faire de courses qui dépassent 30 bornes !
Moi, ce qui me plaît vraiment dans le long, c'est cette parenthèse dans le temps que cela ouvre. J'ai l'impression de faire un "pas de côté". Mais il y a encore deux-trois ajustements à faire pour complètement en profiter ;)

Commentaire de Trixou posté le 14-09-2016 à 16:01:48

Bravo Sylvain ! Et merci pour cet excellent récit !

Commentaire de bruno230 posté le 14-09-2016 à 17:49:32

Tu te demande si tu as le mental pour faire de l'Ultra?
Je crois qu'après ton récit tu ne trouveras pas grand monde pour te dire que tu ne l'as pas.Gérer d'aussi longs passages à vide sans aucune garantie que cela aille mieux sans craquer,je crois au contraire que cela demande du tempérament.
Maintenant je crois qu'il est rare de faire une course sans ce fameux duo ange et démon qui jouent au ping-pong sur nos épaules.
Pour l'Echappée Belle l'année prochaine,un petit cachet de Motilium dans le matos et tu vas tout déchirer.
Bravo à toi et à ton épouse

Commentaire de Spir posté le 17-09-2016 à 21:20:38

Ah ça oui, je l'aurai en fond de sac ce cachet ! Et je ferai un départ bien plus tranquille, à la Renard Luxo !

Commentaire de chococaro posté le 14-09-2016 à 23:23:18

Merci pour ton récit auquel je suis certaine que nous serons nombreux à repenser quand nous traverserons des moments de moins bien.
Contente de t avoir croisé en super forme aux Houches et d avoir fait connaissance de la pétillante Ingrid. Quel magnifique duo!

Commentaire de Spir posté le 17-09-2016 à 21:21:50

C'était génial de vous voir aux Houches ! Désolé, car finalement on s'est à peine présentés... J'espère qu'on aura l'occasion de se recroiser sur une autre course !

Commentaire de xian posté le 15-09-2016 à 20:29:40

ah ouais... quand même ! c'était ça, ta TDS ;-)
quel plaisir de lire ton CR, j'étais quasi dans la course !
je note pour fin aout 2017 : me mettre dans ta roue dans le sas de départ.
Et grâce à toi, j'ai complété ma liste de trucs & astuces en course : pastilles vichy (c'est important l'haleine fraîche en course), le motilium, ne pas se coucher en tisheurt dans l'herbe pleine de rosée à 23h30, ne pas laisser le diablotin décider de quand il faudrait bâcher !
bravo !

Commentaire de Spir posté le 17-09-2016 à 21:23:33

Vu ta gestion sur l'UT4M100, c'est moi qui vais venir piocher dans ton sac de trucs et astuces ! J'espère bien que tu vas arriver à caler ton planning de fin août pour qu'on se retrouve ensemble au moins au départ !

Commentaire de Benman posté le 16-09-2016 à 21:53:46

Un récit inspiré ! Quelle résurrection. Ça respire l'authenticité voire presque une aspiration à la spiritualité tout ça. Bravi.

Commentaire de Spir posté le 17-09-2016 à 21:24:44

Merci, et j'ai bien profité de la course à nouveau en relisant le Live. Quel honneur d'avoir bénéficié de ce traitement de faveur...
J'espère bien qu'on arrivera à se croiser sur la STL à la fin de l'année !

Commentaire de snail69 posté le 16-09-2016 à 23:08:40

Un chouette CR, truffé de belles formules et de 2 pastilles Vichy, qui explore la nature même du trail(et qui me conforte à ne pas m'engager sur ces gros formats montagnards).

Commentaire de Spir posté le 17-09-2016 à 21:27:55

D'ailleurs, ce truc des pastilles Vichy me vient de la lecture d'un CR de l'Echappée Belle (ChristopheA pour ne pas le citer). Bon, par contre, ça ne m'a pas donné ses jambes :D

Commentaire de franck de Brignais posté le 17-09-2016 à 18:19:55

Ben voilà... ça c'est fait, et plutôt très bien fait. Bravo !!
Tu as eu la chance de bénéficier d'un coaching carrément génial par ta petite femme... elle t'aura aidé à te ressaisir.
Ta fraîcheur aux Houches faisait plaisir à voir... la grande majorité des coureurs ne l'étaient pas !!

Allez, maintenant il faut que tu te plonges dans le road book de Belledonne ;)

Commentaire de Spir posté le 17-09-2016 à 21:33:19

Et oui, plus que un peu plus de 11 mois avant l'EB ! En plus, il se dit dans le milieu que tu serais en période de reconsidération de ta décision de mettre la course à pied de côté (enfin, c'est ce que j'ai lu dans un certain CR).

Ça, du coaching, j'en ai eu et à mon plus grand profit ! C'était vraiment sympa ces quelques km le long de l'Arve avec ta petite famille.

Bon, avant de se plonger dans le roadbook de Belledonne, on va creuser celui de la STL maintenant (enfin, celui de la LSTL dans ton cas...), et réapprendre à courir...

Commentaire de Caracole posté le 18-09-2016 à 18:55:03

Ton récit est hilarant, tu t'es battu bien plus courageusement que tu ne le prétends et l'ensemble dégage une grosse dose de sympathie. Pas étonnant que tu aies autant de copains pour te soutenir ! Bravo !

Commentaire de Caracole posté le 18-09-2016 à 20:43:45

Que dois-je, ton récit inspiiiiire une grosse sympathie ! Que chuis con.

Commentaire de Arclusaz posté le 19-09-2016 à 23:05:29

Même Jésus n'a pas connu une telle résurrection ! faut dire il n'avait pas Ingrid. Je ne pense pas qu'il faille accorder trop d'importance au sachet que tu as pris : ce n'est pas lui qui t'as décoincé le bidou, c'est ta volonté. Et dire que quelques heures après tu enchainais sur un autre ultra, le suivi live !
En tout cas, un grand bravo et un grand merci.
Je prends juste un peu peur en me disant qu'au Flore, je risque bien de manger à la même table que le trio infernal : Mazouth/Benman/Spir, faut que je prevoit...du Motilium !!!!!

Commentaire de neofoxy posté le 13-12-2016 à 09:15:18

j'adore ce récit. Franchement bravo pour ne pas avoir laché.

Commentaire de Benman posté le 16-08-2017 à 08:40:34

Oh là là je l'ai relu en entier et quel plaisir et que d'indications précieuses pour les suivants et d'enseignements à méditer. Et puis et puis...

Commentaire de Spir posté le 04-09-2017 à 22:17:36

Et puis surtout bravo à toi qui a fait une course de malade ! A croire que cette TDS était faite pour toi ! 2017 était sans doute moins chaud que 2016, mais les conditions n'étaient pas faciles !

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