Récit de la course : Ultra Trail du Mont Blanc 2005, par Dhom

L'auteur : Dhom

La course : Ultra Trail du Mont Blanc

Date : 26/8/2005

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 6790 vues

Distance : 158.1km

Objectif : Terminer

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Le récit

L'Ultra Trail du Tour du Mont-Blanc 2005 : QUI VA LE TERMINER ? Ne regardez pas le tracé de l'Ultra-Trail du Tour du Mont-Blanc sur une carte en relief car vous pourriez imaginer que cette course est presque plate ! C'est même un peu humiliant pour les traileurs de penser qu'ils ont tant souffert en restant au pied du massif. Il est vrai que le parcours est celui du chemin de grande randonnée du Tour du Mont-Blanc dans une de ses versions les plus courtes. Il emprunte le cheminement historique des premiers explorateurs du sommet de l'Europe qui le pratiquaient pour observer la montagne avant de vraiment l'affronter. La course ne s'élèvera pas au dessus des 2537 mètres du grand col Ferret alors que tout le monde a appris à l'école primaire que le Mont-Blanc culmine à 4807 m. Si vous voulez avoir une idée plus précise de la taille de l'épreuve, sur laquelle près de 2000 traileurs viennent chercher des souvenirs pour longtemps, consultez plutôt les chiffres donnés par l'organisation. L'affiche annonce 155 kilomètres, un mesurage plus fin effectué sur cartes par les organisateurs a donné 158,1 kilomètres. Il en est de même pour la dénivelée, 8500 pour rester dans un chiffre rond, mais 8639 mètres pour le détail du road book distribué à tous les participants. Les inscriptions ont été un franc succès pour 2005, le nombre de participants a été limité à 2000 personnes pour cette troisième édition et il ne fallait pas traîner pour obtenir un dossard puisque début mars toutes les places étaient prises. Seul des désistements ont permis quelques inscriptions plus tardives. L'équipe Sports Aventures Haut-Doubs est restée structurée autour de Luc (dossard 24), Gilles (dossard 40), Philippe (dossard 1386), Jean-Marie (dossard 288) et moi (dossard 239) ; nous avons été rejoints par Claude (dossard 1229) et Cédric (dossard 1817). l'Association Des Sangliers Marathoniens a constitué une autre équipe de Pontarlier et environs qui est entrée dans le challenge. Elle est composée de Sandrine (dossard 1657) et Hervé, son époux, (dossard 1732), Denis (dossard 1840) et Manu (dossard 1850). Je fais la connaissance grâce au forum de www.ultratrailmb.com de deux bisontins qui ont l'intention de se lancer dans l'aventure, il s'agit de François et de Florent (dossard 2674). Après l'UTMB 2004 j'ai observé une période de repos de 4 mois pendant laquelle les douleurs du corps ont presque disparu, ou alors je m'y suis habitué. Pour cette deuxième saison de trail, j'ai repris tranquillement l'entraînement fin décembre et ma première course a été la montée du Petit Ballon à Rouffach dans les Vosges en mars, en compagnie de François. L'objectif de l'année est de tenter de boucler un deuxième UTMB. Les disponibilités pour l'entraînement restant, pour des raisons professionnelles, essentiellement limitées aux week-ends, j'opte pour de longues séances du dimanche et j'ai le plaisir de les effectuer parfois en compagnie de François et Florent. François est un jeune raider multisport de 25 ans qui devra malheureusement céder son dossard à la suite d'une chute en VTT lors d'une compétition. Il se consolera certainement en 2006 par une participation qui le conduira à boucler plus qu'honorablement cette course effrayante. Florent est arrivé à l'âge de 5ans dans un village des alpes, il y a côtoyé Vincent DELLEBARRE, le vainqueur 2004 de l'UTMB, pendant son enfance et son adolescence. Je m'apercevrai vite que nous n'avons pas le même potentiel et que grandir à la montagne avec des courses, en compagnie de Vincent, sur les pentes du Mont de Grange, soit 1500 mètres de dénivelée au départ d'Abondance, vous donne des jambes, du coeur et du souffle pour toute la vie. J'en serai encore plus conscient lors de notre dernier entraînement nocturne en juillet sur les pentes accueillantes, selon les critères du traileur, de la vallée de la Loue. Je programme une course par mois en avril, mai et juin, puis 3 courses en juillet. En juin, je vis difficilement la Cro-Magnon, ce trail de 106 kilomètres avec 5500 mètres de D+ qui part de Limone en Italie et qui arrive à Cap d'Ail, juste à côté de Monaco. J'abandonne au 95ème kilomètre après avoir connu deux passages à vide insurmontables. Ce renoncement me conduit à m’interroger sur mon alimentation et je fais l'expérience des boissons énergétiques qui me réussissent bien lors des courses suivantes. Ce magnifique trail, avec un final, espéré, sur une plage de Méditerranée reste un souvenir fort pour moi et je renouvellerai l'expérience en 2006. J'ai connu sur son parcours, par deux fois, la sensation d'être en panne totale d'énergie. La première fois après 45 kilomètres de course, de longues pauses m'ont permis de me réalimenter et je suis reparti, comme neuf, après une dizaine de kilomètres à un rythme plus que ralenti. J'ai connu à nouveau le même phénomène vers le 90ème kilomètre et j’ai préféré jeter l’éponge dès que la possibilité d’être emmené à l’arrivée s’est présentée. Sur l’ultra, alimentation, assimilation et digestion me semblent être des paramètres très importants et très difficiles à gérer. Août sera pour moi un mois d’entraînements légers et de balades en montagne. Nous arriverons, Cathy et moi, quelques jours avant la course à Chamonix. L’UTMB est dans l’air, la place du triangle de l’Amitié et les affiches très présentes sur la ville commencent à alerter sur l’invasion prochaine de ces furieux fous courants que sont les UTMBistes. I - « Poussez-pas derrière ! » Le départ est, comme beaucoup de choses dans cette course, hors norme. Nous disposons d’un dossard avec un circuit électronique et nous devons aller nous faire enregistrer vers des bénévoles équipés d’une raquette de couleur noire reliée à un système informatique. Nous retrouverons ces « raquetteurs » ou « raquetteuses » une quinzaine de fois sur le parcours et, bien sûr, sur la ligne d’arrivée pour ceux qui l’atteindront. Seul le départ est réellement matérialisé sous une grande arche constituée par des échafaudages recouverts de banderoles. Les meilleurs, ou les plus pressés, sont donc relativement serrés dans les premiers mètres de ce groupe impressionnant de participants. Pour le reste, nous sommes disséminés sur la place, jusque devant l’office de tourisme ou le bureau des guides. Les spectateurs et accompagnateurs sont parfois au milieu des concurrents et personne ne semble trouver cela gênant. Il faut dire que perdre 5 minutes pour une course qui durera aussi longtemps, ce n’est pas ce qui nous préoccupe le plus lorsque l’on a choisi de partir calmement. Et pour ce qui est d’un départ tranquille, cette année, j’ai trouvé une astuce d’enfer. J’ai lancé le pari, sur le site internet de l’ultratrail, d’être le dernier à prendre le premier virage de la course. Vous voyez que mes rêves de victoire sont humbles. Les challengers sont peu nombreux pour relever ce défi et je n’identifie que Laurent (dossard 1063) et Gilles (dossard 2147) comme participant à ce challenge de l’inutile. Certains esprits chagrins pourraient me faire observer que chacun se fait remarquer comme il le peut, ce que je leur concède volontiers. Mais je me suis promis que j’arrêterais le trail lorsque je n’y trouverai plus de raisons de m’amuser et de rire avec des gens sympas. Le contrat a été largement rempli lors de ce départ le plus souriant de l’année. Laurent tentait sa chance et il était souvent sur ma droite avec le sourire des grands jours. Gilles voulait voir sa s’ur avant le départ et celle-ci semblait plutôt engluée dans la masse des spectateurs, aussi avait-il une raison supplémentaire de ne pas forcer l’allure. Nul ne saura certainement jamais qui a gagné le pari. Cathy a bien essayé de réaliser l’enregistrement numérique qui aurait pu servir à établir le palmarès, mais le visionnement de ce document très officieux ne permet pas de tirer des conclusions définitives. Cathy s’est beaucoup battue pour réaliser cet enregistrement. Elle a dû forcer le passage au milieu de la haie compacte des spectateurs du premier virage et elle présente ses excuses à celles et à ceux qui ont été victimes de son dévouement. Pour ma part, je lui trouve des excuses puisque j’ai bénéficié de ses efforts et que j’ai pu lui faire la bise avant de me lancer dans ma nuit la plus longue de l’année. Les serre-files finissent par trouver que nous devons vraiment nous décider et ils me passent gentiment, mais fermement, le bras autour du cou pour m’accompagner sur quelques pas. C’est donc sur cette accolade fraternelle que je m’écrie : « on peut y aller ! ». 2085 dossards semblent avoir été distribués pour cette troisième édition de l’UTMB. Le chiffre de 1922 participants enregistrés au départ m’a également été rapporté. C’est donc aux environs de la 1900ème place que je savoure la rue principale de Chamonix. L’évènement semble avoir trouvé sa place dans la vie de la vallée car les spectateurs sont largement plus nombreux que les concurrents ; c’est une situation que l’on rencontre rarement dans ce sport dont l’argent est totalement absent et où les médias ne sont encore que peu présents. Là-bas, tout devant, Hervé a tenté de tenir la tête de course, juste pour le plaisir. Il n’est cependant qu’en seconde position lorsque le parcours quitte le bitume pour s’engager sur un large chemin forestier. II - Mais HOUCHES qu’on va ! Enfin quoi, soyons raisonnables ! Là, tout derrière, on va encore à 8 kilomètres/heure de moyenne. C’est un rythme plus rapide que celui du vainqueur 2004 ; sur l’ensemble du parcours, en ce qui le concerne ! Florent est resté avec moi pour cette première partie de course. Il faut dire qu’il a été victime d’un virus, lui infligeant douleurs et fièvre, dans le début de la semaine. Il a donc d’énormes doutes sur son état de santé. L’ambiance est extrêmement agréable, les discussions sont encore nombreuses et les sourires fleurissent partout. Cela fait des mois que tout le monde se prépare et le stress du départ semble avoir des effets positifs sur nos performances et notre état d’esprit. Je répète à Florent que la situation s’éclaircit aux CHAPIEUX et que la course commence à COURMAYEUR. Je m’efforce à rester dans un rythme calme pour moi, ce qui est vraiment trop lent pour mon compagnon d’entraînement. Le passage au ravitaillement des HOUCHES est une fête pour tous, les spectateurs et accompagnateurs sont nombreux. Les enfants tendent la main pour que nous la tapions amicalement au passage. Beaucoup de traileurs se contentent d’une simple boisson pour ce premier ravitaillement qui se situe après 8 kilomètres de course et qui ne nous a fait monter, puis descendre, que de 200 mètres environ. Tout est encore dans le domaine du connu pour l’ensemble des participants et les corps n’ont pas forcément enregistré qu’ils partaient pour de nombreuses heures. III - VOZA lez bien ? Pour nous, ça va ! Cette première ascension de 5,3 kilomètres avec une pente moyenne de 12 % ne peut être classée dans les vraies difficultés de la course. Mais ce serait présomptueux de mépriser ces 641 mètres qu’il faut gravir dans des pelotons encore denses. Le chemin est large et les dépassements ne posent pas de problème. Quelques habitations se rencontrent dans la première moitié de l’ascension et les spectateurs sont encore très présents. L’UTMB nous fait le cadeau somptueux d’un éclairage rougeoyant de la montagne, les sommets et aiguilles que l’on peut admirer dans la montée, avant que la nuit ne tombe, sont un plaisir pour l’’il et un bonheur pour le moral du traileur. Certains montent même à reculons tellement le spectacle est magnifique. L’obscurité se fait petit à petit, je n’ai pas encore sorti les bâtons du sac et je décide de laisser la lampe frontale en leur compagnie pour ne m’équiper qu’au sommet du col de VOZA. Florent a retrouvé la forme, ses aptitudes de montagnard se sont réveillées et il a commencé à remonter, plus rapidement que moi, la longue cohorte des participants. Je discute un moment avec une concurrente qui a souvent été lue sur le forum de l’UTMB sous le pseudo de « la tête dans les étoiles ». Elle est ravie de son départ de course. Je me fais prendre au jeu de l’ancien qui donne des conseils à la nouvelle et moi c’est « la tête qui gonfle ». Je ne devrais pas, car cela gêne pour marcher dans les montées et encore plus pour courir dans les descentes ! Le ravitaillement du col de VOZA est superbement bien organisé, de longues tables le long du chemin permettent de se sustenter et de s’hydrater. La nuit est bien là, la descente risque d’être dangereuse pour les chevilles. Je sors et déplie mes bâtons et je rentre dans la grande famille des cyclopes à ‘il de diodes. L’arrêt a été bref et l’ambiance est maintenant à l’action car la route sera encore longue pour ceux qui auront la chance d’être finishers. IV - Mais qu’est-ce qui t’amène aux CONTAMINES ‘ C’est le flux encore compact des coureurs qui te mène jusqu’au ravitaillement le plus sportif de toute la course. La descente est souvent en sous-bois après le col de VOZA, l’obscurité s’en trouve renforcée et comme le sol est souvent constitué de terre ou d’humus, il s’agit d’être vigilant, surtout lorsque le chemin se révèle étroit et que la file devient indienne. C’est dans cette descente que Manu se foulera lourdement une cheville. Il suit Luc de très près et se fait surprendre par une pierre qu’il n’a pas pu percevoir suffisamment tôt. C’est un des plus grands dangers de la course en terrain varié ; comme sur autoroute, il faut garder une distance de sécurité. La nuit renforce le problème et Manu ne pourra donc pas exprimer tout son potentiel pour sa première participation à l’UTMB. Il continuera cependant jusqu’à Courmayeur pour devoir s’arrêter. Il effectuera 50 kilomètres de course avec cette blessure, mais il aurait été déraisonnable de s’entêter davantage. Encore un coureur qui aura à c’ur de prendre sa revanche en 2006. Luc est en tête de l’équipe Sports Aventures Haut-Doubs. Les sangliers marathoniens ne sont pas loin et l’on trouve pointés dans les 10 minutes qui suivent son passage : Gilles, Sandrine, Hervé, Denis et Jean-Luc. Je passe bon dernier des participants que je vous ai proposé de suivre en donnant leur dossard dans le début de ce texte. 330 coureurs seulement arriveront derrière moi aux CONTAMINES. J’ai entamé ma longue et patiente remontée avec deux certitudes. La première est que je ne reverrai jamais des valeurs sûres comme Luc ou Gilles. La deuxième concerne l’éventualité permanente d’un abandon pour une des nombreuses causes possiblement rencontrées lors d’un trail de ce calibre. Je m’apercevrai en lisant les temps de passage que Laurent, celui du pari du premier virage, est à 3 minutes de moi, mais je ne le rencontrerai plus ; dommage ! Le ravitaillement des CONTAMINES est le plus joli des capharnaüms que nous rencontrerons lors de cette course. Les concurrents sont encore un peu fébriles et semblent courir après le chrono. Je ne fais pas exception à la règle et je suis heureux de bénéficier de l’assistance de Cathy qui a fait le déplacement depuis Chamonix avant d’y retourner se coucher. Son aide m’est précieuse pour accéder aux denrées nécessaires à mon alimentation et mon hydratation. Je ne m’attarde cependant pas en sa compagnie et cela se ressent fortement sur mon classement puisque je gagnerai encore 150 places sur les 4 kilomètres qui nous séparent de LA BALME. V .- Gagnons la BALME Le chemin initial de ce tracé 2005 ayant été emporté par des inondations subies dans le début de la semaine de la course, nous devons emprunter la route sur un ou deux kilomètres avant de retrouver les chemins qui justifient l’appellation trail. Pour le qualificatif ultra, ne vous inquiétez pas, tous les ingrédients sont présents et nous n’en sommes qu’au hors-d’’uvre. Nous passons devant Notre-Dame de la Gorge, qui est toute irradiée de lumière et doit être bien surprise de voir passer tant de pèlerins pressés lors de cette belle nuit d’été. Cependant aucun ne s’arrête car la religion principale de ces pratiquants là, c’est le trail. Les relevés des temps de passage, pour cette étape, me montreront que c’est à peu près là que j’ai dû dépasser Philippe BILLARD, l’âme d’ultrafondus magazine. Je regrette de ne pas l’avoir identifié car j’aurais beaucoup apprécié de cheminer quelque temps avec lui. Son magazine est vraiment une référence pour les amateurs d'ultras. La qualité graphique est remarquable et l'esprit se révèle bien conforme à l'humilité de ce sport exigeant. Le site www.ultrafondus.com est un incontournable dans sa spécialité. Je fais l’élastique quelque temps avec un concurrent venu avec son labrador golden. Pour ceux qui n’auraient pas de culture cycliste, faire l’élastique cela veut dire : « je te dépasse, tu me re-dépasses, je te dépasse à nouveau » et cela un certain nombre de fois jusqu’à ce que le lien caoutchouté virtuel unissant les coureurs finisse par casser. Le chien tire sur la laisse, il n’aboie pas et passe avec la caravane. Je suis concentré sur ma course et je ne participe pas aux discussions déclenchées par le plus fidèle ami de l’homme. L’un de nos compagnons, à deux pattes et peut-être à deux bâtons, s’inquiète de la santé du solide toutou. Son maître lui répond que le chien est certainement capable de finir la course, mais que lui devra s’arrêter avant. Je le verrai cependant tenter de se doper en buvant le vin chaud qui nous était proposé lors d’un ravitaillement non officiel organisé dans un chalet situé un peu avant LA BALME. Mais j’ai lu sur le site internet de l’UTMB qu’il s’était arrêté bien avant Chamonix. Je suis dans la période animalière de cette course 2005 car quelques instants plus tard, lors du copieux et bienvenu ravitaillement de LA BALME, j’ai entendu le fils du propriétaire des lieux déclarer que les vaches de cet alpage passaient leur plus mauvaise nuit de l’année et qu’elles étaient parties plus loin pour ruminer en paix. Tout ceci était dit avec bonne humeur et beaucoup d’humour. Merci donc aux bénévoles de LA BALME, aux propriétaires de ces lieux et toutes nos excuses aux vaches. Si vous passez là-bas une autre nuit de l’année, vous verrez que « LA BALME dort » sans ou avec « cannes ». VI - Nom d’un grand BONHOMME Il est plus d’une heure du matin ce samedi 27 août, la nuit est claire et le chemin est balisé par les 1441 concurrents qui sont devant moi. Il doit y avoir sûrement plus de 300 lumignons visibles sur les 3 ou 4 kilomètres de parcours que l’on peut voir depuis LA BALME. Vincent est en tête de la course, il vient de basculer au col de LA SEIGNE avec 5 minutes d’avance sur Dawa. Ils ont 21 kilomètres d’avance sur moi. Florent est passé 29 minutes avant moi, il doit avoir retrouvé un peu de forme et j’en suis content pour lui. La lune est dans son dernier quartier, elle est suspendue sur notre droite, pas très haute au dessus de l’horizon et fait ressortir, en ombres chinoises, des cimes que nous n’irons pas grimper aujourd’hui. Nous nous contenterons de terminer le plus long dénivelé continu de l’épreuve, soit 1283 mètres depuis LES CONTAMINES. Je file à la folle allure d’environ 2,5 kilomètres/h dans cette montée dont les premiers kilomètres sont à 17 % de pente moyenne. C’est peu, mais c’est suffisant pour remonter significativement au classement. L’UTMB commence à montrer son vrai visage, le bonhomme est souriant mais impitoyable et certains abandons vont commencer à mûrir dans les têtes. VII - CHAPIEUX le faire C’est la plus belle descente de l’année, le terrain est beaucoup plus sec que l’an passé et je me sens en confiance. Le choix des trajectoires est déterminant et les traileurs sont plus disséminés dans les lacets qui permettent de rejoindre LES CHAPIEUX. Il faut être concentré pour assurer ses appuis, passer les ruisseaux sans trop se mouiller, éviter de glisser sur l’herbe ou sur la terre humide. Tout cela dans une nuit tranquille qui doit se demander qui sont ces humains illuminés se précipitant vers l’astre artificiel situé au fond la vallée. La nuit est vraiment galactique et j’enregistre un de mes plus beaux souvenirs visuels de cette course lorsque je me retourne vers la fin de la descente. La procession des traileurs est nettement plus perceptible qu’à la montée car je vois leurs frontales de face. La nuit me semble plus claire et les étoiles plus brillantes. Je n’arrive plus vraiment à percevoir la limite entre la montagne parcourue par ces lucioles géantes et le ciel ponctué par les astres. Peut-être que cet instant répond, à lui seul, à la fameuse question sur le fondement de la participation à une telle course. La première base vie significative, placée au 42ème kilomètre, distance symbolique du marathon, est éclairée comme une plate-forme pétrolière. Le ravitaillement est placé sous une tente que l’on traverse et cela permet un écoulement de la vague qui descend du BONHOMME. J’échange avec des bénévoles en pleine activité qui ont vu passer Vincent exactement 4 heures avant moi et qui accueilleront les derniers dans environ 3 heures. Cela commence à donner l’amplitude du travail dans les postes de ravitaillement et cela va forcément s’accentuer avec la distance parcourue par les UTMBistes. Il faut vraiment remercier tous ces bénévoles qui, eux aussi, dorment peu pendant cette course d’anthologie. Tout en buvant et grignotant, je côtoie un participant en sandales de marche, il me semble qu’il vient de la Réunion. Il porte des chaussettes, qui furent blanches, et qui m’apparaissent être toujours en coton. Je n’ose lui demander si cela est bien adapté au terrain rencontré. J’enregistre juste qu’il est venu plus vite que moi et mes super chaussures de trail jusqu’à ce ravitaillement. L’endroit est accueillant, mais cela ne peut le faire que si je me décide à repartir. 74 participants arrêteront l’aventure à cet endroit. J’ai été pointé en 1060ème position. Florent a encore gagné 25 minutes sur moi depuis LA BALME VIII - Faut que ça SEIGNE ! Je repars dans la nuit avec un enthousiasme modéré car mon corps se souvient que l’on va affronter le bitume sur 4 kilomètres environ et c’est un revêtement qui lui réussit peu en raison des chocs répétés et toujours identiques infligés par cette surface dure et régulière. Je plaisante en sortant du ravitaillement avec les bénévoles contrôleurs en leur déclarant que « vu l’heure, on n’est pas prêt d’être rendus ! ». Un joyeux compère me répond « si tu cours un peu, cela ira plus vite !». Je m’efforce de suivre son conseil provocateur, mais cela monte après LES CHAPIEUX et mon ardeur sera vite calmée. La pente n’est pas rude, mais la route est longue, 10,4 kilomètres pour 967 mètres de dénivelé, on est en dessous du pourcentage moyen d’élévation sur cette course. Je mettrai environ 2h15 pour atteindre le col. Cela donne environ du 4,5 kilomètres/heure avec 430 mètres/heure de dénivelée positive. Si l’on parle en kilomètres effort, cela fait du 8,8 kilomètres effort/heure. La règle habituelle est de considérer que 100 de D+ correspondent à un kilomètre supplémentaire parcouru. Conserver ce rythme toute la course donne un temps global d’environ 28 heures à condition de ne jamais s’arrêter aux ravitaillements. Mon classement s’est encore amélioré de 117 places entre ces deux points et je pourrais presque croire que je suis sur la voie d’une performance exceptionnelle pour moi. Cependant je sais que devrait venir le temps des douleurs et des kilomètres interminables ; aussi je profite de l’instant et chemine sereinement au flanc de la montagne pour atteindre ce col qui nous accueille en grand seigneur avec les premières lueurs du jour. Il est 6h14, Vincent est toujours en tête de course, il vient de passer ARNUVA, 33 kilomètres devant moi et il précède Christophe JACQUEROD de 40 minutes. Les derniers concurrents encore en course viennent d’arriver aux CHAPIEUX, nous sommes donc étalés sur 44 kilomètres et il faut gérer cela. L’organisation de l’UTMB c’est vraiment la performance collective la plus impressionnante que l’on puisse rencontrer de la part de bénévoles. Il faut vraiment les remercier et si parfois j’ai oublié de le faire pendant l’épreuve, je tiens à tenter de réparer cette erreur dans ces lignes. IX - C’est au COMBAL qu’on baille Une nuit blanche à crapahuter, il serait temps d’aller se coucher. C’est d’ailleurs ce qu’a fait un des traileurs que l’on peut voir endormi sur un rocher. Après 3 ou 4 kilomètres de descente roulante, nous bénéficions d’un ravitaillement, puis nous sommes sur un chemin carrossable qui constitue l’une des rares parties planes de la totalité du parcours. La lassitude, naturelle à la suite d’une nuit blanche, se trouve donc renforcée par la diminution de la concentration nécessaire. Le paysage me paraît moins hostile que lors de l’édition 2004 de la course et je trouve même une beauté sauvage au refuge ELISABETTA perché au dessus de la tente du ravitaillement. Le glacier qui vient mourir dans ce fond de vallée incite à l’humilité devant la puissance de la montagne et je relativise donc les efforts déjà effectués et ceux qui sont à venir. J’ai dû dépasser Claude dans la descente car il avait 5 minutes d’avance sur moi au col de LA SEIGNE et j’ai été contrôlé 5 minutes avant lui à ELISABETTA. Comme je ne me suis pas arrêté bien longtemps à ce ravitaillement, nous ne nous sommes pas aperçus. Il faut dire que cette année, après 11h40 de course, la densité de concurrents est encore impressionnante. X - L’ARETE MONT-FAVRE n’arrête pas de monter. C’est le plus beau pourcentage de pente que nous rencontrons depuis le départ. C’est aussi le plus court des 5 coupe-jarrets de la boucle complète. Pour les obstinés, BERTONE sera plus long, GRAND COL FERRET se révélera impitoyable, BOVINE montrera pente et obstacles et LES TSEPPES compléteront brillamment le menu. Le souffle est court et les organismes souffrent. Il n’y a plus guère de bonne humeur dans l’air et les coureurs arrêtés, pour tenter de récupérer, commencent à être nombreux. L’image d’un concurrent debout, en appui sur ses bâtons, et régurgitant pitoyablement me reste en souvenir. Bien des décisions de stopper à COURMAYEUR ont dû être prises dans cette montée qui nous a fait franchir les 4000 mètres de dénivelé cumulé. Je bascule en 763ème position. Florent est passé 1h29 avant moi, je pense ne devoir le revoir qu’à l’arrivée à CHAMONIX XI - COL CHECROUI dans les prés, c’est la fin de la montée. La descente est agréable, le paysage herbeux et le cheminement devrait être l’un des moments les plus agréables de cette première étape de l’UTMB. Cependant, la nature me rappelle que bien gérer sa course, c’est bien digérer. Je me sens perturbé par de fortes douleurs abdominales. Je dois, et je crois courir, ventre à terre, jusqu’au ravitaillement de COL CHECROUI. Les chiffres, d’après course, montreront que je suis descendu à 6,5 kilomètres/heure. Comme le dit Cathy, vous vivez cette course dans un état bizarre où vous n’avez plus votre sens habituel des réalités. En effet, quel jogger occasionnel n’est pas capable de courir à cette vitesse, surtout en descente ‘ Et bien, il faut constater que, malgré cela, j’ai encore dépassé 22 de mes compagnons d’efforts sur 4,5 kilomètres. Je n’aurais pas pu mieux choisir le ravitaillement pour sacrifier aux nécessités de la vie organique. Les sanitaires sont de grande qualité à MAISON VIEILLE. Je me sens épuisé et je traîne au ravitaillement pour essayer de retrouver du plaisir à manger puis à repartir. C’est le pas hésitant que je me lance dans une descente à 15 % qui doit, en 5 kilomètres, nous conduire jusqu’à DOLONNE, ses douches, ses masseurs et son restaurant. XII - Le moral remonte dans la descente La machine est longue à retrouver un semblant de vigueur. Pour la première fois depuis longtemps, je suis dépassé en dehors d’une zone de ravitaillement. Je me concentre sur la technique. Je finis par retrouver un rythme décent de descente. Il doit être de 6 ou 7 kilomètres/heure. Je dépasse un coureur qui m’envie et me déclare que « j’ai l’air facile dans la descente ». Je lui réponds que j’ai suivi les conseils donnés par Vincent dans le magazine « ultrafondus ». La vanité est-elle un stimulant ‘ Certainement puisque les remarques de ce compagnon de route me redonnent le moral et que j’ai l’impression de descendre comme un champion. Revenons à un peu de réalisme ! En effet, Christophe a descendu ces 4,7 kilomètres, entre COL CHECROUI et DOLONNE, en 26 minutes, ce qui donne une vitesse de près de 11 kilomètres/heure. Vincent a mis 29 minutes sur cette étape et moi 51 minutes, alors je vais relire ses conseils et, surtout, revenir à la modestie, vertu salutaire. XIII - Un monde meilleur à COURMAYEUR Le dernier kilomètre avant le centre des sports de COURMAYEUR-DOLONNE commence à montrer des signes d’une étape d’importance. Les spectateurs ne sont plus aussi rares que dans la montagne. Depuis LES CONTAMINES, c’est le premier ravitaillement facile d’accès pour les accompagnateurs qui ont cependant dû investir dans un passage du tunnel du Mont-Blanc. Cathy est là, au bord de la route, elle m’attend depuis plus de 2 heures. Elle est totalement zen car elle a discuté un quart d’heure avec Dawa qui a décidé d’arrêter sa course à COURMAYEUR en raison de douleurs lombaires. Si vous avez entendu DAWA pendant l’émission radio diffusée quelques jours après l’UTMB sur France Culture, vous avez certainement compris combien il symbolise l’esprit de ce sport désintéressé et sans récompense. Dawa n’a jamais de pensées négatives sur aucune personne. Peut-être devrions-nous, nous aussi, passer, comme lui, 7 années à pratiquer les arts martiaux dans un monastère népalais. Gilles est arrivé à 6h 23, en même temps que Michel POLETTI, l’organisateur-coureur, plus de 3 heures avant moi. Luc les suivait à 7 minutes. Le couple Sandrine-Hervé est arrivé à 6h 55. Manu a courageusement atteint COURMAYEUR à 7h 26 avec sa cheville foulée. Jean-Marie le suivait à 12 minutes. Florent, Denis et Jean-Luc sont arrivés entre 5 et 10 minutes après 8h 00. Philippe est déjà là depuis 29 minutes quand je rentre, à 9h 31, dans la base vie de DOLONNE. Les lieux sont vastes et accueillants, je commence par une douche car le diagnostic de Cathy est simple : je ne suis pas au mieux de ma forme et ceci est lié en grande partie à mon excès de vêtements qui m’a mis en sudation abondante puis a entraîné un refroidissement général. La douche me réchauffe, j’envisage de me faire dorloter par les kinés, mais la file d’attente m’en dissuade. Cette année, les repas sont pris dans le bar du centre des sports, c’est un endroit très agréable. Nous nous retrouvons autour d’une table avec Cathy et Florent. La compagne de Florent, Hélène, fait partie des courageux accompagnateurs qui sont si précieux pour ceux ou celles qui en bénéficient. Participer à l’UTMB est une folie, les accompagnateurs ont bien du mérite à suivre ces êtres bizarres, pendant de longues heures, et cela pour parfois ne les voir que quelques brefs instants. L’an passé, une rumeur a couru sur les effets des pâtes servies à ce ravitaillement. La vengeance du chef cuistot est terrible ! Nous avons droit à une mixture industrielle servie en barquettes préemballées et appelée lasagnes. Tout le monde ne peut pratiquer la pensée positive comme DAWA ! C’est équipé de vêtements secs que je repars après 1h 15 d’arrêt. Cathy s’inquiète pour moi car elle me trouve un air hâve et exténué. Elle m’a avoué, après la course, avoir pensé que je n’atteindrais jamais le GRAND COL FERRET. Je n’ai pas vraiment conscience de cette éventualité car je me sens beaucoup mieux qu’à CHECROUI. Nous ne serons que 1280 traileurs, soit 2 participants sur 3, à repartir de COURMAYEUR. 458 coureurs en feront leur arrivée personnelle. Il faudra l’équivalent d’au moins 8 bus pour les ramener à CHAMONIX, cela donne une idée du challenge que doit relever l’organisation. La dernière à arriver à DOLONNE est Stéphanie (dossard 2418) ; Il est 14h 14, Vincent est toujours en tête de course, il descend sur VALLORCINE, Christophe est 6 minutes derrière lui. Ils sont à environ 66 kilomètres de COURMAYEUR. La course commence à COURMAYEUR, c’est une conviction que j’ai de plus en plus. Mais pour les premiers de ce trail, Le départ a été donné beaucoup plus tôt dans la journée. XIV - BERTONE ne s’en étonne Il est environ 11h00 lorsque je traverse des rues commerçantes de COURMAYEUR. Personne ne semble être intéressé par le passage de ces coureurs portant cependant un dossard, ce qui est pour le moins inhabituel chez les montagnards fréquentant les rues de cette jolie ville. Seul un commerçant, sorti devant sa boutique, semble m’encourager. A tout hasard, je lui serre la main et le remercie. Ma pratique de la langue de Dante n’a pas progressé depuis l’an passé. Je n’ai rien compris à ce qu’il me disait. J’espère que c’étaient des paroles sympathiques. Après 1,5 kilomètres environ nous quittons le bitume et entrons dans le vif du sujet d’une pente à 20 ou 25 %. Je mettrai 1h 25 pour parcourir DOLONNE-BERTONE. Ce qui donne une élévation à environ 550 mètres par heure. Ce n’est pas exceptionnel, mais on a vu, et on verra, pire. Le temps n’est pas si radieux que l’on aurait pu l’espérer après la nuit claire passée sur les sentiers. Les nuages viennent obscurcir le ciel et l’arrivée au chalet BERTONE se fait avec les derniers rayons de soleil de cette journée. L’accueil BERTONE est digne du souvenir que j’en avais. Nos hôtes sont attentionnés et le choix de nourritures et de boissons et à même de me retenir un bon quart d’heure sur cette agréable terrasse. Philippe est passé 15 mn avant moi, Florent m’a précédé de plus d’une heure et je ne sais si je les reverrai de toute la course. BERTONE a été la fin du voyage pour 11 traileurs. Catherine (dossard 238) qui m’avait précédée de 1 mn sur la ligne d’arrivée en 2004 s’arrêtera là pour cette année. C’est son mari Pierre qui bouclera complètement cette édition, alors qu’il avait stoppé à refuge HELENA en 2005. Je ne les ai jamais vus sur cette course, mais j’avais eu le plaisir de parler avec eux lors du Trail des forts à Besançon en mai 2005. XV - ARNUVA-s’y mollo Pour l’instant cela va pourtant plutôt bien. Je gagne le refuge BONATI, soit 7,5 kilomètres et 385 mètres de D+ cumulé, en 1h 15 si je décompte l’arrêt somptueux de BERTONE. Le pointage à BONATI me conduit à demander à la contrôleuse des informations sur mon classement dans la course. Elle me dit qu’elle ne veut pas me casser le moral car elle connaît la signification du dossard 239 et je dois la rassurer sur mon manque d’ambition quant à la place réalisée. Elle consent alors à me dire que je suis 612ème. Cette information ne me surprend pas car je suis parti plus lentement qu’en 2004 ; de plus le nombre de participants est plus important et le niveau semble avoir monté. En effet, de nombreux sportifs se sentent maintenant capables d’affronter des distances aussi folles et l’UTMB est une course qui fait rêver bien au-delà des frontières des trois pays qui l’accueillent. Lorsque le vainqueur 2005 franchit la ligne à CHAMONIX, les derniers concurrents encore en course sont entre BERTONE et BONATTI. Les organisateurs doivent gérer en même temps des coureurs sur 80 kilomètres de parcours, sans compter les retours sur CHAMONIX. Comment avez-vous fait, les membres de l’organisation, pour lancer une machine si énorme ‘ Etiez-vous bien conscients de l’ampleur de la tâche ‘ Encore bravo et merci pour tout cela. Les premières gouttes commencent à tomber sur nos têtes, mais cela est encore trop diffus pour constituer une véritable gêne. Je suis entré dans ce que j’appelle le rythme automatique, c'est-à-dire que je n’envisage absolument pas de m’arrêter, que rien n’existe plus que l’envie d’avancer, que l’impression d’efficacité est forte avec, pourtant, un rythme d’une lenteur qui doit surprendre vu du bord du chemin. Je ne dois pas être le plus atteint par ce syndrome car sur 4,3 kilomètres entre BONATI et ARNUVA, avec 100 mètres de D+ et 350 mètres de D-, je file un petit 5 kilomètres/heure qui me conduira à dépasser 52 de mes compagnons de route. Ultra, quand tu nous a enfermés dans ton monde de fatigue, d’efforts et de douleurs, tu nous fais perdre les références habituelles et les moins atteint par l’épuisement peuvent se faire croire qu’ils vont vite’.. « Ultra » n’est il pas un prénom féminin ? « Ultra », Tendre Maîtresse Barbare qui nous fait languir toute une année avant de nous faire subir de délicieuses souffrances. Combien de tes amoureux épuisés vas-tu encore décevoir ce soir du samedi 27 août 2005. Tu n’en as éconduit que 5 à BONATI. Beaucoup plus s’écrouleront au pied du GRAND COL FERRET, tes exigences sont parfois trop grandes pour les humains qui te convoitent. J’en suis là dans mon étreinte avec Ultra lorsque je passe Philippe que je ne reconnais pas sur le moment et il doit me héler pour me sortir de mon rêve. L’échange amical est bref car il faut se concentrer sur un chemin étroit qui peut se révéler glissant. Nous parlons quand même du mur de montagnes qui bouche notre horizon et dans lequel nous aimerions bien voir le GRAND COL FERRET. L’effet psychologique de la partie à 22 %, nous attendant avec tranquillité, a dû atteindre plus d’un moral. Ils seront 155 à s’arrêter au fond du VAL FERRET italien et si j’en suis reparti confiant, c’est certainement grâce à Cathy qui a roulé de nombreuses heures pour m’apporter du réconfort et me faire bénéficier d’un massage de mollets à la lotion défatigante. De nombreux traileurs réclament le même traitement, mais seul Philippe en a également le privilège. Cathy m’a attendu près de 3 heures à ARNUVA. Elle y a rencontré Jean-Marie qui était en train de repartir du ravitaillement. Si vous avez vu le DVD de la course 2004, vous avez eu le plaisir de voir Jean-Marie, dit Barbouille, qui était au ravitaillement de VALLORCINE et qui déclarait avec ce bel accent jurassien, usant de voyelles largement épanouies chères aux oreilles de Marcel Aymé et aux miennes, qu’il « n’avait pas eu besoin du kiné ». Jean-Luc est arrivé à 12h 55, 1h 35 avant moi, il souffre de douleurs ventrales et demande à Cathy si elle n’a pas des médicaments du style Smecta, pour soulager ce qu’il pense être des problèmes stomacaux. Nous ne sommes pas encore en Suisse, mais la Croix Rouge est déjà présente, et Jean-Luc aura recours à leurs services. Je retrouve, pendant la pause à ARNUVA, Guillaume (dossard 1955) un jeune de 22 ans, catégorie espoir, il possède un solide potentiel et il l’a déjà prouvé sur des courses plus courtes. Guillaume a été capable d’accrocher Henri TECHER, l’une des valeurs sûres de l’ultra, jusqu’au col de LA SEIGNE qu’ils ont passé ensemble. Puis Guillaume a fait un malaise imprévisible pour lui, mais qui confirme le lien entre âge et endurance. A l’heure de nos échanges à ARNUVA, Henri le précédait de 31 kilomètres et il finira 15ème de la course. Courageusement, Guillaume franchira le GRAND COL FERRET, mais il rendra les armes à LA PEULAZ, au kilomètre 94. Nous le reverrons bientôt sur les trails et il saura progresser calmement vers la maturité. Lorsque je repars d’ARNUVA, Vincent est toujours en tête de la course, il vient de passer VALLORCINE et il a été pointé avec 6 minute d’avance sur Christophe. XVI - L’est haut FERRET Il fait un temps de « chien sans le faire exprès », dès les premières pentes du col. Il est nécessaire que nous nous arrêtions pour mettre les vestes imperméables. Philippe est à quelques encablures devant moi dans la brume qui s’épaissit. Cela a au moins un avantage, nous ne sommes pas découragés par la vision trop lointaine de l’un des juges de paix de l’UTMB. 768 mètres de dénivelé sur 4,6 kilomètres, « cela commence à causer ! », comme on dit dans notre région. Il me faut environ 1h 30 pour franchir l’obstacle. Philippe n’est pas loin de moi et nous arrivons ensemble au col, « c’est extra ! ». Là bas, 65 kilomètres devant nous, Christophe vient de passer la ligne d’arrivée en vainqueur, il est 16h 13 ce dernier samedi d’août 2005. Il a dépassé Vincent entre VALLORCINE et ARGENTIERE et le précède de 14 minutes à CHAMONIX. Marco OLMO sera troisième, 25 minutes derrière Vincent. Les spectateurs devront attendre près de 2 heures avant de voir arriver les coureurs suivants. Le temps est vraiment très humide, il commence à fraîchir. Lorsque les bénévoles quitteront le poste de secours du col, vers 22h dans la nuit, ils seront accompagnés par des flocons. Si vous avez vu le reportage d’antenne 2, vous pouvez avoir une idée de la météo de ce passage car il a été filmé à peu près à ce moment là. Vous apercevrez peut-être, en arrière plan, une silhouette encapuchonnée de noir et penchée sur son sac posé à terre. Nous avons reconnu Hélène, la compagne de Florent qui prouve ainsi, elle aussi, que la folie des ultra-traileurs est contagieuse pour leur entourage. Quatre traileurs arrêteront leur parcours au sommet de ce passage, c’est une difficulté pour l’organisation car il n’y a pas d’accès pour les véhicules. L’un d’entre eux redescendra sur un brancard porté par de solides douaniers italiens. Est-ce ceux que j’ai rencontrés dans la montée, sanglés dans leur uniforme de drap qui n’avait rien d’un équipement de montagne ‘ Encore une histoire grappillée au gré des rencontres et dont les détails m’échappent. C’est un des grands plaisirs de cette course, nous en sommes les acteurs et les spectateurs, sa durée hors norme nous permettant de nous intéresser souvent à bien autre chose qu’à notre performance. XVII - Un peu las à LA PEULAZ La pente est plutôt douce avec ses 13 % sur 3,5 kilomètres. Un chemin boueux et glissant nous accueille. Je suis ravi d’avoir des bâtons car la fatigue est bien là et la chute fort possible. Ma vitesse de descente atteint les 5,5 kilomètres/h. Vincent est passé à 9,5 kilomètres/h sur cette portion descendante. Ultra est vraiment sans pitié, même pour les meilleurs dont la mesure de vitesse pourrait faire rire des marathoniens n’ayant jamais tenté l’expérience de la montagne. Denis, qui jusque là avait été plus rapide que moi, est descendu à 4,8 Kilomètres/h. Il arrêtera la course à ce ravitaillement. Lorsque nous arrivons à l’étable de LA PEULAZ, Philippe et moi sommes contrôlés dans la même minute. Nous ravitaillons et discutons ensemble, mais il est reparti seul car, après avoir bu une boisson chaude, je m’écroulerai de fatigue sur la table, la tête posée sur mon bras, assis sur un inconfortable banc de bois. Pendant ce temps, Gilles et Luc descendent sur TRIENT. Ils n’ont plus qu’une trentaine de kilomètres à parcourir, il nous en reste le double à affronter, si tout va bien. Florent est passé 1h 15 avant moi dans cet abri peu confortable où des bénévoles dévoués tiendront le poste ouvert plus de 16 heures. Le réveil est brutal, provoqué par l’inconfort, le froid et l’humidité. Je m’ébroue et me remets en activité sans pouvoir évaluer mon temps de sommeil. Il a dû être court car j’arriverai à LA FOULY 3 minutes après Philippe. XVIII - LA FOULY des grandeurs Nous arrivons au premier ravitaillement après la barre des 100 kilomètres et nous avons déjà grimpé 6105 m, ceci donne donc plus de 161 kilomètres efforts. Il s’agit donc bien, d’un peu de grandeur et de beaucoup de folie. De la grandeur et de la douceur car le lieu d’accueil est vaste et confortable. Le parcours depuis LA PEULAZ s’est déroulé sans histoire avec un peu trop de bitume à mon goût. Jean-luc est arrivé à LA FOULY plus d’une heure avant moi. Ses douleurs ventrales sont toujours très fortes et il envisage sérieusement d’arrêter là. Il a déjà enduré bien des souffrances pour arriver en ce lieu où il a beaucoup d’amis suisses. Peut-être voulait-il également passer la barre symbolique des 100 kilomètres ‘ Le diagnostic d’après course sera net, il souffre d’une hernie et devra subir une intervention chirurgicale. Ce grand sportif a vécu tout cela avec sérénité. Notre admiration et notre amitié pour lui s’en trouvent encore grandies. Il ne sera pas seul à s’arrêter à LA FOULY puisque 114 traileurs prendront la même décision et que cela sera le lieu d’arrêt classé en troisième position, après COURMAYEUR et ARNUVA, pour le nombre de sorties de course recensées. Je ne reverrai pas non plus Claude à ce ravitaillement qui marqua pour lui la fin de cet UTMB 2005. Il est arrivé là plus de 3h 00 après moi et son état de forme ne lui a pas permis de continuer. Un jeune suisse, chargé de la transmission des informations par internet m’apprend que Christophe a gagné la course. Il a l’air presque gêné par la légitime fierté qu’il tire de la victoire de son compatriote et il me donne l'information avec retenue. Je me réjouis sincèrement de la victoire de ce traileur de grand mérite et le remercie de la nouvelle qui m’apparaît excellente. J’en oublierais presque que mon périple personnel est loin d’être terminé. Sandrine et Hervé, sont en train de se ravitailler à CHAMPEX, leur première participation se présente bien. Florent a 1h 24 d’avance sur moi. C’est à peu près l’écart que nous avions à COURMAYEUR, il s’était arrêté un peu plus longtemps que moi et à BERTONE il me précédait de 55 minutes. L’écart entre nous s’est creusé régulièrement depuis lors. XIX - Près de faiblir à PRAZ DE FORT Allez hop, il faut parcourir 8 gros kilomètres de descente pour mériter la prochaine pause. Les compagnons de route deviennent rares et je reste parfois de longs moments sans voir âme qui coure. A l’heure à laquelle je suis parti de LA FOULY, 3 traileurs avaient franchi la ligne à CHAMONIX et il restait en course, devant moi, environ 480 participants. Nous étions donc statistiquement répartis à raison de 1 coureur tous les 120 mètres environ. Cela peut engendrer de grands moments de solitude et nous situe dans un contexte de course bien différent de l’avant COURMAYEUR. Sur ce parcours roulant, ne nécessitant pas toujours l’aide des bâtons, ma vitesse s’est stabilisée autour de 5 ou 6 kilomètres/h. J’ai pourtant l’impression de courir à un bon rythme. Le temps est toujours gris et triste, il ne pleut plus guère et moi je n’en peux guère plus. A l’arrivée au FORT, les rues traversées sont vides et les maisons semblent peu fréquentées. Les premiers sont passés ici il y a près de 11 heures et il est normal que les spectateurs se soient lassés. L’ambiance est tristounette au ravitaillement, les bénévoles sont pourtant d’un dévouement exemplaire, leur abri n’est guère confortable et ils devront subir encore ce temps frais et humide pendant environ 5 heures. Je hèle Philippe qui mange une soupe assis avec d’autres en rang d’oignons devant l’entrée d’un garage proche de la tente de ravitaillement. Je lui dis que je ne fais que de boire un verre ou deux et je repars pour terminer la descente vers ISSERT. Florent n’a jamais eu autant d’avance sur moi, il doit être dans la montée vers CHAMPEX. Barbouille est arrivé là-bas depuis plus d’une heure. XX - Et bien CHAMPEX maintenant ! Vous couriez, j’en suis fort aise. Après 19 kilomètres de descente, il va s’agir de marcher maintenant. Connaissant la vitesse en courant et en descendant, il y a tout lieu de craindre le pire pour la montée de 411 mètres qui nous attend sur 4,6 kilomètres. Mais, fabuleuse surprise, le pas n’est pas trop lourd et je croche un wagon de 5 ou 6 compagnons de route avec lesquels je vivrai la tombée de la nuit qui sera renforcée par une entrée sous le couvert de la forêt. Je serai le dernier à sortir ma lampe frontale du sac et cela sera bien nécessaire lorsque je quitterai le groupe en allant moins lentement vers la fin de cette côte. J’ai failli écrire : « en accélérant » ! Il ne faut pas exagérer, tout de même ! L’accueil au lac n’est pas décevant car j’ai le plaisir de retrouver Béa et Justin, la femme et le fils de Philippe. Ils boivent un verre avec Cathy à la terrasse d’un café. Devinette : qui est capable de s’attabler, dehors dans l’obscurité, avec son anorak, à une terrasse à 1477 mètres d’altitude, un soir pluvieux de la fin du mois d’août ‘ La réponse a forcément un lien avec des UTMBistes forcenés qui ont contaminé leurs proches. Cathy m’accompagne pour rejoindre la base de CHAMPEX D’EN BAS. Nous rejoignons 2 concurrents qui nous demandent si nous sommes bientôt arrivés au ravitaillement. Cathy répond qu’il y en a pour 5 minutes car elle a mis 10 minutes pour le faire dans l’autre sens, donc en montée. Nous mettrons largement plus du triple pour arriver à bon port et le road-book indique 2 kilomètres. Nous sommes donc devant deux hypothèses, soit Cathy marche à 24 kilomètres/heure en montée, soit elle avait oublié de regarder sa montre’ La nuit est bien épaisse et c’est à peine 100 mètres avant d’y parvenir que l’on aperçoit la grotte lumineuse, Bernadette n’est pas là ! C’est cependant un lieu miraculeux avec un accueil à la hauteur de la réputation du sens de l’organisation de nos amis suisses. Ce bunker enterré dispose de salles à la chaleur accueillante, de douches chaudes, de dortoirs et surtout d’une cuisine. Le chef est aux petits soins pour les arrivants, je bénéficie d’une saucisse de veau, je n’en avais pas mangé depuis mon dernier passage en ces lieux lors de l’UTMB 2004. Philippe arrive 12 minutes après moi, avec sa petite escorte familiale. Il est 21h 51. Florent est arrivé là exactement une heure avant moi. Ce qui signifie que l’écart entre nous s’est réduit de 29 minutes entre PRAZ DE FORT et CHAMPEX. Ce ne peut être que le signe d’un problème pour lui. En effet, une douleur intense et persistante sur le devant du tibia, l’a obligé à se priver du tour complet pour cette année. Je ne le verrai pas pendant mon séjour de 2 heures dans cet abri souterrain et je ne pourrai lui glisser quelques mots de réconfort. Il est entre les mains des médecins et les temps d’attente sont longs à ce moment de la course. A quelque chose malheur est bon, puisque Hélène évitera ainsi la nuit blanche. Pour l’instant, Béa et Cathy n’ont pas cette chance et elles sont en pleine action à CHAMPEX dans leur rôle d’assistance technique. C’est un réconfort moral qui ne doit pas améliorer la performance globale car on a du mal à repartir lorsque l’on est entouré comme cela. Cependant cela augmente certainement la probabilité d’être finisheur car ce qui nous attend encore n’est pas du détail : 39 kilomètres et près de 2000 mètres de D+. Barbouille est arrivé dans ces lieux plus de 3 heures avant nous. Cathy a échangé avec lui et il lui a semblé qu’il prenait tout son temps avant de repartir. Il sera cependant à BOVINE plus d’une heure avant que je reparte de CHAMPEX. Sandrine et Hervé ont déjà dépassé TRIENT, ils ont quitté le bunker avec Cédric et ils resteront les trois ensemble jusqu’à l’arrivée. Cédric comptait cependant plus de 2 heures d’avance sur eux en arrivant à CHAMPEX. Il a eu besoin d’une pause plus longue. Lorsque Philippe arrivait à CHAMPEX, Gilles finishait dans un temps canon de 26h 48. Il se classe 21ème ex-aequo avec un italien qu’il a rencontré à CHAMPEX et qu’il n’a pas quitté jusqu’à l’arrivée. Ils ont décidé de cette arrivée sans sprint qui correspond bien à l’esprit de l’UTMB. Si vous regardez le classement de cette édition 2005, vous constaterez que la situation est fréquente. On trouve parmi les 100 premiers, 12 arrivées en duo, 3 en trio et 2 en quatuor. Le record semble battu pour l’arrivée à la 170ème place, où 9 finisheurs ont terminé avec le même temps. Luc finira également avant que je reparte de CHAMPEX, il sera classé 43ème, juste derrière Michel POLETTI. Il possédait encore 33 minutes d’avance sur Michel à ARGENTIERES. C’est certainement sa tendresse paternelle qui lui a fait perdre la troisième place de vétéran 2 et lui fait rater une série de 3 podiums d’UTMB consécutifs en catégorie Vétérans 2. Il s’est un peu trop attardé vers ses enfants qui le fêtaient avant la ligne d’arrivée et il n’a même pas vu Michel le dépasser, j'imagine que Michel ne l'a pas aperçu non plus. L’esprit trail est bien respecté, la famille passe avant le podium. Pour ma part, j’ai largement pris mon temps dans cet abri anti-atomique de l’armée suisse qui est un labyrinthe fascinant dans lequel les traileurs hallucinés de fatigue passent de la douche au repas, du repas au massage, du massage au médecin, du médecin au podologue et du podologue au dortoir. Enfin, choisissez vous même un ordonnancement quelconque dans ces occupations qui sont plus ou moins nécessaires selon les individus. Tout cela se passe dans un désordre style hôpital de campagne qui ne fait pas regretter les heures guerrières du glorieux passé militaire de l’Europe. Ici, nos vies ne sont pas en jeu et l’on peut arrêter les hostilités à tout moment ; c’est d’ailleurs ce que feront 112 de nos compagnons d’épopée. Pour ma part, je renonce à passer entre les mains des physiothérapeutes, comme en dit en Romandie, et je tente un somme réparateur. Je m’allonge avec bonheur sur l’un des lits collectifs à 12 places et deux étages de l’armée suisse, délicieusement enroulé dans une couverture qui gratte. Mais le sommeil ne se commande pas et le calme de mon abri est perturbé par de joyeux coureurs qui s’expriment dans les couloirs ou par d’autres qui explorent eux aussi les recoins de ce monde souterrain. Je passe 20 à 25 minutes dans ce très relatif lieu de repos. Puis je vais m’équiper afin de repartir affronter la nuit. Je suis un peu flottant, sans douleur particulière, et, contrairement à l’an dernier, la question de l’abandon ne m’effleure même pas. « Jusque là, tout va bien ! » et j’ai trop rêvé à ces moments pour que seule une fatigue engendrée par ces 29 ou 30 heures de course puisse me faire envisager l’arrêt. Je repars après le traditionnel bisou à Cathy et j’apprécie l’ambiance des bénévoles qui contrôlent le départ dans ce hall glacé, seul endroit inhospitalier du bunker. Amis bénévoles, bon courage et peut-être à l’année prochaine ! XXI - BOVINE qui vient dîner ce soir ‘ Nous avons d’abord à nous mettre sous la dent une portion bitumée descendante, j’ai rejoint un groupe qui était parti quelques secondes avant moi. Emportés par notre élan, nous ratons le chemin qui va nous emmener vers un des plus jolis murs de l’UTMB. Pour les éléments de ce groupe, l’UTMB 2005 peut être validé pour une distance augmentée d’un « bon » kilomètre. Pour cette montée, la gradation des plaisirs est bien prévue, les chemins sont d’abord larges et peu pentus, puis nous devons affronter des passages de torrents, peu profonds mais impressionnants dans la clarté de la frontale ; je tente de les compter pour décrire la situation plus tard. Mais je suis incapable d’en avoir le souvenir exact. Nous en avons rencontré au moins cinq, dont l’un était infranchissable sans l’utilisation d’une rudimentaire passerelle de planches de bois. Le cheminement est maintenant difficile avec de nombreux blocs de pierre qui ralentissent l’allure et un balisage peu discernable en raison des tortuosités du sentier et de la végétation buissonneuse. En raison de ma forme moins mauvaise que celle de mes compagnons de rencontre, je me suis retrouvé seul assez rapidement sur le début de l’ascension et je le regrette car la compagnie aurait été rassurante dans ces moments délicats. Cependant, avec l’expérience de l’an passé, j’ai confiance dans le balisage des traileurs du Mont-Blanc, malgré l’incident précédent. Je mets près de 2 heures avant d’arriver au ravitaillement, les rencontres se sont faites plus nombreuses sur les 2 derniers kilomètres. J’ai été dépassé par un coureur et j’ai dû en passer 3 ou 4. La nuit est toujours aussi profonde, un peu moins humide dans l’air que sur le sol et les images sont floues dans les faisceaux électriques de nos diodes. Les souvenirs sont grandioses de ces passages un peu fous où l’obstination des UTMBistes sera peu compréhensible pour ceux qui supporteront le récit de ces moments. Le ravitaillement devant le chalet de BOVINE se fait sous une tente largement éclairée. Nous sommes nombreux à passer dîner ce soir là, 792 traileurs ont atteint BOVINE cette année. Deux ont dû arrêter là leur course. Je suis contrôlé en 425ème position, il est 1h 37. Derrière la table du repas, trois bénévoles, de toutes jeunes filles sont assez hilares et le décalage avec l’épuisement de la plupart des traileurs aperçus à ce moment là me paraît très grand. C’est un rayon de soleil dans cette deuxième nuit blanche. L’une d’entre elles vient à parler du chalet des « STEPPES », je lui dis que les steppes c’est les grandes plaines herbeuses de la Russie et que par ici ce n’est pas vraiment ça. L’échange se déroule dans la bonne humeur. Je dois reconnaître que TSEPPES, t’s’est pas facile à prononcer. L’ambiance est chaleureuse, mais le temps est frisquet et je ne m’arrête sûrement pas plus de 5 minutes. Je repars seul pour affronter les derniers 500 mètres avant la bascule sur la longue descente. XXII - TRIENT, voilà de la boue, hein ! Il faut absorber 6 kilomètres de descente après le COLLET PORTALO, la météo nous fait l’honneur de nous laisser apercevoir les lumières de MARTIGNY, tout là-bas, au bout de la plaine du lac LEMAN, à environ 1200 mètres en dessous de nous. Comme l’an passé, la descente me semble interminable. Le parcours a pourtant été raccourci d’un kilomètre sur la fin. Mais ce qui a été gagné en distance est compensé par la difficulté d’un chemin non stabilisé et avec de forts lacets. C’est le slalom le plus boueux rencontré jusque là. La descente du COL DU BONHOMME était un aimable jardin d’enfant par rapport à ce toboggan naturel qui me fait apprécier mes bâtons, je regrette seulement de n’être qu’un skieur de fond et pas un slalomeur confirmé. La piste est grasse, fuyante sous les chaussures et je me dis que si j’avais encore 12 ans, je me vautrerais à l’aise dans cette glaise. « C’est vraiment dégueulaaaasse ! ». Prononcez cette phrase avec l’accent local et vous verrez que finalement ce n’est pas grave tout ça. C’est la folie UTMB qui continue. Surtout ne goudronnez rien ! Et même si vous pouviez mettre de la terre et de l’eau sur les 7 ou 8 kilomètres bitumés du parcours, cela nous mettrait encore plus en joie. Cette partie sport de glisse est tout à fait dans l’ambiance du ravitaillement le plus fun du parcours. Nous entendons dans le lointain les bruits de ce qui me semble être une discothèque ou une fête foraine. Il faut se rendre à l’évidence, il s’agit bien de l’animation de l’arrivée de l’étape. Personne n’a dû dormir cette nuit là à TRIENT ! Les bénévoles nous orientent dans le village. L’un d’entre eux nous demande d’où l’on vient et chacun a le plaisir d’être accueilli sous le chapiteau par un infatigable disc jockey qui cite notre nom et l’origine donnée quelques instants plus tôt. C’est une pratique qui réconforte et mérite encore des remerciements appuyés. La fête est complète car Cathy est là. Mon ami Barbouille également, c’est la première fois que je le vois sur la course et je lui donne une fraternelle accolade, emporté par l’ambiance survoltée qui règne sur place. Il me dit souffrir d’une douleur forte sur le coup de pied et vouloir finir tranquillement cette course. Béa tente de dormir dans la voiture où le jeune Justin a succombé à la fatigue malgré le fort volume sonore qui envahit tout le village. La musique bat son plein et un morceau de rock m’entraîne à esquisser quelques pas de danse avec Cathy. C’est une initiative très applaudie. Je ne gagnerai jamais l’UTMB, mais le disc jockey a déclaré que j’ai été le premier traileur à danser à TRIENT. C’est un titre de gloire dont je ne suis pas peu fier. Pour gagner, c’est vraiment fichu cette année, à l’heure où j’ai été contrôlé à TRIENT, il y avait très exactement 100 concurrents qui avait finishé. Décidemment, j’aime trop le verbe « finisher » et ses substantifs « finisheurs » et « finisheuses », vivement que tout cela soit dans le dictionnaire. Bon, mais c’est pas tout. ! La fête ne doit pas durer trop longtemps si je veux avoir une chance de terminer. Vous voyez le tableau, si je raconte à mes copains que je n’ai pas bouclé l’UTMB parce que je me suis tordu une cheville en dansant le rock le plus fatigué de l’année au kilomètre 132. Béa nous rejoint avant que nous quittions la salle de ravitaillement, Philippe ne saurait tarder. Les indications horaires qui sont données sur le site www.ultratrailmb.com correspondent à notre arrivée aux points de contrôle. Il est donc difficile d’estimer notre temps de pause et en conséquence la vitesse réelle sur une étape. Pour TRIENT, Les incorrigibles fêtards que nous sommes ont abusé de l’ambiance et nous avons dû repartir alors que d’autres plus sérieux , Sandrine, Hervé et Cédric passaient la ligne, ensemble. Ils ont vécu cet instant en compagnie de François (dossard 2425) compagnon de hasard qu’ils avaient rattrapé entre ARGENTIERES et CHAMONIX. Barbouille est un des concurrents les plus hauts en couleur de cet UTMB. Il porte, lors de notre passage à TRIENT, un collant multicolore à dominante rouge et aux couleurs du ski-club de NOZEROY (Jura), une veste à membrane respirante jaune, des lunettes à forte monture violette et un bonnet rouge tricoté par son « fan-club » et orné de son surnom. Le proverbe dit : « qui a vu Barbouille à TRIENT, toujours s’en souvient, même les daltoniens ». Ses cheveux longs et frisés m’ont conduit à entendre Luc le comparer parfois à Polnareff. La prestation globale de l’artiste est quand même un peu gâchée par la quantité impressionnante de boue qu’il a récupérée, comme tout le monde, dans la descente. Il repart avec moi et nous sommes accompagnés sur une centaine de mètres par un bénévole qui nous indique un feu de camp marquant le début du sentier qui va nous conduire aux STEPPES. Amis de TRIENT, je vous décerne le titre de ravitaillement le plus convivial de l’édition 2005. Que les autres n’en prennent point ombrage, il y a de nombreuses catégories dans cette compétition du dévouement bénévole et chacun peut être distingué pour un mérite particulier. XXIII - TSEPPES, pas pour les enfants. Car, en effet, le jeu est difficile. Il s’agit de grimper 3,2 kilomètres à 20 % de pente. Je mettrai largement plus d’une heure pour grimper les 632 mètres de dénivelé. Le début de la montée est fort difficile pour l’ami Jean-Marie. Il se pense atteint d’une tendinite sur le coup de pied. Il paraît que c’est un mal qui frappe les coureurs d’ultra assez régulièrement. Barbouille déclare vouloir aller jusqu’aux TSEPPES, je lui rappelle que le rapatriement depuis là haut doit être assez difficile et que s’il continue, il devra aller jusqu’à VALLORCINE . Il risque alors de se sentir obligé de finir la course. Partant du principe qu’une tendinite est une inflammation, je lui dis qu’il risque d’être immobilisé longtemps s’il aggrave son cas. Après course, j’ai regretté d’avoir influé sur son choix car chacun doit être maître de son destin. Nous nous sommes arrêtés au terme d’un petit kilomètre de montée pour tenir cette conversation sur la stratégie la plus sage. Barbouille décide alors de redescendre et il croisera Philippe dans la montée. Celui-là lira l’inscription sur le collant de Barbouille et demandera d’abord ce que fait ici quelqu’un de notre région. Jean-Marie lui remettra les idées en place en l’interpellant vigoureusement. La fatigue de tous ces kilomètres n’accélère pas la vitesse neuronale. J’ai peu de souvenirs de mon passage aux TSEPPES, avant le ravitaillement le temps frais et humide se retrouve accompagné d’un brouillard qui nous met bien dans l’ambiance d’une nuit où les enfants sages sont couchés depuis longtemps. Enfin, je dis brouillard, mais peut-être sommes nous dans les nuages ‘ Car le passage au point culminant se situe à 2011 mètres d’altitude, 1,8 Kilomètres après le ravitaillement. Je suis contrôlé en 400ème position et je ne m’arrête que très brièvement vers des bénévoles qui auront vu passer à ce poste isolé des concurrents depuis 13h 33 le samedi jusqu’à 9h 27 le dimanche. C’est pas mal dans le genre Saint-Bernard dévoués. Personne n’arrêtera la course auprès d’eux. Psychologiquement, ils sont les gardiens de la dernière grosse difficulté de cette édition 2005 et cela doit motiver pour poursuivre. XXIV - VALLORCINE et qua non Un peu de montée douce, à 7,3 %, sur 1,5 Kilomètres et me voilà embarqué sur 5,4 Kilomètres de descente que j’appréhende car j’en ai un souvenir désagréable de 2004. C’est pour moi le lieu des performances décevantes, décourageantes, démotivantes, voire même démoralisantes. Cette année encore je peux estimer que je ne suis descendu qu’à environ 500 mètres à l’heure. C’est un chiffre modeste, même en montée. Alors en descente ! Quels sont les facteurs explicatifs. Tout d’abord la visibilité quasi nulle sur la partie haute de ce passage ; le brouillard absorbe le faisceau lumineux de ma frontale et je n’estime pas pouvoir voir à plus de 5 m. c’est quand même gênant pour voir des rubalises réfléchissantes que les chiffres de l’organisation nous permettent d’espérer tous les 30 mètres. En effet, 5000 balises pour 158 kilomètres, cela apparaît comme un confort extraordinaire, mais ce n’est le cas que par temps clair. Ensuite, toujours dans la partie supérieure, quelques lacets boueux qui tentent de concurrencer le final sur TRIENT. Enfin la fatigue de la fin de cette deuxième nuit de veille. Dans la partie boueuse, je finis par rattraper, après une grande demi-heure de solitude, un jeune traileur sans bâtons. Je lui dis qu’il a bien du mérite à passer sans cannes sur ce passage et bien sûr, à ce moment là, je pars pour une magnifique glissade. La réception est conforme à ce que l’on peut attendre d’un concurrent de 51 ans qui n’a pas dormi depuis 2 nuits et je me retrouve avec un bras coincé sous le corps et une douleur qui m’inquiète un peu. Mais la boue n’a pas que des inconvénients, elle a absorbé une partie de l’énergie du choc et je me relève finalement avec plus de peur que de mal. C’est décidemment un passage difficile pour moi, car soudain venu de nulle part, du fond de ma chaussure, surgit un ongle noir. Les plus anciens auront reconnu une fine allusion à une chanson de Barbara. Mais, je peux vous dire que je ne suis pas au bord d’un lac et que je ne suis pas endormi car la douleur est forte. Je m’arrête pour réajuster ma chaussure en serrant davantage le lacet sur le coup de pied. Celui là ne glissant plus vers le fond de ma basket, la douleur n’est plus perceptible et seule la couleur persiste à l’heure où j’écris ces lignes. Je suis là, à ramer, glisser et déraper dans ces lacets peu accueillants lorsque j’aperçois, dans le halo de ma frontale, trois marguerites poussant au bord du chemin. Ces fleurs toutes simples portent le nom de ma chère grand-mère disparue depuis 30 ans. Je perçois cela comme un augure favorable et je cueille l’une de ces modestes fleurs que j’accroche à la bretelle de mon sac à dos. C’est plein d’un courage nouveau que je repars pour finir cette deuxième nuit sans sommeil. Un contrôle est effectué au départ du télésiège des ESSERTS. J’imagine qu’ils sont là pour assurer notre sécurité et permettre de repérer sur quelle portion de parcours d’éventuels égarés auraient perdu le chemin. Les bénévoles nous attendent en utilisant les sièges qui sont suspendus à leur câble bien que la saison ne soit pas au ski. La fin de la descente se déroule sur des chemins généralement plus larges et moins boueux, la pluie et la brume sont toujours gênantes pour une vision correcte du chemin. Je crains que cette visibilité limitée et la fatigue ne provoquent une chute pouvant être plus grave que la précédente en raison de l’empierrement irrégulier de la piste qui provoquerait une réception plus rude que celle ayant terminé l’envolée précédente. Ma vitesse reste donc faible dans ces premières lueurs d’une aube humide et frileuse. Lorsque le jour est bien établi, j’approche de VALLORCINE et je me libère un peu de mon appréhension, ainsi que de ma lampe frontale qui peut regagner définitivement le sac à dos. L’arrivée à VALLORCINE est ensoleillée, mais seulement par la présence de Cathy et Béa car le temps est toujours aussi gris. Je précède Philippe de 40 minutes et elles l’attendront également en ce lieu. L’ambiance est tristounette dans le local de ravitaillement car les coureurs et les bénévoles sont bien fatigués en ce petit matin. La fête a dû battre son plein sur place car il y a encore quelques attardés dont l’un d’entre eux est en train de tenter de soutenir le moral d’un traileur exténué. Je me demande quel est le plus fatigué des deux et si le fêtard a tenté de boire plus de « canons » que nous n’avons parcouru de kilomètres dans la nuit. Enfin, méfions-nous des préjugés, car Cathy me dit que je suis dans une telle euphorie que je parle fort et avec des plaisanteries qui me donnent l’air complètement ivre. L’ultra fait-il réagir positivement l’alcootest ? Les endorphines sécrétées lors d'un effort aussi long sont-elles un euphorisant si puissant ? L’exubérance de mon arrêt à VALLORCINE a-t-elle été annonciatrice d’un regain d’énergie en vue des 16 Kilomètres qu’il reste à parcourir jusqu’à l’arrivée ? Je me sens plein d’allant et je tente un départ « canon » après un quart d’heure de pause. XXV - Cela MONTETS à peine J’ai montré que l’on pouvait monter LES MONTETS sans se démonter. En effet, cette dernière bosse n’a même plus l’allure d’une vraie côte après ce que nous avons connu. Un dénivelé de 5,5 %, même sur 3,8 Kilomètres ne peut plus effrayer les 773 heureux participants qui seront repartis de VALLORCINE pour tous obtenir le titre de finisheuses ou de finisheurs. Le ciel s’est enfin décidé à ne plus verser des larmes de pluie sur notre faiblesse, il me fait même un merveilleux cadeau ; lorsque je franchis le col DES MONTETS, les nuages s’entrouvrent quelques instants et, dans une fenêtre lumineuse très limitée, juste dans l’axe de mon cheminement, m’offrent le spectacle de hauts sommets enneigés. Je ne connais pas suffisamment la région pour les identifier. Il ne doit pas s’agir du MONT-BLANC, mais le symbolisme de cette vision est si fort que j’en suis rasséréné pour le reste de la course. Ce n’est pas encore une hallucination car Béa et Cathy confirmeront les faits. Elles attendaient Philippe au col, peu de temps après mon passage et elles sont également bénéficié de ce splendide et fugitif panorama. Ces variations dans la visibilité sont fréquentes en montagne, celles de ce matin m’ont cependant procuré un immense plaisir dont je garde un souvenir intense. Béa et Cathy ont raté mon passage au col car elles ont attendu Philippe à VALLORCINE et j’étais donc déjà passé lors de leur arrivée. Philippe n’a pas vu les sommets brièvement découverts par la masse nuageuse car la fenêtre céleste s'était refermée. Justin n’a pu encourager son papa lors de ce passage , à quatorze ans le sommeil est profond et Béa n’a pu le réveiller. Il avait pourtant terriblement souhaité l’être pour apercevoir Philippe au passage de ce que l’on espérait être la toute dernière bosse. XXVI - On va sortir l’ARGENTIERE La descente sur ARGENTIERE est l’occasion d’un sprint avec l’un des photographes officiels de la course qui était en train de remonter le chemin alors que j’arrivais. Je lui lance un : « trop tard pour la photo ! ». Piqué au vif, il pousse une pointe de vitesse jusqu’à une petite passerelle de bois située environ 50 mètres plus loin et me shoote en pleine action lors de mon passage. C’est une photo qui constitue l’un de mes beaux souvenirs de cette course et je tiens à le remercier pour son professionnalisme et l’intérêt de ce cliché. Pour ce qui est de sa victoire au sprint, je suppose qu’il avait parcouru moins de kilomètres que nous et je propose que sa performance ne soit pas enregistrée. Nul besoin de sortir l’argenterie pour le ravitaillement d’ARGENTIERE, je ne pense pas que cela soit l’endroit où beaucoup se sont arrêtés longtemps. Le lieu est peu fréquenté lors de mon passage, je ne rencontre qu’un dernier contrôleur à raquettes, sans rouflaquettes, et un autre bénévole servant des boissons. Mon arrêt doit durer moins de deux minutes et je finis de traverser le village qui semble commencer, à 7h 48 ce dimanche matin, à connaître une certaine activité. Je rencontre une dizaine de personnes, toutes m’encouragent et je leur réponds avec un grand plaisir. Entre les contrôles de VALLORCINE et d’ARGENTIERES, mon classement s’est encore amélioré de 22 places. C’est vous dire si ma forme relative est un peu moins mauvaise que celles de mes condisciples. Nous cheminons vers le but de notre quête et notre croyance est totale. Notre dieu, ULTRA, nous appelle et nous soutient ; la défaillance n’est plus admissible. XXVII - CHAMONIX, c’est fini… ….et dire que c’est la ville où j’ai commencé le tour. Mais, il faut d’abord le finir. Le bitume n’a pas duré trop longtemps et le cheminement en balcon s’annonce vallonné. Il est forcément descendant puisque nous perdrons 225 mètres d’altitude sur ces 9,3 Kilomètres. Cependant ceci est le résultat de 203 mètres de D+ et de 428 mètres de D-. Il s’agit donc de rester concentré. Pour ma part, il me semble que j’ai retrouvé vélocité et lucidité. La suite prouvera que si la rapidité relative est revenue avec un « hénaurme » 6,6 Kilomètres/h de moyenne sur cette dernière étape, il n’en est pas de même pour la clarté d’esprit. J’avais déjà connu quelques visions colorées en descendant sur VALLORCINE où des rochers m’étaient apparus comme particulièrement jolis avec leurs couleurs vives ! Là, en cheminant en sous-bois, j’ai vu apparaître un femme priant, un genou à terre, devant une croix de madriers situé au bord du chemin. Je vous rassure tout de suite, c’était une femme habillée de façon très sportive et elle ne portait pas de voiles lumineux. Mais enfin, en me rapprochant de cette personne, je dû me rendre à l’évidence, il s’agissait d’une souche d’arbre déraciné. Quant à la croix, demandez à d’autres de confirmer sa présence car je ne suis plus sûr de rien. Il paraît que ce type d’hallucination apparaît lorsque le cerveau est privé trop longtemps des rêves qui surviennent habituellement pendant le sommeil. A ce moment de la course, si l’on considère mon réveil à 8h 00 le vendredi matin, j’en étais à 48 heures de veille et environ 3 minutes de sommeil. Mon relatif état d’euphorie et mon absence de douleurs ou blessures me permettent de remonter et dépasser un autre traileur toutes les 5 minutes environ. C’est une situation qui est extrêmement réconfortante. J’observe que la plupart de ces compagnons de route semblent plus atteints que moi par la souffrance. C’est certainement une illusion car je dois clopiner tout aussi misérablement en parcourant les tout derniers des 158 000 mètres du parcours. Je n’oublie pas les 17 278 mètres de dénivelé positif ou négatif qui, à eux seul, correspondent à la distance de la course PARIS-VERSAILLES. Je retrouve, pour la première fois avec du contentement, le bitume qui signale que nous sommes maintenant dans CHAMONIX et que l’arrivée est proche. L’entrée dans la zone piétonne de la ville se réalise à l’heure où les affaires reprennent. Il est à peine plus de 9 heures et les commerçants ouvrent, ou viennent d’ouvrir, leur boutique. Les passants sont encore peu nombreux, mais suffisamment chaleureux pour que mon arrivée m’apparaisse comme un événement intéressant pour d’autres que les traileurs fous que nous sommes. Je me sens bien et éprouve un très grand plaisir à répondre aux encouragements par des signes ou des sourires amicaux. Je franchis le virage du pari provocateur du départ et me retrouve dans cette dernière ligne droite d’une centaine de mètres avant l’arche d’arrivée. Les spectateurs sont encore peu nombreux car depuis que Christophe est arrivé à 16h 13, la veille, le sommeil a imposé sa loi à beaucoup et les finisheurs du milieu de la nuit n’ont souvent été accueillis que par quelques uns de leurs proches et par les organisateurs. La vie normale ne reprend son cours que depuis une heure ou deux et l’ambiance sera encore beaucoup plus chaleureuse plus tard dans la matinée. Voici encore une des particularités de l’UTMB, les finisheurs sont applaudis plus en fonction de leur heure d’arrivée qu’en raison de leur classement. L’arrivée des premiers coïncide, heureusement, avec une heure de grande affluence en ville. Cathy est là, avec son appareil photo, juste avant la ligne. Je tiens à lui faire les bises qu’elle mérite pour la magnifique assistance technique dont j’ai bénéficié. L’instant est immortalisé par l’un des photographes de la course. Je passe ensuite la ligne où je suis « raquetté » pour la dernière fois, mon chrono officiel est de 38h 10 minutes et 33 secondes. Philippe arrivera à 10h 09, je serai revenu pour l’encourager après avoir pris une douche et enfilé des vêtements secs. Je le trouve marqué par l’épreuve, mais Cathy me dit lui trouver un air « normal » pour un UTMBiste finisheur. XXVIII - Finisheur ou arrêteur ‘ C’est avec le nouveau vocabulaire généré par l’UTMB que je vous propose de retrouver les 12 coureurs que je vous ai présentés au début de ce récit. Tous ont connu, sur cet UTMB 2005, des moments forts de leur vie de sportifs. Même si, nous les retrouvons en fin de course avec des bilans très divers. Manu (dossard1850) est classé 1297ème, son entorse a rendu sa course brève. Il était cependant pointé en 172ème position aux CONTAMINES. Malgré la blessure il restait 212ème à LA BALME et 227ème à COURMAYEUR. Si les règles de l’UTMB 2003 avaient été maintenues et qu’un classement ait été établi pour ceux qui s’arrêtent dans cette ville, il aurait été 17ème de cette « petite » course de 72 kilomètres. C’est une performance qu’il faut saluer car il a effectué 50 Kilomètres avec une cheville terriblement douloureuse, cela laisse bien augurer de ses possibilités pour 2006. Claude (dossard 1019) est classé 1229ème pour 102 Kilomètres parcourus et 6105 mètres de dénivelé positif franchis. Ce sont déjà des chiffres impressionnants qu’il devrait augmenter l’an prochain. Sa saison d’entraînement et de courses l’a déçu cette année, mais la motivation existe et le plaisir sportif de son premier UTMB le fera revenir l’an prochain. Denis (dossard 1840) se classe 1057ème. Cathy l’a vu à CHAMPEX, base sur laquelle il avait été ramené après son arrêt à LA PEULAZ. Il était découragé car son entraînement ne lui avait pas permis de surmonter les difficultés de cette épreuve. Connaissant sa ténacité et sa pugnacité, il y a fort à parier que nous retrouverons un jour ce « sanglier marathonien » sur les chemins de l’UTMB. Florent (dossard 2674) est classé 820ème de la course et 28ème des « arrêteurs » à CHAMPEX. Il a été victime d’une contracture qui l’a fait terriblement souffrir et l’a contraint à l’abandon. Les traileurs pointés dans la même minute que lui à PRAZ DE FORT, dernier contrôle avant ses ennuis musculaires, ont terminé entre la 306ème et la 429ème place. Nous aurions donc pu être à peu près ensemble à l’arrivée cette année. Mais pour la prochaine édition, je n’y compte guère car il ne faut pas oublier qu’il était parti avec une toute petite forme liée à l’attaque virale subie en début de semaine. Il ne faut pas lui mettre la pression, mais l’an prochain il devrait terriblement progresser. Jean-Marie (dossard 288), notre Barbouille fétiche, a fait partie des 17 malchanceux qui, arrivant à repartir de CHAMPEX, n’ont pas réussi pas à joindre CHAMONIX. Son arrêt à TRIENT le classe 782ème. Il devrait même gagner quelques places car il est reparti de TRIENT et a rebroussé chemin au terme de 1 Kilomètre. Il convient de lui valider 135 Kilomètres ; "ce qui n’est pas rien !", comme pourrait le dire notre Polnareff comtois. N’oubliez pas que son dossard lui confère le rang de finisheur 2004. Il a donc déjà finishé et il finishera encore. « Quand c’est finish, et niche, niche, niche, ça recommence’ », chantais-je d’ailleurs en passant le col FERRET. Philippe (dossard 1386) a réussi à boucler en 422ème position. L’an passé, il avait choisi d’arrêter à CHAMPEX sans être à la limite de ses possibilités physiques. L’analyse de sa course 2005 lui laisse à penser qu’il peut améliorer sa performance. D’être accompagné par Béa et de leur fils Justin a donné un goût tout particulier à l’aventure. Béa rêve maintenant de faire une telle course. Peut-être que Philippe passera à l’assistance technique ou qu’ils courront ensemble’ Pour ma part (dossard 239), j’ai amélioré le temps de course, mais j’ai régressé de 113 places au classement. J’ai cependant eu le plaisir de finir sans trop de douleurs physiques. L’édition 2004 avait été, pour moi, un calvaire sur au moins la moitié du parcours. L’édition 2005 ne fut pas un champ de roses, mais j’imagine que mon entraînement de deux années m’a permis de mieux absorber l’épreuve. Sandrine (dossard 1657), Hervé (dossard 1732) et Cédric (dossard1837) sont arrivés ensemble en 117ème position. Sandrine et Hervé sont les heureux parents de trois bambins de 1, 3 et 4 années. Cela donne à la performance de Sandrine un relief tout particulier. Son potentiel semble si important que l’on se demande si Hervé ne devrait pas la laisser courir seule l’an prochain afin de ne pas la freiner comme cela a été le cas cette année ! Son excellente performance la classe 3ème en Senior Femme et 4ème féminine au scratch. Luc (dossard 24) se classe 43ème cette année. Il maintient sa performance en temps avec seulement 20 minutes de course de plus qu'en 2004. C’est à peu près la même variation que Vincent entre ces deux éditions. Les 19 places perdues au classement correspondent plutôt à une montée générale du niveau et au nombre plus grand de participants. Luc est donc toujours dans la course et s’il est 4ème en Vétérans 2 cette année, il n'est pas exclu qu’il revienne sur le podium l’an prochain car le gaillard est solide, motivé et adapté aux rudes conditions de l’UTMB. Gilles (dossard 40) est devenu le phare de l’équipe. Sa progression est d’autant plus spectaculaire que les effets niveaux énoncés pour Luc valent, bien sûr, pour lui comme pour tout le monde. Il se classe 20ème en diminuant la durée de course de 3h 15. La catégorie des Vétérans 1 est riche et il ne se classe que 6ème de sa catégorie. Il n’est cependant qu’à 35 minutes de la troisième marche du podium. A-t-il été aussi vite cette année parce qu’il avait promis à sa femme de courir son dernier UTMB en 2005 ‘ Espère-t-il ainsi trouver une excuse pour venir à nouveau jouer avec nous l’an prochain ‘ L’avenir, très prochain, nous le dira car il ne faudra pas tarder de s’inscrire pour l’édition 2006. Le mythique UTMB risque de devenir inaccessible dès l’inscription en raison de l’engouement qu’il provoque et du légitime contingentement de participants décidé par les organisateurs. XXIX - Des chiffres comme s’il en pleuvait Après la pluie fine et froide subie par ceux qui n’ont pas été assez rapides pour rentrer avant samedi soir à CHAMONIX, voici une averse de chiffres préparée par mes soins à partir des données mises à la disposition de tous sur le site internet www.ultratrailmb.com . C’est un lieu de contact et d’information qui est largement fréquenté, il faut remercier l’organisation de cet endroit d’échange et de dialogue qui contribue largement au plaisir de l’UTMB que nous sentons vivre sur ce site à travers les traileurs participants et l’organisation. Les oracles en sont Catherine POLETTI, Michel POLETTI et Vincent DELEBARRE. Voici d’abord un tableau du pourcentage de finisheurs par catégorie. Je n’ai pas trouvé sur le site un récapitulatif avec tous les partants. Il doit me manquer une petite centaine de participants, soit environ 5 %, la statistique est donc certainement représentative. J’éviterai toute interprétation trop fine de ces chiffres. Il faut cependant constater que les vétérans 1 présentent le meilleur pourcentage de finisheurs. Pour les non avertis, il s’agit des traileurs et traileuses âgés de 40 à 49 ans inclus. Une analyse avec les âges précis serait intéressante, mais c’est une donnée qui n’est pas disponible sur le site. Et s’ils nous donnent les dates de naissance, il faudra souhaiter tous les anniversaires, ce qui en donne à peu près 5 par jour si l’on raisonne sur une base de 2000 inscrits ! Catégorie partants finisheurs % de finisheurs Espoirs Hommes 9 2 22,22% Seniors Femmes 63 19 30,16% seniors Hommes 617 246 39,87% Vétéran 1 Femmes 63 21 33,33% Vétéran 1 Hommes 703 330 46,94% Vétéran 2 Femmes 26 6 23,08% Vétéran 2 Hommes 289 129 44,64% Vétéran 3 Femmes 6 2 33,33% Vétéran 3 Hommes 50 17 34,00% Vétéran 4 Hommes 4 1 25,00% Total Femmes 158 48 30,38% Total Hommes 1672 725 43,36% Total coureurs 1830 773 42,24% Un autre tableau me paraît intéressant, c’est celui du classement de tous les UTMB, 2003, 2004 et 2005. Il permet de détecter les tri-finisheurs, c'est-à-dire ceux qui ont terminé tous les UTMB depuis la création de l’épreuve : Les TRI-FINISHEURS
 Coefficient des 3 courses
= Place 2003
+ place 2004
+ place 2005
Classement général
de tous les UTMB
SCHWEIZER Werner251
TECHER Henri352
BOUDAY Luc813
BERTONE Silvio1004
WEISS Georg1135
BAUER Daniel1156
PIGEAULT Jean-Luc1297
POLETTI Michel1568
HUDRY Jean-François2329
JUDA Martina37110
WOLTER-ROESSLER Tom103311
DRESCHER Anke112912
Parmi ceux qui le connaissent, nul ne sera surpris de la première place de Werner SCHWEIZER. Il faut quand même rappeler qu’il a réalisé les trois courses en catégorie vétéran 3 qui comprend les coureurs entre 60 et 69 ans. Cet helvète francophone est étonnant et l’on peut penser qu’il confortera, l’an prochain, sa première place chez les « full-finisheurs ». Notre ami Luc est sur le podium de ce super classement et c’est une place bien méritée car comme il le dit, ce genre de course ne s’improvise pas et il faut passer du temps et de l’énergie dans sa préparation. Si l'on poursuit ce classement global en classant derrière les 12 tri-finisheurs, les 131 bi-finisheurs et enfin les 963 mono-finisheurs, on recense 1106 coureurs classés et Gilles est installé en 24ème position de ce challenge de tous les UTMB. Le nombre de 12 coureurs inscrits au palmarès des finisheurs de toutes les épreuves ne peut que diminuer au fil des ans. De quelle façon pourrait-on rendre honneur à ces fidèles de l'UTMB lors des futures éditions ‘ XXX - Arrêt buffet A partir de 10h 30, ce dimanche 28 août 2005, je dors du sommeil profond du coureur de fond venant de terminer l’UTMB. Cathy a le courage de se lever vers 14h 00 pour assister à la remise des prix. Les traileuses et traileurs récompensés ne touche aucune prime en argent ou ne sont les bénéficiaires d’autres cadeaux coûteux. Des trophées et des coupes peuvent leur permettre de se remémorer leurs belles performances. Ces coureurs bien classés reçoivent, comme les autres finisheurs, un petit sac à dos orné du logo de l’épreuve et du mot magique : « FINISHER ». J’ai définitivement décidé de franciser le mot. Cependant je ne vais aller jusqu’à rajouter un « U » au stylo feutre sur ce souvenir que l’on ne peut obtenir qu’en franchissant la ligne d’arrivée et dont la valeur symbolique est sans commune mesure avec la valeur marchande. La barre des 45 heures, fixée pour terminer l’épreuve, n’est atteinte qu’à 16 heures. Aussi les derniers concurrents arrivent pendant la présentation des podiums par catégorie. Ils ne sont pas oubliés pour autant et un speaker s’occupe particulièrement de leur accueil et il vaut certainement mieux arriver à ce moment là qu’aux heures les plus dépeuplées de la nuit précédente. Les organisateurs et bénévoles nous permettront encore de prolonger la fête par un buffet de clôture ouvert à partir de 19h 00 dans un des plus vieux et plus majestueux hôtels de la ville. Dans le cadre désuet, mais somptueux de salles à manger ayant des hauteurs de plafonds impressionnantes, nous avons droit à un dernier ravitaillement de grande qualité. Nous devons bien être 500 ou 600 coureurs, accompagnateurs et bénévoles à profiter une dernière fois de l’ambiance UTMB 2005. Il est nécessaire de patienter dans une file d’attente ou les échanges de souvenirs et de commentaires sont nombreux. L’ambiance chaleureuse est à la mesure de l’aventure humaine vécue ce week-end là autour de ce prestigieux massif montagneux. Nous nous retrouvons installés sur une magnifique table circulaire de 8 personnes. La conversation a parfois recours à la langue anglaise en raison de la présence d’un journaliste sportif suédois qui a participé à l’épreuve pour mieux la raconter à ses lecteurs. Ce qui prouve encore, si cela était nécessaire, la notoriété de cette jeune épreuve sportive qui n’en est qu’à sa troisième édition. Nous avons également le plaisir d’échanger avec un jeune bénévole qui a tenu le poste de contrôle du GRAND COL FERRET. Il a un souvenir très impressionné du concurrent qu’il a vu arriver avec les chevilles tellement gonflées qu’elles étaient aussi grosses que ses mollets. Encore une pathologie que l’on doit rarement rencontrer sur d’autres courses, l’UTMB peut être parfois très spectaculaire dans la douleur. Les dévoués organisateurs de ce trail d’anthologie sont largement et sincèrement applaudis au cours de cette soirée. La première version du film de la course nous est présentée et l’apparition de Michel POLETTI à l’écran est longuement saluée par l’assistance. Toute l’équipe des « trailers du Mont-Blanc » est dignement représentée par la famille POLETTI, et lorsqu’ils sont applaudis, c’est à l’ensemble des organisateurs que nous rendons hommage. En quittant ce buffet qui a dignement clôturé « LE » trail, nous avons le plaisir d’échanger avec Dawa SHERPA. Il ne semble absolument pas affecté par son arrêt à COURMAYEUR et l’on se donne rendez-vous pour l’année prochaine, « si Dieu le veut ! ». Je ne sait pas à quel dieu peut faire référence un népalais, mais je mesure la signification de cette formule pour Dawa dont le frère avait couru l’UTMB 2004 avant de mourir du mal des montagnes, quelques mois plus tard, au Népal. Cathy a droit à une récompense méritée pour la constance de son assistance technique puisque DAWA lui fait la bise lorsque nous le quittons. Dhom (dossard 239 en 2005)

10 commentaires

Commentaire de djemjy posté le 21-10-2005 à 21:27:00

Merci

Commentaire de UPDA posté le 22-10-2005 à 17:54:00

attendu avec impatience ton CR ! et qui donne envie d'y être à nouveau, bien sûr. On t'y voit toujours attentif aux autres, même dans l'effort ultra, et c'est ce qui rend ton aventure profondément humaine, au delà de l'effort. J'espère pouvoir te croiser à nouveau sur le 2006, et cette fois faire un bout de chemin ensemble, moi qui ait échoué à La Peulaz, un peu pris par les barrières qui commençaient à tomber -en même temps que la pluie et le soir..(cf mon cr).
amicalement, laurent (dossart 1063)"UPDA"

Commentaire de Geronimo posté le 23-10-2005 à 12:13:00

Bravo pour ce récit extraordinaire mais aussi et surtout pour la performance. Vive les V2 !

Commentaire de Geronimo posté le 23-10-2005 à 12:14:00

Bravo pour ce récit extraordinaire mais aussi et surtout pour la performance. Vive les V2 !

Commentaire de Geronimo posté le 23-10-2005 à 12:15:00

Bravo pour ce récit extraordinaire mais aussi et surtout pour la performance. Vive les V2 !

Commentaire de Geronimo posté le 23-10-2005 à 12:16:00

Bravo pour ce récit extraordinaire mais aussi et surtout pour la performance. Vive les V2 !

Commentaire de jump38 posté le 23-10-2005 à 21:41:00

D'abord et avant tout : bravo !!! Et merci pour ce magnifique récit plein d'humour, dont on ne se rend même pas compte de la longueur, tellement il est prenant et bien écrit. Et la prochaine fois, avant la course, mets toi la barbe à ras pour conjurer les ongles noirs !

Commentaire de akunamatata posté le 02-12-2005 à 21:16:00

Magistral CR!
Akuna qui peut etre fera l'UTMB en 2015

Commentaire de déhel posté le 09-01-2006 à 12:53:00

Remarquable! Quoiqu'il en soit, tu n'as pas gagné l'Utmb, mais tu as remporté sans nul doute la palme du meilleur c.r, cela dit sans minorer les autres! Encore bravo.

Commentaire de floridge posté le 10-01-2006 à 11:00:00

Bravo mon pap's. Très bien écrit. Je suis déjà à fond dedans mais j'aurai intérêt à m'accrocher!

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