Récit de la course : Ultra Trail du Mont Blanc 2006, par 06francois

L'auteur : 06francois

La course : Ultra Trail du Mont Blanc

Date : 25/8/2006

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

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Distance : 158.1km

Objectif : Se dépenser

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Le récit

L’Ultra-Trail du Mont Blanc (25 au 27/08/06)
François Bertaux


Préambule :
J’écris ce récit pour ceux qui me connaissent et ne sont pas spécialement informés sur ce genre d’exercice. Que les spécialistes de ce genre d’épreuve m’excusent pour les « évidences » ou « banalités » que je pourrais raconter…

Qu’est-ce que l’Ultra-trail du Mont Blanc ?
Un trail est une course qui se pratique tout terrain ; le plus possible sur des chemins et le moins possible sur route. C’est souvent en montagne ou au moins en terrain vallonné. La pratique de ce genre d’activité nature s’est beaucoup développée ces dernières années. Elle s’oppose aux courses classiques sur route de type marathon et semi marathon où l’on recherche souvent un parcours le plus plat possible pour « faire un temps ».
On parle d’ultra trail lorsque la distance devient importante : 100km et plus.
Celui du Mont Blanc fait partie des plus durs et des plus connus de par sa distance et son dénivelé très importants : 158km, 8639m de dénivelé. 2006 est la quatrième édition.
Le succès a été très important puisque les 2000 inscriptions prévues l’ont été en moins de 3 semaines dès novembre 2005. Devant l’afflux des demandes (au total 6000) l’organisation a décidé de tirer au sort 500 inscrits supplémentaires.

Pourquoi me suis-je inscrit à cette course ?
C’est vrai que c’est la première question qu’on me pose régulièrement. Pourquoi s’infliger une telle épreuve ? Quel plaisir peut-on en éprouver ? N’y a-t-il pas un risque pour sa santé, voire sa vie ?
Je répondrai par une boutade : c’est un engrenage infernal ! On en entend parler, on en parle autour de soi, on se renseigne, on lit des récits.
J’ai consulté régulièrement le site de la course www.ultratrailmb.com; j’ai aussi lu des récits sur le site de kikourou. Mais ce qui m’a décidé c’est qu’un copain devait y participer avec moi.
En effet, j’en avais parlé à Meziane lors de notre ascension du Mont Blanc en août 2005 par la voie italienne ; il y avait aussi Annick et Marcel avec nous. Je lui avais dit que j’étais très intéressé mais hésitais à y aller seul. Il a été très enthousiaste et m’a assuré qu’il s’inscrirait. Je n’avais pas de doute sur sa condition physique ; c’est un marathonien et il n’a eu aucun problème pour grimper au sommet du Mont Blanc, malgré un dénivelé de 1700m du refuge Gonella au sommet.
En novembre 2005, je m’inscris donc. Il tarde un peu trop et les inscriptions sont closes lorsqu’il envoie sa demande. Il ne sera pas tiré au sort ensuite.
J’ajouterai aussi un autre facteur très important qui m’a fait m’inscrire à cette course : l’ambiance décrite par tous les participants ; le public de connaisseurs très chaleureux qui vous motive et vous encourage ; enfin, à un tel niveau d’effort l’ambiance entre coureurs est à l’entraide et non la compétition.

Qui suis-je ?
Je suis né en 1950 (j’ai donc 56 ans) et j’habite Nice. J’ai déjà participé à 3 longs trails : ceux du Mercantour en 2003 et 2005 et celui de Cro-Magnon en 2004. Ils sont longs d’un peu plus de 100km avec 5 à 6000m de dénivelé. L’ultra-trail du Mont Blanc est donc aussi une sorte d’apothéose pour moi.
Je ne suis pas inscrit dans un club de course à pied ; par contre je suis membre du Club Alpin de Cannes et participe régulièrement à des sorties organisées le week-end, les dénivelés variant entre 1000 et 1500m.

Quel entraînement ?
Je m’entraîne seul et cours entre 45mn et 1h50. J’essaie de courir en terrain varié sur des chemins dans les collines derrière Nice. Avant le Mont Blanc, j’ai effectué jusqu’à 4 sorties par semaine, ce qui était assez éprouvant avec la chaleur qui règne sur la Côte d’Azur l’été !

La montée en pression :
Le départ de la course est prévu le vendredi 25 août à 19h en plein centre de Chamonix ; mais il faut avant faire contrôler le contenu de son sac, qui doit comporter un minimum d’équipements obligatoires, avant de pouvoir retirer son dossard.
Nous décidons donc de partir de Nice le matin à 8h30 ma compagne Martine et moi. Même si nous n’avons que 5 heures de route par l’Italie et le tunnel du Mont Blanc, il faut nous rendre d’abord au gîte que nous avons retenu à Argentière à 7km de Chamonix. Tout est en effet retenu depuis longtemps sur place. La course a attiré au moins 6000 personnes : coureurs, familles, amis, presse et sponsors...Le gîte est d’ailleurs déjà occupé par des Français et des Italiens qui participent aussi à la course : tour complet ou le trajet Courmayeur-Chamonix qui débute lui le vendredi à 12h.
Nous arrivons donc vers 14h à Argentière et recevons un accueil très chaleureux de nos hôtes tous deux très sportifs.
Nous nous rendons ensuite rapidement à Chamonix. Tout le village est en effervescence, mobilisé par cette course. Il y a d’abord le centre de sport où a lieu le contrôle des sacs. Tous les organisateurs (il y en a 800 au total !) sont facilement reconnaissables avec leurs pulls oranges.
Vous franchissez différentes étapes : on vérifie que vous êtes bien inscrits, carte d’identité à l’appui. Vous donnez aussi un papier signé concernant une déclaration sur l’honneur et détaillée de votre « bon état général ».
Ensuite on vous guide vers une table où le contenu de votre sac de course est examiné : sifflet, couverture de survie, carte d’identité, bande élastique type strap, deux lampes frontales avec piles de rechange, veste, collants, casquette, au moins un litre d’eau, de la nourriture. En tout mon sac doit peser un peu plus de 3 kilos : j’ai rajouté une polaire sans manches, un portable pour rester en communication avec Martine, et un appareil photo numérique pour tout immortaliser !
Si tout convient, vous pouvez enfin retirer votre dossard. On vous fournit en même temps un road book du parcours, différents conseils en cas de problème et un beau tee-shirt rouge.
Le road book très complet donne tous les points de ravitaillement, les distances et le profil de la course, ainsi que les heures limites de passage aux différents points de contrôle.
Je confie deux sacs contenant des affaires de rechange pour Courmayeur et Champex.
Enfin, nous allons au dernier point pour acheter des tickets de bus vers Courmayeur et retour, car nous avons prévu que Martine m’y retrouve. Le prix du passage (7 euros) est nettement moins cher que s’il fallait utiliser sa voiture (31,90 euros) ! Martine obtient aussi de pouvoir suivre le déroulement de ma course en recevant des SMS depuis chaque point de contrôle que je passerai.
La tension est vraiment montée d’un cran. Je suis en plein dans l’ambiance de la course, d’autant plus que les coureurs sont maintenant partout. Nous nous dirigeons vers un immense chapiteau où sont servis les repas. Il est 17h mais je mange volontiers un grand plat de pâtes à la bolognaise et du fromage ainsi qu’un gâteau de riz ; je bois même un peu de vin. Il est 18h. Le chapiteau se vide. Tout le monde se dirige vers la ligne de départ.
Le départ a lieu dans le vieux Chamonix, au pied de la mairie. Les organisateurs canalisent la foule et repoussent tous les non coureurs.
Un écran géant permet de suivre le film de la course de l’an dernier.
Les organisateurs et les officiels sont montés sur une estrade au dessus de la banderole de départ. Les 2500 coureurs sont amassés derrière sans qu’il y ait de bousculade. On n’est pas au départ d’un sprint. Les meilleurs sont cependant mis devant, ce qui leur permettra de ne pas être trop retardés au départ. Ils sont une dizaine et on voit tout de suite à leurs profils longilignes qu’ils sont très « affûtés ».
Les participants viennent de tous les pays : je rencontrerai des Anglais, des Allemands, des Italiens, des Espagnols et des Suédois. Il y a même un Néo-Zélandais. Quelques drapeaux flottent comme celui d’un Corse, d’un Breton, celui de la région Midi-Pyrénées et un très grand drapeau rouge et noir avec un taureau : les Espagnols.
On entend plusieurs discours dont celui de Catherine Poletti de l’organisation qui remercie les très nombreux bénévoles dont certains passeront d’un endroit à l’autre avec l’avancement de la course. Elle remercie aussi les différentes mairies du parcours qui ont mis à leur disposition des locaux, toutes les associations qui animent tout au long de la course, les masseurs et médecins bénévoles, etc…
On nous annonce que le temps sera moins mauvais que prévu, au moins au début. La nuit de vendredi à samedi devrait être claire et il fera beau samedi jusqu’en début d’après-midi. Cela devrait ensuite sérieusement se gâter avec des pluies fréquentes à partir de 16h et la nuit suivante !
Un hélicoptère vient nous survoler : la course commence à être bien médiatisée.
Le maire de Chamonix Michel Charlet lance le départ à 19h01.

Chamonix-les Houches(8km) :
Nous partons au son de la musique de Vangelis du film Christophe Colomb. La foule nous applaudit dans la rue de Chamonix.
Je cherche vainement Martine qui était postée dans cette rue mais ce n’est pas évident de repérer quelqu’un.
Etant parti dans les derniers je marche un bon bout de temps avant de commencer à courir à la sortie de la ville. Les maisons s’espacent et nous quittons la route pour prendre un chemin en rive droite de l’Arve. Il est assez large et relativement plat. On est en forêt avec une belle vue de temps en temps sur le massif du Mont Blanc. Nous sommes encore à petite allure car les coureurs sont très regroupés. Je discute avec mon voisin. Il est de la région et a reconnu certaines parties du parcours où il s’est entraîné. Il a pu apprécié les difficultés ; il est un peu inquiet et pas sûr de terminer.
L’ambiance est très cordiale : un coureur me referme mon sac qui tend à s’ouvrir.
Nous sortons de la forêt pour rejoindre une route qui traverse un barrage. Nous remontons en face vers le village des Houches où la population nous applaudit. Je suis tout étonné qu’on m’appelle par mon prénom car je ne reconnais pas les personnes. C’est dû à une très bonne idée des organisateurs qui ont décidé d’imprimer en plus gros le prénom sur le dossard.

Les Houches-col de Voza-les Contamines (25km):
Après un très rapide ravitaillement, nous quittons le village pour monter un chemin en lacets qui grimpe rapidement vers le col de Voza. La vue se dégage progressivement. Je m’arrête au niveau d’un chalet pour prendre quelques photos de la vallée de Chamonix. La vue est magnifique : les sommets dorés sont éclairés par le soleil couchant : Aiguille du Midi, contreforts du Mont Blanc.
D’autres coureurs s’arrêtent aussi. Mais certains trouvent le moyen de se plaindre. Je trouve cette attitude très mesquine et le fais savoir : on n’est pas à quelques secondes près dans une telle course ; d’autres coureurs m’approuvent.
Mon sac s’ouvre à nouveau. Un coureur m’explique que c’est dû au fait que le tuyau d’alimentation en eau est mal placé ; je devrais le glisser dans un trou prévu à cet effet dans le haut du sac !
Le chemin devient très pentu et c’est assez essoufflé que j’atteints le ravitaillement du col.
J’enlève ma polaire, mets ma veste pour me protéger les bras car le froid tombe ; et j’arrange le tuyau dans le sac. La nuit tombe. Je récupère la frontale. Le temps de me ravitailler, de remplir ma réserve d’eau et de fermer le sac et je m’aperçois que je suis resté bien 15 minutes.
Nous sommes encore très groupés. Je sais que je suis plutôt dans la deuxième partie (en fait 1832 ième au col) mais je n’ambitionne pas autre chose que de terminer même si je me suis préparé un planning en 41heures.J’ai bien dû perdre une centaine de places au col…mais la route est encore longue et je suis largement en avance sur la barrière horaire.
Après une descente sur route on prend un chemin en travers, puis on traverse un hameau et on emprunte des parties goudronnées avant de rejoindre un chemin beaucoup plus étroit qui monte en forêt. Il est ensuite en balcon et toujours en forêt. Il est très étroit et encombré de racines. On ne peut se dépasser. A un moment, nous sommes tous bloqués pendant quelques minutes. Je comprendrai par la suite : plusieurs coureurs ont été victimes d’entorses. Il a fallu les aider à continuer tant bien que mal pour rejoindre le prochain poste de secours. Une fille derrière moi s’effondre brutalement au sol : elle avait posé le pied dans le vide ! Heureusement elle a pu rester sur le chemin ; elle en est quitte pour une bonne frayeur.
C’est donc à un rythme assez lent que nous rejoignons les Contamines au fond de la vallée.
Des cloches nous accueillent. L’ambiance est comme toujours bon enfant et très chaleureuse. J’ai parcouru 25km en 4h18mn et suis à la 1929 ème place. Tout va bien. Je me sens en pleine forme et m’arrête peu de temps, juste pour prendre une soupe, quelques gâteaux et fruits secs. Il est 23h 19.

Les Contamines-les Chapieux (44km):
En sortant du village on emprunte un large chemin qui longe le torrent. Le froid est tombé, accentué par l’humidité de ce fond de vallée. Je n’ai qu’un tee-shirt et une veste nylon mais me dis que je vais bientôt me réchauffer avec la pente qui va s’accentuer. Après donc 3km quasi plats le chemin remonte brutalement au niveau d’une chapelle.
On est sur une ancienne voie romaine. Elle a été taillée dans la roche. Les Romains ne se sont pas embêtés à tracer des lacets. Elle monte tout droit avec une très forte pente. On est sur de grandes dalles ou directement sur la roche taillée. On pourrait s’imaginer les chariots romains passant par là !
La pente continue toujours aussi forte et j’entends le bruit d’une fête. C’est effectivement tout un groupe de jeunes qui occupent un chalet et nous encouragent bruyamment. La teuf va durer toute la nuit !
Après un replat au sortir de la forêt, la piste monte plus faiblement pour rejoindre le refuge de la Balme où un ravitaillement copieux nous attend. Il est situé à mi-hauteur de la montée vers le col du Bonhomme ; je peux admirer à loisir le serpent lumineux de tous les coureurs qui montent aussi bien sous le refuge qu’au dessus. Avec le ciel tout étoilé cela complète la beauté du paysage. Je n’y connais pas grand-chose en étoiles mais je peux admirer la Grande Ourse et une partie de la Voie Lactée. J’ai même la chance de voir furtivement une étoile filante. Je me dis qu’elle me portera bonheur pour la suite de la course !
Il est 1h du matin. Je reste peu de temps mais prends soin de bien remplir ma réserve d’eau et de bien me ravitailler car je sais que le prochain point est loin. Je consomme surtout des soupes au vermicelle, parfois du fromage, des gâteaux et fruits secs. Je n’arrive pas à avaler la moindre charcuterie ni du pain.
Après le refuge, la piste se transforme rapidement en chemin étroit qui monte en lacets. La forêt est derrière nous et la vue devient très étendue car le ciel est clair même si la lune ne brille pas.
Nous sommes toujours très nombreux et montons les uns derrière les autres ; l’allure rapide me convient. Certains coupent au prix d’un effort violent qu’ils risquent de payer ensuite.
J’arrive enfin au col du Bonhomme à 2329m mais n’ai pas fini de monter ! En effet, il faut prendre un chemin de flanc qui grimpe encore. Je ne m’arrête pas car le vent souffle et la température doit avoisiner les 0°C, si ce n’est moins. Le chemin devient plus chaotique, se faufilant entre des blocs. Il y a quelques replats mais il faut rester très attentif pour éviter de se tordre un pied.
Après une traversée ascendante qui me paraît longue mais aura duré moins d’une heure j’atteints enfin le col de la Croix du Bonhomme à 2479m. Il y a un contrôle mais aucun temps n’est enregistré ; l’électronique ne fait sans doute pas bon ménage avec le froid. J’admire les contrôleurs présents en plein vent qui grelottent malgré leurs épaisses doudounes.
Pour ne pas être congelé sur place je dévale dans la pente et me mets à courir.
Mais le terrain est constitué de schistes friables et coupé de nombreux petits cours d’eau. De nombreux coureurs se retrouvent sur les fesses. Il faut énormément solliciter les cuisses pour retenir tout dérapage incontrôlé. Je retourne à la marche même si beaucoup de coureurs plus jeunes ont dévalé en courant toute cette pente.
On entend déjà très bien les bruits des Chapieux situés quelques 900 mètres plus bas. En effet, un orchestre y joue à tue tête pendant toute la nuit.
La pente se réduisant et le chemin devenant mieux tracé, je reprends un petit trot même si le poids des kilomètres commence à se faire sentir.
J’arrive enfin au contrôle à 3h57. Malgré l’heure avancée, les nombreux bénévoles sont là pour nous accueillir très enthousiastes. On ne s’entend pas trop avec le vacarme de l‘orchestre mais la bonne humeur est là.

Les Chapieux – Elisabetta (58km) :
Je reste une bonne demi-heure au village. Je suis fidèle à mes soupes au vermicelle même si leur consommation n’est pas très pratique. On se brûle d’abord la langue avec le liquide. Tous les vermicelles restent au fond du verre et tombent d’un seul coup à la fin pour vous brûler de nouveau. Il suffirait vous me direz d’ajouter un peu d’eau fraîche ! Mais je ne suis pas très en état de réfléchir !
Je repars sous les nombreux encouragements mais adopte une allure très raisonnable…car je ne peux pas faire autrement ! En effet, après chaque arrêt, les muscles ont refroidi et sont douloureux ; il me faut à chaque fois un bon quart d’heure de marche avant de me sentir mieux.
Nous sommes au fin fond d’une vallée perdue de Haute Savoie. La route se termine en cul de sac. Les vaches y doivent être plus nombreuses que les hommes ! On sent d’ailleurs une forte odeur de bouse...qui ne me déplaît pas !
Je remonte donc pendant quelques kilomètres cette route avant de traverser le torrent pour emprunter une piste qui se redresse progressivement. Je vois au loin le serpent lumineux des coureurs qui nous précèdent et montent jusqu’au col de la Seigne.
Je discute avec un autre coureur très sympathique. Il est très modeste alors qu’il a déjà effectué cette course en 32 heures seulement. Il me parle surtout de sa femme (Corinne Favre) inscrite à la course Courmayeur-Chamonix et qui vient de la gagner devant tous les hommes ! Elle a gagné de très nombreuses courses dont une 7 fois sur un total de 8 éditions. La seule fois où elle ne l’a pas gagnée, elle était enceinte ! Ils ont participé en juillet à une course en étapes dans le massif des Ecrins qui faisait au total plus de 300km. Je lui demande si elle travaille. Il me répond que oui, qu’elle y va en vélo et court aussi à la pause à midi . Ce sont de vrais amateurs. Une des seules choses qu’ils aient gagnées est un voyage pour deux à l’île Maurice. C’est amplement mérité.
Le jour se lève progressivement et je peux éteindre ma frontale peu avant le col de la Seigne à 2516m que j’atteints à 6h37. J’admire encore une fois les contrôleurs emmitouflés dans leurs grosses doudounes et qui ont dû passer une nuit interminable.
Le froid est glacial. J’ai enfilé des gants mais ne porte toujours que le tee-shirt et la veste.
Le sol est gelé et très glissant par endroits. Il faut être très attentif car une chute peut faire très mal sur ce sol dur. Je remarque que les organisateurs ont gratté en beaucoup d’endroits le sol gelé pour supprimer cette croûte très glissante. C’est vraiment une attention touchante de leur part !
Je dévale en courant toute la descente. La vue est superbe : quelques nuages se teintent en rouge aux premières lueurs de l’aube. Bientôt le soleil éclaire les sommets les plus hauts sur notre gauche. On voit des glaciers qui descendent du massif du Mont Blanc. Nous sommes en Italie, dans le Val Veny. J’atteints le refuge Elisabetta à 7h19. J’ai très bien marché puisque je ne suis plus que 1118 ème.

Refuge Elisabetta- arête du Mont Favre (63 km):
Je prends mon temps pour bien me ravitailler, faire quelques photos en admirant le paysage superbe. On voit de profil sur notre gauche le massif du Mont Blanc avec ses pics, ses arêtes, ses glaciers.
En face la vallée est fermée par une très haute moraine. Elle a provoqué la formation d’un lac en grande partie comblé : le lac Combal. C’est par cette moraine du glacier du Miage que nous sommes montés l’an dernier Annick, Marcel, Méziane et moi, pour gravir le Mont Blanc. Je n’aurais pas pensé à l’époque y revenir dans ces conditions !
Je repars assez vite car le vent froid oblige à bouger. Le temps est magnifique. La piste est quasi horizontale sur quelques kilomètres jusqu’à hauteur du lac Combal.
Puis, nous devons la quitter pour monter par un petit chemin en balcon. Il s’élève progressivement et la vue s’étend de plus en plus. On voit mieux tout le glacier de Miage recouvert de rochers, son lac et sa moraine. Au dessus, les sommets sont couverts de neige et de glace. Il a neigé récemment et tout est blanc immaculé.
La montée est rude, près de 500m, jusqu’au contrôle de l’arête du Mont Favre. J’y suis à 8h41 et seulement à la place 1413. J’ai beaucoup traîné à Elisabetta et en prenant des photos. Mais ma seule ambition est de finir, et pour l’instant tout va bien !

Arête du Mont Favre- Courmayeur (72km):
Je reste un assez long moment tant la vue est belle. Certains coureurs me demandent de les prendre en photo et je me fais moi-même prendre devant le Mont Blanc.
Après une petite descente, il y a une nouvelle remontée toujours sur ce chemin en balcon, puis une longue descente avec des lacets. Je cours un peu mais marche surtout rapidement.
On voit en dessous, dans les bois, le col de Chécrouit en haut des pistes de ski. A gauche un glacier qui descend directement du Mont Blanc coupe en grande partie de ses moraines la vallée du Val Veny. A droite la vallée est beaucoup plus basse, boisée et on y distingue le village de Courmayeur.
J’arrive à Chécrouit à 9h32. Le soleil commence à taper fort. Je suis en tee-shirt et est mis la casquette. Les tables et bancs permettent de souffler un peu. Soudain, j’entends une musique arabe très entraînante. Et, je n’en crois pas mes yeux, mais nous assistons à une danse du ventre en pleine montagne ! J’immortalise la scène. Je repars ragaillardi comme l’aurait été même un moribond !
Nous descendons en suivant des pistes de ski. Puis, nous prenons un chemin, puis une piste qui permet aux 4x4 d’accéder au refuge. On quitte la piste pour emprunter un autre chemin qui descend très vite en lacets dans la forêt. Je me sens bien et entends de mieux en mieux les bruits d’en bas. Mais il y a près de 850m de dénivelé entre le col et Courmayeur ! Je suis avec des Italiens dont une blonde que je n’aurais pas prise pour une Italienne ! C’est en courant que je termine en croisant des randonneurs venus nous féliciter.
On traverse le hameau de Dolonne en face de Courmayeur, resté plus authentique que sa voisine.
J’arrive à 10h24, place 1408.
Martine est là pour m’accueillir.

Courmayeur- refuge Bertone (77km) :
C’est un vrai village qui est installé à Dolonne, à l’intérieur d’un grand gymnase.
Je récupère mon sac contenant des vêtements de rechange et de quoi me doucher. Une bonne douche chaude est la bienvenue. Martine me masse longuement les jambes et posent quelques pansements sur des ampoules naissantes aux orteils. Avoir sa masseuse personnelle est un sacré avantage, les autres coureurs étant souvent obligés d’attendre qu’une place se libère en salle de massage. C’est aussi et surtout un réconfort moral crucial !
Je prends un bon repas à base de pâtes et de soupe.
Bien que je sois « remis à neuf », je ne suis pas sûr d’en finir. Mes jambes sont lourdes et je ne suis même pas à la moitié du parcours (72km sur 158).
Je suis resté une heure et repars vers 11h30… en marchant. J’ai encore une demi-heure d’avance sur mon planning.
Je traverse tout le village de Courmayeur en passant par la grande rue principale où les nombreux piétons nous encouragent.
Un speaker italien parle à tue tête avec un débit impressionnant. Il est accompagné d’un groupe folklorique de jeunes filles en costume traditionnel savoyard. Le Val d’Aoste où nous sommes a longtemps fait partie du Duché de Savoie ; les anciens y parlent encore en français.
On remonte ensuite une rue très en pente. Je fouille dans mon sac tout en marchant pour chercher mon portable. Peu après, un coureur m’appelle par mon nom. J’avais laissé tomber ma carte d’identité et le strap !
La petite route se transforme en piste. Nous la quittons bientôt pour prendre un chemin en lacets qui monte très rapidement en forêt. Le temps est lourd et chaud. Je transpire et bois abondamment. Je double quelques coureurs.
Le chemin n’en finit pas de monter, plus de 800 mètres de dénivelé ; on arrive de temps en temps sur des replats, mais c’est pour mieux grimper ensuite.
Enfin je sors des bois et suis en vue du refuge Bertone. Il est 13h. Je me rends compte, après coup, que je n’ai mis que 1h30 pour grimper de 810 mètres, ce qui fait tout de même du 540 mètres de dénivelé à l’heure ! Les connaisseurs apprécieront.

Refuge Bertone- Refuge Bonatti (84 km) :
Je meurs de soif et me précipite sur toutes sortes de liquides. Je bois du coca et même une boisson énergétique, bien que je sache que cela ne me réussit pas beaucoup d’habitude !
Je prends toujours soupe et gâteaux secs.
Je repars au bout d’un bon quart d’heure mais n’ai pas la super forme.
Le chemin continue à monter avant de basculer vers le Val Ferret que nous dominons.
Nous sommes sur un balcon et pouvons admirer les glaciers et hauts sommets de plus de 4000 mètres du Massif du Mont Blanc : Dent du Géant, Grandes Jorasses,..Mais le temps se couvre rapidement et les plus hauts sont déjà dans les nuages.
J’ai un coup de barre ; je n’ai pas récupéré de l’effort de la montée. Je marche et me fais doubler par de nombreux coureurs.
Le chemin n’est pas vraiment plat car il est coupé par de nombreuses ravines parcourues par des cours d’eau ; on descend pour les traverser avant de remonter par des marches pour en sortir. Cela coupe les jambes. Je crois toujours que le refuge Bonatti est caché derrière l’arête suivante…qui ne révèle qu’un vallon de plus à franchir. D’autres coureurs commencent aussi à se moquer de leur copain qui annonce à plusieurs reprises le refuge derrière la prochaine crête !
Enfin, et après 7,5 kilomètres, la dernière crête est la bonne. Le refuge est là haut, après une rude mais courte montée !

Refuge Bonatti- Arnuva (89km) :
Je reconnais l’endroit où nous étions passés l’an dernier au terme d’une randonnée de 8 jours dans le Val d’Aoste, juste avant d’arriver au lieu-dit Lavachey au fond du Val Ferret.
Je dois remplir de nouveau ma poche d’eau. J’avale ma soupe aux vermicelles avec un breton qui porte fièrement son petit drapeau. Il est très sympathique et comme je me plains des jambes, il m’offre une pilule à avaler. Je ne sais pas trop ce qu’elle contient mais lui fais confiance ; il n’a pas l’air de trop mal se porter !
Le redémarrage est toujours un peu difficile mais le coup de pompe d’après le refuge Bertone est passé. Le chemin continue la traversée en balcon au dessus du Val Ferret. Mais le ciel s’assombrit nettement et les nuages de plus en plus gris ont envahi les sommets. On ne distingue plus en face que les glaciers et les bas des pentes.
Le chemin étroit n’est pas vraiment horizontal mais les montées et descentes sont toujours de courte durée.
Soudain, une jeune fille à la course aérienne nous croise. Elle est sans sac venue accompagner sans doute son père, qui lui marche difficilement. Il semble souffrir de crampes ou déchirures musculaires. Nous le dépassons tous. Je ne suis pas sûr qu’il va continuer encore très loin… Même si nous sommes encore nombreux les abandons se multiplient à chaque point de ravitaillement. Ce n’est pas je crois la volonté qui manque aux coureurs mais le corps ne suis pas toujours…et tout pépin physique est rapidement sanctionné.
Le chemin descend maintenant brutalement en lacets. Nous nous dirigeons vers le fond du Val Ferret : le refuge d’Arnuva. Le temps est de plus en plus gris et une petite pluie fine commence à tomber. J’ai des douleurs à l’estomac et soupçonne fortement la boisson énergétique avalée à Bertone d’en être la cause.
La halte à Arnuva est la bienvenue. Il est 16h.

Arnuva- La Peulaz (97km):
A chaque étape, j’essaie de ne pas trop me poser de question ; à chaque fois, je ne vise pas plus loin que l’arrêt suivant tout en gardant un peu d’énergie.
Je demande les toilettes qui sont derrière le refuge. Il n’y en a qu’une ! Heureusement, je n’ai pas trop à attendre …mais je trouve que cela ne fait pas beaucoup pour plus de 2000 coureurs !
Au ravitaillement des coureurs sont affalés un peu partout et s’interrogent sur la poursuite de la course…d’autant plus qu’une rude montée s’annonce et que le temps tourne à la pluie !
Des chasseurs alpins italiens ont monté des tentes en toile pour les secours. Ils ont des chapeaux en feutre surmontés d’une plume. Ils font penser à des militaires d’opérette !
Je repars, toujours lentement pour éviter tout problème lorsque les muscles sont encore froids.
Nous empruntons une large piste quasiment plate sous les applaudissements, puis le chemin monte brutalement en lacets dans des pentes herbeuses.
Je me sens vite mieux et adopte une bonne allure. J’ai remis ma veste sur le tee-shirt à Arnuva. Elle est bien imperméable, en Goretex , sans être trop chaude. Le chapeau en visière protège bien de la pluie tout en gardant une bonne visibilité.
J’ai vite chaud malgré la pluie, mais continue à un train soutenu qui me permet de dépasser de nombreux coureurs. Mais je le fais uniquement parce que je me sens bien à cette allure-là, sans aucune idée de compétition vis-à-vis des autres. Les mêmes auront vite fait de me dépasser en descente ou lors d’un arrêt. L’esprit de ce trail hors normes ( le trail du sommet de l’Europe ou le sommet des trails d’Europe), est surtout de mieux se connaître, d’aller jusqu’à ses limites.
La pluie redouble et c’est sous un déluge que je rejoins à 18h30 le col Ferret à 2537 mètres de haut, le point le plus haut du circuit.
Après le contrôle nous dévalons (la pluie aussi !) en Suisse. Le chemin est devenu très glissant mais je me sens bien et je cours sauf aux endroits un peu scabreux, comme quelques passages étroits protégés par un fil surtout symbolique. Le sol est très argileux et il faut rester très vigilent.
La pluie redouble encore, le chemin est large et bien tracé mais toujours aussi glissant ! J’ai hâte d’arriver au prochain ravitaillement mais ne vois rien à l’horizon.
Finalement, je tombe dessus ; c’est un petit refuge caché dans le creux d’un alpage : la Peulaz à 2071mètres.

La Peulaz- la Fouly (102 km) :
On est tous entassés dans ce refuge. Les coureurs ne sont pas pressés de ressortir pour affronter la pluie froide. Un feu de cheminée et la chaleur humaine chauffent l’atmosphère. Les soupes au vermicelle sont aussi là. Je prends un délicieux morceau de fromage : une tomme et j’apprécie aussi des bouts de chocolat.
Des coureurs ont enfilé leur couverture de survie pour se protéger de la pluie, d’autres ont récupéré des sacs poubelle pour protéger aussi leur sac à dos. Je n’ai rien mis sur le mien et m’apercevrai que tout est trempé dedans (polaire, collants). J’ai heureusement protégé l’appareil photo numérique et le portable !
Il faut s’extirper de cet oasis de douceur.
Le choc est brutal dans le froid et sous la pluie. Je n’ai que ma veste et un tee-shirt et grelotte pendant quelques longues minutes.
Le moteur se remet en marche ; le chemin devient une vraie gorge qui oblige à des exercices variés qui vous réchauffent rapidement. On rejoint une route en descente et je prends un petit trot régulier que je veux conserver le plus longtemps possible.
Une femme semble prendre plaisir à ces conditions dantesques : elle trottine en chantonnant et riant. Il n’y a pas à dire ! Les gens qui fréquentent cette course sortent de l’ordinaire !
Nous quittons la route pour un petit chemin qui suit la rivière.
Le temps est très sombre accentué par le soir qui tombe. Nous coureurs, sommes de plus en plus dispersés ; si bien qu’on peut se retrouver seul de longs moments. Toute cette ambiance très mélancolique, avec les grands sapins qui nous dominent me pèse un peu sur l’esprit. Que suis-je venu faire dans cette galère ? A quoi bon tout cela ? En finirai-je jamais ?
Je continue toutefois à trotter sentant le village proche.
Je franchis un dernier pont et on retrouve la route goudronnée pour entrer dans la Fouly. Je suis fourbu et retourne à la marche.
Mais après une bosse, je vois les premiers spectateurs et Martine qui m’attend. Je reprends le trot pour les derniers mètres.



La Fouly- Praz de Fort (111 km):
C’est la deuxième nuit qui commence. Le temps est froid et pluvieux. Un organisateur vous demande si vous voulez abandonner. Il vous donnera alors un beau ticket rouge marqué « arrivant ». Vous serez classé ayant parcouru 102 kilomètres, et surtout on vous ramène en bus à Chamonix, où vous pourrez être au chaud et dormir !!
J’avoue avoir hésité un instant. Tout cela est bien tentant. Beaucoup de coureurs se sont d’ailleurs arrêtés là. Les deux qui me précèdent m’avouent abandonner et me demandent si je continue. Je leur réponds « oui » en ajoutant « pour voir ».
Quelles sont mes raisons profondes ? Sûrement beaucoup d’amour-propre, et le sentiment de ne pas avoir atteint mes limites. Je sais que si j’abandonnais je resterais sur une impression d’inachevé.
Je m’arrête bien 20 minutes à la Fouly, le temps de recharger les batteries bien basses. Martine me pratique un bon massage indispensable à mes jambes endolories. Elle a dû venir seule en voiture sous la pluie depuis Chamonix.
Je suis si perturbé que je repars en oubliant mes bâtons. Ce n’est qu’au bout d’une bonne dizaine de minutes que je m’en rends compte. Des coureurs qui me doublent me conseillent fortement de les récupérer. Je remonte donc vers la Fouly…pour m’apercevoir qu’ils ont disparu. J’appelle Martine qui les avait récupérés pour me les rendre au prochain point.
Cet aller-retour involontaire fera, si j’arrive au bout ! que je serais un des coureurs qui aura parcouru la plus grande distance !
Je repars en compagnie d’un coureur qui me propose de cheminer ensemble. J’accepte d’autant plus que la nuit devient très sombre dans ces forêts de sapins et sous ce ciel noir. Il a de l’accent et je lui demande s’il est du midi. Il me répond non, qu’il vient de Bordeaux. Ce n’est pas vraiment le midi même si l’accent y est chantant. Il a beaucoup couru dont de nombreux marathons et plusieurs fois les 100 kilomètres de Millau. Je manque faire une gaffe en lui demandant s’il est V3 (plus de 60 ans) …ou V2 (plus de50 ans) ajoutai-je à tout hasard. Il me répond qu’il est né en 1951. Il a un an de moins que moi. Je l’avais cru beaucoup plus âgé. A ma décharge, il faut reconnaître que la nuit est très noire.
Notre conversation s’arrête rapidement car il marche à une allure très rapide, et je peine simplement pour me maintenir à son niveau !
Une éclaircie se dessine dans le ciel ; la pluie se réduit progressivement.
Nous dominons la vallée très large, très herbeuse, très suisse quoi !
Le chemin devient très étroit ; requiert toute notre attention. Il domine de grands précipices. A plusieurs reprises il est si peu large que des panneaux rouges et des fils ont été placés pour nous prévenir du danger. Tout écart pourrait être fatal. La roche blanche est très friable ; cela doit être du gypse. Je me promets de revenir de jour, et plus tranquillement, dans ce coin de Suisse profonde.
Nous atteignons une crête recouverte de forêt et aux bords très inclinés. Je crois qu’il s’agit d’une ancienne moraine maintenant colonisée par la végétation. Cela vaut aussi sûrement le détour.
D’un coup, au loin, un feu d’artifice est tiré. Nous regrettons de ne pas être plus prêts pour mieux en profiter ! Peut-être un mariage…
Cette longue crête s’incline progressivement, et de plus en plus, pour nous mener au petit village de Praz du Fort .
Martine est là ! Elle m’a attendu patiemment près d’une heure et demie en se gelant dans la voiture, car elle m’avait laissé sa polaire, la mienne étant trempée !
Quelques habitants nous applaudissent et nous félicitent.
Le ravitaillement est installé dans une sorte de grange. Un Allemand est allongé et réconforté par sa femme. Il est en proie au doute et attend un peu avant de décider à continuer ou non.
Je ne veux par rester trop longtemps de peur de trop réfléchir et me démotiver. Et puis, avec la fatigue, je me refroidis vite, car je préfère ne pas utiliser la polaire, la veste étant suffisamment chaude et étanche.
Après 10 minutes environ je repars seul, le bordelais étant déjà loin.
Nous suivons une large piste dans la vallée jusqu’au hameau de Issert, pas très loin.
Nous remontons en forêt. Le chemin trace de larges lacets. J’entends déjà les bruits de Champex.
Des réverbères éclairent. Je rejoins une large route qui mène à Champex. Un chemin coupe les lacets. Encore un effort, un dernier raidillon et j’arrive au village, au repos, à la soupe !
Il est 0h15.

Champex-Bovine (126 km) :
On m’envoie vers les sacs de rechanges. Je donne mon numéro. Il n’y est pas mais je pense que Martine est venu le prendre ! Je la retrouve près d’un immense chapiteau. On peut se requinquer au fromage et au chocolat suisses notamment. Je vous recommande aussi la soupe aux vermicelles, même si elle n’est pas aussi suisse que les deux autres. Mais qu’est ce que cela fait du bien !
Je pourrais prendre une douche mais n’en ai pas honnêtement le courage. Martine me masse donc les jambes par-dessus la boue. Il paraît que c’est très bon pour la santé. J’ai une sacrée chance d’avoir ma masseuse pour moi tout seul ! Les autres sont obligés d’attendre et la queue me semble assez longue…
Beaucoup se sont aussi arrêtés à Champex : la fatigue accumulée, encore des difficultés en perspective, les délices de Capoue (douche, massage) sous cette tente en attendant le bus qui vous ramène à Chamonix. Avouez que tout cela est tentant face à la perspective d’une longue nuit froide, douloureuse …et humide la pluie reprenant tout doucement !
Fidèle à ma tactique, je continue tête baissée sans trop réfléchir. Dans ce genre de course la réflexion mène à l’inaction ! Il ne faut peut-être pas être trop malin pour réussir !
C’est donc au bout d’une demi-heure à peine, à 0h45, que je repars, décidé d’en finir et remonté à bloc après cette halte. Je suis un peu inquiet pour Martine qui rentre seule en pleine nuit à Argentière.
Mes jambes me tiraillent mais je trouve que je ne m’en sors pas trop mal pour l’instant.
C’est à grandes enjambées que je longe le lac. Régulièrement, au sol, des peintures roses UT (pour Ultra trail) nous indiquent la direction à suivre. Ici, il faut souligner l’énorme travail de balisage accompli. A aucun moment je n’ai eu l’impression d’être perdu, mais perclus oui !
Je double un Anglais. Comment, me direz-vous, sais-je qu’il est anglais ? Parce que je lui ai d’abord parlé en français et qu’il m’a répondu : « je ne coumprends pas, jé souis anglais ». Alors je lui ai parlé dans la plus pure langue de Shakespear « Are you right ? » car je voyais qu’il boîtait bas. En gros (je traduis !) il m’a répondu que c’était pas terrible mais qu’il faisait aller. Je lui ai souhaité bon courage.
Nous longeons un moment une route avant de suivre un large chemin tout droit. Je crois que je m’en souviendrai toute ma vie de ce chemin tellement, il était droit et long, d’une monotonie mortelle. Je vois bien quelques lueurs au loin mais elles s’éloignent quand je m’en approche. Normal vous me direz, ce sont d’autres coureurs. Heureusement, de temps en temps, je peux m’en approcher un peu, un coureur s’étant arrêté pour satisfaire un besoin naturel. Mais, évidemment, quand je veux m’approcher, il s’éloigne vite pour rejoindre ses copains. Cela fait longtemps que je suis ce groupe dont le leader est un certain Philippe ; mais j’ai du mal à rester à leur contact et ne veux pas le faire au dépend d’un effort inutile. A chacun son rythme. C’est pour cela que rares sont les coureurs qui restent ensemble longtemps, chacun ayant des moments de faiblesse ou de forme qui diffèrent.
Après ce très long chemin monotone qui descend régulièrement, nous rencontrons une clôture et sommes un petit groupe qui hésite un peu avant de la franchir. Je suis surpris par un son de cloche juste à côté de moi. C’est une vache de couleur très sombre qui rumine paisiblement. On traverse un pré avant de pénétrer dans une chicane qui nous permet d’en sortir. On rejoint un autre chemin carrossable près d’une étable qui sent très fort la vache !
Puis, c’est un autre chemin aussi très long et aussi très monotone, mais qui monte légèrement, que nous suivons. Il est en rive droite d’un vallon.
Le chemin carrossable se transforme brutalement en petit sentier, la pente se redresse, les blocs à escalader sont nombreux. Les blocs, en fait de très gros galets polis, ne sont jamais très hauts mais la répétition incessante de ces grimpées où il faut se hisser sur ses cuisses devient très pénible. Mon genou gauche me fait un peu mal et je calcule pour porter plutôt l’effort sur la jambe droite, mais cela n’est pas toujours possible. Un coureur, qui semble manifestement souffrir et boite, s’écrie d’un seul coup qu’il en a « marre » et s’arrête là. La fille devant moi lui conseille de continuer à son rythme et rejoindre au moins les premiers secours car on est loin de tout. Et, s’il s’arrête, il risque l’hypothermie avec la fatigue, la pluie et le froid.
Dans ce chemin difficile, nous nous sommes regroupés et nous nous suivons tous de près. Je double quelques coureurs gênés par la forte pente et tous ces rochers à franchir. Je me dis que je n’en ai pas pour très longtemps, que c’est un mauvais mais court moment à passer.
C’est un mauvais et long moment à passer ! Le chemin n’en finit pas de grimper, de traverser un, deux, trois, quatre ruisseaux…je n’ai plus compté après ! La répétition des efforts, l’attention soutenue pour franchir les roches, finissent par épuiser. Je m’accroche toujours au coureur devant moi qui est mon seul objectif actuel.
Enfin, après un dénivelé de près de 800 mètres l’inclinaison se réduit, on retrouve un chemin digne de ce nom. Mais ce dernier est à moitié enfoui dans les herbes …trempées bien sûr. De temps en temps, des mares de boue l’interrompent. Une glissade est vite arrivée !
Pour couronner le tout la pluie reprend et le brouillard arrive. La lampe nous joue alors de drôles de tour. On voit très bien le petit nuage à hauteur du visage avec toutes ses volutes, mais beaucoup plus mal le sentier à nos pieds !
Enfin Bovine, dont la réputation n’est pas usurpée, est là. Il est 4h07.

Bovine-Trient (132km):
En pleine nuit, au milieu de nulle part, il y a un petit bâtiment d’alpage et une tente où sont les contrôleurs. Je ne dirai jamais assez leur mérite d’avoir tenu dans ces conditions extrêmes une journée et une nuit entière, tout en nous encourageant et en gardant le sourire.
Mon arrêt se réduit au stricte nécessaire : boire et manger.
On monte encore un peu en plein brouillard. Merci d’avoir posé des balises bien rapprochées !
Enfin, le chemin bascule de l’autre côté de la crête. Il faut rester très prudent, le sol est très glissant, souvent très en pente et les cailloux et racines nombreux.
Je m’égare quelques mètres ayant emprunté un chemin en contrebas du bon. Mais le balisage est tellement bien fait qu’on se rend vite compte de son erreur.
Je pénètre maintenant de nouveau en forêt. Le brouillard se dissipe et je vois très loin, en contrebas, un très long ruban de lumières. Je pense que c’est la vallée du Rhône, en Suisse, en amont du lac Léman. C’est bon signe aussi : la pluie s’est enfin arrêtée, pour l’instant !
La descente est interminable, la nuit interminable, la fatigue se fait sentir, les jambes sont lourdes.
Très, très bas, je distingue une route, un col. Cela doit être le prochain objectif, mais que c’est encore loin ! Je redouble de prudence et ne m’aventure pas à courir en ce terrain trop irrégulier.
Toujours la forêt, toujours le chemin. Enfin des lueurs apparaissent entre les arbres : c’est le petit village de Trient.
Après encore de nombreux lacets, nous traversons une route pour piquer dans un chemin en lacets très en pente.
La proximité du but m’incite à un prudent petit trot, le sol régulier étant recouvert d’un épais tapis d’aiguilles. Notre chemin traverse un grand pré et passe sous un pont avant de pénétrer dans le village. Il est 6h14. Les premières lueurs de l’aube pointent.


Trient- Vallorcine (142 km):
Beaucoup auront abandonné à Trient épuisés par cette deuxième nuit sans sommeil et les épreuves de Bovine, partie la plus pénible de la course ; c’est un avis partagé par de nombreux coureurs.
Je dois dire que je ne me souviens pas bien de mon étape à Trient ! Je sais que je n’y suis pas resté très longtemps, juste pour me réhydrater avec mon verre de soupe aux vermicelles et remplir ma réserve d’eau. Mais la notion du temps devient très floue à ce niveau de fatigue !
Je dois signaler aussi la qualité de la frontale avec lampe à diode que j’ai utilisée. Elle m’a duré les deux nuits sans changer les piles et sans faiblir, le tout pour un encombrement minimal. Quel changement par rapport aux anciennes frontales !
Je suis un peu inquiet car j’ai lu dans le road book que je vais affronter la pente la plus raide du parcours. Mais je me suis bien restauré, il fait jour, et la pluie a quasiment cessé.
Le chemin, même s’il monte très raide, est très régulier et le sol sans trop de racines ni de pierres.
Je pars donc sur un rythme plutôt lent et accélère un peu lorsque le moteur est bien chaud. Nous sommes en forêt et la pente est bien régulière.
C’est presque surpris que je parviens au contrôle des Tseppes à 7h36, un petit abri près de chalets en pierre. J’ai mis environ une heure et 10 minutes pour monter plus de 600 mètres. Je m’arrête peu de temps juste pour boire un coca-cola, chose que je ne ferais jamais en temps ordinaire ! Mais il contient ce dont j’ai besoin à cet instant : du sucre et de la caféine. J’en fais la remarque. Un autre coureur dit que c’est la même chose pour lui.
La montée continue mais en pente moins forte. Je suis dans les alpages. La ligne de crête est franchie : je quitte la Suisse pour retourner en France…un peu moins frais qu’au départ !
Le paysage change aussi. Je domine maintenant la vallée de Vallorcine. En face, je vois le barrage d’Emosson. C’est à proximité qu’il y a des empreintes de pas de dinosaures. Ce sera pour une autre fois !
Trois Italiens sont souvent à ma hauteur. Ils font une course d’équipe et s’encouragent mutuellement de la voix. Enfin, c’est ce que je crois...à moins qu’ils ne s’engueulent…L’un d’eux plutôt fort ne paraît pas taillé pour ce genre d’exercice. Comme quoi, il ne faut pas se fier aux apparences !
Nous longeons la crête et le vent est très frisquet. Il pleuviote.
Enfin, après un petit col on quitte ces hauteurs froides pour descendre le long d’un vallon.
Après quelques lacets que je parcours mi courant, mi marchant, j’arrive dans une zone très tourmentée où le passage de centaines de coureurs (eh oui je ne suis pas dans les premiers !) a transformé tout le chemin en un épais bourbier liquide.
Le traverser relève plus de l’art du patinage (plus ou moins artistique) que de celui de la marche ou de la course. Très nombreux seront ceux sur les collants desquels on relèvera des traces de ce passage. Un bain de boue n’est pas mauvais. Je ne sais par quel miracle je réussis à rester debout mais les bâtons solides sont bien utiles !
On descend en grands lacets mais la vallée est encore bien basse. Je vois en dessous un 4x4 arrêté au bout d’une piste. Quelle n’est pas ma surprise de constater qu’il s’agit d’un ravitaillement. Ce sont deux gars qui sont montés depuis Vallorcine pour improviser ce « ravitaillement sauvage » comme ils disent. Il est vraiment le bienvenu.
Nous empruntons maintenant une large piste en pente régulière. En temps normal, je devrais courir ; mais là, j’ai beau essayer, ma course ne dépasse pas quelques dizaines de mètres.
Je suis surpris de croiser un coureur italien qui remonte…mais je comprends vite : il lui est arrivé la même mésaventure qu’à moi ! Il a oublié ses bâtons au ravitaillement.
Quelques randonneurs matinaux sont là et nous félicitent chaleureusement. Cela me fait encore beaucoup de bien et m’encourage à continuer.
Je quitte la piste pour un petit chemin qui descend beaucoup plus vite en forêt. Le sol est recouvert d’un épais tapis d’humus. C’est bien agréable. J’esquisse même une petite course pour les derniers mètres jusqu’à Vallorcine. Il est 9h26.


Vallorcine-Argentière (149 km):
Si je m’écoutais je me coucherais et je dormirais ! Mais je me dis qu’il est trop bête d’abandonner à ce stade au bout de 142 kilomètres. Je reprends donc des forces en buvant et mangeant toujours les mêmes produits qui m’ont réussi jusqu’ici.
Donc, sans trop me poser de questions, je reprends la ronde infernale. Je vide au passage quelques cailloux dans ma chaussure ; je n’ai pas de protections très utiles pour éviter ce genre de désagrément.
Je discute un moment avec une coureuse d’un certain âge, disons comme le mien, qui a déjà effectué l’ultra trail en 43 heures et espère mieux cette année. Je ne tarde pas à en être convaincu car elle se met à trottiner et je n’arrive plus à la suivre.
Nous suivons un large et joli chemin qui monte doucement au milieu des prés vers le col des Montets. Il est pavé et doit à mon avis être très ancien.
Mais la pente se redresse à l’approche du col. On emprunte un petit bout de route goudronnée avant de reprendre un chemin qui bascule vers Argentière. C’est en fait un sentier botanique. J’ai le temps de lire les noms de maintes plantes mais n’en retiens aucun !
Le chemin domine maintenant un lacet de la route et je vois Martine là pour m’encourager. J’en ai bien besoin même si je sens que je « tiens le bon bout ».
Le chemin quitte maintenant la route pour descendre en lacets vers Argentière. Le paysage est très bucolique avec des prés, des jardins. J’arrive enfin aux premières maisons.
Je suis rapidement sur une vieille place du village où se déroule le contrôle. Il est 11 heures 03.

Argentière-Chamonix (158,1km) :
Je suis félicité chaudement par un monsieur qui me dit que c’est gagné maintenant. Voyant que je parais surpris, il me précise qu’il est le propriétaire du gîte où nous logeons, M Lehmann. Je ne l’ai pas reconnu tellement je suis dans un état second. Ses paroles me réconfortent.
Je reste le minimum de temps, pressé et maintenant quasi sûr d’en finir.
Un spectateur m’encourage fortement en me brandissant la une du journal local qui parle de nous comme des extra-terrestres. Je dirais que c’est vrai surtout pour les premiers arrivés la veille vers 16 heures. Mais je ne me sens pas du tout extra-terrestre en ce moment. Cela redonne tout de même du courage.
J’ai lu su le road book que les meilleurs mettent seulement une heure pour rejoindre Chamonix. Je me dis que j’y arriverai peut-être en deux heures. Cela me paraît encore une éternité. Il faut tenir.
Le chemin quitte rapidement le village pour monter en forêt rive droite de la vallée. Il est large et confortable. On distingue souvent la vallée en contrebas. Mais Chamonix reste invisible.
Après un long parcours ainsi plus ou moins horizontal, on descend en lacets vers la vallée pour s’approcher du hameau des Tines. J’ai le plaisir de retrouver M Lehmann qui me dit qu’il me reste encore une montée facile, sans comparaison avec celles déjà effectuées ; elle est suivie d’une descente régulière vers Chamonix.
Allez ! Encore un dernier effort et j’y suis !
Mais la montée est beaucoup plus rude que je ne m’y attendais. En effet, à plusieurs reprises on arrive à des replats suivis par une nouvelle montée.
Je croise une jeune fille qui attend vainement une éclaircie pour prendre en photo le Mont Blanc ; quelques rayons de soleil jouent avec les nuages ; mais ces derniers restent très abondants et je crains fortement que ses espoirs ne soient déçus.
En montant, je bute contre une pierre ou une racine et je sens une douleur à la base du tibia. Il est temps que tout cela finisse.
Cette dernière partie me semble interminable. Je suis même parfois en proie à des hallucinations : je crois voir des gens ou des animaux en bordure du chemin. Je rêve debout. Il faut que je me secoue pour me tenir éveillé.
Enfin, j’atteints le point haut. Le dénivelé n’a pas dû dépasser 200 mètres mais c’était après 8400 autres !
La fin est proche. Je retrouve un peu d’énergie et descends par un large chemin qui se transforme en route goudronnée aux premières maisons de Chamonix.
Je suis tout seul. Je rejoins une grande route où circulent les voitures. Je monte sur le trottoir pour les laisser passer. Mais un organisateur est là et m’impose le milieu de la chaussée.
Mon jour de gloire est arrivé ! Il me stimule tellement que je me remets à courir. Les spectateurs sont de plus nombreux. Je trouve des ressources insoupçonnées pour courir de mieux en mieux. La foule est de plus en plus en plus dense. J’ai l’impression d’arriver en vainqueur. Et la foule s’ouvre devant moi quand je franchis enfin la ligne d’arrivée.
Il est 13h 13. J’ai mis exactement 42 heures 12 minutes et 14 secondes pour parcourir les 158,1 kilomètres du tour du Mont Blanc et 8639 mètres de dénivelé. Je suis arrivé 861 ème. Je suis à la place 123 de ma catégorie, les vétérans 2 (de 50 à 60 ans).
Au total 1150 coureurs auront effectué le tour complet sur 2500 au départ.

Martine est là pour m’accueillir et me féliciter.
On m’offre une magnifique veste North Face marquée finisher.
Un indien en sari et pourvu d’une magnifique barbe noire me propose une tasse d’un breuvage très parfumé.
Après quelques minutes de repos où j’ai beaucoup bu, je pars avec Martine rejoindre la voiture. Je n’ai plus que deux envies : me laver et dormir !
Mais elle est garée à quelques centaines de mètres de là. C’est avec une démarche de vieillard que j’avance et descends quelques marches en m’appuyant très fortement sur les bâtons.
Après une bonne douche au gîte, je sombre dans un sommeil profond de 4 heures pendant lequel je suis très agité et tiens des propos incohérents.







Bilan- Conclusions :
J’espère, cher lecteur, ne pas avoir été trop long dans ce récit que j’ai voulu coller au plus près de la réalité, de mes sensations.

Quel bilan en tirer ?
-Au niveau physique ce genre de course ne peut se programmer à la légère. Il faut avoir suivi un entraînement intensif et de longue durée : 6 mois est un minimum. Il faut régulièrement intercaler des sorties longues d’au moins deux heures, ce que je n’avais pas assez fait.
-J’ai eu quelques séquelles physiques : une douleur persistante à l’articulation du genou gauche. J’écris ces lignes 10 jours après la course et ne suis pas encore complètement remis. J’ai eu aussi une petite déchirure musculaire à la base du tibia droit. Enfin, j’avais de spectaculaires ampoules aux orteils. Je pense qu’il faut au minimum un mois pour récupérer ses pleines capacités physiques.
- L’organisation : tous ceux qui la critiquent sont des grincheux et n’ont rien compris à l’esprit de cette course. C’est vrai qu’on était nombreux (mais l’organisation avait voulu faire plaisir au maximum de monde : certains grognons ont sans douté été récupérés par le tirage au sort) mais je ne vois pas où est le problème si on bouchonne un peu au début ou s’il faut attendre à certains massages.
Je ne tarirai pas d’éloges sur l’enthousiasme et le dévouement de ces centaines de bénévoles. L’ambiance générale est au-delà de ce que je pouvais espérer. C’est aussi tout l’intérêt de cette course de passer par tous ces villages où l’accueil est toujours très cordial. Que les grognons viennent participer aux raids du Mercantour ou de Cro- Magnon dans les Alpes-Maritimes et ils comprendront ce que c’est que de courir des heures durant loin de tout lieu habité.
-Les autres coureurs : c’est vrai que je regrette de n’avoir pas pu courir avec d’autres, pour se soutenir mutuellement. Mais la course à plusieurs est très difficile. On trouve rarement quelqu’un du même niveau que soi. Alors, si on est le moins bon on a toujours l’impression de freiner l’autre. Dans le cas inverse, on se dit qu’on aurait pu nettement mieux faire. Car un rythme trop lent, un arrêt prolongé peuvent même compromettre les chances d’aller au bout.
Dans l’ensemble et malgré quelques grincheux qu’on remarque forcément, et c’est bien ce qu’on appelle le caractère français, je dois dire que les coureurs ont eu un comportement très correct. Il règnait un esprit d’entraide que j’ai pu vérifier à plusieurs reprises et une très bonne attitude générale : je n’ai vraiment quasiment vu aucun papier traînant au sol ; et très très peu de coureurs coupaient les lacets pour monter ou descendre.
Enfin, je tiens à souligner la présence constante à mes côtés de Martine qui m’a été d’un grand secours …car j’ai traversé des moments difficiles !

Le mot de la fin : j’y étais, je suis allé jusqu’au bout…mais je ne suis pas sûr de vouloir recommencer !

François BERTAUX
Dossard 2448

1 commentaire

Commentaire de le p'tit zef posté le 19-09-2006 à 22:15:00

Merci pour ce récit très plaisant à lire.
çà m'a permit aussi de mesurer quel exploit que c'est de terminer un UTMB.
Bravo et félicitations.
Le p'tit zef qui l'a fait lui,le TMB,en marchant en ...1 semaine!

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