Récit de la course : Courmayeur - Champex - Chamonix 2011, par Jérémie C

L'auteur : Jérémie C

La course : Courmayeur - Champex - Chamonix

Date : 26/8/2011

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 839 vues

Distance : 93km

Objectif : Pas d'objectif

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Un an après

Et voila, nous sommes le vendredi 26 Aout 2011, je vais pouvoir mettre à la corbeille la frustration d’il y a un an, déclenchée par les bénévoles de Vallorcine malgré eux, nous stoppant si prêt du but : Chamonix.

Il s’en est passé des choses depuis, un automne un peu difficile avec plusieurs passages chez le cardiologue pour des anomalies qui se révéleront finalement bénignes, puis des courses encourageantes, comme Montagnole ou je réalise un bon chrono grâce au travail de vitesse réalisé. Arrive déjà 2011, quelques séances de ski de fond (que j’espère approfondir cet hiver) et la clémence du temps me permettant de remettre rapidement les baskets pour préparer au mieux cette seconde CCC. Pour ma première participation, j’avais prévu de la faire plutôt tranquillement en visant la veste de finisher dans un premier temps et ensuite, dans le meilleur des cas, faire autour de 22h, ce qui me semblait honnête pour une première compte tenu de mes seulement deux ans d’ancienneté en course à pied. Cette année, j’ai envie de me tester et d’aller plus vite, l’objectif est de passer sous la barre des 20h.

Retour à Courmayeur, je retrouve les Trailers du Môle sur la ligne de départ, une ou deux photos et nous nous installons dans le sas de 10h10. Tout le monde semble détendu, le soleil devrait être de la partie jusqu’en fin d’après midi, ensuite, cela doit normalement se gâter avec pas mal de vent et de pluie attendu. Catherine Polletti pendant le briefing précédant le départ, nous annonce que plusieurs modifications ont été prévu afin de garantir notre sécurité : nous éviterons Bovine en descendant sur Martigny, passage dans des vignes avant de remonter au col de la Forclaz, il en sera de même pour Catogne et la Tête au Vents, qui sera tronqué, elle, grâce à l’ancien final passant par Argentière. Le parcours fera 93 km et 5100 +, pourquoi pas, c’est un impondérable qu’il faut de toute façon gérer comme un autre.

Le départ est donné dans une ambiance toujours aussi émouvante sous les acclamations de la foule et la musique de Vangelis qui grondent. Un dernier salut à mes parents en haut de l’église de Courmayeur et c’est parti pour la première montée vers le refuge Bertone. La Tête de la Tronche a été supprimé pour permettre au plus grand nombre de passer le grand col Ferret avant l’arrivé du mauvais temps, nous emprunterons donc le parcours classique de l’UTMB. Rapidement, je prends mon rythme, il fait chaud, j’ouvre mon maillot en entier pour éviter la surchauffe. J’atteins le premier point de contrôle en 58 minutes à la 340ème position, un verre de coca avant de finir les derniers mètres d’ascension et de prendre le chemin vallonné en direction de Bonatti qui m’est alors inconnu. Je garde mon objectif en tête, courir l’intégralité des plats et des descentes, je me fais doubler, mais je temporise, la route est encore longue. A mi chemin du refuge Bonatti, je prends une pâte d’amande, première chose «solide», une demi-heure plus tard, j’atteins le second point de contrôle, 2h de course, 403ème position. Un deuxième verre de coca et s’annonce le plat puis la descente sur Arnuva et la Val Ferret. Je double un peu et harangue des coureurs coupant les lacets, ils sont bons joueurs et s’excusent plus ou moins, je leurs explique simplement qu’ils font ce qu’ils veulent mais que je ne me permettrais pas ce genre de chose, nous nous quittons bons amis. Belle ambiance comme toujours à l’arrivé à Arnuva, pas mal de monde grâce au beau temps, je pointe 394ème en 2h42.

Je tombe au ravitaillement sur deux traileuses de mon club parties dans le sas de 10h. Je suis un peu surpris, mais je reste concentré sur ma stratégie et rempli tout de suite ma poche à eau avec 1.5l et une recharge de poudre énergétique prévu pour cette quantité de liquide. J’attrape rapidement deux Tucs et deux morceaux de viande séché et c’est reparti pour un des gros morceaux, le grand col Ferret. Rapidement, je vois mes deux collègues reparties juste devant moi, je ne force pas l'allure pour rentrer, je suis à mon rythme. C'est marrant d'ailleurs, on aurait dit que tout le monde craignait cette ascension, c'était un genre de grande procession ou chacun se suivait gentiment sans doubler en ayant peur de la défaillance. Passage au refuge Elena, puis environ au deux tiers de la montée le fameux bassin ou j'ai pris l'habitude de boire à chaque fois que je suis passé en course ou en reconnaissance, c'est comme une sorte de porte bonheur pour moi. Le sommet et sa tente jaune s'offre alors à nous après une petite heure d'escalade. J'entame la dégringolade sur la Fouly prudemment car j'ai une douleur à la cheville gauche et qu'il y a prêt de 20 km à combler pour rejoindre le pied de Champex qui sera simplement la mi-course ! La Peulaz en vue, j'avale une barre de nougat et constate que la cheville va mieux et que je peux enfin accélérer, je fais une belle descente en doublant pas mal et passe à un bon train le nouveau «coup de cul» avant le ravitaillement de la Fouly que j'atteins en 5h17 à la 366ème position. Je retrouve mes parents pour la première fois, je constate que j'ai suffisamment de boisson pour gagner Champex, j'attrape un verre de coca, un petit morceau de barre chocolaté et je repars après une minute d'arrêt seulement devant les deux Traileuses du Môle qui ont pris le temps de remplir leurs poches à eaux. Je suis déçu de constater que comme l'année dernière nous empruntons la route asphalté et non le petit chemin des crêtes pour rejoindre Praz de Fort. Je sympathise et échange quelques mots avec un jeune d'Annemasse qui m'explique qu'il est passé 330ème précédemment (parti à 10h lui) alors que je n'avais jusqu'alors eu aucune indication au niveau du classement, si il lit ces lignes, je le salut. Puis c'est Issert et la grimpée vers la base vie et le lac, elle est assez rapidement avalée, mais je commence à avoir les jambes un peu durs, surement normal après 50 km.

Champex-Lac : 7h04 de course, 289ème, je retrouve mon assistance et comme d'habitude je fil remplir ma poche à eau et y adjoint la dose nécessaire de poudre énergétique. Chose faite, je prend mon premier demi bol de bouillon que je coupe à l'eau froide, une quinzaine de pâte et mon fidèle verre de coca. Je m'assois pour la première fois, discute un peu avec mes parents, enlève mes chaussures pour supprimer quelques petits gravillons et enfile un tee-shirt sec. J'essaie de visualiser ce que je vais devoir faire avant d'arriver sur un ravitaillement pour éviter de tourner en rond et de faire des choses inutiles : chose semble t-il payante, je repars après 14 minutes. Gros moral, mais plus trop de jambe en sortant de la base vie, je mets cela sur le compte de la digestion et entame tant bien que mal les 4 km de plat qui nous sépare habituellement de Bovine. Je suis alors avec un Allemand et nous reprenons un coureur de Technica, même si lui ne semble plus très en forme, j'espère ne pas être parti trop vite... Je fais une partie de la descente exclusive sur Martigny avec un VTTiste du coin et glane des informations importantes pour la suite, il m'annonce un passage vallonné dans des vignes suivi d'une remonté de 1000 + jusqu'au col de la Forclaz ! Cette partie en fond de vallée est belle, c'est dur à ce moment de la course mais il faut avouer que c'est un bien beau chemin de trail que nous empruntons avec un petit groupe de 5-6 coureurs dont un grec sympathique avec qui j'échange quelques mots en anglais. Le vent fait des sienne à présent et le sable des vignes nous pique les yeux peu avant le ravitaillement de Martigny ou j'arrive après 9h14 de course à la 254ème place. Je prend un coca et grignote deux sablés au chocolat en entament le «mur» de bitume qui constitue le début du dernier gros morceau de ce parcours de repli. Je progresse tant bien que mal, mais j'ai l'impression d'être scotché des que la pente se durcit. Au coin d'un carré de vigne, je m'arrête pour enfiler mon imperméable car la pluie fait son entrée, elle ne nous quittera plus jusqu'à Chamonix. Je commence à douter en me faisant rattraper par quelques coureurs, ces moments la sont terribles car on a l'impression que tout est fini pour nous et que tout le travail précédemment effectué est perdu, chose complément fausse car je monte encore à un rythme correct et ne perd quasiment aucune place une fois les comptes fait. Heureusement, un ou deux sms et le fait de doubler un bon coureur Haut-Savoyard en difficulté me redonneront l'énergie nécessaire pour terminer la montée dans l'humidité et le brouillard. La nuit est maintenant la et je demande l'aide du coureur allemand de Champex pour sortir la frontale de mon sac sans avoir à l'enlever, mes parents m'encourage au col me disant que le plus dur est derrière moi. Descente rapide sur Trient, je pointe en 11h09 à la 237ème place.

On ne change pas une technique qui marche, je fais rapidement le plein d'eau et de poudre avant de m'asseoir quelques minutes devant un verre de coca, un bol de bouillon et deux Tucs. Avant de partir, je prend le temps de mettre un tee-shirt manche longue sous l'imper et d'attraper une barre énergétique que je glisse dans ma poche. Étant donné que j'aime bien savoir ou je vais, j'ai pris le soin de demander à un bénévole ce qui nous attendait pour regagner Vallorcines et la France, il s'agit selon lui de 2 km sur route avant de prendre une route carrossable avec 300 +. Je fais le rythme d'un groupe de quatre sur la partie plane sous une pluie de plus en plus violente et un vent menaçant de m'arracher ma casquette à chaque instant. La grimpée sur route carrossable et vraiment longue et je ne me sens pas très efficace, je ne sais pas si je dois utiliser mes bâtons ou non à la vue du revêtement et du pourcentage de la pente. Je reçois un sms de mon frère et je sais pour la première fois depuis le début de la course ma position : je suis 229ème, non, même 228ème. C'est une performance inespérée pour moi qui visait simplement un top 500 et je me dis alors que je n'ai plus le droit de lâcher quoi que ce soit, je prend une moitié de barre énergétique récupérer à Trient. J'arrive en vue du télésiège qui se trouve bien avancé dans la descente classique de Catogne et m'engage sur la piste forestière en direction de Vallorcines. J'arrive 226ème en 13h03, un bol de soupe, un coca, vérification de la poche à eau et je pars gonfler à bloque en direction du col des Montets. Je n'ai pas beaucoup bu depuis Trient et je vais avoir du mal à me forcer jusqu'à Chamonix, c'est d'ailleurs la seule critique que j'arrive à me faire sur cette course... Au col, un Trailers du Môle n'ayant malheureusement pas pu prendre le départ de l'UTMB pour cause de blessure m'accompagne quelques centaines de mètres sous le déluge, je lui explique que j'ai beaucoup penser à lui pendant les moments difficiles et il me laisse après s'être assuré que j'allais courir autant que je pouvais jusqu'à la ligne. Le terrain est maintenant détrempé et d'énormes flaques jonchent le sentier, il n'est plus question de penser à ses pieds mouillés, direction Argentière. Je prend la seconde moitié de ma barre de Trient et repart sans halte du ravitaillement.

Le final est difficile, c'est très vallonné, 100 mètre de monté, 200 de descente, 100 de plat et tout cela à répétition sur un chemin très difficile, tapis de cailloux. En plus, la pluie qui balaie mes lunettes et ma frontale dont la lumière décroit au fil des heures ne me facilite pas la tâche. Je prend le sentier du petit balcon sud et commence à voir les lumières de Chamonix, je double, je me fais doubler, mais cela n'a plus vraiment d'importance maintenant surtout que je suis entouré de dossard «5000» qui sont parti 10 minutes avant moi et qui seront derrière à la faveur du chrono. Un dernier «coup de cul» avant de récupérer la descente classique de la Flégère pour le final ! J'aurai cru pouvoir voler et débouler comme une balle dans Chamonix, mais à l'heure qu'il est, le boulet est plus accroché à mes jambes et je dois m'arracher pour courir au bord de l'Arve. Le petit crochet final devant les statuts et je franchis la ligne d'arrivée à 1h49 après 15h37 de course à la 228ème position : heureux.

Je tiens à remercier dans un premier temps mon «assistance» pour son soutien indéfectible ainsi que les différents personnes qui m'ont envoyé des messages de soutient pendant la course. Dans un second temps, je remercie grandement et fortement les Trailers du Môle et plus particulièrement ses «chevilles ouvrières» qui se reconnaitront pour m'avoir rendu possible tout cela à travers leurs conseils, leurs savoirs-faire et leurs encouragements permanent. J'espère pouvoir aider à rendre cela accessible pour d'autres dans les années futures.

7 commentaires

Commentaire de millénium posté le 29-08-2011 à 20:40:08

merci jérème pour ce récit , très précis. Et , bien sûr , un grand bravo pour ta perf !

Commentaire de akunamatata posté le 29-08-2011 à 21:00:00

bravo pour ce récit bien complet !

Commentaire de idec59 posté le 29-08-2011 à 21:04:08

Bravo et félicitation. Merci pour ton CR

Commentaire de JLW posté le 29-08-2011 à 22:57:30

Quelle belle course, visiblement une très bonne gestion et un excellent chrono qui fait envie. Bravo à toi.

Commentaire de jepipote posté le 30-08-2011 à 07:29:01

félicitations pour ta course et pour ce CR très claire.

Commentaire de Tercan posté le 30-08-2011 à 10:41:20

Yeahhhh superbe gestion, et beau résultat.
Chapeau !!!
Et merci pour ce CR

Commentaire de ThomasL posté le 01-09-2011 à 08:21:42

Wow... Sacré perf! Super CR et je suis preneur de conseils à distance sur la gestion des ravitos et de l'alimentation!

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