Récit de la course : Ultra Trail du Mont Blanc 2006, par Olivier91

L'auteur : Olivier91

La course : Ultra Trail du Mont Blanc

Date : 25/8/2006

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 3839 vues

Distance : 158.1km

Objectif : Pas d'objectif

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Le récit

Comment commencer le récit d'une course qui dépasse largement le cadre d'une course? Car pour moi, l'UTMB c'est un moment de vie qui s'articule autour d'une course qui en fait représente l'aboutissement d'un chemin.
Qu'attend-on d'un récit? Une succession de temps et de classements? Ou plutôt le partage d'une expérience, d'une émotion? Bien sûr, raconter sa course en partant de la ligne de départ jusqu'à la ligne d'arrivée et finir en remerciant tout le monde est bien plus facile et suffit souvent. Mais là, quelques jours après la fin de la course, mon esprit bouillonne de tant d'autres choses que de son déroulement sportif ….
Alors allons-y, retrouvons le sens du chemin parcouru ….


Comme beaucoup de coureurs d'ultrafond, j'ai commencé tardivement la course à pieds et je m'y suis jeté à corps perdu. Pourquoi? Envie de faire la nique au temps qui passe, de s' occuper à nouveau de soi, de se recentrer sur des valeurs plus primitives, de se reconstruire un corps, une image positive? Pour moi, ce fut certainement un mélange de tout cela quand j'ai décidé de m'y mettre en novembre 2004. Ceux qui ont suivi les épisodes précédents (voir mon récit de l'UTMB 2005) savent que j'ai commencé à perdre du poids, beaucoup de poids (un Gérard Cain à une petite échelle) et que j'ai attaqué la préparation en mars 2005. Depuis, je vais de découvertes en découvertes, de ravissement en ravissement. La principale de ces découvertes est celle d'un monde de rencontres. J'avais peur de me montrer dans ce monde de sportif que j'imaginais élitiste … que nenni, ce monde est bourré de gens passionnés qui mettent en avant le plaisir et le partage. Alors, que de rencontres, au GR73 (un souvenir merveilleux, n'est-ce pas Olivier74??) grâce en particulier à Dominique la célèbre Marmotte qui hébergea 6 coureurs , à l'Ultra trail du Verdon, Philippe, Paul et Antoine (qui vit la course exactement comme moi …. Mais largement devant moi!!), à la montée du Nid d'Aigle (premiers contacts avec le Jogging du Dimanche Matin de Bures sur Yvette), … mais aussi un élan nouveau autour de la course à pieds dans mon environnement direct, les amis de Villebon (le Top Gang de Véloces Villebonnais), Jean-Marie et Brigitte, ….




Or donc, mon WE chamoniard a commencé sous le signe de la rencontre. Après un passage rapide pour récupérer les dossards (je suis passé jeudi vers 15h30, 16h, j'étais tout seul !!!) – au passage, le site du "village" de la course était nettement plus pratique que la patinoire, l'an dernier où nous étions vraiment les uns sur les autres- je me retrouve au milieu des UFOs, sur le stand homonyme. Les échanges fusent, la bonne humeur est de mise. Phil, Le Sanglier, Koline, bientôt Sandrine, Marmotte, Olivier74, Ysolo, Fab, Val, … Tout le monde a l'air prêt. Fab et Val sont particulièrement affûtés. Val, qui n'a pas encore compris qu'il était un grand coureur, nous la joue modeste et a ses pudeurs de jeune fille. C'est à peine s' il ne nous dit pas viser 43/44 heures!! Après ce qu'il nous a mis au GR73!!

La télé régionale belge (francophone) m'interviewe … non pas que je sois une vedette, mais je viens de passer 15 jours de vacances avec les parents et le frère du caméraman …chacun fait comme il peut pour passer à la télé! Il est temps de sortir du brouhaha pour s'installer à une terrasse pour boire un coup. Une partie de la conversation tourne autour de la météo et de l'équipement qui en découle. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'on n'y voit pas bien clair, les prévisions changeant relativement souvent!! Ma décision est prise: demain j'apporte tout à Cham et je décide en fonction des prévisions les plus récentes et de toutes façons, la tenue "montagne" sera dans la voiture d'assistance. Ah oui au fait, je ne l'ai pas dit, mais cette année, j'ai mon assistance haut de gamme: Alice, ma femme, et nos 4 enfants (Marion, Maëlle, Florent et Fabien vont suivre en voiture tout le long de la course, voiture transformée en camping-car de fortune. Conformément au règlement, je ne les croiserai qu' aux ravitaillements officiels, mais ces rendez-vous rythmeront ma course de moments d'affection qui constitueront chacun un petit objectif en soit.

Ce jeudi soir, je finis par une pasta-party dans un restaurant de Chamonix en compagnie de Soul et de ses partenaires de l'équipe d'Air France. Mes 2 garçons sont particulièrement excités, ma patience fond … il est préférable d'écourter et de se diriger vers un bon lit pour cette dernière nuit avant la course.

Vendredi, le reste de la famille me rejoint. J'établis le plan de bataille avec Alice: contenu des sacs, points de rendez-vous: Départ, Les Contamines, Courmayeur, Arnuva, Champex, Trient, Vallorcine et bien entendu arrivée à Chamonix. Après avoir récupéré Manu mds et sa famille dont nous faisons connaissance à l'occasion (nous leur avions proposé de les héberger pour la course), on charge les duvets dans la voiture et hop c'est parti. Ce coup-ci, on y est! 363 jours que je pense à ce moment tous les jours! Une obsession! Un fantasme qui se dessine dans mes rêves. Effacer la déception de l'élimination de l'édition précédente et surtout, surtout, faire ce que je rêve de faire depuis que je l'ai vu l'an dernier: franchir la ligne en courant, main dans la main avec ma famille qui m'appuie, qui me motive comme tout le monde voudrait l'être. Quand je visionne ce moment-là, la gorge se noue, les yeux se chargent d'eau salée. Cette vision, le principal moteur de ma motivation, je l'ai beaucoup utilisée dans les heures qui ont suivi.

A Chamonix, on sent l'agitation des grands moments. Les rues sont parcourues par d'étranges créatures multicolores: collant, chaussures de trail, petit sac à dos, bandana ou casquette, … les regards se croisent, la complicité transparaît. Le petit monde de l'Ultra-trail est à son rendez-vous annuel. A propos d'agitation, Manu m'appelle. Il est à la remise des dossards, il reste 5 minutes avant la fermeture, il n'a pas d'Elasto, c'est un peu la panique. Pin pon, j'arrive avec une bande neuve et trouve manu, dans un gymnase quasi désert, ses affaires étalées sur 2 m2: où est cette fichue carte bleue?? Bref, je me satisfais d'avoir tout préparé méthodiquement dès la veille (réflexe de montagnard, peut-être?).

Nous voilà sur la ligne de départ. Nous nous retrouvons une dizaine d'UFOs, tout au fond de la place, le long de l'Eglise.



Dhom est là, concentré sur son défi du dernier à partir de Chamonix (à ce moment-là, il ne se méfie pas assez de Sandrine qui discrètement prépare un coup fourré … et privera Dhom de sa victoire). Peu à peu les discussions s'espacent, le moment approche. Dans les dernières secondes, je serre la main à Olivier74: elle dégage une chaleur et une amitié qui ne s'oublient pas.

Après les regards pleins d'espérance échangés avec les amis, les dernières minutes sont partagées avec ceux que j'aime le plus au monde. Les regards sont embués, les mains se pétrissent les unes dans les autres, la densité de l'émotion est à son comble: je réalise à ce moment que cette course, je la fait vraiment plus pour eux que pour moi. Le dernier regard d'Alice est chargé de sens: "Allez, Olivier, tu vas y arriver j'en suis sûre, et j'en rêve!!!" A ce moment, je suis gonflé à bloc. La confiance en moi est absolue: c'est mon année.

Je franchis l'arche de départ dans les derniers, j'ai décidé de partir doucement et de partager les premiers km avec Olivier74. Malheureusement, dès la sortie de Chamonix, je constate que j'ai perdu Olivier, le rythme qu'il avait choisi n'était pas le mien.

La première étape jusqu'aux Houches est un petit footing d'échauffement de 8km.



Je prends un petit rythme bas, mais suffisant pour remonter la longue file de coureurs. L'ambiance est heureuse. Je double Koline et échange quelques mots avec elle. La foulée est souple. Le temps est au beau. Tout s'annonce bien. Je rejoins bientôt Ysolo qui anticipe ses difficultés en montée en se lâchant sur le plat et les decentes, puis juste avant Les Houches, Phil d'Ultrafondus qui est très facile je trouve (voir photos)





et Philippe que j'avais hébergé dans ma tente lors du Verdon Ultra Trail. La discussion va bon train. Je prends juste un verre de Coca à la volée au ravito des Houches et entame la première montée au col de Voza avec Phil. Nous doublons Paulo et Le Piou qui vont, souriants. Comme l'année dernière, le massif du Mont-Blanc nous gratifie d'un splendide coucher de soleil. Dans les premières lacets du col, 2 spectateurs jaillissent de la foule et gesticulent auprès de moi: C'est pas vrai! Thierry et Béatrice que je n'avais pas vus depuis des années sont venus là (en voisins) pour me voir. Ils ne savaient pas que je courais, mais s'en étaient douté. Voilà une rencontre surprise bien sympathique. Ils m'accompagnent quelques centaines de mètres, prennent 3 photos de l'événement et me laissent continuer seul.

La montée s'effectue à un bon rythme, mais je reste dans le vert. Le temps se gagne sur la deuxième partie, mais se perd sur la première!! Je double, je double, à tel point que, parti environ à la 2400è place de Chamonix, je me retrouve 1200è au col de Voza. Arrêt express au ravitaillement. Je croise Marc qui m'a mis le pied à l'étrier des trails (merci à lui!!). Il me sort la frontale du sac et hop, c'est parti pour la descente jusqu'au Champel. Cette partie est un de mes terrains de jeux favoris. Je connais chaque pierre, chaque lacet, chaque trou … et profite de mon avantage pour continuer de doubler allègrement. En bas de la descente, au moment de tourner pour se diriger vers le Pont des Places, j'entends un bruit de clarines. Il y en bien tout un troupeau. Et oui, le troupeau, c'est Alice et les enfants qui applaudissent à tout rompre, chacun ayant une clarine au poignée, cela fait un barouf à réveiller les bouquetins du nid d'aigle. Alice a pensé qu'elle avait le temps de rajouter un point de rendez-vous, mais elle a failli me louper, car j'ai bien 20 minutes d'avance sur le timing que je lui avais passé! La surprise est bonne et je me dis à ce moment que je nage dans le bonheur. Les sensations sont excellentes, le temps est idéal, j'adore cette ambiance de course de nuit … et la petite famille est là, derrière moi.

Je me surprends à courir là où j'avais prévu de marcher. Vais-je le payer plus tard? En même temps, je me sens bien et les pulsations ne dépassent pas 135, alors allons-y. La monotrace qui mène aux Contamines se profile et je suis moins ralenti que l'an dernier. Au milieu de ce sentier, je sens une douleur sourde qui s'annonce à mon genou gauche. Exactement la même que l'an dernier au même endroit. Et là d'un coup, tout s'assombrit. Je me revois souffrir comme en 2005. Je me dis que décidément quelque chose en moi m'interdit de rêver boucler cette satanée course. Je passe en un instant de la béatitude aux perspectives les plus noires. Bêtement, à partir de ce petit point douloureux, je revis la douleur qui m'a poursuivi pendant 14h l'an dernier. J'essaie tout de même de ne pas y penser … et j'arrive finalement sur le bitume des Contamines et là, miracle, la douleur s'est estompée. Je me souviens que les premières douleurs réellement handicapantes je les avais eues lors de cette descente le long de l'Eglise. Alors-là, je savoure. Je pense que j'ai tellement eu peur de revivre ce qui s'est passé l'an dernier que j'ai somatisé. Mais tout finit bien et je profite à mort de mon statut de héros du sport que tout le monde a dû ressentir en débouchant dans cet étroit couloir laissé par une foule serrée et enthousiaste (c'est l'Alpe d'Huez ici!!) au milieu de laquelle je distingue les clarines familiales. L'accueil de la petite famille est somptueux. Tout le monde est excité. J'ai plus d'une demi-heure d'avance sur l'année dernière. Je me sens merveilleusement bien. Et dire que les gens croient que l'on souffre!!! Non, je baigne dans la béatitude!!! Je croise les parents de Dominique venus m' encourager, Alice évoque les appels et les SMS qui font de même. Décidément, je suis bien entouré. Merci à tous!!!

Les enfants et Alice s'affairent pour me faciliter la vie à ce ravitaillement qui est le premier sérieux pour moi. Je mange et bois en quantité. Je m'équipe pour la nuit qui s'annonce claire et froide. J'opte pour ma veste de montagne, un peu plus lourde, mais offrant la meilleure garantie contre le froid. Par contre, j'en reste à une micro-polaire dessous, on ne s'attend quand même pas à un froid polaire.



Il est temps de repartir dans la nuit. Cette année, nous pouvons prendre le sentier qui longe le Bon Nant, c'est plus agréable que la portion de route qui avait été imposée par un glissement de terrain en 2005. Sur cette portion plate, je cours principalement et double pas mal de monde (dont beaucoup m'avaient doublé pendant mon arrêt prolongé au ravitaillement). Comme prévu, Gilles me saute dessus au passage de Notre Dame de la Gorge. Il fera un petit bout de chemin avec moi. Petit bout que je ne vois pas passer car nous devisons tout en avançant d'un bon pas. Le passage à la Balme est un passage éclair. J'ai ce qu'il faut pour manger sur moi. Je bois 2 verres de coca et rempli ma gourde vide et attaque la partie plus raide qui mène au col du Bonhomme. Je continue de doubler allègrement (de794è à la Balme à 643 à la Croix du Bonhomme). Comme l'an dernier au même endroit, je suis entouré d' Italiens. Comme l'an dernier, ceux-ci sont reconnaissables parmi tous les autres coureurs: ils causent tout le temps!!!

Le col passe tout seul. Mes progrès de cet été en vitesse ascensionnelle me permettent de passer à 700 m/h sans dépasser 135 pulsations. Le gain de vitesse m'a procuré une grande marge. Je ne puise pas dans mes réserves. Je continue d'apprécier chaque pas que je fais. Je suis très concentré et m'alimente et m'hydrate très régulièrement. Je me sens hors du temps. Le monde se réduit au halo de la frontale, à mon pas et à l'immensité de mes rêves.

Je sais que la descente vers Chapieux me sera favorable, j'ai encore plus progressé en descente qu'en montée. C'est le cas. La descente est d'abord technique, mais je saute de pierre en pierre, en faisant balancier entre mes bâtons. La moindre portion de terre est mise à profit pour accélérer. Je fais régulièrement quelques pas de côté pour doubler un concurrent récalcitrant. J'arrive sur la portion finale régulière, douce avec son herbe rase. La nuit s'emplit des accords du concert donné aux Chapieux. Il est 2h du matin. La foule est encore là, bruyante. 41' pour la descente sans jamais risquer la chute ni m'exploser les cuisses, 107 coureurs doublés. Décidément, ma préparation estivale me permet de profiter à plein de tous les moments de la course. Seul petit nuage, une douleur qui commence à se signaler au jambier antérieur droit, sans doute liée à un serrage de lacet trop fort sur le coup de pied. Enfin rien de grave à ce stade.



Je m'assieds quelques minutes pour déguster la soupe aux haricots qui me fait le même bien que l'an dernier. Je croise Jean-Philippe qui n'a pas forcément la tête des meilleurs jours. Je sais qu'il est un peu inquiet car son entraînement a été très réduit cette année. Un petit passage dans le confort des toilettes des Chapieux (à cette heure, il n'y a pas la queue contrairement à l'an dernier, mais j'ai 800 places d'avance par rapport à 2005 …) et c'est reparti après une demi-heure d'arrêt (un peu trop à mon goût, mais je déguste tel un gourmet). Sur le faux-plat montant jusqu'à la Ville du Bois, je choisis une alternance marche course, avec une forte proportion de marche. Ainsi, les positions se stabilisent à peu près, mais je fais des réserves pour la montée du col de Seigne. Je me cale dans mon rythme et avance dans ma bulle. Je double régulièrement du monde, ce qui me permet de me rassurer sur ma vitesse et de ne pas chercher à accélérer au risque de me flinguer. Pour la première fois, ce rythme me cause un sentiment de fatigue un peu avant le sommet, mais, je m'alimente et boit régulièrement, ce qui me permet de tenir et de ne pas m'arrêter. Je suis bien couvert et ne souffre pas du froid. Mise à part la petite période de fatigue ressentie dans la montée, je suis bercé dans mon rythme et savoure le plaisir d'être là. Régulièrement, je me rappelle l'état dans lequel j'étais l'an dernier et me sens fort comme jamais.

Cette période de la dernière partie de la nuit est propice au vagabondage de l'esprit. Celui-ci me conduit régulièrement auprès de ma famille et de mes amis. Je les sens proches de moi, ils m'aident. La vision d'Alice me porte plus que tout. Je vais finir pour eux, grâce à eux. Ces visions sont tellement réelles que parfois l'émotion m'étreint, et moi qui suis un poil émotif, je sens mes yeux s'embuer. Au milieu de ces "divagations", je visualise aussi cette poignée de main chaleureuse d'Olivier74 au départ. Elle m'a touché et je me décide à me débrouiller coûte que coûte pour l'accueillir à son arrivée et partager ce moment avec lui (malheureusement, une entorse due à une chute avant les Chapieux a déjà interrompu sa course à cette heure ;-().

La descente vers Elisabetta me surprend pour 2 raisons: je l'avale en courant en partie (la douleur au jambier antérieur me gène et je me fais malgré tout doubler un petit peu) et donc elle me paraît beaucoup plus courte que l'an dernier où j'avais atteint-là le summum de la douleur due à ma tendinite au Fascia Lata, mais elle est aussi un peu plus longue que prévu … car le ravito a été déplacé. Je suis un peu moins à l'aise à ce moment-là de la course, car nous sommes à une heure où visiblement, mon corps a du mal à accepter l'effort (comme l'an dernier). Par contre, à la reprise le long du lac Combal, j'arrive à courir avec un peu de relâchement et je reprends ma course en avant. Comme l'an dernier, la montée à l'arête du Mont Favre m'est favorable. Je monte à bonne vitesse, sans difficulté et je double une petite trentaine de coureurs. Certains commencent à faiblir. L'arrivée au point de contrôle est saluée par un magnifique lever de soleil sur l'arête de Peuterey et un peu plus loin la Dent du Géant et les Grandes Jorasses. Je trouve le panorama superbe, alors qu'il m'avait laissé de marbre en 2005.



S'ensuit un grand moment de ma course. Du haut de l'arête du Mont Favre jusqu'à Dolonne, je n'ai pas arrêté de courir. Je me sens dans une forme resplendissante. J'aime courir sur ce sentir en herbe puis dans cette descente que j'avale sans coup férir. Seule ma douleur au jambier limite ma béatitude, mais elle est malgré tout moins forte que tout à l'heure, tellement je baigne dans l'euphorie. Comment parler d'exploit et de forcené de la course à pieds quand on est juste en train de prendre un pied absolu!!! Cette période favorable me permet de doubler plus d'une soixantaine de coureurs et d'être pile-poil dans mon ordre de marche pour faire 32h (objectif fantasmé). J'essaie d' appeler Alice pour l'informer que contrairement à mon dernier avis, je serai dès 7h30 à Courmayeur. Je n'arrive pas à la joindre et arrive seul à Dolonne.

Classé 407è (je ne le sais pas à ce moment), j'apprécie de ne trouver la queue à aucun moment et de pouvoir organiser mon arrêt comme il me semble. J'ai décidé de manger tout de suite du solide pour attaquer la digestion au plus tôt. Je me sers un repas copieux que je ne finirai pas complètement, mais il me requinque dans les grandes largeurs. Je suis rejoint par DidierP qui ne semble pas confiant dans l'atteinte de son objectif, il me dit vomir régulièrement. Quand Alice et les enfants arrivent et commencent à me dorloter, il n'en croit pas ses yeux: "Tu ne peux pas rester ici 1 h et viser 32h!! " Ben si, Didier, je vais rester, prendre mon temps et partager ce moment avec la petite famille qui s'est levée aux aurores pour être ici. Et c'est compris dans mon timing (merci Remi Poisvert pour ton tableau Excel). Au fait, Didier, tu avais raison, l'année prochaine je ferai plus vite … Sur ce Didier joins le geste à la parole et me dis "Je pars devant, parce que vu comme je me traîne, tu ne devrais pas tarder à me rattraper".

Je mettrai 45 mn de plus avant de m’élancer dans les rues de Courmayeur. 1h07 d'arrêt!! J'ai peut-être un peu exagéré, mais comment couper court à un petit massage de madame ??? Je commence en marche rapide jusqu'à la sortie de la ville puis reprends le petit footing jusqu'au début de la montée de Bertone. Le temps est au grand beau, la chaleur commence à monter. J'ai quitté le collant et la veste de montagne, je suis en tenue de course à pieds. Le moral est au beau fixe. Très rapidement, j'engage la conversation avec un grand échalas (1m93) avec lequel je sympathise de suite. Un autre Olivier, de Lille. Le courant passe, le dialogue s'instaure et le temps passe agréablement. Nous doublons régulièrement du monde. Nous croisons le caméraman de la télévision belge évoqué plus haut qui prend quelques images de notre grimpette. Le rythme est à la fois facile et relativement élevé et bientôt nous arrivons à Bertone où nous croisons Michel Poletti qui se dit en petite forme. Quand je vois les dossards entre 50 et 250 autour de moi, je me demande si je suis bien dans mon monde, mais cela fait tout de même plaisir.

Quelques jours plus tard, j'apprendrais que 4s derrière moi, il y avait Stef de l'Ultraforum avec lequel nous avions essayé de faire une sortie d'entraînement cet été. C'était lui qui était juste derrière moi et nous ne nous connaissions pas de vue. Il m'a doublé un peu plus loin et a fini devant moi. Nous ferons connaissance une autre fois. En attendant, nous voilà repartis avec Olivier et le sentier en balcon nous permet de jouer au chat et à la souris avec Michel (ce devait être le chat, car nous pauvres souris avons fini par devoir le laisser partir). A mi distance de Bonatti je souffre une première fois d'une erreur commise au ravitaillement. J'ai des nausées certainement dues à un excès d'eau (la chaleur a sans doute été mauvaise conseillère). Je n'identifie pas la raison dans un premier temps. Toujours est-il que l'arrivée à Bonatti est un peu laborieuse et je ressens pour la première fois le besoin de souffler, ce que je fais en m'asseyant auprès de DidierP que nous avons rattrapé depuis une vingtaine de minutes. Après avoir quitté Bonatti, cela va mieux, mais je n'ai quand même plus le même rythme. Heureusement, la descente vers Arnuva se profile et me permet de reprendre pied dans la course.

L'accueil à Arnuva se fait avec force clarines agitées avec délectation par Alice et les enfants. Au ravitaillement, je m'allonge pour récupérer. Jean-Pierre, l'ami belge de manu mds, qui accompagne ma petite famille, participe à l'ambiance. Ce petit passage parmi les miens me permet de recharger les accus, d'autant qu'Alice est porteuse de tous les messages d'encouragement qui me sont adressés. Quelques pas ensemble pour arriver à l'attaque du Grand Col Ferret et rendez-vous est pris pour Champex.



La montée au refuge Elena se passe très correctement, le sentier étant animé par de nombreux randonneurs. Je pense que mes nausées ne sont plus qu'un lointain souvenir quand, dans la partie raide qui suit Elena, celles-ci reprennent de plus belle. Un bruit caractéristique (glouglou) m'indique cette fois la raison de ce malaise: trop d'eau dans le ventre. Je me remémore l'article de Koline sur l'eau dans Ultrafondus, que j'ai lu dans le train pour venir à Chamonix, et me rappelle des limites de la vidange gastrique. J'en conclus que cela va passer d'ici une demi-heure et qu'il me faut changer ma stratégie alimentaire, mise à mal par le changement de température. Je décide de ne pas dépasser 2 verres aux ravitaillements et une seule gorgée toutes les 5 minutes pendant la course. Cela s'avère payant. ¼ d'heures plus tard, les nausées ont disparu … et elles ne réapparaîtront plus (merci Koline ;-))). Ceci me permet de recoller Olivier qui avait pris un peu d'avance et d'arriver somme toute en bon état au sommet du col, dans les temps que je m'étais fixés.

Nous basculons alors pour une longue descente entièrement courue jusqu'à la route en bitume, route que nous parcourons mi-course, mi-marche jusqu'à Praz-de-Fort où on nous indique que nous sommes 369 et 370è (inespéré pour nous deux … cela nous donne une pêche d'enfer)
Le temps s'est couvert, nous avons bien roulé en particulier sur la partie en balcon puis en sous bois, où le spectacle permet d'avancer sans s'en rendre compte. Je reste sur mon petit nuage. La douleur à la jambe est là mais ne me pose pas de vrai problème fonctionnel, sauf sur les parties en bitume où elle m'empêche de courir.

Nous faisons fissa aux ravitaillements pour rester dans notre plan à 32 h. Pour l'instant, on y est, même avec quelques minutes d'avance. Et surtout, on ne fatigue pas!

Je dois reconnaître que la présence d'Olivier m'est d'un grand secours, outre la présence agréable que cela constitue (un plus psychologique indéniable), il prend 2 bon tiers des relais ce qui me permet de soutenir une allure supérieure à si j'étais seul. Après Praz-de-Fort, nous faisons route avec un nouveau camarade de jeu qui semble vouloir aller au bout avec nous, mais qui ne pourra prendre la roue dans la montée vers Champex. Cette montée, je la fais en tête, car je me sens remarquablement bien. La chaleur s'est atténuée, d'ailleurs, la pluie annoncée menace, et tout ce qui est pris au sec est le bienvenu. Alors j'avance, et Olivier suit … jusqu'à Champex où la famille et la musique nous attendent. Changement complet de tenue, soupe, réconfort, provision de sourires et de flonflons et c'est reparti sous la pluie (25 minutes d'arrêt).



La reprise est un peu dure, ma jambe endolorie ayant un peu plus de mal à tourner à froid. Cette première partie de plat est sur le bitume, les chocs sont trop violents pour mes tendons. Alors nous avançons d'un bon pas, devisant de choses et d'autres. Décidemment, il sera dommage maintenant de ne pas franchir la ligne d'arrivée ensemble. Je dis franchir, parce que avec l'avance que nous avons sur les barrières horaires, notre moral et notre état physique, il nous semble évident que nous irons au bout. D'autant que nous prenons un chemin en terre qui me permet de reprendre le footing. Plus de 120 km de course et j'arrive encore à courir sur le plat. C'est une grande première pour moi et pour tout dire inespéré. Ceci nous permet de doubler une demi-douzaine de coureurs. Les 32 h semblent à portée, nous avons une dizaine de minutes d'avance. Nous rêvons à ce moment d' entrer dans les 300, car à Champex on nous a dit que nous étions environs 390èmes.

La montée de Bovine est entamée à sous une pluie qui a redoublé. Heureusement que j'ai fait le choix de la veste de montagne. Malheureusement, j'ai choisi des gants de VTT, qui sont rapidement remplis d'eau. Le froid commence à m'envahir par les mains. Au premier tiers de la montée, je sens les douleurs à la jambe qui commencent à m'handicaper, d'autant qu'elles se compliquent d'un début de tendinite au Fascia Lata droit, sans doute liée à la compensation et au boitillement. Je commence à marcher avec le pied droit ouvert, cela soulage mon genou …. Mais peu à peu cela entraîne une douleur sciatique et au ménisque. Bref, d'un coup çà va nettement moins bien. Premier moment de doute. Cela conduit bien évidemment à ressentir la fatigue et le froid. Je m'aperçois que jusqu'à présent, j'avançais presque habité par l'assurance d'arriver. J'étais gonflé à bloc et cela me mettait dans une espèce de transe, de bulle protectrice. Voilà que le froid et la douleur transpercent cette bulle et je me sens vulnérable. Je m'assieds un instant sur un rocher mouiller pour souffler un peu. C'est une des rares fois dans la course où je me fais doubler. Cela m'agace, car cela confirme mon coup de moins bien. Le mot abandon passe furtivement dans mon esprit, immédiatement chassé par le conditionnement que je m'étais infligé: "Ne penser que positif". Je me remets sur mes jambes … et constate que l'arrêt m'a encore plus refroidi. Je me dis que là est le danger. Si je ne me réchauffe pas, la résistance va s'effilocher rapidement. Mais pour me réchauffer, il faudrait que j'arrive à accélérer, mais la panne est toujours là. J'avance peu à peu … et constate que finalement, malgré le doute nouveau qui est présent, malgré le coup de moins bien, les coureurs qui m'ont doublé ne m'ont pas lâché. Je ne suis pas si loin de leur rythme, et alors, miracle du mental, je repars et me réchauffe suffisamment pour que ce ne soit plus une souffrance. La bulle s'est refermée, j'arrive en n'ayant perdu qu'un tout petit quart d'heure sur mon timing. Le sentier en balcon qui mène à Bovine est pénible car il est long, balayé par un vent glacial qui cingle le visage, assisté en cela d'un grésil voire d'une petite neige. De nombreuses flaques interdisent de rester sur le sentier faute de se détremper les pieds (mauvais plan par ce froid!) et gênent donc la progression. L'arrivée au ravitaillement donne un parfum d'aventure. Les éléments déchaînés la fatigue, la nuit … et l'oasis que représentent ces 2 tentes où stoïques dans le froid, les bénévoles distribuent une soupe réconfortante et des sourires qui regonflent. Je ne tiens pas à rester longtemps dans ces environs qui coûtent en énergie à chaque seconde et entame la poursuite du sentier … puis la descente vers Trient. Là, la pluie a fait son œuvre. Pas un seul pas ne peut être assuré dans cette boue qui prend parfois dans le halo blafard de la frontale des airs de caillou bien stable pour le pied et qui se révèle aussi fuyant qu'une anguille. Et là, mes tendinites donnent toute leur mesure. Je me retrouve comme l'an dernier, à mesurer chacun de mes pas, à serrer des dents à chaque ressaut un peu irrégulier, à chaque pierre ou racine (et il y en a par là-bas) que je heurte du bout du pied gauche.

Un coureur un peu impressionné par la nuit m'accompagne un certain temps, mais c'est globalement seul que je descends aux enfers. Les lumières de la ville me narguent au loin. Cette descente n'en finit pas. Mes bâtons sont mon seul recours à ce moment. Ils tiennent le choc … et j'arrive en fin en bas. Alice inquiète de mon retard a bien essayé de m'appeler plusieurs fois, mais mon téléphone, pas prévu pour la plongée sous-marine, est-ce bête, boude un peu dans son coin et refuse de répondre à mes pressions du doigt. J'ai peur qu'Alice s'inquiète vraiment et je profite du bénévole qui sécurise la traversée de la route au col de la Forclaz pour passer un message rassurant à Alice. Sur la fin, la descente plus régulière me permet de tester un nouveau pas de danse (plutôt d'inspiration contemporaine) pour limiter la douleur et permettre un rythme accéléré. Je suis accueilli à Trient par ma petite famille qui continue son ultra de l'assistance avec le sourire et avec enthousiasme. Alice m'apprend que juste avant le ravitaillement il y a la salle de soins avec moult kinés et infirmières. Je bondis sur l'occasion et m'engouffre dans ce havre de paix et de réconfort. J'ai perdu 1h30 sur mon timing dans la descente. Mais je m'installe sur le matelas de la kiné avec la ferme intention de repartir. Le spectacle autour de moi est désolant. Les coureurs qui sont là attendent le car pour rentrer ou les soins avant d'abandonner. Le moral est un peu terne, heureusement réchauffé par la gentillesse et la disponibilité des bénévoles du centre de soins. Je m'essaie avec ma maladresse coutumière à l'humour bon enfant, mais les sourires de mes collègues sont plus des rictus … bref, y'a que moi que çà amuse mes conneries!!!



Je profite de la période de soins pour m'alimenter copieusement et boire tout mon soul. Le moment du strapping est des plus douloureux, je manque de tomber dans les pommes à plusieurs reprises, ce qui fait croire à ma femme (qui a la gentillesse de ne pas me le dire) que je ne repartirai pas. C'est vrai que la reprise à froid m'inspire un peu d'inquiétude ainsi que le moment de remettre ma chaussure, puisque la kiné m'arrache des cris de douleurs dès qu'elle touche un peu ma cheville. Mais, habité, je vous dis, je suis habité. Mon inquiétude ne va pas jusqu'au doute. Pourtant je sais être douillet à la maison, mais là il n'en est pas question, je repartirai.

Et je repars, après un arrêt de 50 mn (soit encore 45' de perdues). Sur le rythme de mes 4 dernières heures, je pense finir en 38 heures. Je cale ainsi mon prochain rendez-vous avec mon équipe d'assistance à Vallorcine. Au fait dès les premiers déca-mètres, je trouve que la douleur s'est un peu estompée. L'arrêt m'a donné du peps et j'attaque la dernière montée sérieuse, les Tseppes avec entrain et je me remets à doubler. La pluie s'est calmée. J'ai pu enfiler des gants de montagne qui sont tout de même bien plus chauds. J'arrive sans encombre au ravito des Tseppes, je n'ai pas perdu de temps dans cette montée. C'est reparti comme en 14, d'autant que j'apprécie ce grand feu dans la montagne, feu allumé par les bénévoles, aisni que le reblochon et le saucisson servi sous une petite tente qui se trouve secouée par les rafales qui reprennent. La dernière partie un peu pénible de ma course m'attend juste après ce ravito. Il y a un long plat avant la descente sur Vallorcine, plat qui est balayé par le vent qui souffle en tempête et qui entraîne avec lui une pluie glaciale, un grésil semblable à celui de Bovine. Je double un coureur en short. EN SHORT!!! Je lui demande se çà va. Il me dit que tout est OK. Un fou, vous dis-je, mais un fou pas frileux!!

La descente commence, d'abord doucement car la douleur dans mes tendons est encore vive et la boue généreuse. Je reperds un peu de temps, mais les anti-inflammatoires et antalgiques finissent par faire effet et la descente à vitesse correcte devient envisageable. D'autant plus que je m'aperçois que je ne suis plus doublé dans cette deuxième partie de descente et cela m'encourage. Arrivé sur une piste de ski, la descente devient régulière. Je serre les dents et m'essaie au petit trot, et çà passe à peu près, en claudiquant et en ouvrant à fond mon pied droit. Un coureur vomit par la porte du 4x4 qui le rapatrie. Je redouble deux –trois coureurs et arrive à Vallorcine dans ce petit refuge chaud et Ô combien chaleureux.

On est tout de suite pris en charge, avec le sourire et avec sollicitude. Le saucisson et le reblochon font merveille. Une bénévole me demande:" Alors pas trop fatigué". Je lui répond "Comment puis-je être fatigué? Il n'y a plus de difficulté, j'ai encore de l'énergie. Bref je suis sûr de finir, je suis aux anges". Elle me répond que cela se voit et fait plaisir. JE ne m'attarde pas, passe devant la voiture où Alice et les enfants sont endormis (bah tiens, il est 2h45 du matin tout de même), échange 3 mot avec Alice pour lui dire que tout va bien et que le dernier rendez-vous est à Chamonix, préparez vos baskets!

A partir de ce moment, l'histoire m'échappe un peu. L'euphorie est totale. Mes jambes ne permettent plus de courir à cause des tendinite, de la sciatique et du ménisque, mais je peux marcher vite. En fait de marcher vite, je vole. Je double et laisse sur place les coureurs que je rencontre. Dans la montée au col des Grands Montets, je suis en quatrième, pied au plancher, je suis seul de nuit sous la pluie avec plus de 30h de course dans les jambes, j'ai l'impression de venir seulement de finir l'échauffement. Je pète la forme. Je me dis que si un membre de l'organisation me surprend ainsi il va me faire passer le contrôle anti dopage : mais qu'est-ce qu'ils ont mis dans le saucisson à Vallorcine? Des champignons hallucinogènes. J'en suis sûr, puisque me v'là en train de chanter à tue-tête sur le sentier: "Y'a de la joie!"? Plus étanche, le gars! A moi tout seul je fais tous les sons de Vangelis dans "Conquest of the Paradise", cette musique dont je me suis repue tout le long de ma préparation et qui m'a fait frissonner au départ encore cette année.

Je passe sans m'arrêter à Argentière. Et je double. La montée au petit balcon sud? Pas vue. Toujours le même rythme. Mes pensées vont bon train et je me revoie 26 kg de plus, bon gros pépère qui s'enfonce dans le gras et l'oisiveté, je me revoie en train de perdre du poids, de courir seul cet hiver à la frontale sous la pluie, d'enfiler les heures d'entraînement, parfois dans la souffrance, souvent dans la joie. J'imagine mes amis qui m'ont supproté, encouragé. J'imagine la fierté dans les yeux de mes enfants …. Et surtout je vois Alice qui attendait ce moment, qui a vécu cette course presqu'aussi intensément que moi, qui me serrait la main vendredi à 19h, les yeux chargés d'espoir. Je lui dédie chacun de mes pas, chacune de mes gouttes de sueur. Cette victoire sur moi, c'est le don d'un amoureux pour sa belle…

Bon enfin maintenant que j'ai pensé à tout cela, ce serait bien qu'elle arrive cette satanée descente sur Chamonix. Parce qu'il est bien long ce petit balcon sud. A propos de belle et d'amoureux, j'aurais préféré un balcon de la taille de celui de Juliette à Vérone. Parce que là ça commence à bien faire. Imaginer ma petite famille, c'est bien, mais maintenant je veux la serrer dans les bras, pour de vrai!!

Enfin, çà y est le profil devient descendant. Je ne peux accélérer sur cette dernière portion descendante, les douleurs sont trop fortes, mais où en serait l'intérêt de toutes façons. J'entre dans Chamonix désert. Une demi douzaine de spectateurs sont restés, je les en remercie. A l'entrée de la rue piétonne, je réveille Alice et les enfants, endormis dans la voiture. Je passe 8-10 minutes à les attendre, (ce qui permet à un membre éminent (le père de Cédric, L'Castor Junior) du Jogging du Dimanche Matin de Bures-sur-Yvette de me doubler (décidément c'est un manie, un autre membre du JDM m'avait doublé sur la ligne à la montée du nid d'aigle le 16 juillet, ;-))). Mais cette attente est récompensée, puisqu'après 34h51'24", je franchis la ligne d'arrivée main dans la main avec toute la petite famille. Un moment d'exception. Les mains s'étreignent, les larmes coulent. Je serre Alice longtemps dans mes bras. Je suis tout simplement heureux. Le bénévole sur la ligne me dit en passant comme si c'était anecdotique que je suis 270è. 270è!!!!!! Mais c'est fou, c'est inespéré.

Il y avait un nuage ce jour-là à Chamonix. Je l'ai emmené avec moi, je n'en suis pas encore redescendu.




Epilogue:
Je veux remercier tous les bénévoles de la course. Je n'en ai pas vu un qui n'ait pas été extraordinaire.
Merci à l'organisation, parfaite dans son dévouement, et dont la récompense doit être immense de faire tant de gens heureux.
Merci à mes amis pour leur soutien, il m'a été précieux.
Merci à Isabelle mon osthéo qui m'a quasiment tout remis d'aplomb lors d'une séance homérique ("Y'a du travail pour douze là-dessus", m'a-t-elle dit, en me tordant un peu dans tous les sens)
Merci à Olivier de m'avoir accompagné pendant un bon quart de la course et chapeau pour ta performance.
Merci aux UFOs d'être ce qu'ils sont et en particulier Olivier74, Marmotte, Sandrine, Soul, Manu, Val, DidierP, …
Et bien sûr et surtout, merci à ma petite famille, la meilleure équipe d'assistance de la course. Vos yeux remplis de larmes et de fierté m'ont déjà récompensé au-delà de mes rêves.


13 commentaires

Commentaire de Sandrine74 posté le 05-09-2006 à 08:12:00

Voilà l'histoire que j'attendais qu'elle me soit conté... Elle est belle et émouvante... Après tant d'épreuve !
Bises à toute la famille et au plaisir dans des futurs OFF, ou bonne bouffe !
Sandrine

Commentaire de L'Castor Junior posté le 05-09-2006 à 08:38:00

Superbe CR, comme toujours !
Je réalise d'autant mieux l'exploit réalisé que nous avons commencé la CAP à la même période, et avec un surpoids équivalent. Le petit différentiel d'âge renforce encore ton mérite.
En tout cas, j'ai été ravi de te rencontrer enfin. J'espère d'ailleurs que tu ne tarderas pas trop à nous rendre visite à Bures ;-)
De toute façon, on se voit à Mondeville le 16 ;-)
Cédric

Commentaire de tritrid posté le 05-09-2006 à 09:53:00

Impressionnant!!! surtout le "combat" final... C'est vrai que ça aide énormément les supporters sur la course.
Bravo !!!

Commentaire de totoche58 posté le 05-09-2006 à 13:11:00

Une bien belle histoire et un bien beau cr que le tien Olivier . Une histoire que l'on vit avec toi pleine d'émotions , de joies de souffrances mais à la finale quel bonheur. Ce récit , on ne voudrait vraiment pas qu'il s'arrette tout comme l'on voudrait toujours garder ce nuage avec nous et pour de bon ...Mille bravos et merci Olivier .

A bientot

totoche88

Commentaire de olivier74 posté le 05-09-2006 à 16:53:00

Enorme CR Olivier, à l'image de la course que tu as faite.
Encore Bravo à toi et à ta petite famille de ma part pour leur soutien permanent.

Au plaisir de te revoir .

Olivier

Commentaire de béné38 posté le 05-09-2006 à 21:50:00

Merci Olivier pour cette belle histoire... et bravo !
Béné38

Commentaire de oufti posté le 05-09-2006 à 22:49:00

Bravo pour ta course et ce beau récit!

Oufti

Commentaire de Tamiou posté le 06-09-2006 à 13:47:00

J'attendais ton réçit avec impatience, c'est vraiment plus qu'une course que tu nous fait vivre, c'est une belle tranche de vie avec tous les ingrédients du bonheur, que tu sais nous faire partager.
Merci Olivier et en passant aux spécialistes du réçit sur Kikourou
PS: Impressionnant la différence de poids!!!

Commentaire de samontetro posté le 06-09-2006 à 15:31:00

Fabuleux récit qui au delà de la course traduit si fidèlement toutes ces sensations et ces émotions si particulières à cette épreuve.

Bravo Olivier!

Commentaire de ALBANAIS posté le 10-09-2006 à 21:51:00

il est 22h ce dimanche 10/9 et je viens de lire ton récit qui m'a profondément ému, (ayant humblement fait le CCC en 21h30) je t'imaginais à chacune de tes lignes
Merci et CHAPEAU BAS

ALBANAIS

Commentaire de joy posté le 10-11-2006 à 18:56:00

S U P E R R E C I T

Commentaire de rapace74 posté le 09-03-2007 à 15:27:00

je ne dirais qu'une chose
bravo bravo bravo bravo
j'essayerais de faire aussi bien que toi un jour!!!
manu

Commentaire de akunamatata posté le 26-12-2010 à 00:19:00

ca fait du bien de se replonger avec toi dans cet UTMB, quelle patate !

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