Récit de la course : Ultra Trail du Mont Blanc 2009, par La Tortue

L'auteur : La Tortue

La course : Ultra Trail du Mont Blanc

Date : 28/8/2009

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 1424 vues

Distance : 166km

Objectif : Pas d'objectif

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Le récit

La tortue et le pot au lait !

 

Tout le monde connait l’histoire et Pierrette et le pot au lait, et son « adieu veaux, vaches, cochons !!! », et bien voici la version tortuesque de la fable au cours de cet UTMB 2009.

 

Aout 2007, je termine l’utmb en 39h15, tout en « accélération » sur la fin, heureux et persuadé d’avoir fait la course qu’il fallait pour finir et d’avoir fait ce jour là le meilleur temps qu’il m’était possible de réaliser.

 

Depuis, je me suis mis au triathlon, et j’ai terminé Embrun en 2008. Le triathlon n’est pas un sport difficile comparé au trail. Il demande cependant un volume d’entrainement non négligeable.

 

Depuis 2 ans, les montagnes me manquaient, et j’ai donc décidé pour 2009 d’essayer de doubler mes 2 disciplines favorites : ironman de montagne (Altriman en juillet) et ultra trail (utmb en aout). Le gros problème de ce challenge est que les deux disciplines nécessitent des entrainements différents et surtout de spécificité bien particulière. Malgré 15 h d’entrainement hebdomadaire minimum, je ne pouvais pas travailler les 2. Il m’a donc fallu faire un choix.

 

Jusqu’en juillet, j’ai donc décidé de me consacrer uniquement au triathlon. Celui-ci passé, j’ai fait l’ultra 6000D (superbe course de 116 km, 4400 D+), tout en dedans, histoire d’accumuler du D+ et il m’est ensuite resté 1 mois avant l’utmb afin de fignoler la prépa et recharger les accus. Je pense qu’avec la caisse accumulée en triathlon et l’expérience que je commence à avoir en trail et autre ultra me suffiront pour finir la boucle.

 

Hormis des problèmes digestifs qui m’ont ralenti sur le marathon, l’Altriman fut certes très dur, mais s’est bien passé, notamment en vélo. L’ultra 6000D faite 8 jours plus tard m’a bien confirmé que je n’avais pas fait de D+/D- pendant 2 ans et que j’avais les quadriceps au point pour le vélo, mais pas pour la montagne. J’ai donc profité de 15 jours de vacances début aout pour faire plusieurs sorties  de D dans les « montagnes » derrière Cadaquès et les 8 derniers jours à Cham ont été consacrés au repos et à 2 belles ballades familiales.

  

de face, de dos, je suis prêt à partir 

 

Avec les enfants, aux Pèlerins, avant de prendre le bus vers le centre de Chamonix  

 

Vendredi, 18h sur la place du triangle de l’amitié, je suis en compagnie de Bénos, du chacal, de la souris, et de Claude et Michèle, mes copains de la Plagne, pour vivre ces minutes si particulières qui précèdent le départ d’un UTMB. L’émotion est aussi forte qu’en 2007, décidément, je ne m’en lasse pas et rien que pour ça, j’y reviendrais !

 

 

 

Avec Claude et Michèle, les enfants et Claire 

 

Je pars tout doucement comme toujours, du fond du court, sans aucune pression particulière, juste un peu inquiet au sujet d’un genou qui m’a ennuyé tout l’hiver et je ne sais pas s’il va tenir la distance. J’ai décidé de courir à la sensation, sans objectif chrono au début et d’aviser au fil des km. Je n’ai donc pas de stratégie particulière pré-établie et j’ai décidé de gérer au fur et à mesure. J’ai avec moi cependant mes temps de passage de 2007 qui me serviront de point de repère sur les premières heures pour partir dans le bon timing.

 

Je marche dans les rue de Cham car ça bouchonne pas mal. J’ai le cœur léger, malgré l’orage qui menace mais qui aura la politesse de ne pas venir gâcher la fête. J’ai faim de cette course que je n’appréhende pas et dont j’ai le profil bien en tête.

 

Au bout de 2 kms, aux Gaillands, je retrouve la petite famille qui me donne mes bâtons. Des bisous à tous le monde et c’est parti pour de nombreuses heures de courses et de solitude intérieure.

 

 

Passage aux Gaillands 

Je trottine jusqu’aux Houches en compagnie d’un de mes fistons, Pierre-Louis (PL), tout fier de courir à côté de son papa. Jusqu’aux Houches, c’est globalement plat, mais avec quelques toutes petites montées. PL est très surpris et un peu déçu de me voir marcher dès ces premières cotes alors que tout le monde me double en courant. Je lui explique que si je m’appelle le Tortue, ce n’est pas pour rien et je lui rappelle la morale de la fable de La Fontaine… Bon, il est plutôt du genre fougueux et à 15 ans, ce n’est pas évident d’admettre de perdre du temps pour en gagner ensuite, mais je crois qu’il me fait confiance et je lui donne RdV à St Gervais avec sa maman et ses frères et sœurs.

 

La montée du col de Voze est régulière et très animée par un nombreux public. Je prends mon petit rythme de croisière, mais je ne me trouve pas de super jambes. No stress, elles ont le temps d’arriver !

 

Au col, il reste 1 ou 2 km jusqu’au contrôle de la Charme, mais je décide de m’arrêter pour m’équiper pour la nuit car l’obscurité commence à arriver. Je suis très surpris de voir que personne ne s’arrête. Qu’importe, je mets ma frontale, m’étire un peu et repars tranquillement. Je passe le contrôle et là, le spectacle est rigolo. Il fait bien nuit maintenant et je vois des dizaines de traileurs en train de farfouiller dans leur sac pour cherche leur matos de nuit. Forcément, ils perdent un temps fou et j’en double un bon paquet.

 

Dans la descente sur St gervais, j’envoie un peu dans les pistes de ski herbeuses histoires de voir si les jambes sont bonnes. Là où tout le monde prend le chemin de terre, je passe à côté dans l’herbe haute et grasse, beaucoup moins traumatisante. Côté cuisses, tout va bien en descente, mais je décide de les économiser en gardant sous le pied. Je suis un peu ennuyé toutefois par une douleur à la cheville qui se réveille, douleur qui était apparue à la suite de l’utra600D et qui ne fera qu’augmenter jusqu’à la fin !

 

A st gervais, 3h20 de course, je suis juste chaud, et je retrouve ma petite famille. Un rapide coup d’œil à la montre me dit que j’ai un peu d’avance sur mon passage de 2007. Je ne perds pas de temps au ravito : saucisson, fromage, coca et le plein du camel back. A nouveau des bisous et c’est reparti. L’échauffement est terminé, on va pouvoir attaquer les choses sérieuses : la croix du bonhomme.

 

 

St Gervais, un p'tit coca pour la soif et pour le mal au ventre 

 

Avant le pied du col, il faut « monter » aux Contamines. J’avais gardé un mauvais souvenir de ce passage. Cette année, je me surprends à courrotter sur les parties plates ou  très légèrement montantes et je trouve que les km passent vite. Aux contamines, j’attrape quelques victuailles et je les mange en marchant tranquillement. Puis je repars à mon rythme. Arrive le sympathique passage de notre dame de la gorge avec son chemin de croix du Christ. A la sortie du PC, c’est le véritable début de l’ascension. Tout de suite, ça monte raide sur des grosses dalles de pierre sur lesquelles mes XT Wings font merveille. Je suis cependant surpris par la vitesse de progression des traileurs qui m’entourent et qui me doublent. Si à ce stage là de la course je suis avec des gars aussi rapides, ce n’est pas parce que je suis allé vite, mais parce que j’ai optimisé au maximum ma course. Je fais toutefois bien attention de ne pas me laisser entrainer par leur rythme trop élevé pour moi. 

A mi-col (la Balme), de nombreux traileurs profitent du feu de joie. Là encore, quelques victuailles dans les mains, je repars sans tarder et je les mange tranquillement en marchant. C’est alors que le brouillard nous envahit. C’est dommage, on ne voit pas le joli serpentin de frontale qui monte jusqu’au sommet. Après le col, il reste 2 km jusqu’à la croix, plus faciles, et je suis bien.

 

Toujours dans le brouillard et sous une toute petite pluie fine, j’attaque la descente sur les Chapieux. Je ne me souvenais pas que le début était aussi technique. Je peine dans cette première partie de descente où mes genoux sifflent un peu et où la douleur à la cheville s’intensifie. En revanche, cette année, la fin de la descente se fait par la piste de 4x4, beaucoup moins glissante que les alpages mouillés de 2007.

 Au Chapieux (km 50, 9h30 de course), je retrouve Michèle et Claude. Je n’ai toujours pas de super jambes, mais mine de rien et sans le vouloir, j’ai 1 heure d’avance sur mon temps de 2007 !

Je change mes piles au stand Petzl, fait le plein, mange un bon sandwich et un bol de soupe à l’extérieur de la tente surchauffée du ravito pour éviter de m’engourdir à l’intérieur.

 

Michèle et Claude m’ont attendu jusqu’à cette heure avancée de la nuit pour faire le passage avec moi jusqu’à la ville des Glaciers. J’avais un très mauvais souvenir de cette partie. Là en leur compagnie, et tout en discutant, je ne verrais même pas les 5 km de route bitumée passer. Il me laisse là, en me disant qu’ils allaient se reposer dans leur voiture et voir à bourg st maurice selon l’heure et l’envie s’ils remontaient sur la plagne ou s’ils venaient jusqu’à Courmayeur !

 

J’attaque le col de la Seigne. Il n’y a plus de brouillard, mais du vent de plus en plus fort en se rapprochant du sommet. A 1 km du col, je suis pris d’un petit coup de barre et de colique. Je cherche un petit coin isolé pour me reposer et me soulager, et je repars après 10’ d’arrêt en plein vent  (première erreur, mais dans ce paysage pelé, il n’y a rien pour s’abriter)! Le jour se lève à peine quand je passe le col, ce qui prouve que j’ai encore augmenté mon avance malgré mon coup de pompe car en 2007, le soleil était déjà haut dans le ciel quand j’avais fait la bise à la Tarine et à la tarinette au sommet. Je vais voir à la tente médicale, mais point de tarine aujourd’hui!

 

Le coup de barre est passé, je passe en Italie et je file sur le ravito du lac Combal. Il y a pas mal de traileur mal en point, mais toujours fidèle à ma tactique, je m’alimente rapidement, fait le plein et repars.

 

Le soleil brille sur les sommets et réchauffent l’ambiance car le vent souffle toujours. Ce passage est magnifique, et je crois que je ne m’en lasserais jamais.

 

Je monte l’arrête Favre à ma main, sans forcer et je file tout de suite sur le col Chécrouit et Courmayeur car le vent pique encore fort au sommet.

 

Au col Chécrouit, pas de charmeuse de serpent ni de danseuse du ventre cette année, mais des musiciens classique, un peu surréaliste à cet endroit mais très joli à attendre. Je m’accorde 10’ de pause à les écouter et en me changeant car la descente sur Courmayeur s’annonce chaude sous le beau soleil italien et le vent est complètement tombé.

 

La descente vers Courmayeur a changé. On ne descend plus par les pistes de ski, mais par un petit sentier dré dans le pentu, sous les pilonnes de la télécabine ! Autant dire que le D- s’accumule très vite et que je suis vite à Courmayeur, où m’attendent Michèle et Claude. Je suis bien content de les revoir.

Je fais un brin de toilette dans une fontaine de la ville avant d’entrer au ravito car je veux avoir les jambes propres pour le massage (c plus sympa pour le kiné).

 

Courmayeur : 15h30 de course. Je récupère mon sac intermédiaire et je fonce au massage. Surprise, la salle est quasiment vie et les kinés sont au chômage technique ! Je me fais bien masser, explique mon problème à la cheville et on me fait un joli strapping. On plaisante avec les jeunes kinés très sympa (et très mignones !) Je « passe à la télé », allongé sur la table, interviewé comme les champions ;-). Je me change, sors la saharienne pour me protéger du soleil, mange une bonne assiette de pate et je repars après 40’ d’arrêt, presque comme neuf. Je fais la bise à Michèle et Claude en les remerciant de m’avoir soutenu jusque là. Ils n’ont pas encore dormi non plus mais semblent se prendre au jeu et décident d’aller m’attendre à Champex !

  

Je regarde ma montre : j’ai 2 heures d’avance sur mes temps de 2007 !!! et le plus bizarre est que je n’ai toujours pas l’impression d’avoir les bonnes jambes.

 

La montée vers Bertonne est toujours aussi difficile et chaude. Heureusement, nous sommes à l’ombre dans la forêt. J’emmène un groupe de 3 ou 4 gars, bien calés dans ma roue. Je préfère rester devant car je peux mieux gérer mon effort. En haut, tous me remercient d’avoir fait le « boulot ». Y’a pas de quoi les gars, mais ça fait toujours plaisir. Ce n’est pas en vélo qu’on est remercié par les boulets suceurs de roues qui ne prennent pas un relais et qui n’attendent qu’une petite baisse de régime de votre part pour vous planter sur la route !

 

Bertonne/Bonatti : un long sentier en balcon, où j’avais connu un énorme coup de mou en 2007, accablé par la chaleur. Cette année, je ne verrais pas le temps passé. Je courrotte sur ce sentier balcon et je ne force pas du tout. Il fait beau, mais le vent rafraichit l’atmosphère. Je n’oublie cependant pas de tremper la casquette dans les nombreux petits ruisseaux que nous traversons

 

A Bonatti, je fais une pause un peu plus longue car j’ai encore augmenté mon avance et je veux m’assoir un peu pour m’alimenter et profiter du spectacle magnifique des grandes Jorasses.

 

La descente vers Arnuva me parait beaucoup plus courte que l’an dernier. Je me fais un nouvel arrêt toilette et je repars du ravito rapidement. Arrivé au petit pont situé 200m après le ravito, je me rends compte que j’ai oublié mes bâtons ! Retour à la case départ, sous l’œil amusé des bénévoles !

 

Le grand col Féret : le plus haut col de la course. En 2007, je l’avais super bien monté en compagnie d’un belge très sympa. Le pied est très difficile, puis ça se calme un peu après le refuge. Je suis moins à l’aise cette année, et pourtant au sommet, j’ai encore repris un peu de temps sur mon passage de 2007. Le vent a été frisquet et fort pendant tout l’ascension, et à cause du soleil qui m’a donné une impression de chaleur, je ne me suis pas couvert et j’ai fait toute la montée en T-shirt  (deuxième erreur !)

 

Me voilà en Suisse. Dans la descente roulante sur la Peule, j’ai du mal à courir car ma cheville me fait bien mal. Je double cependant du monde. La descente su la Fouly a aussi été modifié. Elle est plus technique qu’avant j’ai l’impression. Un peu avant la Fouly, je rattrape Joy, dont je fais enfin la connaissance. On papote et on arrive ensemble à la Fouly, où je retrouve…Michèle et Claude !! Surprise, je ne les attendais pas avant Champex !

 

Ma cheville me fait de plus en plus mal, mais j’arrive encore à bien courotter sur le plat et les descentes. Je ne traine pas au ravito. Joy ressors du ravito juste après moi. Je recommence à trottiner. Au bout de 5’, je me retourne, plus de Joy, je ne le reverrais plus ! Dommage, j’aurais bien fait encore un peu la causette. A un moment, je loupe une rubalise en courant en descente. Heureusement, je suis hélé par des traileurs qui m’indiquent mon erreur.

Praz de fort et ses nombreuses fontaines. Je trottine toujours dans cette longue descente. Puis je monte tranquillement à mon rythme les 500m de D+ pour monter à Champex.

 

J’arrive à Champex de jour (25h50 de course) !! je ne pensais pas que cela était possible ! Michèle et Claude sont fidèles au poste. Je fonce au massage. Il y a un tout petit peu d’attente, j’en profite pour me changer et soigner quelques ampoules. Le kiné regarde ma cheville et me dit qu’il ne peut rien faire de plus. C’est le même kiné que celui qui a ausculté mon épanchement de synovie en 2007 et qui m’avait dit à l’époque : « tu peux continuer mais tu vas avoir de plus en plus mal !! ». Cette année, le discours est à peu près le même pour la cheville.

 

40’ de stop à Champex et je m’élance pour le dernier tronçon en pleine bourre avec 3h15 d’avance sur mes temps de 2007.  Les jambes sont enfin là et dans la descente qui mène au pied de Bovine, je trottine allègrement. J’ai mis le MP3 pour passer cette deuxième nuit et je commence à échafauder des projets d’arrivée au petit matin à Chamonix. Je suis de mieux en mieux et Bovine ne me fait pas peur. J’ai décidé de la monter sans bâton cette année pour ne pas être gêné dans les blocs rocheux.

 

Bovine, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est le juge de paix de l’UTMB. C’est 700m de D+ dans une pente terrible et sur un chemin qui serpente entre les blocs rocheux. Le début n’est pas trop difficile, mais quand la pente se fait sévère, il faut être patient et gérer. Tout se passe bien pendant les 500 premiers m de D+, je largue du monde mais je commence à avoir du mal à respirer et certains traileurs dépassés au pied commencent à me rattraper. Je les laisse passer car le chemin est très étroit. Ils ne montent pas bien vite et j’essaie d’accrocher les roues et de les suivre mais je suis de plus en plus en difficulté. Impossible de respirer normalement, et je suis obligé de faire des petites pauses pour reprendre mon souffle. Un autre groupe de traileurs arrivent et en voulant les suivre, je manque de m’asphyxier. Je m’arrête sur un gros caillou, et il me faudra au moins 5’ pour reprendre mon souffle. Heureusement le sommet n’est plus très loin et les derniers km sont beaucoup plus faciles. Malgré cet arrêt obligé, j’ai 3h30 d’avance sur mon tableau de marche au sommet de Bovine !

 

Si la montée de Bovine est difficile, elle a le mérite d’être courte et sèche. La descente, en revanche est interminable et je me demande si je ne réfère pas la montée ! Descente très technique au début et interminable sur la fin après le col de la Forclaz et jusqu’à Trient. Quand le chemin le permet, j’essaie de trottiner mais impossible à cause de l’essoufflement. La cheville gauche me fait maintenant bien souffrir dans les descentes malgré les anti-inflammatoires et je me tords au moins 3 fois la bonne cheville en voulant compenser. Je me traine donc péniblement jusqu’à Trient où je ne sais pas quoi faire. Abandonner, ce serait bien la première fois, mais je ne me vois pas continuer comme ça, et cet essoufflement m’inquiète. J’ai peur pour ma santé. Oui, mais Claude et Michèle m’attendent à Vallorcine. Que faire ? Alors que je m’alimente et que je suis en plein doute, mon dossard s’affiche à l’écran du ravito. Je constate que j’ai encore gagné des places par rapport à Champex !? Malgré mon allure réduite depuis Bovine ? Cela a pour effet de me donner du courage. Je quitte le village en lisant les nombreux SMS reçu pendant le début de la nuit mais que je n’avais pas pu lire dans la descente, trop occupé à gérer mon essoufflement et l’endroit où je posais les pieds. Merci mille fois à tous pour votre soutien !

 

En 2007, j’avais monté Catogne comme une balle en moins d’une heure, et j’en avais gardé le souvenir d’une montée facile. Facile, oui, quand on est en forme, mais là, la pente me parait énorme. Tous les 10m de D+, je suis obligé de faire une longue pause pour reprendre mon souffle. Des paquets de traileurs me doublent, certains en m’encourageant, d’autres en s’inquiétant en me voyant affalé sur mes bâtons. Tous les 100m de D+, je m’accorde une pause plus longue sur un rocher. Au total, il me faudra 2H15 pour rallier le sommet, au lieu d’1h en 2007. Me revoilà en France et en CEE !

 

J’avais le souvenir d’une descente vers Vallorcine assez roulante. Elle a été changée, elle est beaucoup plus technique. Ma cheville me fait à nouveau mal, et même en marchant je suis essoufflé, et je vois mon « super chrono » s’envolé. Le moral dans les chaussettes, j’envoie un SMS à Ouster qui me veille à distance depuis le début de la course. Je lui fais part de mon état lamentable. Peu de temps après, il m’appelle. Je n’osais pas appeler à cause de l’heure tardive, mais secrètement j’espérais cet appel. Je lui fais part de mon état, de mon problème respiratoire et lui fait part de mon intention d’abandonner à Vallorcine. Dommage si près du but, mais je pense que ma santé est maintenant en danger et que ça devient dangereux. Quelques minutes plus tard, il m’envoie un SMS plein de sagesse et de réconfort : « Repose toi bien à Vallorcine. Prends bien ton temps, quitte à repartir quand il fait jour après un bon petit dej et un som. T’es super large avec les barrières ».

 

Bon pourquoi pas, il a raison et on m’a toujours dit de ne pas abandonner en arrivant au ravito mais d’attendre un peu. Je retrouve Claude et Michel après une interminable descente qui m’annoncent toujours dans les 500 premiers (33h50 de course) ! Franchement, je m’en fou, même si j’ai encore 2h45 d’avance sur mon passage en 2007. Mais, j’ai perdu la motivation, et si je pourrais gérer la douleur de la cheville, je sais que mon souffle ne me permet pas de rallier l’arrivée avec la terrible ascension de la tête aux vents.  Et surtout, j’ai maintenant peur pour ma santé et je ne veux pas continuer sans avis médical.

 

Le médecin m’examine longuement et méticuleusement. Les grandes fonctions lui semblent bonnes. Ils pensent tout simplement que j’ai atteins mes limites physiologiques du jour, et que la fatigue, la météo (humide puis fraiche) ont contribué à me diminuer. On décide que je dorme une petite heure. J’envoie un SMS à ouster pour lui dire que je me repose et je m’endors comme un bébé. Le médecin me réveille et me ré-ausculte avec la même application que la première fois. « Je ne vois aucune raison médicale de vous arrêter. Vous pouvez continuer si vous voulez ! ».

 

Rassuré déjà sur ce point, je me dis que ce serait trop bête d’abandonner à 20 km de l’arrivée. On décide avec Michèle et Claude que je vais monter le col des Montets qui est très facile avec Claude et que Michèle nous attendra au col. Si ça ne va pas, je monte dans la voiture et j’abandonne.

 

En sortant du ravito, je suis surpris de voir que les jambes, malgré l’arrêt de presque 2h répondent bien et que la cheville malgré le refroidissement n’est pas plus douloureuse. Sur les légers faux plats qui mènent au col des montets, j’ai l’impression d’aller mieux. Je décide donc de continuer.

 

La montée sur tête aux vents, est la nouveauté depuis 2007. Je l’ai fait en rando quelques jours avant avec la famille et je sais ce qui m’attend. On prend 600m de D+ très rapidement dans un sentier de chèvre très sinueux puis après c’est plus cool. J’attaque la pente tout doucement mais plein d’espoir, mais très vite je déchante. L’essoufflement est toujours bien là. Je fais des pauses tous les 5 m de D+ ! Il me faudra 3h30 pour faire les 800m de D+ !!!

A la tête aux vents, je n’en peux plus, je n’en veux plus. L’arrivée est toute proche, les barrières horaires sont passées, et j’avance comme un automate, très très lentement, sans aucune autre volonté que de finir. Je passe un coup de fil à la Libellule car j’ai vraiment besoin de parler à quelqu’un. Un peu de réconfort me permet de repartir pour les 4 km qui me séparent de la Flégère.

 

A la Flégère, Pierre-Louis est monté pour faire la dernière descente avec moi. Heureusement qu’il était là, les 2 heures qu’il me faudra pour descendre les 900m de D- très roulants me paraîtront moins longues.

 

Enfin, les dernières pentes et les premières rues de Chamonix. Claude est là qui marchent avec nous. Merci mon Ami pour ta présence et ton soutien pendant toute la course.

 

 dans les rues de Chamonix, sous un beau soleil

 

 

Voilà près de 15h que je galère depuis Bovine, dont 6h30 pour faire les 20 derniers km, aussi je veux que ces derniers km effacent toute la peine que je me suis donné pour arriver là. Je marche doucement, je prends tout mon temps. Il y a longtemps que mes espoirs de temps canon et de super classement se sont envolés. Je me suis résigné à cette lente progression, et je savoure les encouragements des très nombreux spectateurs. Je retrouve Michèle, mon copain Olivier qui a fait la CCC et le reste de la famille à 500m de la ligne. Et pour la deuxième fois, je franchi cette magnifique ligne d’arrivée, au son de « Christophe Colomb » et main dans la main avec mes enfants (42h de course !) . Heureusement que j’avais les lunettes noires car la douleur et l’émotion m’ont arraché quelques larmes !

 

Rien que pour ça aussi…j’y reviendrais aussi !!!!

 

Hormis la cheville et le souffle, je suis surpris de voir que musculairement et articulairement, je suis pas mal. Je n’aurais pratiquement pas de courbature les jours suivants. Comme quoi, la prépa triathlon était suffisante.

 

Pour expliquer mon soudain essoufflement, mon médecin a pensé notamment à un pneumothorax, voir même un petit infarctus, mais heureusement rien de tout ça. Après batterie complète d’examens, toutes les analyses s’avèrent négatives, hormis des résidus d’infection pulmonaire.

 

C’est le médecin de vallorcine qui devait avoir raison : capacité physiologique maximum atteinte, car j’ai pris froid à la Seigne et au grand col féret, ce qui a déclenché l’infection pulmonaire et l’insuffisance pulmonaire.

 

Pour la cheville, le problème est plus simple, mon kiné m’a trouvé un astragale déplacé, ce qui expliquait la douleur à la cheville et au genou. Il m’a remis tout ça en place, et d’ici quelques temps je pourrais reprendre le sport (piscine et vélo uniquement car pour la CAP, je vais laisser le corps récupérer longuement) !

 

Voila, comme dans la fable de l’histoire, « adieu veaux, vaches, cochons et super classement ». 42h au lieu des 37 qui semblaient à ma portée à 30 km du but ! L’UTMB est une course où il faut être humble, très humble et ne jamais tirer de plan sur la commette. Et comme le dit toujours mon ami Pierre, le hareng saur, ne jamais se projeter au-delà du prochain ravito !

 

De cet UTM, il restera le souvenir d’une course parfaitement organisée et magnifique, et surtout la joie d’avoir franchi la ligne et le plaisir de voir Michèle et Claude à tous les grands ravitos (sans eux, je pense que je n’aurais pas fini), mais il restera aussi la « frustration » de ne pas avoir fait beaucoup mieux !

 

C’est sur, j’y reviendrais !!!!!!

 

 

les meilleurs moments : les derniers mètres

 

 

bien content de revoir cette belle église au pied du Brévent

 

 

11 commentaires

Commentaire de JLW posté le 04-09-2009 à 23:20:00

Merci la Tortue pour ce récit poignant qui se lit d'une traite et qui donne malgré les difficultés de fin de parcours envie d'y participer.

Commentaire de serge posté le 05-09-2009 à 01:31:00

quel courage de dénoncer ton non respect répété de plusieurs points du règlement.
bravo ;-)

Commentaire de taz28 posté le 05-09-2009 à 08:38:00

Ma chère Tortue,

Tu es admirable de ténacité et de courage !!

En te lisant, on constate dès le départ, que tu es très fort, malgré ce manque de jambes que tu décris...Puis, on doute avec toi, espérant ne pas te voir abandonner et continuer...Au fur et à mesure des lignes, on est avec toi, à attendre le dénouement final et heureux de ton arrivée de cet UTMB !!

Un gros bravo à toi, tu as enchainé de bien belles épreuves !!

A bientôt sur la côte d'Amour ;-))

Bisous

Taz

Commentaire de Stéphanos posté le 05-09-2009 à 09:57:00

Un trés grand bravo à toi!!! Je sais ce que tu as enduré depuis Bovine pour avoir vécu exactement les mêmes sumptomes, les memes inquiétudes sur ces essoufflements et douleurs dans la poitrine (coté droit) dans la monté du col ferret et la descente sur la fouly!D'ailleurs c'est dans cette portion que je t'ai serré la main et encouragé!
C'est la première fois que je rencontrais ces problèmes en course, et j'avoue avoir ètè inquiet pour ma santé...à la fouly le medecin préféra me stopper soupconant comme toi un début d'infection pulmonaire et m'envoya passer des radios aux urgences à sallanches! Qui se révélèrent rassurantes! Je ne me voyais pas continuer dans cet état de fatigue avancé qui durait depuis les Chappieux!Surtout qu'il me restait plus de 50 bornes!
UN TRES GRAND BRAVO A TOI!

Commentaire de CROCS-MAN posté le 05-09-2009 à 10:33:00

comme quoi même avec une méga prépa et condition physique comme la tienne, rien est gagné.
Ton récit est super,j'ai suivi à distance mes amis RIRI51 et JOY et les noms des étapes me revenaient .
BRAVO et bonne récup.

Commentaire de akunamatata posté le 05-09-2009 à 17:19:00

flippant ton pb de respiration, mais a l'experience tu as vu la fin !
tu me fais l'effet d'etre indestructible ;-)

Commentaire de VB posté le 07-09-2009 à 09:23:00

Bravo "la tortue", on s'est recontré sur Embrun, ppfff tu nous fait rêver, merci pour ton CR et bravo !!!

Commentaire de Pegase posté le 07-09-2009 à 15:07:00

Bravo Damien, une belle leçon d'humilité.
Je t'ai attendu à l'arrivée et malheureusement t'es loupé à quelques minutes. Ue voiture m'attendait pour rentrer sur Lyon.
Au plaisir de te revoir prochainement sur tes terres

Commentaire de le_kéké posté le 08-09-2009 à 15:52:00

Bravo la tortue, quel courage d'en avoir terminé.
Encore un très beau récit, les courses les plus durs sont celles qui laissent les plus beau souvenirs.

Philippe

Commentaire de LtBlueb posté le 08-09-2009 à 23:55:00

tout simplement chapeau mon grand !
un récit , malgré quelques frayeurs, a faire revenir n'importe qui sur l'utmb :)

ben alors qu'est ce qu'il a fait de ses cheveux victor ? :)

Commentaire de HERVE GAP posté le 16-09-2009 à 07:06:00

Salut,
Merci pour ce beau récit qui prouve bien une fois de plus que rien n'est acquis, ni gagné et surtout que rien n'est perdu jusqu'au franchissement de la ligne d'arrivée! Ton expèrience , ta gestion , les conseils des uns et des autres puis le soutien des tiens t'ont permis d'arriver au bout.
Il n'y a pas de modestes trailers sur cette course exigeante, chacun a sa croix à porter à un moment donné et je peux te dire que ton mérite est surdimensionné par rapport au mien car passer deux nuits dehors est synonyme d'un trés grand courage, de qualités physiques et mentales.
Merci pour ton message

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