Récit de la course : Ultra Trail du Mont Blanc 2008, par claude41

L'auteur : claude41

La course : Ultra Trail du Mont Blanc

Date : 29/8/2008

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 1350 vues

Distance : 163km

Objectif : Pas d'objectif

12 commentaires

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Que du bonheur

Que du bonheur, nous avons terminé ! Ce n’était pas évident au départ, c’est incroyable à l’arrivée au vu des nombreux abandons et des nombreux éliminés.

Nous avons eu une chance incroyable, il y a tellement d’impondérables dans une épreuve de ce type, certains que l’on peut maîtriser, d’autres complètement fortuits. Nous sommes passés au travers de tout, ne rencontrant au cours de notre périple aucun problème, aucun souci (Régine est tombée 4 fois quand même, sans gravité), bien sûr, il y eu des moments difficiles, des moments de doute, mais encore une fois, le fait de courir en couple nous a apporté une force exceptionnelle. Nous n’avons pas besoin de nous parler beaucoup, mais un regard, un mot, un contact, voire un bisou, et la confiance est là. Celle qui nous a transporté par dessus tous les pièges rencontrés.

Après la CCC 2007, la Diagonale des fous 2007, l’UTMB 2008, nous avons réussi notre trilogie.

 28 juillet – 11 août : Les Contamines

Pendant quinze jours on parcourt le Beaufortain en tout sens. Reconnaissance des parties de l’UTMB que nous ne connaissons pas, montée du Col du Bonhomme, tour du Beaufortain, tout ça en autonomie complète, sacs à dos énormes (15kg pour Régine, près de 20 pour moi) on muscle un maximum ! On prend des coups de barre terribles, on découvre des paysages magnifiques, on fait le plein de rencontres, on se sent prêt à affronter toutes les difficultés du monde. Sur les cartes IGN, je révise le parcours, j’apprends les altitudes, les temps éliminatoires par cœur, je suis incollable.

Nous décidons d’un plan de marche : notre seul objectif, TERMINER, et sans se casser, sans se blesser (le 8 septembre nous partons pour 1 mois traverser le Ladakh et le Zanskar). J’établis une fiche avec 2 possibilités : temps de passage pour 42h00 ou 44h00. Une obsession, prendre du temps sur les horaires éliminatoires rapidement pour gérer ensuite.

 26 - 29 août :  Chamonix

Repos, repos, repos, on profite un maximum. Retrait des dossards, on rencontre plein de kikoureurs, toujours quelques mots sympathiques. Pour Régine, une grande première, elle a droit au contrôle antidopage ! Un peu vexée d’abord, elle accepte de bon cœur d’autant que Vincent DELEBARRE l’accompagne pour la même « opération », il se montre charmant et agréable. Détail amusant, c’est le médecin de l’ENSA qui procède au contrôle, il s’appelle HERRY comme notre médecin habituel, seul le prénom change.

 

Vendredi 29 août

17h30 : on est sur la ligne de départ, la tension monte. Enfin, on se place à l’ombre loin de l’agitation qui règne là-bas devant. Lever les bâtons, baisser les bâtons, ola, tout y passe. Enfin pas pour nous, les bâtons sont dans le sac, d’ailleurs, ça devrait être obligatoire pour tout le monde. Je ne compterai pas le nombre de fois ou je me prendrai un coup de bâton jusqu’à St Gervais.

           

18h25 : L’ambiance est à son paroxysme, j’en ai la chair de poule. L’hélico nous survole, un dirigeable captif nous observe, des milliers de spectateurs hurlent, c’est grandiose.

           

18h30 : c’est parti ! Quelques minutes pour franchir la ligne de départ, et nous pouvons courir à notre rythme. La descente sur Les Houches est roulante, mais certains marchent déjà. Avec l’altimètre, je surveille notre vitesse de montée sur La Charme, on ne dépasse pas les 11-12m/mn, pas question de se brûler les ailes dès le départ. Au sommet, on se change : maillot polaire, corsaire, gants, lampe frontale et on plonge dans la nuit sur St Gervais. Au ravitaillement, on retrouve Jean Claude le 3ème membre de l’ASPTT Blois. La longue montée sur le Col du Bonhomme commence ! Aux Contamines, on zappe le ravito. A ND de la Gorge, on rate nos premiers supporters M. et Mme MATTEL chez qui l’on passe de merveilleuses vacances d’hiver en famille.

  Samedi 30 août :

On change de jour à la sortie des Contamines.

Je surveille toujours mon altimètre, on se fait doubler tant pis ! On respecte le tableau de marche. La Balme 01h49, refuge Croix du Bonhomme 03h37, Les Chapieux 04h45. Aux Chapieux, je perds Régine, je crois qu’elle est derrière, elle croit que je suis devant, courte panique, on se retrouve (sans effusion !). Dans la montée vers la Ville des Glaciers, je fais le bilan : à ce stade, nous avons 1h15 d’avance sur l’horaire plancher, ça va !

Le jour se lève dans la montée au col de Seigne, c’est splendide. Col de la Seigne 07h20, descente tranquille sur le lac Combal 08h13. Court arrêt pour ravitailler. Un hélico vient nous survoler avant la montée vers l’arête du Mont Favre. J’ai toujours galéré dans cette montée, là, tout va bien. Arête 09h35, descente sur Chécrouit en courant pour prendre de l’avance. Col Chécrouit 10h24, je ne résiste pas au plaisir d’une pression chaleureusement offerte, je trinque avec une jeune femme. Pendant ce temps-là, la mienne est aux toilettes. Elle ne se permet aucun écart et boit de l’eau !

 

Descente rapide sur Dolonne. Nous pénétrons dans la base à 11h17. L’horaire éliminatoire étant à 13h00, nous décidons de prendre le temps. Se changer, manger, discuter. Nous retrouvons Jean Claude, il est au plus mal, pâle, le tendon rotulien inflammé. Jean Claude a déjà bouclé 3 UTMB, c’est un peu grâce à lui (ou de sa faute) si on se trouve là.

12h00, On repart. La chaleur est terrible dans la montée sur Bertone, heureusement quelques passages à l’ombre donnent un peu de fraîcheur, bizarre, on croise des coureurs qui redescendent. Mais où vont-ils ?

Bertone 13h38, tout va bien, je suggère de marcher rapidement jusqu’à Bonatti 15h30. Le spectacle est grandiose. On effectue la descente sur Arnuva en courant, devant nous on entrevoit la longue cohorte des coureurs dans la montée du Grand col Ferret.

Arnuva 16h51, notre ami Jean Claude n’ira pas plus loin, vaincu par la douleur. T’inquiète Jean Claude, y en aura d’autres et merci pour tous les conseils que tu as pu nous prodiguer.

 

La montée du Grand col Ferret me faisait un peu peur, mais finalement, un œil sur l’altimètre, l’autre où je mets les pieds, on avale l’épouvantail. Grand col Ferret 18h38. On bascule de l’autre coté sans état d’âme. Nous marchons rapidement le plus souvent, on court seulement quand c’est facile.

Après La Peule, on emprunte un sentier vallonné, les 6km annoncés pour aller à La Fouly me semblent longs, longs.  Derrière moi, j’ai l’impression que ça ne va pas fort, Régine accuse la fatigue, je sens que c’est le moment de lui parler plus souvent, d’essayer de lui communiquer tout le bonheur que j’ai d’être là avec elle à ce moment là. Mais je commence également à accuser le coup. La Fouly 20h45, je ressens une grosse chaleur dans le local, d’un seul coup, je prends un coup de barre, je n’ai pas faim. Dans son coin, Régine ne va pas mieux, nauséeuse et fatiguée. Je sors le téléphone portable, je le mets en route (éteint depuis le départ). J’écoute les messages, ceux de deux amies, Christine et Thérèse, leurs encouragements sont poignants. J’appelle notre fils Flavien, « Oh ! Toi ! Au son de ta voix tu vas abandonner ! ».  Ma réaction est immédiate, son doute me réveille « Non, non, il n’en est pas question ! » Il est devant son ordinateur, il suit notre progression, guettant nos prochains passages. Le fait d’avoir établi ce lien, d’être sorti de la course, le simple contact avec l’extérieur m’a redonné toutes mes forces.

J’éteins le téléphone, maintenant, je dois réconforter Régine, l’envelopper de toute mon attention, la protéger dans la longue nuit qui vient de commencer. A 21h00 nous quittons La Fouly, le sentier en balcon au dessus de la Dranse est interminable, il nous faudra 3h28 pour rallier Champex.

 Dimanche 31 août :

Champex 00h28, nous entrons là aussi dans une salle surchauffée. Nous trouvons un petit coin pour nous changer, Régine va mieux. Nous mangeons quelques pâtes, un verre de soupe et c’est reparti. Lorsque nous quittons la salle, je sais que nous irons au bout de l’aventure, même si après quelques minutes, Régine s’inquiète, « l’an dernier on était passé près du lac, cette année, ils ont changé le parcours » « Mais on vient d’y passer le long du lac, tu l’as éclairé avec ta lampe frontale », bon, les choses ne s’améliorent pas forcément ! Ce sera la dernière alerte. Nous effectuons une bonne montée sur Bovine, la descente sur Trient, notamment avant la Forclaz vaudra 3 chutes pour Régine, sans gravité, mais je ne vous dis pas l’état du collant, du camel bak et des gants !

Nous courons un peu pour garder suffisamment d’avance.

Trient 05h44

On se ravitaille, ça passe mieux, le moral est au beau fixe. Les Tseppes sont absorbées, à Catogne, nous rattrapons une jeune espagnole, 25 ans, elle est remarquable de fraîcheur, elle aussi gère admirablement sa course. Nous effectuons toute la descente en sa charmante compagnie. Et elle a prénom qui fleure bon le catalan : Meritxell.

Vallorcine 09h16.

 Quelques minutes au ravito et nous entamons d’un bon pas la montée sur le col des Montets. Le moral est toujours au beau fixe, pas de douleurs particulières, pour ma part, j’ai bien 3 ou 4 ampoules mais ce n’est pas ça qui va me gâcher les derniers Km !

Au col, on découvre vraiment la terrible ascension qui nous attend. Je me cale derrière un italien, il ne va pas vite, mais il monte régulièrement. Je suis tenté de le doubler à maintes reprises, mais le bon sens l’emporte. Finalement, nous atteignons la Tête au Vent à 12h00 pile, sans presque nous en apercevoir. Une certitude, à moins d’une chute grave, plus rien ne pourra nous empêcher d’aller franchir cette mythique ligne d’arrivée. Descente prudente jusqu’à la Flégère 12h51, puis nous utilisons nos dernières forces en trottinant, ces derniers kilomètres sont magiques, un bonheur immense m’envahit, parfois, les larmes me montent aux yeux, je savoure au mieux ces instants exceptionnels. Nous allons réussir et quand je dis nous, ce  « nous » renferme tant d’amour, de partage, de tendresse, bon j’arrête là, je vais me remettre à pleurer !

Chamonix. La traversée de la ville, où nous recevons un accueil fantastique  restera aussi un grand moment. 14h27, ça y est, nous sommes sur la ligne, un énorme bisou à ma p‘tite femme, immortalisé par tous les photographes, je reste scotché là, je ne veux plus la quitter cette ligne. J’avance comme un zombie, je ne sais plus où aller, je ne sais plus ce que je viens de faire, ma tête est vide, le reste aussi d’ailleurs. Les copains sont là, aussi heureux que nous, l’un (Eric) a terminé depuis longtemps, l’autre (Jean Claude) a du abandonner (3 fois finisher quand même).

L’UTMB 2008, un immense bonheur, mais une chose est sure, nous ne recommencerons pas.

Pour terminer, un grand merci à tous les bénévoles rencontré, ils ont rivalisé de sourires, de gentillesse, de disponibilité, on leur doit une partie de notre réussite

Régine et Claude 979ème et 980ème en  43h55mn.

 

Je me fais un peu de pub : j’organise le trail du Postier à Blois, le 9 novembre, j’offre la bière à tous les kikous inscrits !!!

www.traildupostier.com

 

12 commentaires

Commentaire de Bicshow posté le 05-09-2008 à 11:29:00

Beau !! émouvant ! bonne récup

Commentaire de Tercan posté le 05-09-2008 à 12:48:00

Quelle chance d'avoir pu faire ça en couple.
Trés beau récit, bravo à vous 2

Commentaire de delphe6601 posté le 05-09-2008 à 12:51:00

Bravo!!! A tous les deux! J'ai trouvé ton récit très sensible et émouvant, c'est beau de faire la course avec la personne qu'on aime et pouvoir se soutenir, se tirer, se pousser et profiter des joies de l'objectif atteint. L'autre sait ce que tu as traversé, il n'y a pas à raconter, juste à commenter certains passages, parfois se regarder suffit, comme tu le dis.
Bon courage pour votre trekking (en ce moment je crois) et gardez toujours votre bonne forme et votre super moral!!

Commentaire de frankek posté le 05-09-2008 à 15:10:00

super réçit ! vraiment vous avez bien géré votre affaire !! respect ! courir à deux partager ce bonheur ! c'est beau ! féliçitations sinçères !

Commentaire de hagendaz posté le 05-09-2008 à 15:49:00

que du bonheur!

Commentaire de akunamatata posté le 05-09-2008 à 19:49:00

Bravo a vous deux! Beau récit et belle ténacité.
on a du se croiser un peu avant courmayeur.

Commentaire de ETRURIEN posté le 05-09-2008 à 20:46:00

merci pour ces moments partagés

Commentaire de eric41 posté le 05-09-2008 à 21:03:00

Magnifique Claude (votre course et ton récit).
Vive le 41.
Bon treck et bises à Régine.
Eric

Commentaire de shunga posté le 06-09-2008 à 08:31:00

Félicitations à tous les deux.
Très émouvants.

Commentaire de Mustang posté le 06-09-2008 à 16:39:00

bravo, du bonheur mais aussi de la souffrance!!!

Commentaire de defi franck posté le 07-09-2008 à 19:46:00

Félicitations à tous les deux belle prestation cool

Commentaire de canoecl posté le 09-10-2008 à 19:19:00

bravo pour toutes ces trés belles courses à deux (j'ai lu tous les récits) et ce magnifique aboutissement à Chamonix !
question : comment fait-on pour faire tout ça, physiquement bien sûr...
un V3 envieux

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